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Cancer professionnel


Le code de la sécurité sociale définit comme cancer professionnel, tout cancer, en particulier les cancers primitifs (et non les métastases), résultant d’une exposition professionnelle à certains produits ou procédés.
En France on estime que 5 à 10% des cancers sont dus à une exposition professionnelle (nettement moins chez la femme). Tout le monde est potentiellement concerné, mais les professions manuelles le sont plus particulièrement. Pour la plupart, ils ignorent l’exposition aux agents cancérogènes sur le lieu de travail. D’où un recensement des cas sous-évalué, avec sous-déclaration de la reconnaissance en maladie professionnelle (insuffisance d’informations fiables sur l’exposition antérieure du patient, compte tenu des nombreux facteurs de risques, de la traçabilité incomplète des expositions, du temps de latence important entre l’exposition et la survenue de la maladie, la difficulté d’évaluation du risque cancérogène (en cas de pics d’exposition, effets des faibles doses)).
Selon l’Inserm, seulement 10% des cancers professionnels sont reconnus , > 60% des cancers du poumon d’origine professionnelle ne sont pas reconnus comme tels, ainsi que > 80% des leucémies d’origine professionnelle, les cancers de la vessie étant quant à eux très rarement répertoriés au titre des maladies professionnelles. Aujourd’hui, 3000 à 4000 nouveaux cas de cancers (mésothéliome et cancer du poumon) / an seraient dus à l’amiante, moins de la moitié sont reconnus comme maladies professionnelles. Les principales causes sont : l’amiante, benzène, rayonnements ionisants et poussières de bois qui couvrent 98% des cancers d’origine professionnelle. L’exposition aux cancérigènes est mieux connue pour les travailleurs que pour la population générale (exposition à des concentrations de polluants permettant une meilleure surveillance). Mais la connaissance des expositions professionnelles reste incomplète en France.
Un rapport de 1999, estime le nombre de cancers bronchiques d’origine professionnelle entre 2433 et 5427, or seuls 458 ont été reconnus d’origine professionnelle et le nombre de leucémies d’origine professionnelle entre 112 et 413, or seuls 27 ont été reconnues comme d’origine professionnelle.
Les secteurs d’activités à risque d’exposition professionnelle sont :
- industries chimique, pétrochimique, métallurgique, phytosanitaire (colorants, verre, céramique, matières plastiques, caoutchouc, cuir et tannage, textile, alimentaire…).
- milieu agricole et viticole (insecticides, arsenicaux, organochlorés ou organophosphorés, fongicides arsenicaux, herbicides, acides phénoxyacétiques…)
- construction et réparation d’automobiles (amiante, benzène, huiles minérales, hydrocarbures aromatiques polycycliques, émission de particules diesel, trichloréthylène…), fabrication de matériaux contenant de l’amiante (plaquettes de frein, amiante-ciment…)
- nettoyage à sec (perchloréthylène…)
- bâtiment (amiante, silice, huiles minérales, suies, chrome hexavalent, formaldéhyde, goudrons, dérivés du plomb, fumées de soudage…)
- traitement des déchets (dioxines, cadmium, dérivés du plomb…)
- travail du bois (poussières de bois)
- personnel de santé, chercheurs (radiations ionisantes, UV, certains virus, formaldéhyde, dérivés du chrome, dérivés du nickel…)
- construction et réparation navales, entretien des machines et locaux (amiante, fumées de soudage…)
- plombiers, chauffagistes, électriciens… (amiante)
- peintres (silice, dérivés du plomb et trichloréthylène, amiante…)
En cas d’arrêt de travail les indemnités journalières sont plus élevées qu’en cas de simple arrêt maladie et ne sont pas imposables, absence de délai de carence, en cas de difficulté à la reprise du travail, la protection du salarié est plus importante. Les soins sont pris en charge à 100% sans avancer les frais. Une rente / indemnité est versée si séquelles définitives ou décès imputable à la maladie professionnelle.
C’est le malade qui déclare sa maladie professionnelle, le médecin rédige un certificat médical initial (formulaire unique accident du travail-maladie professionnelle (y figure le diagnostic et la nature de l’exposition professionnelle incriminée)) (contact en cas de doute avec le médecin conseil ou les médecins de consultation de pathologie professionnelle des CHU. Le patient peut se procurer le formulaire de déclaration auprès de sa caisse d’assurance maladie ou sur le site : www.risquesprofessionnels.am....
On estime à 2370000 les salariés exposés à des produits cancérogènes par le CIRC (www.iarc.fr) ou par l’Union Européenne.

Produits

Nombre de salariés exposés

Organes cibles

Huiles entières minérales

669 100

Peau, vessie, poumon

Poussières de bois

379 900

Fosses nasales

Formaldéhyde

153 600

Rhino-pharynx

Goudrons de houille et dérivés

117 100

Peau, poumon, vessie

Chrome et dérivés

108 000

Fosses nasales, sinus de la face, poumon

Amiante*

106 600

Poumon, plèvre

Nickel et dérivés

97 700

Fosses nasales, sinus de la face, poumon

Benzène

47 400

Moelle osseuse, sang

Silice cristalline

269 000

Poumon

*le nombre de salariés est probablement sous-évalué. On estime que 25% des hommes retraités ont été exposés à l’amiante au cours de leur vie professionnelle.
Selon la pathologie la proportion des cancers d’origine professionnelle est la suivante : Poumon : Amiante, rayonnements ionisants, radon, silice, métaux : 10 à 20% des cancers, Mésothéliome : amiante : 85% des cas, Vessie : amines aromatiques et goudrons de houille : 2 à 14% des cas, Cancers naso-sinusiens : bois, nickel et chrome : 7 à 40% des cas, Leucémies : benzène et rayonnements ionisants : 5 à 18% des cas
Cinq secteurs industriels concentrent la moitié des salariés exposés : construction (18% des salariés exposés), commerce et réparation automobile (10%), métallurgie (7%), services opérationnels (7%), santé (7%).
Les facteurs reconnus (cancérogènes groupe 1 ou 2A du CIRC) font l’objet d’une surveillance particulière : l’amiante (cancer du poumon, de la plèvre-mésothéliome), les rayonnements ionisants (hémopathies malignes, cancer du poumon, du sein et de la thyroïde), le radon (cancers des bronches et du poumon), la silice (cancer du poumon), les métaux - Cadmium, Chrome VI, Nickel, Cobalt (cancer du poumon), benzène (hémopathies malignes), les hydrocarbures aromatiques polycycliques (cancer du poumon, lien suggéré avec le cancer du sein), les PCB-polychlorobiphényles (association discutée avec un risque de cancer de la prostate)
Les facteurs reconnus avec manque de données sur l’exposition et la méconnaissance des mécanismes toxicologiques : l’arsenic (cancer du poumon), le béryllium (cancer du poumon), l’oxyde d’éthylène (hémopathies malignes).
Les facteurs débattus : les pesticides (cancer du poumon, hémopathies malignes, tumeurs cérébrales, prostate), les fumées de diesel (cancer du poumon), les champs électromagnétiques, basses fréquences ou radio-fréquences (tumeurs cérébrales). Enfin, certaines fibres minérales artificielles (cancer bronchique).
La liste complète des produits cancérogènes, avérés ou suspectés, est plus longue ; et les localisations cancéreuses diverses (cf. www.inrs.fr).
Politiques générales de santé publique :
La loi relative à la politique de santé publique a fixé des objectifs spécifiques concernant la lutte contre les cancers professionnels et environnementaux.
Le Plan santé au travail (PST 2005-2009) vise à développer la connaissance des dangers, des risques et des expositions en milieu professionnel et à renforcer l’effectivité des contrôles.
Le Plan National Santé Environnement (PNSE 1 : 2004-2008), regroupe toutes les politiques et mesures concernant les risques liés à l’environnement en général, dont le travail.
Obligations imposées au fabricant : le règlement européen Reach sur les produits chimiques (enRegistrement, Évaluation, Autorisation, restriction des substances Chimiques), obligatoire depuis le 1er juin 2008, prévoit avant mise sur le marché :
- l’enregistrement des substances chimiques produites/importées > 1 tonne/ an.
- l’autorisation des CMR (cancérogènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction), qui cherche à +/- long terme, à éliminer ces substances du marché. Les CMR avec seuil (pas de risque si non atteint) restent utilisables si le producteur maîtrise les risques, en assurant un niveau d’exposition < au seuil.
Obligations incombant à l’employeur : Le code du travail impose de procéder à 1 évaluation des risques sur la sécurité et santé des travailleurs, pour les éviter ou réduire au maximum possible sur les lieux de travail. Ces valeurs limites d’exposition professionnelle (ou VLEP), sont soit des valeurs limites admises à caractère indicatif (VL), soit des valeurs limites réglementaires (indicatives-VRI ou contraignantes-VRC).
Pour les agents CMR, la vérification du respect de ces valeurs limites est effectuée par un organisme agréé. De plus, lorsqu’un risque d’exposition à un agent CMR a été identifié, des mesures spécifiques doivent être mises en oeuvre, en particulier le développement de méthodes alternatives ou l’utilisation de produits de substitution présentant un risque moindre pour la santé (ex formol en anatomie pathologique, mais pas de produit de substitution satisfaisant).
Aspects médico-sociaux concernant la protection des travailleurs exposés : information sur les risques et sur les procédures de réparation médico-légale, obligations de formation et d’information, modalités de surveillance des travailleurs exposés à des agents cancérogènes sur leur lieu de travail. Cette surveillance renforcée (SMR) s’exerce dans le cadre de visites médicales (avant l’affectation au poste de travail exposé, en cours et après l’exposition). En outre, une surveillance post-professionnelle (SPP) est mise en oeuvre pour les personnes inactives (demandeurs d’emploi, retraités) ayant été exposées au cours de leur activité professionnelle à des substances reconnues cancérogènes par la réglementation française.
Mesures destinées aux malades atteints de cancers d’origine professionnelle : Les modalités de reconnaissance des cancers sont identiques quel que soit l’organe concerné. Le système principal de reconnaissance des maladies professionnelles, fondé sur le principe de la présomption d’imputabilité, repose sur des tableaux (16 tableaux pour les cancers professionnels) qui fixent les critères de reconnaissance de chaque maladie et donnent droit à réparation du préjudice subi (indemnisation de la victime et de sa famille) ainsi que le maintien de l’emploi. Des procédures de cessation anticipée d’activité sont également envisagées.
5 à 10% des cancers seraient liés à des facteurs environnementaux pour l’InVS, versus 19% pour l’OMS (critères moins restrictifs). Les liens de causalité avec certains agents sont de + en + étudiés : UV solaires et artificiels (mélanomes), radon (13% des cancers du poumon), une dioxine (2, 3, 7,8 TCDD) est cancérigène (CIRC), pesticides et tumeurs cérébrales, amines aromatiques et goudrons de houille impliqués dans 2 à 14% des cancers de la vessie, produits divers (bois, nickel et chrome) impliqués dans 7 à 40% des cancers naso-sinusiens et 5 à 18% des leucémies au benzène et aux rayonnements ionisants. Pas de liens prouvés pour les champs radiofréquence de faible intensité (téléphones mobiles…), ni entre leucémie et installations nucléaires. Or certains cancérogènes du domaine professionnel sont présents dans l’environnement global (amiante, radiations ionisantes, arsenic, cadmium, pesticides).
Les agents infectieux seraient responsables de 18% des cancers, surtout dans les pays en développement en particulier : EBV et lymphomes, HPV et cancers cervico-utérins et certains cancers oropharyngés, hépatite B et C et cancers du foie, mycotoxines et aflatoxines et cancers du foie. La susceptibilité génétique individuelle module les effets de l’environnement (polymorphisme de certains gènes).
On distingue 3 catégories de cancérigènes : catégorie 1 : substances cancérogènes pour l’homme, catégorie 2 : effet cancérogène présumé mais sans donnée, catégorie 3 : effets cancérogènes possibles. Les agents sont soit génotoxiques (mutations, adduits), soit non génotoxiques
Pour certaines substances, des valeurs limites maximales d’exposition ont été établies (parfois variables selon le type et le milieu de l’exposition (valeurs autorisées dans le cadre professionnel plus élevées que celles admises dans l’environnement général).
Cancer de vessie et amines aromatiques ou autres toxines, responsable de 7% des cas chez l’homme dans un cadre professionnel. Parmi les amines aromatiques : 2-naphthylamine, 4-aminobiphenyl, benzidine et 4,4’-methylenebis (2-chloroaniline) retrouvés dans des colorants, produits chimiques, cuir, industrie de l’aluminium et caoutchouc, les colorants capillaires, peintures, fungicides, cigarette, plastiques, métaux, gaz d’échappement (adduits, mutagénicité, instabilité génomique, troubles de la méthylation de promoteurs de genes dérégulant les genes suppresseurs de cancer et oncogéniques, expression abérante de RNAs non codants, inhibe les enzymes contenant du sulfhydryl, interférant avec la cytotoxicité, génotoxicité et l’inhibition d’enzymes antioxidants). Rôle de l’exposition à l’arsenic à > 300 μg/l dans l’eau, ou retrouvé dans l’air, alimentation, risqué professionnels et tabac. Rôle du polymorphisme des genes GSTM1 et UGT1A.



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