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HEMATOLOGIE ET SPORT


L'hémoglobine joue un rôle majeur dans les adaptations aiguës lors des exercices aérobies (dyspnée et baisse de VO2 max si anémie) et est la cible de procédés de dopage pour les sports d'endurance. La NFS est l'examen le plus prescrit dans le cadre de la surveillance médicale du sportif. Les recommandations de l'ANAES montrent la difficulté d'établir des normes d'interprétation, car nombreux facteurs confondants (conditions de prélèvement, sexe, âge, grossesse, toxiques (tabac, alcool), effets iatrogènes et altitude).
Modifications de la lignée rouge à l'exercice
Adaptations aiguës  : hémoconcentration de 20 à 25 %, précoce majorée par les conditions de température environnantes, rapidement réversible, qui peut être prolongée en cas de déshydratation associée et hémolyse sans retentissement significatif sur l'hémogramme.
On note : rectorragie (parfois abondante) et hématurie (si exercices intenses, prolongés). L'hémolyse serait liée à la destruction mécanique des GR (chocs répétés au niveau des coussinets plantaires lors de la course à pied, rôle favorisant de la déshydratation (fragilité accrue des GR) et de l'ischémie viscérale). Le marqueur biologique d'hémolyse est la baisse de l'haptoglobine. L'hémolyse reste très souvent infra-clinique, sans anémie, le fer libéré étant récupéré.
Adaptations chroniques : pseudo-anémie du sportif par augmentation du volume plasmatique (20 %), suite à l'augmentation de la réabsorption hydrosodée (système rénine-angiotensine-aldostérone). Cette adaptation, qui favorise l'augmentation du débit cardiaque maximal, s'observe dans les sports d'endurance et augmente avec la fréquence de l'entraînement et des compétitions, surtout dans des conditions de chaleur (5 % des cas, sans signes biologiques de stimulation de l'érythropoïèse tels que réticulocytose ou augmentation des récepteurs solubles à la transferrine). L'élévation de l'hématocrite au cours de la saison sportive serait un signe de mauvaise tolérance ou d'insuffisance de l'entraînement. Le VGM et CCMH sont peu augmentés dans les sports d'endurance. On note que la courbe de dissociation de l'hémoglobine est déplacée vers la droite chez le sportif "endurant". Ceci favorise la libération de l'O2 au niveau tissulaire dans les conditions d'acidose, d'hypercapnie et d'élévation de température.
Pathologie induite par l'exercice chronique : anémie par carence martiale ou par hémolyse chronique (rare, éliminer une pathologie intercurrente), ce diagnostic d'anémie liée au sport doit rester un diagnostic d'élimination.
Modifications de la lignée blanche
Adaptations aiguës : hyperleucocytose précoce (polynucléose et lymphocytose), réversible en ½ heure, qui peut atteindre 300 à 400 % de la valeur de repos, avec fréquence élevée d'infections du tractus respiratoire supérieur chez les sportifs.
La neutrophilie est liée à la démarginalisation induite par les catécholamines et le cortisol. La lymphocytose est due à l'augmentation de la sous-population NK (Natural killer) médiée par les catécholamines et GH. La monocytose moins constante n'apparaîtrait que pour des efforts maximaux. Les lymphocytes et monocytes augmentent rapidement mais reviennent aussi rapidement aux valeurs basales, alors que la mobilisation des polynucléaires, plus lente et plus prolongée, persiste plusieurs heures après
Adaptations chroniques : sports d'endurance et leucopénie dans 5 à 10 % des cas, touchant les lignées neutrophile et lymphocytaire. En cas de doute, un test d'effort doit induire une hyperleucocytose réactionnelle et ainsi éliminer une insuffisance médullaire.
Exercice isolé et fonction immunitaire : L'activité physique et le sport sont à l'origine d'une perturbation de l'homéostasie avec réponse systémique de type inflammatoire qui dépend de paramètres tels que l'âge, le sexe, le niveau d'entraînement, l'intensité et la durée de l'exercice, le statut nutritionnel, le style de vie (tabagisme…), ou encore de facteurs génétiques. Lors du sport une translocation bactérienne depuis le tube digestif se produit par altération de la barrière épithéliale (ischémie, hypoxémie…) avec endotoxines circulantes normalement présentes dans la paroi des bactéries Gram négatif. Normalement, le foie les dégrade mais, lorsque sa capacité est dépassée, la concentration systémique augmente, une immunité se développe avec l'apparition d'IgG / IgM anti-endotoxine.
A noter la sécrétion de cytokines anti-inflammatoires et/ou pro-inflammatoires selon l'intensité de l'exercice.
Les exercices intenses et prolongés sont ceux qui provoquent les perturbations cellulaires les plus marquées, alors que des exercices d'intensité < 60 % de VO2max, de durée < 60 minutes, modifient peu les paramètres immunitaires.
L'immunité acquise est altérée par un exercice intense, avec lymphopénie, réduction du rapport T4/T8, de la prolifération lymphocytaire (en présence d'un agent pathogène ou mitogène), et de la production d'IgA sécrétoire.
Un entraînement physique d'intensité modérée (3 à 5 séances hebdomadaires de 30 à 60 minutes à une intensité de 40 à 60 % de VO2 max) mené pendant plusieurs mois permet une réduction de moitié du nombre de jours avec une infection. Alors que l'entraînement intensif s'accompagne de survenue fréquente d'infections de la sphère ORL (relative et transitoire immunodépression qui peut persister jusqu'à 72 heures après un exercice intense).
Une attention particulière doit être portée aux viroses survenant l'été et l'automne, certains d'entre eux (Echo et Coxsachie virus) sont responsables de méningites aseptiques et de myocardites (possibilité de mort subite).
A côté du risque infectieux, pratiquer le sport avec de la fièvre augmenterait la sensibilité au coup de chaleur (augmentation des cytokines pyrogéniques et pro-inflammatoires) et pourrait aussi, en mobilisant des leucocytes activés, favoriser la survenue de pathologies potentiellement graves.
Sport et cancer : Des études épidémiologiques ont montré qu'une activité physique régulière est associée à une réduction de l'incidence de certains cancers ou de la mortalité associée (colon, sein, ovaire, endomètre), y compris en tenant compte de variables confondantes (tabagisme, indice de masse corporelle).
 
A Conduites dopantes : un risque pour la santé
 
Effets hématologiques de certains produits
Erythropoïétine : L'EPO est une glycoprotéine produite par le rein ( - 90 %) et le foie ( - 10 %), ce facteur de croissance hématopoïétique accélère la production de GR, de plus grande taille avec 1 bagage enzymatique plus riche, favorisant la diffusibilité de l'oxygène au niveau tissulaire.
Détection sanguine : un profil biologique sanguin permet de suspecter la prise d'EPO, il fait appel à 5 paramètres : l'hémoglobinémie, l'hématocrite, les réticulocytes, l'EPO, les récepteurs solubles à la trans-ferrine (sTfR).
Détection urinaire : elle permet de détecter l'EPO de synthèse.
Le fer, les athlètes l'utilisent per os ou par voie injectable pur accroître leur endurance, seul ou associé à d'autres produits comme l'EPO. Une consommation abusive entraîne une hémoglobinémie, augmentation du degré de saturation de la transferrine, de la ferritine sérique et une diminution de la capacité libre de fixation du fer.
Les stéroïdes anabolisants ont des effets multiples sur l'érythropoïèse en augmentant le nombre d'hématies, l'hémoglobinémie et l'hématocrite, mais risque de troubles de la coagulation sanguine, en augmentant l'activité fibrinolytique.
L'hormone de croissance (GH), avec l'IGF-1, a une action sur l'érythropoïèse.
La méthode de détection indirecte repose sur les isoformes de la GH endogène.
 


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