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Néoplasie intra-épithéliale prostatique (PIN)


Néoplasie intra-épithéliale prostatique (PIN) (1) Ann Pathol.2001 Jun ;21(3):245-54 Hum Path 2002 ;33:518

Les néoplasies intra-épithéliales prostatiques concernent les proliférations cellulaires endoluminales des acini et canaux prostatiques. Décrite dans les années 1980 sous différents termes (hyperplasie épithéliale atypique, hyperplasie glandulaire atypique, dysplasie canalaire et acinaire, atypie glandulaire, dysplasie intracanalaire, etc... ). La néoplasie intra-épithéliale (PIN = prostatic intraepithelial neoplasia’) a trouvé sa dénomination lors d’une conférence de consensus en 1989 (2).

Fréquence : Ces lésions sont de découverte fortuite et apparaissent le plus souvent dans le contexte d’un carcinome prostatique avéré. Une compilation de la littérature (2) montre qu’en moyenne les PIN sont découvertes dans 73% des cas lorsqu’il existe un carcinome prostatique et dans 32% en moyenne en son absence. Ces études auxquelles il fait référence portent sur des séries autopsiques ou des cystoprostatectomies radicales sur lesquelles ont été effectuées des coupes sériées avec comparaison à des cas témoins.

Age de survenue : Sur une série autopsique, Mac Neal (3)ont pu évaluer l’incidence de survenue des PIN en fonction de l’âge. Ils retrouvent un taux de PIN de 45% entre 50 et 59 ans, de 52% entre 60 et 69 ans, 37% entre 70 et 79 ans et 38% au-delà de 80 ans. Il semblerait donc que le taux de PIN décroisse après 70 ans dans le même temps où le taux de carcinome invasif augmente.

Grading

Les néoplasies intra-épithéliales étaient classiquement divisées en trois grades :

Histologiquement, ils présentent tous en commun une stratification et un entassement des cellules glandulaire luminales. La couche basale est, par définition, conservée mais peut-être discontinue notamment dans les PIN de haut grade. Elle est mise en évidence par les anticorps anti-cytokératine 5 et 14.

Depuis 1995 on ne reconnaît plus que 2 grades (faible versus haut) :

Faible = ex-PINl : le revêtement glandulaire canalaire et acinaire montre des signes de prolifération avec épaississement du revêtement. Les noyaux sont irréguliers en taille (nombreux noyaux petits réguliers et nombre variable de grands noyaux hyperchromatiques) mais renferment des nucléoles petits, ils sont entassés sans hyperchromasie et pseudostratification. Persistance de la couche de cellules basales (1).

Images histologiques  : #0, #1, #2, #3, #4,

Immunohistochimie  : persistance d’une couche de cellules basales (BJU Int 2011 ;108:1394), peut être AMACR + (Mod Pathol 2004 ;17:1180)

Haut = ex-PIN2 + 3 : La stratification est plus marquée que dans les faibles grades. La majorité des noyaux sont augmentés de volume et on peut observer des nucléoles proéminents ( l’anisocaryose est donc moins marquée). L’hyperchromasie est également plus marquée.

Les atypies nucléaires sont franches et les nucléoles bien nets. On peut noter des images en pont et des aspects cribriformes. On distingue 4 types architecturaux ; micropapillaire ; cribriforme ; touffes ; plat (clinging), très rarement on observe une extension pagétoïde entre la couche basale et la couche épithéliale sécrétoire (4-6). La forme cribriforme est associée à des facteurs de mauvais pronostic (stade avancé, PSA élevés) et est un facteur pronostique indépendant (7).

images histologiques : #0, #5 : #1, #2, #3, #4, forme cribriforme, #1, #2, micropapillaire #1, #2, #3, plane, #1, en touffes, #1, #2, haut grade : #0, image1, image2, image3, image4, high MW keratin

Dans le PIN les glandes sont disposées de façon normale, grandes, arborisées avec des replis papillaires. Si grade élevé, basophilie due à l’augmentation de taille des noyaux qui se chevauchent, sont hyperchromatiques avec un cytoplasme basophile. Dans certaines formes proches du clinging carcinoma, absence d’hyperplasie épithéliale mais atypies nucléaires, la démarcation avec le revêtement normal est souvent abrupte.

Les PIN de haut grade se voient dans moins de 5% des prostates bénignes. Les études de ploïdie, morphométrie, composition antigénique, cinétique cellulaire ont montré une forte ressemblance avec l’adénocarcinome (8). La probabilité de trouver du carcinome sur des biopsies ultérieures est de 27 à 79% (9), comme dans l’adénocarcinome le p504s est souvent + (9).

Une PIN de haut grade s’accompagne d’un risque X 2,5 de carcinome dans les 7 ans (49 versus 21% chez contrôles), amis sans différence de survie (10).

Image microscopique : PIN, PIN + métaplasie mucineuse, #1, #2

NB : des cas ont été décrits (1) avec une composante de cellules en bague à chaton, mucineuse (mucine qui remplit la lumière des glandes), à cellules xanthomateuses, forme inversée (les noyaux sont au pôle apical des cellules ou de carcinome à petites cellules(11).

Positivité de : cellules basales : CK903, p63, CD10 (Hum Path 2003 ;34:450), cellules sécrétoires - P504S/AMACR (AJSP 2003 ;27:772)

Diagnostic différentiel  : Hyperplasie épithéliale bénigne

Hyperplasie post-atrophique : présence d’anisonucléose, mais présence d’atrophie, inflammation du stroma, architecture lobulée et CK903

Hyperplasie cribriforme à cellules claires : absence de nucléoles, de chevauchement, d’irrégularités nucléaires, d’hyperchromasie

Hyperplasie des cellules basales : possibilité de macronucléoles, d’hyperchromasie ou de mitoses, les glandes sont arrondies, petites (grandes, arborisées, papillaires dans le PIN), avec des noyaux ronds, l’immunohistochimie met en évidence un marquage de toute l’épaisseur aux CK de haut PM (couche basale aplatie dans les PIN)

Carcinome infiltrant de grade 3 : les glandes n’ont plus d’architecture normale, absence de cellules basales en immunohistochimie, ce diagnostic peut être difficile en biopsie car la couche de cellules basales est irrégulière dans les PIN et peut donc manquer sur biopsie

Forme endométrioïde (carcinome inracanalaire) : cette forme est située surtout dans la zone transitionnelle (rare dans le PIN) et contient des papilles centrées par un axe fibrovasculaire (absent dans PIN), de la comédonécrose, les glandes sont plus volumineuses, distordues, adossées, persistance de cellules basales. Pour certains les PIN cribriformes ou solides avec nécrose centrale sont de l’intracanalaire

Sur biopsie à l’aiguille le diagnostic de carcinome infiltrant peut être difficile, de petits acini pouvant correspondre à des évaginations du PIN, si les glandes sont trop nombreuses et entassées à diagnostic de carcinome.

Le PIN de haut grade s’accompagne d’un risque de 30 à 50% de carcinome infiltrant soit synchrone, soit métachrone

NB absence de corrélation PIN1 et carcinome car se voit dans 40% de pièces sans carcinome, certains auteurs préfèrent ne pas le signaler dans le CRH de peur d’un traitement excessif (8)

On distingue différentes sous variétés

Forme cribriforme , rare dans sa forme pure, souvent associée à d’autres formes, lésion petite (< 1 mm) de prolifération intraluminale touchant moins de 3 glandes, lumières rondes à l’emporte-pièse parfois en fentes irrégulières, couche basale au moins partielle,,noayux atypiques mais monotones, mitoses rares. Images histologiques  : #0, #1, #2, #3

ERG est absent, vs positif si carcinome intracanalaire (Mod Pathol 2013 ;26:587).

Diagnostic différentiel  :

hyperplasie basale : petites glandes entassées, noyaux palissadés ronds à allongés, positivité de CK de haut PM

Glandes bénignes centrales : perfois ponts romains, mais noyaux souvent en flux, pas d’atypies nucléaires

Carcinome cribriforme Gleason 4 : absence de cellules basales, atypies + nettes,aspect cribriforme plus prononcé

hyperplasie cribriforme à cellules claires : cytoplasme clair, absence d’atypies nucléaires, couche basale nette

Carcinome intracanalaire : + grand (> 1mm, > 6 glandes), souvent nécrose centrale, pléomorphisme nucléaire net, nucléomégalie (6x la taille des nyaux normaux, mitoses, souvent associé à carcinome infiltrant de haut grade

http://pathologyoutlines.com/prostate.html#lowgradePIN

http://emedicine.medscape.com/article/447780-overview

http://library.med.utah.edu/Webpath/TUTORIAL/PROSTATE/PROSTATE.html
http://library.med.utah.edu/Webpath/MALEHTML/MALE116.html

Structures normales pouvant poser des problèmes de diagnostic différentiel sur biopsie.

 

Vésicules séminales et canaux éjaculateurs qui peuvent être confondus avec une hyperplasie adénomateuse atypique ou des carcinomes à petits acini. Les petites glandes bourgeonnent à partir de plus grandes, leur répartition irrégulière peut suggérer la malignité, négativité de la PSA et recherche de lipofuchsine jaune doré, noyaux souvent atypiques.

 

 

 

 

Reference List

 

 (1) Eble JN, Sauter G, Epstein JI, Sesterhenn IA. Tumours of the urinary system and male genital organs. Lyon : IARC press, 2004.

 (2) Brawer MK. Prostatic intraepithelial neoplasia : a premalignant lesion. Hum Pathol 1992 ; 23(3):242-248.

 (3) McNeal JE, Bostwick DG. Intraductal dysplasia : a premalignant lesion of the prostate. Hum Pathol 1986 ; 17(1):64-71.

 (4) Bostwick DG. Prospective origins of prostate carcinoma. Prostatic intraepithelial neoplasia and atypical adenomatous hyperplasia. Cancer 1996 ; 78(2):330-336.

 (5) Lopez JG, Perrin P. Rev Prat 1999 ; 49:297-301.

 (6) Bostwick DG. High grade prostatic intraepithelial neoplasia. The most likely precursor of prostate cancer. Cancer 1995 ; 75(7):1823-1836.

 (7) Rubin MA, de La TA, Bagiella E, Olsson CA, O’Toole KM. Cribriform carcinoma of the prostate and cribriform prostatic intraepithelial neoplasia : incidence and clinical implications. Am J Surg Pathol 1998 ; 22(7):840-848.

 (8) Epstein JI, Murphy WM. diseases of the prostate gland and seminal vesicles. In : Murphy WM, editor. Urological pathology. Philadelphia : Saunders, 1997 : 148-241.

 (9) Jiang Z, Woda BA, Wu CL, Yang XJ. Discovery and clinical application of a novel prostate cancer marker : alpha-methylacyl CoA racemase (P504S). Am J Clin Pathol 2004 ; 122(2):275-289.

 (10) Holland JF, Frei EI, Bast RC, Jr., Kufe DW, Pollock RE, Weichselbaum RR et al. Cancer medicine. 5th ed. Williams and Wilkins, 2000.

 (11) Reyes AO, Swanson PE, Carbone JM, Humphrey PA. Unusual histologic types of high-grade prostatic intraepithelial neoplasia. Am J Surg Pathol 1997 ; 21(10):1215-1222.

 

 



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