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HISTOIRE DE LA MEDECINE : antiquité


Les premières traces écrites de médecine remontent au code d'Hammourabi au XVIIIe siècle avant JC. Il s'agissait de code réglementant l'activité du médecin notamment ses honoraires et les risques qu'il encourait en cas de faute professionnelle. La constitution d'une bibliothèque médicale à Assurbanipal au VIIe siècle avant JC marque le début de la formation médicale.
 
Médecine en Mésopotamie
La source sur la médecine mésopotamienne la plus importante est le Traité de diagnostics et pronostics, qui est une liste de diagnostics et pronostics de maladies. Il s’agit de la compilation de textes plus anciens. Les textes thérapeutiques comportent des prescriptions avec des listes de remèdes, qui mélangent remèdes « rationnels » et « irrationnels », puisqu’on y trouve des incantations et rituels à côté de procédés d’élaboration de remèdes pharmaceutiques. .Les Mésopotamiens percevaient les maladies comme des punitions envoyées par les dieux (les maladies sont nommées « main de (tel dieu)). Ces noms n’empêchent pas de bien connaître certaines maladies et de savoir les traiter. Parmi les causes des maladies, les démons, fantômes, la sorcellerie peuvent être prévenus par le port d’amulettes.
Certains praticiens ont une approche pragmatique, rationnelle pour guérir les patients, d’autres ont une approche surnaturelle (prêtre/sorcier) avec le plus souvent un mélange des 2 approches. D’autres auteurs distinguent 2 catégories différentes : le spécialiste du diagnostic, celui qui produit les textes médicaux, qui détermine la cause de la maladie, celui chargé de connaître, récolter et conserver les plantes médicinales, ce qui ne l’empêcherait pas d’avoir des bases en chirurgie.
Les souverains sont entourés par plusieurs de ces spécialistes avec des cas d’envois de médecins réputés à des rois amis : Babylone en envoie à plusieurs reprises chez les Hittites, et le roi du Mitanni Tushratta en Égypte chez Amenhotep III. Les médecins font donc partie intégrante des pratiques diplomatiques de l’époque.
Gula, était la déesse guérisseuse la plus importante. Sa cité, Isin, était un centre de formation de médecins réputé.
Les médicaments sont à base de plantes, que l’on prépare suivant divers procédés (broyage, séchage, cuisson), et qui peuvent être ensuite mélangées dans une autre substance pour l’administrer. On employait également des éléments minéraux (sel et salpêtre) et animaux (lait, écailles de tortue), ou d'autres préparations (bière, vin, moutarde, huile). Les voies d’administration sont elles aussi variées : lotions et potions, inhalations, fumigations, instillations, pommades, liniments, cataplasmes, lavements, et parfois par des suppositoires pour les problèmes gastriques.
Les épidémies étaient connues, instiguées par les dieux, pour ne pas répandre la malédiction dans la population, on isolait les malades ce qui évitait la propagation de la maladie.
Les maladies les plus graves, étaient reconnues comme telles et il était donc inutile d’essayer de le soigner (y compris par la magie).
La magie occupe la place finale des traitements médicaux, après la préparation du médicament, et pendant ou après son administration, en complément de celle-ci, pour renforcer son efficacité.
 
Antiquité grecque
En la dissociant de la magie, les savants de l'Antiquité grecque sont les fondateurs de la médecine occidentale. Les précurseurs sont Pythagore, Thalès de Milet, Empédocle d'Agrigente ou encore Démocrite qui bien que plus connus aujourd'hui pour leurs écrits en mathématiques ou philosophie furent également médecins.
Le premier savant grec connu avant tout pour ses travaux en médecine est Hippocrate de Cos au V siècle av. J.-C.. Il est traditionnellement reconnu comme l'auteur du serment qui porte son nom et son œuvre est au programme des études de médecine jusqu'au XVIIIe siècle
 
L'Iliade cite pour médecins les guerriers achéens Machaon et Podalire, deux fils d'Asclépios, dieu de la médecine, ainsi que le dieu Péan, médecin des dieux. Le premier est chargé notamment de soigner Ménélas, atteint d'une flèche. Il commence par examiner le malade puis retire la flèche, déshabille le blessé, suce le sang de la plaie et applique des médicaments sur lesquels nous n'avons pas de précision, si ce n'est qu'ils ont été offerts par le centaure Chiron à Asclépios, lequel les a transmis à Machaon. Pour expliquer la part plus grande accordée à celui-ci par rapport à son frère, les scholies exégétiques du vers 193 estiment qu'Homère voit en Machaon un chirurgien, son frère étant simple médecin. Péan soigne de même Hadès, atteint d'une flèche lancée par Héraclès : il répand sur la plaie des médicaments (pharmaka) dont on précise cette fois qu'ils sont analgésiques.
L'Odyssée connaît pour sa part des médecins de profession : le porcher Eumée cite le médecin comme faisant partie des « artisans qui rendent service à tous », à l'instar du couvreur ou de l'aède, mais aussi du devin.
 
Le titre de médecin ne faisant l'objet d'aucun contrôle, n'importe qui peut se faire passer pour tel. Il existe donc nombre de guérisseurs dont les remèdes reposent sur des pratiques magiques ou religieuses.
De manière générale, les cultes guérisseurs ont pour caractéristique d'être situés hors des villes : développés de manière tardive, ils s'implantent à la marge. Ainsi, Asclépios est d'abord vénéré à Trikka, en Thessalie, puis en pleine campagne près d'Épidaure. À Corinthe comme à Athènes, Délos ou Cos, le dieu s'installe à l'écart de l'agglomération. La visite au sanctuaire nécessite donc une excursion. Autre caractéristique, les sanctuaires sont souvent liés à une source ou une rivière dont les eaux possèdent des vertus bienfaisantes.
La plupart du temps, le dieu guérisseur agit par « incubation » : c'est le cas d'Asclépios à Épidaure ou Athènes, ou d'Amphiaraos à Oropos et Thèbes. Le rituel commence pour le malade par un bain de purification, suivi par un sacrifice relativement modeste et donc accessible à tous. À Épidaure, le patient doit également entonner un péan en l'honneur d'Apollon et d'Asclépios. Ensuite, le pélerin s'endort sous le portique sacré au moins à Oropos, Pergame et Épidaure, chaque sexe possède son propre portique. Les plus chanceux bénéficient pendant leur sommeil d'une apparition du dieu ; en touchant la partie malade du corps, celui-ci la guérit. Le dieu peut également se contenter de dicter au patient une liste de médicaments que celui-ci s'empressera de se procurer une fois réveillé.
Les stèles retrouvées à Épidaure, sortes d'ex-voto, montrent qu'Asclépios guérit toutes sortes de maladies : il traite les ulcères et guérit la maladie de la pierre tout autant qu'il rend la vue aux aveugles. Sans doute les patients non guéris attribuaient-ils cet échec au caractère insondable de la volonté du dieu.
Le traitement n'est pas gratuit : ainsi, à Oropos, le sanctuaire réclame une taxe de consultation à tout visiteur désirant se faire soigner. Une fois son dû acquitté — une drachme béotienne au début du IVe siècle av. J.-C., ce dernier reçoit une lamelle de plomb avec l'inscription : « sanctuaire d'Amphiaraos — santé », qui lui sert de ticket d'entrée. Un néocore (sacristain) surveille que les patients ne resquillent pas.
Certaines des « ordonnances » dictées par le dieu ont été conservées et permettent de mieux comprendre les guérisons attestées par les ex-voto. D'abord, il faut souligner que le rituel mêle savamment suggestion et mise en scène. Ensuite, le dieu ordonne généralement des remèdes simples (cataplasmes, tisanes) et prodigue des conseils d'hygiène de vie : nécessité de faire de l'exercice (sport et promenade), régulation du régime alimentaire. Enfin, le volet religieux à proprement parler est généralement assorti d'une véritable cure thermale, comprenant bains et frictions. À Oropos, où aucun témoignage de guérison ne nous est parvenu, les instruments médicaux découverts témoignent de la pratique de la chirurgie.
Les troubles mentaux sont également guéris par des pratiques cathartiques. Ainsi, le chœur dans l’Hippolyte porte-couronne d'Euripide distingue trois types d'« égarement ». L'un est de type panique (associé à Pan), l'autre de type lunatique (associé à Hécate, déesse lunaire), le dernière enfin est associé à Cybèle et aux Corybantes. Hippocrate lui-même reprend ce type de considérations, avec un effort supplémentaire de typologie, dans Du mal sacré. La cure consiste généralement en une danse rituelle au son d'une musique dans le mode phrygien.
En l'espèce, ce n'est pas le rituel qui est adapté à la maladie mais l'inverse : si le malade réagit aux rituels de tel dieu, c'est bien que son mal était envoyé par ce dieu. En l'absence de réaction, on passe au dieu suivant. Aristophane, dans les Guêpes, illustre bien l'indifférence des Grecs à la nature du traitement : l'important, c'est qu'il soit efficace.
 
Egypte Antique
La médecine en Égypte antique est le fait d'un système de soins particulier, avec des médecins spécifiquement formés et aux pratiques contrôlées, exerçant en clientèle ou dans des lieux réservés, établissant des conclusions diagnostiques, usant de moyens thérapeutiques multiples, et toujours en relation avec le divin.
Le concept de maladie est différent : en Égypte antique, on ne meurt pas en bonne santé, la maladie est la manifestation corporelle de la prise de possession du corps du patient, œuvre d'agents surnaturels (ennemi disposant d'une puissance magique, défunt mécontent, divinité fâchée, etc.), l'enveloppe corporelle est un élément nécessaire pour accéder à la vie éternelle, et sa destruction interdirait de l'espérer. La pire situation dramatique pour un ancien égyptien est la noyade, car le corps est perdu.
Le système de soins des anciens égyptiens est un service public : gratuit, c'est-à-dire accessible à tous, quelle que soit la situation de fortune ; disponible dans tout le pays et à tout moment.
Il fait partie d'un service public plus général qui gère les canaux d'irrigation, l'éducation, la justice et les réserves de grains, tout cela pour la population de l'Égypte antique.
Il est sous l'autorité de l'institution du temple. Dans la maison de vie, l'institution du temple gère, entre autre, l'école des scribes, et assure la formation des futurs médecins et futurs prêtres. Le recrutement s'effectue après une période d'observation pour les jeunes élèves, et également, plus tard, pour les médecins grecs qui viendront compléter leurs connaissances en Égypte. Ce complément de formation pouvait durer dix ans. Les méthodes ne sont pas connues, mais reposent sur le couple maître-apprenti. Cette institution gère également les lieux de soins, à l'intérieur du temple, qui sont des espaces sacerdotaux, contenant des cuves et des baignoires remplies d'eau sacrée, et la partie malade est immergée dans un but d'espérance de guérison divine.
Les lieux d'exercices dépendent de la relation du soignant avec la religion :
Les médecins sounou exercent en dehors du temple. Ils exercent de façon « laïque », mais selon les préceptes du temple. Leur dieu tutélaire est Thot. Ils débutent leur pratique en étant médecins itinérants : le soignant va vers le malade, et en ne soignant qu'une seule catégorie de malade. Seul le médecin de grande expérience reconnue est « généraliste ». Après une période itinérante, le sounou peut postuler pour entrer dans un centre de soins, ou exercer à son domicile.
Les médecins ouabou-sekhmet exercent uniquement dans le temple. Leur pratique est fortement imprégnée de religion, voire de magie. Ce sont les médecins purs de la déesse Sekhmet, la déesse de la guérison. Ce sont les médecins de Pharaon, le représentant du divin sur terre.
Les médecins exorcistes agissant par paroles magiques incantatoires et amulettes.
Les modes d'exercices sont variés : il existe des médecins pour toutes les parties du corps, pour l'esprit, pour les femmes, les hommes, les enfants, et même des médecins officiant de façon différente selon les saisons ! La postérité a retenu le cas des « médecins de l'œil », qui opéraient de la cataracte, et celui des « médecins des femmes » qui faisait réaliser des tests de diagnostic de grossesse avec pronostic sur le sexe de l'enfant à venir.
L'organisation de la médecine est réglementée depuis Imhotep, comme l'atteste une inscription sur un mur à Saqqarah, avec des règles éthiques bien définies réglementant la profession : lieu d'installation des centres de soins, surveillance de ces centres, contrôle de l'activité des sounous, estimation du service rendu, action disciplinaire.
La démarche diagnostique est décrite dans le papyrus Ebers. Le déroulement en est le suivant : Poser des questions au patient, par étape, calmement, Faire une enquête d'entourage, Trouver l'origine directe et indirecte de la souffrance, Chercher l'existence d'antécédents familiaux, En cas de rechute vérifier si le traitement est convenablement pris, Préparer un plan de soins, à court et moyen terme.
À ce niveau le diagnostic se confond avec la prescription : il s'agit plus d'un rapport détaillé comportant une suite de signes cliniques suivie d'une liste de médications. La première chose à faire est de calmer la souffrance, ensuite de stopper l'évolution et enfin trouver de une solution définitive.
Les moyens thérapeutiques utilisés sont simples, multiples et variés, surprenant pour un public du XXIe siècle. Ils appartiennent à différentes catégories :
Des substances à action thérapeutique supposée, tirées des trois règnes : minéral, végétal et animal.
Minéraux : sel du Nord (natron), parcelles de cuivre, pierre de Memphis en poudre (anesthésique local ?), ocre jaune sur les brûlures,
Végétaux : la pharmacopée apparaît comme très riche, et ce d'autant plus qu'elle a conservé un caractère secret du fait des difficultés à reconnaître les plantes utilisées à l'époque dans celles de la flore actuelle (l'évolution climatique vers le réchauffement depuis plus de 3000 ans a modifiée la faune et la flore de la région et la traduction des noms reste incertaine).
Certaines substances ne sont pas identifiées, et alors que d'autres sont sources de polémique (nicotine en Égypte antique alors que le tabac sera ramené des Amériques par Nicot ?).
Sont identifiés, par exemple, la coriandre, la caroube, le pavot, l'ail, l'oignon, la résine d'acacia, l'orge grillée, etc.
Produits animaux : la viande (cicatrisation des plaies), le miel (antiseptique local), la cire, les toiles d'araignées (désinfectant car contiendraient naturellement une substance à action de type antibiotique faible), la graisse de bœuf, le lait d'ânesse, les viscères de porc, etc.
La préparation du médicament est le fait du prescripteur, selon des protocoles rigoureux. L'utilisation se fait sous forme d'emplâtres, pommades et onguents, préparations locales, préparations à absorber macérées dans la bière, fumigations.
Les remèdes repoussants : Il s'agit de moyens mixtes, faisant appel à des remèdes excrémentiels et à la magie, pour fournir une alimentation répugnante à l'esprit qui a envahi le corps, et ainsi le chasser.
Ces excréments sont empruntés à l'âne, au crocodile, à l'hippopotame, au lézard, au pélican, au petit bétail, aux mouches et même à l'homme.
Quelques interventions sont attestées, et l'usage des antalgiques et des anesthésiques vraisemblables.
L'extraction des épines, soins des morsures (chien, crocodile, lion, hippopotame, etc.)
La suture des plaies, les réductions de luxation d'épaule, de fractures des membres (pose d'attelles)
Le parage des blessures de guerre,
Cataracte, trépanation, circoncision :
L'opération de la cataracte est attestée sous les Ptolémées.
La trépanation est anatomiquement visible sur certains crânes, mais le but de cette intervention n'est pas connu.
La circoncision est représentée sur certains bas reliefs, mais n'est pas argumentée (technique, indications ?).
 
Les amputations :
post traumatiques,
punitives : nez, langue, oreilles, main, etc.
 
Les soins dentaires :
Ils ne sont pas attestés, le mauvais état dentaire est connu et expliqué par la présence de grains minuscules de sable dans les farines (sable provenant des meules en grès) et responsables d'une usure dentaire importante. Il existe un exemple de prothèse dentaire (deux molaires réunies par un fil d'or) qui ressemble plus à un travail d'embaumeur résolvant un souci esthétique.
Médecine et magie sont intimement liées dans l’Égypte antique, la maladie résultant de l'intervention de mauvais génies, d'humains mal intentionnés ou de divinités. Ce sont principalement les émissaires de Sekhmet, déesse à tête de lionne, qui propagent la maladie et la mort. Cependant, ayant également le pouvoir d'apporter la guérison, cette divinité est la patronne des médecins, qui sont souvent ses prêtres.
La magie a une résonance particulière du fait du mythe d'Osiris : Isis « la grande magicienne », après avoir reconstitué le cadavre de son divin époux, sera fécondée « magiquement » et donnera naissance à Horus.
Les incantations sont souvent associées aux autres moyens ; il s'agit le plus souvent d'une incantation qu'un dieu du panthéon avait prononcé dans des conditions (mythiques) analogues, récitée pour assurer l'efficacité du remède. À chaque affection correspond une formule à réciter. Régulièrement utilisées dans les soins contre les piqûres de scorpion, reconnues comme redoutables.
Les actions prophylactiques
Les amulettes.
Les stèles prophylactiques : les stèles représentant Horus sur un crocodile sont censées protéger contre les morsures et les piqûres d'animaux venimeux.
Les statues guérisseuses.
Les sanctuaires des dieux guérisseurs
À la Basse Époque de nombreux malades visitent les sanctuaires des dieux guérisseurs tels qu'Imhotep et Amenhotep fils de Hapou (tous deux des mortels divinisés) dans l'espoir d'obtenir la guérison. D'autres tentent de l'obtenir dans les sanatoria, attestés dans le temple d'Hathor à Dendera et dans le temple d'Hatchepsout.
Les dieux
Isis déesse de la santé, inventrice des remèdes,
Horus souvent invoqué dans les cas de morsures d'animaux,
Hathor déesse de l'amour, protectrice des femmes,
Thot dieu des scribes et patron des oculistes,
Sekhmet déesse guérisseuse,
Bès protège le sommeil des dormeurs et est le bon génie des femmes enceintes,
Serket protège les hommes des morsures, guérisseuse des morsures et des piqûres d'insectes
Les hommes élevés au rang des dieux :
Imhotep, vizir et grand architecte du pharaon Djéser - IIIe dynastie ;
Amenhotep fils de Hapou, architecte du pharaon Amenhotep III - XVIIIe dynastie.
Imhotep, Asclépios, Esculape : une filiation ?
Imhotep est connu par ses multiples activités, et ses titres officiels nombreux : grand prêtre de Ptah, haut fonctionnaire, architecte du complexe de Djéser à Saqqarah, poète rédacteur du premier recueil connu de sagesses égyptiennes, et médecin de renom.
C'est le premier personnage connu décrit de médecin en exercice — ce qui a fait de lui, le père de la médecine. Le temps passant, son aura grandit : il devient le patron des scribes. À la Basse Époque il est divinisé en tant que fils de Ptah et devient divin-guérisseur avec un sanctuaire. Sous les Ptolémées, son nom est hellénisé en Ἰμούθης / Imoúthês, et son image divinisée confondue (fondue ?) avec celle d'Asclépios : les Grecs apprennent la médecine à Alexandrie
Documents médicaux écrits :
Les papyri médicaux : papyrus Ebers, papyrus Edwin Smith, papyrus Hearth, etc.
Les ostraca médicaux.
Les stèles (votives ou funéraires) et les représentations figurées (parois de tombe, murs ou colonne de temple).
L'étude des restes squelettiques et des momies.
 
 
Médecine chinoise
On considère que les premiers écrits médicaux attestés, datant d’entre 580 et 320 avant Jésus-Christ, apparaissent dans le Zuo Zhuan composé au début du Ve siècle av. J.-C.. Ils seraient donc contemporains des textes grecs hippocratiques. Cela ne signifie pas, bien entendu, que la médecine chinoise date de cette époque, car avant d’être écrite, elle se transmettait oralement de façon ésotérique. À cette époque où s’organisent les rites et l’administration, les médecins (Yin) constituent pour la première fois une corporation indépendante des prêtres et des magiciens. Le premier personnage « historique » cité est Bian Que ( 430 ?-350 ? av. J.-C.), qui est peut-être un nom générique désignant plusieurs personnages différents. On dit qu’il connaissait la technique de la prise du pouls (Mo Fa ) et certains historiens lui attribuent le Nan Jing.
Zou Yan 鄒衍 (vers 305-240 av. J.-C.) introduit en Chine la théorie des Cinq éléments qui va se développer sous les Han et imprégner tous les systèmes de connaissance, dont la médecine et l’alchimie, associant, par exemple, un organe à un point cardinal, une saison, un goût etc. Il semble qu’il y ait à cette époque des échanges importants entre la Chine, l’Inde et la Perse. À la même période, la médecine chinoise se tourne vers l’étude des poisons, des remèdes végétaux et minéraux, la diététique, la recherche des drogues d’immortalité, la pratique des techniques respiratoires, de la culture physique et la sexologie.
 
Au long de ses 2 000 ans d'histoire, la Chine a souffert d'épidémies mais grâce à la médecine traditionnelle, les conséquences n'ont jamais été aussi dramatiques que dans les pays occidentaux, ravagés encore il y a 700 ans par la peste.
La théorie de la médecine traditionnelle chinoise vient principalement du bilan de l'expérience clinique des médecins. Elle est parvenue à une certaine maturité grâce au développement des pratiques médicales dont les origines remontent aussi loin que l'âge de pierre. L'homme primitif a ainsi rapidement découvert que certaines matières pouvaient alléger ou dissiper certaines indispositions et que les pierres chaudes enveloppées de peaux d'animaux ou d'écorces d'arbre soulageaient de certains maux. Cette découverte a marqué le début des traitements par la chaleur et le moxa. Les êtres humains ont également découvert qu'une douleur localisée pouvait être soignée en agissant sur une autre partie du corps, ce qui a donné son origine à l'acupuncture et à la théorie de jingluo (méridiens principaux et collatéraux.
Le Classique de médecine de l'Empereur Jaune a été écrit il y a plus de 2 000 ans. Il présente de manière détaillée la dissection, la physiologie, les pathologies, les diagnostiques, la prévention et le traitement. Presque à la même période, le Classique de Shennong sur les herbes médicinales, le plus vieux tome de pharmacologie chinois est apparu. Mis en pratique au fil des siècles par les praticiens et utilisé par la science moderne, l'ouvrage présente les descriptions d'environ 365 herbes véritablement curatives
Sous les dynasties des Sui (581-618) et des Tang (618-907), la stabilité et la prospérité de la Chine ont permis à la médecine traditionnelle chinoise de connaître un formidable développement. En 657, le Nouveau Précis de matières médicinales, appelé également Précis de matières médicinales des Tang, a été édité et compilé sous ordre impérial.
Durant les dynasties Jin (1115-1234) et Yuan (1206-1368), de nombreuses écoles de médecine traditionnelle ont fait leur apparition
Dès le XIe siècle, la médecine traditionnelle chinoise a commencé à employer l'inoculation contre la variole et à utiliser l'immunologie
Entre le XVIIe et le XIXe siècles, les différentes écoles ont mené une guerre contre les maladies infectieuses. Wu Youxing (1582-1652), un célèbre docteur, s'est aperçu que certaines maladies étaient dues à des agents contagieux qu'il a dénommé liqi (facteurs pestilentiels). Sous la dynastie Qing (1616-1911), l'école de Wu Youxing a connu un essor prodigieux et a grandement contribué au traitement des maladies épidémiques.
Avec 2 000 ans de développement, la médecine traditionnelle chinoise a formé aujourd'hui son propre système méthodologique. Dès la fondation de la République populaire de Chine, elle a su faire de rapides progrès avec le soutien du gouvernement et a notamment réussi à devenir plus scientifique.
 
 
Médecine scientifique
Le développement scientifique de la médecine grecque est traditionnellement attribué à Hippocrate de Cos, médecin du V siècle av. J.-C. On lui rattache un ensemble de traités, le « Corpus hippocratique », bien que vraisemblablement il n'ait écrit aucun d'entre eux. Portant sur des sujets variés comme la gynécologie ou la chirurgie, ils s'étalent en effet de la fin du Ve siècle jusqu'à l'époque hellénistique : on estime généralement qu'il s'agit d'une bibliothèque d'école de médecine.
C’est le premier à séparer formellement Médecine et magie ou religion, en essayant de faire des observations détaillées, proposant un traitement et un pronostic, il introduit aussi l’humanisme (primum non nocere) et déconseille les gestes dangereux (en particulier la chirurgie). Il introduit les bases de la médecine avec l’observation scientifique, l’honnêteté scientifique, l’intégrité morale, l’esprit laïque qui exclut le surnaturel ou religieux, il meurt en 356 av JC.
L'enseignement qui en ressort apporte trois innovations qui marqueront durablement la médecine occidentale. Premièrement, il écarte les considérations religieuses. Ainsi, l'auteur de Sur la maladie sacrée entreprend de montrer que l'épilepsie, « maladie sacrée », n'est pas plus divine ou plus sacrée que n'importe quelle autre maladie. Sa preuve est simple : la maladie ne s'en prend qu'aux flegmatiques ; or si la maladie était véritablement une visitation divine, tous devraient pouvoir en être atteints. Si le traité Du régime reconnaît l'importance des rêves, c'est pour les considérer comme des symptômes liés à l'état physiologique du patient : si ce dernier fait des cauchemars à répétition, cela peut témoigner d'un désordre mental. Toutefois, le corpus hippocratique n'est pas totalement exempt de considérations irrationnelles : dans le même traité, l'auteur considère que le rêve est la manifestation symbolique d'un diagnostic que l'âme, pendant le sommeil, pose sur le corps qu'elle habite. Ainsi fait-il se rejoindre oniromancie et médecine.
La médecine hippocratique est donc fondée, de manière générale, sur l'observation et le raisonnement. Les Épidémiques comprennent ainsi des séries d'observations quotidiennes effectuées par le médecin sur son patient : il commence par décrire précisément les symptômes puis observe jour après jour l'état général (calme, agitation) en veille et pendant le sommeil. Son examen porte aussi sur l'état de la langue, l'urine et les selles. Un effort de rationalisation est fait : on distingue fièvre tierce ou quarte suivant le rythme observé dans les poussées de fièvre.
Deuxièmement, l'enseignement hippocratique tente de se donner un cadre théorique. Le plus connu est la théorie des humeurs (bile jaune, bile noire ou atrabile, phlegme ou lymphe et sang), dont le déséquilibre cause maladie physique mais aussi trouble psychique. On sait que d'autres attribuent la cause des maladies aux déséquilibres entre le chaud et le froid, le sec et l'humide dans le corps.
Outre la recherche des grandes causes des maladies, les médecins hippocratiques s'intéressent à des problèmes de nature plutôt théorique, comme la croissance biologique (comment l'alimentation aboutit-elle à une croissance du corps) et la reproduction (comment la semence peut-elle donner naissance à un être complet ?). Sur un plan plus pratique, ils étudient le fonctionnement du corps humain, faisant ainsi considérablement progresser l'anatomie. Pour ce faire, ils se fondent surtout sur des connaissances cliniques : ainsi, la connaissance des os et des tendons se fonde probablement sur l'étude des entorses et autres luxations. Les médecins recourent également, dès cette époque, à la dissection, mais la pratique reste très marginale.
Enfin, l'enseignement hippocratique repose sur une véritable déontologie médicale, exprimée dans le traité Sur l'ancienne médecine, les Aphorismes du Corpus et surtout le célèbre Serment d'Hippocrate :
« Je ne donnerai jamais de poison à personne, même si l'on m'en demande ; je ne donnerai jamais à une femme de drogues propres à la faire avorter ; en quelque maison que j'entre, j'y viendrai pour le salut des malades, m'abstenant de toute injustice et de tout méfait volontaire, spécialement de toute séduction des femmes et des garçons aussi bien esclaves que libres »
 
En 320 av. J-C. l'école d'Alexandrie devient la capitale des études biologiques et médicales (Ptolémée Philadelphe créant la fameuse bibliothèque d’Alexandrie). Leur principale innovation est l'introduction de la pratique de la dissection, allant ainsi à l'encontre des pratiques religieuses prohibant l'ouverture du corps. Dans son traité Sur les dissections, Hérophile décrit le cerveau et l'identifie, contre l'opinion d'Aristote, comme le centre du système nerveux. Il distingue les principaux ventricules et décrit le calamus scriptorius (fossette du plancher du quatrième ventricule), les « concaténations chorioïdes » (les méninges) et le « pressoir » (le sinus veineux, que l'on appellera ensuite en son honneur le torcular Herophili). Hérophile s'intéresse également à l'anatomie de l'œil et du cœur.
Afin de mieux connaître l'anatomie interne, Hérophile et son contemporain Érasistrate pratiquent même la vivisection. D'après le témoignage du médecin romain Celse, tous deux examinent la conformation des organes de criminels encore vivants, mis à leur disposition par le roi. Malgré ces progrès, la science anatomique reste limitée puisque Hérophile, semble-t-il, soutient que les nerfs optiques sont creux. Cornelius Celsus semble avoir été un compilateur et brosse un tableau de la chirurgie de son époque, qui se cantonne aux membres (plaies, fractures, luxations), traitement de lésions superficielles (verrues, hydrocèles, varices, taille vésicale.
Ces enseignements sont malheureusement ignorés pendant des siècles par les médecins qui ont préféré se baser sur les extrapolations de dissections d'animaux d'Aristote.
Né à Pergame en 129 ap. J.-C., Galien  suit des études de médecine à Smyrne, Corinthe et Alexandrie. Pendant quatre ou cinq ans, il exerce auprès de gladiateurs et acquiert une expérience pratique des traumatismes profonds. Après un bref séjour à Rome, il acquiert une telle renommée qu'il est appelé par Marc-Aurèle et Lucius Verus comme chirurgien des armées. Il devient ensuite médecin personnel de Commode et jouit de la faveur impériale jusqu'à la fin de sa carrière.
La tradition attribue à Galien un grand nombre de traités, dont seul un petit nombre a survécu. Au travers de ces derniers, il démontre une solide connaissance des travaux de ses prédécesseurs (Hippocrate, Hérophile, Érasistrate, Asclépiade) mais aussi de Platon et d'Aristote. Dans Que le meilleur médecin est aussi philosophe, il souligne la nécessité pour le médecin d'avoir une solide formation de logique et de biologie théorique. Il s'élève également contre la cupidité de ses collègues, dont la vocation médicale est motivée par l'appât du gain.
Ses dissections sur les animaux ont prolongé son savoir en anatomie guidé par un finalisme influencé par Platon. Sa thèse sur la circulation du sang fera longtemps autorité. Pour lui, le sang se forme dans le foie après digestion des aliments. Les artères contiennent du sang et non de l'air comme le pensait Érasistrate. Le sang artériel, chargé des esprits vitaux, subit un mouvement rythmé qui correspond au pouls. Galien complète la théorie humorale d'Hippocrate. Il privilégie le cerveau et non le cœur.
Galien utilise la dialectique et non l’expérience, le dogme et l’empirisme l’emportent sur l’observation, et cela représente une importante régression.
Les traités qui composent le Corpus hippocratique ne sont pas toujours rédigés par ce que nous appellerions un médecin.
Aristote reconnaît 3 catégories de personnes habilitées à parler de médecine : le praticien (démiurge), le professeur de médecine ou médecin savant et l'homme cultivé qui a étudié la médecine au cours de son cursus général. Les sophistes prétendent également pouvoir enseigner, entre autres disciplines, la médecine.
Si les médecins sont souvent des hommes libres, il arrive que des esclaves apprennent la médecine, soit au contact de leur maître, lui-même médecin, soit sur demande de leur maître qui souhaite bénéficier d'un médecin privé.
La formation des médecins se fait la plupart du temps par apprentissage. Les disciples apprennent l'art du diagnostic et du pronostic auprès de leur maître, de même que les actes médicaux : saignées, lavements par clystères, pose de ventouses mais aussi actes chirurgicaux comme la trépanation. D'autres choisissent un cursus plus théorique : ils voyagent dans tout le bassin méditerranéen, fréquentant les différentes écoles de médecine. Ceux qui complètent leur cursus par l'étude des pratiques magiques ne sont pas rares.
Contrairement à l'Égypte, la Grèce ne connaît guère que le médecin généraliste ; ni la chirurgie ni la gynécologie ne sont des spécialités. Les écoles de Cos et de Cnide ont tout de même laissé respectivement des traités dans ces deux disciplines. On a connaissance d'ophtalmologistes, soignant à bases de collyres, c'est-à-dire des emplâtres solides, moulés en forme de bâtonnets. Il existe également des dentistes, capables de plomber les dents cariées. Enfin, les armées comportent des médecins militaires spécialisés dans le pansage des blessés, et des médecins du sport.
 
Les médecins peuvent exercer à titre privé. Dans ce cas, ils sont généralement itinérants, ce qui leur pose problème pour faire reconnaître d'emblée leurs compétences dans leur ville d'arrivée, les médecins publics sont payés par la cité elle-même.
Dans la cité attique, la procédure est connue : l'Ecclésia examine les titres de chaque candidat et sélectionne le plus capable, qui se voit mettre à disposition un local servant aux consultations. Les médicaments prescrits sont remboursés par l'État grâce à un impôt spécial, le iatrikón. De manière générale cependant, il s'agit moins de mettre en place un système de soins gratuits, à l'instar des Sécurités sociales modernes, que de disposer d'un médecin toujours à portée de main.
 
Les remèdes grecs étant élaborés à partir d'épices et de plantes, le pharmacien (pharmakopốlês) occupe une place importante dans le système de soins, même s'il arrive que le médecin prépare ses propres remèdes. Le pharmacien prépare les médicaments prescrits par le médecin mais aussi des remèdes vendus directement.
Une autre profession importante est celle de sage-femme. S'il existe quelques femmes médecins, les accoucheuses et infirmières sont plus nombreuses.
Il faut mentionner les pédotribes, responsable de l'enseignement sportif au sein du gymnase. Apprenant sur le tas le plus souvent, ils sont à la fois diététiciens, masseurs et kinésithérapeutes : ils doivent prendre en charge les entorses, luxations, tendinites et autres traumatismes courants dans la pratique sportive. Certains se convertissent à la médecine.
 
Rome
La médecine de la Rome antique hérite directement de la Médecine en Grèce antique. Elle est composée d'une médecine privée et de communauté médicale publique. La médecine était bien moins considérée qu'en Grèce.
L'Origine grecque : Les services médicaux romains ont été inspirés des services médicaux de la civilisation Greco-Etrusque et Italiote.
Depuis l'origine de la médecine méditerranéenne c'est à dire égyptienne, les médecins combinaient savoir sur la pharmacopée et la chirurgie. Les premiers établissements médicaux grecs (Aesculapius) sont de l'âge du bronze, et les établissements romains de l'âge du fer. Aux Aesculapium étaient associés des chambres, des thermes, des jardins, des amphithéatres qui servaient en permanence pour la formation, des temples et des bibliothèques où s'accumulaient des milliers de travaux de référence. Ces ouvrages détaillaient les techniques médicales, la description des maladies, les traitements, les procédures curatives, etc...
 
Médecine publique : Les Aesculapium fonctionnaient comme les temples et les acteurs devaient contribuer par un certain nombre d'actes, payant ou non, qui devaient être inscrits sur des registres. Les Aesculapium étaient sous la responsabilité de magistrats. L'État finançait une partie, au moins, de leur fonctionnement.
 
On sait peu de chose sur la médecine militaire sous la République. Les auteurs qui ont décrit l'appareil militaire avant Auguste, comme Tite-Live, expliquent que les blessés étaient cantonnés dans les villages aux alentours des zones de conflit. Il devait cependant exister des médecins civils au service de l'armée. Auguste en professionnalisant l'armée, y joint des médecins, les aerarium. Comme tous les militaires, ils doivent s'engager. Leur période d'engagement est de 16 ans au sein des valetudinaria l'équivalent militaire des aesculapia. Les médecins militaires romains sont bien formés, contrairement à certains homologues civils.
 
Sous Auguste, les noms des spécialités militaires commencent à être connus. Les milites medici étaient exemptés de toutes autres fonctions (immunes). Les médecins, quels qu'ils soient, avaient une certaine importance et étaient respectés.
L'administrateur du valetudinarium était l'optio valetudinarii. Il restait soumis au Praetor. Les ailes de cavalerie possédaient leurs medici alarum et les trirèmes de la marine leurs medici triremis. Il existait par ordre d'importance le rang de medicus legionaris puis de medicus cohortis et enfin le medici ordinarii qui est le médecin de base. Les ordinarii avait le rang d'un centurion sans pour autant commander des hommes. Il existait également des medici castrorum mais il est difficile, car les sources manquent, de faire la différence entre leurs fonctions. Il existe naturellement plusieurs spécialités. Certains sont mieux payés que d'autres comme le medicus duplicarius qui est payé le double.
A côté des médecins, on suppose qu'il existait des aide-soignants. Peut-être étaient-ils civils, esclaves ou même soldats de garde. Il n'y avait pas d'infirmier (noscomi) dans l'armée. Les spécialités identifiées sont les vulnerarii, les chirurgiens, les plus nombreux aussi, les capsarii qui intervenaient directement derrière la première ligne.
 
Les valetudinaria deviennent permanents dans les camps militaires romains sous Auguste ; on a pu, en effet, trouver des outils médicaux lors de fouilles. Ces valetudinaria se composaient d'un quadrilatère de pièces autour d'un jardin où était cultivées des plantes médicinales. On retrouvait les mêmes pièces dans ce quadrilatère que dans un Aesculapium c'est à dire, en général, une cuisine, des latrines, des bains, une officine de pharmacopée, une morgue. Bien que ne connaissant pas les bactéries, les médecins romains faisaient le nécessaire pour empêcher les infections. Les réservoirs d'eau courante pour boire et se baigner étaient isolés et placés en amont des évacuations d'eau courante et des latrines. Les salles d'attente se trouvaient à l'extérieur de ce quadrilatère.
Lorsque les capsarii ne pouvaient pas intervenir sur place, des ambulances hypomobiles évacuaient les blessés vers les valetudinaria. Les ambulanciers étaient payés au nombre de blessés sauvés. Les valetudinaria les plus grands pouvaient administrer 400 à 500 lits. Si le nombre de lits disponibles était insuffisant, l'optio valetudinarii pouvaient faire évacuer les patients sur les villages alentour, comme sous la République.
Le medicus devait pouvoir traiter n'importe quelle blessure reçue après la bataille.
 
En 219 av. J.C. un chirurgien (vulnerarius) du Péloponèse, Archagathus est invité à rester à Rome. L'état lui confère la citoyenneté et lui fournit un bureau (taberna) près du compitium Acilii. C'est le premier médecin privé connu à Rome.
Les médecins des pauvres étaient pauvres, les médecins les plus connus, qui servaient les riches étaient riches également. Plaute signale qu'une visite de médecin, pour les pauvres, pouvait valoir moins d'un sesterce. Les médecins n'avaient pas très bonne réputation. Pline l'ancien souligne la façon dont les marchandages de tarif entre les médecins et les familles des patients moribonds sont mal perçus. En 368, Valentinien promulgue une loi interdisant aux médecins d'accepter les honoraires promis par des malades en danger de mort.
Les honoraires étaient variables en fonction des médecins et des clients. Par exemple, Antonius Musa qui soigna Auguste pour ces problèmes de nerfs fut non seulement affranchi mais en devenant son médecin personnel, reçu 300000 sesterces par an pour cette seule charge.
 
Les médecins étaient sous la République, pour la plupart esclaves et/ou d'origine grecque. Ils n'avaient donc pas la citoyenneté romaine.
Les esclaves médecins de la familia avaient pour chefs des affranchis dits superposilus medicorum ou supra snedicos. Il y avait aussi parmi les médecins des esclaves publics, auxquels était probablement confié le soin des autres esclaves de l'État. Dans les latifundia, on entretenait des esclaves médecins à demeure ; mais les petits propriétaires préféraient, du temps de Varron, en louer à l'année de leurs voisins. Les affranchis médecins (liberti medici), comme les esclaves, étaient souvent attachés à des personnages de marque.
Il existait de nombreuses spécialitées de medici et de medicae (au féminin) par exemple ocularius (oculiste), auricularius (pour l'oreille), marsus (pour les morsure de serpent), chirurgii (chirurgien)... Les médecins pouvaient être dogmatici, se fondant sur l'enseignement théorique, empirici, se fondant l'empirisme ou des methodici, qui utilisaient la théorie et les techniques pratiques. Plusieurs professions de santé liées à la médecine existaient : Le iatromaia (nom grec, la sage-femme), le iatralipice (pour l'application des onguents), le latrocinor (la chirurgie), les pharmacopolae (nom féminin, vendeur de produits médicinaux), unguentarii, aromatarii (préparateur de produit médicinaux), capsarii (pour les bandages appelés fasce qu'ils détenaient dans leurs besaces appelées capsae), nutrix (infirmière), obsterix (obstétricien), discentes (apprentis médecins).
 
Le médecin était responsable ou criminel en vertu des lois Cornelia de verse/iciis et Cornelia de sicariis. (Médecine durant l'Antiquité romaine)
Est tenu de la loi Cornelia celui qui a tué un homme libre ou esclave ; celui qui, dans l'intention de donner la mort, a confectionné et vendu du poison ; celui qui a blessé dans l'intention de tuer ; celui qui a vendu au public des médicaments dangereux, ou en a conservé dans des intentions homicides. Est puni d'une peine spéciale celui qui s'est rendu complice d'un avortement
Les médecins étaient généralement exempts de poursuites judiciaires pour leurs erreurs. Cette immunité s'est appliquée seulement aux erreurs de traitement faites sur les hommes libres. La Lex Aquilia, passée vers 286 av J.-C, a permis de poursuivre les propriétaires d'esclaves et d'animaux négligeant la santé de leur "cheptel" ou malveillants. Les juristes avaient l'habitude d'utiliser cette loi pour poursuivre les médecins qui n'auraient pas, par exemple, eu toute la compétence pour soigner un esclave. La loi admettait également que le maître du médecin esclave était responsable dans la limite de la valeur de l'esclave, qu'il pouvait abandonner au plaignant pour faire lever la poursuite. Les sages-femmes et femmes-médecins étaient soumises aux mêmes responsabilités que les hommes.
Parfois les médecins devaient effectuer des travaux de médecine légale : dire si une mort est naturelle, témoigner qu'un patient ne peut se déplacer dans un tribunal... Et depuis les origines de Rome puisque une loi attribuée est à Numa Pompilius qui prescrivait un examen médical après la mort des femmes enceintes. Cependant la médecine légale n'existe pas officiellement.
 
Il n'y avait pas de Diplôme, l'homme pouvait apprendre seul, avec un maître ou dans un Aesculapium. Il avait d'abord le statut d'apprenti (discens), et lorsqu'il devenait suffisamment célèbre et connu, il devenait medicus.
Tout en encourageant et en soutenant les cabinets publics et privés, les gouvernements romains ont eu une attitude ambivalente avec les corporations de médecins qu'ils trouvaient subversives. D'abord autorisés, ils ont été la plupart du temps rendus illégaux et supprimés. Les collegia medicii, qui dépendaient de leur propre école Scholae Medicorum, n'ont jamais réussi non plus à s'imposer et ont été aussi considérés comme subversifs.
A partir du IVe siècle, l'État décide de réguler la profession (considérations fiscales). Depuis Jules César, les médecins publics jouissaient d'immunités qui durent amener certaines villes à en accroître le nombre outre mesure, ce qui portait préjudice à, l'État et provoquait une inégale répartition des charges. Antonin le Pieux fixe le nombre de médecin suivant la taille de la ville et, au-dessus de ce nombre, même les plus grandes villes ne peuvent conférer l'immunité. Modestin ajoute que la curie peut diminuer, mais non augmenter le nombre des médecins publics prévus par la loi. Une fois élus, les médecins recevaient l'investiture de la curie, qui leur conférait les immunités et les salaires attachés à l'exercice de leurs fonctions. Ils pouvaient être destitués pour négligence par la même autorité qui les avait élus. L'institution fut réorganisée en 368 par une constitution de Valens et de Valentinien Ier. Sous Alexandre Sévère, la médecine de la maison impériale fut définitivement organisée : de serviteur, le médecin de l'empereur devint fonctionnaire. Un médecin du palais (medicus palatinus) toucha des appointements fixes (salarium) ; six autres reçurent des indemnités en nature (binas aut ternas annonas), qui pouvaient d'ailleurs être converties en argent. La réunion de ces médecins impériaux forma le collège des archiatri palatini ; une constitution de Constantin exempte de toute charge les archiâtres et les ex-archiâtres, c'est-à-dire tous les membres anciens ou actuels du collège. Le titre d'archiâtre ne fut probablement attribué aux médecins impériaux qu'à l'époque de Dioclétien. Les archiatri palatini, étaient alors spectabiles, comites priori ou secundi ordinis et pouvaient s'élever aux plus hautes fonctions politiques et administratives.
Le Code de Théodose Ier décrit le nouveau système médical imposé par l'État. A la tête de l'appareil de santé de l'État se trouvait un Dux ou Vicaire de l'empereur. Il porte le titre de Comes archiatorum et devait, par loi, être noble.
Aux niveaux suivants de la hiérarchie se trouvaient les archiâtres (archiatri), ou plus populairement les protomedici, les supra medicos, le domini medicorum ou les superpositi medicorum. Ils étaient payés par l'État. Ils étaient chargés de contrôler les activités des médecins dans la zone qui leur étaient attribuée. Leurs familles étaient exemptes d'impôts. Elles ne pouvaient pas être poursuivies et les troupes militaires ne pouvaient pas occuper leur maison.
Les archiatri étaient divisés en deux groupes :
Archiatri sancti Palatii, qui étaient des médecins de palais
Archiatri Populares. Ils étaient chargés de s'occuper des pauvres.
Les archiatri réglaient tous les conflits médicaux.
 
Les médecins ont aimé écrire, mais la plupart de leurs livres ont été perdus. Tiberius Claudius Menecrates a composé 150 ouvrages médicaux, dont seulement quelques fragments demeurent. Aulus Cornelius Celsus avec son De Medicina, au Ier siècle est l'un des seuls auteurs latins connus. Il n’était pas un médecin mais un polygraphe, c’est à dire un auteur qui écrit sur des thèmes variés. Ses traités, tous perdus, portaient aussi bien sur le droit que sur l’agriculture ou la rhétorique. Il a fait connaître la médecine, mais il ne lui a fait accomplir aucun progrès. Il est cependant le premier à avoir décrit l’opération de la cataracte et est à l’origine du tumor, rubor, calor, dolor de l’inflammation. Archigène d'Apamée (le premier utilisateur du spéculum), Rufus d'Ephèse (qui décrira la peste et la lèpre), Dioscoride l'expert des herbes aromatiques (auteur du De materia medica, ouvrage sur la thérapeutique). L'Histoire naturelle contenant de nombreuses descriptions de traitement en vogue dans la Rome traditionnelle, de Pline l'Ancien est devenue un paradigme pour tous les travaux suivants, bien que Pline n'ait pas été un médecin lui-même. Au IIe siècle, certaines oeuvres nous sont parvenues en totalité ou presque comme celle de Claude Galien.
 
Ecoles de médecine
La première école de médecine s'ouvre en 14 sous Auguste (enseignement en grec). Il a été mis en place des systèmes d'accréditations par les organismes sacerdotaux ou familles illustres de médecins, mais la plupart des médecins n'avaient pas les moyens de suivre les cours de l'Aesculapium et apprenait avec un maître. Lorsque sa clientèle était suffisamment développée, l'apprenti (discens) devenait médecin (medicus). Les savoirs médicaux à acquérir étaient basés sur les savoirs en pharmacologie et phytothérapie, les savoirs anatomiques pour la chirurgie et le diagnostic, les savoirs religieux pour les prières indispensables, des savoirs empiriques comme pour l'hygiène ; la plupart des savoirs théoriques étaient peu appréciés des romains.
Les médecins se répartissaient en écoles qui traitaient d'après certains principes généraux, empiriques, méthodiques, pneumatiques, éclectiques ou en faisant prévaloir l'emploi de certains moyens curatifs ou diététiques, tels que la gymnastique, l'hydrothérapie. La chirurgie et la médecine n'étaient pas exercées par les mêmes praticiens, bien que le chirurgien soit aussi qualifié de medicus
Il existe une médecine sacerdotale qui ajoute à la médecine la suggestion, commune aux charlatanismes, et croyances médico-religieuses. Depuis l'époque alexandrine, elle s'est de plus en plus altérée par un mélange de moyens magiques et théurgiques, cela tient précisément aux atteintes profondes que reçut le génie hellénique du fait de sa diffusion dans des pays et chez des peuples où le rationalisme scientifique n'existait pas. Il faut également tenir compte, après le IVe siècle, de l'influence du mystique chrétien.
 
 
L’hygiène
Les médecins de l'antiquité avaient compris que l'état général d'un patient influençait son risque de contracter une maladie. Le serment d'Hippocrate obligeait les médecins à donner l'exemple par une vie saine. Ils considéraient que la première cause des maladies était l'absence d'hygiène de vie.
 
L'hygiène est importante chez les médecins romains, bien que ne connaissant pas l'existence des bactéries, ils font bouillir leurs instruments de chirurgie, ne mélangent pas eaux usées et eaux propres. Par ailleurs, ils attachaient la plus grande importance à la qualité de l'eau qu'ils buvaient et dans laquelle ils se baignaient régulièrement.
Les chirurgiens utilisaient scalpels, crochets, leviers, sondes, forceps, cathéters, Spéculums sur des patients anesthésiés avec de l'extrait de pavot, de morphine et de l'extrait de jusquiame noire. On savait également opérer certaines cataractes avec des aiguilles. Les instruments étaient bouillis avant emploi. Les blessures étaient lavées au vinaigre et piquées. On utilisait la traction pour remettre en place les os fracturés. On a découvert des spéculums anaux et vaginaux ce qui implique les médecins romains examinaient la taille et l'état des organes internes accessibles par les orifices naturels et étaient capables de faire ainsi des diagnostics ou de pratiquer des interventions.
 
La pharmacopée : en principe, le médecin préparait lui-même ses médicaments ; il pouvait en acheter les ingrédients chez le pharmacopole, sorte d'herboriste qui, à son tour, se fournissait de plantes médicinales chez le rhirotome. A l'origine, la cueillette des simples souvent accompagnée de cérémonies magiques et effectuée dans certaines circonstances seulement constituait une partie essentielle de l'art de guérir. Les romains connaissaient de nombreuses plantes et remède.


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