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Noyade


La noyade est l’une des principales causes de mortalité chez les enfants de un à quatre ans dans les pays occidentaux. Elle représente 1800 décès par an en France. Le rapport quasi-noyade/noyade est généralement de 9 ou 10/1. Chez les enfants, on distingue deux classes d’âge de 1 à 3 ans et de 15 à 20 ans. Les accidents impliquant des enfants surviennent le plus souvent dans une baignoire ou une piscine située à proximité de la résidence de la victime. Chez les sujets plus âgés, les noyades surviennent essentiellement en rivière et eau de mer, durant la période estivale dans 50% des cas. La température de l’eau est un facteur important à prendre en compte. Une eau froide favorise la survenue d’un syndrome d’immersion, d’un handicap moteur et d’une perte de conscience.
Y penser si : corps à proximité ou dans un point d’eau ou conteneur significatif rempli d’eau
Stades de la noyade  : arrêt volontaire de la respiration, jusqu’à ce qu’on inhale l’eau dans les poumons et tube digestif, l’aspiration de fluide cesse avec l’anoxie cérébrale qui devient irréversible
L’eau douce dénature le surfactant alvéolaire, passe dans le sang avec hémolyse, l’eau salée dilue le surfactant alvéolaire, attire le plasma dans les alvéoles avec hémoconcentration et augmentation des électrolytes sanguins.
La quasi-noyade (survie > 24 heures après submersion), avec risque de : œdème pulmonaire, hémoglobinurie, troubles du rythme cardiaque, pneumonie, fièvre, sepsis, séquelles d’hypoxie cérébrale avec œdème cérébral pouvant aboutir au décès. Survie en eau froide, peut être plus longue que prévu, du fait de la bradycardie et vasoconstriction des organes sauf cœur et cerveau.
Survie en eau froide, peut être plus longue que prévu, du fait de la bradycardie et vasoconstriction des organes sauf cœur et cerveau
La noyade est un diagnostic d’exclusion, il faut exclure d’autres causes en particulier criminelles ou le décès avant de tomber dans l’eau, d’où nécessité d’autopsie et de toxicologie. On recherche une spume saignante des voies aériennes, de l’eau dans l’estomac, œdème cérébral, hémorragie pétreuse ou de la mastoïde. Peau frippée des extrémités si séjour prolongé dans l’eau, distinguer les lacérations / abrasions de charriage ou les lésions par animaux marins de lésions prémortem ou des lésions liées au fait que le noyé s’est débattu

Mode important de suicide, surtout des hommes, cause fréquente d’accident dont sont victimes les personnes ne sachant pas nager ou les individus ivres.
La submersion criminelle s’accomplit par surprise ou en 2 temps en assommant d’abord la victime par des coups portés à la tête, ou enfin en jetant délibérément un homme à l’eau, auquel cas l’intervention de plusieurs individus est indispensable.
L’immersion d’un cadavre peut être utilisée pour dissimuler un crime.
Noyés bleus :sujets morts dans l’eau, qui ont lutté pour échapper à l’asphyxie (submersion-asphyxie). Au contact de l’eau froide, respiration profonde suivie d’apnée volontaire de courte durée, puis dyspnée expiratoire réflexe d’origine centrale ou laryngée, perte de connaissance, envahissement des voies respiratoires par l’eau, convulsion généralisées, apnée agonique terminée par une grande inspiration finale, persistance de battement cardiaque pendant 2 à 3 minutes. On admet que le noyé de type asphyxique meurt en 5 à 6 minutes. le temps de survie est allongé quand la victime peut remonter plusieurs fois à la surface et « happer » de l’air avant de disparaître
A l’asphyxie s’ajoute un traumatisme pulmonaire interne suite aux inspirations irrésistibles commandées par le centre respiratoire, stimulé par l’hypercapnie. L’eau pénètre dans les voies aériennes et alvéoles avec choc alvéolaire, déchirures des parois inter alvéolaires, petite hémorragie, œdème, emphysème. Il se forme un écume qui envahit les alvéoles et tout l’arbre aérien. L’eau ne se cantonne pas dans le poumon, pénètre dans le sang artériel et le dilue. Enfin le noyé déglutit une certaine quantité d’eau qui remplit plus ou moins l’estomac.
Noyés blancs : mort dans l’eau sans se noyer, par syncope, la victime coule à pic sans un geste sans un cri (submersion-inhibition). Réflexe inhibiteur avec état syncopal déclenché par le contact brusque de la peau, des muqueuses, de l’appareil vestibulaire avec l’eau froide, ou encore par la douleur provoquée brusquement par le choc du liquide sur l’abdomen, c’est la noyade qui succède à un plongeon. La sensibilité réflexe exagérée à l’eau froide s’observe chez certains individus prédisposés (période de digestion). Cette inhibition associe apnée, bradycardie et vasoconstriction périphérique intense et donc réduction du débit sanguin cérébral et décèssouvent par fibrillation ventriculaire ou asystolie.
Le réflexe inhibiteur naso-respiratoire a été aussi invoqué:le brusque contact de l’eau froide sur la muqueuse nasale ou laryngée provoquerait par réflexe l’arrêt momentané de la respiratoire et une bradycardie notable.
Syndrome d’hyperventilation lors d’apnée sportive, l’hyperventilation volontaire poussée permet de prolonger l’apnée de 40% en modifiant le seuil de stimulation du centre respiratoire par la capnie et le pH. Or, du fait de cette absence de stimulation du centre respiratoire, l’hypoxie devient le stimulus principal. Le patient perd alors connaissance avant la reprise d’une ventilation spontanée, qui a donc lieu en état d’immersion.
Remarque : distinction entre noyades en eau douce et celles en eau de mer, dans les 2 cas il se forme un OAP qu’il faut gérer si la personne est sauvée. L’aggravation secondaire de la lésion pulmonaire fréquemment constatée lors des autopsies de noyés est l’inhalation du contenu gastrique acide, celle-ci estagonique et ne doit pas faire porter, à tort, le diagnostic d'accident de régurgitation responsable de noyade.
En eau douce qui est hypotonique par rapport au plasma, l’eau passe par osmose des alvéoles dans le sang, outre l’asphyxie aiguë, on note une hypervolémie, hémodilution avec diminution relative des électrolytes, hémolyse par baisse de l’osmolarité plasmatique avec anémie et hyperkaliémie. L’hypervolémie de surcharge entraîne une hypertension veineuse et pulmonaire.
Les effets conjuguées de l’anoxie, surcharge et augmentation du rapport K/Na expliquent le déclenchement d’une fibrillation ventriculaire.
En eau de merqui est hypertonique avec des phénomènes opposés. Le plasma passe la membrane alvéolo-capillaire et envahit les alvéoles (noyade interne), avec hémoconcentration rapide, hypovolémie avec hypotension artérielle et veineuse.
Cette noyade n’entraîne ni hémolyse ni hyperkaliémie ni fibrillation ventriculaire.
L’arrêt cardiaque se fait par trouble de la conduction et inefficacité cardiaque progressive.
Elle nécessite des manœuvres de réanimation précoce qui vont conditionner le pronostic (ventilation sur l’eau si possible, massage sur terre sur plan dur). L’hypothermie sévère mimant un tableau de mort apparente, il convient de poursuivre les manœuvres de réanimation jusqu’aux urgences où une évaluation de l’histoire du patient et de sa température corporelle guideront la démarche thérapeutique.
On n’aspire pas l’eau des poumons (ne retire qu’une quantité minime de liquide et risque de provoquer une contraction abdominale à l’origine de la régurgitation du contenu gastrique). La manœuvre de Heimlich ne doit pas être réalisée systématiquement. Elle retarde la mise en œuvre d’une réanimation respiratoire efficace. Elle est indiquée en absence de preuve évidente de noyade, si les secouristes suspectent un corps étranger obstruant les voies aériennes. Dès que possible chez les patients symptomatiques, un monitorage avec électrocardioscope, oxymétrie de pouls et pression artérielle non invasive est indispensable. Une voie veineuse périphérique est mise en place afin de permettre une expansion volémique et l’injection de médicaments vaso-actifs. Une oxygénothérapie par sonde nasale ou masque facial est instituée afin d’obtenir une saturation en oxygène supérieure à 95%, si détresse ventilatoire alors intubation trachéale immédiate et ventilation mécanique. Une sonde gastrique pourrait permettre le retrait de volume liquidien important. Un collier de Thomas complète l’équipement.
Les victimes, même celles retrouvant leur conscience sur le site de l’accident, doivent être conduites dans un service d’urgence dans un véhicule spécialisé, avec un monitorage et de l’oxygène. Selon les circonstances, une injection de glucosé à 30% (après la réalisation d’une glycémie capillaire) et de naloxone peut être justifiée.
Il n’existe pas de critères cliniques formels de pronostic d’un quasi-noyé. En pédiatrie, si l’enfant est éveillé ou stuporeux une ou deux heures après la stabilisation hémodynamique, le pronostic est excellent. Les patients avec score de Glasgow entre 5 et 8 ont une évolution favorable, ceux avec score de Glasgow de 3 ou 4 gardent des séquelles sévères avec risque de décès. La mortalité globale des patients victimes d’une submersion varie de 10 à 24%. La mydriase aréactive et score de Glasgow < 5 à l’admission aux urgences sont prédictifs d’une évolution neurologique défavorable. Taux de mortalité de : 93% si arrêt cardiorespiratoire, de 44% si arrêt respiratoire isolé, 20% si OAP avec hypotension artérielle, 5% si OAP sans hypotension artérielle. L’absence de pulsation cardiaque dans le sas des urgences est associée à 100% de mortalité (idem si durée de submersion > 25 min et une durée de réanimation > 25 minutes). L’hyperkaliémie > 10 mmol/l, n’est pas compatible avec la survie du patient, indépendamment de la température centrale.
Aux urgences : si le patient est toujours en arrêt cardiorespiratoire, on évalue le plus rapidement possible la température corporelle ainsi que la durée et la qualité de la réanimation pré-hospitalière. La réanimation est poursuivie tant que la température n’est pas remontée aux environs de 32°C. Après 25 minutes de réanimation inefficace, le pronostic est alors très mauvais. Un patient stuporeux doit être gardé en surveillance pendant quelques heures.
En unité de soins intensifs : La ventilation mécanique d’un « quasi-noyé » ne diffère pas de celle d’un patient avec lésion pulmonaire aiguë. Les corticoïdes et les diurétiques n’ont jamais démontré la preuve de leur efficacité. Il n’y a pas d’indication d’antibiothérapie prophylactique, mais des prélèvements doivent être effectués. L’essentiel réside dans l’apport précoce d’oxygène au patient. Le traitement doit être symptomatique, notamment sur le plan hémodynamique, avec l’introduction précoce de catécholamines.
Les noyades dans d'autres liquides (hydrocarbures divers, vin, bière... ) sont rares, presque toujours accidentelles. L'immersion dans un fluide visqueux, pâteux ou pulvérulent réalise une suffocation. Si la noyade se produit dans d'autres liquides, l'effet caustique ou toxique de ceux-ci s'ajoute à l'hypoxie mécanique. Le diagnostic en est habituellement facile : mise en évidence du liquide, dosage, toxicologie.
Médecine légale :
Dans la submersion-inhibition : les noyés blancs représentent 15 à 20 % des cas , absence de lésions, car l’eau pénètre pas dans les voies respiratoires par suite de l’arrêt brusque de la respiration et du cœur : autopsie blanche
Les perturbations neurovégétatives importantes, réflexes vasomoteurs provoquent une congestion avec œdème pulmonaire et écumes composées de sérum sanguin et d’air (état asphyxique secondaire succédant à la syncope =noyés bleues pale).
Dans la submersion asphyxie : cyanose de la face, ecchymoses ponctuées à la face et conjonctives, congestion du larynx, ecchymoses sous pleurale, congestion du cerveau, taches sous pleurales, ecchymotiques, +/- pale ou bleuâtres, plus grandes que celles de Tardieu, aux faces antérieures des lobes et surtout sur les surfaces interlobaires (par déchirure des septa inter alvéolaires). Lésions particulières d’origine mécanique avec dans 10% des cas des hémorragies bilatérales de la musculature thoracique (efforts du noyé, tentatives de réanimation). Une écume mousseuse formée dans les bronches, se présente après plusieurs heures aux orifices respiratoires (champignons de mousse, qui persiste 8 jours en hiver et 5 jours en été). La trachée et les bronches contiennent du sable et des matières alimentaires régurgitées par l’estomac en + de l’écume (celle-ci disparaît en qq heures / jours, mais est le signe le plus spécifique de noyade et correspond au liquide d’œdème pulmoanire + eau, parfois rosé si composante hémorragique). Les poumons, remplis d’écume, sont distendus, ballonnés, volumineux avec placards d’emphysème aigu à la surface. Les bords sont mousses est arrondis ; ils ont une consistance de coussins pneumatiques. Les parties claires et ballonnées crépitent sous les doigts. Sectionnés, les poumons ne s’affaissent pas ; Le parenchyme œdématié garde l’empreinte du doigt et laisse sourdre un liquide spumeux sans leucocytes ni fibrine (emphysème hydro-aérique). L’estomac est dilaté par l’eau qu’il contient, la caisse du tympan est également envahie par l’eau. Les cavités pleurales sont souvent le siège d'un épanchement plus important qu'il n'est habituellement. Ce signe est sans valeur en cas de putréfaction. L'estomac peut être rempli d'eau ingérée
Phénomènes cadavériques : chez les noyés retirés de l’eau peu de temps après la mort, la peau présente un aspect chair de poule (fréquente mais non spécifique), une rétraction du pénis, scrotum et mamelon (contraction ante ou post mortem des fibres musculaires de la peau). Les lividités sont précoces et abondantes dans la submersion asphyxique par suite de la fluidité du sang (elles sont roses (non spécifique), la couleur rouge est liée à l’oxyHb et est secondaire au froid ante ou post-mortem).
Imbibition cadavérique : absence de déshydratation des tissus, les modifications oculaires (taches scléroticales, affaissement du globe) ne peuvent pas se produire, les conjonctives sont imbibées d’eau et même tuméfiées au angles des yeux. Macération de la peau avec paumes / plantes blanches, épaisses, ridées, plus tard elle se détache comme un gant ou forme des pelures.
Lésions de charriage : Le corps s’enfonce d’abord progressivement puisque sa densité est légèrement > celle de l’eau, le courant l’emporte sur une certaine distance, lorsqu’il atteint la région du fond où il n’y a pas de courant le noyé s’immobilise. Le stationnement dure jusqu’au moment où sous l’influence des gaz de la putréfaction il remonte progressivement vers la surface, il se trouve à nouveau entraîné par le courant. Au cours de ce déplacement le cadavre subit de nombreux traumatismes par heurts contre les obstacles divers qu’il rencontre. En position ventrale et fortement fléchie, plaies à bord mâché, taillé en pente douce jusqu’à l’os aux genoux, pieds et à la tête, en décubitus dorsal, lésions de l’occiput et talon. Les lésions dues aux hélices des bateaux de passage donnent une série de plaies parallèles séparées de qq cm sur le dos ou la tête
La putréfaction : débute par la tête, le cou, la partsupérieure du tronc qui se couvrent de taches vertes. La putréfaction gazeuse envahit ensuite le tissu cellulaire sous cutané : les paupières et les lèvres se tuméfient ; les traits de la face deviennent bouffis. Entre le deuxième et troisième mois, apparaît l’adipocire. Au quatrième mois apparaissent les incrustations calcaires
Après le quatrirème mois le cuir chevelu se décolle
Diagnostic médico-légal  :
Quatre questions se posent devant un cadavre retiré de l’eau : identité de la victime ?, la mort est-elle le fait de la submersion ?, est-elle due à un crime, à un accident, à un suicide ?, quelle est la durée du séjour dans l’eau ?
Diagnostic de la submersion vitale : un cadavre retiré de l’eau peut y avoir été jeté pour masquer un crime ou un homicide involontaire. Donc il importe de rechercher s’il y a eu submersion d’un sujet vivant ou immersion d’un cadavre. L’autopsie est indispensable, elle montre l’écume dans les voies aériennes, voire de corps étrangers dans la trachée / bronches (acte vital). La tuméfaction des poumons, l’emphysème hydroaérique (distension du poumon sans bulles avec marques des côtes à la surface des poumons et poumon pâle et crépitant, l’œdème dans les bronches empêchant le collapsus normal post-portem), le liquide spumeux abondant qui s’échappe du parenchyme appuient les autres signes auxquels s’ajoute la congestion marquée de la muqueuse du larynx, la dilatation du cœur droit, la stase veineuse du foie, le sang fluide et la réplétion de l’estomac par l’eau (la présence de sable, vase, algues dans l’estomac ne permet pas d’affirmer la noyade, simplement l’immersion, car peut survenir post-mortem). Ces constatations permettent de conclure à la submersion asphyxique par aspiration.
On peut retrouver sur / dans le corps de la boue, vase, limon, huile, algues, petits mollusques. Dans une eau de température normale sous climat tempéré on peut tenter une datation approximative : en l’absence de rides sur la pulpe des doigts (décès < q heures), rides / plis des doigts, paumes et plantes : de ½ à 3 jours, décomposition précoce en 4 à 10 jours, gonflement du visage et de l’abdomen, marbrure des veines, pelage de l’épiderme des mains et pieds en 2 à 4 semaines, desquamation grossière de la peau, apparition de certains os, début de liquéfaction en 1 à 2 mois. NB : importantes variations selon la température, corpulence, prédation marine.
Il est impossible de distinguer le décès juste avant un chute dans l’eau, de la mort naturelle après chute dans l’eau (la natation, la lutte, le froid peuvent déclencher un accident cardiaque (noyade par incapacité physique soudaine) ou une mort par inhibition. De même il est souvent impossible de distinguer les lésions infligées juste avant la chute dans l’eau de celles subies une fois tombé dans l’eau, par le courant et les vagues (lésions de charriage). Sur un corps non décomposé, une blessure pré-mortem montre un certain degré de saignement dans les tissus sous les bords de la blessure. Une fois la décomposition commencée, on ne peut plus distinguer des phénomènes de nécrolyse de foyers hémorragiques / echymotiques autolysés
L’examen histologique des poumons montre les signes caractéristiques de submersion : emphysème (cavités volumineuses, souvent polycycliques, à disposition non systématisée, mais plus volontiers sous- pleurale) et œdème en foyer (quasi cons­tant, peu abondant, pâle, délavé sur les colorations classiques, prédominant dans les secteurs les mieux conservés, absent dans les zones de distension aiguë), déchirures des parois alvéolaires, hémorragie à prédominance péri-bronchique. Réaction macrophagique alvéolaire avec amas histiocytaires, à disposition hétérogène, en bordure des secteurs de distension. L'hémolyse est souvent visible au niveau des secteurs hémorragiques, parfois autour des gros vaisseaux. La topographie d'ensemble de ces lésions est irrégulière, grande hétérogénéité entre les lobules et parfois même au sein d'un même lobule. Les lésions associées ne sont pas exceptionnelles : embolie de moelle osseuse en cas de mouvements respiratoires très actifs ou de traumatismes thoraciques associés, signes d'inhalation alimentaire. L'examen en UV de coupes colorées à l'acridine orange montre une flurorescence rouge orangé en cas de noyade en eau de mer et jaune vert en cas de noyade en eau douce. Ces résultats ne sont pas constants et ne permettent pas de diagnostic formel ainsi les aspects pseudo-emphysème se voient également lors d’une immersion passive.
Epreuve de la densité comparée du sang :le sang des noyés subit, du fait de la dilution par l’eau une chute de densité de 8 à 20 U ; la différence de densité entre le cœur droit et le cœur gauche est de l’ordre de 2 à 3 U (si noyade en eau douce).
l’immersion d’un cadavre dans l’eau ne modifie pas la densité sanguine
Diagnostic cryoscopique : l’abaissement du point de congélation du sang est proportionnel à sa concentration moléculaire. De sorte que la dilution du sang par l’eau de rivière doit diminuer la concentration moléculaire et élever le point de congélation ; tandis que l’eau de mer produit un phénomène inverse. Ces différents dosages biologiques ne sont en fait pas fiables, car ne différencient pas formellement une noyade d’une mort sans noyade, car la mort entraîne rapidement une lyse des cellules dont les répercussions sont > à celles de la noyade
Recherche du plancton  : l’eau de rivière contient en suspension du plancton (diatomées) (corpuscules solides de la grosseur d’un GR). Au cours de la submersion-asphyxie ces particules passent des poumons dans le sang avec l’eau qui les charrie.
La recherche de protozoaires ciliés, du genre tétrahymena se fait par prélèvement stérile de quelques ml de sang de l'oreillette gauche. Ce sang est mis en culture. Les protozoaires sont identifiés dès qu'ils se multiplient (quelques jours). Excellent indicateur, il n'est malheureusement pas utilisable en cas de putréfaction marquée du cadavre. Malheureusemnt la portée de cet argument est limitée car les diatomées sont ubiquitaires (eau de boisson, sol, et le passage par le tube digestif est possible, certains auteurs en retrouvent sur autopsies de non noyés, ce test n’est donc qu’un argument pas une preuve formelle de noyade. Les rechercher dans la moelle osseuse, leur absence n’exclut pas la noyade.
Nota bene :
- Dans tous les cas, un seul marqueur n'est pas synonyme de noyade. Il ne peut ni l'éliminer, ni l'affirmer. (L'intérêt du strontium est encore à l'étude ; son dosage pourrait être suffisant pour affirmer la noyade-asphyxie).Dosage de Na et Cl qui théoriquement diffère entre les 2 cavités cardiaques en eau de mer, mais ne fonctionne pas si tentative de réanimation, ou décès secondaire donc non immédiat. La présence de quelques millilitres de fluide dans les sinus sphénoïdes, n’est pas un test validé
- Un diagnostic de noyade se fait sur un faisceau d'arguments positifs et négatifs.
Ne jamais omettre de rechercher avec soin d'éventuelles lésions de violences, notamment cervicales, particulièrement chez les sujets sportifs et lors de mort après plongeon (dissection complète de la mœlle cervicale).
Prélèvements : au moyen d'instruments propres lavés à l'eau bi-distillée, dans des flacons également non contaminés, de petits fragments pulmonaires étagés de quelques cm3 de volume, et de moelle osseuse, obtenue après section de la diaphyse fémorale.
Destruction de la matière organique : par l'acide nitrique à chaud (long et dangereux) ; par les bases fortes (toluène : 1 vol. de tissu/l0 vol. de toluène).
Après quelques jours (jusqu'à 10), les tissus sont totalement détruits.
La solution jaunâtre ambrée obtenue est diluée au demi dans le Toluène, puis filtrée sur filtre en acétate de cellulose (pores de 0,2 µ). Environ 20 à 50 ml de solution par filtre. Le filtre est placé sur lame, transparisé au Toluène, monté en résine et examiné en lumière normale, en polarisation et en fond noir (objectif 40).
Des témoins de l'eau du milieu de noyade et des différentes solutions utilisées doivent égaIement être examinés (filtration directe).
Les diatomées observées doivent être comparables à celles de l'eau.
L'eau est habituellement chargée en strontium, celui-ci va s'accumuler dans le sang, multipliant par 2 ou 3 les taux normaux ; le dosage s'effectue par spectrographie d'absorption atomique (N = 0,016 à 0,038 µg/ml de sang). De la même façon, le magnésium peut augmenter au niveau du sang par l'apport hydrique. Le dosage dans le LCR est beaucoup plus fiable (N = 1 à 2 mEq/1 LCR).
Cadavre putréfié  : quand le noyé a séjourné un certain temps dans l’eau, les signes utiles au diagnostic ont disparu sous l’influence de la putréfaction : l’écume s’est dissoute, les poumons se sont affaissés par suite des transsudats ; la circulation posthume a troublé la répartition du sang ; L’épaississement du sang et, plus encore, sa disparition des cavités cardiaques et des gros vaisseaux ne permettent plus d ‘entreprendre des mesures cryoscopique.
Le diagnostic de simple présomption repose alors sur la présence dans les lèvres d’une quantité abondante de sérosités sanguinolentes qui a transsudée des poumons, sur la persistance de la congestion trachéale et des saillies mousses de la surface pulmonaire, sur la marche particulière de la putréfaction, sur l’existence d’eau dans l’estomac et enfin sur la découverte éventuelle de sable ou de particules végétales ou alimentaires dans les dernières ramifications bronchiques.
Accident : surtout en été, soit sujet ne sachant pas nager ou ivre, qui tombe dans un lac ou une rivière, soit d’un nageur imprudent et épuisé, parfois chute de voiture dans une rivière, chute de vigneron dans une cuve, d’ouvrier dans un bac d’huile. La submersion peut être incomplète, c’est le cas de sujet trouvé noyé par simple immersion de la face dans une flaque, un abreuvoir, ou un ruisseau. La découverte de lésions, notamment cardiaques, est fréquente dans les cas de noyade affectant des sujets sportifs lors de compétition ou d'entraînement.
Suicide : La submersion est après la pendaison la forme la plus fréquente de suicide réussi
Meurtre : C’est la forme la plus utilisée jadis, dans le cas d’infanticide par précipitation dans les fosses d’aisance ou dans les marres.
L’identification est une nécessité car les noyés sont rapidement méconnaissables ; les traits sont vite altérés par l’imbibition aqueuse de la peau et par le boursouflement putride.
Habituellement, les victimes sont reconnus par les vêtements, le contenu des poches et les bijoux.
Mais il arrive que les renseignements ainsi obtenus soient insuffisants surtout après une immersion de longue durée, lorsque les cadavres sont retirés de l’eau complètement nus est putrides. Il reste alors d’appliquer les méthodes spécifiques d’identification.
La détermination de la date de la mort facilite l’identification (voir chapitre datation de la mort).
http://www.urgence-pratique.com/2articles/medic/Noyades2.htm

http://www.pathologyoutlines.com/topic/forensicsdrowning.html



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