» Histoire de la médecine Abrégé d'histoire de la médecine

Abrégé d’histoire de la médecine


Le concept de maladie. Acte de sollicitude pour le patient, la démarche médicale se caractérise par une recherche spécifique : maîtriser les maux pour soulager rationnellement. Objet principal de cette quête, la maladie est un état de mauvaise santé dont la conception et la définition ont beaucoup évolué au cours des siècles.
La mauvaise santé (sans concept précis de maladie) a d'abord été attribuée à l'expression des forces surnaturelles : les esprits, les démons et les dieux. Elle appartint donc à l'empire des mages, des devins et des prêtres. Des parties du code d'Hamurabbi (Babylone vers le XVIIe s. av. J.-C.) consacrées au « malade » attestent du caractère divinatoire et conjuratoire de la « médecine sacerdotale » assyro-babylonienne. L'Egypte pharaonique a laissé des papyrus médicaux et chirurgicaux (XVIe-XIIe s.). La notion de maladies (au moins dans le sens actuel de syndromes) s'en dégage, avec celle de traitements parfois pertinents ; mais il reste hasardeux d'y discerner des explications étiologiques autres qu'un rattachement aux caprices de divinités. Cette ére magique de la médecine subsiste dans la pratique des sorciers ou des guérisseurs. Les fidèles de plusieurs religions croient aux guérisons miraculeuses qu'ils sollicitent de leurs prières.
On attribue à la tradition babylo-judaïque l'idée que la maladie soit la punition d'une faute, ce qui est le cas de certains comportements à risque.
Le savoir hippocratique (Ve-lVe s. av. J.-C.) a conféré une autonomie aux maladies, et les a écartées des influences exclusives des dieux. Elles sont devenues l'effet d'un déséquilibre interne entre 4 humeurs : sang, bile jaune, bile noire (atrabile), phlegme (pituite) et l'influence d'une cause externe, rattachée aux airs (vents froids ou chauds), aux eaux et aux lieux d'existence, ou encore au régime alimentaire. Insérées dans la nature vivante (humorale) de l'homme qu'elles désorganisent, les maladies prennent une existence propre, celle d'un combat à outrance où 3 périodes essentielles se succèdent habituellement : crudité, coction, et crise (jugement), dont l'issue est heureuse ou fatale, selon que la coction de l'humeur peccante (corrompue) s'est bien ou mal faite. L'art du médecin consiste à observer les circonstances et les signes de la maladie pour en déduire un pronostic, et élaborer une thérapeutique : favoriser la saine coction en éva­cuant ce qui doit l'être (émétiques, purgatifs, saignée) ; et, quand on le peut, contrer la cause supposée du mal. Le principe des contraires prédomine. Hippocrate est justement dénommé le père de notre médecine parce que lui et les siens ont inventé le concept de maladie tel que nous le comprenons encore aujourd'hui : ensemble organisé de phénomènes répon­dant à une perturbation naturelle qui le cause.
De Grèce à Rome : Galien. Originaire d'Asie mineure et installé à Rome, Galien (IIe s. apr. J.-C.) a enrichi le système des 4 humeurs qu'il a rattachées à chacun des 4 éléments, saisons et âges de la vie, et, de là, à des organes : le sang, rouge et chaud au feu, au printemps, à l'enfance et au cœur ; la bile, jaune et sèche, à l'eau, à l'été, à la jeunesse et au foie ; l’atrabile, noire et humide, à la terre, à l'automne, à l'âge mûr et à la rate ; la pituite, blanche et froide, à l'air, à l'hiver, à la vieillesse et au cerveau. Tout cela asseyait mieux encore les maladies dans leur contexte naturel et, surtout, installait l'organe malade dans le concept de maladie, soulignant la notion de terrain propice au développement des maladies (diathèse). Galien, au travers de ses observations anatomiques et expérimentales sur les animaux, a lié la maladie à la lésion d'un organe et à l'altération de ses fonctions. Avec lui, l'étiologie hippocratique s'est étoffée sans être remise en question, mais la physiopathologie a acquis ses premiers fondements, enrichissant d'autant le raisonnement médical sur les maladies. Un attachement philosophique fort à la dualité de l'âme et du corps et à l'existence d'un Créateur unique imprégnait ses écrits. Cela permit l'adoption de ses vues par les courants monothéistes (judaïsme, christianisme, puis islamisme), ce qui contribua au relatif immobilisme que la pensée médicale connut alors.
Moyen-Âge : On assurait la perpétuité des enseignements d'Hippocrate et de Galien en les copiant et les recopiant, la médecine et le concept de maladie se figeaient pour longtemps en Europe. Le monde arabe, héritier respectueux de l'acquis gréco-romain, prit le relais. Le Persan Avicenne (XIe s.) puis l'Arabe andalou Averroès (XIIe s.) ou le Juif cordouan Maïmonide (XIIIe s.) culminent parmi ceux qui entreprirent alors de classer et comprendre les maladies qu'ils obser­vaient selon le système en vigueur pour découvrir ses imperfections. Orientées sur l'expérience pratique, la sémiologie, la nosologie et la thérapeutique s'enri­chirent alors sans changer fondamentalement l'étiologie. L'objet principal de l'acte médical a commencé à glisser du pronostic vers le diagnostic.
De la Renaissance aux lumières
Les grandes épidémies (peste, typhus, syphilis...) furent l'occasion d'une première infraction majeure au dogme hippocratique : la contagion. Des animaux si minuscules qu'ils échappent à l'œil interviendraient dans la transmission de maladies, tout différents de la corruption physique (miasmes) des eaux, des airs et des lieux qui faisait jusque-là office d'explication totale. L'idée d'un contagium vivum vint à Fracastor (milieu du XVIe s.).. I1 attestait d'une réouverture d'esprit qui jeta alors les fondements d'autres révolutions à venir. Léonard de Vinci puis Vésale en marquèrent l'essor rapide à l'aube du xvie s.
Humeurs, airs, eaux et lieux, purges et saignées restèrent les piliers de la médecine européenne des XVIIe et XVIIIe s., en surprenante cohabitation avec les ébullitions scientifiques, philosophiques et politiques de ce temps. Cependant, 3 courants fondateurs se sont alors amorcés : explication de la circulation (Harvey, 1628) qui inaugura l'essor continu de la physiologie expérimentale ; relance néo-hippocratique » de l'observation clinique minutieuse des maladies vues comme des ensembles reproductibles de signes (Sydenham, 1624-1689) ; naissance de l'anatomie pathologique (Morgagni, 1682-1771).
Décalée par rapport aux réalités cliniques, la concep­tion des maladies s'englua dans les systèmes (mécano-chimisme, solido-humorisme, etc.) et les classifications (de Sauvages, 1758 ; Linné, 1763 ; Pinel, 1798) cherchant vainement à ordonner un chaos qui restait indéchiffrable. Par excès doctrinaire de tout ramasser en une seule théorie étiopathogénique, les bribes du nouveau savoir ne purent être agencées en une structure capable de concurrencer le confortable héritage antique qui, faute de mieux, survivait en s'essoufflant de plus en plus.
Somme éclairée des idées du XVIIIe s., l'Encyclopédie se réfère abondamment à Hippocrate et Galien dans ses articles médicaux. Pourtant, de Jaucourt s'y hasarde à dire que la liqueur des capsules surrénales, censée être la fabuleuse bile noire, « n'ayant point d'amertume, ne mérite pas le nom d'atrabile » ; ajoutant qu'il faut « encore mettre les capsules atrabilaires au nombre des parties dont on laisse à la postérité l'honneur de découvrir l'usage. On doutait, on critiquait, mais sans l'audace de briser ce qui devait l'être, l'airain des maîtres antiques. Prodiges d'observation minutieuse, l'inoculation de la petite vérole (méthode importée du Moyen-Orient en Europe par Pilarini en 1716) puis la vaccination par le cowpox (Jenner, 1798) ne furent au fond que l'application la plus heureuse et la moins contestée du principe hippocratique de similitude. Avec la dilution infinitésimale, un autre bourgeon des semblables fut l'homéopathie (Hahnemann, 1807) - doctrine parallèle mais toujours en vigueur, principalement vouée au traitement des symptômes. De moindre résistance au temps, sa partie étiopathogénique, la « pathogénésie », attribuait les maladies chroniques à 3 entités « miasmatiques » : gale, syphilis et blennorragie.
« Quel parti peut-on donc prendre pour concilier le respect que l'on doit au père de la médecine, avec l'intérêt de la vérité ? C'est d'avouer ingénument qu'Hippocrate était dans l'erreur quant à sa manière de voir et de décrire les maladies ; et de déclarer authentiquement qu'en prescrivant de l'imiter, on veut dire seulement qu'il faut mettre la même attention, le même scrupule, la même franchise, la même candeur dans l'étude des phénomènes morbides ; mais des phénomènes morbides considérés d'un point de vue tout différent de celui sous lequel il les envisageait. Pour moi je n'hésite pas à croire que si ce grand homme revenait à la lumière, il ne s'empressât de mettre à profit les données que nous ont fournies la physiologie et l'ouverture des corps. [...] Quant à nous, qui possédons les moyens de rectifier sa doctrine, ne poussons pas le respect jusqu'à consacrer des erreurs [qu'il] reconnaissait et dont il faisait l'aveu désintéressé, et ne soyons pas ultra-hippocratiques. »
Broussais (1772 – 1836) symbolise l'explosion salutaire qui couvait depuis si longtemps. Son Examen des doctrines médicales et des systèmes de nosologie (1821) fait table rase de ce qui existait avant, et en tout premier de l'intégrisme hippocrato-galénique. Là cesse et s'inverse son mérite : il y substitua sa « doc­trine physiologique » qui ramenait toute maladie aux inflammations engendrées par l'irritation du tube digestif. On l'accuse souvent d'avoir professé un système exclusif et d'avoir abusé de la saignée. La violence de l'épidémie de choléra de 1832 contribua à déconsidérer la médecine physiologique prônée par Broussais Heureusement, il ne fut pas unanimement suivi dans son nouveau fantasme réducteur.
Les antagonistes les plus déterminés de Broussais furent Bayle et Laennec qui, partant des mêmes décombres, choisirent avec plusieurs autres de leur trempe (Pinel, Corvisart, Bichat, ou, plus tard, Bouillaud, Trousseau, Claude Bernard, Virchow, Charcot) la voie ouverte par Harvey, Sydenham et Morgagni pour construire la nouvelle médecine : combiner l'observation clinique, les constatations d'autopsie, les connaissances anatomiques et physiologiques pour édifier une nosologie enfin conforme à l'exacte réalité des choses.
La révolution microbienne lancée par Pasteur ( 1822-1895) fournit à ce jour la preuve la plus achevée à l'appui de ce schéma directeur. Elle a dévoilé et continue de dévoi­ler la juste nature de très nombreuses maladies. En plus d'expliquer, le fil infectieux mène à des parades dont l'efficacité ne doit presque plus rien au heureux hasard : vaccins, mesures hygiéniques de prophylaxie, substances antimicrobiennes. La variole est déclarée éradiquée en 1979, sans même l'aide d'un médicament capable d'en détruire le virus.
La révolution génétique fournit la clef d'une autre caté­gorie de maladies, dues au défaut d'un gène déterminé : drépanocytose, hémophilies, mucoviscidose... Les thérapeutiques radicales de substitution (transgénèse) n'en sont encore qu'au stade des premiers essais. Sans rupture aussi nette, l'identification de substances indispensables à la santé (vitamines, métaux, hormones) ou, au contraire, de toxiques dans l'environnement (animal, végétal, minéral) a donné l'explication d'une 3e catégorie de maladies et procuré des traitements efficaces. La pharmacologie a d'ailleurs su détourner beaucoup de ces poisons pour produire quan­tité de médicaments.
Les progrès diagnostiques, tels que la radiographie (Röntgen, 1895), ou physiopathologiques, tels que les fondations cellulaires de l'inflammation et de l'immunité (Metchnikoff, 1884), ont facilité la reconnaissance et le soulagement symptomatique (traitement palliatif) des maladies.
On connaît avec plus ou moins de précision les mécanismes (causes finales ou secondes) des maladies, mais beaucoup restent sans cause efficiente (première) : la plupart des cancers, des affections cardiovasculaires, endocrines, mentales ou rhumatismales, pour ne citer que les plus fréquentes. Avons-nous fait le plein de notre escarcelle étiologique avec nos principes de l'inné (gènes) et des acquis (microbes, poisons et carences) ?


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