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Colite lymphocytique (microscopique)


Colites microscopiques : définies par l'association d'une diarrhée chronique (de début aigu, dans la moitié des cas d'où des erreurs diagnostiques), d'un aspect normal de la muqueuse colique en endoscopie, et d'une in­flammation particulière histologiquement. Incidence en Europe de 2 à 4 10-5 / an (proches de la RCUF/ Crohn, mais prévalence de 1510-5 6 fois inférieure à celle des MICI, car jusqu'à 90 % des LC et 60 % des CC s'éteignent avant 3 ans d'évolution. Selles fréquentes, aqueuses, impérieuses (accidents d'incontinence d'impact psychologique et social parfois considérable), réparties sur le nycthémère (y compris nocturnes jusque dans 30 % des cas). Etat général conservé, malgré une perte de poids faible à moyenne, jusque dans 40 % des cas. Il existe des formes iatrogéniques avec un délai de plusieurs semaines/ mois entre l'introduction du médicament et la colite microscopique : Acarbose, Cyclo3Fort® - Cirkan®, Lansoprazole, Sertraline, Ticlopidine, Ranitidine. Le retrait d'un médicament responsable aboutit à une guérison clinique de la CM en moins de 2 semaines, et à une restitution anatomique en quelques semaines. La distinction CC-LC n'a pas d'implication thérapeutique, en effet l'épaississement de la bande collagène sous-épithéliale est plus marquée dans le côlon droit que dans le côlon distal, et est très hétérogène donc on peut toujours suspecter légitimement le diagnostic en cas de LC.
Auto-immunité (HLA DR3, DQ2,…) : 20- 40%, avec maladie coeliaque dans 7-30%, PR, dysthyroïdie, uvéite, Raynaud, Sclérodermie PTI, CBP… Idiopathique ou post-infections ? avec diarrhée de Brainerd, Yersinia enterolytica, Clostridium difficile

Traitement : Essai du traitement symptomatique seul (Lopéramide, Cholestyramine), puis éventuellement des salicylés (Sulfasalazine, Mésalazine), mais on peut passer directement à l'étape suivante car moins de 50% d'efficacité. Si échec, essai du budésonide (corticoïde mais qui entraîne souvent une reprise des symptômes dès l'arrêt du traitement, mais a moins d'effets secondaires cosmétiques et de freination de l'axe hypo-hyso-surrénalien), puis, en cas de non-réponse ou de réponse insuffisante, essai de la corticothérapie systémique. Si échec, utilisation éventuelle courte du sous-salicylate de bismuth, sinon mise sous azathioprine. SI échec persistant discussion d'une coloproctectomie totale avec anastomose iléo-anale.

 
Colite lymphocytique(LC)  (137-139) qui est une pathologie de description récente en rapport étroit avec la colite collagène avec laquelle il existe des formes de transition.
Association décrite avec pathologies auto-immunes : Sprue, arthrite rhumatoïde, uvéite, fibrose pulmonaire idiopathique, diabète juvénile, anémie pernicieuse, thyroïdites auto-immunes, PTI. Les colites microscopiques peuvent se voir après médicaments : AINS, antidépresseurs, ranitidine, carbamazépine, ticlopidine, flutamide.
Biologie : On note une incidence accrue de HLA A1 et diminuée de B3. Dans 50% des LC auto-Ac circulants, anti-cellules pariétales, anti-thyroglobuline, anti-microsomes. Ceci est comparable à la fréquence observée dans la CC.
Clinique : forte prédominance féminine, sujet d’âge moyen (64 ans de 19 à 82 ans), diarrhée aqueuse chronique avec coloscopie normale, pas de rectorragie ni stéatorrhée, alternance possible de constipation, parfois douleurs abdominales.
Association possible à un Crohn (131).
Histologie  : La différence histologique principale est l’absence de couche collagène épaissie et le nombre plus important des lymphocytes T (CD3 +, CD 8 +) intra-épithéliaux (> 20/100 cellules épithéliales), qui se reconnaissent par le noyau plus sombre et le halo périnucléaire. Altération de l'épithélium de surface (aplatissement des cellules qui sont cuboïdes, abrasion et décollement de l'épithélium, aspect dégénératif de certaines cellules (vacuoles cytoplasmiques), diminution de la mucosécrétion, irrégularités nucléaires, apoptose). Une atteinte similaire à la colite lymphocytique a été décrite chez des patients porteurs d’une maladie coeliaque, possibilité de manifestations auto-immunes (arthrite, Sjögren, diabète insulinodépendant, thyroïdite) (132). L’évolution est fluctuante, ce qui rend difficile l’évaluation des traitements. image1, image2 , #1 ; #2 ; #3 ; #4 ; #5
Evolution : des colites microscopiques est bénigne mais chronique avec possibilité de rechutes.
Traitement : opiacés non efficaces, résultats variables avec les antibiotiques, dérivés 5-aminosalicylés et la cholestyramine, les corticoïdes par voie orale ou lavements sont efficaces dans 70 à 90% des cas.
Pathogénie : vraisemblablement auto-immune (médicaments (AINS), toxiques endogènes, environnement) car présence d’auto anticorps, association fréquente à des maladies auto-immunes, leucocytose fécale, efficacité des corticoïdes
NB : ces colites peuvent présenter des signes de colite inflammatoire (1/3 de cas avec cryptite aigü, métaplasie de Paneth fréquente, ulcération rare (168), à noter également l’extension possible à l’iléon terminal de façon discrète (3 versus 2 lymphos/100 ce qui ne se voit pas à l’examen histologique classique) (169).

(131) Goldstein NS, Gyorfi T. Focal lymphocytic colitis and collagenous colitis : patterns of Crohn’s colitis ? Am J Surg Pathol 1999 ; 23(9):1075-81.

(132) Yardley JH, Lazenby AJ, Giardiello FM, Bayless TM. Collagenous, "microscopic," lymphocytic, and other gentler and more subtle forms of colitis. Hum Pathol 1990 ; 21(11):1089-91.
(137) Baert F, Wouters K, D’Haens G, Hoang P, Naegels S, D’Heygere F et al. Lymphocytic colitis : a distinct clinical entity ? A clinicopathological confrontation of lymphocytic and collagenous colitis. Gut 1999 ; 45(3):375-81.

(138) Mullhaupt B, Guller U, Anabitarte M, Guller R, Fried M. Lymphocytic colitis : clinical presentation and long term course. Gut 1998 ; 43(5):629-33.

(139) Wang N, Dumot JA, Achkar E, Easley KA, Petras RE, Goldblum JR. Colonic epithelial lymphocytosis without a thickened subepithelial collagen table : a clinicopathologic study of 40 cases supporting a heterogeneous entity. Am J Surg Pathol 1999 ; 23(9):1068-74.
(168) Ayata G, Ithamukkala S, Sapp H, Shaz BH, Brien TP, Wang HH et al. Prevalence and significance of inflammatory bowel disease-like morphologic features in collagenous and lymphocytic colitis. Am J Surg Pathol 2002 ; 26(11):1414-1423.

(169) Sapp H, Ithamukkala S, Brien TP, Ayata G, Shaz B, Dorfman DM et al. The terminal ileum is affected in patients with lymphocytic or collagenous colitis. Am J Surg Pathol 2002 ; 26(11):1484-1492.


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