» HYPOPHYSE NORMAL

NORMAL


Embryologie : L’hypophyse antérieure provient de l’ectoderme du pharynx sous la forme d’une poche de Rathke (si celle-ci migre anormalement, il reste un lien entre la poche de Rathke et le pharynx d’où l’appellation hypophyse pharyngée). Cette ébauche donne la pars distalis ou portion principale du lobe antérieur, une extension en doigts de gant de cette pars distalis entoure la surface antérieure de l’infundibulum. La partie postérieure de la poche de Rathke donne le lobe intermédiaire qui est très fin. Des restes microscopiques de la poche de Rathke aboutissent à des structures kystiques renfermant un matériel pseudocolloïde qui, dans certaines occasions, peuvent donner lieu à de véritables petits kystes.
Anatomie fonctionnelle  : L’hypophyse est un organe en forme de haricot pesant de 500 à 700 mg mesurant 13 x 10 x 6 mm en moyenne, le lobe antérieur constitue environ 80% de la glande pituitaire.
 
L'hypophyse postérieure ou  neurohypophyse : se développe à partir du diencéphale. L’hypophyse contrairement aux autres organes du SNC n’est pas entourée par des leptoméninges mais par le périoste de la selle turcique, le diaphragme sellaire étant constitué par la dure-mère, les leptoméninges encerclant la tige de l’hypophyse descendant juste en dessous du pertuis du diaphragme sellaire pour remonter le long de la tige, formant une structure en forme de beignet ou d’auge, ce qui explique le développement possible de méningiomes parfois en situation intrasellaire. Chez certaines personnes, les leptoméninges montrent une importante variation anatomique avec herniation de l’arachnoïde à travers le pertuis donnant lieu à une arachnoïde aux cèles pouvant à la longue déformer la selle turcique et comprimer la glande pituitaire aboutissant au syndrome de la selle turcique vide qui s’observe dans environ 5% des autopsies et se voit essentiellement chez des femmes obèses.
Les noyaux supra-optiques et para-ventriculaires de l’hypothalamus renferment de gros neurones mesurant jusqu’à 25 microns avec des noyaux volumineux qui sécrètent soit de l’ocytocine, soit de la vasopressine, ces produits sont transportés par les axones situés au niveau de la tige pituitaire jusqu’à la neurohypophyse, grâce à des granules sécrétoires, ils sont libérés au niveau de l’hypophyse postérieure par exocytose liée au calcium, au fur et à mesure des besoins de l’organisme. La vasopressine est l’hormone antidiurétique qui permet d’avoir des urines concentrées. L’ocytocine est responsable de la lactation et du travail lors de l’accouchement. Ce sont toutes deux des octapeptides (chaînes formées de huit acides aminés), associés à une protéine porteuse, la neurophysine.
La vasopressine (ADH) agit principalement sur le rein, où elle conditionne dans la partie distale des tubes contournés la réabsorption de la majeure partie de l’eau filtrée par les glomérules, assurant ainsi l’équilibre hydrique de l’organisme. Elle agit par l'intermédiaire de récepteurs de type adénylate cyclase, détermine le gradient osmotique cortico-papillaire, augmente la perméabilité à l'eau de l'épithélium tubulaire, entraîne une réabsorption passive d'eau avec réduction du volume d'élimination urinaire
Elle joue un rôle dans le contrôle de la tension artérielle, de la sécrétion d'ACTH et de la production d'aldostérone.
Les moindres modifications de la masse sanguine et de l’osmolarité mettent en jeu sa libération ou son inhibition.
 
L’ocytocine exerce son action sur les muscles lisses des vaisseaux sanguins, de l’utérus, et sur les cellules myo-épithéliales qui entourent les alvéoles mammaires, participant ainsi au mécanisme de la parturition et de l’éjection du lait.
Toute une série d’autres hormones ont été détectées au niveau de la post-hypophyse (TRH, MSH, histamine, sérotonine) mais dont le rôle est inconnu à cet endroit.
Histologie  : elle est constituée d’axones non myélinisés, d’un réseau vasculaire bien développé et de pituicytes (GFAP+, PS100+, vimentine) qui sont donc des cellules gliales spécialisées. Les axones sont bien mis en évidence par les colorations à l’argent. Focalement, on observe des dilatations axonales par accumulation des hormones aboutissant à des corps de Herring. Le pituicyte est une cellule gliale qui peut prendre plusieurs aspects.
 
Le tractus tubéro-infundibulaire : les noyaux hypothalamiques situés dans les parois inférieures du 3ème ventricule sont constitués de petits neurones dont les extensions se dirigent vers la partie proximale postérieure de la tige hypophysaire (éminence médiane) où les facteurs hypophysiotropes sont déversés dans le système portal de la tige pituitaire pour aboutir secondairement à l'antéhypophyse.
La pars tubéralis qui est une extension du lobe antérieur le long de la tige pituitaire est constituée d’acini normaux de cellules hypophysaires éparpillées le long des vaisseaux du système porte, elle se caractérise par une tendance marquée à la métaplasie squameuse.
On trouve fréquemment au niveau de l’antéhypophyse, des vésicules renfermant soit un matériel pseudocolloïde, soit des débris cellulaires dus à la nécrose de cellules sécrétoires isolées.
Présence, dans environ 5%, de cellules folliculo-stellaires éparpillées participant à la formation de vésicules ou de kystes du lobe intermédiaire, elles sont S100+ ce qui ne se voit pas, par ailleurs, dans l’anti-hypophyse, GFAP+, vimentine +, leur rôle est indéterminé. Images histologiques
 
le lobe antérieur constitue environ 80% de la glande pituitaire. Hypophyse antérieure :Celle-ci est constituée de nids et cordons de cellules séparées par un réseau capillaire abondant avec environ 40% de cellules acidophiles, 10% de cellules basophiles et 50% de cellules chromophobes. Cette classification par type cellulaire est dépassée car peu fiable en ce qui concerne le type d’hormones sécrétées, le diagnostic actuellement se fait par immunohistochimie avec des anticorps monoclonaux dirigés contre les différents épitopes hormonaux.
L’antéhypophyse sécrète sept hormones distinctes, produites chacune par des éléments cellulaires particuliers ; elles sont de nature protidique, composées de longues chaînes d’aminoacides et de poids moléculaire très élevé. Quelques-unes sont des glycoprotéines. Quatre de ces hormones n’ont pas d’effets directs sur les effecteurs terminaux ; elles stimulent d’autres glandes endocrines (stimulines, ou tropines).
 
Cellules somatotropes ou cellules à GH qui sont stimulées par le GHRF, sécrétées par environ 50% des cellules de l’hypophyse antérieure (cellules acidophiles), inhibition par la somatostatine.
La GH contrôle la croissance, son excès peut entraîner un gigantisme. Son action s’exerce sur le squelette, et sur l’ensemble des tissus. En cas de déficit congénital ou de résistance, le nanisme est harmonieux (à la différence des nains dysharmonieux d'origine thyroidienne).
Cet effet résulte d’actions multiples sur le métabolisme : stimulation de la synthèse protéique et inhibition du catabolisme protéique ; augmentation du catabolisme des lipides, qui rend disponibles des chaînes carbonées servant à la synthèse protéique ; action “glucostatique” qui empêche à la fois la transformation du glucose en glycogène et son catabolisme, d’où un effet hyperglycémiant, entraînant secondairement une hypersécrétion d’insuline par le pancréas ; rétention de phosphore, de sodium, de potassium, de soufre, etc. Lorsque la croissance de l’organisme est terminée, l’excès prolongé d’hormone peut aboutir à un véritable diabète par épuisement de la sécrétion pancréatique d’insuline ainsi qu’à une acromégalie. La sécrétion de GH est influencée par le niveau glycémique, diminuant en hyperglycémie et augmentant en hypoglycémie, est stimulée par l'arginine, la dopamine et par le GRF (GHRH), est freinée par la somatostatine. Le TRH n'est pas un stimulus physiologique de la GH, mais des réponses paradoxales peuvent être observées en cas d'adénome somatotrope. La GH agit directement ou par l'intermédiaire de l'IGF-1 dont elle contrôle la synthèse hépatique et les taux circulants, par la synthèse d'une des protéines porteuses de l'IGF-1 (IGF-BP3)
 
Cellules lactotropes ou à prolactine représentant environ 20% des cellules qui sont acidophiles, soit chromophobes. La prolactine (hormone peptidique avec une homologie de plus de 30% avec la GH) exerce une action sur la trophicité du corps jaune et la production de la progestérone, en complément de celle de FSH et de LH. Elle déclenche surtout la sécrétion lactée. Contrairement aux autres hormones hypophysaires, elle est inhibée par un centre hypothalamique ; en effet, la suppression des connexions hypothalamo-hypophysaires atrophie toutes les autres cellules de l’hypophyse, mais provoque la multiplication et augmente l’activité des cellules à prolactine. Durant la grossesse, on note une hyperplasie hypertrophique de ces cellules responsable d’une augmentation nette du volume de l’hypophyse. Effet inhibiteur marqué de la Dopamine sécrétée par l’hypothalamus ainsi que la gonadotrophine RH, prolactin-inhibiting-factor (PIF) ou le GABA alors que le VIP et TRH ont une action stimulante lorsqu’il existe un effet de masse par compression lors d’un craniopharyngiome, d’un schwannome, d’un méningiome ou d’un adénome, on peut observer lors d’une compression de la tige, une diminution de la sécrétion de Dopamine et secondairement une hyperprolactinémie.
Cellules corticotropes ou cellules à ACTH représentent 15 à 20% de la population cellulaire avec des cellules intermédiaires à grandes, polygonales, amphophiles, PAS+ renfermant de l’ACTH mais aussi du MSH, endorphines, enképhaline et une zone claire périnucléaire. Ces cellules stimulent la surrénale (gluco et minéralocorticoïdes) ainsi que les androgènes mais aussi la sécrétion d’insuline et de transport d’acides aminés et de glucose dans le muscle. L’excès de sécrétion survient dans la maladie de Cushing avec obésité troncale, hypertension, diabète, aménorrhée, hirsutisme, atrophie musculaire). (voir surrénale).
Cellules thyréotropes ou cellules à TSH représentent environ 5% des cellules qui sont basophiles, PAS+ en cas d’hypothyroïdie, on aboutit à une hypertrophie hyperplasique de ces cellules à TSH (en fait, la plupart des adénomes à TSH qui sont rares correspond à une hypothyroïdie compensée). Elle active la captation d’iode par la thyroïde et le passage dans le sang des iodothyronines (thyroxine et tri-iodothyronine).
Cellules gonadotropes à FSH/LH qui représentent environ 10% des cellules sont basophiles, PAS+. Les hormones gonadotropes assurent le fonctionnement des gonades. Elles sont représentées par deux hormones, identiques dans les deux sexes, mais dont les effets diffèrent selon qu’ils s’exercent sur les ovaires ou sur les testicules. Chez la femme, l’hormone folliculo-stimulante (FSH) stimule la croissance et la maturation des follicules ovariens, sans conduire à l’ovulation. L’hormone lutéo-stimulante (LH) complète sur l’ovaire l’action de la FSH. Elle stimule les cellules thécales du follicule, provoque la ponte ovulaire et le développement du corps jaune. Ces actions ne s’observent pas en l’absence de FSH. Chez l’homme, l’hormone gonadotrope LH prend le nom de ICSH (interstitial cells stimulating hormone) ; elle maintient la trophicité des cellules de Leydig et stimule à leur niveau la sécrétion de testostérone et d’estrogènes. Le relâchement des hormones gonadotropes dans la circulation est sous le contrôle des centres hypothalamiques par l’intermédiaire des releasing factors FSH-RF et LH-RF, dont la mise en jeu complexe assure la rythmicité des fonctions ovariennes.
 
L’hormone mélanotrope, dite bêta-MSH, est considérée actuellement comme n’existant pas en tant que facteur plasmatique circulant. Ce peptide à 22 acides aminés est un produit de fractionnement artificiel de la bêta -LPH (hormone lipotrope), qui elle-même provient de la cellule corticotrope. La cellule ACTH se trouve ainsi responsable d’un précurseur commun, la pré-pro-opio-mélanocortine, d’où dériveraient l’ACTH, la bêta -lipotrophine, la bêta -endorphine et le facteur mélanotrope. Rosai J. Ackerman’s surgical pathology. 8th ed. St Louis : Mosby ; 1996. Encyclopedia universalis http://spiral.univ-lyon1.fr/polycops/
 
Variations de la normale :
Ilots de cellules squameuses, surtout dans la pars tubéralis et les sujets âgés, dus à une transformation métaplasique des cellules hypophysaires, peut se voir dans un contexte d’ischémie locale, absence de rapport avec le craniopharyngiome.
Invasion basophile : qui se voit plus fréquemment chez les sujets âgés de sexe masculin pouvant, au premier abord évoquer un adénome consistant en cellules de corticotropes basophiles s’étendant de la face intermédiaire dans le lobe postérieur.
Restes de glandes salivaires qu’on observe au niveau de l’hypophyse postérieure constituée d’une monocouche de cellules cubo-cylindriques à noyaux basaloïdes, présence fréquente d’une métaplasie oncocytaire.
Nids de cellules granulaires ou "tumorlet" situés dans la tige ou le lobe postérieur et qu’on observe jusque dans 6% des autopsies qu’on voit essentiellement chez les sujets âgés sous forme de cellules isolées ou de nids compacts constitués de cellules dodues, granulaires, acidophiles, PAS+.
Changements liés à l’âge : essentiellement atrophie par fibrose.
A noter la possibilité de duplication de l’hypophyse : Images et neurohypophyse ectopique : Décrit dans le cadre de nanisme hypophysaire, avec absence ou hypoplasie de la tige et hypoplasie de l’adénohypophyse (syndrome de selle turcique vide) Images : #0
 
Syndromes hormonaux (1):L’hypofonction des organes cibles endocrines aboutit à des remaniements secondaires de l’hypophyse, en particulier sous forme d’une hyperplasie comme on l’observe dans la maladie d’Addison ou de Schmidt. Ceci est dû à un effet rétroactif lié à la diminution de la production hormonal par l’organe cible. De même façon, une hyperfonction d’un organe endocrine cible s’accompagnera de remaniements de l’hypophyse. Ainsi, dans l’hypercorticisme, qu’il soit endogène ou exogène, on observe dans l’hypophyse, des corps de Crooke, les cellules présentent un cytoplasme vitreux hyalinisé par accumulation de filaments de cytokératines. Ceci s’observe dans les hyperplasies cortico-surrénaliennes, adénomes ou carcinomes de la surrénale, dans les syndromes paranéoplasiques avec production ectopique d’ACTH et de CRH (anaplasiques du poumon, carcinoïdes, thymomes, phéochromocytomes), dans les traitements avec corticoïdes ou dans le cadre d’un adénome hypophysaire avec sécrétion d’ACTH.
 
Effets médicamenteux (1) : les oestrogènes fortement dosés aboutissent à une hyperplasie des cellules à prolactine avec hyperprolactinémie. Le traitement par des analogues de la somatostatine tel que l’octréotide utilisé dans le traitement de tumeurs neuroendocrines en particulier du pancréas ou de l’adénome à cellules GH aboutit à une hyperplasie des cellules GH de l’hypophyse et à un degré variable de fibrose anté-hypophysaire. Les traitements par mimétiques de gonadotropine utilisés dans les cancers prostatiques peuvent stimuler les cellules FSH et LH.
 


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