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LEUCEMIE EOSINOPHILE CHRONIQUE


 
Leucémies éosinophiles (1) : Les cas authentiques de leucémies éosinophiles sont très rares (nécessité de précurseurs éosinophiles immatures). Un certain nombre de cas rapportés sous l’appellation leucémie éosinophile montrent essentiellement des cellules éosinophiles matures correspondant soit à une réaction éosinophilique ou à un syndrome myéloprolifératif atypique.
L'appellation de leucémie chronique à éosinophiles doit être réservée aux proliférations de nature clonale (anomalie chromosomique autre que le Philadelphie, PDGFRA/B ou FGFR1), par exemple atteinte du 5 dans t(2 ;5), t(3 ;5), t(5 ;12) (région q31-35 du chromosome 5, gènes codant IL-3, IL-5, GM-CSF (cytokines impliquées dans l’éosinophilie)), du 7 dans t(7 ;12), t(4 ;7), trisomie 8, 17p+, 20q- qui peuvent être considérés comme frontières entre SHE de type myéloprolifératif et SMD avec anomalies qualitatives des progéniteurs hématologiques. Dans la forme chronique : >1.5 109/L de PNE, moins de 20% de blastes ou clonalité, dans la forme aiguë > 25% d’éosinophiles immatures dans le sang circulant ou moelle, > 5% de myéloblastes médullaires, >2% de blastes périphériques, positivité de naphthol chloroacétate estérase. Dans ces formes l'atteinte viscérale n'est pas rare avec un risque accru de sarcome granulocytaire ou de transformation blastique. On peut rechercher la clonalité par polymorphisme lié à l’X du gène de phosphoglycérate kinase ou récepteur d’androgènes (HUMARA), mais ceci n’est que rarement possible car près de 90% d’hommes.
A part la LMA M4-Eo liée à inv16 ou t(10 ;14).
Tumeurs myéloïdes et lymphoïdes avec éosinophilie et anomalies de PDGFRA, PDGFRB / FGFR1.1 : : dans les 3 pathologies nette éosinophilie circulante et médullaire + mastocytose.
Syndrome myéloprolifératif FIP1L1-PDGFRA +ou leucémie éosinophile chronique (1) F/P-positive, décrite en 2003 (N Engl J Med 2003 ;348:1201, Proc Natl Acad Sci USA 2003 ;100:7830) chez 12-56% de patients avec syndrome hyperéosinophile, locus sur le chromosome 4q12. La protéine de fusion FIP1L1-PDGFRA est inhibée par l'imatinib à 100 mg/j avec normalisation rapide des PNE, réduisant les risques viscéraux (fibrose endocardique). La fusion FIP1L1-PDGFRA est détectable en RT-PCR / FIS, peut se présenter comme une LMA ou lymphome lymphoblastique T précurseur.
Les syndromes myéloprolifératifs FIP1L1-PDGFRA+ montrent une prédominance masculine (16/1) à un âge moyen de 35 (17-77 ans).
Clinique : fatigue, splénomégalie, anémie, prurit, signes cardiopulmonaires (cardiomyopathie restrictive par fibrose endomyocardique, voire insuffisance valvulaire des mitrale/tricuspide), fibrose interstitielle pulmonaire, éosinophilie maximum de 5.4 à 71.7x103/ µl (médiane de 12.5x103/ µl), avec tryptase sérique de 6.5-45 ng/mL (médiane de 24 ng/mL).
Histologie : Dans le sang périphérique, éosinophilie mature, avec peu de myélocytes / promyélocytes, les PNE peuvent être anormaux, dégranulés, vacuolés ou avec granules anormaux petits, immatures, noyaux anormalement segmentés
Dans la moelle : hypercellulaire, PNE et précurseurs nombreux, parfois blastose +/- nécrose et cristaux de Charcot-Leyden, avec la tryptase, mastocytes éparpillés fusiformes, CD117 et CD25 +, CD2 – (CD 2 + dans mastocytose systémique), qui peuvent parfois former des amas lâches. Considéré par certains comme une leucémie éosinophile chronique, la présence de mastocytes fusiformes CD25+ avec tryptase élevée remplit les 3 critères mineurs de mastocytose systémique (celle-ci montre souvent une tryptase > 100 ng/mL et pas de mutations du codon 816 de KIT, fibrose réticulinique
Images : #0 ; #1 ; #2
Biologie moléculaire : gène de fusion FIP1L1-PDGFRA par délétion interstitielle cryptique 4q12 ; le PDGFRA peut être associé à d’autres partenaires (t(1 ;4)(q44 ;q12), t(4,10)(q12 ;p11) (Br J Haematol 2007 ;138:77) ; pas de mutation KIT
Diagnostic différentiel : mastocytose systémique avec éosinophilie (amas de mastocytes confirmés par la tryptase), tryptase sérique normale, mutations différentes, leucémie éosinophile chronique SAI ou syndrome hyperéosinophile (pas de mutation PDFGRA).
Autres syndromes myéloprolifératifs avec éosinophilie.
- LMC avec parfois éosinophilie, moindre que la leucocytose neutrophile avec myélocytes.
– LMMC avec éosinophilie si translocations implicant PDGFRB en 5q33 (t(5 ;12)(q33 ;p13) PDGFRB - ETV6 (TEL) et autres translocations également sensible à l'imatinib
- proliférations lymphoïdes T anormales avec SHE (réactionnelles ou formes précoces de lymphome/leucémie T ?).
Traitement : très sensible à l’imatinib (Blood 2007 ;109:4635) ; Orphanet J Rare Dis 2007 ;2:37,
 
Prolifération myéloïde associée à des réarrangements de PDGFRB (1),Anciennement dénommée CMML avec éosinophilie Acta Haematol 2002 ;107:113, http://atlasgeneticsoncology.org/Anomalies/t0512.html : Rare (<2% des cas et <50 cas décrits). Aspect de LMMC avec éosinophilie (éosinophilie périphérique > 1500/µL (80%) ; parfois seulement éosinophilie médullaire, leucocytose, monocytose (60%) et basophilie (40%), moelle hypercellulaire), voire de LMC atypique, leucémie éosinophile chronique ou autre syndrome myéloprolifératif avec éosinophilie, prédominance masculine (2/1), à tout âge (8-72 ans)
Clinique : Hommes, moyenne de 55 ans, de 18-68 ans, splénomégalie, parfois hépatomégalie ou atteinte cutanée
Leucocytose et éosinophilie +/- leurs précurseurs et monocytes + anémie et thrombopénie, rare basophilie, moelle hypercellulaire +/- mastocytose parfois fusiformes + accroissement des fibres de réticuline.
Evolution fatale, par crise blastique (AJCP 2006 ;125:49)
Traitement : on peut proposer l’Imatinib (Blood 2002 ;100:1088)
Images  : FISH : #0
Biologie moléculaire : réarrangements de PDGFRB surtout t(5 ;12)(q31-33 ;p13) ETV6/TEL (Acta Haematol 2002 ;107:113) (Blood 1995 ;85:2848)
Traitement : très sensible à l’imatinib (N Engl J Med 2002 ;347:481, Blood 2007 ;109:61)
Prolifération myéloïde associée à des réarrangements de FGFR1
 Hum Pathol. 2010 Apr ;41(4):461-76 :: décrit en 1995 comme syndrome myéloprolifératif 8p11 (Leukemia 1995 ;9:1628), se voit à tout âge (3-84 ans), moyenne de 32 ans, discrète prédominance masculine (1.5/1)
Pathologie agressive avec hyperplasie myéloïde, éosinophilie, sans blastes ni dysplasie, ressemble à une leucémie chronique éosinophile, LMA ou lymphome lymphoblastique, surtout T (Acta Haematol 2002 ;107:101, AJSP 2008 ;32:14). Moelle hypercellulaire +/- éosinophilie, ce qui fait évoquer un syndrome myéloprolifératif, adénopathies fréquentes (lymphome lymphoblastique souvent T, parfois tumeur biphénotypique lymphome T / myéloïde, voire rare sarcome myéloïde). Evolution vers une laeucémie aiguë myéloïde / mixte, ou lymphoïde T ou B.
Biologie moléculaire : translocations équilibrées avec 8p11, souvent t(8 ;13)(p11 ;q12) - FGFR1 / ZNF198 (Blood 1998 ;92:1735) ; voir gène MOZ, associé à LMA M4/M5 (Blood 1997 ;90:3130)
Pronostic réservé malgré traitement agressif.
 


(39) Pathology and genetics of Tumours of haematopoietic and lymphoid tissues. Lyon : IARC Press, 2001.

(40) Blanc AS, Bletry O. [Idiopathic hypereosinophilic syndrome]. Rev Prat 2000 ; 50(6):616-621.

(41) de Wazieres B. [Hypereosinophilia, Diagnostic orientation]. Rev Prat 1997 ; 47(10):1129-1136.
 
 
Reference List
 
 (1) Swerdlow SH, Campo E, Harris NL, Jaffe ES, Pileri SA, Stein H et al. WHO Classification of tumours of haematopoietic and lymphoid tissues. 4th ed. Lyon : International Agency for research on cancer (IARC), 2008.
 


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