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Tumeurs bénignes


Tumeur : "augmentation circonscrite du volume d'un organe" (Littré), s'oppose à une hypertrophie : augmentation globale du volume de l'organe.
Porter un diagnostic de néoplasie bénigne ou maligne, c'est prévoir son évolution, selon les manifestations fonctionnelles et générales (signes d'appel), les caractères macroscopiques (examen clinique, endoscopie, radiologie, échographie, macroscopie), anomalies biologiques (ACE, AFP, Ig monoclonale), les caractéristiques histologiques
L’examen anatomopathologique est fondamental et exigé pour le diagnostic de cancer. Le diagnostic médical des néoplasies est global, car il tient également compte de la clinique, macroscopie, biologie et de l’évolution qui peut amener à reconsidérer un diagnostic.
 
La notion de tumeur bénigne est pratique, définie par un comportement, sans processus lésionnel particulier ou mécanisme propre à ce groupe de tumeurs.
Les tumeurs bénignes possèdent 5 caractèristiques évolutives fondamentales (sauf exceptions) :
Masse tumorale de développement exclusivement local au tissu qui leur à donné naissance. Elle a une croissance expansive non infiltrante et s'entoure d'une capsule,coque fibreuse qui limite la tumeur et permet parfois son énucléation (la croissance expansive de la tumeur provoque l'atrophie des parenchymes et la condensation de leur charpente conjonctive normale), elle n'envahit pas les structures normales voisines. Une tumeur bénigne des os n'effondre pas mais refoule la corticale et le périoste, sans les franchir (la corticale d'origine est détruite, mais le périoste a le temps de la reconstruire : les capacités du remodelage osseux ne sont pas débordées par le rythme de croissance des tumeurs bénignes et le périoste n'est pas infiltré ni détruit)
Ce critère comme tous les autres n’est pas absolu : certaines tumeurs bénignes sont infiltrantes, non encapsulées, dont les histiocytofibromes bénins dermiques et la fibromatose, fasciites nodulaires, myosites prolifératives, certains cancers ont une croissance expansive et sont donc entourés d'une capsule (carcinome vésiculaire à invasion minime de la thyroïde, carcinomes à cellules claires du rein).
Une tumeur bénigne d'un revêtement, cutané ou muqueux forme une lésion végétante sessile ou pédiculée (un polype,dans le cas d'une muqueuse), non ulcérée, dont la base n'est pas infiltrée et qui n'adhère pas aux plans profonds. Ceci se voit aussi dans certains cancers : épithéliomas verruqueux des muqueuses (bouche, col utérin, gland), carcinomes pseudosarcomateux, les épithéliomas papillaires de la vessie ainsi que dans des tumeurs bénignes en début de cancérisation (polype du côlon), cette cancérisation potentielle étant l’argument de leur exérèse.
Le tissu d'une tumeur bénigne est analogue à son tissu d'origine, mais se voit aussi dans les cancers orthoplasiques (carcinome malpighien verruqueux, carcinomes endocrines), de plus certaines tumeurs bénignes sont très différentes de la (diverses tumeurs bénignes des os).
Une tumeur bénigne ne contient pas de zone de nécrose ou d'hémorragie et ne s'ulcère pas
Ces caractères résultent du fait que la vascularisation d'une tumeur bénigne n'est pas anarchique et anormale comme celle des cancers, mais adaptée à la prolifération cellulaire.
Ainsi la présence d'une ulcération sur un polype du côlon doit faire craindre sa cancérisation.
Exceptions nombreuses : complications qui sont :
- Nécrose et hémorragie : hémorragie intra-tumorale silencieuse ou étendant pouvant entrainer des pseudo-kystes hémorragiques : adénome thyroïdien, nécrobiose aseptique d’un léiomyome, rupture hémorragique rétro-péritonéale d’un adénome du foie…
- Compression : un léiomyome utérin peut comprimer un uretère et détruire le rein en amont, compression du cortex cérébral par un méningiome, adénome parathyroïdien, entraînant une hypercalcémie grave.
Les tissus des tumeurs bénignes ne présentent en principe pas les anomalies microscopiques typiques des cancers (atypies cellulaires, anaplasie, invasion, stroma-réaction).
Exceptions  : les adénomes endocrines, léiomyomes, schwannomes, lipomes, myosites prolifératives, fibrome chondromyxoïde, chondroblastome bénin peuvent comporter des cellules très immatures / atypiques.
Une tumeur bénigne ne détruit pas l'organe où elle se développe, ne se généralise pas, ne tue pas le malade. Exceptions : destruction de l'organe où elle se développe par compression, sans l'infiltrer (adénomes de l'hypophyse avec atrophie de la glande, compression du chiasma et l’infundibulum.
Une tumeur bénigne ne récidive pas après exérèse limitée à la tumeur : sauf tumeurs mal limitées ou si la localisation anatomique empêche l’ablation complète (hypophyse, tumeurs du SNC).
Une tumeur bénigne ne provoque pas de troubles graves et ne tue pas son porteur
Bien que ce soit la vraie définition de la bénignité, certaines tumeurs bénignes peuvent être dangereuses, pour diverses raisons par compression (dans le SNC), sécrétions endocrines (HTA paroxystique des phéochromocytomes, accidents hypoglycémiques des insulinomes, hémorragies, lors d’ulcération de tumeurs endoluminales du tube digestif.
Une tumeur bénigne ne donne pas de métastase. NB certaines tumeurs classées comme malignes (épithéliomas basocellulaires,) ne donnent quasiment jamais, de métastases mais certains de ce fait les classent comme naevi, des lésions bénignes s’accompagnent d’extensions à distance tels l’endométriose, léiomyomes bénins métastasiants, ectopies tissulaires intraganglionnaires ;
Le diagnostic de tumeur bénigne passe par l'identification du type de la tumeur
La prolifération cellulaire excessive peut résulter de l'action de stimuli extracellulaires anormaux, excessifs, sur des cellules normales et cesse à l’arrêt des stimuli (botryomycome, nodules hyperplasiques de la thyroïde / parathyroïde / corticosurrénale, névromes d'amputation).
Il peut s’agir d’une prolifération cellulaire monoclonale, autonome, échappant partiellement au contrôle inter-tissulaire normal (expression de génome cellulaire altéré), mais sans invasion ni dissémination métastatique, persistance de maturation quasi normale, croissance qui se stabilise à un niveau compatible avec la vie (schwannome, méningiome, chondrome, adénomes du foie / rein).
Tumeurs bénignes par stabilisation d'une prolifération blastomateuse : tératomes matures, ganglioneuromes adultes, néphromes mésoblastiques, hamartomes, tumeurs bénignes correspondant à la désorganisation et à l'excès d'un ou plusieurs des tissus matures normaux d'un organe, nævi annexiels cutanés
Croissance tissulaire normale : tumeurs bénignes à partir de certaines lésions dysgénétiques (vestiges embryonnaires, hétéroplasies (différenciation anormale d'un tissu embryonnaire)) (hamartomes myo-épithéliaux du tube digestif qui sont des formes mineures intrapariétales de duplication entérique, les pancréas ectopiques).
Transformation cancéreuse des tumeurs bénignes : exceptionnel lors de lipomes, adénofibromes du sein, hypertrophies prostatiques, tumeurs bénignes ostéoblastiques et chondroblastiques. Risque signifcatif dans : polyadénomes et polypes du côlon, ostéochondromes et chondromes (surtout multiples), hémangioendothéliomes.


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