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Pendaison et strangulation


Pendaison  : mode de suicide fréquent, prés de la moitie des cas, surtout chez les hommes, elle peut être accidentelle ou servir à dissimuler un homicide.
pendaison avec chute : l'arrêt net de la chute par la corde provoque une rupture des vertèbres cervicales avec arrachement de l'extrémité supérieure de la moelle épinière (tronc cérébral) détruisant les centres nerveux qui commandent la respiration et certaines fonctions cardiaques, avec arrêt brutal de leur fonctionnement d'où perte de conscience quasi instantanée, le cœur peut continuer de battre un moment.
pendaison sans chute : interviennent l’asphyxie, l’inhibition, et l’arrêt de la circulation cérébrale.
L’asphyxie est produite par la compression de la trachée et surtout, par le refoulement de la base de la langue contre la paroi postérieure du pharynx, 15 kg suffisent pour obtenir ce résultat comme dans la pendaison incomplète, lorsque seuls la tête et une partie du tronc sont soulevés.
L’inhibition réflexe est provoquée par l’irritation traumatique des nerfs du cou (trijumeaux, glosso-pharyngien, pneumogastrique) avec syncope vaso-vagale.
Si compression des carotides et artères vertébrales interruption rapide de la circulation cérébrale d’où perte de connaissance brusque dés le début de la pendaison. La compression des glomi carotidiens entraîne un ralentissement extrême et immédiat du cœur jusqu'à la syncope et l'arrêt cardiaque. La compression des veines jugulaires, empêche le retour du sang depuis la tête vers le cœur, d'où œdème et cyanose de la face et de la langue, et œdème cérébral avec perte de connaissance assez lente suivie d'un décès assez tardif.
La mort survient en 5 à 10 minutes, dans quelques cas, les battements cardiaques persistent pendant plusieurs heures.
période initiale : rougeur de la face allant à la cyanose, sensation de chaleur au visage, sifflement dans les oreilles, éblouissement, scintillement, les jambes s’alourdissent
période convulsive : dés que la perte de conscience est complète, les convulsions siègent à la face, membre supérieur et inférieur, ces convulsions peuvent être à l’origine d’ecchymoses traumatiques
période terminale : mort apparente, commence avec la cessation des mouvement respiratoires qui précède celle du cœur de plusieurs minutes. Le visage est cyanotique. L’œdème pulmonaire est fréquent par hypertension veineuse due à une hypoventilation. Coma anoxique, avec des manifestations pyramidales, troubles du tonus, mouvements anormaux, états d’agitations et crises épileptiformes (par œdème cérébral), syndrome neurovégétatif avec hyperthermie, sueur, HTA.
Une pendaison incomplète est toujours une pendaison lente, durant laquelle la mort ne survient qu'au bout de longues minutes, parfois plus de dix, et le condamné est secoué de spasmes, ses jambes cherchant désespérément un appui. Appelé gigoter au bout de la corde ou encore danse des pendus, ce spectacle réjouissait les spectateurs des pendaisons publiques. D'autre part, au Moyen Âge, les condamnés étaient exécutés nus, et l'on voyait le membre viril entrer en érection et éjaculer, pendant que le pubis des femmes gonflait et bleuissait par accumulation de sang. Les muscles se décontractaient et la vessie ainsi que l'intestin pouvaient se vider. Lors de la montée du puritanisme, en certains lieux il fut décidé d'émasculer les condamnés et de faire porter une jupe aux condamnées
On distingue les pendus-blancs, avec mort par réflexe inhibiteur, chez les pendus-bleus, la cyanose faciale, ecchymoses sous-conjonctivales, indiquent que l’asphyxie et les troubles circulatoires ont été prédominants, comme cela se produit quand le nœud du lien est latéral.
Le syndrome asphyxique est souvent discret : poumons congestifs dans ¼ des cas, emphysème sous-pleural plus fréquent, rareté des taches de Tardieu, la congestion cérébrale et l’hémorragie méningée sont inconstantes, parfois, on découvre un piqueté hémorragique de la muqueuse stomacale et des suffisons sanguines externes le long du tube digestif
Particularités thanatologiques : projection de la langue hors de la bouche (inconstante), exophtalmie (rare), hémorragie du conduit auditif (rare), érection et éjaculation (phénomènes agoniques), lividités localisées aux membres inférieurs et particulièrement intenses au pieds et aux mains (phénomènes cadavériques)
Lésions traumatiques : au cou, suite aux pressions / tractions exercées par le lien sur les différents plans du cou, à la surface du cou on trouve l’empreinte du lien, le sillon au dessus du larynx qui peut être creux (en rigole, parcheminé, blanc, lorsqu’il est du à une corde, entouré de deux lisérés rougeâtres ou à un lien étroit ou rugueux), le sillon peut être large, mou étalé à bord imprécis, lorsque le lien est un foulard ou un linge. Le sillon est en général unique, oblique dirigé vers la zone du nœud où il manque souvent, incomplètement circulaire, plus profond au niveau de l’anse. En profondeur ecchymoses tissulaires, musculaires, laryngées, rétro-pharyngées, déchirures musculaires +/- infiltration sanguine, lésions carotidiennes (manchon ecchymotique de la tunique externe, déchirure transversale de la tunique interne), fractures des cornes de l’os hyoïde et plus rarement celles du cartilages thyroïde, lésions rachidiennes (luxation, décollement ou fracture, lésions des ligaments antérieur et postérieur du rachis et parfois des méninges et de la moelle cervicale haute) vu sur dissection du cou par voie postérieure. . Ces lésions sont très limitées, ne s'accompa­gnant d'aucune autre lésion de violence en cas de suicide.
lésions agoniques : érosions, et ecchymoses diverses suite à des heurts contre un plan résistant pendant la période de convulsion
Diagnostic médico-légal : difficile si utilisé pour dissimuler un crime, par ex un homicide par strangulation. Cependant, il est rare que le sillon de la strangulation et celui de la pendaison post mortem se superposent intégralement (il existe sur le cou du pendu, à coté du sillon produit par le lien suspenseur, des lésions traumatiques superficielles et profondes) ; en outre, les signes marqués d’asphyxie, les traces de lutte et de violence concomitantes, de même que l’importance des désordres constatés sur les parties profondes du cou, orientent l’esprit vers le crime, celui-ci sera confirmé si les lividités ont un siège normal au lieu d’être localisés au membre inférieur comme dans la pendaison.
accident : rare, mais non exceptionnel, ce sont surtout les enfants attachés dans un lit d’adulte par des sangles. La pendaison accidentelle survient au cours de recherches érotiques solitaires
Expertise : le médecin doit étudier le lien, les nœuds, l’attache et la position du corps. La position du corps : des mensurations sont nécessaires (taille, distance des pieds au sol, si la pendaison est complète, mensurations des angles d’inclinaison des différentes parties du corps, si la pendaison est incomplète. Les attitudes du corps :Inclinaison de la tête par rapport à l’anse du lien, bras collé au corps, mains crispées, membres inférieurs fléchis.
Tête en général inclinée du coté opposé au nœud.
La situation du nœud par rapport au cou est le plus fréquemment nucale, quelquefois latérale, exceptionnellement antérieure.
Levisage : pâle si l’anse est antérieure, cyanosé quand elle est latérale (fonction de l’agonie, et prédomine au niveau des oreilles et des lèvres), ecchymoses sous-conjonctivales, la langue fait issue hors de la bouche, exophtalmie assez fréquente, lividités distales
Autopsie : la dissection du cou plan par plan, montre au niveau de la zone de striction des lésions multiples qui prédominent au niveau de l’anse. L'aspect histologique pulmonaire est celui d'une congestion importante, associée cette fois à un œdème diffus modérément hémorragique et à des zones de distension pseudo-emphysémateuse aiguë modérée et diffuse.
Conclusion :la pendaison pose en pratique peu de problèmes médico-légaux :
-premier problème : absence de toute ecchymose cervicale, lorsqu’il s’agit de cadavre frais, les altérations musculaires traumatiques ressemblent alors à celles des sujets pendu vivants.
Le cas des sujets étranglés puis pendus ne peut échapper à l’autopsie ( les contusions des membres consécutives aux convulsions agoniques ne peuvent être confondues à des violences criminelles) ; mais l’absence de lésions de violences ne peut exclure une pendaison criminelle : anesthésie ou immobilisation.
L’absence de lividités au niveau du membre inférieur (à moins que le corps a été suspendu dés la mort ).
-deuxième problème : la mort est elle due à un suicide, à un accident ou un homicide ?
la réponse résulte autant des données de l’enquête que celle de l’autopsie, en faveur de la pendaison accidentelle existera un faisceaux d’arguments tirés du mode de suspension, de l’états des lieux et des commémoratifs
En faveur du suicide : l’intention exprimée de se donner la mort, les antécédents neuro-psychiatriques ( mélancolie, alcoolisme) existence d’un dispositif retrouvé à proximité, ex : échelle, chaise, qui sépare les pieds du sol, l’absence du désordre………etc.
le type de nœud coulant réalisé peut aussi être un indice : certains nœuds peu employés sont pratiquement le signe d’une profession manuelle
en faveur de l’homicide : toute incohérence relevée dans les cas précédents
 
La strangulation est une forme importante médico-légale d’asphyxie mécanique d’origine criminelle de diagnostic parfois délicat si les traces sont discrètes. La strangulation accidentelle est la strangulation suicide sont assez rares, elles ne sont réalisables qu’avec un lien. Elle est due à une constriction active, transversale et lente versus la constriction passive, verticale et brusque de la pendaison. Ceci ne s’applique qu’à la forme manuelle car avec un lien appliqué de façon brusque et forte, la mort est analogue à celle de la pendaison.
La strangulation à la main est criminelle (voleurs surpris, rixe après boisson), l’adulte robuste fait face à l’agresseur et peut lutter, d’où la difficulté de la strangulation chez l’adulte et la nécessité pour l’agresseur de s’aider d’autres violences (sauf si strangulation au lien).
La strangulation au lien est d’observation fréquente accompagnant en particulier des viols ou alors terminant les effets d’une strangulation à la main
Chez le vieillard, l’individu ivre ou faible, la strangulation à la main est facile. Chez le jeune enfant, ou le nouveau-né la difficulté est nulle et s’était jadis un mode d’infanticide très fréquent.
Accident : étranglement lors de sport de combat, des violences laryngées peuvent entraîner la mort par inhibition, nourrissons attachés à l’aide de ceintures qui glissent jusqu’au cou, ou de concours de circonstances exceptionnelles.
Suicide  : la strangulation à la main suicidaire n’existe pas ( la mort par inhibition est théoriquement possible dans ces conditions). Au lien :relativement fréquent notamment chez les prisonniers et les malades mentaux.
La mort survient par asphyxie par aplatissement de la trachée contre le plan vertébral, et refoulement de la paroi postérieure du larynx contre la base de la langue, l’anoxie cérébrale met donc un temps variable à se manifester et est fonction des conditions de lutte
Mort par mécanisme réflexe par irritation des nerfs trijumeaux, glosso-pharyngien, pneumogastrique avec syncope vaso-vagale.
A l’autopsie : en cas de crime, lors de la levée du corps, la position du corps l’état des vêtements et le désordre des lieux témoignent de l’existence de lutte.
A l’examen externe : cyanose avec ecchymoses et excoriation de la face en rapport avec les tentatives de suffocation pour étouffer les cris, stigmates unguéaux au cou (l’application avec force d’ongles sur la peau produit une petite section de l’épiderme).
Sur le vivant : une croutelle se forme grâce à un exsudat séreux et à quelques gouttes de sang
Sur le cadavre : il y’a par contre parcheminement, consécutif à une déshydratation rapide prenant un teint jaunâtre. Si au niveau des excoriations cutanées on fait des incisions on trouve en profondeur une petite suffusion sanguine traduisant l’ecchymose provoquée par la pression des doigts.
L’importance des stigmates unguéaux est fonction de la force mise en œuvre, de la dureté des ongles et de leur longueur.
Ces érosions ne sont pas toujours faciles à constater immédiatement après la mort, mais 10 à 12 heures après le décès elles sont bien visibles, jaunâtres et parcheminées souvent ecchymotiques. en générale on constate d’autres signes de violences, de lutte et de défense.
La dissection du cou montre des lésions ecchymotiques profondes, souvent importantes, et des fractures très fréquentes de l'appareil hyothyroïdien
Strangulation au lien : lors de la levée du corps on étudie la situation et la nature du lien, son mode d’enroulement, le tourniquet éventuel, les traces de lutte qui peuvent être nulles si l’agresseur a agit par surprise par derrière.
La face, le cou et la partie supérieure du tronc présentent généralement une cyanose avec des ecchymoses ponctuées et de petites hémorragies sous-conjonctivales. Une spume aérée faisant issue hors de la bouche. La langue serrée entre les dents complète souvent le tableau.
Au niveau du cou apparaît le sillon de strangulation : creux en rigole et parcheminé (lien étroit), mou, large, imprécis (lien souple)
Le sillon de strangulation est habituellement horizontal par rapport à l’axe du cou, placé au-dessous du larynx, complet, moins profond ce qui le distingue du sillon de la pendaison.
Le sillon est multiple si le lien a fait plusieurs tours, la peau présente dans les espaces de séparations une congestion due au pincement entre les cordes.
Les faux sillons sont parfois confondus avec les vrais : simple repli de la peau, mou, blanc avec épiderme intact, pli de la cravate, du col (épiderme intact), intertrigo chez les enfants et les femmes grasses.
L’autopsie du cou montre des lésions cervicales profondes parfois considérables avec infiltration hémorragique du tissu cellulaire sous-cutané, des gaines musculaires, de la thyroïde et des glandes salivaires avec souvent un manchon ecchymotique peri-carotidien et déchirures transversales de la tunique interne, moins élastique que la tunique externe. Une ecchymose retro-pharyngée existe parfois sous l’aponévrose pré-vertébrale. Les lésions du larynx sont constantes (fractures du cricoïde, fissures du cartilage thyroïde, luxation crico-thyroidienne, fractures / luxations de l’os hyoïde), avec congestion hémorragique qui aggrave l’obstruction lors de la strangulation.
NB : des lésions du pharynx peuvent exister sans lésion visible des téguments du cou, c’est le cas de mort par inhibition consécutive à un choc violent porté par le bord cubital de la main.
L’autopsie montre aussi les signes habituels des asphyxies mécaniques  :
d’autres signes de violences sont quelques fois observés : fractures de cotes, éclatement du foie, rupture de la rate.
En cas de suspicion de viol ou d’attentat pédérastique des prélèvements sont effectués.
L’examen de l’assassin présumé peut fournir des arguments en faveur de sa culpabilité.
Stangulation au lien : lésions moins nombreuses et moins caractéristiques que dans la strangulation à la main, il existe sur le même plan que le sillon des ecchymoses et hématomes des muscles antero-latéraux du cou ; un manchon ecchymotique adventiciel d’un ou des carotides est possible. Une vasodilatation avec décollement partielle de l’intima de la carotide serait plus possible que dans la pendaison. L’ecchymose rétro-pharyngée est plus rare
Des lésions de l’appareil laryngé sont moins fréquentes que dans la strangulation à la main.
Enfin l’autopsie met en évidence les même signes asphyxiques à ceux de la strangulation à la main, les même lésions de violences peuvent exister.
Un crime par strangulation peut être maquillé en accident de la voie publique, une autopsie incomplète risque de le méconnaître.
La dissection systématique plan par plan de la région du cou permettra de découvrir le crime.
Les poumons sont le siège d'importantes lésions : congestion, œdème, secteur d'alvéolite hémorragique polycyclique, emphysème aigu important, conférant un aspect tigré et hétérogène aux préparations.
Diagnostic différentiel :
strangulation au lien : sillon horizontal, souvent sous le larynx, circulaire, souvent multiple, uniformément marqué, signes marqués d’asphyxie, lésions traumatiques du cou plus importantes, traces de lutte et de violence, désordre et déchirures des vêtements
pendaison : sillon oblique, souvent unique, profond, parcheminé, plus marqué au niveau du nœud, syndrome asphyxique souvent discret, lésions agoniques (érosions au mains), lividités localisées au membre inférieur.


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