» ORL généralités des cancers ORL

généralités des cancers ORL


Généralités

Le tabac a un effet carcinogène linéaire, la durée important plus que l’intensité de l’exposition, la stagnation de la salive contenant des carcinogènes pourrait expliquer l’incidence accrue le long des faces latérales de langue et du plancher buccal
Les variations marquées dans l’incidence et localisation des cancers ORL selon les pays sont liés aux modes de consommation différents. Alors que les formes buccales et de l’hypopharynx ne représentent que 3% aux USA, elles représentent 50% à Bombay (mâchage de bétel et de noix d’aréca), les formes du palais dur sont endémiques en Asie où l’on fume avec le bout allumé dans la bouche. La prédominance masculine est marquée en France alors que l’incidence est similaire en Inde. L’alcool est un important cocarcinogène potentialisant l’effet du tabac. L’effet carcinogène s’applique à toute la muqueuse du tractus aérodigestif, d’où le risque de multiple primitifs qui se développent à un taux relativement constant (4 à 7%/an). Le tabac est responsable de 76.6% des cancers et risque X 21.7 si > 60 paquet/année, effet synergistique de l’alcool qui inhibe le métabolisme et clairance du NDMA, = nitrosamine du tabac par action sur l’enzyme P450 2E1. P450 accroît l’activation métabolique des nitrosamines, l’alcool s’associe à déficit en : folates, zinc, vitamine A.
La carcinogenèse implique es adduits, des mutations de P53, polymorphisme de GSTM1.

Des virus sont impliqués dans la pathogenèse des cancers oraux, laryngés et nasopharyngés.
Le rôle de l'Herpès simplex de type 1 (HSV1) et des papillomavirus humains est discuté, ainsi que celui des HPV, une papillomatose laryngée est associée aux HPV 6 et 11, le cancer laryngé étant associé avec HPV 16 et 18.
Cancers ORL associés au HPV dans le SIDA (1) : excès de cancers épithéliaux lors du sida par rapport à la population générale. Risque accru de cancer amygdalien chez l’homme (risque relatif de 2,6 ), mais pas chez la femme. Des études ont montré la forte prévalence de l'infection à HPV dans le SIDA, responsable de CIN et carcinomes. Les thérapies antirétrovirales de type HAART n’ont pas modifié la fréquence des papillomes ni réduit l'évolution de ces lésions vers la malignité
Infection à HPV et pathologie maligne de la sphère ORL(2) : sa prévalence est passée de 16.3% en1984-1989 à 71.7% en 2000-2004, par transmission orogénitale, bien que des cas HPV + ont été décrits avec très peu ou pas de sexe oral. On note une prévalence de la séropositivité à HPV 16, 2 fois plus élevée chez les patients avec carcinome ORL que chez les cas témoins. Le risque de carcinome ORL est associé à la séropositivité à HPV 16, alors que le risque ne semblait pas augmenté pour les autres sérotypes avec une bonne corrélation entre la positivité d’HPV 16 dans la tumeur et le sérum (p < 0,001). Un autre article souligne l’association fréquente entre cancer de l’amygdale et HPV 16, alors que les autres cancers oraux sont HPV -, les cancers laryngés étant parfois associés à ce virus (3).
A été décrit un taux élevé de cancers amygdaliens parmi les époux de femmes atteintes de cancer du col (classiquement lié au HPV, suggérant que le HPV pourrait être impliqué dans le développement de la carcinogenèse des sites amygdaliens)
Les cancers oropharyngés (amygdale + base de langue) sont en forte augmentation suite à une incidence de + en + élevée de l’infection oropharyngée à HPV 16 (patients plus jeunes, non alcoolotabagiques avec adénopathies kystiques et un carcinome basaloïde). L’expression des ARN messagers E6/E7 en est l’indicateur le plus pertinent, sinon PCR / hybridation. Le pronostic paraît meilleur si carcinome oropharyngé HPV + versus le carcinome oropharyngé secondaire à l’alcoolotabagisme. Annales françaises d'Oto-rhino-laryngologie et de Pathologie Cervico-faciale : Volume 129, Issue 1, February 2012, Pages 32–38
Risques professionnels : surtout adénocarcinome sinonasal (travailleurs du nickel, travail du bois et du cuir, le thorotrast est impliqué dans les cancers des sinus paranasaux, l’amiante a été associée à des cancers laryngés. Les seules association avec des radiations sont celles entre les peintures au radium et le cancer des sinus paranasaux. La RTE ne semble pas induire de seconds cancers dans le tractus aéro-digestif
La vitamine A et le bêta-carotène jouent un rôle protecteur, ainsi qu’un régime riche en fibres et fruits
Génétique : multiples anomalies non spécifiques avec LOH en 3p, 17p, 13q, 11q, 6p, 9p, 14q, les mécanismes en causes sont non spécifiques , expression d’oncogènes (myc, ras, neu, bcl, int, ems-1, cycline D1 et hst), inactivation fréquente de p16 (par méthylation, mutation, translocation), amplification des oncogènes ras, neu, int-2, et n-myc. Amplification de EGFR, mutations de p53 dans 40 à 70% et dans 20% des in situ ou dysplasies sévères
Examen clinique :
Comporte en plus de l'examen de la lésionl'évaluation de l'extension locorégionale ganglionnaire par une palpation cervicale, soigneuse chez un patient au cou détendu, qui est présente dans 2/3 des cas au premier examen et qui évalue une éventuelle extension tumorale interstitielle au-delà de l'axe viscéral.
Recherche d'autres localisations des VADS par un examen des fosses nasales, conduits auditifs externes, cavité buccale et oropharynx. Les résultats seront soigneusement reportés sur un schéma daté.
Les moyens mis en œuvre, outre l'examen au miroir laryngé, sont la nasofibroscopie directe, indispensable pour étudier la mobilité laryngée, la panendoscopie directe des VADS avec coloration au bleu de toluidine peut détecter plus de 19 % de lésions tumorales synchrones.
Bilan préthérapeutique
Outre le bilan locorégional et à distance de la tumeur, l'appréciation de l'état général et la recherche d'une tare associée susceptible de modifier la stratégie thérapeutique sont réalisées. Une tare respiratoire, cardio-vasculaire ou hépatique est particulièrement fréquente chez ces patients au long passé alcoolo-tabagique. L'appréciation d'éventuelles tares générales se fait par un examen clinique soigneux (palpation hépatique, examen neurologique, auscultation cardiorespiratoire) et des paramètres biologiques explorant l'état sanguin, nutritionnel et les fonctions hépatiques et rénales. L'évaluation du statut nutritionnel préthérapeutique présente notamment un intérêt majeur car il existe une relation étroite entre l'état nutritionnel préthérapeutique et la morbi-mortalité après le traitement.
un bilan dentaire effectué par un chirurgien dentiste travaillant en concertation avec l'équipe pluridisciplinaire, avec extraction des dents porteuses de caries profondes, de racines résiduelles, de malpositions dentaires et/ou de dents avec parodonte pathologique. Un cliché panoramique de la mandibule est quasi-systématique pour les tumeurs de la cavité buccale.

- lorsque l'indication de conservation dentaire sera bien posée, la mise en route d'une fluoruration topique quotidienne sera proposée aux patients devant bénéficier d'une radiothérapie externe. Ce traitement consiste soit à appliquer quotidiennement un gel fluoré au moyen de gouttières souples personnalisées, soit à utiliser un dentifrice à haute teneur en fluor.
L'imagerie comporte une échographie cervicale (ganglions (taille, indice de Solbiati), loge HTE (larynx)).
La tomodensitométrie (TDM) et résonance magnétique nucléaire (RMN) souffrent d'un manque de spécificité. Tumeur, infection, inflammation peuvent aboutir à des caractéristiques superposables en imagerie. Nécessité d'une preuve histologique lorsqu'un traitement est envisagé et confrontation de l'imagerie avec la clinique, la biologie et l'anatomopathologie.

Le choix entre tomodensitométrie et RMN reste controversé. La plupart des spécialistes de l'imagerie ORL recommandent une RMN de première intention en raison de sa plus grande capacité à rechercher une extension tumorale aux espaces profonds dans les tissus mous ou le long du nerf dentaire inférieur (tumeur de cavité buccale), elle permet une meilleure visualisation en 3D. Le scanner étant réservé aux cas de suspicion d'envahissement osseux mandibulaire. Cependant, malgré sa moins bonne spécificité, la tomodensitométrie bien plus disponible offre à l'heure actuelle le meilleur rapport coût/bénéfice et elle est souvent demandée en première intention. Cet examen offre une meilleure résolution spatiale explorant aussi bien les tissus mous que l'os et reste supérieur à la RMN pour la recherche d'adénopathies. Sa réalisation ne nécessitant que 15 à 20 minutes, la scanographie est moins sensible aux mouvements que la RMN. L'IRM a également ses avantages. Elle n'utilise pas de radiations ionisantes ou d'iode ; elle permet une meilleure différenciation entre tissu tumoral et muscle ; elle est plus sensible pour détecter un envahissement de la moelle osseuse et l'atteinte du canal dentaire inférieur ; elle est moins parasitée que la TDM (4). Elle doit en plus bénéficier dans les années à venir d'améliorations techniques.

Le scanner et la RMN sont de référence pour les tumeurs des tissus mous qui peuvent survenir occasionnellement (5).
Tomodensitométrie et résonance magnétique peuvent s'avérer négatives pour des lésions superficielles. Inversement, elles peuvent mettre en évidence un envahissement tumoral chez des patients asymptomatiques ou dont l'examen clinique est sans particularité.
La tomodensitométrie doit être pratiquée après retrait des prothèses dentaires, avec injection de produit de contraste, réalisation de coupes en fenêtres « parties molles » et « osseuse et cartilagineuse », ainsi qu'en Valsalva, et coupes millimétriques pour préciser la localisation de la tumeur et ses extensions. Deux séries doivent être réalisées dont une dans un plan parallèle à la mandibule. Des coupes coronales aident à définir une invasion des régions profondes. Ces dernières deviennent obligatoires en cas d'atteinte du palais mou. Lorsque des coupes coronales ne sont pas réalisables, le scanner spiralé, qui permet des reconstructions, donne de bonnes informations anatomiques. Dans les tumeurs du larynx on recherchera un envahissement de la loge HTE, une disparition du liseré graisseux paraglottique, une condensation ou une lyse cartilagineuse (aryténoïde, thyroïde et cricoïde), une perte de l'ovalité sous-glottique. Pour les petites tumeurs Tl superficielles du plan glottique, le scanner a cependant peu d'intérêt.
Des adénopathies rondes à centre clair témoignent de la présence de nécrose.
L'étude en RMN est réalisée à l'aide d'une antenne crâne ou, au mieux, avec une antenne tête et cou. La bonne information du patient sur le déroulement de l'examen et l'obtention de sa coopération sont essentielles au bon déroulement des acquisitions. L'examen va comporter des vues sagittales, coronales et axiales. Après un repérage sagittal rapide, on réalise des coupes axiales pondérées en Tl. Des coupes en spin-écho T2 sont indispensables pour une bonne différenciation tissulaire. Il est préférable, pour l'acquisition d'images en séquence Tl, d'utiliser le spin-écho plutôt que les séquences rapides (écho de gradient) plus parasitées par les mouvements. Dans le bilan des tumeurs cancéreuses, l'injection de gadolinium est de pratique courante pour bien visualiser les muqueuses et une prise de contraste anormale d'origine tumorale. Néanmoins, la présence de graisse dans les espaces parapharyngés et la langue oblige à réaliser systématiquement la même séquence avant et après injection. En effet, l'utilisation de gadolinium d'emblée risque de masquer un envahissement des espaces graisseux. Une acquisition avec technique de suppression du tissu graisseux est par ailleurs recommandée.
Lors des séquences Tl, les lésions tumorales présentent un signal d'intensité intermédiaire comparable à celui des tissus musculaires, rendant l'identification de petites lésions difficile. Lors des séquences T2, l'intensité du signal va de l'hypo à l'hyperfixation selon le degré de cellularité et le contenu en eau de la région. Pour les mêmes raisons, la prise de contraste peut être plus ou moins homogène. En général, les grosses tumeurs sont plus nécrotiques et donc plus hétérogènes.
En imagerie, le meilleur critère d'envahissement tumoral ganglionnaire est la présence d'une prise de contraste périphérique avec hypodensité centrale qui témoigne d'une nécrose tumorale. Les autres arguments sont, pour les ganglions, une taille supracentimétrique, le regroupement d'au moins trois d'entre eux de taille limite dans le territoire de drainage de la lésion primitive et un contour plutôt elliptique que sphérique.

Le bilan paraclinique comporte également une radiographie des poumons de face et de profil, complétée d'un examen tomodensitométrique thoracique au moindre doute (systématique pour certains, mais les études actuelles coût/bénéfice ont démontré qu'elle n'était pas supérieure aux radiographies simples) et l'échographie hépatique est systématique pour certaines équipes.

Lésions prénéoplasiques : leucoplasie et érythroplasie (celle-ci comporte de l’in situ ou infiltrant dans la moitié des cas). Les lésions blanches peuvent être confondues avec une mucite ; lichen plan ; irritation mécanique, thermique ou chimique ; histoplasmose ; candidose. Toute modification suspecte doit être biopsiée

Clinique : Dysphagie, odynophagie (surtout si oro- ou hypopharynx, oesophage), otalgie, dysphonie (larynx), irrégularités muqueuses, ulcération, douleur, amaigrissement, masse cervicale sont les signes les plus fréquents. En cas d’otites chroniques penser à un nasopharynx si polypes unilatéraux nasaux, obstruction nasale ou épistaxis, penser à un primitif de cavité nasale ou des sinus paranasaux. Des patients se présentent avec une masse cervicale sans porte d’entrée avec nécessité d’un bilan endoscopique, les primitfs occultes les plus fréquents sont dans le nasopharynx, base de langue, amygdale ou hypopharynx.
Des métastases N+ supraclaviculaires gauches (ganglion de Virchow) peuvent se voir avec un cancer intra-abdominal.
Traitement  : la chirurgie et la RTE sont la base du traitement des carcinomes ORL. Pour les tumeurs peu évoluées N0 (stade I ou II), exérèse large ou RTE (meilleurs résultats fonctionnels et cosmétiques, mais contrôle local moins optimal avec cependant possibilité de reprise chirurgicale en cas de récidive), les résultats sont similaires pour les 2 méthodes.
Pour les tumeurs plus évoluées (stade III ou IV), combinaisons de RTE pré- ou postopératoire avec exérèse chirurgicale complète. Possibilité pour certaines tumeurs du larynx de radiochimiothérapie conservatrice d’organe.

Cavité Orale : le carcinome de la lèvre est le plus fréquent de la cavité buccale (> 90% de lèvre < sur le rebord vermillon), ceux de la lèvre > sont surtout des carcinomes basocellulaires.

Langue  : ¼ des carcinomes de la cavité buccale, prédomine dans 2/3 antérieurs de langue, paroi latérale et face ventrale

Facteurs pronostiques des carcinomes epidermoides O.R.L.(6 ;7) :

- Facteurs liés aux patients (pas d’influence formelle de l’âge et du sexe), l’opinion concernant l’âge n’est cependant pas partagée par tous les auteurs (8). L’état général est un facteur important (indice de Karnovski ainsi que l’état nutritionnel).
- Localisations tumorales : ceci est lié au degré plus ou moins marqué de lymphophilie et à la réponse à la radiothérapie et aux chimiothérapies (les tumeurs hypopharyngées répondent plus mal).
- Le stade qui est le facteur prédominant sur lequel se base l’essentiel du traitement (dimensions et mobilité de la lésion, extension aux structures musculaires et/ou osseuses.
- Le caractère exophytique ou infiltrant (plus péjoratif).
- L’épaisseur tumorale.
- Le statut ganglionnaire ; métastase avec ou sans rupture capsulaire, site de la métastase, nombre de ganglions envahis
- Les facteurs liés aux traitements :
- Qualité des marges d’exérèse qui sont très importantes ainsi que la présence ou non de perméations néoplasiques lymphatico-vasculaires.
- Réponse à la radiothérapie et la possibilité ou non d’effectuer le traitement dans les délais habituels ou non avec ou sans interruption.
- Réponse à la chimiothérapie d’induction, à noter cependant qu’aucune preuve formelle de l’efficacité de la chimiothérapie sur la survie n’a été apportée par les nombreux essais effectués depuis 20 ans.

La chimiothérapie en ORL correspond à 3 catégories :

- néoadjuvante, pour réduire le stade avant chirurgie ; taux de réponse de 70 à 90% (complète dans 20 à 50%), la réponse à la chimiothérapie prédit la réponse à la RTE. La chimiothérapie néoadjuvante n’améliore pas le pronostic (9).
- chimioradiothérapie concomitante avec du platine, qui est une méthode conservatrice d’organe qui donne des résultats intéressants avec une toxicité certaine mais plus de réponses et un taux accru de contrôle local.
- chimiothérapie adjuvante, pour réduire le risque d’échec locorégional ou à distance après traitement local, mais absence d’amélioration de la survie. La chimiothérapie doit être effectuée le plus vite possible soit avant soit pendant la RTE

Traitements palliatifs (10).

Les traitements palliatifs s’adressent aux patients avec des tumeurs évoluées ou pour les récidives après un traitement de type curateur, l’essentiel du traitement est donc de traiter les symptômes.
La douleur compressive qui peut siéger dans les parois cervicales, la région ptérygo-maxillaire, les sinus de la face. Dans le cou, les récidives peuvent s’accompagner de compression laryngée ou pharyngo-laryngée, d’une compression neurologique dans le défilé des scalènes avec un syndrome sensitivo-moteur cervico-brachial ou du plexus cervical avec névralgie péri-auriculaire de type Arnold.
Une récidive de la fosse ptérygo-maxillaire pouvant aboutir à un trismus algique invincible, l’atteinte des sinus de la face et de l’orbite par contiguité peut être responsable d’une tuméfaction douloureuse et de troubles de la vision ou de loculo-motricité. La douleur observée dans ces cas est le plus souvent intense, constante, aggravée par les sollicitations mécaniques et domine la clinique, elle retentit de façon marquée sur l’état général et doit donc être traitée en premier lieu.
Les difficultés alimentaires : elles sont fréquentes, dysphagie douloureuse par ulcération tumorale , gêne à la mastication par trismus, perte d’appétit liée à la douleur, sténose obstructive empêchant le passage des aliments voire des liquides avec rejet par les fosses nasales.
Orostome ou pharyngostome créé par l’évolution tumorale, ces difficultés alimentaires si elles ne sont pas rapidement traitées aboutissent à une baisse parfois marquée de l’état général compromettant les éventuels traitements prévus.
Difficultés respiratoires : elles doivent être dues soit à la tumeur aboutissant à une dyspnée trachéale ou laryngée, elles peuvent être dues aussi à des fausses routes plus ou moins importantes, le plus souvent dues à un obstacle tumoral basi-lingual épiglottique ou à une paralysie pharyngo-laryngée.
Ces troubles respiratoires peuvent aboutir à des états d’urgence d’étal nécessitant un traitement immédiat.
Les moyens thérapeutiques à disposition : le traitement antalgique bien sûr qui obéit aux règles classiquement admises de la gradation des classes médicamenteuses et posologies. Il ne faut pas recourir aux opiacés
L’alimentation : le plus souvent, la procédure la plus adaptée, lors de difficultés alimentaires est la mise en place d’une sonde d’alimentation qui peut, dans certains cas, s’avérer difficile du fait de l’obstacle tumoral responsable des troubles alimentaires. Une dérivation alimentaire de type gastrostomie n’est que rarement retenue, en cas d’impossibilité de pose de sonde naso-gastrique dans une situation clinique déjà très évoluée, il est bien sûr nécessaire d’avoir recours à une diététicienne pour vérifier que le type d’aliments, leur quantité et le débit d’administration sont corrects et que les conditions matérielles sont réunies pour assurer le maintien à domicile de cette sonde naso-gastrique ou de la gastrostomie.
En cas de difficultés respiratoires la corticothérapie parentérale à forte dose est en général le premier moyen thérapeutique utilisé. Il peut être cependant nécessaire de recourir rapidement à une trachéotomie. On peut parfois aussi recourir à une désobstruction par laser. Dans certains cas, la trachéotomie peut s’avérer difficile à réaliser du fait d’un important volume tumoral cervical ou du fait d’une extension tumorale endoluminale très largement sous-glottique. Le traitement palliatif n’empêche pas de prescrire un traitement cancérologique spécifique, en particulier des protocoles d’irradiation sont en cours d’évaluation, de même qu’il est toujours possible de prescrire une chimiothérapie en tenant compte cependant des effets secondaires, parfois majeurs. Le schéma thérapeutique le plus souvent proposé, quand l’état général du patient le permet, est l’association simultanée d’une nouvelle irradiation et d’une chimiothérapie par voies générales, en particulier pour les volumineuses récidives ganglionnaires compressives.
Une ré-irradiation est possible sur récidive ou second primitif à 46 Gy avec un boost de 60 à 66 Gy, avec des résultats similaires à celui d’un traitement classique (11).

Épidémiologie : avec16 000 cas / an, les cancers des VADS sont au 5ème rang des cancers les plus fréquents en France, avec 80 % d’hommes, mortalité de 5 000 / an.

Topographie
 
Histologie la plus fréquente
 
Principaux facteurs de risque
Répartition
Cavité buccale
Carcinome épidermoïde
Synergie alcool et tabac
20-25 %
Oropharynx
 
 
10-15 %
Hypopharynx
 
 
25-30 %
Larynx
 
 
30-35 %
Sinus Ethmoïde, Fosses nasales
Adénocarcinome
 
Exposition aux poussières de bois, poussières de cuir (expositions professionnelles)
< 1 %
 
Nasopharynx, Cavum, Rhinopharynx
 
Carcinome indifférencié du nasopharynx (UCNT *)
Virus Epstein Barr (EBV) ou origine géographique (méditerranée, Asie du sud-est)
 
< 1 %
 
Les cancers épidermoïdes ORL représentent en France > 90 % des cancers des VADS.
Le tabac et l’alcool en sont les principaux facteurs de risque (effet synergique), leur absence ne doit pas faire éliminer le diagnostic.
Chez l’homme, baisse de l’incidence (diminution de la consommation d’alcool et tabac avec - 5 % entre 2000 et 2005), augmentation d’incidence chez la femme avec + 1,6 % entre 2000 et
2005) suite à l’augmentation de la consommation alcoolotabagique.
Diagnostic et bilan initial confirme le diagnostic / type histologique de la tumeur, détermine le stade (examen clinique complet ORL + palpation inspection et palpation endobuccales, otoscopie, et l’examen des aires ganglionnaires), dépiste une autre tumeur primitive synchrone (surtout autre localisation aérodigestive dont poumon et œsophage), recherche les comorbidités et contre-indications aux différentes options thérapeutiques ; nécessité du dispositif d’annonce et éventuelle évaluation gériatrique
Les cancers des VADS sont initialement pauci-symptomatiques. Le diagnostic doit être évoqué devant tout symptôme ORL unilatéral et persistant, en particulier devant une adénopathie cervicale isolée (qui doit faire l’objet en priorité d’un bilan ORL et de la cavité buccale) et otalgie unilatérale avec otoscopie normale. Le diagnostic peut être suspecté en cas d’altération de l’état général et d’amaigrissement chez un patient à risque. L’expression première par une métastase à distance est rare.
 
Principaux signes cliniques selon la topographie tumorale
Topographie de la tumeur
Signes cliniques
Sinus, fosses nasales, cavum
 
Obstruction nasale, rhinorrhée, épistaxis, déformation faciale, diplopie, hypoacousie, anosmie
Cavité buccale, Oropharynx
 
Ulcération infiltrée souvent indolore et persistante, tuméfaction, trouble de la mobilité linguale, otalgie réflexe, mobilité dentaire ou instabilité prothétique, gingivorragie, gêne à la déglutition, odynophagie, anesthésie du V3
Hypopharynx
Dysphagie, otalgie réflexe, dysphonie, douleur
Larynx
Dysphonie, dysphagie, dyspnée
Toute topographie
Adénopathie cervicale isolée
 
Examens complémentaires
Endoscopiedes VADS systématique, sous AG avec biopsie, évaluation de l’extension locorégionale, recherche de second primitif synchrone des VADS (+ bronches et œsophage).
L’imagerie apprécie l’extension tumorale locorégionale + aires ganglionnaires cervicales, par TDM et/ou IRM. Le scanner cervico-facial est souvent associé à un scanner thoracique(recherche de localisations pulmonaires synchrones), +/- échographie hépatique (si perturbation du bilan hépatique). La TEP n’est pas indiquée à titre systématique, discutée si risque élevé de métastases (tumeurs du cavum ou N+ cervicales sans porte d’entrée).
Marqueurs tumoraux non indiqués
Le bilan biologique (hépatique, rénal, NFS, plaquettes, ionogramme, albuminémie) et l’évaluation cardiovasculaire sont systématiques.
L’évaluation nutritionnelle initiale (mesure de l’IMC) avec restauration d’un bon équilibre nutritionnel avant le traitement est importante et conditionne le pronostic (parfois sonde nasogastrique voire gastrotomie d’emblée).
Traitement des pathologies dentaires associées (caries, parodontopathies), aggravées par la radiothérapie (+/- chimiothérapie), sacrifices osseux et dentaires liés à la chirurgie. Donc bilan dentaire systématique avec cliché panoramique dentaire. Selon le champ irradié, mise en place de gouttières dentaires de fluoration de manière définitive.
Reference List (1) Truc G, Horiot JC, Maingon P, Barillot I. Bull Cancer 2000 ; 87(FMC5):9-20. (2) Becker M, Moulin G, Kurt AM, Dulgerov P, Vukanovic S, Zbaren P et al. Non-squamous cell neoplasms of the larynx : radiologic-pathologic correlation. Radiographics 1998 ; 18(5):1189-1209. (3) Spano JP, Faivre S. [Non-AIDS-related malignancies : prognostic and treatment]. Bull Cancer 2003 ; 90(5):413-418. (4) El Mofty SK, Lu DW. Prevalence of human papillomavirus type 16 DNA in squamous cell carcinoma of the palatine tonsil, and not the oral cavity, in young patients : a distinct clinicopathologic and molecular disease entity. Am J Surg Pathol 2003 ; 27(11):1463-1470. (5) Renaud-Salis JL. [Prognosis of epidermoid carcinoma of oropharyngeolaryngeal region]. Rev Prat 1995 ; 45(7):855-860. (6) Renaud-Salis JL, Blanc-Vincent MP, Brugere J, Demard F, Faucher A, Gory-Delabaere G et al. [Standards, options and recommendations (SOR) for clinical care of squamous cell carcinoma of the oropharynx. Groupe de travail SOR]. Bull Cancer 1999 ; 86(6):550-572. (7) Brunin F, Rodriguez J, Cougniot-Lescure S, Point D, Jaulerry C, Brugere J. [Management of laryngeal cancers]. Rev Prat 1995 ; 45(7):848-854. (8) Holland JF, Frei EI, Bast RC, Jr., Kufe DW, Pollock RE, Weichselbaum RR et al. Cancer medicine. 5th ed. Williams and Wilkins, 2000. (9) Daly-Schveitzer N, David JM, Bachaud JM. [Palliative treatments of cancers of upper respiratory and digestive tracts]. Rev Prat 1995 ; 45(7):865-868. (10) Kasperts N, Slotman BJ, Leemans CR, de Bree R, Doornaert P, Langendijk JA. Results of postoperative reirradiation for recurrent or second primary head and neck carcinoma. Cancer 2006 ; 106(7):1536-1547.


Documents de pathologie humaine du service d’anatomie pathologique du CFB de Caen et du CHPC de Cherbourg. L ’UTILISATION DES INFORMATIONS FOURNIES SE FAIT SOUS L’UNIQUE RESPONSABILITE DE L’UTILISATEUR. Les concepteurs et réalisateurs de cette base ne sauraient en aucun cas être tenus pour responsables des conséquences d’une utilisation non contrôlée des informations fournies.

Performed by Arnaud Legrand 2009 © All Rights Reserved.