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Dermatoses professionnelles



Dermatoses professionnelles : 40 % des maladies professionnelles et 10 % de la pathologie cutanée, touche près de 1% des travailleurs. Causes multiples : infectieuses, physiques et chimiques.


Dermatites de contact aux détergents et produits de nettoyage, voire brûlures chimiques liées aux acides et alcalins des produits de lavage de four ou de toilettes, lésions plus graves si pulvérisation de ces produits sur de grandes surfaces avec des nettoyeurs haute pression (pénétration sur toute la surface cutanée et sous les vêtements).


Dermatite d’usure si agressions chimiques associées à des traumatismes physiques répétés (frottement avec une éponge métallique sur les zones de préhension des faces palmaires des mains), avec simple disparition des empreintes digitales, puis dermatite des pulpes des doigts et des paumes des mains ensuite, sèche, finement squameuse, puis fissuraire.


Les dermatites de contact sont les plus fréquentes de toutes les dermatoses professionnelles, elles touchent les doigts et mains avec peau rouge, luisante, puis oedème sous-jacent avec parfois doigts boudinés +/- bulles qui se rompent avec sérosité, peau épaissie, lichénifiée avec la chronicité et le grattage, fissures douloureuses +/- profondes. Ces lésions sont souvent surinfectées par manque d’ hygiène, ou soins intempestifs (abus des corticoïdes locaux).


Les solvants dissolvent le film lipidique de surface de l’épiderme : les solvants aromatiques (type toluène ou xylène) et chlorés (type trichloréthylène ou surtout dichlorométhane) sont les plus irritants ; les moins agressifs semblant être les cétones.


Ces dermatites d’irritation, répétées, sont à l’origine de troubles trophiques des ongles, dont la repousse se fait anormalement avec des stries transversales dystrophiques, correspondant aux poussées les plus importantes +/- greffes mycosiques sur les ongles ainsi fragilisés.


Dermatoses allergiques, par hypersensibilité de type retardé (nickel, cobalt, chrome) avec lésions émiettées de type vésiculeux ou érythémato-oedémateux des mains et zones exposées.


Des urticaires généralisées ont été rapportées chez des salariés ayant utilisé du dichlorométhane comme solvant de nettoyage.


Des mycoses des orteils avec intertrigos (pied d’athlète) si travail avec des bottes. La surinfection de lésions irritatives ou allergiques est à l’origine de pyodermatites.


Le travail au grand air et sous les UV sans protection favorise la dégénérescence élastique cutanée et des épithéliomas des zones découvertes baso- ou spinocellulaires ainsi que des mélanomes.


La station debout prolongée favorise l’insuffisance veineuse des membres inférieurs et les troubles trophiques de jambe, pouvant se compliquer de grandes dermatites eczématoïdes, surtout si les conditions de vie et d’hygiène sont défavorables.


L’exposition à la silice prolongée en dehors de la célèbre silicose des mineurs peut aboutir à une sclérodermie systémique, avec phénomène de Raynaud, sclérodactylie +/- invalidante, sinon syndromes auto-immuns difficilement classables, avec myalgies ou asthénie musculaire, éruptions cutanées fugaces, état subfébrile, petits troubles hématologiques (anémie, leucopénie, hypergammaglobulinémie, élévation de la VS) et la présence d’anticorps anti-ADN, voire d’anticorps antithyroïdiens, l’ensemble décrit sous le terme de maladie humaine à l’adjuvant (MHA)..


Syndrome digital des vibrations = phénomène de Raynaud localisé aux doigts en contact direct et prolongé avec des machines vibrantes (index et médius en particulier).


Tatouages traumatiques : par injection sous-cutanée de peinture lors de pulvérisation sous haute pression (80-400 bars) avec parfois ischémie secondaire d’un doigt, aboutissant dans un tiers des cas à l’amputation. L’inclusion sous-cutanée de pigments minéraux comme le plomb peut être à l’origine d’une intoxication générale.


Dermatites à la fibre de verre : lors de travaux d’ébarbage ou de détourage, avec aérosols de poussières de fibre de verre, le frottement entre peau et vêtement ou les opérations de grattage font pénétrer les fibres de verre sous l’épiderme avec réaction finement papuleuse mais très prurigineuse ce qui créée un cercle vicieux


Toutes sortes d’infections peuvent être transmises du malade au personnel soignant, soit directement, soit indirectement par les excreta, le sang ou les linges souillés. Il peut en résulter l’apparition de pyodermatites de la main ou des avant-bras, souvent sur plaies ou peau fragilisée par une dermatite d’irritation parfois liée aux savons ou antiseptiques trop fréquemment utilisés.


Herpès cutané : si contacts répétés avec la bouche de patients, salive ou sécrétions pharyngolaryngées / bronchiques (en particulier dans les services de stomatologie ou d’odontologie, d’ORL, ou de réanimation, où il y a des malades trachéotomisés), avec faux panaris herpétique, avecau début des vésicules + oedème de l’extrémité d’un doigt, exceptionnellement plusieurs doigts. Au bout de quelques jours, les vésicules se multiplient, avec un oedème et un érythème marqués, souvent associés à de la fièvre, une lymphangite et des adénopathies du territoire concerné.


La guérison survient sans traitement en 2 à 3 semaines.


La contamination survient 3 à 8 jours après des contacts avec des lésions herpétiques cutanées, surtout péribuccales, des sécrétions salivaires, pharyngolaryngées ou bronchiques, même chez des porteurs sains, sans traumatismes préalables des téguments, mais avec un risque aggravé en cas de coupure, piqûre, ou peau fragilisée par des égratignures, gerçures ou un eczéma.


La contamination par des instruments utilisés dans la bouche ou les VADS, notamment en dentisterie, ou avec des cathéters ou canules de trachéotomie est possible, d’où l’intérêt de porter systématiquement des gants pour ce type de soins aux malades, en particulier s’il y a des lésions cutanées, et en cas de manipulation de matériel médicochirurgical avant qu’il ne soit décontaminé.


En cas de contact cutané direct, un lavage des mains à l’eau et au savon, avec application d’un antiseptique approprié, est indispensable.


Des épidémies de gale touchant le personnel soignant se voient parfois à la suite de la contamination par un malade, en particulier s’il est atteint de gale norvégienne, affection très contagieuse et trompeuse dans la mesure où le sujet atteint n’a que très peu ou pas de prurit, ce qui n’incite pas à se méfier de la contagion directe ou indirecte.


La gale atteint le personnel soignant à partir des mains contaminées qui ont parfois l’aspect caractéristique de la maladie avec des sillons interdigitaux classiques.


L’utilisation massive de rayonnements ionisants à visée diagnostique ou thérapeutique pour les radiographies, le scanner, les explorations isotopiques, les traitements in situ et la radiothérapie externe a été accompagnée de mesures de prévention réglementées et efficaces, mais pas toujours respectées, d’où un risque accru de radiodermatites (notamment lors des réductions de fractures sous écran, lors du maintien de jeunes enfants ou de personnes handicapées devant des écrans).


Les verrues vulgaires (HPV), sont retrouvées avec une fréquence plus importante dans certaines professions : 25 à 50 % de verrues des mains chez les bouchers, charcutiers, employés d’abattoirs, vétérinaires.


Observée chez les éleveurs de moutons / vétérinaires, le Nodule des trayeurs ou maladie d’Orf est liée à un parapoxvirus, transmis par des lésions du pis des ovidés / bovins (papule érythématoviolacée, pseudovésiculeuse, qui en quelques J évolue vers un nodule de 1 à 3 cm au centre croûteux ou purulent, entouré d’une zone érythémateuse et œdémateuse, sur les avant-bras, le dos des mains et/ou des doigts, après incubation de 3 à 15 jours après un contact avec un animal malade (essentiellement les ovins, généralement par contact avec lésions du pis). L’évolution se fait spontanément vers la disparition sans séquelle en une quinzaine de jours. Des complications sont possibles : surinfection bactérienne, adénopathie satellite avec parfois une lymphangite et un érythème polymorphe.


Soins locaux antiseptiques (chlorhexidine ou Bétadine® solution) +/- pommades antibiotiques (acide fusidique, chlortétracycline, sulfadiazine argentique) pour éviter les surinfections bactériennes. Une antibiothérapie antistaphylococcique et/ou antistreptococcique (pénicilline M ou V, pristinamycine) sera nécessaire si infection régionale (adénopathie, lymphangite).


En ce qui concerne le traitement prophylactique, il est nécessaire de manipuler les trayons des bovins infectés avec des gants lors de la mise en place des trayeuses. Le lait provenant de l’animal contaminé doit être retiré du circuit de la consommation. Enfin, sur le plan vétérinaire, il n’existe pas de vaccination spécifique.


Les mycoses cutanées professionnelles sont transmises de l’animal à l’homme.


Les épidermomycoses de la peau glabre, à type d’herpès circiné, sont caractérisées par des placards à contours géographiques, parfois vésiculeux en bordure, avec un centre plus pâle, l’extension se faisant en périphérie.


Les métiers exposés sont les suivants : le travail en laboratoire, dans des animaleries, le travail en milieu rural, au contact des bovins en particulier, les vétérinaires, les ouvriers des abattoirs, mais aussi ceux qui pratiquent le toilettage des chats et chiens.


Onychomycoses : avec atteinte préférentielle du bord libre ou de la matrice, et des candidoses touchant la base de l’ongle et son pourtour réalisant un onyxis avec périonyxis.


Les sycosis trichophytiques sont des infections des follicules pilosébacés, pouvant confluer en un macaron (kérion) (rarement chez l’adulte) et dues à un deuxième contact avec des animaux contaminés par des dermatophytes auxquels le sujet s’est déjà sensibilisé, et contre lesquels il réagit de manière explosive. Ils sont rarement localisés exclusivement à la main.


Epidémies de candidoses interdigitales dans des abattoirs où l’hygiène était défectueuse, avec lavages énergiques à l’aide de savons très irritants et essuyage des mains sur des serviettes non jetables et insuffisamment renouvelées.


La tuberculose cutanée ou sous-cutanée d’inoculation (nodule ulcéré et torpide, avec adénopathie satellite mais aussi tuberculose verruqueuse) touche les éleveurs, les vétérinaires, les employés d’abattoirs.


La brucellose cutanée de contact, par réaction allergique aux antigènes des Brucella, se traduit par une réaction retardée eczématiforme ou urticarienne immédiate des zones en contact avec les viscères d’animaux contaminés et porte aussi le nom d’eczéma des vétérinaires.


On la voit également chez les éleveurs s’occupant du vêlage d’animaux contaminés et en contact avec des avortons brucelliens ou des zones génitales d’animaux contaminés.


Le port systématique de gants devrait éviter ce type d’affection.


La dermatite du rouget du porc ou érysipéloïde de Rosenbach atteint les bouchers, charcutiers, équarisseurs, ouvriers des abattoirs. Placards locaux (au point de piqûre) inflammatoires, rouges, accompagnés par une adénopathie satellite et une petite réaction fébrile.


La guérison est obtenue grâce à la pénicilline.


Chez les personnes en contact avec des animaux, formes cutanées de leptospiroses, rickettsioses, tularémie (transmise par les léporidés), et les syphilis et gonococcies accidentelles en laboratoire lors des manipulations de germes pour analyses.


Pasteurellose : Après morsure par un animal (chien ou chat), peut survenir en quelques heures sur la zone traumatisée une infection à Pasteurella multocida, bactérie commune dans la salive de ces animaux. La région mordue, devient douloureuse, oedématiée et rouge, avec fièvre modérée, puis suppuration avec quelques gouttes de pus sur les points de morsure, sans traitement précoce, dans les 24 heures, par les tétracyclines, possibilité de phlegmon / suppuration chronique, voire syndrome algodystrophique.


Mycobactérioses atypiques : 4 catégories selon rapidité de croissance, capacité à produire du pigment avec / sans lumière


Groupe 1 photochromogène (pigment si lumière) avec M marinum et kansasii


Groupe 2 pigment avec / sans lumière avec M scrufulaceum et szulgai


Groupe 3 pas de pigment M avium inetrcellulare


Groupe 4 : de croissance rapide avec M chelonei, fortuitum, abcessus


Granulomes des commerçants en poissons exotiques, dus à des mycobactéries atypiques. Appelés « granulomes des piscines » ou « granulomes des aquariums », ils sont dus à Mycobacterium marinum (encore appelé balnei), mycobactérie atypique pathogène des poissons, retrouvée dans des eaux douces ou salées stagnantes et contaminant essentiellement dans nos régions les aquariums à poissons tropicaux.


L’infection succède à une inoculation de la bactérie par effraction cutanée, après une incubation pouvant aller de 1 semaine à 2 mois (3 semaines en moyenne).


Les lésions siègent électivement aux doigts, aux mains, sont polymorphes, volontiers papulonodulaires inflammatoires, quelquefois pustuleuses, pouvant s’ulcérer ; dans certains cas, la dissémination lésionnelle se fait le long d’un axe de drainage lymphatique sous forme sporotrichoïde. Le traitement repose sur une antibiothérapie par cyclines, macrolides (clarithromycine), quinolones (ciprofloxacine), Mycobacterium marinum étant peu sensible aux antituberculeux classiques, le traitement doit être prolongé jusqu’à 6 semaines après la cicatrisation.


Les gales d’origine animale entraînent un prurit localisé, spontanément résolutif, car le facteur responsable ne reste habituellement pas chez cet hôte inhabituel qu’est l’être humain.


 


 


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