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Autopsie


L’ autopsie est l’examen anatomo-pathologique d’un cadavre. L’autopsie (« voir par soi-même »), ou nécropsie (« voir après la mort »).

L’autopsie hospitalière est pratiquée dans les services centraux d’Anatomie Pathologique ; est réglementée en France par deux décrets (du 31 Décembre 1941 et du 21 Octobre 1947 qui stipulent que ’dans les établissements hospitaliers figurant sur une liste établie par le Ministère de la Santé Publique, si le médecin-chef de service juge qu’un intérêt scientifique ou thérapeutique le commande, l’autopsie et les prélèvements pourront, même en l’absence d’autorisation de la famille, être pratiqués sans délai’ ; ces dispositions ont été remaniées récemment par la loi du 22 décembre 1976 relative aux prélèvements d’organes, et le décret du 31 Mars 1978.

pratiquement, l’autopsie peut être réalisée sur demande signée par le Chef du service hospitalier, établie sur un bon fourni par l’administration et visé par elle (c’est le directeur de l’Hôpital qui autorise l’autopsie).

si le décès date de moins de 24 heures, il faut que deux médecins de l’Hôpital (en principe pris sur une liste établie après délibération du Conseil d’Administration et approuvée par la Préfecture) ’certifient s’être assurés, par tous les procédés reconnus valables par le Ministère de la Santé Publique, de la réalité de la mort’. Les procédés sont la section de l’artère radiale au poignet ou l’injection intraveineuse de fluorescéine, ou l’injection sous-cutanée d’éther.

pour des raisons humanitaires, l’administration recommande un délai de 3 heures entre le décès (dont l’heure apparaît sur le Certificat de Décès signé par un médecin hospitalier) et le début de l’autopsie.

En pratique, le médecin hospitalier qui souhaite que soit réalisée une autopsie à visée scientifique doit :

- en faire la demande écrite, signée, datée (en plus du procès verbal du constat de la mort)

- s’assurer de la présomption de consentement de la personne décédée (interrogation du Registre National des Refus, interrogation du Registre du Bureau des Admissions, recueil du témoignage de la famille) (code de la Santé Publique, article L.671-7)

- informer la famille des prélèvements effectués (article L.671-9 du code de la Santé Publique)

- faire contresigner le formulaire de demande par le Directeur de l’Hôpital ou son représentant

Ces dispositions ne s’appliquent pas dans le cadre des autopsies médico-légales demandées par les autorités judiciaires ou administratives et réalisées par les médecins légistes

Il existe un certain nombre de cas où l’autopsie n’est pas autorisée par l’Administration :

si la famille s’y oppose (décret du 17 Avril 1943) et/ou si le sujet a fait connaître de son vivant son opposition : en fait, cette dernière est la seule valable sur le strict plan légal mais l’usage s’est établi de tenir compte aussi de l’opposition de la famille (laquelle est alors sensée faire état de l’opposition que lui aurait manifesté le malade de son vivant (?)

si le sujet bénéficie d’une pension militaire (article 115)

si le décès est dû à un accident du travail ou à une maladie professionnelle

si le sujet n’est pas de nationalité française

si le sujet a déclaré certaines religions : musulmans, israélites

si le décès est dû à une cause ’suspecte’ (suicide, crime)

enfin, dans le cas où le malade a fait, avant de mourir, ’don de son corps à la science’ : en pareil cas, le cadavre devient propriété exclusive du laboratoire d’Anatomie le plus proche.

L’autopsie scientifique est demandée par des médecins ou par la famille du patient décédé et vise à reconnaître la ou les causes de la mort, à étudier les effets des traitements, à effectuer des recherches scientifiques. Contrairement à une idée reçue, les discordances entre les résultats de l’autopsie et les diagnostics effectués avant la mort ne se sont pas notablement réduites dans les dernières années. L’autopsie est aujourd’hui trop rarement demandée malgré son utilité à la fois diagnostique et scientifique.

l’autopsie médico-légale : Elle est pratiquée sur réquisition du Procureur de la République (ou de ses substituts), en cas de ’mort violente’ mentionnée sur le Certificat de Décès (destinée à lui apporter des éléments utiles à la manifestation de la vérité (causes, circonstances, date… de la mort)) ou pour faire valoir les droits des successeurs en cas de maladie professionnelle.

Elle a lieu à l’Institut Médico-Légal et est réalisée par un Médecin Légiste, qui peut ensuite demander un ’avis technique’ à l’Anatomo-Pathologiste. Si le Procureur de la République ne demande pas l’autopsie, il est possible au Médecin Légiste de délivrer à l’Anatomo-pathologiste une autorisation écrite de pratiquer l’autopsie hospitalière habituelle.

La pratique des autopsies permet de se rendre compte des causes réelles des décès dans un pays donné (épidémiologie’)

http://spiral.univ-lyon1.fr/polycops/AnatomieCytologiePathologiques/index.html

Autopsie à risque élevé, lors de toutes les autopsies, il est souhaitable d’être équipé, avec tablier, bottes, double paire de gants, lunettes de protection, des gants de ménage plus épais et résistants que les gants chirurgicaux, voire un masque chirurgical pour se protéger des projections de liquide. Les infections à haut risque sont : tuberculose (#0), rage (#0), fièvres hémorragiques virales (#0), anthrax, et peste (#0) ; l’HIV n’est pas transmis par des aérosols. Les autres infections à risque sont, virus de  Hantaan, West Nile Encephalitis, lymphocytic choriomeningitis, human T-cell lymphotropic virus type I, Ebola virus, encéphalites, dengue (#0), yellow fever, typhoïde, Bartonelloses (maladie des griffes du chat, fièvre des tranchées), tularémie, brucellose (#0), mélioïdose (#0), méningococcémies.

Les contenants des prélèvements et les notes et papiers officiels doivent rester propres.

Les germes multirésistants posent surtout le problème de la dissémination hors de la salle d’autopsie, d’où la nécessité de sortir en habits civils (staphylocoque Méthicilline-résistant (MRSA), vancomycin-resistant Enterococcus faecium (VREF), multidrug-resistant Pseudomonas aeruginosa, multidrug-resistant Acinetobacter baumannii-haemolyticus),

Si suspicion de Creutzfeldt-Jakob (CJD) le germe transmissible résiste au formol à 10%, alcool à 70%, composés phénoliques, UV ébullition, il est inactivé par : hypochlorite de soude à 5%, autoclave à 134° sur + de 20 minutes, hydroxyde de sodium, acide formique à 90%, limiter l’autopsie au cerveau et tissus lymphoïdes , si nécessité de prélever d’autres organes, prendre toutes les précautions (ainsi que lors de toute démence rapidement progressive). Dans ces cas tous les fluides doivent être confinés et désinfectés avec volume équivalent d’hypochlorite de soude à 5%+ sac en plastique autour de la scie pour ouverture du crâne), les zones d’incision et de peau contaminée, sont épongées à l’hypochlorite de soude à 5% pendant 10 minutes avant rinçage, tous les instruments sont autoclavés au moins 30 minutes ou plongés dans de l’ hypochlorite de soude à 5% sur 15 minutes. Les habits, tablier sont incinérés ou autoclavés. Prélever du cortex mifrontal, globus pallidus, cervelet dans du formol à 10% pendant 2 à 7 jours puis décontaminés à l’acide formique à 95% pendant 1 heure, avant fixation finale au formol à 10% pendant 2 jours, immerger le reste du cerveau dans du formol à 10%. Si les blocs sont en faveur d’un CJD, le cerveau dans le formol est incinéré, sinon on technique le reste du cerveau pour éventuel Alzheimer ou autre démence

Religion et autopsie    : dans les cultures occidentales, les traditions et croyances ont moins de poids d’où une meilleure acceptation des autopsies, qui restent cependant acceptables même dans l’Islam et Judaïsme, malgré le caractère saint du corps du décédé, les vues concernant les autopsies ressemblent à celles sur le don d’organe. Le Bouddhisme, différentes religions chrétiennes (Anglicane, Episcopal, Orthodoxe, Baptiste, Méthodiste, Quakers), témoins de Jéhovah n’ont pas d’objection intrinsèque aux autopsies, ainsi que le Shintoïsme, Taoïsme, Confucianisme, Hindouisme), pour certains les organes doivent revenir dans le corps, pour les Sikhs, les funérailles ne doivent pas être retardées.

Pour les autopsies cliniques on tient compte de l’avis de la famille ou d’une opposition manifestée par le patient avant son décès

L’autopsie médicolégale est un acte légal dont le but est de révéler la cause du décès

Islam et nécropsie  : comme dans les autres religions les autopsies retardent l’enterrement et sont une atteinte à l’intégrité corporelle. Les traditions musulmanes sont rigides : fermeture des yeux et de la bouche, allonger les membres, corps tourné vers le Mecque, lavage et habillage spécifique, déplacement de membres de la famille / communauté qui participent au recueillement, pas d’embaumemennt ni crémation. Enterrement rapide dans les 24 heures, le plus près possible du lieu de décès, jeûne jusqu’à l’enterrement, les femmes ne participent pas à l’enterrement. Ceci explique l’opposition de l’islam à l’autopsie.

Une fatwa de l’égyptien Rashid Rida de 1910, permet de retarder l’enterrement, pour laisser le temps de prouver la mort, pour avoir le temps de trouver du camphre pour nettoyer le corps, ce qui permet l’examen médical du corps. Mais la Sharia insiste sur l’intégrité corporelle, sinon péché capital (sauf exceptions (mort qui avalé des pièces appartenant à quelqu’un d’autre, femme enceinte décédée avec fœtus présumé vivant), d’après Mohamed rompre un os d’un mort est aussi grave que s’il était vivant, ce qui a été interprété comme une opposition à l’autopsie te don d’organe. Mais la Maslaha ou bien public dit que si les avantages sont supérieurs aux lésions peut être interprété comme favorable aux autopsies. La fatwa de H. M. Makhluf’s de 1952 d’origine Sunnite, explique qu’un bon médecin doit connaître le corps et donc autorise les dissections et que les besoins de la santé publique sont supérieurs aux devoirs religieux.

La Fatwa du comité al-Azhar de 1982 permet les autopsies si elles instruisent les étudiants en l’absence de contagiosité. En 1972, en Syrie, l’autopsie est autorisée en cas de nécessité sociale, sans opposition déclarée du décédé ou de la famille sauf si décision officielle sur des bases scientifiques ou d’épidémie.

 

Judaïsme et autopsie  : La Torah est une partie de l’ancien testament, le Talmud, est un ensemble d’enseignements rabbiniques. Le Pikuach nefesh = sauver une vie est le commandement le plus important de la loi judaïque. Ainsi le fait qu’une autopsie permette potentiellement de sauver d’autres vies prédomine sur les autres lois, pour certains les actes effectués sur le vivant (chirurgie) peuvent être effectués sur le mort. Le Talmud permet de retarder l’inhumation

En 1948, la loi d’Israel permet l’autopsie si : nécessité juridique, (2) 3 docteurs la demandent car sinon impossibilité de determiner la cause de décès, (3) 3 docteurs la demandent car elle permettrait de suaver des vies de patients avec pathologie similaire (4) maladie héréditaire, (5) greffe d’organe) ; sauf si objection du vivant du décédé ou de la famille, hormis si risque de santé publique ou d’erreur médicale.

 

Hindouisme et autopsie  : avec le bouddhisme, le Jaïnisme et Sikhisme proviennent de l’Hindouisme et en partagent des croyances fondamentales concernant la crémation et la réincarnation avec une force unitaire de vie (Brahman), éternelle qui touche les vivants et le règne minéral et le karma (actions qui laissent une empreinte sur l’âme), l’esprit quitte le corps au décès pour se réincarner. Les Hindous évitent les autopsies qui dérangent l’esprit mais l’acceptent si nécessité légale

Bouddhisme et autopsie  : les Bouddhistes, croient que la mort et la maladie sont naturels à ne pas craindre, le corps est une coquille pour l’esprit qui renaît après le décès selon le karma, qui se détériore avec l’âge pour cesser de fonctionner. Le corps doit être respecté pendant 3 jours jusqu’à ce qu’un religieux ait déterminé que l’esprit a quitté le corps, puis crémation. Les autopsies sont une forme de compassion permettant de préserver la vie, importance de la justice (donc autopsies légales acceptées), à partir du moment où on respecte le délai de 3 jours, l’autopsie ne pose pas de problèmes, elle n’est pas considérée comme une désacralisation, car tout repose sur l’intention.

Christianisme et autopsie  :

Premières dissections humaines par le grec Herophilos (335-280 BC) sous le roi Ptolémée à Alexandrie, dont les travaux ont été perdus mais utilisés par Galien (129-199 AD), qui comme médecin et philosophe romain n’avait pas le droit de disséquer, son livre sur la nécessité de la dissection fut traduit en latin en 1531 et a persuadé l’église catholique de permettre les autopsies.

En 1153, au concile de Tours, interdiction de mutiler les corps, mais rares autopsies dès le 13ème siècle en Italie avec l’accord du Vatican. Le traité d’anatomie de Mondino de Luzzi en 1316est base sur des autopsies publiques (criminels éxécutés (surtout des femmes). Le traité de Galien publié en Latin en 1531 sur les procédures anatomiques. Vésale (1514-1564) médecin de Charles quint et Philppe II a corrigé une partie des erreurs de Galien par des dissections de criminels (De Humani Corporis Fabrica), le pape Sixte IV (1471-1484) autorise les dissections par des étudiants ainsi que le pape Clément VII (1523-1534). Le christianisme moderne accepte l’autopsie et les transplantations d’organe

 

Le Confucianisme (Chine), Shintoïsme (Japon), Taoïsme (Chine), Shamanisme n’interdisent pas les autopsies. Confucius (551-479 BC) n’a jamais revendiqué la divinité. Les principes en sont : charité, justice, propriété, sagesse, loyauté. L’après-vie n’est pas un sujet. Les morts sont enterrés après avoir été lavés, leur intégrité est importante, malgré cela le confusianisme n’interdit pas la nécropsie, une partie significative de la population est prête à donner son corps à la médecine.

 



Documents de pathologie humaine du service d’anatomie pathologique du CFB de Caen et du CHPC de Cherbourg. L ’UTILISATION DES INFORMATIONS FOURNIES SE FAIT SOUS L’UNIQUE RESPONSABILITE DE L’UTILISATEUR. Les concepteurs et réalisateurs de cette base ne sauraient en aucun cas être tenus pour responsables des conséquences d’une utilisation non contrôlée des informations fournies.

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