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MORTALITE ET CANCER


Estimation du « sur-risque » de décès à partir des données de survie moyenne de populations de cancéreux.
Principe de la méthode d’évaluation de la surmortalité. La survie nette, par exemple à 10 ans, d’un groupe de patients est la probabilité « nette » d’être en vie 10 ans après le diagnostic de cancer dans
l’hypothèse où toutes les autres causes de décès seraient éliminées. Le complément à 1 de la probabilité nette de survie est la probabilité d’être décédé du « seul » fait du cancer avant 10 ans ; cette probabilité traduit donc l’excès de mortalité, c’est-à-dire la surmortalité à laquelle est soumis le groupe de patients.
Le calcul de la survie relative est le rapport, en un temps donné t, entre la probabilité de survie d’une population de sujets avec cancer et la probabilité de survie attendue dans une population générale de sujets témoins, de même sexe, de même groupe d’âge.
 
La surmortalité annuelle diminue avec le temps. Elle varie de plus de 27 % entre 0-1 an à environ 2 % entre 11-12 ans, elle est < 15 % dès la 2e année suivant le diagnostic, puis < 5 % dès la 5e année.
La surmortalité annuelle est plus faible chez les femmes que chez les hommes.
Chez les femmes, elle varie d’environ 20 % entre 0-1 an à moins de 2 % entre 11-12 ans. Chez les hommes, la surmortalité annuelle varie d’environ 33 % entre 0-1 an à un peu plus 2 % entre 11-12 ans.
La surmortalité annuelle augmente de la classe d’âges 15-44 ans à celle de 65-74 ans. Pour la classe d’âges 15-44 ans, elle varie de près de 12 % entre 0-1 an à un peu plus de 1 % entre 11-12 ans. Elle est < 5 % dès la 4e année. Pour la classe d’âges 65-74 ans, elle varie de > 33 % entre 0-1 an à > 3 % entre 11-12 ans.
La surmortalité annuelle diminue de la cohorte la plus ancienne à la cohorte la plus récente principalement dans les premières années suivant le diagnostic.
 
10 ans après le diagnostic le « sur-risque » est stable et de faible amplitude. Pour certaines localisations, il est quasiment nul. Pour tous les cancers de l’adulte 2,27 [2,14 ; 2,39] ; sein 2,57 [2,35 ; 2,80], ovaire 1,80 [1,22 ; 2,38], col de l’utérus 1,13 [0,69 ; 1,57], corps de l’utérus 0,28 [- 0,04 ; 0,61], prostate 6,67 [5,93 ; 7,42], Tumeurs germinales du testicule 0,03 [- 0,24 ; 0,31], rein 3,13 [2,38 ; 3,88], côlon 0,91 [0,49 ; 1,34], rectum 1,44 [0,87 ; 2,02], poumon 5,64 [4,54 ; 6,74], larynx 2,74 [1,73 ; 3,76], hypopharynx 9,11 [4,22 ; 13,99], oropharynx 2,76 [0,31 ; 5,21], rhinopharynx 2,96 [- 0,30 ; 6,22], thyroïde 0,49 [0,08 ; 0,90], Mélanomes 0,91 [0,58 ; 1,24], LAL 0,33 [- 1,03 ; 1,69], LMA 2,75 [0,33 ; 5,17], LLC 9,67 [7,59 ; 11,76], LMC 10,27 [6,38 ; 14,17], Hodgkin 1,03 [0,44 ; 1,63], Lymphomes 4,18 [3,39 ; 4,98]
 
Pour un stade de cancer localisé, la surmortalité annuelle à la 5e année varie de 0 à 7 %. Pour 8 localisations (sein (1,02), ovaire (0,86), col (0,90) et corps de l’utérus (0,50), prostate (0.00), testicule (0.00), thyroïde (0.00), mélanome (0.61)), la surmortalité annuelle est < 1 %. Pour le rein (1.80), larynx 2.90), elle est <3 %. Pour le poumon elle est de 7.20 %.
 
Le cancer de l’enfant est rare (moins de 1 % de l’ensemble des cancers). Les progrès thérapeutiques des 30 dernières années ont permis d’obtenir aujourd’hui une guérison de plus des 2/3 des cas. La surmortalité annuelle décroît de plus de 10 % la première année à 2 % dès la 4e année et environ 1 %, 7 ans après le diagnostic.
Le décès est dû à : une récidive du cancer initial dans 70 % des cas (leucémie, tumeur cérébrale ou osseuse) ; un second cancer (lié à l’irradiation des patients), dans 10 à 12 % ; des séquelles du traitement, dans 10 % ; d’autres causes non liées au cancer, dans 10 % des cas.
 
En France : 278.000 nouveaux cncers pour l'année 2000, comparés à 170.000 cas en 1980. L'augmentation en 20 ans est donc de 60 %. Si l'on considère les variations en terme de taux ajustés sur l'âge, l'augmentation est de 31 % pour les hommes et de 36 % pour les femmes. Il apparaît donc que le vieillissement de la population joue un rôle important dans l'augmentation du nombre absolu de cas.
En comparaison, le nombre de décès augmente de 125.000 à 150.000, soit une augmentation de 20 %. Les taux de mortalité ajustés sur l'âge eux par contre diminuent : diminution de 7 % chez les hommes et de 9 % chez les femmes. Ce résultat montre bien que l'augmentation des décès est bien en relation avec le vieillissement de la population, puisqu'un ajustement sur l'âge gomme cet effet et montre une figure inverse avec réduction des taux de mortalité ajustés.
Cette amélioration est-elle liée à une amélioration de la survie globale (amélioration de la survie ?) ? Une analyse plus fine par site, telle que présentée dans les Tables I à III, montre une image très contrastée selon les localisations des cancers. L'importance relative de ces localisations sur la masse totale des cancers varie durant cette période de 20 ans.
Résultats par localisation
Les proportions relatives des différentes localisations se sont modifiées durant cette période de 20 ans. Une meilleure déclaration des cas et une meilleure définition du diagnostic expliquent l'augmentation de certaines localisations par rapport à d'autres.
Cette évolution est retrouvée parmi l'ensemble des registres des cancers.
La Table I présente pour l'année 2000 les cinq localisations les plus fréquentes tous sexes confondus.
Les Tables II et III mettent en évidence les modifications dans le classement des cinq localisations les plus fréquentes entre 1980 et 2000, chez les hommes et les femmes.
Chez l'homme, la prostate prend la première place devant le poumon qui continue de diminuer, selon la tendance déjà présente en 1990. Trois des cancers de ce palmarès sont liés à une consommation tabagique (poumon, lèvres - bouche - pharynx, vessie).
Chez la femme, le col utérin sort du classement et est remplacé par le mélanome. Il est important de noter que les deux premières localisations (sein, côlon) peuvent voir leur pronostic amélioré par un dépistage précoce. De même, la troisième localisation (mélanome) pourrait voir son pronostic amélioré par un dépistage précoce et son incidence diminuée par une prévention primaire.
La Table III présente les cinq cancers les plus meurtriers par ordre décroissant de taux de mortalité chez les hommes et les femmes. Le poumon chez l'homme et le sein chez la femme restent en première position de 1980 à 2000. Dans les deux cas, ces deux cancers ont des taux deux fois plus élevés que les cancers en deuxième position : le côlon-rectum pour la femme en 1980 et en 2000, le côlon-rectum et la prostate pour l'homme en 1980 et en 2000, respectivement. Le fait marquant en 2000 chez la femme est l'apparition du cancer du poumon en troisième position, doublé d'une sixième position en terme de taux d'incidence.
Conclusion : Le poids du cancer a évolué en 20 ans. Divergence entre incidence et mortalité. En effet, si l'on considère l'ensemble des cancers, l'augmentation des cas incidents est de 60 %, alors que le nombre de décès n'augmente que de 20 %.
Pour les hommes, 13 % de cette augmentation est imputable à l'augmentation de la population, 16 % au vieillissement de la population et 37 % à une réelle augmentation du risque de développer un cancer.
Pour les femmes, ces chiffres sont respectivement 11 %, 14 % et 35 %.
En ce qui concerne la mortalité, le nombre observé de décès est inférieur à celui auquel on pouvait s'attendre en considérant les changements socio-démographiques. Ce fait peut s'expliquer par une modification dans la distribution des localisations des cancers et par une amélioration des thérapeutiques.
L'ensemble des cancers liés à l'alcool est en diminution, excepté le cancer du foie.
Les cancers du tube digestif sont en meilleure position en terme de survie et d'incidence, qu'ils ne l'étaient il y a 20 ans : diminution du nombre des cancers de l'œsophage et de l'estomac et meilleure survie des cancers du colon-rectum. Le message à retenir concernant ces cancers est que le dépistage entraînant la prise en charge de la maladie a un stade de meilleur pronostic sont les éléments clés qui permettront de conserver cette tendance.
Absence de diminution des cancers liés au tabac chez l'homme et augmentation de ces cancers chez les femmes nées après la seconde guerre mondiale. Le cancer du poumon est maintenant la troisième cause de décès chez les femmes et cette situation ne peut qu'empirer
Table I - Localisations classées en ordre décroissant de nombre de cas incidents (tous sexes confondus)
Ordre
Localisations
Nombre de cas
1
Sein
41.845
2
Prostate
40.309
3
Côlon-rectum
36.257
4
Poumon
27.743
5
Lèvres - bouche - pharynx
15.388

Table II - Localisations classées en ordre décroissant de taux d'incidence - Taux standardisés sur l'âge pour 100.000 personnes-années
 
Ordre
1980
2000
Hommes
Femmes
Hommes
Femmes
1
Poumon
47,4
Sein
55,5
Prostate
75,3
Sein
88,9
2
Lèvres - bouche - pharynx
40,2
Côlon-rectum
21,8
Poumon
52,2
Côlon-rectum
24,6
3
Côlon-rectum
33,1
Col utérin
14,2
Côlon-rectum
39,1
Mélanome malin
9,5
4
Prostate
25,3
Corps utérin
9,8
Lèvres - bouche - pharynx
32,2
Corps utérin
9,2
5
Vessie
15,2
Ovaire
8,7
Vessie
18,3
Ovaire
9,0

Table III - Localisations classées en ordre décroissant de taux de mortalité - Taux standardisés sur l'âge pour 100.000 personnes-années
 
Ordre
1980
2000
Hommes
Femmes
Hommes
Femmes
1
Poumon
42,7
Sein
18,7
Poumon
48,9
Sein
19,7
2
Côlon-rectum
18,6
Côlon-rectum
11,4
Prostate
15,9
Côlon-rectum
8,9
3
Lèvres - bouche - pharynx
16,0
Ovaire
5,5
Côlon-rectum
15,8
Poumon
7,5
4
Prostate
15,7
Estomac
5,4
Foie
12,8
Ovaire
5,4
5
Oesophage
13,6
Col utérin
4,5
Lèvres - bouche - pharynx
10,4
Pancréas
4,4
 

 
Références bibliographiques


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