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Datation des cadavres


La datation des cadavres est une des thématiques de la médecine légale. Elle estime la date à partir de laquelle la décomposition d'un corps a commencé (la notion de mort est différente, ainsi absence de décomposition si mort cérébrale mais activité cardiaque présente).
En médecine légale : un individu est mort en l’absence de signes de vie apparents (respiration, circulation sanguine, activité cérébrale = arrêt des fonctions vitales).
Tous les organes ne meurent pas en même temps et tout dépend du type de décès : lors d’un arrêt cardiaque, les organes ne meurent pas dans le même ordre que dans le cas d’un accident de voiture avec traumatisme crânien irréversible.
Dans le cadre d’une enquête policière il faut savoir estimer l'heure du décès pour pouvoir apporter des preuves à charge ou décharge du suspect.
Technique de datation d'un cadavre en phase post-mortem précoce : méthode thermométrique. Le décès avec l’arrêt du métabolisme et donc l’arrêt des phénomènes d’homéothermie entraîne une égalisation progressive de la température du corps avec celle de son environnement (dans les pays tempérés il s’agira donc d’un refroidissement). Ce phénomène est aisément quantifiable, à la différence des autres marqueurs cadavériques.
En climat tempéré, la température de la peau rejoint celle du milieu environnant en 8 à 12 h en moyenne mais la température centrale du cadavre nécessite un délai deux à trois fois plus important. Il faut éviter les simplifications abusives telles : égalisation de température avec le milieu ambiant en 24 heures, vitesse de refroidissement de 1 °C /h pendant les 24 premières heures.
Selon les lois de conduction thermique avec flux thermique proportionnel à la différence de température corps / air ambiant on aboutit au modèle suivant : T corps - T ambiant /37,2 - T ambiant = e-kt
Or, la baisse de température s'effectue en 3 phases :
Une phase de plateau thermique initial (durée de 0,5 à 3 heures, avec d’importantes variations interindividuelles), la température du cadavre décroît très peu, la méthode thermométrique est inopérante pour dater un décès < 3 heures.
Une phase intermédiaire de décroissance rapide, semi-linéaire, avec méthode thermométrique pertinente pour dater la mort.
Une phase terminale de décroissance lente où la température du corps s’égalise très lentement avec celle du milieu ambiant. À partir de cette phase, la méthode thermométrique n'est plus utilisable.
Le modèle : T corps - T ambiant /37,2 - T ambiant = 1,25 e-kt – 0,25 e-5kt où k est un paramètre dépendant de la masse M (en kg) de l'individu : k = 1,2815/M0,625 – 0,0284. Cette formule modélise le palier initial avec une décroissance d'autant plus lente que la masse de l'individu est élevée.
On peut utiliser le nomogramme de Henssge, qui donne une durée à laquelle on applique des correctifs (voir ci-dessous).
Sur le lieu d'un décès, il faut mesurer la température centrale du cadavre et celle de l’air ambiant, au même moment avec le même instrument, en précisant l’heure de la mesure avec un thermomètre électronique à thermocouple, de grande précision et équipé d’une sonde de pénétration souple ou rigide, introduite d’au moins 10 à 15 cm dans le rectum du cadavre (ce site anatomique peut présenter des problèmes lorsque la victime a pu faire l’objet de violences sexuelles). Dans des conditions appropriées, la température du corps est l’un des meilleurs estimateurs du délai post mortem pendant les 24 premières heures.
Cette technique n’est valide que pendant la phase intermédiaire du refroidissement, entre 3 et 18 heures. Cette méthode thermométrique suppose que la température corporelle au moment du décès se trouvait dans les limites physiologiques (entre 36,8 et 37,6 °C) ; une hyperthermie (rencontrée par exemple dans le cas d'un décès dans un contexte infectieux) ou une hypothermie ante-mortem (par exemple quelqu'un retrouvé mort de froid) peuvent fausser considérablement les estimations, et doivent donc être étudiées chaque fois que des renseignements sur les circonstances de la mort seront disponibles.
Les facteurs de variation sont : vêtements, vent / courants d'air, degré d’hygrométrie, himidité, variabilité de la température extérieure. Les mouvements de l’air, le degré d’hygrométrie élevé augmentent les déperditions thermiques. Cas d'un corps immergé : la déperdition thermique du cadavre est plus rapide dans l’eau, surtout en eau courante.
Air calme, conditions sèches et corps nu Cf = 1,0, peu habillé : Cf = 1,1, habillé modérément : Cf = 1,2, habillé chaudement (> 4 couches) : Cf = 1,4, très habillé, très couvert, lit : Cf = 2 à 2,4
Air en mouvement, conditions sèches et corps nu : Cf = 0,75, peu habillé : Cf = 0,9, habillé modérément : Cf = 1,2, habillé chaudement : Cf = 1,4
Air calme, conditions humides et corps nu : Cf = 0,7, peu habillé : Cf = 0,8, habillé modérément : Cf = 1,2, habillé chaudement : Cf = 1,2
Air en mouvement conditions humides corps nu : Cf = 0,5, , peu habillé : Cf = 0,7, habillé modérément : Cf = 0,9, habillé chaudement : Cf = 0,9
Eau stagnante et corps nu : Cf = 0,5, peu habillé : Cf = 0,7, habillé modérément : Cf = 0,9, habillé chaudement : Cf = 1,0
Eau courante et corps nu : Cf = 0,35, peu habillé : Cf = 0,5, habillé modérément : Cf = 0,8, habillé chaudement : Cf = 1,0
La rigidité cadavérique (ou rigor mortis) est un raidissement progressif de la musculature au cours de la phase post-mortem précoce, qui disparaît lorsqu'apparaît la putréfaction.
La rigidité est une perte d'élasticité des muscles, l’augmentation de concentration cytoplasmique du Ca2+ forme des ponts entre les filaments d’actine et de myosine avec immobilisation du muscle. La disparition de la rigidité est liée à l’autolyse et la putréfaction qui détruisent la structure des filaments d’actine et de myosine ainsi que les liaisons qui les unissent (au bout de deux à quatre jours selon les circonstances).
La rigidité cadavérique affecte l’ensemble des muscles de l’organisme : elle débute à la nuque puis suit une marche descendante vers les membres inférieurs (cou et membres < en extension, membres > en flexion). Elle débute entre 3 et 4 heures après le décès, nuque et muscles masticateurs, atteint son intensité maximale entre 8 et 12 heures et se maintient entre 12 et 36 heures. Elle disparaît progressivement en 2/3 jours, dans le même ordre qu’elle est apparue. Elle débute très tôt dans le cœur (2 heures avec faux aspect d’hypertrophie du VG) et se voit dans les muscles lisses (pseudo-éjaculation post-portem, myosis secondaire à la mydriase initiale (elle peut être irrégulière entre les 2 yeux, les pupilles ont en règle générale un mauvais indicateur de pathologie neurologique ou toxique), défécation, aspect en chair de poule du fait du durcissement des muscles horripilateurs). En cas de rupture artificielle, par exemple un déplacement du cadavre, intervenant moins de 8 à 12 heures après la mort, la rigidité peut réapparaître ; ce n’est pas le cas lorsque la rupture intervient au-delà de ce délai (associée à d'autres méthodes de datation, cette considération permet par exemple de constater que le cadavre a été déplacé). Cette chronologie n’est qu’indicative avec des variations interindividuelles considérables selon la température ambiante (comme tous les phénomènes cadavériques, la rigidité est d’autant plus rapide que la température ambiante est élevée et inversement), d’une éventuelle activité musculaire intense avant la mort, de l’importance de la musculature du sujet et de la cause de la mort :
La rigidité est plus rapide en cas de convulsions ante-mortem, dans certains décès toxiques (strychnine…), dans les électrocutions, dans les décès précédés d’un état de stress ou lorsque la mort survient au cours d’efforts musculaires intenses.
Elle est plus lente dans certains décès asphyxiques (pendaison, intoxication au monoxyde de carbone…), ou lors d'hémorragies massives.
Elle peut varier en intensit&eacute : très peu importante chez le sujet âgé ou émacié ou lors d’agonies prolongées. On ne peut la quantifier de manière précise et n’est donc qu’un critère accessoire pour tenter de déterminer le délai post-mortem.
Quelques règles simples : si corps chaud et flasque alors décès < 3 h, si corps chaud et rigide : décès entre 3 et 8 h, si corps froid et rigide : décès entre 8 et 36 h, si corps froid et flasque : décès > 36 h. Une étude récente propose le dosage de plusieurs protéines musculaires striées, la dégradation es protéines musculaires est liée à des enzymes protéolytiques calcium dépendantes (calpaïnes) qui interviennent dans la maturation de la viande Int J Legal Med.2015 Jun 4.
Les lividités (hypostases) cadavériques (ou livor mortis) sont une coloration rouge à violacée de la peau par déplacement passif de la masse sanguine vers les parties déclives du cadavre en respectant les zones d’appui, qui débute dès l'arrêt cardiaque. La mort entraîne une perméabilité accrue de l’endothélium, des globules rouges s'échappent alors des vaisseaux, leur densité d = 1,095 étant > celle du plasma sanguin / autres cellules sanguines, comprises entre 1,070 et 1,085. Le sang, en s’accumulant, devient visible par translucidité de la peau, d'où une modification de sa teinte qui caractérise les lividités cadavériques. Celles-ci se répartissent de manière caractéristique sur le cadavre :
Elles apparaissent d’abord sur le cou et s’étendent ensuite à d’autres régions de l’organisme vers la quinzième heure après le décès.
Elles épargnent les points de pression : ainsi, sous l’effet de la gravitation, le sang d’une victime allongée s’accumule, s’immobilise et deviendra persistant sous la peau non comprimée des parties les plus basses (chez un sujet à peau claire et dont le corps, après le décès, est en décubitus dorsal, modification de la coloration de la partie dorsale du corps respectant les fesses et la partie postérieure des deux épaules). Elles sont visibles à partir de la deuxième heure post-mortem avec maximum à la douzième heure. Elles sont dans un premier temps effaçables à la pression : un appui sur une zone de lividité chasse le sang des vaisseaux et la peau prend une teinte pâle par rapport aux zones avoisinantes. À la douzième heure, le sang s’hémolyse et l'appui appliqué sur une zone de lividité ne peut plus déplacer le sang. À ce stade, les lividités sont dites fixes (en fait cette règle n’est pas immuable car elles peuvent encore migrer tardivement, cela ne permet donc pas de dater précisément la mort). Les lividités se voient aussi au niveau des organes (fausse congestion des parties basales des lobes pulmonaires si couché sur le dos) avec transsudat des cavités d’abord citrin, puis rosé du fait de l’hémolyse (200 cc dans chaque cavité pleurale, 20 cc dans la péricarde, 100cc dans le péritoine), s’en méfier en particulier dans l’œsophage en rétropharyngé (ne pas confondre avec la strangulation), au contact de la colonne vertébrale.
Dans les affaires criminelles, les lividités peuvent donc indiquer un éventuel changement de position du cadavre, si leur emplacement constaté ne correspond pas à celui attendu (sauf si déplacement avant que les lividités ne deviennent fixes). La teinte des lividités cadavériques peut donner des renseignements sur la cause de la mort. Des lividités de teinte rouge-carmin sont typiques d’une intoxication au monoxyde de carbone (CO), alors que des lividités cyanosées orientent généralement vers une cause asphyxique ou vers un décès secondaire dû à une pathologie cardiaque ou pulmonaire.
Les lividités ne peuvent pas être utilisées de façon fiable pour dater un décès, elles peuvent manquer chez les bébés, personnes âgées, anémiques ou être minimes.
Différenciation avec les ecchymoses : les lividités sont déclives avec ligne horizontale , les ecchymoses sont arrondies à contours irréguliers de taille plus réduite à bord horizontal. Si doute : à l’incision, si le sang est intravasculaire = lividité, si le sang infiltre les tissus = ecchymose (celles-ci peuvent être surélevées et elles ne disparaissent pas à la pression, sans zone de blanchiement sur la zone d’appui.
L’utilisation du dosage du potassium de l’humeur vitrée de l'œil date de plus de 25 ans. La mort cellulaire entraîne une perte de potassium vers le milieu extracellulaire. Cette méthode est utilisable quelques jours (jusqu'à une semaine) alors que les méthodes non biologiques ne le sont que pendant 24 à 48 heures maximum. Le prélèvement se fait par une seringue avec aiguille intramusculaire, dans l’angle externe de l’œil, par aspiration douce afin d’éviter toute contamination sanguine ou rétinienne (effectué lors de la découverte du corps, avant sa mise en réfrigération.)
Entre 18 et 20 °C, la formule est la suivante t = 3,23 K – 8,2, t étant le délai post-mortem exprimé en heures et K la concentration de potassium dans l'humeur vitrée en mmmol/L (écart type de 9 heures). Il est préférable de disposer des résultats d'un étalonnage effectué en laboratoire, afin d'avoir une estimation du délai post-mortem plus précise que celle donnée par la formule. La température est un facteur très important puisque le froid ralentit considérablement l’augmentation de la quantité de potassium présente dans l'humeur vitrée.
Biochimie post-mortem : modifications très rapides car l’anoxie tissulaire entraîne une augmentation de la perméabilité des membranes et un passage des électrolytes, l’urée et la créatinine restent stables sur plus de 5 jours.
La déshydratation cadavérique : par évaporation, surtout si climat sec et chaud. Les conséquences de ce phénomène sont la perte de poids, la diminution de la transparence cornéenne (à l’extrême aspect blanchâtre), l’enfoncement et dépression des globes oculaires hypotoniques. Les régions érodées de la peau ont un aspect parcheminé (zones des tissus sous-cutanés mis à nu, devenant, par assèchement, indurées et de couleur brunâtre). Obtention, au pincement de la peau, d’un pli cutané prononcé parfois persistant
L’autolyse correspond à une auto-digestion des cellules par leurs propres enzymes lysosomiaux (éclatement des lysozymes et libération de leur contenu dans le cytoplasme). Macroscopiquement, l’autolyse se manifeste par une perte de l’architecture normale des organes.
Ce phénomène est plus marqué dans certains organes tel que le pancréas, rein, des surrénales, du tube digestif alors que d’autres organes sont plus résistants tels que l’utérus / prostate. Sur le plan microscopique, les tissus et les cellules sont altérés et peuvent devenir méconnaissables rendant parfois difficile la reconnaissance de l’organe examiné.
L’autolyse : se manifeste rapidement, en particulier au niveau du
La putréfaction est la décomposition des tissus organiques par les bactéries de l’individu, surtout celles de la flore intestinale, ensuite des mycètes saprophytes et des bactéries minéralisantes qui envahissent le cadavre.
La putréfaction débute par l'apparition d'une tache verte abdominale (formation de sulfhémoglobine et de choléglobine) au niveau de la fosse iliaque droite, puis de la fosse iliaque gauche, extension de ces 2 taches qui finissent par gagner toute la partie < de l’abdomen la totalité de celui-ci, puis le thorax et la tête. Les tissus colonisés par les germes se creusent de bulles putréfactives qui finissent par former des phlyctènes. Ces gaz distendent l’abdomen par la suite le thorax, la tête (visage grotesque) et chez les hommes, le scrotum qui devient turgescent, la pression intra-abdominale peut faire évacuer les urines et selles voire provoquer un prolapsus utérin, du liquide hémolysé peut sortir des orifices naturels au bout de 2 à 3 semaines ce qui peut faire évoquer une hémorragie létale, le contenu des poumons avec le fluide de décomposition peut former une écume à la bouche / narines Les gaz chassent le sang des cavités cardiaques et des gros vaisseaux vers le système veineux périphérique (circulation posthume = la transformation de la couleur du sang et le dégagement du gaz putréfactif fait apparaître le dessin des vaisseaux à la surface cutanée). Présence de bulles cutanées surtout aux lividités qui peuvent devenir volumineuses, laissant un épiderme luisant rose.
Les divers mycètes se succèdent en groupes déterminés et cette flore se modifie suivant les altérations progressives du substrat qui constitue ainsi, à une époque donnée, un habitat d’élection pour certaines espèces de mycètes et pas pour d’autres. Il existe trois vagues successives : putréfaction colicative et gazeuse, de transformation des graisses (en adipocire (jaune, cireuse, collante ou en graisse liquide, grumeleuse dans la cavité abdominale), de réduction squelettique. La putréfaction du cadavre due aux bactéries et aux mycètes saprophytes accentue l’altération amorcée par l’autolyse des déchets que les bactéries minéralisantes feront rentrer dans le cycle des déchets de la biosphère. Toutes ces modifications post-mortem et leur succession sont accélérées ou retardées par de nombreux facteurs : le volume du cadavre est important à considérer, l’altération est plus rapide pour un petit cadavre par exemple, les causes de la mort, le lieu de dépôt, les facteurs extérieurs : saisons, conditions météorologiques notamment la température et le degré hygrométrique, l'aération (la température élevée et l’humidité accélèrent l’autolyse et la putréfaction, la chaleur sèche aboutit à une momification du cadavre), sont autant de points à considérer.
Evolution du cadavre inhumé en bière entre 16 et 20° : tâche verte abdominale en 48h, disparition de la rigidité en 3 j, disparition de la vitré et du LCR en 4 à 5 j, pupes d’insectes à 6 j, cadavre putréfié vert avec phlyctènes et circulation posthume en 1 semaine, gonflement généralisé, début de destruction, désarticulation de la mandibule : 2 semaines, adipocire sous-cutanée en 1 mois, adipocire des muscles en 3 mois, disparition totale des tissus mous en 3 à 6 ans.
A l’air libre, l’évolution est beaucoup plus rapide, en forêt à 22° en 1 mois à l’état de squelette.
La méthode de Vibert : Combine l’étude de la rigidité, des lividités, d’une estimation grossière de la température du cadavre et les premiers signes de putréfaction.
Phénomènes cadavériques observés
Délai post-mortem
Corps : chaud, souple sans lividités
Moins de 6 heures
Corps : tiède, rigide, lividités s’effaçant à la pression
Entre 6 et 12 heures
Corps : froid, rigide, lividités fixes
Entre 24 et 48 heures
Corps : froid, non rigide, tâche verte abdominale
Plus de 36 heures
 
Entomologie médico-légale : L'examen du cadavre seul ne permet que trop rarement une datation précise. C'est pourquoi l'étude des insectes nécrophages s'est avérée indispensable à la résolution de certaines affaires. Histoire : ce n’est qu’après avoir refuté l’hypothèse de la génération spontanée que cette discipline a pu se développer. EN 1668, Francesco L. Redi a prouvé que la viande en décomposition ne présentait pas de vers, si on la protégeait des mouches qui déposent leurs larves, si on entoure la viande par des fils empêchant le passage des mouches, celles-ci pondent leurs œufs sur les fils, ce n’est qu’en 1855, qu’a lieu le premier cas d’entomologie médicolégale sur le corps mommifié d’un enfant. En effet, ces insectes arrivent par vagues, faciles à représenter sur échelle de temps, qu'à très bien décrites le vétérinaire Jean Pierre Mégnin (1828-1905), qui publia en 1894 La faune des cadavres. Dans cet ouvrage, il décrit les huit vagues d’insectes qui se succèdent sur les cadavres en décomposition et dont l’étude permet de dater précisément la date de la mort.
On récolte un maximum de représentants de la faune que l’on trouve sur le cadavre et autour de celui-ci, vivants, morts ainsi qu'à différents stades de développement. On précise l’emplacement, la date, l’heure des prélèvements, l’état du cadavre, les conditions de prélèvement… Les exemplaires ainsi prélevés sont séparés en deux :
Une partie est conservée dans l’alcool. L'autre est destinée à l’élevage dans des conditions similaires à celles de l’environnement (température et humidité) du cadavre et de son voisinage.
On identifie les insectes que l’on trouve, on détermine : l’âge des stades larvaires, la durée d’incubation des œufs, le temps d'arrivée de ces insectes sur le cadavre.
En tenant compte des conditions environnementales, on peut ainsi estimer le délai post mortem du cadavre.
L’examen de la faune permet une estimation du délai post mortem, une éventuelle mobilisation du corps ainsi qu’une identification du lieu du décès. Les meilleurs indicateurs parmi les arthropodes sont les diptères. Plusieurs types d’arthropodes peuvent se trouver sur un cadavre : des arthropodes nécrophages qui se nourrissent du cadavre (diptères, coléoptères, lépidoptères, larves et acariens), des arthropodes nécrophiles qui se nourrissent / parasitent des arthropodes nécrophages, des arthropodes omnivores se nourrissant à la fois du cadavre et de la faune présente sur le cadavre, comme c’est le cas de certains hyménoptères et de certains coléoptères. Des arthropodes opportunistes utilisant le cadavre comme un refuge (collemboles, araignées), dont la présence n’est pas systématique pour tous les cadavres mais due au hasard comme les araignées par exemple. Ceux-ci ne sont donc pas utiles pour l’estimation du délai post mortem.
Méthode et condition des prélèvements d’insectes sur des cadavres. Un minimum de matériel est indispensable aux prélèvements : les insectes volants nécessitent un filet et du papier adhésif de type « attrape-mouche ». Les autres insectes une pince à raquette, une pince souple d’entomologie, un pinceau doux, des flacons, des étiquettes, des crayons, un thermomètre et un hygromètre ainsi que des conservateurs.
Ce matériel spécifique complète le matériel de protection et de photographie. Le développement des arthropodes dépend beaucoup des conditions du milieu dans lequel on les trouve. On doit donc mesurer l’état du corps, la température, l’hygrométrie, l’exposition.
La faune des cadavres à l’air libre : avec 7 escouades différentes, mais seules les trois premières permettent une datation précise. La ponte se fait le plus souvent de jour et ne survient habituellement pas en dessous de 4°C.
La première escouade est constituée de diptères (mouches vertes, à damiers, bleues…). Elle arrive quelques heures à peine après la mort, et à 20 °C les larves implantées dans le cadavre peuvent atteindre l’âge adulte en 2 semaines. La deuxième escouade arrive après un mois, attirée par la décomposition des matières fécales. Elle est composée de sarcophagiens et disparaît au 6ème mois. La troisième escouade apparaît entre le 3ème et le 9ème mois et est constituée de dermestes (petits coléoptères) et parfois de lépidoptères, attirés par l’odeur de graisse rance.
Les autres escouades apparaissent successivement : Au 10ème mois (escouade coryétienne), vers 2 ans (escouade silphienne). Lorsque le corps n’est plus que poussière, après 2 ou 3 ans, les septième et huitième escouades achèvent le travail de leurs prédécesseurs.
Cette méthode doit être utilisée avec précaution. En effet, selon l'endroit où une personne va mourir, les insectes présents ne seront pas les mêmes et une espèce d'insecte pourra très bien être présente dans la première escouade alors qu'elle n'est censée apparaître qu'à la quatrième parce que des individus étaient proches du cadavre au moment de sa mort et auront donc pu le sentir.
Développement des larves de quelques mouches en fonction du temps :
 
Mouche domestique (Musca domestica)
Mouche bleue (Calliphore vicina)
Mouche verte (Lucilia caesar)
Mouche noire (Sarcophaga carnaria)
0 (ponte)
Œufs
Œufs
Œufs
Larves
2 jours
Éclosion (2 mm)
Éclosion (2 mm)
Éclosion (2 mm)
Éclosion (2 mm)
3 jours
Larve (3 mm)
Larve (5 mm)
Larve (3 mm)
Larve (5 mm)
4 jours
Larve (4 mm)
Larve (7 mm)
Larve (3 mm)
Larve (8 mm)
5 jours
Larve (6 mm)
Larve (10 mm)
Larve (3 mm)
Larve (10 mm)
6 jours
Larve (7 mm)
Larve (13 mm)
Larve (3 mm)
Larve (13 mm)
7 jours
Larve (8 mm)
Larve (13 mm)
Larve (3 mm)
Larve (15 mm)
8 jours
Pupaison (5 mm)
Pupaison (9 mm)
Pupaison (6 mm)
 
10 jours
 
 
 
Pupaison (10 mm)
14 jours
Adulte
 
 
 
18 jours
 
 
 
Adulte
 
La faune des cadavres inhumés est beaucoup moins abondante que celle d’un cadavre laissé à l’air libre puisque les opportunités pour les mouches de pondre sur ce cadavre sont beaucoup moins importantes. Dans ce cas, seules se développeront des larves ayant pu entrer en contact avec le cadavre. Il y a ainsi trois cas possibles : les larves ont été pondues dans la chambre mortuaire de l’individu ou très près de l’endroit où repose le cadavre, les larves proviennent de la surface du sol, dans le cas où le cadavre a été enterré à même le sol, ou du cercueil en bois dans lequel repose la dépouille.
Donc importance des circonstances : intervalle de temps entre la mort et l’enterrement, durée d’exposition du cadavre dans la chambre mortuaire, présence d'un cercueil, nature du cercueil (plomb ou bois), profondeur de l’enfouissement.
La faune présente sur un cadavre inhumé est constituée de mouches et de coléoptères en majorité. Ils apparaissent là aussi successivement sur le cadavre, ce qui permet de dater la mort.
La faune des cadavres immergés : on détermine approximativement le délai post mortem grâce la présence de certaines espèces aquatiques et de certaines espèces présentes habituellement sur le corps d’un cadavre trouvé à l’air libre. On peut citer les insectes aquatiques qui, ainsi que leurs larves comme les larves de Trichoptères, infligent de sérieux dégâts au cadavres immergés. D’après une étude expérimentale faite aux États-Unis et portant sur la succession des insectes et la décomposition des cadavres de porcs immergés, l’eau limite le nombre d’espèces présentes sur le cadavre, ainsi que les Arthropodes nécrophages sur le cadavre. On trouve globalement un tiers des espèces présentes sur un cadavre à l’air libre.
L’autolyse qui débute très rapidement avec des transformations fermentatives (qui s’observent sans l’action de bactéries ou d’agents étrangers à l’organisme) qui dégagent des odeurs spécifiques (pas forcément perceptibles par l’Homme), attirant ainsi les premiers insectes qui vont pondre leurs œufs dans les orifices naturels (sphincters, pores de la peau) et dans les blessures. La ponte se fait le plus souvent de jour et ne survient habituellement pas en dessous de 4 °C. L'apparition des larves peut se faire en moins d'un quart d'heure après la ponte. Au cours du temps, l’altération du cadavre se traduit par le dégagement d’odeurs, spécifiques à une période donnée (les réactions d’autolyse changent, ainsi que les substrats produits et donc les odeurs dégagées). Ces nouvelles odeurs vont repousser les femelles attirées par les premières odeurs. D’autres femelles viennent ensuite, sélectivement, coloniser le cadavre, et constituent des escouades. L’insecte est attiré sélectivement par ce qui lui convient et il évite le reste.
La composition des escouades, et leur durée varient selon la faune entomologique locale et les processus d’altération du cadavre (zone géographique, (ville ou campagne), dans une habitation ou à l’extérieur, la saison, corps à l'air libre, immergé, inhumé, le volume du cadavre.
 
Remarques :
Si un cadavre froid est découvert sans faune dans un lieu où des arthropodes sont présents, cela indique que le corps a été conservé dans un lieu isolé, d’autant plus si le corps se trouve en début d’autolyse.
Si un cadavre ne comporte que des œufs, alors la phase post mortem est inférieure à 48 h.
Si le cadavre est en voie d’altération et comporte seulement des œufs, alors le corps a été transporté ou déposé sur les lieux depuis moins de 48 h.
Si un cadavre comporte des pupes vides, cela est une conséquence de l'arrivée d'au moins un cycle de diptères dont la durée est de plus de 12 jours à 22 °C, de plus de 14 jours à plus de 20 °C et de plus de 19 jours à 18 °C.
Détermination de la température dans l’évaluation de l’âge des insectes
Pour procéder à la détermination de l’âge des larves trouvées sur le cadavre (et donc à la détermination du moment de la mort), il faut tout d’abord connaître la température moyenne quotidienne du site sur lequel elles ont été trouvées : un relevé des températures (effectué quotidiennement par Météo-France) est donc nécessaire, si possible sur plusieurs stations météorologiques voisines du site. Mais cela ne suffit toujours pas pour avoir une température moyenne du site, celle-ci pouvant être différente de celle donnée par les stations : aussi prendra-t-on soin de calculer la différence ? de température en comparant celle du site et les données météorologiques durant une vingtaine de jours.
Détermination de la date de ponte
Pour qu’une espèce nécrophage puisse se développer de l’œuf à l’insecte parfait, il lui faut une somme de température spécifique à l’espèce. Cette somme est calculée en additionnant les moyennes de température par jour, moins l’indice également spécifique à l’espèce. Lorsque la somme est atteinte, elle correspond au jour de ponte de l’espèce.
Le travail de datation du décès est une tâche fastidieuse. Le problème de dater l’instant à partir duquel commence la mort ne se résout pas à l’aide d’une méthode miracle. La résolution de ce problème est l’œuvre de la concordance entre plusieurs résultats apportés par des méthodes de datation distinctes. Ces méthodes font à la fois appel à l’examen du corps en lui-même mais aussi à la constatation de l’action de la faune sur celui-ci. Seule la mise en commun des dates apportées par les différents types de datation permet une datation des plus précises. Cette datation et sa précision dépendent de deux facteurs qui sont le temps et le lieu de séjour du corps.
Cependant, toujours dans le cadre d’une enquête judiciaire, ce travail de datation n’est parfois pas un travail suffisant. Il est nécessaire quelquefois de réaliser au préalable une identification pour pouvoir replacer la victime dans le cadre de l’enquête, (c’est-à-dire ne pas s’appuyer sur des preuves fausses pour juger un homme), ce qui s’avère très souvent difficile. En effet, le corps est parfois dans un état de difformité assez important (gonflé d’eau dans le cadre d’un noyé, ou dans un état de décomposition extrême) qui rend ce travail d’identification souvent difficile. La datation n’est alors d’aucune utilité si la victime n’est pas identifiée.
 
http://emedicine.medscape.com/article/1780557-overview http://fr.wikipedia.org/wiki/Datation_des_cadavres#Entomologie_médico-légale

Datation des thromboses : il faut toujours prélever la tête de la thrombose avec la jonction endothélium-thrombus

Début d’hémolyse des GR à J2, mais ils peuvent survivre des semaines. La prolifération endothéliale commence à J2 sous forme de bourgeons à partir de la paroi vasculaire, puis formation de fentes bordées d’endothélium en périphérie du thrombus près de la paroi vasculaire, bien visible à partir de J4. Les fibres collagènes apparaissent après J5-10, de fibres élastiques à partir de J28 avec maximum à 2 mois. Hémosidérine apparaît à la fin de la 1ère semaine avec maximum à la semaine 3. La couverture de la surface du thrombus par de l’endothélium est rapide dès la fin de J1, complète en quelques jours.

 
Voir en ligne : http://medecinelegale.wordpress.com... › http://medecinelegale.wordpress.com/cours-polycopies-de-medecine-legale-2/


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