» GANGLION LYMPHATIQUE Adénopathie médicamenteuse

Adénopathie médicamenteuse


Adénopathie d’origine médicamenteuse : (2 ;5)
On distingue 4 types de lésions :
- lésions de surcharge due à l’épuration de la phagocytose dans les ganglions.
- lésions hyperplasiques dans un contexte d’allergie médicamenteuse.
- lésions dysplasiques pseudolymphomateuses d’évolution spontanée grave malgré l’arrêt du traitement
- lésions néoplasiques, lymphome malin ou leucémie.
Lésions de surcharge : elles peuvent correspondre soit à des dépôts ganglionnaires isolés, soit à des dépôts associés à une surcharge généralisée à la plupart des tissus (argyrie et PVP) -
Surcharge à la polyvinylpyrrolidone (PVP)(1) : qui correspond à un succédané de plasma et un véhicule retard de nombreux médicaments, la partie non éliminée par le rein s’accumule dans les macrophages (absence de métabolisation), la surcharge peut être généralisée ou localisée aux ganglions).
Histologie : conservation de l’architecture, surcharge des histiocytes sinusaux qui contiennent des sphérules de 2 à 25 µ basophiles, homogènes, denses, rarement feuilletés, pouvant refouler le noyau en périphérie. Parfois, on peut voir de grandes cellules contenant plusieurs sphérules entassés, d’affinités tinctoriales différentes (selon le degré de polymérisation et de dégradation), sphérules bleu foncé au trichrome, PAS +/- rouge ou brun rouge ou rouge Congo, coloration noire au Gomori Grocott, possibilité de granulomes gigantocellulaires épithélioïdes avec ou sans nécrose centrale, les particules de PVP se situent, soit dans la nécrose, soit dans les cellules géantes, ce qui peut imiter une adénite à levures ou mycoses. Dans les mycoses cependant, les colorations sont essentiellement limitées à la capsule et sont négatives au rouge Congo.
De plus, dans la surcharge au PVP, on peut observer des réactions immunitaires en fonction du poids moléculaire avec une hyperplasie lymphoïde atypique ou une hyperplasie angiofolliculaire et plasmocytaire de type maladie de Castleman.
Surcharge lipidique : due à des médicaments en suspension huileuse en intramusculaire qui peuvent donner un aspect de ganglion post -lymphangiographique mais ceci peut se voir avec des neuroleptiques, anti -dépresseurs tricycliques, des coronarodilatateurs peuvent être responsables d’une surcharge en phospholipides.
Lipogranulomatose des ganglions du hile hépatique : au décours de cholécystite lithiasique on note des histiocytes autour de vacuoles lipidiques (lipophages), quelques cellules géantes et cellules épithélioïdes avec parfois du pigment bilirubinique, possibilité de granulomes épithélioïdes pouvant mimer une sarcoïdose.
Surcharge métallique : après traitement prolongé par sels d’argent, les ganglions sont de taille normale, sans modification architecturale avec un piqueté noirâtre constitué de grains de 1 à 2 µ (les pigments formolés sont plus volumineux et biréfringents), après sels d’or, ganglion réactionnel parfois +/-infarci.
Berryliose(1) : par inhalation avec possibilité de pneumonie chimique ou chronique granulomateuse voire fibrose pulmonaire, dans les ganglions histiocytose sinusale avec phagocytose +/- granulomes soit de type sarcoïde soit avec nécrose centrale
Après traitement par l’or (chrysothérapie) dans le cadre d’une arthrite rhumatoïde on note une hyperplasie folliculaire + histiocytose sinusale, voire réaction granulomateuse avec cristaux de forme variable parfois astéroïdes
Surcharge ferrique : les sidérophages siègent d’abord dans les sinus, puis gagnent la corticale, dispersés, en amas, ou en plages, il peuvent se voir dans un territoire de draïnage d’hématome, de dermatose, gaglion du hile spénique en cas d’anémie hémolytique, u dans contexte d’ érythrophagocytose Perls #1 ;hémochromatose
NB : les ganglions de draïnage de prothèses articulaires peuvent être également le siège d’histiocytose avec des débris d’usure, ainsi le polyéthylène des prothèses se révèle par une réaction gigantocellulaire et la mise en évidence de petits débris intracellulaires allongés brillants en lumière polarisée (6 ;7), PAS + ou des microparticules métalliques.Images
Anthracose : Commun dans les N intrapulmonaires et médiastinaux (poussière de charbon, tabac, pollution), peut être associé à une prolifération storiforme d’histiocytes qui peut s’étendre en dehors de la capsule, évoquant un néoplasme (Hum Path 1998 ;29:851), ou à une silicose avec nodule sclérohyalin, (couches concentriques de collagène hyalinisé), nécrose fibrinoïde, cristaux biréfringents de 1-2µ (Images :silicose poumon ;#1),au début lymphocytes + plasmocytes et macrophages, voire quelques cellules géantes( Slavin RE Hum Pathol 1985 ;16 : 393-412
Images :anthracose#1 ;#2 ;lame virtuelle #1 ;#2 + TB
http://www.pathologyoutlines.com/topic/lymphnodesanthracosis.html

Thorotrastose(1) : aspect similaire à l’anthracose, n’a plus qu’un intérêt historique car non prescrit depuis les années 1940
Asbestose:dans les ganglions hilaires est corrélée avec une asbestose pulmonaire marquée (1) (Mod Path 1990 ;3:513), l’aspect est typique avec des corps en diabolo, en perles ou javelot, pouvant être cachés par les nombreux macrophages pigmentés qui les accompagnent (confirmés par le Perls)
Images :corps asbestosique #1 ;#2 perls
http://www.pathologyoutlines.com/topic/lymphnodesasbestosbodies.html
Talc(1) : chez les utilisateurs de drogues en IV qui mettent en suspension des comprimés écrasés qui contiennent du talc, amidon, fibres qui migrent par voie IV dans de nombreux organes (poumons, rate, ganglions, foie, moelle, cœur, reins), formant des microcristaux réfringents qui aboutissent à des granulomes. Le talc = silicate de magnésium se présente sous forme de cristaux de 5 à 15µ irréguliers ou en aiguille
Lipofuchsine : dans les N du hile hépatique, ces dépôts doivent faire rechercher une cirrhose bilaire primitive ou autre cholestase (J Clin Pathol 1989 ;42:1160)
Images :gauche : expansion des sinus médullaires avec pigment brun ; droite- lipofuchsine + au Ziehl-Neelsen
http://www.pathologyoutlines.com/topic/lymphnodeslipofuscin.html

tatouage :le pigment peut migrerdans les ganglions de drainage.Images : ;#1 ;#2

Adénopathies réactionnelles bénignes post médicamenteuses :AJSP 1995 ;19:675(1) :
De nombreux médicaments sont impliqués parmi lesquels les hydantoïnes qui entraïnent des éruptions cutanées avec hyperplasie gingivale, anémie mégaloblastique et aplasie médullaire.
Les sulfamides tels que la salazopyrine pour les colites ulcéreuses, les antibiotiques en particulier les bêtalactamines et les cyclines, les uricofrénateurs tels le Zyloric en particulier lors d’une insuffisance rénale ainsi que certains vaccins et le Tégrétol (15).
Clinique : adénopathies le plus souvent cervicales, parfois généralisées avec des signes généraux tels que fièvre, arthralgies, myalgies, éruptions cutanées morbilliformes ou scarlatiniformes, l’intervalle séparant le traitement de l’apparition des ganglions est assez bref, de quelques semaines, parfois plus long, il s’y ajoute une éosinophilie sanguine avec des cellules hyperbasophiles ou plasmocytaires, protéinurie, gammapathie polyclonale. L’interruption du traitement entraïne une régression en quelques semaines mais parfois on assiste à une persistance de la pathologie malgré l’arrêt du traitement.
Histologie : variable, le plus souvent, l’architecture est conservée avec une hyperplasie mixte, folliculaire et paracorticale, souvent on note une prolifération immunoblastique bigarrée à différenciation plasmocytaire dont l’intensité est très variable avec parfois des cellules pseudo Sternberg Reed qui sont rares. Il faut rechercher une infiltration par des PNE pouvant donner un aspect granulomateux ainsi qu’une nécrose très fréquente de type ischémique avec des vestiges cytonucléaires entourés d’une couronne de vaisseaux congestifs plus ou moins obstrués par du matériel fibrino -érythrocytaire évoquant un phénomène d’hypersensibilité par complexes immuns circulants, on recherche une certaine prolifération des veinules post -capillaires. Le diagnostic différentiel peut donc se poser avec éventuellement un lymphome, du fait de la prolifération immunoblastique ou avec une maladie de Hodgkin du fait de la présence de cellules pseudo -Sternberg Reed, sinon virose ou pseudotumeur inflammatoire.
Images :oedème interfolliculaire,immunoblastes + macrophages + plasmocytes ;pseudo Sternberg Reed
La Clofazimine (antilépreux) utilisé également dans le lupus discoïde s’accompagne d’hyperplasie histiocytaire avec dépôts cristallins fibrillaires dans les macrophages

AprèsRituximab(Ac anti CD20) (1) utilisé dans le traitement de lymphomes B, ainsi que des pathologies immunes dont : PTI, purpura thrombopénique thrombotique, anémie hémolytique auto-immune, aplasie rouge pure, s’accompagne d’une diminution des cellules B circulantes, d’atrophie des ganglions et de la rate (pulpe blanche), les effets d’une corticothérapie sont similaires. Après greffe de moelle on note une déplétion lymphoïde marquée avec disparition des follicules, sauf quelques follicules primaires (il persiste le stroma, plasmocytes, macrophages, hypervascularisation relative), si GVH architecture lymphoïde partiellement préservée, polymorphisme cellulaire. Après G-CSF hématopoïèse extramédullaire ganglionnaire.
Ont été décrits en réaction post - médicamenteuse, des lymphadénopathies angio -immunoblastiques voire prolifération lymphoïde atypique, la plupart des cas survenus sous immunodépresseurs ou chimiothérapie ne sont vraisemblablement pas liés à l’effet direct des médicaments mais à l’immunodépression engendrée. Il est à signaler cependant que des lymphomes malins de type AILD, de haut grade ou voire même des maladies de Hodgkin ont été décrits dans un contexte de traitement par hydantoïnes (12), idem en ce qui concerne le méthotrexate qui s’accompagne de proliférations lymphoïdes allant de l’hyperplasie au lymphome authentique (cela va de la prolifération pléomorphe interfolliculaire avec cellules pseudo SR au Hodgkin nodulaire à prédominance lymphoïde à des DLBCL).
Après RTE : persistance du tissu réticulo-endothélial, atrophie lymphoïde, vascularisation proéminente, congestion des sinus, puis hyalinisation et fibrose

(1)O'Malley DP, George TI, Orazi A, Abbondanzo SL. Benign and reactive conditions of lymph node and spleen. 1st ed. American registry of pathology, 2009.
(2) Krishnan J, Danon AD, Frizzera G. Reactive lymphadenopathies and atypical lymphoproliferative disorders. Am J Clin Pathol 1993 ; 99(4):385-96.
(5) Dorfman RF, Warnke R. Lymphadenopathy simulating the malignant lymphomas. Hum Pathol 1974 ; 5(5):519-50.
(6) Gray MH, Talbert ML, Talbert WM, Bansal M, Hsu A. Changes seen in lymph nodes draining the sites of large joint prostheses. Am J Surg Pathol 1989 ; 13(12):1050-6.
(7) Albores-Saavedra J, Vuitch F, Delgado R, Wiley E, Hagler H. Sinus histiocytosis of pelvic lymph nodes after hip replacement. A histiocytic proliferation induced by cobalt-chromium and titanium. Am J Surg Pathol 1994 ; 18(1):83-90.
(12) Abbondazo SL, Irey NS, Frizzera G. Dilantin-associated lymphadenopathy. Spectrum of histopathologic patterns. Am J Surg Pathol 1995 ; 19(6):675-86.
(15) Swerdlow SH. Genetic and molecular genetic studies in the diagnosis of atypical lymphoid hyperplasias versus lymphoma. Hum Pathol 2003 ; 34(4):346-351.
http://www.pathologyoutlines.com/lymphnodes.html#drughypersensitivity

http://www.pathologyoutlines.com/lymphnodes.html#asbestosbodies
http://www.pathologyoutlines.com/lymphnodes.



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