» Médecine du sport Fatigue du cancer et activité physique

Fatigue du cancer et activité physique


La fatigue est décrite par la quasi-totalité des cancéreux (1), avec prévalence de 70 à 90 %, tant au début qu’à distance des traitements (17 à 38 % des patients restent très fatigués 6 mois après la fin du traitement) (2, 3). Ce symptôme affecte la qualité de vie des patients.
La définition du NCCN (4) décrit la fatigue cancéreuse comme un épuisement physique,
émotionnel ou cognitif lié au cancer et ses traitements, non proportionnel à une activité physique récente, ne cédant pas au repos, interférant avec les gestes quotidiens. Il existe pour la fatigue, comme pour la douleur des échelles de mesure parfois simples et rapides (échelle visuelle analogique (VAS) (5)
La fatigue liée au cancer est associée à : de l’angoisse, dépression, effets secondaires des traitements, effets systémiques du cancer (inflammation, douleurs, anorexie, perte de poids, dyspnée), aux comorbidités (anémie (1ère cause de fatigue), hypothyroïdie, hypogonadisme, insuffisance cardio respiratoire).
Désadaptation à l’effort ou déconditionnement physique est l’autre cause majeure de fatigue, lié au manque d’activité physique dès la prise en charge du cancer (congé maladie, alitement, chirurgie, radiothérapie, chimiothérapie). Ceci aboutit rapidement à une diminution de la force musculaire et de la masse musculaire (10).
Traitements
La fréquence de la fatigue est longtemps restée sous-estimée par les soignants à l’inverse de la douleur (12). Sa recherche devrait être systématique lors du diagnostic puis régulièrement lors des soins (tests simples et rapides). On élimine les causes organiques : hypothyroïdie, anémie, diabète, insuffisance cardiorespiratoire, bêta bloquants.
Les traitements pharmacologiques (Methylphenidate, modafinil) sont inefficaces
Les soins non pharmacologiques (thérapies cognitivo comportementalistes, gestion du sommeil et des efforts du quotidien, exercice) sont efficaces.
Plusieurs essais thérapeutiques randomisés (70 % concernant le cancer du sein dont 70 % en situation non métastatique) montrent que l’activité physique tout au long de la maladie cancéreuse améliore la qualité de vie et réduit la fatigue. Deux méta-analyses récentes (13, 14) classent l’activité physique avec un niveau de preuve de grade A dans cette situation. Ceci quel que soit le moment de prise en charge (pendant ou à distance des traitements), et le type d’activité réalisée (aérobie ou anaérobie) (11). L’activité physique est souvent supervisée (professionnel formé à enseigner l’activité physique à des malades), avec des séances pluri-hebdomadaires (2 à 5 / semaine), en groupe de malades, de 20 à 50 min, avec un rythme progressif et personnalisé. Globalement (tous cancers, tous stades), il existe une réduction de 23 % du niveau de fatigue (36 % si cancer du sein), y compris pendant le traitement du cancer (réduction de 18% vs 29% dans la méta-analyse de Velthuis) versus 37% après la fin des traitements. Duijts (15) dans leur méta-analyse sur l’impact des techniques comportementales et de l’AP sur le fonctionnement psycho-social et la qualité de vie des patientes pendant ou après prise en charge d’un cancer du sein, montrent des résultats similaires avec gain de 32 %.
Dodd (16) ne retrouve aucun bénéfice d’une prescription téléphonique de l’AP et renforce l’idée de la nécessité d’un programme supervisé et individualisé. Le yoga (2 séances hebdomadaires de 75 min pendant 4 semaines) montre également une amélioration des facteurs suivants : fatigue, qualité du sommeil, qualité de vie, prise de somnifère).
La planification d’une mise en place d’activité physique en cancérologie dès le début de prise en charge apparaît primordiale pour prévenir et contrôler au mieux le symptôme fatigue (17). Cette activité physique nécessite un personnel qualifiéavec des connaissances en oncologie et en psycho oncologie. Les recommandations visent des séances > 30 min (durée idéale de 45 à 60 minute progressivement atteinte), 3 à 5 / semaine, d’intensité modérée à soutenue en aérobie (marche, vélo…). Les programmes doivent être individualisés selon le stade de la maladie, les traitements prévus, les capacités physiques, ses préférences, son état psychologique.
Bien que principal aspect de la prévention et du traitement de la fatigue, la réhabilitation physique doit s’intégrer dans une prise en charge globale avec correction des troubles nutritionnels, hiérarchisation des activités quotidiennes (favoriser les techniques d’économie d’énergie), l’approche psychologique, et l’abord médicamenteux quand cela est justifié (anémie).*
Vu les données de la littérature, il faudrait dans les services d’oncologie pouvoir former un enseignant d’activité physique en cancérologie pour éduquer les patients sur la réhabilitation physique. Ceci pour organiser la prévention et prise en charge de la fatigue liée au cancer dès la phase des traitements et d’éduquer le plus tôt possible les patients pour la poursuite de cette pratique sportive.
Deux difficultés interviennent dans cette mise en place de cours d’activité physique. Il faut motiver les patients à participer à ces programmes de cours d’activité physique et d’autre part évaluer (donc il faut que les oncologues soient convaincus de l’intérêt de l’AP, pour pouvoir ensuite convaincre le patient, comme on le fait pour les chimiothérapies) et définir les types d’exercice à proposer. Seuls 35% des patients acceptent de participer à un programme d’AP, et 80% d’entre eux vont jusqu’au bout
En ce qui concerne la motivation, les patients au décours du diagnostic de cancer réduisent de façon importante leurs activités physiques (17), ce qui accroît le niveau de fatigue d’où un cercle vicieux de fatigue-réduction des activités physiques (crainte qu’une activité physique ne produise douleur, blessure et fatigue ce qui limite la mobilité des patients (kinésophobie) (19). Il existe 3 barrières : la maladie et le traitement (fatigue, nausées, douleurs, rdv soins, malaise), la vie personnelle (vacances, transport, garde enfant, en fait souvent des mauvaises excuses) et la motivation (manque de temps (mauvaise excuse, car le cancéreux est en arrêt de travail), perte intérêt, non information).
L’AP ne comporte pas de dangers , aucun incident rapporté dans les multiples essais prospectifs d’AP en cancérologie, pas d’augmentation lymphoedéme après cancer du sein sur une revue de 8 essais
Adaptation des exercices : Association entre activité physique et réduction de la fatigue, de l’amyotrophie, des troubles de la qualité de vie, des risques de rechute. Les critères d’efficacité de l’AP sont multiples, progressivité de l’intensité de l’exercice, intensité d’exercice > celle des activités usuelles, suivi des progrès et du retour à l’état initial lors de l’arrêt de l’activité physique.
onko + • Septembre 2011 • vol. 3 • numéro 23
 
 
1. Hofman M, Ryan JL, Figueroa-Moseley CD et al. Cancer-related fatigue : the scale of the problem. Oncologist 2007 ; 12 (Suppl 1) : 4-10.
2. Mustian KM, Sprod LK, Palesh OG et al. Exercise for the management of side effects and quality of life among cancer survivors. Curr Sports Med Rep 2009 ; 8(6) : 325-30.
3. Reinertsen KV, Cvancarova M, Loge JH et al. Predictors and course of chronic fatigue in long-term breast cancer survivors. J Cancer Surviv 2010 ; 4(4) : 405-14.
4. NCCN practice guidelines for cancer-related fatigue. Disponible sur : <http://oralcancerfoundation.org/treatment/pdf/fatigue-NCCN.pdf.
5. Campos MPO, Hassan BJ, Riechelmann R et al. Cancer-related fatigue : a practical review. Ann Oncol 2011 ; 22(6) : 1273-9.
6. Mendoza TR, Wang S, Cleeland C et al. The rapid assessment of fatigue severity in cancer patients. Cancer 1999 ; 85 : 1186-96.
7. Alexander S, Minton O, Stone P. Evaluation of screening instruments for cancer-related fatigue syndrome in breast cancer survivors. J Clin Oncol 2009 ; 27 : 1197-201.
8. Aapro MS, Link H. September 2007 update on EORTC guidelines and anemia management with erythropoiesis-stimulating agents. Oncologist. 2008 ; 13 (Suppl 3) : 33-6.
9. Rizzo JD, Somerfield MR, Hagerty KL et al. Use of epoetin and darbepoetin in patients with cancer : 2007 American Society of Hematology/ American Society of Clinical Oncology clinical practice guideline update. Blood 2008 ; 111(1) : 25-41.
10. Kilgour RD, Vigano A, Trutshnigg B et al. Cancer-related fatigue : the impact of skeletal muscle mass and strength in patients with advancer cancer. J Cachexia Sarcopenia Muscle 2010 ; 1 : 177-85.
11. Davis M, Walsh D. Mechanisms of fatigue. J support Oncol 2010 ; 8 : 164- 74.
12. Vogelzang NJ, Breitbart W, Cella D et al. Patient, caregiver, and oncologist perceptions of cancer-related fatigue : results of a tripart assessment survey. The Fatigue Coalition. Semin Hematol 1997 ; 34 (3 Suppl 2) : 4-12.
13. Cramp F, Daniel J. Exercise for the management of cancer-related fatigue in adults. Cochrane Database Syst Rev 2008(2) : CD006145.
14. Velthuis MJ, Agasi-Idenburg SC, Aufdemkampe G et al. The effect of physical exercise on cancer-related fatigue during cancer treatment : a meta-analysis of randomised controlled trials. Clin Oncol (R Coll Radiol) ; 22(3) : 208-21.
15. Duijts SF, Faber MM, Oldenburg HS et al. Effectiveness of behavioural techniques and physical exercise on psychosocial functioning and healthrelated quality of life in breast cancer patients and survivors-a meta-analysis. Psychooncology 2011 ; 20(2) : 115-26.
16. Dodd MJ, Cho MH, Miaskowski C et al. A randomized controlled trial of home-based exercise for cancer-related fatigue in women during and after chemotherapy with or without radiation therapy. Cancer Nurs ; 33(4) : 245-57.
17. Schmitz KH, Courneya KS, Matthews C et al. American College of Sports Medicine roundtable on exercise guidelines for cancer survivors. Med Sci Sports Exerc 2010 ; 42(7) : 1409-26.
18. Irwin ML, McTiernan A, Bernstein L et al. Physical activity levels among breast cancer survivors. Med Sci Sports Exerc 2004 ; 36 :1484-91.
19. Velthuis ML, Van den Bussche E, May AM et al. Fear of movement in cancer survovors : validation of the Modified Tampa Scale of Kinesophobia- Fatigue. Psycho-oncology 2011. May 2,.
20. Campbell KL, Neil SE, Winters-Stone KM. Review of exercise studies in breast cancer survivors : attention to principles of exercise training. Br J Sports Med 2011. June 10,.


Documents de pathologie humaine du service d’anatomie pathologique du CFB de Caen et du CHPC de Cherbourg. L ’UTILISATION DES INFORMATIONS FOURNIES SE FAIT SOUS L’UNIQUE RESPONSABILITE DE L’UTILISATEUR. Les concepteurs et réalisateurs de cette base ne sauraient en aucun cas être tenus pour responsables des conséquences d’une utilisation non contrôlée des informations fournies.

Performed by Arnaud Legrand 2009 © All Rights Reserved.