» NERFS Pathologies neurosensorielles d'origine médicamenteuse

Pathologies neurosensorielles d’origine médicamenteuse


Pathologies neurosensorielles d’origine médicamenteuse :
Troubles de la vision d’origine médicamenteuse :
Certains médicaments, responsables de parésie des muscles oculomoteurs / palpébraux troublent la vue par le ptôsis ou la diplopie qu’ils provoquent.
Des paralysies oculomotrices imputées à la vincristine ont été décrites.
Les syndromes myasthéniques, avec diplopie révélée par différents médicaments sont classiques. Ils impliquent la D-pénicillamine, certains antibiotiques (aminosides, polymyxines...), la quinidine, la phénytoïne, le lithium, certains bêtabloquants...
Certains médicaments sont responsables de dépôts cornéens (amiodarone) / mydriase / cataracte ou glaucome (glucocorticoïdes) ; érosions cornéennes au 5-FU, hémorragies intraoculaires sur anticoagulants…
Les médicaments à propriétés atropiniques antimuscariniques, provoquent une mydriase avec gêne à la vision, surtout de près ( antiparkinsoniens de synthèse, tel que le trihéxyphénidyle (Artane), antidépresseurs tricycliques, neuroleptiques), ils augmentent aussi la pression intraoculaire, et sont contre-indiqués en cas de glaucome à angle fermé.
Certains médicaments, provoquent des anomalies du champ visuel, dyschromatopsie, baisse de l’acuité, voire hallucinations visuelles.
La rétinopathie induite par les antipaludéens (chloroquine, hydroxychloroquine) n’est pas décrite en prophylaxie du paludisme, mais se voit à long terme, dans le traitement de la polyarthrite rhumatoïde et des collagénoses (rare si la posologie quotidienne n’excède pas 250 mg). Débute par des anomalies du champ visuel, avec scotome central, puis anomalies visibles au FO (dépigmentation) et séquelles définitives.
Névrite optique rétrobulbaire sous éthambutol voire chloramphénicol, avec lésions bilatérales, diminution de l’acuité visuelle, scotome central et dyschromatopsie, effet lié à la dose, qui régresse le plus souvent, à l’arrêt du traitement. Photophobie, baisse de l’acuité visuelle voire hallucinations décrits avec le métronidazole (Flagyl). La digoxine provoque parfois un flou visuel, altération de la perception des couleurs, voire des hallucinations visuelles ou une cécité transitoire.
L’ibuprofène et autres AINS peut rarement provoquer des anomalies visuelles (diminution de l’acuité visuelle, dyschromatopsie ou anomalie du champ visuel).
 
Troubles du goût et de l’odorat d’origine médicamenteuse : hypo- ou agueusie, hypo- ou anosmie, dysgueusie ou dysosmie qui s’accompagnent de réactions affectives significatives, et se soldent souvent par l’arrêt de la prise du médicament. Médicaments responsbles :Inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC), AINS, rares cas d’hypogueusie / dysgueusie sous diverses pénicillines et céphalosporines, sulfamides ou tout autre antibiotique, antifongique, antiprotozoaires, et antiviraux ; antithyroïdiens de synthèse, vitamine D, psychotropes dont le carbonate de lithium, zolpidem (Stilnox), certains antimitotiques (méthotrexate, doxorubicine, azathioprine, carmustine).
Troubles de l’audition et de l’équilibre d’origine médicamenteuse : Les symptômes cochléaires s’expriment par une perte auditive, voire surdité, des acouphènes, souvent associés.
Les symptômes vestibulaires, vertige, instabilité et nystagmus, s’accompagnent de manifestations neurovégétatives (nausées et vomissements) et émotionnelles (anxiété).
Plus de 130 médicaments sont potentiellement ototoxiques. Médicaments incriminés : Aminoglycosides et autres antibiotiques (tout aminoside comporte un risque potentiel d’ototoxicité, irréversible dans près de 50 % des cas, la néomycine est le médicament le plus toxique pour la cochlée, alors que la streptomycine léserait surtout le vestibule. Risque lié aux fortes posologies quotidiennes, dose totale cumulée, insuffisance rénale associée, âge, association à d’autres médicaments potentiellement ototoxiques. Les autres antibiotiques sont moins ototoxiques (macrolides). AINS : ototoxicité dans 0,3 à 1,7 %, les posologies > 3 à 4 g/j, engendrent des acouphènes et troubles auditifs chez près de 50 % des patients, réversibles en quelques jours à l’arrêt du traitement. Diurétiques de l’anse, ototoxicité réversible, chez des insuffisants rénaux. Antipaludéens : ototoxicité réversible si doses thérapeutiques > 200 à 300 mg/j, avec 20 % d’acouphènes. Instabilité, ataxie et perte auditive ont aussi été imputées à la chloroquinine et à la méfloquine, dans certains cas de façon sévère et définitive.
Chimiothérapie : Le cisplatine est le plus ototoxique des antimitotiques.
Médicaments responsables de faux-vertiges : par hypotension artérielle, orthostatique ou non (alphabloquants, vasodilatateurs, antihypertenseurs, antiparkinsoniens dopaminergiques), hypoglycémie (antidiabétiques) ou trouble de la vigilance (sédatifs).
Médicaments responsables d’un syndrome vestibulaire central : avec instabilité, ataxie, nystagmus parétique du regard, altération de la suppression du réflexe oculovestibulaire par la fixation, sans syndrome cochléaire associé.
Tous les psychotropes dépresseurs du SNC (antiépileptiques, antidépresseurs, anxiolytiques, hypnotiques, opiacés, neuroleptiques, alcool...) provoquent de tels troubles, surtout à fortes doses.
 
Neuropathies et médullopathies d’origine médicamenteuse :
Neuropathies médicamenteuses : surtout sensitive, avec paresthésies distales des membres inférieurs d’aggravation progressive, plus rares sont les neuropathies sensitivomotrices, les polyradiculonévrites et exceptionnelles les neuropathies motrices.
Médicaments très neurotoxiques : chimiothérapie avec les Alcaloïdes de la pervenche (hémopathies malignes), paresthésies des extrémités ou péribuccales, dès les premières semaines du traitement chez 60 % des patients, aréflexie tendineuse achilléenne quasi constante, parfois atteinte des nerfs crâniens ou végétative. La vincristine a un effet neurotoxique sur le système nerveux périphérique plus important que la vindésine et la vinblastine. La vinorelbine, induit une neuropathie sensitive chez 78 % des patients au bout de 24 cycles de traitement à la dose de 25 mg/m². Le cisplatine est neurotoxique à partir de 400 mg/m² (paresthésies distales, troubles de la pallesthésie, de l’arthrokinésie et aréflexie ostéotendineuse). Une ataxie sensitive se voit au cours de l’exposition prolongée à de fortes doses. Le carboplatine est moins neurotoxique. La neurotoxicité des taxanes est la principale complication limitant leur utilisation.
Antituberculeux : isoniazide avec neuropathie périphérique, dose-dépendante chez 1 ou 2 % des patients aux posologies habituelles (5 mg/kg), jusqu’à 10 à 15 % des patients si doses supérieures.
Antiviraux : sauf la zidovudine (Rétrovir) qui n’a qu’une toxicité musculaire, toutes les autres molécules de la HAART ont une action neurotoxique.
L’amiodarone (Cordarone) peut provoquer une neuropathie périphérique dose-dépendante (atteinte proprioceptive au 1er plan avec instabilité à la marche et aréflexie diffuse). Plus rarement, il s’y associe un tremblement essentiel, un syndrome cérébelleux ou une dysautonomie.
La régression à l’arrêt du traitement est lente car la demi-vie de l’amiodarone est longue.
Le thalidomide est utilisé dans le traitement de certaines affections dermatologiques : lupus discoïde, maladie de Behçet et lèpre et dans le myélome. La neuropathie est dose-dépendante survenant après 400 à 500 mg/j, avec des crampes et paresthésies des pieds puis des MS avec hypoesthésie au tact et à la douleur. Les achilléens sont fréquemment abolis.
La récupération est souvent lente et incomplète à l’arrêt du traitement.
Médicaments potentiellement neurotoxiques :
Anti-infectieux :
Métronidazole (Flagyl) : cas de neuropathie lors de l’utilisation prolongée du médicament (Crohn).
Nitrofurane (Furadantine) :
Antiviraux : L’IFN alpha hormis les céphalées, myalgies et troubles cognitifs, cas de neuropathies distales et mononeuropathies multiples.
Rhumatologie :
Sels d’or : polyneuropathies / polyradiculonévrites, avec récupération.
Colchicine : rare atteinte du nerf périphérique chez des insuffisants rénaux traités au long cours.
L’évolution est favorable à l’arrêt du traitement.
 
Le disulfirame (Espéral), utilisé lors du sevrage chez l’alcoolique chronique, peut induire des neuropathies sensitivomotrices lors de son utilisation à des posologies supérieures à 125 mg/jour.
Dermatologie :
La dapsone (Disulone), utilisée comme traitement de la lèpre, du pyoderma gangrenosum et des maladies bulleuses peut induire une neuropathie dose-dépendante d’apparition tardive.
La neuropathie est essentiellement motrice avec déficit quadridistal. L’EMG est en faveur d’une atteinte axonale.
Immunosuppresseurs :
Ciclosporine avec rares cas de neuropathie périphérique. Tacrolimus FK 506 aveccas de polyradiculonévrite.


Médullopathies médicamenteuses : Des cas de paraplégie / syndrome de la queue de cheval ont été décrits après injection intrathécale de méthotrexate, le degré de récupération est variable, plus péjoratif en cas d’atteinte périphérique associée. Rare évolution mortelle avec paralysie rapidement ascendante. Rares cas de myélopathies nécrosantes transverses après injection locale.


La Cytarabine à fortes doses, en intrathécal peut induire une paraplégie ou un syndrome de la queue de cheval.



Documents de pathologie humaine du service d’anatomie pathologique du CFB de Caen et du CHPC de Cherbourg. L ’UTILISATION DES INFORMATIONS FOURNIES SE FAIT SOUS L’UNIQUE RESPONSABILITE DE L’UTILISATEUR. Les concepteurs et réalisateurs de cette base ne sauraient en aucun cas être tenus pour responsables des conséquences d’une utilisation non contrôlée des informations fournies.

Performed by Arnaud Legrand 2009 © All Rights Reserved.