» GLANDES SALIVAIRES Carcinome muco-épidermoïde

Carcinome muco-épidermoïde


Carcinome muco-épidermoïde (1-7) Ann Pathol. 2009 Sep ;29(4):274-85 : Age : adulte, 8 à 92 ans (47 ans). Tumeur rare dans la première décennie et grand âge.
C’est la tumeur maligne la plus fréquente dans certains pays dont les USA où elle représente 35% (sinon de 12 à 29%) des tumeurs malignes, de 3 à 15% de toutes les tumeurs salivaires et de 7 à 41% des tumeurs des glandes mineures (8). Taille : 1 à 12 cm. Faible prédominance féminine (3/2)
Topographie  : 53% des glandes salivaires majeures (45% dans la parotide 7% dans la sous-maxillaire et 1% dans la sous linguale). Le reste dans les glandes mineures dont la moitié dans le palais. À noter la rareté de survenue dans la lèvre supérieure (contrairement à la plupart des tumeurs salivaires.).
Clinique  : Tuméfaction isolée de croissance lente (moyenne 6 ans si faible grade, 1, 5 ans si haut grade), indolore dans deux tiers des cas, sinon symptomatologie variée, sensibilité, douleur, dysphagie, trismus, paralysie faciale, paresthésie. Souvent confondu avec une lésion bénigne ou une pathologie inflammatoire car souvent c’est une lésion fluctuante, bleutée ou rougeâtre.
Macroscopie  : la plupart sont mal limitées, surtout dans les formes de haut grade, certaines cependant sont bien limitées voire encapsulées. À la coupe aspect ferme, gris jaune, rose, lobulé, fréquence des kystes, de taille variable (1 à 10 cm). Le contenu des kystes est visqueux, mucoïde, ou sanglant. Certains CME se présentent comme des kystes uniques.
Histologie  : dans la plupart des cas prédominance de cellules intermédiaires, qui forment des amas et des plages, qui vont de la petite cellule basaloïde légèrement plus grande qu’un lymphocyte, à la cellule plus grande, ronde ovoïde, à cytoplasme nettement plus abondant, mais qui ne montre aucun signe de différenciation malpighienne, glandulaire ou à cellules claires.
Sont appelés cellules mucineuses, toutes cellules contenant de la mucine quelle que soit la morphologie (utilisation large du bleu Alcian). Agencées en petits amas ou éparpillées de façon isolée dans le reste de la tumeur. En général < 10% de la population, parfois qui borde des kystes. La différenciation malpighienne est variable, soit évidente, soit très focale et limitée à de rares cellules polygonales, éparpillées. La formation de perles cornées ne se voit que rarement et surtout dans les tumeurs inflammatoires.
Proportion très variable (< 10% à majoritaire) de cellules claires riches en glycogène et pouvant contenir de la mucine, parfois transition entre cellules claires et cellules épidermoïdes.
Cellules cylindriques moins nombreuses que les cellules mucineuses mais bordant le plus souvent des structures canalaires ou kystiques. Beaucoup de carcinomes mucoépidermoïdes se caractérisent par une composante kystique ou papillokystique, prédominant avec de petits canaux. Les kystes sont bordés de cellules muqueuses, cylindriques ou malpighiennes, lumière riche en mucus qui peut former des lacs dans le stroma.
Possibilité d’une composante oncocytaire qui reste rare et peut se voir dans des tumeurs de haut grade (mais évolution moins péjorative que prévu) et qui du fait de la présence de cellules oncocytaires ne doit pas faire évoquer d’emblée la bénignité. Possibilité d’aspect sébacé.
La composante solide en cordons îlots et plages, est constituée surtout de cellules intermédiaires, avec cellules muqueuses, malpighiennes claires éparpillées. Stroma abondant fibreux, parfois stroma lymphoïde marqué avec C.G. pouvant suggérer une métastase ganglionnaire.
Rares cas décrits avec très importante sclérose de type chéloïde
NB : rares cas décrits à partir de tissu glandulaire ectopique dans les ganglions péri parotidiens voire cervicaux.
Forme kystique : architecture non destructrice, chercher les cellules mucineuses dans les kystes (absence d’adénome mucineux, très rare métaplasie mucineuse).
Forme à cellules claires : qui contiennent du glycogène et parfois de la mucine, lap résence de différenciation épidermoïde et mucineuse fait le diagnostic versus le carcinome épithélial-myoépithélial / à cellules acineuses / à cellules claires, rein métastatique
Grading histologique  :
Grade AFIP de 1998 : Composante intra kystique < 20% : 2pts, Invasion nerveuse : 2pts, nécrose : 3 pts, > ou = 4 mitoses pour 10 champs : 3 pts, Anaplasie :4 pts.
Faible grade : de 0 à 4 pts.
Grade intermédiaire : de 5 à 6 pts.
Grade élevé > = 7 pts, mais sous grading car évolutions péjo­ratives pour certains grades intermédiaires
Un nouveau grade a été proposé par Brandwein : (9)
Composante intra kystique < 25% : 2pts, invasion en îlots et nids : 2pts, Anaplasie : 2 pts, invasion lymphatique ou vasculaire : 3 pts, invasion osseuse : 3 pts, > 4 mitoses/10 chps : 3 pts, nécrose : 3 pts, Invasion nerveuse : 3 pts
Faible grade : de 0 à 1pts, Grade intermédiaire : de 2 à 3 pts, Grade élevé > 4 pts, surgrade les grades intermédiaires.
La proportion des différents types cellulaires ne corrèle pas avec le pronostic.
Les tumeurs de faible grade sont kystiques, riches en cellules mucineuses, architecture souvent non anarchique, non destructrice, pas de perméations périnerveuses, bien limitées, pas d’invasion, les formes intermédiaires sont moins kystiques avec plus de cellules intermédiaires et de zones solides, possibilité d’invasion, les formes de haut grade sont solides avec surtout des cellules épidermoïdes et intermédiaires, des atypies, de la nécrose, des mitoses, des invasions vasculaires, nerveuses ou osseuses.
Ce type de grading ne s’applique pas aux sous-maxillaires dont le comportement est imprévisible.
Cytologie  : Dans les formes différenciées, amas / placards de cellules mucipares à cytoplasme abondant et pâle, de cellules intermédiaires plus petites à noyaux arrondis, réguliers et nucléolés et de cellules pavimenteuses métaplasiques au cytoplasme plus abondant et au noyau plus foncé. Dans les formes moins différenciées, les frottis sont plus cellulaires et montrent des cellules malignes de type carcinome épidermoïde peu différencié.
Diagnostic différentiel  : Le carcinome muco-épidermoïde, surtout dans sa forme kystique, doit être distingué d’un kyste muqueux (absence d’atypie nucléaire dans les carcinomes muco-épidermoïdes bien différenciés !). Dans sa forme peu différenciée, il peut être difficile à distinguer d’un carcinome épidermoïde, carcinome adénosquameux plus anaplasique, carcinome métastatique, sialométaplasie nécrosante, carcome peu différencié.
Génétique  : t(11 ;19)(q21 ;p13) MECT1-MAML2 dans 70 % en FISH ou PCR Arch Pathol Lab Med. 2011 May ;135(5):602-9, qui conduit à l’inactivation de la voie de signalisation Notch, de meilleur pronostic (OS moyenne > 10 ans vs 1,6 ans sans translocation), patients + jeunes (moyenne de 48 ans versus 73 ans), et des tumeurs plus petites (moyenne 1,8 cm versus 3 cm), de grade surtout faible/modéré. Cette translocation est retrouvée dans les CME du col utérin / poumon.
Images , histologique  : #0, #1, #2, #3, #4, #5, #6, #7, faible grade, oncocytaire  : grade 2, #0, cytologie- #1, #2, haut grade#1, #2, #3, HE, CK7+ CK20 -, USCAP, SG 10, SG 11, grade intermédiaire, cas clinique
Immunohistochimie Arch Pathol Lab Med.2015 Jan ;139(1):55-66 : CK + (5 / 6 / 7 / 8 / 14/ 18 / 19), EMA +, actine lisse +/-, S100 -, vimentine +/-, ACE +/-, calponine – (10), CK 19 + dans cellules mucineuses, CK 14 dans cellules intermédiaires et épidermoïdes, + de CK 13 (rare dans les autres tumeurs salivaires), p63+ fort (négatif si carcinome à cellules acineuses), CK20 -.
Biologie moléculaire : Une translocation t(11 ;19) est retrouvée dans 70% des CME. Elle aboutit à la fusion génique de MECT1 avec MAML2
Translocation MECT1-MAML2 Absence de la translocation
Survie moyenne > 10 ans 1,6 ans
Age moyen de survenue 48 ans 73 ans
Taille moyenne de la tumeur 1,8 3
Grades constatés Bas et intermédiaire haut et intermédiaire
Des études récentes retrouvent des translocations MECT1-MAML2 dans les CME de haut grade d’évolution péjorative (méthylation ou délétion de CDKN2A ?). La recherche de la translocation ou de la protéine de fusion par immunohistochimie aurait des indications pronostiques, en particulier dans les CME de grade intermédiaire.
Diagnostic différentiel : Carcinome muco-épidermoïde, surtout si kystique, à distinguer d’un kyste muqueux (absence d’atypie nucléaire dans les carcinomes muco-épidermoïdes bien différenciés !). Dans sa forme peu différenciée, il peut être difficile à distinguer d’un carcinome épidermoïde primitif ou métastatique si zones malpighiennes prédominantes carcinome adénosquameux plus anaplasique, carcinome métastatique, sialométaplasie nécrosante, carcome peu différencié.
si kystique avec cystadénome/carcinome, mais pas de différenciation épidermoïde, et pas différents types cellulaires
Tumeurs à cellules claires (carcinome à à cellules claires, carcinome épithélial-myoépithélial, carcinome à cellules acineuses, mais pas présence de cellules épidermoïdes et mucineuses.
Tumeur mixte si prédominance de cellules intermédiaires, dans le CME pas de zones chondroïdes / myxoïdes, ni petits canaux.
Sialométaplasie nécrosante car métapalsie malpighienne +/- cellules mucineuses, mais acini nécrotiques en périphérie + inflammation polymorphe, aspect lobulaire, massifs métaplasiques, petits et uniformes, pas de cellules intermédiaires.
Adénome pléomorphe : les cellules intermédiaires du CME si prédominantes imitent des cellules myoépithéliales, mais pas de zones chondroïdes et myxoïdes ni petits canaux caractéristiques des tumeurs mixtes. Dans les tumeurs mixtes, on peut observer parfois quelques cellules mucisécrétantes…La présence d’un contingent myo épithélial et d’une positivité uniquement tubulaire de l’EMA tranche pour un adénome pléomorphe.
Carcinome adéno-squameux : y penser si localisation buccale ou sino-nasale vs un CME de haut grade. Critères en faveur du carcinome adénosquameux : dysplasie de l’épithélium de surface, kératinisation nette, foyer adénocarcinomateux distinct du reste du carcinome (souvent en profondeur).
Pronostic  : dépend en grande partie de la qualité de l’exérèse, du stade, et du grade. Dans les formes de faible grade, taux de mortalité très faible (OS de 85 à 100% à 5 ans). Pas d’évènements dans les grades 1, récidives fréquentes dans les grades 2 (30%) à 3 (75%), les métastases systémiques restent rares (6%), les métastases ganglionnaires sont plus fréquentes (33%). Mortalité importante dans les formes de haut grade (OS de 20 à 40% à 5 ans).
Les récidives dépendent à la fois du grade et de la qualité de l’exérèse. Si le grade est faible, exérèse complète, taux de récidive très faible, donc exérèse conservatrice avec préservation du massif facial dans les formes de bon pronostic.

Carcinome mucoépidermoïde kystique : Dans les formes surtout kystiques l’architecture n’est souvent ni anarchique, ni destructrice ou infiltrante. Il faut descellules mucoécrétantes (B A +) dans l’épithélium du / dekystes. Il n’existe pas d’adénome mucoécrétant, et la métaplasie mucoécrétante des glandes salivaires est rarissime. Rechercher une zone charnue avec des massifs cellulaires et les 3 types cellulaires du CME : cellules épidermoïdes, cellules intermédiaires et cellules mucoécrétantes. Fréquence des faux négatifs en extemporané 

Carcinome mucoépidermoïde oncocytaire  : série de 12 cas (11) (H/F = 1, de 30 à 79 ans, surtout de la parotide, lésion surtout solide peu kystique de tous grades, mucine focale, forte prédominance de cellules oncocytaires, p63 + diffus, possibilité de récidive ou de métastases systémiques, décrit par Chomette (Ann Pathol 1982 ;2:29) , positivité de PTAH ( + granulaire cytoplasmique Am J Surg Pathol 1999 ;23:523), Ac anti mitochondries, p63 (Am J Surg Pathol 2009 ;33:409) , négativité de : RA. Elle est plus fréquente dans les glandes majeures, chercher des cellules mucineuses (Bleu Alcian), présence de cadres clairs avec desmosomes autour des cellules oncocytaires.

 Présence de réarrangements MAML2 dans 71% (Hum Pathol 2011 ;42:2001, Hum Pathol 2011 ;42:2052)
Il existe une forme centrale (4%) qui survient dans les mâchoires avec une prédominance pour la mandibule < (3/1). Lésion radiolytique asymptomatique, l’hypothèse principale est celle d’un développement à partir de restes de kystes odontogéniques (ectopie intra-osseuse salivaire exceptionnelle), en effet ces kystes peuvent contenir des cellules mucineuses ou de petites structures pseudoglandulaires. Clinique : asymétrie faciale ou gonflement indolore, sinon douleur rarement paresthésie ou dysphagie.
Il a aussi été décrit une forme agressive à cellules en gobelet, sous forme de tumeur solide, infiltrante sans kyste avec des cellules mucineuses polymorphes (12).

http://www.pathologyoutlines.com/topic/salivaryglandsMEC.html

Carcinome mucoépidermoïde sclérosant avec éosinophilie Ann Pathol. 2009 Sep ;29(4):274-85 : pathologie rare. Le contingent principal est épidermoïde avec peu d’atypies, stroma massivement infiltré par des lymphocytes et PNE, tumeur mal limitée, infiltrante.

http://www.pathologyoutlines.com/topic/salivaryglandsMEC.html

 
Reference List
 (1) Ellis GL, Auclair PL. Tumors of the salivary glands. Third series ed. Washington : Armed Forces Institute of Pathology, 1995.

 (2) Jahan-Parwar B, Huberman RM, Donovan DT, Schwartz MR, Ostrowski ML. Oncocytic mucoepidermoid carcinoma of the salivary glands. Am J Surg Pathol 1999 ; 23(5):523-529.

 (3) Brandwein MS, Ivanov K, Wallace DI, Hille JJ, Wang B, Fahmy A et al. Mucoepidermoid carcinoma : a clinicopathologic study of 80 patients with special reference to histological grading. Am J Surg Pathol 2001 ; 25(7):835-845.

 (4) Auclair PL, Goode RK, Ellis GL. Mucoepidermoid carcinoma of intraoral salivary glands. Evaluation and application of grading criteria in 143 cases. Cancer 1992 ; 69(8):2021-2030.

 (5) Goode RK, Auclair PL, Ellis GL. Mucoepidermoid carcinoma of the major salivary glands : clinical and histopathologic analysis of 234 cases with evaluation of grading criteria. Cancer 1998 ; 82(7):1217-1224.

 (6) Chomette G, Auriol M, Tereau Y, Vaillant JM. [Mucoepidermoid tumors of minor salivary glands. Clinical and pathologic correlations. Histoenzymologic and ultrastructural studies (author’s transl)]. Ann Pathol 1982 ; 2(1):29-40.

 (7) Barnes L, Eveson JW, Reichart P, Sidransky D. Pathology and genetics of Head and neck tumours. IARC press, 2005.

 (8) Brandwein MS, Ivanov K, Wallace DI, Hille JJ, Wang B, Fahmy A et al. Mucoepidermoid carcinoma : a clinicopathologic study of 80 patients with special reference to histological grading. Am J Surg Pathol 2001 ; 25(7):835-845.

 (9) Brandwein MS, Ivanov K, Wallace DI, Hille JJ, Wang B, Fahmy A et al. Mucoepidermoid carcinoma : a clinicopathologic study of 80 patients with special reference to histological grading. Am J Surg Pathol 2001 ; 25(7):835-845.

 (10) Prasad AR, Savera AT, Gown AM, Zarbo RJ. The myoepithelial immunophenotype in 135 benign and malignant salivary gland tumors other than pleomorphic adenoma. Arch Pathol Lab Med 1999 ; 123(9):801-806.

 (11) Weinreb I, Seethala RR, Perez-Ordonez B, Chetty R, Hoschar AP, Hunt JL. Oncocytic mucoepidermoid carcinoma : clinicopathologic description in a series of 12 cases. Am J Surg Pathol 2009 ; 33(3):409-416.

 (12) Brandwein MS, Ivanov K, Wallace DI, Hille JJ, Wang B, Fahmy A et al. Mucoepidermoid carcinoma : a clinicopathologic study of 80 patients with special reference to histological grading. Am J Surg Pathol 2001 ; 25(7):835-845.

 

 



Documents de pathologie humaine du service d’anatomie pathologique du CFB de Caen et du CHPC de Cherbourg. L ’UTILISATION DES INFORMATIONS FOURNIES SE FAIT SOUS L’UNIQUE RESPONSABILITE DE L’UTILISATEUR. Les concepteurs et réalisateurs de cette base ne sauraient en aucun cas être tenus pour responsables des conséquences d’une utilisation non contrôlée des informations fournies.

Performed by Arnaud Legrand 2009 © All Rights Reserved.