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Histoire de la médecine : médecine médiévale


Médecine médiévale. : Constantinople, la "nouvelle Rome" inaugurée en 330 va être le théâtre de nombreux progrès réalisés en médecine dans la première partie du Moyen-Age. Oribase (325 - 403) élabore une monumentale encyclopédie médicale et plusieurs ouvrages sur la pharmacopée. Alexandre de Tralles écrit Douze livres de médecine où il décrit toutes les maladies, les traumatismes de la tête et les fièvres (notamment l'amibiase). Paul d'Egine (mort en 690) individualise dans son Abrégé de médecine les affections chirurgicales des parties molles et celles des os. Il décrit en outre les pratiques de la trachéotomie, du drainage de l'hydropisie du ventre ou de l'hydrocèle vaginale.
Des hôpitaux sont ouverts à Edesse en Syrie et à Césarée de Cappadoce au quatrième siècle, puis bientôt dans toutes les villes de l'empire Byzantin. Ces établissements, financés par la charité chrétienne, accueillent les lépreux et autres malades, mais aussi les nouveaux-nés.
 
Par la suite, les médecins les plus importants appartiendront à l'école de la "médecine arabe". Les arabes ont mené un important travail de traduction, et c’est au IX siècle que le mouvement de traduction s’intensifie à Bagdad, sous le règne du calife abbasside Al-Ma’mûn (813-833). Les principes fondamentaux dérivent des théories d’Aristote, d’Hippocrate, de Galien et de Dioscoride. Le plus célèbre et le plus productif des traducteurs de Bagdad est *âk*unayn Ibn Ish*H unayn (809-877) né à Hira en Mésopotamie, il. possède naturellement le syriaque et l’arabe. Il traduit et fait traduire de nombreux ouvrages du grec ou du sanscrit à l’arabe avec souvent une traduction intermédiaire en syriaque, améliore les anciennes traductions par l’apport de nouveaux manuscrits. Ces savants sont aussi des promoteurs des progrès des sciences. Ainsi unayn*H, a écrit 2 traités d’ophtalmologie et un livre didactique à l’usage des étudiants. Ce mouvement de traductions a permis la transmission et la conservation d’un patrimoine hérité des Anciens.
Puis, survient, à la fin du neuvième siècle, Abu Bakr Muhammand Ibn Zakaria ar Rasi, dit Rhazès, médecin persan (865-923), a été directeur des hôpitaux de Rayy et de Bagdad. Ses ouvrages traduits ont été au programme des universités médiévales occidentales. Ce dernier décrit de nombreuses pathologies comme la goutte, les calculs rénaux et vésicaux, la variole ou la rougeole. Ses élèves tireront de ses enseignements une encyclopédie médicale, le Continens. Haly Abbas al-Madjûsî a écrit une encyclopédie concise et claire qui fait une synthèse de la science médicale de l’époque.
Avicenne : Abou Ali al-Husayn Ibn Abdallah Ibn Sina (980-1037), connu en Occident sous le nom d'Avicenne, naît en 980. Pluridisciplinaire, il léguera essentiellement à la médecine son Canon (Qanun fit' tibb'), qui est une revue de toutes les maladies humaines. On peut y trouver l'amour classé parmi les maladies cérébrales au même titre que l'amnésie ou la mélancolie). Ce Canon (écrits plus philosophiques que cliniques) restera pendant des siècles le fondement de la médecine pour les praticiens.
Il est né en août 980 à Khormeytan (ou Afshéna, le "pays du soleil"), près de Boukhara, à l'est de la Perse (Transoxiane, l'actuel Ouzbékistan). Son père était musulman chiite ismaélien. Avicenne se serait plus tard converti au chiisme duodécimain. Il fut précoce dans son intérêt pour les sciences naturelles et la médecine, qu'à 14 ans, il étudie seul. Il retient de mémoire l'intégralité du Coran. Il étudia à Boukhara, s'intéressant à toutes les sciences, et surtout à la médecine. Il est influencé par un traité d'al-Farabi, qui lui permet de surmonter les difficultés qu'il rencontre dans l'étude de la Métaphysique d'Aristote. Cette précocité dans les études se double d'une précocité dans la carrière : à 16 ans déjà, il dirigeait des médecins célèbres. Ayant guéri le prince samanide de Boukhara, Nuh ibn Mansûr, d'une grave maladie, il peut consulter la vaste bibliothèque du palais. Après la mort du prince et celle de son père, commence sa vie itinérante. Il voyage d'abord dans le Khârezm, principauté qui fut indépendante (de 994 à 1231) au sud de la mer d'Aral, sur les deux rives du Djihoun (Amou-daria), entre Boukhara et la mer Caspienne. À Djouzdjan, un puissant protecteur, Abu Muhammed Chirâzi, lui permet de donner des cours publics. Il commence à composer son œuvre majeure, le Qanûn (ou Canon) de médecine.
Il passe ensuite par le Khorassan, actuel nord-est de l'Iran, puis Rayy (alors Rhagès, proche de l'actuel Téhéran), enfin à Hamadan (à l'ouest de l'Iran moderne) où l'émir bouyide Shams o-dowleh le choisit comme ministre (vizir). Il s'impose alors un programme de travail harassant : le jour, il se consacre à la chose publique, la nuit à la science. En plus de vivre deux carrières, il travaille doublement : il mène de front la composition du Shifa et celle du Canon médical avec 2 disciples. En 1021, à la mort du prince Shams o-dowleh, et le début du règne de son fils Sama o-dowleh, il est victime d'intrigues politiques et connaît la prison, dont il s’évade et s'enfuit à Ispahan, auprès de l'émir kakouyide `Ala o-dowleh.
Il jouissait d'une telle réputation que plusieurs princes de l'Asie l'appelèrent à leur cour : le roi de Perse l'employa à la fois comme vizir et comme médecin. Il cultiva aussi avec succès la philosophie, et fut l'un des premiers à étudier et à faire connaître Aristote. Il composa d'après ce philosophe des traités de logique et de métaphysique, où il se montre souvent penseur original.
Lors d'une expédition, dont il faisait partie, de l'émir `Ala o-dowleh contre Hamadan, Avicenne est frappé par une crise intestinale grave, dont il souffrait depuis longtemps, et contractée, dit-on, à la suite d'excès de travail et de plaisir. Avicenne tenta de se soigner de lui-même, mais son remède lui fut fatal. Il mourut à l'âge, toujours précoce, de cinquante-sept ans au mois d'août 1037 (428 de l'hégire)
 
A la même période, d'autres médecins arabes se distinguent en Espagne : AbulCassis (936 - 1013 s'impose comme le meilleur chirurgien de l'époque après avoir affirmé qu'il n'existe pas de frontière entre la médecine et la chirurgie) et Averroes (1126 - 1198, il écrit sur diverses pathologies et sur le rôle de la rétine).
 
Averroes Né en 1126 à Cordoue en Andalousie, mort le 10 décembre 1198, à Marrakech, Maroc) Il est issu d'une grande famille de cadis (juges) de Cordoue (malékites). Petit fils de Ibn Ruchd al-Gadd, lui-même cadi de Cordoue, qui fut un célèbre écrivain, dont on retrouve une œuvre en une vingtaine de volumes, sur la jurisprudence islamique, à la Bibliothèque royale du Maroc.
Il est formé par des maîtres particuliers. La formation initiale commence par l’étude, par cœur, du Coran, à laquelle s'ajoutent la grammaire, la poésie, des rudiments de calcul et l’apprentissage de l’écriture. Averroès étudie avec son père, le hadith, la Tradition relative aux actes, paroles et attitudes du Prophète et le fiqh, droit au sens musulman, selon lequel le religieux et le juridique ne se dissocient pas.
Les sciences et la philosophie ne sont étudiées qu’après une bonne formation religieuse. Averroès élargit l’activité intellectuelle de son milieu familial en s’intéressant aux sciences profanes : physique, astronomie, médecine. À l’issue de sa formation, c’est un homme de religion féru de savoirs antiques et curieux de connaître la nature.
Averroès cultiva la médecine, qu'il avait étudiée sous Avenzoar, et fut médecin de la cour du Maroc ; mais il s'attacha plutôt à la théorie qu'à la pratique.
L’émir Abu Yaqub Yusuf lui ayant demandé, en 1166, de présenter de façon pédagogique l’œuvre d’Aristote, Averroès cherche à retrouver l’œuvre authentique. Il utilise plusieurs traductions. En appliquant les principes de la pensée logique dont la non-contradiction, et en utilisant sa connaissance globale de l’œuvre, il retrouve des erreurs de traduction, des lacunes et des rajouts. Il découvre ainsi la critique interne. Il a écrit trois types de commentaires : les Grands, les Moyens et les Abrégés. Il apparaît comme l’aristotélicien le plus fidèle des commentateurs médiévaux.
Vers 1188-1189, on assiste à des rebellions dans le Maghreb central et une guerre sainte contre les chrétiens. Le sultan Abu Yusuf Yaqub al-Mansur fait alors interdire la philosophie, les études et les livres, comme dans le domaine des mœurs, il interdit la vente du vin et le métier de chanteur et de musicien.
A partir de 1195, Averroès, déjà suspect comme philosophe, est victime d’une campagne d’opinion qui vise à anéantir son prestige de cadi. Al-Mansûr sacrifie alors ses intellectuels à la pression des oulémas. Averroès est exilé en 1197 à Lucena, petite ville andalouse peuplée surtout de Juifs, en déclin depuis que les Almohades ont interdit toute religion autre que l’islam. Après un court exil d’un an et demi, il est rappelé au Maroc où il reçoit le pardon du sultan, mais n’est pas rétabli dans ses fonctions. Il meurt à Marrakech le 10 ou 11 décembre 1198 sans avoir revu l’Andalousie. La mort d’Al-Mansûr peu de temps après marque le début de la décadence de l’empire almohade.
Suspecté d’hérésie, il n’aura pas de postérité en terre d’islam. Une part de son œuvre sera sauvée par les traducteurs juifs. Elle passera par les Juifs de Catalogne et d’Occitanie dans la scolastique latine.
C'est l'un des plus grands penseurs de l'Espagne musulmane. Médecin, mathématicien, il s'intéresse surtout à la théologie et à la philosophie. Il commente les œuvres d'Aristote et cherche à séparer clairement la foi et la science.
 
Les principes de la médecine arabe : L’accent est mis sur la nécessité de conserver la santé par le respect de l’hygiène (règles de diététique, bains (hammams), exercices physiques). Le traitement de la maladie fait appel d’abord aux moyens simples de diététique, puis, à une médication par les simples ou à un traitement par médicaments composés et en dernier recours à la chirurgie.
La chirurgie de tous temps et quelles que soient les religions, des tabous ont empêché la dissection et l’autopsie, ceci limitait les connaissances anatomiques indispensables à la chirurgie, néanmoins al-Madjûsî consacre des chapitres du neuvième livre du « kitâb al-malakî » à l’anatomie et à la chirurgie et que 26 chapitres du ûrî ,« kitâb al-mans » d’al-Râzî, traitent de la morphologie et de la fonction de l’œil, de l’ouie, des os, des muscles, des nerfs, des organes complexes. Le livre trente du « rif »,kitâb al-tas de l’andalousien al-Zahrâwî est tout entier dédié à la chirurgie et constitue sans doute le plus important recueil sur ce sujet. On doit à ce médecin la première description de la lèpre et une des premières descriptions de l’hémophilie.
 
L’hôpital : Selon les structures existantes, l’examen et le suivi du malade se faisaient à son chevet, au domicile du médecin ou sur le lieu de sa consultation (parfois près des marchés) ou à l’hôpital. En ce qui concerne l’hôpital, la situation diffère selon que l’on évoque l’Orient ou l’Occident musulman. En effet, dans Al-Andalus les hôpitaux sont tardifs (vestiges d’un hôpital fondé au XIVe siècle à Grenade). Les malades étaient donc privés des espaces de soins officiels et publics. Dans certains palais, les médecins personnels des princes disposaient d’un lieu pour le stockage des drogues simples, la délivrance du médicament et à sa préparation et que sa distribution y était gratuite.
En Orient musulman, les hôpitaux ont été fondés précocement. Le premier hôpital de Bagdad est créé sous le règne d’Hârûn al-Rashîd (786–809), à ses débuts, cet hôpital comptait 24 médecins et son premier directeur a été le médecin Al-Râzî.
Dans le Maghreb, on ne peut mentionner jusqu’au fin XIIe- début XIIIe siècle que l’existence d’un grand hôpital bâti à Marrakech par un souverain almohade qui avait su attirer à sa cour des médecins andalousiens célèbres comme Avenzoar et Ibn Rushd (Averroes). Ces hôpitaux étaient financés par des fondations pieuses, les waqf ainsi que par les princes et les personnalités qui leur faisaient don d’une partie de leurs biens.
Quelles en étaient les règles de fonctionnement ? Tous les malades, et surtout les plus pauvres, avaient accès aux soins gratuitement et le séjour n’était pas limité en temps. Les hommes comme les femmes étaient admis, dans des bâtiments séparés, qu’ils soient musulmans ou non. Toutefois, si la place venait à manquer la priorité revenait aux musulmans. Plusieurs secteurs séparés étaient consacrés à la chirurgie, à l’ophtalmologie, à l’orthopédie et aux maladies internes. Ce dernier secteur est lui-même divisé en plusieurs salles : pour les fièvres, pour les tempéraments froids, pour les diarrhées, pour l’aliénation mentale car les aliénés, bien assistés, n’étaient pas mis à l’écart. Si les plus violents sont attachés par des fers, d’autres méthodes sont utilisées (balnéothérapie et musique pour les maniaques et les mélancoliques). Le malade mental est ainsi pris en charge selon l’affection dont il souffre et son traitement par les médicaments simples ou composés est fait de sédatifs, parmi lesquels principalement l’opium, de purgatifs, de stimulants pour les apathiques, etc . On associait aux traitements médicamenteux les bains, les massages et les saignées. L’hôpital comprend des salles réservées au stockage des médicaments simples et à la préparation des remèdes. Les hôpitaux servent de centre de formation pour les étudiants ou les médecins moins expérimentés. Les leçons se donnent, lors des consultations, au chevet des malades auprès duquel le maître interroge l’élève qui répond. On organise des séances de travail et de réflexion pendant lesquelles on donne lectures de textes médicaux et de pharmacopée et l’on rédige des traités spécifiquement consacrés aux soins à l’hôpital. Les livres indispensables à la formation médicale sont à la disposition des étudiants car l’apprentissage est essentiellement livresque et fondé sur l’étude des textes de référence. Il faut considérer que, dans sa conception est son mode de fonctionnement, l’hôpital a été l’une des grandes réalisations de la société arabo-musulmane.
 
En Europe, la médecine dépend de l'église catholique qui dirige les hôpitaux, asiles et léproseries et régit l'enseignement dans les universités. Au onzième siècle, se crée l'école de Salerne où est enseignée la médecine par des médecins laïcs. Pendant plusieurs siècles, des élèves venus de toute l'Europe étudieront en latin, en grec, en italien et en arabe (Constantin l'Africain, Warbod Gariopontus, Jean Platearius, Roger de Parme). Une femme, Trotula, auteur d'un traité de gynécologie et d'obstétrique, aurait été la première à enseigner la médecine en cette école. Un ouvrage écrit à Salerne traversera les siècles : le Regimen Sanitatis (Régime de Santé), traité d'hygiène.
La suite du Moyen-Age est essentiellement marquée par la création des Universités, en Italie tout d'abord (Bologne en 1188, Naples en 1224, Padoue en 1228, Rome en 1245), puis en Espagne (Valence en 1209, Salamanque en 1230), en Angleterre (Oxford en 1214, Cambridge en 1229) et en France (Paris en 1215, Montpellier en 1220, Toulouse en 1229).
L'enseignement distillé par ces Universités est très dépendant de l'Eglise. L'étudiant en Médecine passe 5 à 6 ans à l'Université, bachelier, licencié puis enfin maître ou docteur. Suivre cet enseignement nécessite une certaine richesse, entre le prix à payer pour l'inscription et les divers cadeaux à offrir au personnel de l'école.
L'Eglise régit également les hôpitaux en cette fin du Moyen-âge. Ces hôpitaux accueillent surtout les malades et les infirmes. D'autres lieux (des maladreries ou léproseries) permettent de soigner les malades de la lèpre.
Peu de médecins se mettent en évidence en cette fin du Moyen-âge. Les progrès les plus importants sont réalisés par les chirurgiens-barbiers qui commencent à pratiquer quelques dissections de cadavres humains. Deux chirurgiens sont à distinguer particulièrement. Le premier, Henri de Mondeville (1260 – 1320) chirurgien à la cour de Philippe IV puis de Louis X, écrit une Chirurgie très complète où il préconise notamment la suture immédiate des plaies. Le second, Guy de Chauliac, exerce en Avignon auprès de différents papes et écrira la Chirurgia Magna, traité qui guidera les chirurgiens durant de nombreux siècles et où il conseille de laisser suppurer une plaie avant de la suturer.
 
La médecine à la Renaissance : La levée de l'interdit moral contre la dissection humaine permit à l'anatomie exacte de progresser enfin. Le perfectionnement sera permis grâce aux travaux de dissection des anatomistes, dont le nombre annuel est limité (ce qui entraîne parfois des violations de sépulture) sont réalisées par 3 personnes : un enseignant, un démonstrateur et un préparateur. Elles se déroulent en plein air puis, à partir du seizième siècle, dans des amphithéâtres d'anatomie spécialement construits (Padoue en 1490, puis Montpellier), comportant une table centrale et des gradins.
La rareté des dissections impose rapidement aux anatomistes, après l'invention de l'imprimerie, d'établir des livres d'anatomie illustrés. Le premier est écrit par un anatomiste italien, Jacopo Berengario da Carpi (v.1470-1530). L'utilisation par les dessinateurs de la perspective et la recherche de l'esthétique plus que de la rigueur scientifique conduira à une opposition de style entre les artistes Michel-Ange (1475-1564), Dürer ou de Vinci et les anatomistes Jacques Dubois (plus connu sous le nom de Sylvius, 1478-1555) ou Charles Estienne (1504-1564).
Le plus célèbre de ces anatomistes, André Vésale, naît aux Pays-Bas en 1514. Après avoir étudié la médecine à Paris sous la direction de Gontier d'Andernach et de Sylvius, et aux côtés de Michel Servet, de Charles Estienne ou de Laurent Joubert, Vésale se rend à Padoue où il pratique de nombreuses dissections.
Il rédige en 1543 le De humani corporis fabrica, où tout en s'inspirant des auteurs anciens, il expose ses théories et ses découvertes, et propose une première nomenclature anatomique. Toutefois, le poids des traditions l'empêche de s'affranchir de l'enseignement des anciens, et notamment de Galien, ce qui conduira Vésale à quelques incohérences entre ses écrits et ses gravures. Il pratique de nombreuses dissections sur des suicidés ou des condamnés à mort. Il meurt en 1564 en Terre Sainte.
D'autres anatomistes de la Renaissance s'illustreront : Bartolomeo Eustachio (v.1510-1574), Leonardo Botallo (1530-1571), Realdo Colombo (1516-1559), Cesare Aranzio (1530-1589), Gabriel Fallopio (1523-1562), Constanzo Varolio (1543-1575), Fabrizio d'Acquapendente (1533-1619), Adriaan Von den Spiegel (1578-1625) Johannes Bauhin (1541-1613), Giulio Casseri (1552-1616) ou Giovanni Ingrassia (v.1510-1571). 
La deuxième moitié du quinzième siècle est marquée par les travaux de Thomas Linacre (1460-1524) en Angleterre, de Brissot en France et de Pic de la Mirandole et de Nicolo Leoniceno (1428-1524) en Italie. Ce dernier est le premier à décrire la syphilis, sous le terme de " lues gallica ", le mal français.
 
Girolamo Fracastor (1483-1553) écrit de nombreux ouvrages dont Syphilis, sive de morbo gallico (1530) et De contagione et contagionis morbis (1546), où il distingue les maladies de transmission directe (comme la phtisie ou la lèpre) et celles de transmission indirecte dues à des germes, les " seminaria ", transportés par l'air ou les objets (comme la peste ou le typhus). Ce premier grand ferment de nou­veauté inaugura une polémique qui mit plus de 3 siècles à se résoudre
Jean Fernel (1497-1558) publie une Universa Medicina où il accorde une place importante à la physiologie mais conserve de Galien la théorie pneumatiste des esprits vitaux. Paracelse (1493-1541), né en Suisse sous le nom de Theophrastus Bombastus von Hohenheim, étudie en Italie puis parcourt l'Europe en rédigeant de nombreux ouvrages où il critique certaines théories des anciens. Il reste comme le père de la chimie pharmaceutique. Il considère les maladies comme des entités dotées d'une structure propre qui « parasitent » l'organisme humain ; utilise la chimie d'alors (alchimie) dans leur compréhension et leur trai­tement.
Si ces trois praticiens adhéraient encore à la théorie pneumatiste de Galien, les médecins qui leur ont succédé mettent fortement en doute cette théorie et l'existence d'un " souffle vital ".
Michel Servet (1509-1553) tout d'abord, qui affirme que le sang veineux est épuré par le poumon pour revenir ensuite au cœur ; critiquant les dogmes catholiques, il est, sur l'ordre de Calvin, brûlé avec ses livres à Genève où il était venu se réfugier. 
Realdo Colombo, élève de Vésale, décrit précisément le trajet du sang veineux du ventricule droit au poumon par l'artère pulmonaire et son retour au ventricule gauche par les veines pulmonaires.
Son élève, Andrea Cesalpino (1519-1603) emploie le premier le terme de " circulation ", sans établir toutefois le lien entre le pouls et le flux sanguin.
Santorio Santorio (1561-1636), élève et ami de Galilée, est l'un des fondateurs de la physiologie expérimentale. Grâce à une balance de son invention, il mesure et compare les apports et les pertes de poids chez l'homme.
Le développement des armes à feu comme l'arquebuse ou le mousquet va permettre aux chirurgiens de se mettre en évidence. Ceux-ci n'ont pas le droit de pratiquer des dissections, mais la multiplication des blessures nouvelles les oblige à en pratiquer secrètement. Les premiers à écrire sur le sujet sont les Allemands Brunschwig et Gersdorffer, suivis du Français Ambroise Paré. Né en 1509 à Laval, il étudie à Paris puis parcourt les champs de bataille en Europe auprès de grands seigneurs (Maréchal Montejan, Vicomte de Rohan) comme chirurgien de guerre. Il écrit de nombreux ouvrages, dont Cinq livres de chirurgie (1571), des livres sur le traitement des plaies par armes à feu ou sur les malformations des nouveaux-nés (Les monstres). Très proche des grands de la cour malgré son statut de chirurgien, il s'illustre plusieurs fois. Tout d'abord en tentant de sauver Henri II après son accident (lors d'une joute, la lance de Montgomery se plante dans l'œil du Roi ; Paré fait reproduire la blessure chez quatre suppliciés de la Bastille avant de les disséquer pour mieux comprendre le mécanisme de la blessure), puis en soignant l'Amiral Coligny après un attentat perpétré à la veille de la Saint-Barthélémy, et enfin en étant sauvé par Charles IX lui-même qui le cache sous son lit au Louvre lors de la nuit de la Saint-Barthélémy. A. Paré meurt en 1590 à Paris. D'autres chirurgiens s'illustreront au cours du seizième siècle : Pierre Franco (1506-v.1579) en France pour la chirurgie urinaire et herniaire, Guido Guidi (1509-1569) et Gaspare Tagliacozzi (1545-1599, pour la chirurgie du nez) en Italie, Fabrice de Hilden (1560-1634) en Allemagne, Félix Würtz (1518-1574) et Conrad Gessner (1516-1565) en Suisse, William Clowes (1544-1604) et Peter Lowe (1550-1610) en Angleterre.
La Renaissance marque le développement de la balnéothérapie, sous l'influence de l'école de Padoue, et l'installation dans les villes d'établissements d'hébergement en cas d'épidémies (appelés " santés " ou " sanistats ") qui sont gérés le plus souvent par les villes et non plus par l'église. Les hôpitaux et hospices (dont certains sont des anciennes léproseries) servent encore essentiellement à l'hébergement des pauvres et des infirmes plutôt qu'aux soins médicaux. Dans certains de ces hôpitaux, on crée des salles réservées aux personnes atteintes de troubles de l'esprit, que le Suisse Félix Platter (1536-1614) s'attache à décrire avec soin dans sa classification des maladies.
Beaucoup de médecins se regroupent en collèges en Italie, en Allemagne, en France ou en Angleterre (création du Royal College of Physicians). Les chirurgiens, quant à eux, gagnent mal leur vie et leur métier manuel est dénigré par des médecins cultivés qui parlent le latin.
 
 
XVIIe siècle marqué par des découvertes importantes : Cette période est marquée par l'avènement de la raison. Les croyances anciennes sont battues en brèche et les esprits de ce siècle n'accordent foi qu'à ce qui se vérifie, s'analyse et se palpe.
William Harvey (1578-1657) explique en 1628 dans son ouvrage Exercitatio anatomica de motu cordis et sanguinis in animalibus, la circulation du sang, qui remet en cause Hippocrate et la notion de " souffle vital ". Né dans le Kent, William Harvey étudie la médecine à Cambridge puis à Padoue. Il décrit avec précision le système vasculaire de l'organisme.
Certains médecins s'élèvent contre la théorie d'Harvey et ses adeptes " circulateurs ", comme Jean Riolan (1577-1657) et Guy Patin (1601-1672) en France, Jacques Primerose en Angleterre ou Hofmann en Allemagne. Mais les " circulateurs " (Dionis et Vieussens en France, Jan de Wale aux Pays-Bas ou Sténon au Danemark) triompheront, notamment grâce à Louis XIV qui, en 1672, chargera Dionis d'enseigner cette théorie en France, au Jardin du Roi qui est actuellement le Muséum d'histoire naturelle. Pour la première fois le pouvoir politique va prendre parti dans une querelle scientifique. La découverte d'Harvey sera complétée par la mise en évidence des vaisseaux lymphatiques en 1622 par Gaspard Aselli à Pavie puis par la découverte du circuit lymphatique par le parisien Jean Pecquet (1622-1674). L'Anglais Richard Lower (1631-1691) montre que le sang veineux devient rouge du fait de son mélange avec l'air inspiré dans les poumons. Il tente également les premières transfusions d'animal à animal, imité en 1667 à Montpellier par Jean-Baptiste Denis qui transfuse un homme avec du sang animal (agneau) ; bien sûr, l'échec soldera ces tentatives.
La deuxième innovation qui marque ce siècle est l'invention du microscope qui a permis pour la première fois d'observer les microbes.
Le microscope inventé par Antoine van Leuwenhoek (1632-1723) aux Pays-Bas va permettre aux savants du dix-septième siècle de réaliser d'énormes progrès. Leuwenhoek découvre ainsi les capillaires et les bactéries (1683) ; puis Marcello Malpighi (1628-1694) décrit pour la première fois chez l'homme les cellules (déjà identifiées quelques années plus tôt par Hooke sur les plantes). Le Danois Sténon (1638-1686) et le Hollandais Reinier de Graaf (1641-1673) identifient les follicules ovariens en 1673, puis Leuwenhoek découvre les spermatozoïdes en 1677, ce qui remet en cause la théorie de la génération spontanée, le rôle des ovaires est alors mis en avant ainsi que le principe de la nidation de l'œuf. On assiste également aux premiers accouchements réalisés par des médecins. L'obstétrique se développe, Louise Bourgeois (1564-1644) est la première à mettre en place un enseignement méthodique pour les sages-femmes, suivie plus tard par François Mauriceau (1637-1704). Le forceps est inventé en Angleterre par Chamberlen. Les descriptions médicales des maladies deviennent de plus en plus précises grâce à certains médecins comme l'Anglais Thomas Sydenham (1624-1689) qui décrit notamment la goutte et la lithiase rénale ou le Hollandais Herman Boerhaave (1668-1738).
En 1658, Kircher affirme avoir observé dans le sang des malades victimes de l'épidémie de la peste des milliers de vers qui pour lui sont la cause de la peste. Grâce à cette découverte sont créées de nouvelles spécialités médicales et les connaissances sur le corps humain sont complétées. On découvre ainsi les globules rouges et les cellules.
Malgré toutes ces découvertes la thérapeutique n'évolue que très peu, les études de médecine étant toujours fondées sur la lecture des textes anciens. La purgation, les saignées, les régimes alimentaires, les ventouses restent à la base de la thérapeutique tout comme l'observation des urines reste à la base du diagnostic. Le quinquina (quinine connue en Amérique du Sud depuis les Incas) se répand après 1640 en Occident pour soigner les fièvres, notamment celles dues au paludisme (décrit par Thomas Willis et Giovanni Lancisi qui évoque le rôle des moustiques dans sa propagation et préconise l'assèchement des marais). Toutefois, le quinquina reste inefficace contre la variole et la diphtérie. Baglivi établit l'efficacité de l'ipéca contre les fièvres diarrhéiques. Les hôpitaux se développent pour héberger les pauvres et les infirmes. L'hôpital Saint-Louis voit le jour à Paris à l'initiative d'Henri IV, et Louis XIV décide la création dans les grandes villes d'un hôpital général pour les mendiants, les invalides et les prostituées. Déjà des voix s'élèvent pour que l'hôpital devienne un lieu d'enseignement mais cette avancée ne se fera qu'au milieu du XVIIIe siècle.
Par ailleurs, Théophraste Renaudot (1586-1653), créateur du Mont-de-Piété, développera les consultations gratuites pour les pauvres.
On crée dans les Universités des jardins botaniques afin de disposer des plantes médicinales ; le premier est construit à Montpellier à l'initiative d'Henri IV et de Pierre Richer de Belleval.
Les premiers journaux publiant des articles médicaux sont créés : le Journal des savants en 1665 et le Journal des nouvelles découvertes sur toutes les parties de la Médecine en 1679.


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