» CAVITE BUCCALE NORMAL

NORMAL


Anatomie (1)
Réceptacle des aliments, la cavité buccale possède trois grandes fonctions : la mastication, la déglutition et la gustation. La bouche comprend une partie principale, la cavité buccale proprement dite, qui loge la langue, et, séparée d’elle par les arcades alvéolo-dentaires, une partie secondaire, le vestibule.
Le vestibule est une fente en fer à cheval, qui circonscrit la partie périphérique des arcades dentaires. Il se divise en une partie moyenne, formée par deux replis épais, les lèvres supérieure et inférieure, et deux parties latérales, appartenant à la joue. Les lèvres bordent (et peuvent clore) l’orifice buccal, qui s’ouvre lors de l’introduction des aliments ou lors de la phonation.
Face interne de la joue : plane, quadrilatère et limitée en haut et en bas par les sillons vestibulaires > et <, en arrière par le bord antérieur du masséter, en avant par le sillon nasogénien.
Entre la peau, épaisse et très vascularisée, et la muqueuse, s’étale un plan musculaire principal profond = muscle buccinateur tendu du ligament ptérygomaxillaire en arrière à la commissure labiale en avant. Ce muscle adhère à la muqueuse par un tissu conjonctif très dense. Il est recouvert de l’aponévrose buccinatrice. Plan musculaire superficiel discontinu constitué par les muscles peauciers qui convergent en avant vers la commissure labiale.
Entre ces deux plans musculaires, à la partie moyenne de la joue, se trouve délimité un espace triangulaire à base postérieure contenant : la boule graisseuse de Bichat en arrière, les vaisseaux faciaux, verticaux, accompagnés de lymphatiques, le canal de Sténon, qui, après avoir contourné en dehors la boule graisseuse, passe devant elle pour traverser le buccinateur à 1 cm en avant du muscle masséter, et s’abouche au niveau de la deuxième grosse molaire supérieure après un court trajet sous-muqueux, les branches motrices du nerf facial destinées aux muscles peauciers à disposition horizontale, des rameaux sensitifs, branches du trijumeau, en particulier le rameau buccal du nerf temporobuccal. À la face profonde du muscle buccinateur se trouvent des glandes muqueuses.
Région rétromolaire RRM= commissure intermaxillaire, c’est la portion de muqueuse buccale située en arrière des arcades dentaires, entre la joue en dehors et l’isthme de l’oropharynx en dedans.
Elle n’a pas de limite précise et sa configuration est variable selon l’ouverture de la bouche.
Bouche fermée, la muqueuse tapisse une saillie verticale correspondant au bord antérieur de la branche verticale de la mandibule ; en dehors de celle-ci se trouve le bord antérieur du masséter lorsqu’il se contracte ; en dedans, la muqueuse se poursuit sur le pilier antérieur de l’amygdale.
Bouche ouverte, la muqueuse est soulevée par le ligament ptérygomaxillaire en dedans, constituant la commissure intermaxillaire, et en dehors par le bord < de la branche montante de la mandibule. Ces 2 éléments délimitent un espace triangulaire à sommet inférieur correspondant au trigone rétromolaire.
La RRM correspond à l’ensemble représenté par le trigone rétromolaire et la commissure intermaxillaire.
Elle est constituée :
– d’un plan muqueux contenant des glandes salivaires accessoires et des lymphatiques ;
– d’un plan musculoaponévrotique comprenant le ligament ptérygomaxillaire, le muscle buccinateur, le constricteur supérieur du pharynx, et en dehors la boule graisseuse de Bichat.
En arrière et en profondeur de cette région se trouve l’espace ptérygomaxillaire situé en dedans de la branche montante de la mandibule, qui est
en contact avec le muscle ptérygoïdien interne, les vaisseaux maxillaires internes et les branches du nerf maxillaire inférieur.
Les limites de l'oropharynx sont :
- en avant : l'isthme du gosier (V lingual, piliers antérieurs et voile).
- en haut : une horizontale passant par le bord libre du voile.
- en bas : une horizontale passant par le fond des vallécules ou le corps de l'os hyoïde.
Parois latérales : les loges amygdaliennes :
- chaque loge est limitée par le pilier antérieur et le pilier postérieur réunis en haut au niveau de l'ogive amygdalienne et dessinant un espace triangulaire occupé par la tonsille = amygdale palatine.
- en bas, le pilier antérieur s'implante sur la jonction entre le bord latéral de la langue mobile et la base de langue, le pilier postérieur descend sur la paroi pharyngée latérale et se continue par le repli pharyngo-épiglottique, tandis que la loge est séparée de la base de langue par un sillon : le sillon amygdalo-glosse.
- en dehors, la loge répond aux espaces parapharyngés et à leur contenu (en particulier l'axe jugulo-carotidien).
La paroi postérieure repose sur le rachis cervical par l'intermédiaire de l'espace rétropharyngé contenant essentiellement les ganglions du même nom.
La paroi supérieure : seule la face antérieure du voile du palais est réellement oropharyngée. Elle s'étend de la limite postérieure du palais osseux au bord libre du voile avec la luette et se continue latéralement par les piliers. Dans l'épaisseur de sa muqueuse se trouvent des îlots glandulaires (glandes salivaires accessoires).
La paroi antérieure : la base de langue est un mur vertical sur lequel sont implantées les tonsilles basilinguales séparées par un sillon vertical médian (l'ensemble des tonsilles oropharyngées, palatines et basilinguales et rhinopharyngées forment l'anneau lymphoïde de Waldeyer). La base de langue est limitée en haut et en avant par le V lingual. Elle est séparée latéralement des loges amygdaliennes par les sillons amygdalo-glosses et en bas du larynx par les gouttières glosso-épiglottiques ou vallécules.
Le réseau lymphatique, riche, se draine principalement vers les relais sous-digastriques puis la chaîne jugulo-carotidienne. Les lymphatiques du pilier antérieur peuvent également se drainer vers la région sous-mandibulaire et ceux du pilier postérieur et de la paroi postérieure vers les chaînes spinales et rétropharyngées.
 
Les arcades alvéolo-dentaires sont supportées par les mâchoires ; la mâchoire supérieure résulte de la fusion des deux os maxillaires ; la mâchoire inférieure appartient à la mandibule. Chacune supporte, chez l’adulte, 16 dents (4 incisives, 2 canines, 4 prémolaires et 6 molaires).
La langue, élément principal de la cavité buccale est implantée sur un squelette ostéofibreux et soutenue par une sangle musculaire, le plancher oral, possède une grande mobilité, participant à la mastication, la déglutition, la succion, l’articulation des sons. Elle possède une très riche musculature striée, recouverte d’une muqueuse hautement différenciée présentant les papilles du goût ; les plus volumineuses, les papilles caliciformes, ont la particularité de s’ordonner en un V lingual (séparant les 2 parties de la langue), de part et d’autre d’une papille médiane de grande taille, le foramen caecum, vestige du canal thyréoglosse, à l’origine de kyste ou fistule. Le frein de la langue est situé à la face ventrale ou inférieure avec les caroncules sublinguales de part et d’autre où s’abouchent les orifices des glandes submandibulaire et sublinguale. Le bord latéral porte les papilles gustatives foliées analysant la perception salée. La pointe de la langue est la zone de réunion des bords latéraux, des faces dorsale et ventrale. Le squelette ostéofibreux de la langue est formé de l’os hyoïde, impair, médian à hauteur de la 4ème vertèbre cervicale, de la membrane hyoglosse verticale, haute de 1 cm et du septum lingual. La muqueuse linguale est un épithélium pavimenteux, stratifié, non kératinisé sur 1 chorion dense. La muqueuse est épaisse et adhérente aux muscles sous-jacents à la face dorsale.
Elle est plus mince et non adhérente à la base, très clivable et transparente à la face <, expliquant la formation des oedèmes de la base de la langue et du plancher.
La fonction gustative de la langue dépend essentiellement du nerf glossopharyngien ; le nerf moteur de la langue est le grand hypoglosse. La langue mobile (deux tiers antérieurs et se termine par la pointe linguale) présente une face dorsale, une face ventrale, une pointe, des bords, le sillon pelvi-lingual et un sillon médian. La base de langue qui fait partie de l'oropharynx va en arrière jusqu'aux vallécules en arrière et au sillon amygdaloglosse latéralement, elle correspond au tiers postérieur de l’organe, siège de nombreux follicules lymphoïdes constituant la tonsille linguale. Une telle différence se fait car la langue mobile est d'exploration facile, le diagnostic est précoce, les traitements sont mieux codifiés et plus simples, le pronostic est meilleurs du fait de la rapidité du diagnostic. Au niveau de la base de langue, le diagnostic est tardif, le pronostic moins bon et les traitements lourds et mal codifiés.
L’innervation motrice est assurée par le nerf hypoglosse (XII), à l’exception du muscle styloglosse et du muscle palatoglosse, innervés par le nerf facial (VII) et le nerf glossopharyngien (IX). L’innervation sensitive des deux tiers antérieurs de la langue dépend du nerf lingual (V3). Le nerf glossopharyngien (IX) assure l’innervation de la base de la langue, et le nerf vague (X) celle du repli glossoépiglottique.
La stimulation par contact déclenche un réflexe de contraction de l’ensemble de la musculature linguale (XII), des muscles masticateurs (branche motrice du V) et du pharynx (IX, X), provoquant une déglutition. L’innervation sensorielle gustative des deux tiers antérieurs de la langue est sous la dépendance du nerf gustatif >, dont les fibres empruntent le nerf lingual, la corde du tympan, le nerf facial et rejoignent le ganglion géniculé et le nerf intermédiaire de Wrisberg (VIIbis), connecté au noyau gustatif supérieur du plancher du 4e ventricule. La gustation basilinguale dépend du nerf gustatif <, dont les fibres empruntent le nerf glossopharyngien connecté au noyau gustatif inférieur. La morbidité associée à une exérèse de la totalité de la base de la langue a conduit à des tentatives de réinnervation de la langue résiduelle, par transfert du nerf hypoglosse moteur, proximal, sur le nerf lingual sensitif, distal. Les exérèses basilinguales doivent, si possible, préserver le pédicule neuro-artériel hypoglossolingual situé à 1 cm au-dessus du plan de l’os hyoïde et à 2 cm de la face médiale de la mandibule à hauteur du trigone rétromolaire.
Les glandes salivaires comprennent des îlots dispersés, les petites glandes salivaires, situées dans la muqueuse jugale, labiale, palatine, et, de chaque côté, trois éléments principaux : la glande sublinguale, la glande sous-maxillaire et la parotide. Il s’agit, histologiquement, de glandes en grappes, qui évacuent leur produit de sécrétion par un canal excréteur.
La glande sublinguale de 3 grammes se loge dans le plancher de la bouche ; elle soulève la muqueuse du sillon alvéolo-lingual. La glande sous-maxillaire, plus grosse, se développe de part et d’autre du bord inférieur de la mandibule. On peut la palper dans la région sus-hyoïdienne. Le canal de Wharton, affecté à cette glande, s’ouvre sur la ligne médiane par un petit orifice, l’ostium umbilicale, visible au niveau d’une saillie du plancher buccal, la caroncule sublinguale. La parotide, la plus volumineuse), la plus latérale des glandes salivaires, se développe en arrière de la mandibule, en avant du pavillon de l’oreille. Elle peut être l’objet d’une tuméfaction d’origine virale, les oreillons. Le long canal de Stenon, qui la dessert, aboutit au vestibule de la bouche, en regard d’une grosse molaire supérieure.
La sécrétion salivaire est déclenchée par le contact des aliments sur la muqueuse sensorielle de la langue ; la salive attaque l’amidon par un enzyme, la ptyaline.
La mastication met en jeu les dents, qui sectionnent les aliments (incisives) et les broient (prémolaires et molaires). Les aliments ainsi divisés sont insalivés, et la langue les modèle en bouchées arrondies ; chaque bouchée quitte la cavité buccale lors d’un mouvement de déglutition, et s’engage dans le pharynx.
 
Histologie normale : épithélium malpighien stratifié, pas d’annexes cutanées, kératinisation dans les zones exposées à la mastication (gengives, palais dur, dos de langue), le chorion contient du tissu conjonctif lâche, des glandes muqueuses et salivaires mineures, dans l’amygdale on retrouve souvent du muscle strié Hum Path 2000 ;31:813
 
GUSTATION
La gustation est un des trois systèmes de sensibilité chimique externe, il partage avec l’olfaction et la sensibilité chimique la propriété de répondre à la stimulation par des molécules et d’en opérer une analyse.
Les organes de la gustation sont localisés dans la cavité. Les cellules sensorielles sont groupées au sein de petits organes dits bourgeons du goût. Elles sont stimulés par des corps en solution parvenant ou portés à leur contact par le comportement, alors que les récepteurs olfactifs (plus sensibles) répondent à des stimuli en phase gazeuse diffusant dans l’air. L’olfaction différencie toutes les molécules actives alors que la gustation, plus grossière, est limitée à la discrimination de 4 ou 5 saveurs (sucré, salé, acide, amer et l’eau). Ces saveurs correspondent à l’action identique de substances sur le système récepteur ; cette action est en relation avec une communauté de certaines des propriétés physico-chimiques et biochimiques des corps étudiés ; avec constitution d’un message nerveux, qui est représenté pour chaque saveur par une configuration donnée de la fréquence des décharges dans les diverses fibres du nerf.
Anatomie de l’organe gustatif
Les récepteurs gustatifs se situent pour l’essentiel dans la muqueuse linguale, qui constitue simultanément un champ très riche de sensibilités tactiles, thermiques et algiques. Ils y sont groupés dans des papilles de 4 types : fungiformes (disséminées à la pointe et sur les deux tiers antérieurs de la surface linguale) ; filiformes (les plus diffuses, dont beaucoup n’ont pas de fonction gustative, mais une sensibilité tactile) ; foliées (localisées sur le bord de la langue et particulièrement développées chez les rongeurs) ; caliciformes (volumineuses, situées dans la zone dorsale où elles forment, chez l’homme, le V lingual).
Au sein de ces papilles, l’organe gustatif proprement dit est constitué par le corpuscule ou bourgeon du goût. C’est un corps ovoïde, de dimension variable suivant la papille qui le contient ; il comporte un canalicule central (ou pore) par lequel la salive baignant la papille pénètre dans le bourgeon. On compte jusqu’à 300 et 400 bourgeons dans les grosses papilles caliciformes chez l’homme.
Il existe 3 types de cellules dans le bourgeon :
– Les cellules de soutien, d’apparence sombre et sans connexions nerveuses, sécrètent une substance dense qui imprègne les microvillosités apicales des cellules claires.
– Les cellules claires, dont 5 à 10 % constituent les récepteurs gustatifs proprement dits, sont allongées et à cytoplasme granuleux. Leur pôle apical forme une sorte de bâtonnet couvert de microvillosités faisant saillie dans le pore du bourgeon ; l’autre pôle est relié par une synapse aux terminaisons des nerfs assurant la transmission des messages. Les cellules de soutien ou épithéliales, qui entourent et enserrent les cellules nerveuses ont des capacités régénératives, elles peuvent se transformer en cellules sensorielles.
– Chaque fibre du nerf innerve une grappe de 2 à 9 cellules réceptrices située dans diverses papilles. D’autre part, un bourgeon donné est innervé par les arborisations provenant de diverses fibres. Ces fibres gustatives, dont les corps cellulaires se trouvent dans les ganglions de relais précentraux, appartiennent à deux nerfs distincts d’innervation de la langue : la corde du tympan (branche du facial) pour les deux tiers antérieurs, le glossopharyngien pour le tiers postérieur. Les fibres gustatives de ces deux nerfs (qui comportent également des fibres d’autres sensibilités) gagnent les projections centrales après un premier relais dans le noyau solitaire.
Après un relais dans les noyaux ventro-postéro-médians du thalamus, les fibres gustatives se projettent dans une zone corticale au pied de l’aire somato-sensitive au niveau de la projection somesthésique de la face, ainsi que dans la partie profonde de l’opercule pariétal (insula). Des expériences de lésions et de potentiels évoqués ont suggéré l’intervention d’autres aires de projection, en particulier dans la région orbitaire.
Saveur sucrée
Provoquée par des sucres (hexoses, diholosides, polyholosides) et certains sucres-alcools. Par la mesure des seuils, l’ordre de sapidité de divers sucres a été établi chez l’homme. Pour une base 100 du saccharose, la concentration est de : D-fructose, 120 ; L-sorbose, 86 ; D-mannose, 77 ; D-glucose, 70 ; maltose, 67 ; D-galactose, 59 ; lactose, 53. La configuration stérique (dextrogyre ou lévogyre) de la molécule est décisive pour la présence ou l’absence du goût sucré.
D’autres corps différents des sucres, sont également sucrés, tels les L-aminoacides (les D-sont en général amers), le glycérol et d’autres alcools, des sels (comme l’acétate de plomb), le chloroforme et divers produits de synthèse, dont la saccharine (sulfimide benzoïque) et le cyclamate de sodium.
La chimie structurale a montré que l’activité sapide des corps sucrés est liée à la présence de 2 groupements respectivement accepteurs ou donneurs de protons distants de 0,3 nm et permettant la liaison hydrogène avec le substrat cellulaire.
Saveur salée
Chez l’homme, la saveur « salée » est reconnue subjectivement au chlorure de sodium (NaCl) et comme l’une des composantes de la saveur mixte de nombreux autres sels. D’autres sels sont amers ou sucrés ; le salé est donc avant tout la saveur du NaCl. Le seuil est chez l’homme de 0,002 M.
Saveur acide
Tous les corps perçus « acides » sont des acides chimiques. Mais les acides aminés, en particulier, sont amers ou sucrés. Les ions H libres sont les déterminants de la stimulation. Les seuils des divers acides exprimés en pH sont plus proches qu’en concentration molaire. Ils ne sont pas identiques, en raison d’une action différente sur chacun d’eux de l’effet tampon de la salive. Un rôle de l’anion est aussi évident et rend compte du seuil plus bas en pH pour l’acide acétique (pH : 3,7 à 3,9 chez l’homme) comparé à l’acide chlorhydrique par exemple (pH : 2,6).
Saveur amère
Les corps amers, dont les plus actifs sont des alcaloïdes, comprennent des substances sans parenté moléculaire. Les seuils, plus que pour les autres saveurs, sont très variables d’un individu à l’autre. Le cas extrême est constitué par une série de molécules, dont le type est la phénylthiocarbamide, sans aucune saveur pour certains sujets (« cécité » gustative).
Le mécanisme nerveux de discrimination des saveurs
La répartition topographique des 4 saveurs sur la langue humaine est anciennement connue : sucrée et salée sur les 2/3 antérieurs, acide sur les bords et amère dans le tiers postérieur. La stimulation isolée d’une papille révèle une structure plus complexe des messages transmis aux centres nerveux, qui peuvent discriminer les 4 saveurs.
L’activité de fréquence est élevée en début de stimulation, déclinant brusquement après 2 secondes, puis lentement lorsque la stimulation se prolonge. Les enregistrements, rares chez l’homme, semblent confirmer que cette dernière phase constitue le mécanisme de l’adaptation (disparition partielle ou complète du goût sous stimulation continue) et que celle-ci relève du mécanisme périphérique et non des centres nerveux.
L’enregistrement des décharges dans les fibres disséquées du nerf a révélé que ces fibres isolées ne sont pas spécifiques d’une saveur, mais répondent par un même message à la stimulation de deux, de trois ou des quatre stimuli types (par exemple un sucre et la quinine ; le NaCl, un acide et un sucre, etc.). Elles diffèrent cependant les unes des autres par leur sensibilité relative aux divers stimuli. Telle fibre répond à une stimulation par le sel avec le seuil le plus bas et à l’acide et au sucre avec des seuils plus élevés ; une autre est au contraire d’une sensibilité maximale au sucre. Le seuil de réponse pour un stimulus donné varie de fibre à fibre. Cette constatation permet de conclure que le message correspondant à chaque saveur, et compris comme tel par les centres, est constitué par une configuration donnée de l’activité relative d’un grand nombre ou de toutes les fibres du nerf.
Chaque fibre, on l’a vu, innerve une grappe de cellules sensorielles (dites récepteurs) réparties dans divers bourgeons. Cette polyspécificité de la réponse des fibres du nerf s’accompagne d’une polyspécificité des récepteurs.
Les protéines réceptrices
La spécificité se situe au niveau moléculaire. Elle est liée à des protéines réceptrices dans les membranes des cellules sensorielles, qui constituent les sites privilégiés de la combinaison avec chaque type de stimulus (molécules sapides).
La gustation associée à l’olfaction joue un rôle essentiel dans le contrôle sensoriel des aliments. Est présente dès la naissance, l’attirance pour les solutions sucrées, la préférence maximale pour les solutions isotoniques du NaCl et l’aversion pour les solutions amères (généralement toxiques) marquent une préadaptation congénitale de ces réponses à la régulation des appétits caloriques et spécifiques. Ces réponses sont ultérieurement modifiées et réajustées dans des apprentissages ou conditionnements alimentaires.
Subjectivement, chez l’homme, ces attirances et aversions pour les goûts et arômes alimentaires sont corrélatives de plaisir et de déplaisir
Les corrélats comportementaux de la sensation gustative
Envisagée du point de vue phylogénétique, la sensation gustative est une modalité sensorielle archaïque. Il s’agit d’une modalité sensorielle pauvre, car elle ne comporte que quatre saveurs de base : salé, sucré, acide et amer. ,Elle est fonctionnelle déjà in utero (dès le quatrième mois de la gestation) ; mais nécessite un apprentissage, lié en partie à la maturation même du système nerveux central.
Il existe une grande variabilité interindividuelle, chez l’adulte, la sensibilité liminaire peut varier de 1 à 500 et même plus. Dès lors, la « norme », valeur moyenne, n’a que peu de sens dans ce cas. D’autre part, la mise en place de ces différences est précoce, la courbe de développement étant très réduite : dès l’âge de un an environ, les caractéristiques individuelles sont en place.
Enfin, il convient de souligner que, si la sensation gustative joue, comme toute modalité sensorielle, un rôle d’information quant au monde environnant, elle possède, en plus, une autre qualité : le retentissement affectif de l’information. Toute stimulation dans ce domaine déclenche, simultanément, l’identification du stimulus et une réaction émotionnelle à son égard. Cette réaction émotionnelle primaire, non apprise, se situe sur un continuum bipolaire, allant de l’agréable au désagréable, et joue, très probablement, un rôle non négligeable dans les apprentissages ultérieurs.
Le réflexe gusto-facial
Le réflexe gusto-facial (R.G.F.) est un phénomène singulier, déclenché par des stimulations sapides supraliminales. Dès les premiers moments de la vie, le nouveau-né réagit par une mimique aux stimulations sapides qui est présente chez tous les enfants, différente selon le stimulus (salé, sucré, acide, amer) et identique, pour un même stimulus, d’un individu à un autre.
C’est une réponse innée, réflexe (dont la commande se situe au niveau bulbaire), stimulo-dépendante ; qui n’est pas le propre de l’homme. Ce réflexe survient dans un contexte social : l’entourage, dès la perception de la mimique, l’interprète, lui assigne un sens.
– De la naissance à 6 mois environ, la stimulation, à condition d’être suffisante pour être perçue par l’enfant, déclenche le réflexe gusto-facial. La mimique est nette, se manifestant par tout ou rien, sans nuances ; elle n’est pas accompagnée de cris ni de pleurs et n’est pas orientée vers quelqu’un.
– Entre 9 et 14 mois, le réflexe gusto-facial s’atténue et se module ; la réponse apparaît en demi-teinte. Il est difficile de savoir s’il s’agit seulement d’ébauches de mimique ou bien de mouvements réprimés, de tentatives de contrôle. Mais, lors de stimulations très fortes, le réflexe réapparaît avec la même netteté qu’auparavant et avec les mêmes caractéristiques. Les réactions peuvent même être plus fortes, mais elles restent sans orientation spécifique.
– À partir de 16 mois environ apparaît un changement spectaculaire ; les mimiques sont, en général, plus discrètes, plus intégrées dans l’activité faciale générale de l’enfant. Mais, désormais, celui-ci les utilise délibérément. Une saveur, appréciée ou non, peut déclencher une mimique ; mais l’enfant l’amplifie, la répète avec la même intensité et surtout l’oriente vers des personnes. Le but est clair : se faire comprendre par autrui, faire savoir l’agrément ou le désagrément éprouvé. Ainsi, le réflexe gusto-facial se détache de l’aspect réflexe originel ; il s’intègre dans le processus relationnel et devient conduite de communication avec autrui.
Sensation gustative et troubles des conduites alimentaires
Les troubles affectant les conduites alimentaires sont habituellement considérés comme ayant une origine psychogène (mis à part les cas où une affection organique peut en être responsable directement). Or il apparaît actuellement que la sensibilité gustative aurait, elle aussi, un rôle dans leur apparition.
Les sujets avec grande sensibilité à l’amertume sont ceux qui présentent le plus de rejets alimentaires. La sensibilité aux trois autres saveurs ne présenterait pas des corrélations significatives avec les préférences alimentaires.
Les enfants hypogueusiques ne présentent aucun problème alimentaire, mangent tant qu’ils ont faim, acceptent tout et ne présentent pas de préférences électives. À l’opposé, les enfants hypergueusiques sont ceux qui ont des choix ou des aversions marqués ; ils présentent des caprices alimentaires ; ce sont ces mêmes enfants qui ont une plus grande réactivité émotionnelle. Ces particularités des conduites alimentaires peuvent être attribuées, en partie au moins, au fait qu’ils perçoivent bien plus finement les saveurs que les autres ; et il convient de se souvenir alors de la tonalité émotionnelle spécifique de la perception gustative, qui peut, de ce fait, jouer un rôle dans les choix et les rejets.
 
(1) Mazeron JJ, Noel G, Simon JM. Les cancers de la cavité buccale. Bull Cancer 2000 ; 87(FMC5):39-48.


Documents de pathologie humaine du service d’anatomie pathologique du CFB de Caen et du CHPC de Cherbourg. L ’UTILISATION DES INFORMATIONS FOURNIES SE FAIT SOUS L’UNIQUE RESPONSABILITE DE L’UTILISATEUR. Les concepteurs et réalisateurs de cette base ne sauraient en aucun cas être tenus pour responsables des conséquences d’une utilisation non contrôlée des informations fournies.

Performed by Arnaud Legrand 2009 © All Rights Reserved.