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LESIONS ELEMENTAIRES EN PATHOLOGIE GENERALE


L’anatomie pathologique générale : décrit les lésions élémentaires, ces lésions des cellules, des fibres, des substances fondamentales se grouperont de façon variable au cours des processus morbides ; et les modes de groupement évoqueront telle ou telle maladie.
Lésions élémentaires des cellules, tissus et organes : La cellule est la plus petite unité de matière vivante qui puisse exister de façon indépendante et se reproduire. La cellule eucaryote est constituée d’un noyau entouré d’une enveloppe nucléaire et du cytoplasme séparé du milieu extérieur par la membrane cytoplasmique. Le cytoplasme renferme les différents organites nécessaires au fonctionnement cellulaire (mitochondries, appareil de Golgi...). Les cellules peuvent être mobiles (de façon permanente comme les macrophages ou transitoire comme au cours de l’organogenèse).
L’ensemble des propriétés architecturales et dynamiques repose sur l’existence d’un réseau de filaments et de tubules intracellulaires ou cytosquelette, qui est composé de trois grandes classes d’éléments : les microtubules, les microfilaments et les filaments intermédiaires
Les tissus sont des ensembles de cellules différenciées qui forment une association fonctionnelle et biologique. A ces tissus s’associent des populations cellulaires libres situées dans tout l’organisme, certaines dans le sang, d’autres dans les différents organes du système immunitaire.
La plupart des organes comportent plusieurs tissus. Par exemple, la paroi du tube digestif comporte un épithélium glandulaire, du tissu conjonctif, du tissu musculaire lisse, du tissu nerveux périphérique et des cellules libres.
La cohésion des tissus, la mobilité des cellules, que ce soit au cours du développement embryonnaire ou dans les phénomènes physiologiques ou pathologiques, s’effectuent grâce à l’adhérence cellulaire. Des phénomènes aussi différents que la thrombose, la circulation leucocytaire, l’inflammation, la cicatrisation, la croissance tumorale, la formation de métastases font intervenir à la fois des interactions cellule-cellule et cellule-matrice extracellulaire. Ces interactions sont médiées par les protéines d’adhérence.
La définition d’une molécule d’adhérence est fonctionnelle : c’est une protéine exprimée à la surface de la membrane cellulaire, capable d’assurer une adhésion sélective, voire spécifique entre 2 cellules ou entre une cellule et la matrice extracellulaire (membrane basale ou tissu de soutien). Sa sélectivité repose sur sa capacité d’interagir avec des ligands.
Les molécules d’adhérence assurent :
- la cohésion d’un tissu (adhérence structurelle)
- la possibilité d’effectuer une fonction biologique déterminée. Ce type d’adhérence, fonctionnelle, est transitoire et limité au seul temps d’induction du processus biologique.
La reconnaissance du ligand extracellulaire par la molécule d’adhérence entraïne la production d’informations destinées au reste de la cellule et susceptibles de modifier la structure ou les fonctions de celle-ci. Cette propriété des molécules d’adhérence les rapproche des systèmes de transduction transmembranaires. L’influence des molécules d’adhérence sur le milieu intracellulaire est assurée soit par leur liaison avec le cytosquelette, comme dans le cas des molécules impliquées dans l’adhérence structurelle, soit par leur capacité à produire des messagers intracellulaires, comme c’est le cas de nombreuses protéines impliquées dans l’adhérence fonctionnelle.
Parmi les molécules d’adhérence on distingue : les cadhérines, la superfamille des immunoglobulines, les intégrines, les sélectines et les CD44.
- La famille des cadhérines  : les 3 principales sont la E-cadhérine, présente dans les épithéliums, la N-cadhérine des tissus nerveux et musculaire, et la P-cadhérine des mésothéliums et l’épiderme. Ces glycoprotéines membranaires monomériques assurent, grâce à leur domaine extracellulaire, une adhérence intercellulaire dépendante du calcium. Leur domaine intracytoplasmique est associé aux microfilaments d’actine du cytosquelette.
- La superfamille des immunoglobulines : avec 1 ou plusieurs domaines (brins anti-parallèles, stabilisés par des ponts disulfures). Elle comprend de nombreuses molécules aux fonctions diversifiées. Certaines jouent un rôle majeur dans la réponse immunitaire (immunoglobulines, molécules HLA, récepteur antigénique des lymphocytes T), d’autres sont des molécules d’adhérence qui peuvent se regrouper en 4 familles :
1. N-CAM (neural cell adhesion molecule), qui joue un rôle important dans l’embryogenèse et qui est exprimée dans le tissu nerveux chez l’adulte
2. antigène carcino-embryonnaire
3. les protéines d’adhérence endothéliales qui sont représentées par ICAM1 (intercellular adhesion molecule 1), ICAM2 (intercellular adhesion molecule 2) ICAM3 et VCAM (vascular cell adhesion molecule).
4. les protéines d’adhérence leucocytaires (CD2).
- Les intégrines : hétéro-dimériques avec 2 chaïnes, alpha et bêta. Actuellement, 15 chaïnes alpha et 8 chaïnes bêta sont décrites. La nature de la chaïne bêta permet de classer les intégrines en trois principales sous-familles ayant des distributions cellulaires et des fonctions particulières. Les intégrines bêta 1 et bêta 3 sont les principales protéines impliquées dans l’adhésion des cellules à la matrice extracellulaire. Les intégrines bêta 2 sont caractéristiques des leucocytes et sont impliquées dans l’interaction fonctionnelle avec l’endothélium. Les intégrines sont associées par leur domaine intracytoplasmique aux microfilaments d’actine du cytosquelette.
- Les sélectines : avec 3 molécules. Deux sont exprimées par les cellules endothéliales, la E-sélectine et la P-sélectine. La troisième, la L-sélectine, est spécifique d’une sous population de lymphocytes. Ce sont des glycoprotéines monomériques transmembranaires dont le domaine extracellulaire possède un domaine de type lectine (sucre) à son extrémité NH2 terminale. Le domaine extracellulaire comporte, un domaine homologue aux protéines régulatrices du complément et un domaine homologue au récepteur du facteur de croissance épidermique. Les sélectines sont impliquées dans l’adhérence des leucocytes circulants aux cellules endothéliales.
- Les CD44 : Ce sont des glycoprotéines de surface avec 10 isoformes. Elles sont impliquées dans l’adhérence intercellulaire et l’adhérence des cellules à la matrice extracellulaire (acide hyaluronique). Leurs fonctions sont encore peu connues.
Lésions élémentaires :
L’hypertrophie peut être :
- cellulaire : elle correspond à l’augmentation réversible de la taille cellulaire liée à une augmentation du volume ou du nombre de ses constituants.
- tissulaire ou organique : il s’agit de l’augmentation du volume d’un tissu ou d’un organe due à une hypertrophie ou une hyperplasie cellulaire. On distingue l’hypertrophie cellulaire de l’hyperplasie qui est une augmentation volumétrique du tissu par multiplication exagérée de ses constituants cellulaires.
Elle peut être due à :
-augmentation de l’activité mécanique ou métabolique (hypertrophie cardiaque du sportif)
-stimulation hormonale accrue (acromégalie par l’hormone de croissance)
- l’hypertrophie compensatrice (exemple : les éléments cellulaires constitutifs du néphron augmentent de taille dans un rein "restant" après l’ablation de l’autre rein).
La notion d’augmentation ou de diminution de cytoplasme spécialisé permet également d’écarter les fausses hypertrophies, liées à la dilatation de cavités ou à l’accumulation d’un tissu interstitiel, fibreux, lipomateux ou d’une substance anormale comme l’amylose (ex : lipomatose pancréatique, gliose cérébrale, amylose cardiaque). De même, ces modifications du tissu interstitiel peuvent masquer une réelle atrophie (ex : lipomatose musculaire).
L’hypotrophie ou atrophie, conséquence d’une prédominance du catabolisme sur l’anabolisme peut être :
- cellulaire : elle correspond à une diminution réversible de la masse fonctionnelle d’une cellule liée à une diminution de son activité, par diminution du volume cellulaire et des constituants cytoplasmiques.
- tissulaire et organique : elle correspond à une diminution de la masse d’un tissu ou d’un organe due à l’atrophie des cellules qui le composent. Il existe certaines exceptions qui ne sont paradoxales qu’apparemment : dans la dystrophie musculaire de Duchenne, on décrit classiquement une augmentation du volume de certains muscles comme par exemple les mollets alors même qu’à l’examen microscopique, on note une atrophie des fibres musculaires qui sont, en réalité, remplacés par de la graisse très excédentaire.
On distingue l’atrophie de l’aplasie (non développement d’un tissu ou d’un organe) et de l’hypoplasie (insuffisance de développement). Le volume apparent de l’organe peut rester normal. Elle peut être physiologique, au cours du vieillissement, le thymus s’atrophie ou pathologique comme l’atrophie cérébrale par insuffisance circulatoire, l’atrophie des tubules rénaux dans les néphropathies chroniques.
L’hyperplasie correspond à l’augmentation de la masse d’un tissu, d’un organe ou d’une portion d’organe par augmentation du nombre de ces cellules, sans modification de l’architecture
Elle est souvent associée à une hypertrophie cellulaire et à une hyperactivité fonctionnelle. Elle peut être physiologique, comme l’hyperplasie compensatrice d’un organe après chirurgie ou l’hyperplasie mammaire par stimulation hormonale au cours de la grossesse. Elle peut être pathologique, comme l’hyperplasie surrénalienne au cours d’un hypercorticisme hypophysaire.
La dystrophie désigne toute altération cellulaire ou tissulaire acquise, liée à un trouble vasculaire, hormonal, nerveux ou métabolique. Elle correspond à des phénomènes d’adaptation cellulaire, et les transformations de la structure cellulaire correspondent à l’ajustement de son activité en fonction des modifications durables que lui impose son environnement. Ces lésions sont souvent réversibles lorsque cesse la cause. Il est rare que les lésions dues au "trouble nutritionnel" soient homogènes. Le plus souvent, en raison des phénomènes de compensation et d’essais de régénération, les lésions d’atrophie, d’hypertrophie et d’hyperplasie cellulaire sont associées et créent des aspects histologiques complexes dont l’analyse est difficile.
La métaplasie est une anomalie acquise résultant de la transformation d’un tissu en un autre tissu, de structure et de fonction différentes, normal quant à son architecture, mais anormal quant à sa localisation. Elle peut être physiologique (métaplasie déciduale du chorion cytogène de l’endomètre). Elle est en fait le plus souvent pathologique, liée soit à un processus inflammatoire, soit à une cause toxique, chimique ou hormonale.
Elle est rarement directe, se produisant à partir de cellules adultes déjà différenciées. Par exemple, la transformation d’une muqueuse malpighienne en une muqueuse malpighienne plus différenciée réalise la leucoplasie buccale.
Elle est le plus souvent indirecte (kératinisée) ; la nouvelle différenciation se fait par modification de la maturation des cellules jeunes. L’assise génératrice en s’adaptant aux conditions nouvelles, va acquérir une nouvelle différenciation et donner naissance à un tissu morphologiquement différent, comme la métaplasie malpighienne d’un revêtement cylindrique (bronche, endocol utérin, vésicule biliaire) ou la métaplasie osseuse du cartilage.
La métaplasie peut aussi aboutir à un tissu simplifié (métaplasie régressive) :
transformation d’un épithélium de type gastrique en un épithélium de type intestinal au cours des gastrites ou au voisinage d’un ulcère (dédifférenciation).


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