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Entorse latérale du genou


L’articulation du genou est une articulation supportant le poids du corps, située entre l’extrémité inférieure du fémur, et l’extrémité supérieure du tibia. Entre ces deux extrémités, condyles fémoraux, et plateaux tibiaux, recouverts de cartilage, s’interposent deux ménisques, interne et externe. Les ligaments maintiennent en contact le fémur et le tibia : en périphérie ce sont les ligaments latéraux, ligament latéral interne et ligament latéral externe. Au centre du genou sont situés les ligaments croisés : ligament croisé postérieur, et ligament croisé antérieur.
Elle met en jeu trois os, le fémur le tibia et la patella (rotule), par le biais de trois articulations, l’articulation fémoro-patellaire et la double articulation fémoro-tibiale. Le cartilage assure la fluidité des mouvements du genou. Le genou renferme deux types de cartilages articulaires : le cartilage fibreux (ménisque) et le cartilage hyalin.
Entorses du genou :
Entorses du genou : L’atteinte traumatique d’un ligament entraîne une entorse, et l’on distingue :
- l’entorse bénigne, simple élongation, sans rupture qui peut être à l’origine de douleurs, mais pas d’instabilité,
- l’entorse grave avec déchirure du ligament. Au niveau du ligament latéral interne, elle est responsable d’une instabilité latérale du genou.
Le diagnostic est fait par l’examen clinique qui retrouve un mouvement anormal de latéralité en extension et à 30° de flexion. Attention à ne pas méconnaïtre une atteinte associée d’un autre ligament, en particulier du ligament croisé antérieur (dans 20% des entorses du LLI de grade 1 et 78 % des grade 3), ou du ménisque interne dans 5 à 25% des cas selon l’importance de l’entorse. Grade 1, pas de laxité, douleur lors de valgisation, au grade 2, laxité de 5-10 mm, au grade 3, laxité >10 mm.
Les traumatismes qui entraînent des ruptures des ligaments du genou sont, le plus souvent, des torsions, survenant en plein appui du pied au sol, avec une composante de varus ou de valgus qui peut être accentuée par un élément extérieur (le poids d’un adversaire, par exemple). Certains sports sont prédisposants à ce genre de lésions
Dans la majorité de ces cas, le traumatisme survient sur un genou fléchi aux alentours de 30°, mais il y a des traumatismes latéraux qui surviennent en extension complète et même en hyperextension. Le shoot dans le vide peut provoquer une rupture isolée du LCA.
Parfois, il y des ruptures isolées du LCA ou du LCP. Le plus souvent les lésions des croisés sont associées à des ruptures externes ou internes (appelées « triades », car il y a souvent une lésion d’un ménisque). Le plus souvent, le valgus et la rotation externe sont associés, pour donner des ruptures internes. Les torsions en varus et rotation interne donnent des ruptures externes.
Examen clinique : on recherche l’audition ou sensation d’un craquement lors du traumatisme, la sensation de dérobement ou de déboîtement du genou lors du traumatisme. La constitution rapide d’un épanchement intra-articulaire.
Une sensation d’instabilité immédiate après le traumatisme, liée à la déstabilisation de l’articulation et à la perte d’informations proprioceptives des ligaments lésés.
La douleur n’est pas liée du tout à la gravité.
Des antécédents d’entorse du genou orientent vers une laxité chronique préexistante. On recherche une augmentation de volume de l’articulation ainsi que des hématomes ou des ecchymoses sur les trajets des ligaments collatéraux
En cas d’entorse, il existe fréquemment une limitation antalgique de la mobilité. Un épanchement intra-articulaire (choc rotulien à l’examen clinique) peut limiter la flexion ; une limitation de l’extension (flessum) oriente vers une lésion méniscale associée. Les interlignes articulaires interne et externe sont palpés, ainsi que sur le trajet et insertions des ligaments collatéraux, à la recherche de points douloureux.
Dans le plan frontal, on recherche une laxité en varus ou en valgus, ainsi qu’un tiroir antérieur ou postérieur.
En extension complète, une laxité en varus signe une lésion de la coque condylienne latérale, en valgus de la coque condylienne médiale. A 10-20° de flexion, on peut tester les ligaments latéraux, lésion du LLE en varus et du LLI en valgus
Si le tiroir antérieur est majoré en rotation interne du pied, il signe une lésion du LCA associée à une lésion du PAPE. Inversement pour la rotation externe et le PAPI.
Piège à éviter : lorsque le patient a le genou fléchi à 90° avec rupture du LCP, le poids de la jambe va mettre le genou en tiroir postérieur. Ce que l’examinateur risque d’interpréter comme un tiroir antérieur sera la réduction du tiroir postérieur. Donc rechercher un effacement de la tubérosité tibiale par recul du tibia, avant de chercher les tiroirs.
On recherche également un recurvatum, signe de rupture du LCP.
Examens complementaires : radiographies standards du genou F/P et incidence fémoro-patellaire afin d’éliminer une fracture ou un arrachement d’une insertion ligamentaire (notamment au niveau des épines tibiales), avant l’examen clinique, pour éviter que celui-ci n’aggrave ou déplace une fracture.
L’arthrographie et le scanner n’ont pas de place dans la démarche diagnostique d’une entorse du genou. Ils peuvent être indiqués en cas de recherche de lésions associées (méniscales et cartilagineuses).
L’IRM pourrait avoir un rôle pronostic en visualisant le niveau de la rupture du LCA, et pourrait donc évaluer les chances de cicatrisation spontanée de la rupture. Son coût et ses délais d’obtention relativement longs réduisent encore ses indications.
La ponction articulaire ne doit pas être un geste diagnostique. Un épanchement articulaire de constitution rapide dans les suites d’un traumatisme ne peut être qu’une hémarthrose. Il n’y a donc aucun intérêt à réaliser une ponction à visée diagnostique, qui de plus, peut être une éventuelle porte d’entrée à une infection.
Dans de rares cas, une ponction évacuatrice peut être indiquée lors d’épanchements hyperalgiques sous tension. Il s’agit donc d’un geste thérapeutique.
 
Le ligament latéral interne (LLI) est tendu longitudinalement du condyle interne du fémur au tibia au niveau de la face interne du genou. Il est constitué par 2 plans : profond fémoro-ménisco-tibial et superficiel fémoro-tibial et par le point d’angle postéro-interne (PAPI), qui est un renforcement capsulaire où se croisent les extensions du muscle demi-menbraneux et du LLI. . La corne postérieure du ménisque interne adhère fortement à cette structure. Au même titre que le ligament latéral externe, situé de l’autre côté du genou, il assure la stabilité latérale du genou. Le LLI est le ligament le plus vulnérable du genou, mais celui qui cicatrice spontanément le mieux.
La capsule articulaire est une enveloppe fibreuse joignant l’extrémité inférieure du fémur à l’extrémité supérieure du tibia, relativement lâche et mince à la partie antérieure de l’articulation, elle est épaisse et résistante en arrière, enveloppant les condyles dans une coque fibreuse (coques condyliennes). Ces structures postérieures peuvent être lésées dans différents traumatismes, aggravant les lésions ligamentaires.

Imagerie
 : clichés pour exclure des fractures du plateau tibial ou du fémur distal, rotule
Traitement l’entorse bénigne du ligament latéral interne ne nécessite pas une immobilisation systématique. Le traitement médical associe des antalgiques et anti-inflammatoires, glace, repos, surélévation aux grades 1 et 2.. L’évolution se fait vers la guérison sans séquelles. L’entorse grave avec rupture du ligament nécessite une immobilisation de 4 à 6 semaines (complète par plâtre ou attelle, ou mieux, incomplète par genouillère articulée). Cette genouillère, grâce à ses deux tiges latérales articulées, supprime tout mouvement de latéralité, protégeant ainsi le ligament qui va pouvoir cicatriser dans de bonnes conditions. Mais elle laisse persister les mouvements de flexion-extension, et la marche avec appui reste possible. Cette immobilisation est suivie de rééducation. Là encore le pronostic est favorable avec guérison habituelle sans séquelles. Une éventuelle chirurgie pour suturer le ligament latéral interne, n’est indiquée que dans les entorses avec atteinte ligamentaire majeure, suite à un traumatisme violent (accident de la voie publique ou sport de pivot contact).
Complications : Le syndrome de Pellegrini-Stieda : calcification douloureuse de la partie proximale du LLI. Survient 3-4 semaines après l’entorse interne du genou, avec diminution d’extension du genou et douleur à l’effort et flessum du genou difficilement réductible. Le varus forcé du genou réveille la douleur ainsi que la palpation de l’insertion proximale du LLI. Le genou est toujours sec et ne montre pas de laxité.
le syndrome de Palmer est une consolidation anarchique du LLI, qui se fait plus bas avec granulome inflammatoire. Clinique superposable au syndrome de Pellegrini-Stieda. La radiographie ne montre rien, par contre l’échographie met en évidence le granulome. Le traitement visera aussi à récupérer l’extension normale du genou. Une infiltration de corticoïdes au niveau de l’insertion proximale du LLI peut également aider le patient.
http://www.genou.com/LLI.htm
http://www.eao.chups.jussieu.fr/polys/orthopedie/polyortho/POLY.Chp.7.html
http://emedicine.medscape.com/article/89890-overview
 
Entorses du ligament externe : Les formations périphériques externes sont une entité complexe dont l’élément le plus important est le ligament latéral externe tendu depuis la face externe de l’extrémité articulaire inférieure du fémur jusqu’à la tête du péroné. Le tendon d’insertion du biceps sur la tête du péroné, le point d’angle postéro-externe (en arrière du LLE, zone capsulaire renforcée par les tendons d’insertion du muscle poplité, la corne postérieure du ménisque externe et ses structures ligamentaires propres), la bandelette de Maissiat (partie terminale du fascia lata) s’insérant sur le tubercule de Gerdy, appartiennent aussi à cette structure, contrairement au LLI il n’est pas fixé au ménisque externe.

Mécanismes de l’entorse :
1- mouvement de varus-flexion-rotation interne forcé de la jambe, cas le plus fréquent provoque une entorse grave avec atteinte du ligament croisé antérieur, du plan capsulo-ligamentaire externe avec parfois désinsertion méniscale externe c’est-à-dire des structures ligamentaires externes dont le ligament latéral externe est l’un des éléments fondamental. Parfois même le nerf sciatique poplité externe est abïmé étiré. Dans ces cas il existe fréquemment une importante ecchymose de la face externe du genou. Les mouvements anormaux induit par les lésions ligamentaires sont nets (laxité antérieure et externe).
2- Le mouvement de varus forcé isolé, plus rare lèse les formations périphériques externes sans abïmer le pivot central, c’est à dire les ligaments croisés. Le tableau clinique est souvent frustre, un examen clinique soigneux, aidé et complété par une imagerie appropriée vont faire le diagnostic.
Les examens radiologiques ne montrent rien hormis parfois un petit arrachement osseux. L’examen de référence pour faire le diagnostic est l’IRM, qui doit être demandé en urgence, à la différence des autres entorses du genou ou le bilan peut attendre. Il va montrer les lésions du plan externe, l’atteinte associée du ligament croisé antérieur, du ménisque externe.
Non diagnostiquées, non correctement traitées les ruptures du ligament latéral externe surtout si elles s’accompagnent d’une rupture du ligament croisé antérieur évoluent vers une laxité chronique, une détente ligamentaire qui est majorée par un axe de la jambe en varus. Le dysfonctionnement induit par la laxité est majeur et s’aggravera dans le temps entraïnant une arthrose. Grade 1, pas de laxité, douleur lors de varisation, au grade 2, laxité de 5-10 mm, au grade 3, laxité >10 mm.
Traitement  : Au grade I et II : repos, glace, compression, surélévation du membre, utilisation de cannes. Au grade 3 chirurgie soit en 1 ou 2 temps à quelques semaines d’intervalle, plan ligamentaire externe puis réparation du ligament croisé antérieur. La réparation consiste en une suture des lésions, parfois associée à un renforcement. La rupture du ligament latéral externe peut être renforcée par une plastie utilisant une partie du tendon du biceps, muscle de la cuisse dont l’insertion sur la tête du péroné est proche de celle du ligament latéral externe. Dans certains cas, la lésion est une désinsertion du ligament au niveau de son attache osseuse. La réparation utilise alors des systèmes d’ancrage (agrafes, ancres..). L’appui est interdit (béquillage sans appui) avec immobilisation de 4 à 6 semaines. Un traitement anticoagulant est nécessaire toute la durée de l’immobilisation. La rééducation est ensuite commencée. Parfois délicate, elle bénéficie au mieux d’une prise en charge spécialisée dans un centre de rééducation habitué aux problèmes de la rééducation du genou. La reprise des activités sportives de pivot nécessite 6 mois mais les sports en ligne, vélo natation puis footing léger peuvent être repris avant selon l’évolution de la rééducation.
Au stade des séquelles : après 3 semaines, une bonne réparation ligamentaire n’est plus possible avec des séquelles, d’autant plus importantes que l’axe de jambe est en varus, et que les lésions associées sont importantes. Une ostéotomie de valgisation améliore la situation. Le traitement d’une rupture associée du ligament croisé antérieur par ligamentoplastie est aussi logique. Ces deux interventions peuvent être réalisées en 1 ou 2 temps opératoires. Elles permettent de minimiser les conséquences de la laxité externe. Là aussi le résultat est obtenu 6 mois après l’intervention et une rééducation spécialisée est nécessaire
http://www.genou.com/LLE/LLE.htm
http://www.eao.chups.jussieu.fr/polys/orthopedie/polyortho/POLY.Chp.7.html
 
Complications des entorses du genou
Complications immédiates : Cutanées, directement en rapport avec le traumatisme et pouvant interdire un abord chirurgical. Neurologiques, surtout par atteinte du nerf fïbulaire commun. Vasculaires, au niveau du creux poplité dans les traumatismes très importants.
Complications précoces : Phlébite, raideur du genou, lésions méniscales et cartilagineuses traumatiques, arthrite septique post-opératoire.
Complications tardives : Laxité chronique du genou, lésions méniscales traumatiques par instabilité ou dégénératives, lésions cartilagineuses, lésions ligamentaires : l’insuffisance du pivot central peut entraïner une distension des formations périphériques. Complications liées au prélèvement de l’autotransplant (douleurs). Arthrose du genou.

- osseuses  : outre les fractures parcellaires par arrachement d’une insertion osseuse ou fracture ostéochondrale, parfois fracture articulaire de l’extrémité supérieure du tibia. Ainsi, les fractures unitubérositaires sont parfois associées à une lésion des plans latéraux opposés à la tubérosité fracturée. De même, les fractures spino- et bitubérositaires s’accompagnent fréquemment de ruptures ligamentaires périphériques ainsi que de désinsertions du pivot central occasionnées par le trait articulaire passant au niveau du massif des épines tibiales.
Autres complications : Thrombo-emboliques : surtout après immobilisation plâtrée ou chirurgie et impose un traitement prophylactique systématique dans ces deux situations.
Infectieuses : post-chirurgicales, gravissimes car intéressant l’articulation, elles imposent un traitement urgent et adapté (lavage articulaire et antibiothérapie).
Algodystrophie douleurs au repos et la nuit, genou empâté, hyperalgie cutanée avec sudation et, progressivement, limitation de flexion et non de l’extension .Le diagnostic de certitude sera apporté par la scintigraphie osseuse. Le traitement visera à mobiliser prudemment ce genou + injections de calcitonine.
Limitation de l’amplitude articulaire : L’hémarthrose est source d’adhérences intra-articulaires, susceptibles d’entraïner une limitation de la mobilité (pas d’immobilisation stricte), si elle est nécessaire, il faut mobiliser la rotule par des contractions du quadriceps et par des massages (découpe d’une fenêtre dans l’appareil plâtré). Les raideurs peuvent compliquer le traitement chirurgical des lésions ligamentaires. Quand la limitation est importante, on la corrige par une arthrolyse sous arthroscopie.
Maladie de Pellegrini-Stieda : ossification de l’insertion fémorale du LLI (secondaire à un arrachement osseux de l’insertion). Douleurs du LLI longtemps après l’accident. Traitement fonctionnel, avec physiothérapie, infiltrations locales et rééducation. Parfois nécessité de chirurgie.
Laxité chronique : séquelle des lésions du pivot central, les sollicitations des formations périphériques entraïnent leur distension d’où laxité articulaire, et souffrance articulaire avec douleurs, hydarthroses à l’effort, amyotrophie, accidents d’instabilité, lésions méniscales et cartilagineuses avec arthrose fémoro-tibiale. Elle sera du compartiment fémoro-tibial interne si atteinte du LCA et ménisque interne avec laxité externe et genu varum. Après atteinte du LCP, atteinte de l’articulation fémoropatellaire par contraintes de la face postérieure de la rotule, lié au recul postérieur permanent du tibia
Kerboull L, Dejean O, Mathieu M.Lésions ligamentaires du genou. Rev Prat, 1995 ;45 :1527-36
Généralités
Traumatisme du genou : généralités
L’interrogatoire : le médecin consulte un sportif qui s’est blessé au genou, soit le soir au cabinet, soit plus souvent, le lendemain. On tient compte du niveau du sportif car cela influence le traitement et des antécédents traumatiques du genou et globaux. Les circonstances du traumatisme donnent une idée des mécanismes responsables, ils sont directs ou indirects :
- directs : changement de direction, arrêt brutal pied fixé, shoot dans le vide
- indirects  : choc ou contusion, déséquilibre pied fixé et choc avec tierce personne.
Le mouvement de valgus-flexion-rotation-externe (VFE) : il provoque successivement une atteinte du plan capsulo-ligamentaire interne (point d’angle postéro-interne et LLI), du ménisque interne et du ligament croisé antérieur (LCA).
Le mouvement de varus-flexion-rotation interne : il provoque successivement une atteinte du LCA, du plan capsulo-ligamentaire externe (point d’angle postéro externe et LLE (avec éventuellement un arrachement osseux réalisant alors la fracture de Segond)) et du ménisque externe.
Le mouvement de rotation interne pied fixé au sol (mauvaise réception de saut, changement de direction) ou d’hyperextension (shoot dans le vide) entraïne généralement une rupture isolée du LCA.
Lors du passage d’une position hyperfléchie en contraction isolée du quadriceps, on peut observer également une lésion du croisé antérieur, c’est la fameuse " position à cul " des skieurs de compétition. Ce mécanisme demeure cependant exceptionnel.
Un traumatisme direct antéro-postérieur sur le genou fléchi à 90 degrés (accident de moto, syndrome du tableau de bord) provoque une rupture isolée du ligament croisé postérieur.
Enfin, les chocs violents en valgus ou varus forcé sur un genou en extension peuvent entraïner des lésions souvent graves comme la luxation vraie du genou.
L’impotence fonctionnelle est immédiate ou retardée, le soir ou le lendemain. Le blessé décrit ses sensations lors du traumatisme : dérobement, douleur, craquement et la survenue rapide ou non d’une ecchymose. La survenue d’un gonflement dans les 6 premières heures signe une hémarthrose (qui oriente vers une rupture du ligament croisé antérieur (LCA)).
On recherche une limitation de mouvement, flexion ou extension ou un défaut d’appui.
Il faut penser à une hémarthrose aiguë devant un gonflement dans les 6 premières heures, une douleur de plus en plus importante, insomniante, une impotence fonctionnelle majeure, la notion d’un traumatisme important.
L’examen clinique retrouve un gonflement important et la palpation est limitée en raison de la douleur. La présence d’un choc rotulien net (sensation de glaçon lorsque l’on pousse d’un doigt sur la rotule genou en extension, patient relâché), témoigne d’une hémarthrose (fracture articulaire, rupture ligamentaire (LCA), fracture ostéochondrale, luxation rotulienne, désintertion ménisco-synoviale).
L’examen de la mobilité est rendu très difficile par la douleur. Il faut donc d’abord ponctionner ce genou, ce qui va permettre le diagnostic d’hémarthrose et surtout soulager le malade en permettant un examen clinique plus facile ensuite.
La ponction (voie externe dans le cul-de-sac quadricipital supéro-externe), se fait avec une aiguille de gros calibre, sans aspiration (car douloureux), même en cas de problèmes de coagulation, à condition de bien comprimer après.
Devant une hémarthrose, on prescrit des radiographies de face debout et de profil couché, des clichés de 3/4 pour dégager les plateaux tibiaux, un cliché de l’échancrure et un axial de rotule à 30°. On recherche des lésions osseuses de la rotule et surtout au niveau de l’échancrure : arrachements, avulsion témoignant d’un arrachement du LCA si la lésion est antérieure et du LCP si elle est postérieure.
Les 3/4 montrent bien les fractures du plateau tibial externe (valgus forcé) avec tassement-enfoncement, fracture-séparation verticale, mixte. il faut se méfier chez l’enfant d’un décollement épiphysaire. Parfois on retrouve 1 corps étranger (fracture ostéochondrale).
Le scanner précise une lésion osseuse (fracture ostéochondrale, avec fragment libre dans l’articulation).
L’IRM pourrait être systématique pour toute entorse grave, surtout chez les sportifs de haut niveau (elle montre bien les lésions méniscales), elle examine bien les lésions récentes en particulier l’hémarthrose.
L’arthroscopie en urgence n’a plus aucune raison d’être.
On effectue une mobilisation en flexion et en extension passive du genou, à la recherche d’une augmentation d’extension (recurvatum unilatéral) ou de déficit d’extension (flexum) ou de flexion, d’origine antalgique ou mécanique.
La mobilité passive s’étudie le patient en décubitus dorsal. Recherche de recurvatum unilatéral (on saisit les pieds par les orteils en les soulevant), il se rencontre dans les laxités postérieures globales (lésion des points d’angle postéro-externes et internes et atteinte du LCP).
Une limitation en flexion s’observe lors d’épanchement intra-articulaire, de lésion capsulo-ligamentaire, méniscale mais aussi si douleurs ou appréhension.
Le test de Lachman ’tiroir antérieur’ est le plus sensible en aigu, réalisé quand le patient est détendu, avant de manipuler le genou douloureux. Le genou est placé en flexion de 20-30°. Le fémur distal est stabilisé avec la main non-dominante, et une force dirigée vers l’avant est appliquée au mollet proximal. En cas de lésion du LCA, translation antérieure perceptible et visible du tibia. Un arrêt mou signifie la rupture, un arrêt dur, symétrique signifie une laxité constitutionnelle.
Le tiroir postérieur se recherche le patient en décubitus dorsal hanche fléchie à 45° sur le bassin, genou fléchi à 90°. On cale le pied du patient par une fesse de l’examinateur tout en maintenant le genou en rotation neutre. L’examinateur exerce alors une poussée vers l’arrière et place ses doigts de part et d’autre du tendon rotulien afin de repérer le déplacement en translation des plateaux tibiaux.
La laxité frontale est recherchée le genou en extension complète et en flexion à 20/30° (permet d’examiner les LLI et LLE, car les points d’angle postéro-externes et postéro-internes sont détendus). Les manoeuvres de valgus mettent en tension le ligament latéral interne, les manoeuvres de varus le ligament latéral externe.
La recherche de laxité frontale en flexion, se fait cuisse fléchie à 20° et soulevée de la table. La jambe est calée dans le creux axillaire de l’examinateur, les mains sont appliquées sur les faces latérales du genou. Une main en particulier palpe l’interligne et l’autre provoque le mouvement de latéralité en s’aidant du poids du corps.
Une laxité frontale en flexion seule signe une atteinte d’un ligament latéral, une laxité en extension témoigne au minimum d’une atteinte d’un ligament latéral associée à une atteinte d’un ou de plusieurs points d’angle postérieurs.
Si le patient est relâché, on recherche un ressaut rotatoire en passant de l’extension vers la flexion avec un mouvement de valgus/rotation interne du pied. L’existence d’un ressaut de ce type témoigne également de la rupture du LCA. Il existe plusieurs tests dynamiques de rupture de LCA (sub-luxation du plateau tibial externe en extension, réduite sous le condyle externe à 30 ou 40° de flexion).
Le classique ressaut antéro-interne de Lemaire est un ressaut du tibia sur le fémur qui se recherche le pied placé en rotation interne, le genou en extension. L’examinateur empaume le pied dans sa main et exerce une force rotation interne. Le pouce de l’autre main appui délicatement derrière le tendon du biceps et la tête du péroné, on provoque alors une sub-luxation en avant et en dedans en poussant doucement la tête du péroné à l’aide du pouce et en faisant des petits mouvements de flexion-extension. Entre 15 et 20° de flexion, il se produit un ressaut. Ce signe est difficile à retrouver et exige un relâchement parfait.
Le pivot de shift de Macintosh ou ressaut condylien externe se recherche le patient en décubitus dorsal. L’examinateur saisit le pied de la main avec une faible rotation interne. L’autre main plaquée contre le tiers supérieur de la jambe applique une contrainte en valgus forcé sur la face externe de l’extrémité supérieure de la jambe, on débute la flexion et on voit se déplacer le tableau tibial externe en avant dès les premiers degrés de flexion. On continue la flexion et on note à 30° de flexion, une réduction de la sub-luxation antérieure du plateau tibial externe avec un ressaut caractéristique identifié par le patient. Les ressauts peuvent être modifiés ou atténués dans les atteintes partielles du ligament croisé antérieur, de lésions méniscales ou de lésions du ligament latéral interne.
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