» OVAIRE Généralités, biologie et épidémiologie du carcinome ovarien

Généralités, biologie et épidémiologie du carcinome ovarien


Épidémiologie : Le cancer de l'ovaire représente, en Occident, la première cause de décès parmi les tumeurs malignes d'origine gynécologique et vient en 5ème position lorsque l'on considère l'ensemble des tumeurs malignes de la femme, après le sein, le côlon, l'utérus (col et corps) et l'estomac/poumon (selon les sources). En incidence c’est la septième cause de cancer chez la femme en incidence derrière le cancer du sein, du colon, du poumon, de la thyroïde, de l’endomètre et les lymphomes avec 4430 nouveaux cas estimés en 2008. A cause du diagnostic souvent tardif (75% au stade IIIB ou IV avec envahissement péritonéal ou métastatique à distance), le pronostic reste sombre, OS à 5 ans tout stade confondu de 45%. Chez l’enfant on voit surtout des tumeurs germinales (tératomes, dysgerminomes, tumeurs du sinus endodermique), chez l’adulte des tumeurs épithéliales (bénignes surtout entre 20 et 40 ans), les tumeurs borderline surtout entre 30 et 40 ans, les formes agressives de carcinome se voyant chez les femmes âgées (4a).
Fréquence : L'incidence du cancer de l'ovaire (nombre de nouveaux cas par an rapporté à la population exposée au risque) varie aux Etats-Unis selon l'origine ethnique ; elle est de 14,2 10-5 chez les sujets de race blanche et de 93 10-5 chez les sujets de race noire (1). Elle s’accroît nettement avec l’âge, < 3 10-5 si moins de 30 ans à 54 10-5 de 75 à 79 ans (2).
La fréquence de ces tumeurs est particulièrement élevée en Europe du Nord et en Amérique du Nord. Les chiffres les plus faibles sont observés au Japon. L'âge moyen de survenue est de 60-65 ans.
Une étude menée en France, sur les femmes de 35 à 64 ans, a montré une augmentation du nombre des nouveaux cas qui passe de 5,5 10-5 en 1952 à 10,6 10-5 en 1982. Cette augmentation de l'incidence et de la mortalité est également observée aux Etats-Unis. Il reste à déterminer si elle est réelle ou seulement liée à une amélioration des moyens de diagnostic.
Facteurs familiaux et génétiques (2) : Il existe des familles avec plus de 2 sujets atteints de cancer de l'ovaire (caractérisées par un âge de survenue plus jeune, une prédominance de tumeurs de type séreux (90-97 %) et un nombre plus élevé d'adénocarcinomes peu différenciés). Ces cancers seraient de meilleur pronostic que les cancers sporadiques du fait d’une meilleure chimiosensibilité
Association carcinome du sein et de l’ovaire : environ 10 % des patientes avec carcinome ovarien sont porteuses du gène BRCA, la proportion étant plus importante chez les femmes jeunes (14 % durant la quatrième décennie, 7 % durant la sixième décennie), le risque de cancer est multiplié par 15 chez les porteuses du gène avec un risque de dégénérescence maligne durant la vie, estimé de 10 à 60 %. Les gènes BRCA 1 et 2 représentent 95 % des familles de cancer du sein et de l’ovaire. Ces 2 gènes sont transmis de façon autosomique dominante, le BRCA1 est en 17q21 et code pour une protéine de 1863 résidus, ce gène représente 80 à 90 % des familles de cancer sein-ovaire, 15 % étant porteurs du gène BRCA2 en 13q14 (ces gènes codent des protéines impliquées dans la réparation de l’ADN). En France estimation de 1 personne porteuse/300 à 800, pénétrance de cancer du sein de 45% (BRCA1) et 65% (BRCA2) avec risque de carcinome ovarien de 40% (BRCA1) et de 11% (BRCA2). NB : les hommes porteurs de mutation de BRCA1 peuvent présenter un carcinome mammaire et risque accru de carcinome de prostate et du pancréas. Les critères en faveur d’une prédisposition BRCA sont : au moins 2 des critères suivants dans la famille : un cancer du sein médullaire et un cas de cancer du sein avant 40 ans et/ou atteinte bilatérale et/ou cancer du sein masculin et/ou cancer du pancréas/prostate, un cancer de l’ovaire et/ou trompes utérines. Si salpingo-ovariectomie prophylactique possibilité de lésions dysplasiques tubaires (STIC = Serous Tubal Intraepithelial Carcinoma, qui présente les mêmes altérations moléculaires que le carcinome séreux de haut grade (p53, p16, FAS, RSF1, CCNE1 and et amplification du centrosome (Mod Pathol 2016 ;29:1254))), mais pas dans les ovaires. La ligature tubaire réduit l’incidence du carcinome ovarien (endométrioïde, à cellules claires et séreux de haut grade) (Cancer Epidemiol Biomarkers Prev 1996 ;5:933, Int J Cancer 2016 ;138:1076). Le carcinome endométrioïde (40%) et à cellules claires (50-90%) sont associés à de l’endométriose avec les mêmes mécanismes moléculaires (ARID1A, KRAS, MET) (Int J Gynecol Cancer 2012 ;22:1310) - HNPCC (Lynch II) ( voir colon) (MLH1, MSH2, MSH6, PMS2).. - Syndrome familial de cancer ovarien : c’est de loin la forme la plus rare, elle serait liée à des mutations de BRCA1.
- A noter l’âge plus jeune des patients dans les familles cancer du sein-ovaire avec un âge moyen de 50 ans au diagnostic pour les porteuses du gène BRCA et de 40 ans pour les porteuses du gène HNPCC.
Prédisposition familiale mineure : Des entités rares, telles que le syndrome de Peutz-Jeghers (mutations germinales de STK11), , syndrome de Cowden (mutations germinales de PTEN) ou le syndrome des nævi basaloïdes, ont été décrites en association avec des tumeurs ovariennes, surtout non épithéliales. Syndrome de Coffin-Siris par mutations germinales de ARID1A, syndrome de Li-Fraumeni par mutations germinales de p53, mutations germinales de BRIP1, CHEK2, RAD51. Description Moléculaire / Cytogénétique : mutations communes Type tumoral Acronyme Prevalence Carcinome séreux de haut grade BRCA1 12% BRCA2 11% CSMD3 6% FAT3 6% TP53 95% Carcinome séreux de bas grade BRAF 38% KRAS 19% carcinome endométrioïde ARID1A 55% CTNNB1 60% KRAS 7% MLH1/MSH2/MSH6/PMS2 20% PIK3CA 35% PTEN 16% PPP2R1A 10-15% TP53 7% Carcinome à cellules claires ARID1A 75% KRAS 10% PIK3CA 35% PPP2R1A 10% TERT 16% Tumeur séromucineuse ARID1A 33% KRAS 69% Carcinome mucineux BRAF 12% HER2 50% KRAS 54% RNF43 20% TP53 50% Brenner borderline KRAS 14% PIK3CA 28%

Immunohistochimie  : Positivité de p53 (séreux / endométrioïde de haut grade, carcinome mucineux), bêta caténine nucléaire (endométrioïde), de her2 dans le mucineux. Négativité de : p53 dans 30% des séreux, de MLH1, MSH2, MSH6, PMS2 et PTEN dans l’endométrioïde, de ARID1A sauf dans le séreux

Facteurs endocriniens : Certains éléments semblent posséder un rôle protecteur : la grossesse (surtout avant l'âge de 25 ans) et l'utilisation des contraceptifs oraux. Au contraire, une notion familiale de cancer de l'ovaire augmente le risque. Une ménarche précoce et une ménopause tardive ainsi qu’une incidence élevée de la nulliparité et d’un nombre moyen de grossesses plus faible, seraient un facteur de risque du cancer de l'ovaire (d’où la théorie de l’incidence du nombre d’ovulations avec les phénomènes de réparation de l’épithélium de surface), lien possible entre le cancer de l'ovaire et la stérilité. Le rôle favorisant de l'administration d'œstrogènes reste discuté, sauf peut-être en ce qui concerne l'administration cyclique de Distilbène au cours de la période ménopausique. Fréquence plus faible du cancer de l'ovaire chez les femmes qui ont utilisé de façon significative es contraceptifs oraux (3-5). La diminution du risque semble directement liée à la durée du traitement.

Les facteurs alimentaires ont été bien étudiés : ainsi, les régimes riches en graisses animales et pauvres en vitamine A pourraient jouer un rôle favorisant quoique mineur dans le cancer de l'ovaire. Ces facteurs, liés à l'environnement, pourraient, dans une certaine mesure, expliquer les variations géographiques de l'incidence du cancer de l'ovaire.
Le rôle de l'infection par le virus des oreillons a été suggéré par certains auteurs (6), l'ovarite ourlienne pouvant entraîner un déficit primitif en ovocytes.
Les radiations ionisantes pourraient également jouer un rôle dans le cancer de l'ovaire. En effet, l'étude de Greene (1) a montré un risque plus élevé chez des femmes antérieurement traitées pour cancer du col utérin (avec un intervalle de 20 ans au minimum).
Prévention :Il est à noter que l’ovariectomie prophylactique chez les sujets à risque avec des ovaires bénins s’accompagne dans 2 à 10 % des cas, après un suivi variable, d’un carcinome séreux péritonéal avec présence sur la pièce d’exérèse de carcinome occulte ou in situ de l’ovaire ou de la trompe chez 5 patientes/37 dans une série (7). Ainsi des patientes avec mutation de BRCA 1 développent des carcinomes séreux primitifs du péritoine polyclonaux (8)ainsi que des trompes (9).
Biologie du carcinome ovarien : Le carcinome séreux ovarien semble survenir de novo ou après une séquence adénome-carcinome très brève, on observe rarement des tumeurs séreuses bénignes ou borderline associées à des adénocarcinomes séreux, contrairement aux formes mucineuses ou endométrioïdes (2). L’exception est le carcinome micro papillaire qui est associé très fréquemment à des tumeurs séreuses frontières.
On note dans les tumeurs de l’ovaire une gradation progressive des anomalies génétiques en allant de la lésion bénigne vers la tumeur de haut grade en passant par la tumeur frontière et, le carcinome de faible grade, ainsi même dans les lésions bénignes on retrouve des LOH en (Xq, 9p,6q, 3p, 11q, 2q, 7q, 7p, 17p, 17q) et une amplification de EGFR. Dans les tumeurs bénignes se rajoutent des LOH en 6p, 12p, 12q, 5q, une amplification de Her2/neu + 5q et +9, dans les carcinomes de faible grade une LOH en 13p, 18p, 9q, 4p, 1p, 10q et une amplification de c-myc, + 3q26 et + 20q13,,dans les tumeurs de haut grade une LOH en 17, 22q, 13q, 8p, q11p, 18q, 15q (10).
De même, alors que le carcinome séreux présente des mutations ou des LOH fréquentes de p53, ceci est rare dans l’adénome ou la tumeur séreuse frontière. A l’opposé, le carcinome mucineux est fréquemment associé à des zones bénignes ou frontières ou de carcinome in situ. De plus, les tumeurs mucineuses bénignes, frontières ou malignes présentent les mêmes atypies en biologie moléculaire (mutation de Ki ras).
Lésions précurseurs putatives (2) :
- la dysplasie de l’épithélium de surface est une lésion rare, ses critères diagnostiques ne sont pas définitivement fixés.
- les inclusions corticales, mais on n’observe que rarement une dysplasie ou une prolifération épithéliale au niveau de ces inclusions.
- L’endométriose semble être un précurseur de certains carcinomes endométrioïdes et à cellules claires ainsi que pour certains rares carcinomes séreux (environ 6 % des carcinomes ovariens sont associés à un endométriose de l’ovaire et 9 % à une endométriose extra ovarienne).
- Les tumeurs épithéliales bénignes : on retrouve de l’épithélium bénin dans 74 % des carcinomes mucineux, 46 % des carcinomes endométrioïdes, 39 % des carcinomes à cellules claires et 15 % des carcinomes séreux. Ceci n’est cependant pas une preuve formelle de la dégénérescence maligne, car des métastases à l’ovaire peuvent montrer des zones bénignes, une tumeur maligne peut également présenter des territoires orthoplasiques.
- formes précoces de carcinome découvertes accidentellement sur des ovariectomies pour d’autres causes (ovaires macroscopiquement normaux), qui sont en majorité des carcinomes séreux, même ces formes débutantes sont de mauvais pronostic avec 4 décès tumoraux / 14 cas (15a).
Cytogénétique du cancer de l’ovaire (2) : on note des anomalies complexes des chromosomes 1, 3, 7, 11, 6, 8, 17, X, avec une perte fréquente en 17p près du locus p53, del 19p assez fréquente jusqu’à ¼ des cas (locus Peutz-Jeghers), perte fréquente de 12 comme dans les tumeurs germinales.
 
Prévention et dépistage : Les oestroprogestatifs contraceptifs diminuent le risque de cancer de l'ovaire, mais cela reste à prouver dans les formes familiales (23). Dans les formes familiales avérées (avec mutations identifiées) une annexectomie prophylactique peut diminuer le risque de cancer (il persiste un risque de tumeur primitive du péritoine).
Le dépistage, en cours d'évaluation, fait appel à l'échographie endovaginale et aux marqueurs tumoraux. Dans l'ensemble, la sensibilité est satisfaisante, mais la spécificité très médiocre. De ce fait, la valeur prédictive positive des tests est excessivement basse, inférieure à 10 %. Elle est plus grande en cas de risque familial du fait d'une prévalence plus élevée.
 
Caractères généraux et classification histologique :
Les tumeurs épithéliales communes représentent environ les 2/3 des tumeurs et > 85 % des tumeurs malignes de l'ovaire. Quatre critères principaux sont utilisés pour leur classification (11) : type cellulaire, degré de malignité, richesse respective en éléments épithéliaux et conjonctifs, situation par rapport à la corticale ovarienne
Degré de malignité :
Le terme de tumeur borderline désigne des tumeurs intermédiaires entre les lésions morphologiquement bénignes et celles qui, de toute évidence, sont malignes. Ces tumeurs présentent des caractères histologiques communs avec les adénocarcinomes mais s'en distinguent par l'absence de signes objectifs d'invasion du stroma. Leur diagnostic ne doit être porté qu'à partir de l'examen de la tumeur ovarienne primitive qu'il existe ou non des localisations extra-ovariennes. Ces critères sont discutés actuellement (2) car les implants invasifs ont un pronostic agressif qui les rapproche plus du carcinome que de la tumeur frontière, 37 % de mortalité à 7 ans vs 0 % à 10 ans pour les implants non invasifs (12).
 
 
Les examens cytologiques représentent également un élément d'investigation important dans les tumeurs ovariennes, surtout lorsque l'on peut mettre en évidence des cellules tumorales, soit dans le liquide d'ascite, soit au niveau du cul de sac de Douglas. La cytologie par ponction directe de la masse tumorale peut être réalisée sous contrôle échographique ou cœlioscopique. La cœlioscopie permet en outre de visualiser les lésions et d'éliminer les kystes fonctionnels qui s'affaissent après ponction. Le bilan de l'extension des lésions pourra comporter une lymphographie qui est pathologique dans 27 % des cas (6 ;13).
Cytologie de kystes ovariens. (14-20)
La cytologie n'est qu'un moyen parmi d'autre pour évaluer la nature d'une lésion kystique.
L'examen clinique est important, un kyste de moins de six semaines a de fortes chances de correspondre à un kyste fonctionnel de type folliculaire qui se caractérisera par un taux d'œstrogène élevé supérieur à 20 nmol/.
La taille : 3/4 des kystes fonctionnels mesurent moins de huit centimètres de grand axe et environ 3/4 des kystes vrais qu'ils soient bénins ou malins sont plus grands que huit centimètres de grand axe.
L'aspect échographique est important , une cavité unique ou bilobée la présence de septa fins militent en faveur de la bénignité. La nature multikystique avec des septa épais milite en faveur de la nature tumorale et implique donc l'exérèse.
Absence de consensus concernant la spécificité et la sensibilité de la cytologie des kystes ovariens. La pratique quotidienne joue un grand rôle dans le caractère discordant des résultats.
Le dosage de CA125 ou l'ACE intrakystique est important. On considère qu'un CA125 supérieur à 5000 U/ml ou ACE > 5 ng/ml sont élevés, un taux d'œstrogène > 20 nmol/l est en faveur d'un kyste folliculaire.
On peut noter la possibilité d'atypies cytonucléaires marquées dans le cadre de kystes fonctionnels en particulier des kystes folliculaires lutéinisés de la grossesse sous forme d'un matériel cellulaire avec des cellules atypiques en amas ou papilles s'accompagnant d'une augmentation de N/C avec des gros nucléoles et une chromatine grossière (9).
Dans les kystes, on note une quantité variable de macrophages spumeux et de globules rouges plus ou moins dégénérés.
Possibilité de cellules squameuses ou urothéliales qui sont en faveur soit d'un tératome ou d'une contamination lors d'une cytoponction transvaginale.
Dans les kystes folliculaires la cellularité souvent élevé sous forme d'amas peu cohésifs mal limités avec des protubérances cytoplasmiques et des espaces en fenêtre entre les cellules. En cas de lutéinisation, le cytoplasme est abondant, finement granulaire ou microvésiculaire. Les noyaux sont petits, ronds ou ovales à chromatine grossière parfois excentrés avec des micronucléoles. Dans près de la moitié des cas, les kystes folliculaires sont désertiques.
NB : des cellules de la granulosa dégénérées et dissociées peuvent ressembler à des macrophages.
Les kystes endométriosiques se caractérisent par des couches monostratifiées de cellules épithéliales régulières avec des globules rouges dégénérés et des sidérophages.
Les cystadénomes séreux sont dans plus de la moitié des cas acellulaires sinon présence d'amas cohésifs monostratifiés ou de rares papilles avec des surfaces régulières. Rarement on identifie des cils ou des ciliocytophtoria , les noyaux sont petits réguliers monomorphes à chromatine fine.
Les cystadénomes mucineux présentent une cytologie similaire à celle des cystadénomes séreux avec des amas réguliers cohésifs mais moins de superposition cellulaire du fait du cytoplasme abondant, les noyaux sont réguliers , monomorphes parfois en situation basale, absence de cils
 
Clinique (21) : La situation anatomique particulière des ovaires (organes profonds sans plan osseux sous-jacent), l'absence de symptomatologie évocatrice et le manque de fiabilité relatif des méthodes de diagnostic para-clinique expliquent pourquoi plus de 70 % des cancers de l'ovaire sont découverts à un stade avancé. Il faut réagir devant certaines associations, ainsi un kyste ovarien accompagné de métrorragies comporte un risque de malignité de 20%, de même l’association accident thrombo-embolique et kyste ovarien est fortement liée au carcinome ovarien.
Une augmentation de volume de l'abdomen et des douleurs abdominopelviennes sont les deux symptômes révélateurs les plus fréquemment retrouvés. L’intervalle de temps séparant l'apparition de ces symptômes du diagnostic histologique est habituellement court (2 à 3 mois dans la moitié des cas). Sinon : troubles rectocoliques à type de gêne, de douleur modérée au début ; d'autres signes traduisent une compression ou un envahissement : subocclusion, troubles rectaux (épreinte, ténesme) ; digestion lente, douleurs épigastriques, inconfort digestif ; signes urinaires, plus rares (dysurie, pollakiurie). Possibilité de métrorragies souvent peu abondantes mais répétées ; dyspnée par épanchement pleural ; amaigrissement, plus rarement œdème d’un membre inférieur, phlébite ou sciatalgie par compression veineuse ou radiculaire. Altération de l’état général.
La tumeur peut aussi se révéler par une complication ; plus rarement, elle peut être suspectée devant les signes d'une imprégnation œstrogénique inhabituelle, avant la puberté (puberté précoce) ou après la ménopause, avec glaire cervicale abondante ou tension mammaire. tumeurs de l'adulte, mais près de 80 % de celles de l'enfant et de l'adolescente
La palpation abdominale permet de retrouver une masse annexielle uni- ou bilatérale d'autant plus suspecte cliniquement qu'elle est de contours irréguliers et fixée. On recherche l'ascite avec un signe du flot présent lorsqu'elle n'est pas cloisonnée, des adénopathies, surtout inguinales, mais aussi parfois à distance (sus- claviculaires, voire axillaires). L'examen clinique permet de juger de l'extension des lésions (envahissement du cul de sac de Douglas et carcinome péritonéale). Plus rarement présence d’une masse ombilicale (nodule de sœur Marie-Josèphe) qui n’est pas spécifique de l’ovaire.
Possibilité de syndromes paranéoplasiques : Hypercalcémie si cellules claires, dégénérescence cérebelleuse sub-aiguë liée à des Ac anti cellules de Purkinje, rarement signe de Leser-Trélat avec apparition soudaine de kératoses séborrhéiques, syndrome de Trousseau, dermatomyosite ou polyarthrite.
Dans les SOR en ce qui concerne le dépistage, en standard il n'existe aucun argument pour définir une population à risque, suffisamment importante pour un dépistage efficace en terme de santé publique, ou proposer, à titre individuel, à des patientes n'ayant pas d'histoire familiale d'adénocarcinome ovarien, un dépistage par échographie ou dosage de CA125. Les patientes doivent être averties de l'absence d'efficacité démontrée, de ce dépistage individuel. En option les patientes avec antécédents familiaux de cancers de l'ovaire et/ou du sein peuvent être informées de l'existence d'une consultation d'oncogénétique, et faire l'objet d'un dépistage ciblé et évalué dans le cadre d'une étude prospective organisée.
Examen pelvien Le col est souvent normal, tout au plus peut-on visualiser un écoulement sanglant à l'orifice externe. La masse palpée aux touchers vaginaux et rectaux peut prendre plusieurs aspects :
- masse mobile séparée de l'utérus par un sillon dans les formes débutantes ;
- masse volumineuse dont on ne perçoit que le pôle inférieur ; l'utérus peut être dévié ;
- parfois, présence de nodules durs dans le cul-de-sac de Douglas
- comblement du pelvis par une masse dure irrégulière englobant tous les organes.
 
Biologie : Hémogramme, urémie, créatininémie, bilan hépatique, bilan nutritionnel : albuminémie, pré-albuminémie. D’autres examens peuvent être réalisés selon le contexte.
La conduite à tenir devant la découverte d'une masse annexielle isolée est fonction de l'âge de la patiente.
Toute masse annexielle découverte avant la puberté doit être immédiatement contrôlée histologiquement quelles que soient sa taille et sa consistance : il s'agit presque toujours d'une tumeur germinale.
Après la ménopause, les ovaires s'atrophient progressivement. La cessation des fonctions ovariennes avec disparition des follicules de De Graaf explique qu'aucun kyste folliculaire ou lutéinique ne soit théoriquement observé dans cette classe d'âge. Toute masse annexielle doit donc être considérée comme suspecte et faire proposer une laparotomie exploratrice (précédée ou non d'une cœlioscopie).
Pendant la période d'activité génitale, les ovaires peuvent présenter des variations physiologiques de taille (kystes folliculaires, kystes lutéiniques). Dans cette classe d'âge, la conduite à tenir est guidée par la taille et la consistance de la masse annexielle :
Les lésions kystiques mesurant moins de 5 cm de diamètre sont souvent de nature fonctionnelle. Elles peuvent ne pas être vérifiées histologiquement d'emblée mais seulement si elles persistent après un traitement hormonal d'épreuve. Les lésions kystiques supérieures à 5 cm de diamètre et toutes les lésions solides (quel que soit leur volume) doivent être, en revanche, immédiatement vérifiées.
 
 
 
Reference List
 
 (1) Greene MH, Clark JW, Blayney DW. The epidemiology of ovarian cancer. Semin Oncol 1984 ; 11(3):209-226.
 (2) Seidman JD, Russell P, Kurman RJ. Surface epithelium tumors of the ovary. In : Kurman RJ, editor. Blausteins's Pathology of the female genital tract. New-York : Springer Verlag, 2001 : 781-904.
(3)Cramer DW, Welch WR. Determinants of ovarian cancer risk. II. Inferences regarding pathogenesis. J Natl Cancer Inst 1983 ; 71(4):717-721.
(4)Weiss NS, Lyon JL, Liff JM, Vollmer WM, Daling JR. Incidence of ovarian cancer in relation to the use of oral contraceptives. Int J Cancer 1981 ; 28(6):669-671.
(4a) Merino MJ, Jaffe G. Age contrast in ovarian pathology. Cancer 1993 ; 71(2 Suppl):537-544.
(5) Oral contraceptive use and the risk of ovarian cancer. The Centers for Disease Control Cancer and Steroid Hormone Study. JAMA 1983 ; 249(12):1596-1599.
 (6) Chen SS, Lee L. Incidence of para-aortic and pelvic lymph node metastases in epithelial carcinoma of the ovary. Gynecol Oncol 1983 ; 16(1):95-100.
 (7) Colgan TJ, Murphy J, Cole DE, Narod S, Rosen B. Occult carcinoma in prophylactic oophorectomy specimens : prevalence and association with BRCA germline mutation status. Am J Surg Pathol 2001 ; 25(10):1283-1289.
 (8) Schorge JO, Muto MG, Welch WR, Bandera CA, Rubin SC, Bell DA et al. Molecular evidence for multifocal papillary serous carcinoma of the peritoneum in patients with germline BRCA1 mutations. J Natl Cancer Inst 1998 ; 90(11):841-845.
(9) Zweemer RP, van Diest PJ, Verheijen RH, Ryan A, Gille JJ, Sijmons RH et al. Molecular evidence linking primary cancer of the fallopian tube to BRCA1 germline mutations. Gynecol Oncol 2000 ; 76(1):45-50.
(10) Vaurs-Barriere C, Penault-Llorca F. [Molecular abnormalities in epithelial ovarian tumors : present and future]. Bull Cancer 2001 ; 88(8):741-751.
(11) Scully RE, Sobin LH. Histological typing of ovarian tumours. second ed. Berlin : Springer verlag, 1999.
(12) Seidman JD, Kurman RJ. Ovarian serous borderline tumors : a critical review of the literature with emphasis on prognostic indicators. Hum Pathol 2000 ; 31(5):539-557.
(13) Musumeci R, De Palo G, Kenda R, Tesoro-Tess JD, Di Re F, Petrillo R et al. Retroperitoneal metastases from ovarian carcinoma : reassessment of 365 patients studied with lymphography. AJR Am J Roentgenol 1980 ; 134(3):449-452.
(14) Kreuzer GF, Paradowski T, Wurche KD, Flenker H. Neoplastic or nonneoplastic ovarian cyst ? The role of cytology. Acta Cytol 1995 ; 39(5):882-886.
(15) Pinto MM, Greenebaum E, Simsir A, Kleinman GM, Portnoy LM, Garfinkel R. CA-125 and carcinoembryonic antigen assay vs. cytodiagnostic experience in the classification of benign ovarian cysts. Acta Cytol 1997 ; 41(5):1456-1462.
((16) Mulvany NJ. Aspiration cytology of ovarian cysts and cystic neoplasms. A study of 235 aspirates. Acta Cytol 1996 ; 40(5):911-920.
(17) Mulvany N, Ostor A, Teng G. Evaluation of estradiol in aspirated ovarian cystic lesions. Acta Cytol 1995 ; 39(4):663-668.
(18) Audra P, Dargent D, Akiki S, Lasne Y, Malvolti B, Rebaud A. [Echographic guided puncture of ovarian cysts. Possibilities and limitations]. Rev Fr Gynecol Obstet 1991 ; 86(11):672-675.
(19) Selvaggi SM. Fine-needle aspiration cytology of ovarian follicle cysts with cellular atypia from reproductive-age patients. Diagn Cytopathol 1991 ; 7(2):189-192.
(20) Wojcik EM, Selvaggi SM. Fine-needle aspiration cytology of cystic ovarian lesions. Diagn Cytopathol 1994 ; 11(1):9-14.
(21) Cannistra SA. Cancer of the ovary. N Engl J Med 2004 ; 351(24):2519-2529.
 
 


Documents de pathologie humaine du service d’anatomie pathologique du CFB de Caen et du CHPC de Cherbourg. L ’UTILISATION DES INFORMATIONS FOURNIES SE FAIT SOUS L’UNIQUE RESPONSABILITE DE L’UTILISATEUR. Les concepteurs et réalisateurs de cette base ne sauraient en aucun cas être tenus pour responsables des conséquences d’une utilisation non contrôlée des informations fournies.

Performed by Arnaud Legrand 2009 © All Rights Reserved.