» REIN Tumeur rhabdoïde

Tumeur rhabdoïde


La tumeur rhabdoïde (5 ;10 ;285-292) : Elle représente 0,9 à 2,5 % des tumeurs malignes du rein (293), 50% avant 1 an, 80% avant 2 ans, 95% avant 3 ans (0 à 9 ans, moyenne 17 mois, médiane 11 mois) (age distribution), prédominance masculine (1,5/1), stade le plus souvent avancé (<20% stade I-II) ; 9% bilatéral. Chez l’adulte, seules des tumeurs ayant un aspect rhabdoïde ont été rapportées. Pour ces tumeurs, le terme de « tumeur maligne indifférenciée de nature indéterminée avec des cellules ressemblant à des cellules rhabdoïdes » doit être utilisé (294). Les cas décrits après 5 ans correspondent le plus souvent à des carcinomes médullaires rénaux (5).
Clinique  : hématurie fréquente, stade souvent métastatique, 15% des patients présenteront une tumeur de la fosse postérieure du SNC ressemblant à un PNET (5), masse rénale, douleurs, hématurie macroscopique dans 60%, fièvre dans 50%, HTA dans 70% des cas, contrairement au Wilms pas d’association au syndrome WAGR ou de Beckwith-Wiedemann.
Biologie  : anémie fréquente (55%), hématurie dans 75% et protéinurie dans 25%, dans 25% hypercalcémie paranéoplasique (PTH ectopique)
Imagerie  : au scanner abdominal : volumineuse masse lobulée au centre ou périphérie du rein, remaniements nécrotico-hémorragiques, calcifications fréquentes linéaires ou curvilinéaires, en périphérie des lobules. Lésion entourée par un croissant liquide. Echographie : recherche d’invasion de veine rénale ou VCI.
Macroscopie  : Il s’agit d’une tumeur infiltrante massive assez bien limitée, de 3 à 17 cm (moyenne 10 cm), non encapsulée, toujours unilatérale, profondément située dans le rein avec un envahissement caractéristique de la région hilaire, molle, friable avec des remaniements nécrotiques et hémorragiques. Nodules satellites fréquents, atteinte fréquente de la veine rénale. Son potentiel métastatique est très élevé avec une dissémination multiviscérale (poumons, foie, SNC, os, N). Image : #0,
Histologie : La tumeur est monomorphe, composée typiquement de grandes cellules peu cohésives polygonales ou rondes, avec un cytoplasme éosinophile abondant renfermant de façon variable selon les champs examinés une inclusion hyaline caractéristique filamenteuse constituée en microscopie électronique de filaments intermédiaires enchevêtrés. Les noyaux de siège central, volumineux, parfois vésiculeux ont des nucléoles bien visibles. Les mitoses sont fréquentes. De nombreuses variantes histologiques ont été décrites : épithélioïde (aspect trabéculaire ou pseudoglandulaire / alvéolaire), sclérosante (stroma hyalin dense pseudochondroïde ou pouvant ressembler à de l’ostéoïde séparant des nids, cordons), lymphomatoïde (cellules non cohésives, nucléole peu marqué, cytoplasme peu abondant), histiocytoïde (pas d’inclusions, nombre variable de cellules géantes multinucléées), fusiforme (faisceaux de cellules fusiformes sans atypies pouvant prendre un aspect de tumeur de Bolande, de neurinome) etc., sans valeur pronostique mais égarant souvent le diagnostic.Images : #0, #1, #2, #3, #7, #8, épithélioïde, hyalinisant, chondroïde, Images composites
Histogenèse  : Elle est controversée. L’origine musculaire d’abord envisagée a été réfutée du fait de la négativité des marqueurs de différenciation musculaire. Puis une origine neuro-endocrine a été évoquée.
En microscopie électronique  : l’inclusion intracytoplasmique correspond à un paquet de filaments intermédiaires.
Immunohistochimie  : présence constante de vimentine et inconstante de nombreux marqueurs épithéliaux, neuraux, musculaires. (CK +/-, EMA +, vimentine +, selon les séries actine +/-, desmine +/-, NSE +, S100 -, NF -, myoglobine +/-, CD99 + dans 50%, CLA), INI1 nucléaire - (295). NB : amas éparpillés de cellules EMA/ CK ++ sur un fond négatif qui semble assez spécifique. WT1 +En cytogénétique  ; anomalie du 22q11-12 (hSNF5/INI1) dans la moitié des cas, l’inactivation à lieu par mutation, délétion parfois de tout le chromosome (monosomie 22 fréquente). Les enfants qui présentent de façon concomitante une tumeur rhabdoïde et un PNET de la fosse postérieure présentent une mutation germinale du gène, avec des mécanismes différents d’inactivation du second allèle ce qui montre que les 2 tumeurs sont indépendantes (5). Une telle inactivation constitutionnelle a été décrite dans un syndrome de prédisposition familial à la tumeur rhabdoïde (tumeurs rénales et extrarénales) (5). Expression de c-Myc, identique à la plupart des tumeurs pédiatriques
La description de tumeurs rhabdoïdes extrarénales a semé une grande confusion pour aboutir à la conclusion que le phénotype rhabdoïde n’était pas spécifique et pouvait se rencontrer dans de très nombreuses variétés de tumeur sans rapport avec la tumeur rhabdoïde du rein pour laquelle la dernière hypothèse envisagée est celle d’une tumeur développée au dépend d’une cellule primitive de la médullaire (voir tissus mous).
Diagnostic différentiel  : (294)
• tumeur de Wilms : la question se pose en cas d’inclusion cytoplasmique ou de macronucléoles, il faut rechercher du blastème des éléments de stroma différenciés et une néphronogénèse.
• tumeur de Bolande cellulaire ou atypique, les deux pathologies sont en localisation médullaire, infiltrantes, mal limitées. On ne trouve cependant que rarement des inclusions cytoplasmiques et des macronucléoles.
• tumeur à cellules claires du rein, carcinome urothélial ou carcinome des tubes collecteurs, voire oncocytome. Ces tumeurs peuvent présenter une différenciation rhabdoïde et des tumeurs rhabdoïdes peuvent présenter des aspects pseudo-glandulaires, mucoïdes, alvéolaires ou trabéculaires. Elles sont positives à la cytokératine et à l’EMA. Dans les tumeurs rhabdoïdes on ne note ni tubules (observés dans les carcinomes à cellules claires et les tubes collecteurs, ni différenciations squameuses (observées dans les carcinome urothéliaux).
• rhabdomyosarcomes : on recherche une différenciation musculaire (myogénine+, desmine+).
• PNET : si macronucléoles ou inclusions, il faut rechercher des rosettes, une positivité du CD99 et une translocation t(11 ;22).
-  lymphomes : le diagnostic différentiel est facile grâce à l’immunohistochimie.
Traitement  : celui du Wilms ne donne pas de bons résultats (survie de 23%). Un traitement par ifosfamide /carboplatine /étoposide ou ifosfamide /étoposide alternant avec vincristine /doxorubicine /cyclophosphamide semble prometteur. Absence d’accord sur les doses de RTE à administrer. Chirurgie en bloc + curage si N anormaux, une biopsie pré opératoire est nécessaire, en cas de Wilms, chimiothérapie néo-adjuvante.
Complications  : liées au traitement avec myélosuppression, troubles tubulaires avec perte de protéines, phosphore, bicarbonate, électrolytes, voire un schwartz-Barter, problèmes cardiaques lés aux anthracyclines, neurologiques.
Pronostic  : Le pronostic est très sombre avec 80 à 90% de décès en dépit d’un traitement intensif (296), survie globale dans les essais NWTS-1 à NWTS-4 de 23.6%, les facteurs de mauvais pronostic sont stade III-IV, âge < 1an. Cette tumeur est la plus meurtrière chez le petit nourrisson, 13% de ces enfants développent une tumeur cérébrale d’un type histologique différent : médulloblastome le plus souvent, parfois tumeur neuro-ectodermique primitive ou gliome.
http://www.emedicine.com/ped/topic3012.htm
http://www.pathologyoutlines.com/topic/kidneytumorrhabdoid.html

(5) Eble JN, Sauter G, Epstein JI, Sesterhenn IA. Tumours of the urinary system and male genital organs. Lyon : IARC press, 2004.

(10) Murphy WM, Grignon DJ, Perlman EJ. Tumors of the kidney, bladder, and related urinary structures. Fourth series ed. Washington : American registry of pathology, 2004.

(285) White FV, Dehner LP, Belchis DA, Conard K, Davis MM, Stocker JT et al. Congenital disseminated malignant rhabdoid tumor : a distinct clinicopathologic entity demonstrating abnormalities of chromosome 22q11. Am J Surg Pathol 1999 ; 23(3):249-256.
(286) Kodet R, Newton WA, Jr., Sachs N, Hamoudi AB, Raney RB, Asmar L et al. Rhabdoid tumors of soft tissues : a clinicopathologic study of 26 cases enrolled on the Intergroup Rhabdomyosarcoma Study. Hum Pathol 1991 ; 22(7):674-684.
(287) Tsuneyoshi M, Daimaru Y, Hashimoto H, Enjoji M. Malignant soft tissue neoplasms with the histologic features of renal rhabdoid tumors : an ultrastructural and immunohistochemical study. Hum Pathol 1985 ; 16(12):1235-1242.
(288) Biegel JA, Zhou JY, Rorke LB, Stenstrom C, Wainwright LM, Fogelgren B. Germ-line and acquired mutations of INI1 in atypical teratoid and rhabdoid tumors. Cancer Res 1999 ; 59(1):74-79.
(289) Versteege I, Sevenet N, Lange J, Rousseau-Merck MF, Ambros P, Handgretinger R et al. Truncating mutations of hSNF5/INI1 in aggressive paediatric cancer. Nature 1998 ; 394(6689):203-206.
(290) Parham DM, Weeks DA, Beckwith JB. The clinicopathologic spectrum of putative extrarenal rhabdoid tumors. An analysis of 42 cases studied with immunohistochemistry or electron microscopy. Am J Surg Pathol 1994 ; 18(10):1010-1029.
(291) Tsokos M, Kouraklis G, Chandra RS, Bhagavan BS, Triche TJ. Malignant rhabdoid tumor of the kidney and soft tissues. Evidence for a diverse morphological and immunocytochemical phenotype. Arch Pathol Lab Med 1989 ; 113(2):115-120.
(292) Weeks DA, Beckwith JB, Mierau GW. Rhabdoid tumor. An entity or a phenotype ? Arch Pathol Lab Med 1989 ; 113(2):113-114.
(293) Weeks DA, Beckwith JB, Mierau GW, Luckey DW. Rhabdoid tumor of kidney. A report of 111 cases from the National Wilms’ Tumor Study Pathology Center. Am J Surg Pathol 1989 ; 13(6):439-458.
(294) Weeks DA, Beckwith JB, Mierau GW, Zuppan CW. Renal neoplasms mimicking rhabdoid tumor of kidney. A report from the National Wilms’ Tumor Study Pathology Center. Am J Surg Pathol 1991 ; 15(11):1042-1054.
(295) Perry A, Fuller CE, Judkins AR, Dehner LP, Biegel JA. INI1 expression is retained in composite rhabdoid tumors, including rhabdoid meningiomas. Mod Pathol 2005 ; 18(7):951-958



Documents de pathologie humaine du service d’anatomie pathologique du CFB de Caen et du CHPC de Cherbourg. L ’UTILISATION DES INFORMATIONS FOURNIES SE FAIT SOUS L’UNIQUE RESPONSABILITE DE L’UTILISATEUR. Les concepteurs et réalisateurs de cette base ne sauraient en aucun cas être tenus pour responsables des conséquences d’une utilisation non contrôlée des informations fournies.

Performed by Arnaud Legrand 2009 © All Rights Reserved.