» CERVEAU Agnosie visuelle

Agnosie visuelle


Agnosie visuelle : incapacité à reconnaître des informations visuelles antérieurement connues du patient, en l’absence de trouble sensoriel élémentaire, de trouble du langage, de la mémoire ou de l’intellect, alors que la reconnaissance s’effectue immédiatement par un autre canal sensoriel. L’agnosie visuelle peut exister de façon globale, intéressant toutes les catégories de stimuli visuels, ou de façon dissociée.
L’agnosie pour les objets / images, des couleurs, des symboles graphiques et celle des physionomies ou prosopagnosie en sont les aspects principaux. Survenue d’emblée, ou après cécité corticale, l’acuité visuelle récupérant progressivement, alors que la reconnaissance reste perturbée.
Causes : traumatismes crâniens, séquelles d’anoxie cérébrale ou d’intoxication par CO, encéphalites. Les accidents ischémiques bilatéraux de l’artère cérébrale postérieure et les tumeurs spléniales sont plus rares.
Le comportement des patients avec agnosie visuelle est caractéristique ; ils ne peuvent reconnaître des objets, alors que la palpation ou l’audition d’un bruit caractéristique entraîne une identification immédiate. Les patients ne peuvent ni dénommer le stimulus, ni mimer son usage.
La reconnaissance visuelle des objets nécessite l’activation par niveaux successifs de plusieurs représentations mentales (structurale, sémantique et lexicale), fonctionnellement indépendantes et dissociables par des tâches spécifiques.
Niveau sensoriel - agnosie de formes :
Le traitement sensoriel des informations visuelles est assuré par un ensemble fonctionnel : cellules ganglionnaires de la rétine, corps genouillés latéraux, aires corticales visuelles striées et parastriées ; ce système code en parallèle les traits physiques élémentaires tels que l’intensité lumineuse, la fréquence spatiale, la profondeur, et les intègre en utilisant les principes de groupement et colinéarité. Comportement de type cécité corticale, mais identification des couleurs et des mouvements. Le trouble s’extériorise dans certaines épreuves : différenciation fond/forme et discrimination des formes différentes (test d’Efron).
Niveau structural - agnosies aperceptives : Après réalisation de l’esquisse primaire 2D, le traitement de l’information visuelle plus complexe, inclut progressivement les notions de profondeur et de distance relative, la perception se structure, mais reste incomplète, instable et dépend encore du point de vue et de l’angle sous lequel est observé d’objet ; elle change lorsqu’on se déplace ou qu’on fait tourner l’objet sur lui-même. L’image est dite égocentrée.
Formes les plus caractéristiques chez des patients avec lésions hémisphériques postérieures droites.
Les patients sont perplexes face à l’objet : erreurs de reconnaissance de type morphologique visuel avec des circonlocutions descriptives de compensation. Troubles de copie de dessins /d’appariement d’objets/ formes identiques, échec aux épreuves dites de décision d’objet et épreuves de reconnaissance d’objets sous un angle de vision insolite, alors que les mêmes objets, présentés sous un angle de vision habituel, sont correctement identifiés. Les objets avec peu de détails sont plus vite et mieux reconnues que les formes complexes. La copie est possible, mais très lente et servile, détail par détail.
Agnosie associative : atteinte des associations visuosémantiques, les patients font sans signe de perplexité ni de recherche mentale des réponses erronées. Les patients ne peuvent mimer l’usage de l’objet. Le trouble le plus caractéristique est l’incapacité à apparier des objets / images différentes, mais de même usage fonctionnel et/ou appartenant à la même catégorie sémantique : une lampe et une bougie ou une montre, un réveille-matin et une pendule, alors que l’appariement de formes identiques est conservé.
Aphasie optique : défaut de verbalisation du stimulus, qui dépend des aires du langage de l’hémisphère gauche, par dysconnexion calleuse entre les représentations visuosémantiques et les aires du langage. Trouble de dénomination sur canal visuel pur et isolé, les autres épreuves verbales, le mime d’objets et les descriptions de l’objet faites par le patient attestant de sa bonne reconnaissance visuelle de l’objet.
Alexie sans agraphie ou alexie pure : perturbation sévère de la lecture avec préservation de l’écriture spontanée et sous dictée et de la capacité à reconstituer la prononciation d’un mot épelé oralement. Difficulté de l’identification de lettres isolées (alexie littérale), mais elles peuvent alors s’amender si le sujet en trace le contour avec le doigt (facilitation kinesthésique) ou prédominent sur les mots (alexie verbale). La lecture est lente et laborieuse, avec déchiffrage lettre par lettre, erreurs visuelles dont la fréquence augmente avec la longueur du mot. La copie est impossible ou malhabile.
Troubles de la vision et de la reconnaissance des couleurs :
Achromatopsie cérébrale : sur lésion cérébrale acquise, se distingue ainsi des achromatopsies héréditaires, autosomales récessives ou liées à l’X. Elle est souvent associée à une hémianopsie altitudinale et à la prosopagnosie. Les patients ne voient plus les couleurs, tout est gris, marron, ou noir et blanc. Le coloriage, la discrimination des gris et l’imagerie mentale colorée sont conservés.
Anomie des couleurs : trouble de désignation / dénomination des couleurs sans trouble de discrimination ni de perception colorée. L’association à l’alexie pure est constante.
La prosopagnosie est plus fréquente que l’agnosie d’objet. Incapacité à reconnaître l’identité d’un visage connu, y compris les personnes familières (parents, amis), voire le patient lui-même, en l’absence de déficit sensoriel et intellectuel. Le sujet reste capable d’identifier la personne par sa voix, des traits distinctifs (habillement, stature) ou détails visuels (moustache, grain de beauté) ou de déterminer l’âge / sexe de la personne et l’expression de son visage, grande gêne à mémoriser de nouveaux visages, y compris ceux des soignants qui s’occupent d’eux.
Diagnostic différentiel :
Cécité corticale, dont l’agnosie visuelle est souvent une forme évolutive ;
Aphasie, confondue avec l’agnosie associative si examen superficiel ; les tâches spécifiques de la structuration perceptive : appariements, tâches de décision d’objets, reconnaissance et appariements d’objets présentés en vision insolite et en vision prototypique, énumération des traits visuels caractéristiques, sont discriminantes ;
Aphasie optique et alexie pure qui sont des formes frontières entre l’aphasie et l’agnosie visuelle.
Certains syndromes neurovisuels sont, souvent associés à l’agnosie visuelle : héminégligence, désorientation visuelle, avec difficultés d’évaluation de la distance / position / orientation, troubles de la mémoire topographique ;
La simultagnosie est un trouble d’interprétation des scènes et des images complexes : les sujets explorent l’image élément par élément, reconnaissent ceux-ci individuellement, mais ne les intègrent pas en un ensemble significatif ; on considère aujourd’hui qu’il s’agit d’un trouble d’attention visuelle ;
Le syndrome de Balint avec paralysie psychique du regard= difficulté à orienter le regard vers un point du champ visuel lorsqu’il est fixé sur un autre point, ataxie optique = incapacité à coordonner les mouvements de préhension par le regard, rétrécissement concentrique du champ de l’attention visuelle ;
Le syndrome de Klüver-Bucy, par dissociation entre fonctions visuelles et limbiques, avec placidité, hypersexualité, activité exploratoire orale exagérée, troubles mnésiques, aphasie et agnosie visuelle ; décrit au décours de traumatismes crâniens sévères, d’AVC bilatéraux, lobectomie temporale partielle bilatérale et même unilatérale gauche, sinon : syndromes démentiels, encéphalopathies postanoxiques et postradiques.


Documents de pathologie humaine du service d’anatomie pathologique du CFB de Caen et du CHPC de Cherbourg. L ’UTILISATION DES INFORMATIONS FOURNIES SE FAIT SOUS L’UNIQUE RESPONSABILITE DE L’UTILISATEUR. Les concepteurs et réalisateurs de cette base ne sauraient en aucun cas être tenus pour responsables des conséquences d’une utilisation non contrôlée des informations fournies.

Performed by Arnaud Legrand 2009 © All Rights Reserved.