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Diarrhée


La diarrhée obéit à des mécanismes complexes, l'accélération de la motricité n'étant qu'un facteur parmi d'autres ; elle joue un rôle primordial dans la diarrhée émotive, qui est fréquente, dans la diarrhée par tumeur endocrine (productrice de sérotonine, de prostaglandine), qui est exceptionnelle.
Diarrhéesinfectieuses : La diarrhée est définie par des émissions trop fréquentes de selles trop abondantes, liquides ou pâteuses (> 3/jour, poids supérieur à 300 g/j). La diarrhée aiguë dure < 8 à 10 jours. Elle est précédée d'un transit normal et ne récidive pas à court terme. La diarrhée chronique dure en général des mois ou des années. Le début d'une diarrhée chronique peut être confondu avec une diarrhée aiguë qui est beaucoup plus fréquente.

Le syndrome dysentérique est défini par des évacuations glaireuses et sanglantes pouvant ne pas contenir de matières fécales. Le syndrome dysentérique associe des épreintes et une sensation de ténesme aux évacuations anormales.
D’origine bactérienne, parasitaire ou virale, liés au péril fécal, les diarrhées infectieuses sont un problème majeur de santé publique (cause majeure de morbimortalité (surtout infantile)) chez l’enfant dans les pays en voie de développement (PED), 1500000 enfants en meurent chaque année (2ème cause de décès avant 5 ans, dont 80% avant l’âge de 2 ans) (par manque d’eau potable, prévalence élevée des pathogènes dans l’environnement ; co-infections avec la rougeole, VIH ; malnutrition et avitaminoses, drépanocytose, schistosomiases).
Les taux de mortalité par diarrhée aiguë sont de 5- 36 % des enfants au 2ème semestre de vie. Les facteurs de risque sont : l’état physiologique des populations (malnutrition), maturation du système immunitaire (sensibilité des nouveau-nés), degré d'exposition au micro-organisme , la virulence des microorganismes et l’inoculum. Les doses infectantes orales sont : Shigella spp, Giardia lamblia, Entamoeba histolitica = 101-2, Campylobacter jejuni 102-6, Salmonella typhi <105, Salmonella sp 108, Campylobacter. Jejuni 104, E. coli, Vibrio. Cholerae = 108
L’état de réceptivité individuelle liée, en plus des capacités de réponse du système immunitaire, à l’abondance des récepteurs spécifiques sur les cellules intestinales aux ligands bactériens (adhésines, toxines, invasines…). Notion de spectre d'hôte parfois très étroit limité à une espèce (homme pour S. typhi, Shigella, V. cholerae), parfois plus large (Salmonella, Campylobacter), et par des observations chez l’animal : par exemple, pour les souches de E.coli K88 responsables de diarrhées mortelles chez les veaux nouveau-nés, il existe des lignées de bovins très sensibles et d’autres totalement résistants.
Le diagnostic microbiologique des diarrhées aiguës est parfois difficile du fait de l'existence d'une flore commensale très abondante : la salive contient 105-6 streptocoques/mL, l’estomac < 10/ mL, le duodénojéjunum 102-4/ mL, l’intestin grêle 107-8 / mL (anaérobie 1011), le côlon 1011/g (entérobactérie 109).
Dans les pays industrialisés, 2ème cause de morbidité, après les infections respiratoires (en France 3 millions d'épisodes par an). Association à fièvre dans 40% et à rectorragie dans 1%, coût important, du fait des médicaments (95 % des cas) et des arrêts de travail. En France, surviennent 2 pics épidémiques dans l'année : l'un après le 1er janvier et, l'autre, de moindre importance, pendant l'été.
Lésions élémentaires  : Physiopathologie des entérites infectieuses : (voir physiologie dans normal)
Les bactéries ingérées avec l’eau ou les aliments rencontrent de nombreux obstacles à leur implantation intestinale :
La barrière gastrique acide ( pH 2-4) qui détruit 99 % des bactéries ingérés en 30 min, la gastrectomie, l’achlorhydrie gastrique (malnutrition), les antiacides rendent plus sensibles aux infections intestinales
Le mucus et sécrétions intestinales : la couche de mucus ( > 400 µm) constituée de molécules-leurre (fibronectine, albumine, IgA), élimine les bactéries ainsi que divers produits de sécrétion à effets bactéricide (bile et sels biliaires, enzymes pancréatiques, lactoferrine qui diminue la concentration de fer indispensable à la réplication bactérienne).
La motilité intestinale accélère l'élimination des bactéries et joue un rôle dans les processus d'absorption intestinale.
La flore commensale est estimée à des titres de 108 entérobactéries et 1011 bactéries anaérobies / g, qui entre en compétition pour la quête des nutriments et l’interaction avec les sites cellulaires d'adhésion, et entretient des conditions hostiles de pH et d’ oxydoréduction.
Cette flore varie avec l’âge (nourrisson, vieillard), le régime alimentaire et la malnutrition, la toxicomanie.
Le GALT (Gut associated lymphoid tissue) est le système immunitaire du tube digestif directement en contact avec la flore intestinale.
Il est constitué d’amas lymphoïdes ( tels que amygdales et les plaques de Peyer ( formés de lymphocytes B/T couverts d’entérocytes et de cellules M) , de lymphocytes intraépithéliaux disséminés (80 % lymphocytes T8).dans les villosités ( 2-3 x 105 /cm² , soit 1 lymphocyte pour 6 entérocytes), les lymphocytes du chorion ( dans la lamina propria) qui sont des lymphocytes CD4 et CD8 ( rapport T4 / T8 = 2) et de lymphocytes B (80 %, de plasmocytes productrices d’ IgA ).
On trouve aussi dans le chorion des macrophages et des polynucléaires neutrophiles, lymphocytes.
La colonisation de la muqueuse se fait par des adhésines bactériennes très diverses selon les bactéries (pili, fimbriae…). La diarrhée est due à plusieurs facteurs :
Toxines qui interagissent avec des récepteurs membranaires (gangliosides GM1..), et déclenchent des cascades d’activation des entérocytes (activation de l’adénylcyclase) avec fuite hydrique des entérocytes.
Réaction inflammatoire intense à l’origine de la diarrhée : hyperproduction de prostaglandines (activation de adénylcyclase).
Disparition des bordures en brosse, la diarrhée faisant suite à une malabsorption des nutriments.

Physiopathologie  : origine extrinsèque, alimentaire (coquillages crus, viande, produits laitiers non pasteurisés, œufs ... ) ou par manuportage, origine intrinsèque par déséquilibre de la flore colique par de multiples mécanismes. Les facteurs de risque environnementaux sont : vie en institution, notamment gériatrique, ou en collectivité, baignades, séjours en zone tropicale. La colonisation de la muqueuse se fait par des adhésines bactériennes diverses selon les bactéries (pili, fimbriae…).

Diarrhées inflammatoires ou invasivespar destruction de la muqueuse intestinale par un germe soit directement invasif ou par production de cytotoxines avec syndrome dysentérique. Réaction inflammatoire intense à l’origine de la diarrhée avec hyperproduction de prostaglandines (activation de l’adénylcyclase), voire disparition des bordures en brosse, la diarrhée faisant suite à une malabsorption des nutriments.
Après incubation courte de 24 à 72 heures, et diarrhée hydrique de 2 à 3 jours, le syndrome dysentérique s’installe (selles glairo-sanglantes et purulentes, innombrables (plus de 100 par 24 h) avec à l’examen microscopique de nombreux polynucléaires neutrophiles et des globules rouges, douleurs abdominales avec ténesme et épreinte, vomissements), fièvre à 39-40°C, avec sensation de malaise, asthénie et altération de l'état général).
Diarrhées sécrétoires par entérotoxine microbienne avec inversion des flux liquidiens par sécrétion active d'eau et d'électrolytes par les entérocytes et un syndrome cholériforme avec diarrhée aqueuse abondante, sans fièvre ni douleurs abdominales mais vomissements fréquents.
Facteurs individuels : l'âge (protecteur), tout déficit immunitaire (diabète, traitement immunosuppresseur, néoplasie, VIH), atteinte de l'intégrité de la barrière acide gastrique (gastrectomie, anti-ulcéreux) ainsi que des facteurs génétiques mal connus. Complications chez les patients décompensés (insuffisance cardiaque, insuffisance rénale, diabète ... ) ; prise au long cours de diurétiques, digitaliques, lithium (risque de troubles ioniques suite à la déshydratation). La prise d'antibiotiques est un facteur de risque (bêtalactamines à spectre d'activité large (amoxicilline-acide clavulanique, céphalosporine de 3e génération)), par déséquilibre de la flore, modification du métabolisme bactérien, stimulation de la motricité (érythromycine, acide clavulanique).
Causes infectieuses : pour les diarrhées invasives : salmonelles, shigelles, Campylobacter, Yersinia, Escherichia coli, Clostridium difficile ; plus rarement parasitaire : E. histolytica histolytica.
Pour les sécrétoires, Staphylococcus aureus, Escherichia Coli entérotoxinogènes (ETEC), Clostridium difficile, vibrions, Bacillus cereus, Clostriditim perfringens, Clostriditium botulinum, certains virus : rotavirus, entéro- ou adénovirus, parasitaires : Cryptosporidium. Les entérotoxines sont des neurotoxines agissant sur le système nerveux végétatif avec hyperstaltisme et diarrhée
Causes toxiques, médicamenteuses (colchicine, digitaliques, chimiothérapie, etc.) ; plus rarement inflammatoires ou par intolérance alimentaire ; exceptionnellement ischémiques, dans un contexte différent.
La turista touche 1/3 voyageurs vers des pays chauds, le plus souvent sans gravité et de durée brève (24 à 48heures). Les germes en cause sont E coli (entérotoxine), ou Shigella dysenteriae, sensibles au thiméthoprime-sulfaméthoxasole et aux fluoroquinolones. Une prophylaxie de l'affection est à réserver aux sujets à risque car elle n'est pas sans inconvénients. Les salmonelles non typhiques, clostridies, Lamblia, virus, amibes, sont parfois en cause. Les diarrhées infectieuses sont une cause majeure de mortalité infantile dans les pays en voie de développement.
Recherche de signes de gravité, surtout la déshydratation, voire collapsus hypovolémique et syndrome septique, douleurs du cadre colique, voire défense ou contracture (dilatation colique aiguë, voire mégacôlon toxique, ou perforation, si colites infectieuses à germes invasifs ou à C. difficile, et prise concomitante de ralentisseurs du transit type lopéramide). Les signes de gravité « potentielle » liés au terrain ou à des facteurs de risque doivent également être repérés précocement, de même que des vomissements répétés qui imposent une hydratation par voie intraveineuse.
Les examens paracliniques sont la recherche de parasites et de germes pathogènes dans les selles, et la rectosigmoïdoscopie. On y recourt rarement, la diarrhée aiguë étant fréquente, banale et bénigne.
Orientation du diagnostic étiologique en zone tropicale
Tableau dysentériforme : évoquer surtout une shigellose ou dysenterie bacillaire, les épidémies sont dues à Shigella dysenteriae sérotype 1. Les salmonelloses : si lafièvre typhoïdeest une maladie de l’adolescent et de l’adulte, peu fréquente chez le très jeune enfant, y compris en zone de très forte endémie comme l’Afrique, les salmonelloses non typhiques sont fréquentes et graves. Les enfants à risque sont les nourrissons et les nouveau-nés, les enfants immunodéprimés et les drépanocytaires. L’association avec les schistosomes est à l’origine de salmonelloses septicémiques donnant de véritables tableaux de fièvre typhoïde. Les E.coli entéro-invasifs(EIEC) etentéro-hémorragiques(EHEC) sont responsables de diarrhées sanglantes. La dysenterie amibienne à Entamoeba histolytica histolytica est plus fréquente chez l’adulte que chez le petit enfant.
Tableau cholériforme  : surtout lecholéra, les E. coli entérotoxinogènes (ETEC) restent la cause la plus fréquente des diarrhées cholériformes.
Les toxi-infections alimentaires collectives (TIAC) : dues aux salmonelles (S. typhi murium = sérotype le plus fréquent), à des E. coli, à Clostridium perfringens, aux rotavirus et aux toxines préformées dans l’aliment par Staphylococcus aureus et Bacillus cereus. Gastro-entérite touchant plusieurs personnes simultanément. Le délai de survenue par rapport à l’heure du repas doit être précisé : 6 heures pour S. aureus et B. cereus, 14 heures pour C. perfringens. Il faut insister sur la contamination proche de 100% des aliments de rue dans les agglomérations africaines (glaces, crèmes glacées, sorbets).
Les diarrhées à E. coli 0157 sont devenues un phénomène émergent depuis une vingtaine d'années avec des formes graves dont le syndrome hémolytique et urémique (SHU). Les E. coli 0157 sont sécréteurs de toxines shiga-like (ECST).
Chez l’enfant en milieu tropical, les étiologies bactériennes dominent : Escherichia coli entérotoxinogènes (ETEC) et entéropathogènes (EPEC), chez l’enfant de moins de 2 ans ; mais aussi les étiologies parasitaires : Cryptorsporidium et surtoutvirales, en particulier rotavirus. Le nombre de décès dus aux rotavirus dans les PED est de 440 000 par an chez l'enfant de moins de 3ans. D'autres virus peuvent être responsables en particulier les norovirus.
Chez l’immunodéprimé, surtout sida, si les CD4 sont > 200/mm3, les infections opportunistes sont rares et les diarrhées sont celles de l’immunocompétent ; si les CD4 sont < 200/mm3, on trouve Cryptosporidium et Isospora belli et si les CD4 sont <100/mm3, les microsporidies et leCMV.
La diarrhée des voyageurs (DV) ou turistaest très fréquente. Il y a 50 millions de touristes/an dans les PED dont 40% font une turista avec 2 à 10 % de cas graves. Le taux est directement corrélé au niveau d’hygiène du pays d’origine et du pays visité. La DV survient dans la première semaine du séjour, du fait d’une contamination d’origine fécale, véhiculée par l’eau, l’alimentation ou les mains sales. Son étiologie est bactérienne dans 80% des cas (ETEC dans 50% des cas). Elle est aussi virale, due en particulier à des norovirus. Si elle reste une affection bénigne dans 90% des cas, régressant spontanément en 48 à 72 heures, la DV est une source réelle de désagrément pour le voyageur. Sa prévention est basée sur une éducation préalable du voyageur (conseils hygiéno-diététiques).
Il y a une nette tendance à la baisse de la turista en Asie de l'est (y compris la Chine), et du sud et, à un moindre degré en Amérique latine. Elle reste un problème en Afrique centrale et de l'ouest, en Inde.
Conseils hygiéno-diététiques aux voyageurs : lavage systématique des mains avant chaque repas, éviter les salades de crudités, la salade verte, ainsi que la mayonnaise, les crèmes anglaises, toujours peler les fruits frais, sinon bien les laver avec une eau propre, éviter les viandes crues ou peu cuites, ainsi que les poissons crus et les crustacés, privilégier les plats servis chauds, éviter le lait et les produits laitiers (sauf si pasteurisés), éviter toute alimentation par un marchand ambulant.
Concernant l’eau de boisson : aucun risque avec les boissons chaudes, les boissons encapsulées ou les cannettes ouvertes par le voyageur ; éviter les jus de fruits servis en verre (parfois dilués avec une eau non contrôlée), éviter les glaces préparées avec une eau non contrôlée et les glaçons souvent manipulés avec les doigts.
Concernant la toilette : lavage des dents avec une eau propre, donc en évitant l’eau du robinet.
La diarrhée post antibiotique  : à Clostridium difficile, est responsable de 10 à 35% des diarrhées post antibiotiques en milieu tempéré. Peut se voir chez des sujets jeunes, non hospitalisés et non exposés à une antibiothérapie préalable.
Indications de la coproculture en cas de diarrhée infectieuse aiguë. D’emblée si :
- Diarrhée invasive (sang et/ou glaires dans les selles),
- Diarrhée fébrile (fièvre > 39°C),
- Déshydratation modérée à sévère,
- Contexte particulier : enfants entre 6 et 11 mois, personnes âgées > 75 ans, immunodépression,
- Patients fragiles ou ayant des tares viscérales
Après 3 jours d’évolution : Diarrhées hydro électrolytiques persistantes plus de 3 jours malgré un traitement symptomatique bien conduit
Traitement des diarrhées : Deux progrès enregistrés récemment dans la prise en charge des maladies diarrhéiques – nouvelle composition des sels de réhydratation orale (SRO) avec une concentration réduite en glucose et sodium, d’une part, et supplémentation en zinc, d’autre part - peuvent réduire considérablement le nombre de décès d’enfants dans les pays en voie de développement. Ces nouvelles méthodes, combinées à la prévention et au traitement de la déshydratation avec des solutions appropriées, à l’allaitement maternel, au maintien de l’alimentation et à l’utilisation sélective d’antibiotiques, réduiront la durée et la sévérité des épisodes diarrhéiques et diminueront leur fréquence.
L'hydratation, la plus précoce possible, surtout chez les personnes âgées et/ou maladies chroniques apporte du liquide et des électrolytes (Na, K et du glucose qui favorise l'absorption des électrolytes), par IV d’emblée si déshydratation aiguë ou vomissements répétés (attention aux excès d’apport chez l'insuffisant cardiaque)(solution « standard » : sérum glucosé isotonique : 1 litre, NaCl : 3 g, KCl : 1,5 g, gluconate de Ca : 1g, solution de traitement de la diarrhée (sérum glucosé à 10% : 1 litre, NaCl : 4 g, KCl : 1 g, acétate de Na : 6,5 g)). Schématiquement, on perfuse 30ml/kg en 30 mn, puis 70 ml/kg en 2 heures 30, et 100 ml/kg en 6 heures chez l’enfant au-dessus de 1 an ; 30 ml/kg en 1 heure, puis 70 ml/kg en 5 heures chez l’enfant de moins de 1 an. Les besoins quotidiens (100 ml/kg) sont apportés par voie IV ou par SRO dès que l’état de l’enfant le permet. L'alimentation normale ne doit pas être interrompue pendant plus de 4 heures après le début de la réhydratation et l'allaitement doit être poursuivi : allaitement maternel, substituts du lait. La prescription de vitamine A et de suppléments en zinc réduit la gravité et la durée des diarrhées.
Relais per os dès que l'état est stabilisé ou les vomissements arrêtés, avec de l'eau (ou autres boissons) et alimentation solide avec du glucose, du sel et du potassium (riz, gâteaux salés, jus de fruits, fruits secs). Si vomissements (non incoercibles, état d'hydratation satisfaisant), réhydratation per os avec de petits volumes répétés fréquemment. On peut y associer des anti-émétiques. Médicaments antispasmodiques en cas de douleurs.
Les ralentisseurs du transit (lopéramide acétorphan, diphénoxylate, codéine, élixir parégorique) sont efficaces maintiennent le germe dans la lumière intestinale, avec des effets secondaires (douleurs abdominales, constipation secondaire), voire des complications sévères (perforation sur muqueuse fragilisée par des germes invasifs). Ils sont contre-indiqués dans les diarrhées glairo-sanglantes, les syndromes dysentériques et de façon générale lorsqu'un germe invasif est suspecté. Les antisécrétoires (racécadotril, 3 à 4 gélules /j jusqu'à sédation de la diarrhée, sans dépasser 7 j) sont efficaces.
Les topiques adsorbants (type diosmectite) sans effets secondaires mais sont peu efficaces. Les antiseptiques intestinaux sont discutables (possibilité d'effets secondaires graves).
Les probiotiques (de type bactérien (Bifidobacterium ou Lactobacillus) ou levures (Saccharomyces boulardii ) sont prometteurs sans effets secondaires (surtout utiles en prévention). Les médicaments antispasmodiques en cas de douleurs.
Les antibiotiques, non systématiques avec les quinolones (l cp matin et soir), l'azithromycine (500 mg le 1er jour, puis 250 mglj) et les céphalosporines de 3e génération (ceftriaxone, l g/j). Durée : entre 3 et 5 jours (schémas monodose ont été validés dans la diarrhée du voyageur), sans consensus entre ces 3 classes d'antibiotique. Les entérobactéries sont de + en + résistantes aux quinolones, et les céphalosporines de 3e génération s'utilisent surtout en IV. Ainsi les quinolones (et l'azithromycine) surtout en ambulatoire, et les C3G en milieu hospitalier / formes sévères. Les rares complications chirurgicales tel le mégacôlon toxique sont gérées en multidisciplinaire, avec améliorations spon­tanées par antibiothérapie précoce, voire une exsufflation perendoscopique. Les antibiotiques sont utiles dans les situations suivantes : nourrissons de moins de 6 mois (fièvre, sang dans les selles), sujets malnutris, drépanocytoses, sida, shigelloses documentées.
Les antiparasitaires les plus utilisés sont les imidazolés : ils sont actifs sur l’amibiase et la giardiase.
Une antibiothérapie empirique est prescrite si :
- diarrhées de type invasif avec tableau marqué, ou diarrhée avec signes de gravité ; et, pour certains, diarrhée > 3 j malgré un traitement symptomatique ;
- terrains fragiles avec risque de complication significatif ;
suspicion d'origine amibienne (retour de zone tropicale), si tableau sévère (métronidazole) ; de fièvre typhoïde ; de colite post-antibiotique à C. difficile, dès la coproculture (avec recherche de la toxine A/B) surtout si le tableau est sévère (risque de mégacôlon toxique) ou sur les terrains à risque (personnes âgées). Après arrêt de l'antibiothérapie causale, on prescrit le métronidazole à la dose de 500 mg 2 fois par jour pendant 10 jours.
Si diarrhée sanglante puis purpura avec insuffisance rénale et anémie hémolytique : évoquer un syndrome hémolytique et urémique par E. coli 0157:H7 .
Diarrhée survenant au cours ou au décours (2 mois) d'une antibiothérapie : suspecter C. difficile potentiellement très grave chez les personnes âgées ou fragilisées.
Estimation de la mortalité infanto-juvénile due à la diarrhée dans les pays en développement
Une revue systématique et exhaustive de la littérature des études depuis 1980 sur la mortalité par diarrhée des moins de 5 ans. A l’échelle mondiale, le nombre de décès par diarrhée chez les moins de cinq ans a été estimé à 1,87 million (intervalle de confiance à 95%, IC : 1,56-2,19), soit approximativement 19% du nombre total de décès d’enfants. La Région africaine et la Région de l’Asie du Sud-est de l’OMS totalisent 78% (1,46 millions) des décès par diarrhée se produisant chez les enfants du monde en développement et 73% de ces décès se concentrent dans 15 pays en développement seulement.
Les diarrhées chroniques de l'adulte sont d'origine colique dans > 90%. Après l'examen clinique, les explorations à pratiquer sont la recherche de parasites et de germes pathogènes dans les selles et la coloscopie.
En pratique
Devant un tableau dysentériforme : antibiothérapie en cas de shigellose. Vu les souches multirésistantes à l’amoxicilline, au chloramphénicol et au cotrimoxazole, on emploie les fluoroquinolones (ciprofloxacine) en cas de situation épidémique (en particulier due à S. dysenteriae type 1). La réhydratation peut être nécessaire
Devant un tableau cholériforme : réhydratation indispensable. Les examens complémentaires sont le plus souvent inutiles. Il faut les demander en cas de fièvre, de manifestations systémiques, d’une évolution prolongée de plus de 48 heures.
Devant une turista : compensation hydroélectrolytique nécessaire : thé sucré, jus de fruits, gâteaux secs salés sont souvent suffisants. Chez l’enfant et le sujet âgé, la réhydratation doit être débutée le plus tôt possible. Antidiarrhéiques et antibiotiques constituent l’arsenal thérapeutique ;
- antidiarrhéiques : racécadotril (Tiorfan®), à préférer au lopéramide (Imodium®),
- antibiotiques : fluoroquinolones (FQ) : norfloxacine 400 mgX2/j ou ciprofloxacine 500 mgx2/j pendant 3 jours en l’absence d’amélioration dans un délai de 12 h après la prise initiale. Alternative aux FQ : cotrimoxazole en Amérique centrale, azithromycine en Asie du sud-est vu l’émergence de souches de C. jejuni résistantes aux FQ, prescrite en dose unique de 1 g, peut être donnée aux enfants et aux femmes enceintes.
En pratique :
- si diarrhée < 3 selles /j, peu ou pas de douleurs abdominales : rien ou antidiarrhéique,
- si diarrhée > 3 selles/j, avec douleurs importantes, mais ni sang, ni glaire : antidiarrhéique + antibiotique (FQ) en prise unique,
- si forme sévère : syndrome dysentérique, diarrhée sanglante, diarrhée fébrile : coproculture et antibiotique (FQ) pendant 3 à 5 jours, ne pas recourir au lopéramide.
La prévention de la turista est indiquée dans quatre circonstances : voyageurs ne pouvant prendre le risque d’une indisposition, voyageurs souffrant d’un déficit immunitaire, voyageurs porteurs d’une pathologie sous-jacente, voyageurs dont la barrière de l’acidité gastrique est déficiente. Les indications sont limitées à des séjours brefs (moins de 21 jours). On recommande la prise d’une FQ avec le risque de photosensibilisation et de troubles digestifs. Plusieurs autres antibiotiques sont proposés, dont la rifaximine (de la famille des rifamycines).
Une alternative en cas de terrain fragile (grand âge, tares viscérales) est la prise sur place d’un traitement antibiotique dès le premier symptôme : FQ pour une durée de 3 à 5 jours.
Un patch vaccinant contre la DV à base d'enterotoxine thermolabile d'ETEC est à l'essai.
http://emedicine.medscape.com/article/928598-overview


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