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Adénite virale


Infections virales (1) Mononucléose infectieuse
(voir peau) :(1-4)

Clinique : adolescent/jeune adulte fébrile (petit enfant dans le tiers monde) avec mal de gorge, N cervicaux postérieurs, parfois d’aspect tumoral, une asthénie très marquée, minime hépatite, au frottis sanguin, lymphocytes atypiques (CD8+ cytotoxiques T), cas atypiques avec adénopathies sans autres signes. Un exanthème morbilliforme spontané ou déclenché par la prise de pénicilline A est très évocateur.
L’EBV infecte les lymphocytes de l’oropharynx par le récepteur C3d. Durant la phase active, le virus se réplique dans les zones périfolliculaires.
Le virus d’Epstein-Barr (EBV) est un virus transformant qui appartient à la sous-famille des gamma-herpèsvirus. Découvert en 1964 par les virologues Anthony Epstein et Yvonne Barr en collaboration avec le chirurgien Denis Burkitt. Les particules virales comportent un nucléoïde, constitué d’une molécule d’ADN bicaténaire linéaire, d’une nucléocapside isocaédrique, d’un tégument et d’une enveloppe lipidique, qui est l’élément de fragilité du virus. Son pouvoir infectieux peut être diminué si cette enveloppe est altérée. L’infection par EBV s’effectue souvent par la salive. Les organes cibles de la primo-infection sont surtout localisés en oropharyngé (infection des lymphocytes B et cellules épithéliales). La primo-infection des lymphocytes B est suivie par une entrée du virus en phase de latence longue suite à 2 événements : répression du cycle lytique = phase réplicative, expression de gènes de latence dont 6 protéines nucléaires (EBNA), 3 protéines membranaires (LMP), 2 ARN nucléaires non polyadénylés (EBER1 et EBER2), les ARN BART et les micro-ARN BART et BHRF1. On distingue 4 types de latence (l, Il, III, "Wp restreinte"), associés à différentes pathologies malignes et définis selon le profil d’expression des gènes viraux latents.
Différents types de latence associées à l’EBV :
Latence de type I : EBNA-1 lié au lymphome de Burkitt
Latence de type II : EBNA-1, LMP-2A, LMP-2B lié à : Carcinome du nasopharynx, Lymphome de Hodgkin (forme classique), Lymphome T/NK de type nasal
Latence de type III : EBNA-1, -2,-3A, -3B, -3C, -LP, LMP-1, LMP-2A, LMP-2B lié à : PTLD rares Burkitt
Latence (Wp restreinte) : EBNA-1, -3A,-3B,-3C, EBNA-LP délété lié à : Burkitt
Pathologies associées au virus d’Epstein-Barr : sous sa forme active la MNI, sous sa forme latente, des lymphoproliférations (PTLD, Burkitt, Hodgkin, lymphome T/NK extranodal de type nasal) ou des proliférations épithéliales (80% des carcinomes gastriques de type lympho-épithélial, + rare dans les autres formes histologiques (4 à 18 % des cas, selon l’origine géographique des patients).
Propriétés oncogéniques du virus d’Epstein-Barr :
La protéine EBNA-1 est retrouvée dans tous les types de latence et dans toutes les pathologies liées à l’EBV. La liaison d’EBNA-1 à l’ADN permet la réplication et le maintien du génome viral dans les cellules en division. De plus, EBNA-1 est un transactivateur transcriptionnel qui contribue à l’oncogenèse par différents mécanismes tels que la régulation du cycle cellulaire (régulation de l’expression de la cycline Dl), la migration cellulaire (régulation de l’expression des chimiokines CCL3 et CCL4) et l’apoptose (augmentation de l’expression d’une protéine antiapoptotique, la survivine) .

La protéine EBNA-2 est un activateur transcriptionnel qui recrute certains gènes viraux (LMP-1 et LMP-2), surexpression de gènes cellulaires comme l’oncogène c-myc, (-FGR ou le gène codant la protéine membranaire CD21 (récepteur d’EBV)

La protéine EBNA-3C régule le cycle cellulaire et les capacités métastatiques des cellules infectées en interagissant avec la protéine kinase Nm23-H1, qui possède une fonction de"suppresseur de métastases", il régule le suppresseur de tumeur RB en favorisant sa phosphorylation et sa dégradation, permettant ainsi la progression du cycle cellulaire de la phase G 1 vers la phase S. Il peut stabiliser la protéine MDM2, ce qui favorise la dégradation du suppresseur de tumeur p53 et permet alors la prolifération cellulaire et l’inhibition de l’apoptose.
LMP-1 est l’oncogène majeur de l’EBV, elle est constitutivement active. Elle induit un détournement et une dérégulation des voies de signalisations impliquées notamment dans des processus prolifératifs ou de résistance à l’apoptose.

LMP-2A possède de multiples fonctions (maintien à l’état latent du virus in vivo), elle confère un signal de survie aux lymphocytes B, leur permettant d’échapper à l’apoptose en l’absence de sélection dans les centres germinatifs. Le rôle de LMP-2A dans la résistance à l’apoptose serait lié à sa capacité à induire la voie PI3K . LMP-2A peut également activer l’oncogène RAS de façon constitutive, favorisant ainsi la prolifération et la survie des lymphocytes B .

Les ARN non codants et micro-ARN : Les EBER sont des petits ARN non polyadénylés, retrouvés de façon très abondante dans les cellules infectées par l’EBV. Plusieurs travaux ont montré qu’ils pourraient contribuer à la transformation des

La forme pseudolymphomateuse se voit à un âge moyen de 18 ans (9-69 ans), biopsies surtout de l’anneau de Waldeyer, parfois des ganglions. MNI confirmée par sérologie.

Biologie : hyperleucocytose les 2 premières semaines, souvent >10,000/mm3 avec des lymphocytes atypiques de grande taille à noyaux indentés ou en fer à cheval, excentré. Abondant cytoplasme basophile. La population lymphoïde est hétérogène (cellules T activées, CD8 +), parfois délétion d’Ag T. Parfois discrète anémie et thrombopénie. Ac hétérophiles au test de la mononucléose infectieuse, très sensible (95 %), mais à contrôler par la réaction de Paul-Bunnell-Davidsohn, soit sur la présence d’IgM anti-VCA (viral capside antigen) à la sérologie Epstein-Barr

Histologie : l’aspect est très variable, allant de l’hyperplasie banale assez rare à l’expansion paracorticale avec hyperplasie diffuse au pseudolymphome avec un aspect motté dû à la présence d’immunoblastes et une proportion variable de plasmocytes avec des cellules plasmocytoïdes. Dans certains cas les immunoblastes forment des plages ou amas qui font poser le diagnostic différentiel avec un lymphome de haut grade. Présence aussi de cellules pseudo-sternbergoïdes dans 44% (CD30+, CD15-, BOB.1+, OCT-2+) autour de foyers nécrotiques. Parfois hyperplasie interfolliculaire avec prolifération de petits vaisseaux et infiltrat mixte de lymphocytes petits/moyens, plasmocytes, immunoblastes T et B. Cela peut se voir chez des personnes âgées sans lymphocytose atypique (5), nécrose dans 10/18 cas, ulcération muqueuse dans 6/15 cas.

Immunophénotype :mixte B et T, CD30 +, mais CD15-, LMP / EBER +. Les immunoblastes sont CD20+ B, de type post-germinal (MUM1/IRF4 (+++ 100%), CD10 - (100%), BCL-6 - (16/18 ou faible dans rares cas), BCL 2 faible variable, chaînes légères polyclonales dans 81% Mod Pathol. 2012 Aug ;25(8):1149-59.
Images + texte en allemand,Frottis : ;#2 ;
Pour lediagnostic différentielon recherche l’aspect typique de la mononucléose infectieuse avec un fond réactionnel polymorphe, une préservation focale de l'architecture ganglionnaire à la coloration de la réticuline (3) ceci se voit aussi dans d'autres infections virales.
Toxoplasmose :hyperplasie folliculaire et expansion interfolliculaire comme dans MNI, mais présence d'histiocytes épithélioïdes (Whartin-Finkeldey) qui infiltrent les CG et près des vaisseaux
DLBCLsi plages d'immunoblastes, on recherche une hyperplasie folliculaire etr le caractère mixte B et T des grandes cellules. La réticuline peut montrer une architecture préservée en soulignant les CG.
Lymphome anaplasique si grandes cellules et CD 30 + (mais il est T, ALK-1 +, EMA +, alors que MNI est mixte et ALK-1-, EMA -).
Hodgkin : si cellules SR, dans MNI, CD15-, peu de plasmocytes et PNE
De rares cas donnent secondairement lieu à un lymphome (6).
http://www.emedicine.com/MED/topic1499.htm

http://www.cdc.gov/node.do/id/0900f3ec80006e51

CMV qui peut donner un aspect similaire à la MNI(7)Ann Pathol. 1996 Sep ;16(4):254-60. Le CMV est un virus à AND de la famille des herpes virus avec un aspect cytopathologique particulier sous forme d’une volumineuse inclusion intranucléaire en oeil de hibou.
Cliniquement le plus souvent asymptomatique d’où le risque transfusionnel après greffe, sinon syndrome mononucléosique, infection congénitale sévère, syndrome grippal.

Lalymphadéniteherpétique(7) :rare, surtout en inguinal (AJCP 1991 ;95:709,AJSP 1990 ;14:571,Histopathology 1991 ;19:355)
Dans un ganglion avec hyperplasie folliculaire, immunoblastique et plasmocytaire, se développe une histiocytose dans les sinus corticaux avec extension dans le parenchyme voisin. Des PNN peuvent s’y associer surtout en cas de nécrose (les foyers nécrotiques suppurés sont importants pour le diagnostic). Des inclusions herpétiques typiques sont visibles dans le noyau de certains macrophages (Cowdry A : inclusion irrégulière, dense, granuleuse, acidophile cernée d'un halo clair, type B : inclusion hyaline, homogène, amphophile sans halo clair). La nature herpétique peut être confirmée par IHC. Habituellement, cette lymphadénite ne s’observe que chez des sujets présentant une hémopathie maligne, responsable d’une immunodéficience.Images :expansion parafolliculaire ;infiltrat interfolliculaire à immunoblastes, centroblastes, petits lymphocytes, quelques histiocytes ;#1,herpesavecLLC

Varicelle –zona : hyperplasie paracorticale diffuse + inclusions intranucléaires ressemblant à un nucléole, plus tard hyperplasie folliculaire avec discrète plasmocytose

Rougeole (7) .Histologie :hyperplasie folliculaire, hyperplasie macrophagique, plasmocytose extrafolliculaire, PNN ; cellules géantes de Warthin-Findeldey (jusquà 50/100 noyaux à chromatine claire) dans les centres germinatifs, qui correspondent à des cellules folliculaires dendritiques.Images :rougeole #1,
Parvovirus B19(7) : chez l’adulte :fièvre (81%), arthralgies/myalgies (62%), rash (48%), fatigue (43%), adénopathies (38%) oedème (38%) (Intern Med 2002 ;41:295), parfois syndrome hémophagocytaire (Br J Haematol 1997 ;96:868)

Histologie :prolifération histiocytaire massive nodulaire ressemblant au Kikuchi (apoptose ++, sans nécrosePathol Int 1998 ;48:829.,sinon hyperplasie folliculaire, expansion paracorticale, sans nécrose

HHV8(7) : souvent associé au SIDA est impliqué dans Castleman plasmocytaire, lymphome d’épanchement, pathologies plasmocytaires dont MGUS, myélome, Waldenström, lymphome plasmoblastique et adénopathies réactionnelles (connu pour sa responsabilité dans le Kaposi). La pathologie réactionnelle comporte l’hyperplasie folliculaire floride.

HHV6(7) : responsable del’érythème subit, il peut provoquer également une pseudo mononucléose infectieuse, possibilité d’encéphalopathie/encéphalite, adénopathies, épilepsie, rash et splénomégalie, dans un contexte de greffe : encéphalite, pneumonie, PTT, rejet de greffe. Le HHV6 a été associé à de multiples pathologies dont lymphomes B y compris Burkitt, lymphomes T (dont AILD), Hodgkin, maladie de Dorfman-Rosai. Possibilité de lymphocytose à lymphocytes atypiques comme dans la MNI

Histologie : hyperplasie paracorticale, prolifération de grands lymphocytes transformés (volumineux nucléoles avec halo) en amas et plages, augmentation du réseau dendritique folliculaire et des veinules à endothélium haut.

Imagesde dengue

http://emedicine.medscape.com/article/964998-overview

http://emedicine.medscape.com/article/219019-overview

(1)Shin SS, Berry GJ, Weiss LM.Infectious mononucleosis. Diagnosis by in situ hybridization in two cases with atypical features. Am J Surg Pathol 1991 ; 15(7):625-631.

(2)Strickler JG, Fedeli F, Horwitz CA, Copenhaver CM, Frizzera G. Infectious mononucleosis in lymphoid tissue. Histopathology, in situ hybridization, and differential diagnosis. Arch Pathol Lab Med 1993 ; 117(3):269-278.

(3)Childs CC, Parham DM, Berard CW. Infectious mononucleosis. The spectrum of morphologic changes simulating lymphoma in lymph nodes and tonsils. Am J Surg Pathol 1987 ; 11(2):122-132.

(4)Dorfman RF, Warnke R. Lymphadenopathy simulating the malignant lymphomas. Hum Pathol 1974 ; 5(5):519-550.

(5)Kojima M, Kashimura M, Itoh H, Noro A, Akikusa B, Iijima M et al. Epstein-Barr virus-related reactive lymphoproliferative disorders in middle-aged or elderly patients presenting with atypical features. A clinicopathological study of six cases. Pathol Res Pract 2007 ; 203(8):587-591.

(6)Krueger GR, Papadakis T, Schaefer HJ. Persistent active Epstein-Barr virus infection and atypical lymphoproliferation. Report of two cases. Am J Surg Pathol 1987 ; 11(12):972-981.

(7) O'Malley DP, George TI, Orazi A, Abbondanzo SL. Benign and reactive conditions of lymph node and spleen. 1st ed. American registry of pathology, 2009.



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