» OEIL Médicaments et œil

Médicaments et œil



Médicaments et œil


Corticoïdes locaux et généraux : fréquemment utilisés en ophtalmologie dans les affections inflammatoires ou allergiques, et même infectieuses par voie topique, en injections péri- ou intraoculaires et voie systémique. Effets secondaires :


- hypertonie oculaire selon certains facteurs de risque individuels (hérédité, myopie, jeune âge, diabète et glaucome primitif à angle ouvert) qui débute 2 à 3 semaines après le début du traitement mais parfois plus précocement. À l’arrêt du traitement, le tonus se normalise en quelques semaines si traitement < 2 mois si traitement entre 2 mois et 1 an, le retour à la normale de la PIO ne se voit que dans 50 % des cas.


- cataracte cortisonique après administration prolongée de corticoïdes locaux ou généraux (moyenne de 1 année de traitement à 15 mg de prednisolone ou équivalent / J). Le traitement est chirurgical si gêne fonctionnelle.


- Retards de cicatrisation : les utiliser avec prudence si pathologie cornéenne car ils peuvent entraîner ou aggraver un ulcère cornéen pouvant conduire à la perforation cornéenne.


- Aggravation des infections oculaires :


Hypertonies oculaires à angle ouvert en dehors du glaucome cortisonique :


– anticholinergiques : augmentent la résistance à l’écoulement de l’humeur aqueuse par relâchement du trabéculum ;


– caféine = méthylxanthine, contrebalance l’effet des bêtastimulants adrénergiques ;


– curares dépolarisants : élévation du tonus pendant une dizaine de minutes avant curarisation ;


– kétamine : augmentation transitoire du tonus oculaire ;


– prostaglandines pour déclencher un accouchement ou un avortement élèvent le tonus pendant 1 à 2 heures avant de l’abaisser de façon durable pendant 6 à 24 heures.


Antipaludéens de synthèse (Nivaquine, Plaquenil) : utilisés pour la prophylaxie et le traitement du paludisme, ainsi qu’à doses souvent très élevées dans le traitement de diverses maladies systémiques (LEAD et surtout PR). Intoxication chronique si dose cumulée de 200 à 500 g d’hydroxychloroquine (Plaquenil) = 2 à 3 cps / J sur 2 ou 3 ans.


- Troubles de l’accommodation : peuvent apparaître 2 h après prise du médicament pour diminuer progressivement.


- Thésaurismose cornéenne : dépôts cornéens gris superficiels stellaires ou verticillés, de la partie < de la cornée, visibles uniquement à la lampe à fente. Pas de nécessité d’interruption du traitement, disparaît quelques mois après l’arrêt de celui-ci.


- Maculopathie : très progressive, après plusieurs années de traitement, lésions maculaires bilatérales, asymétriques, pouvant conduire à la perte irréversible de la vision centrale. Elle évolue en 3 stades.


Préclinique (4 % des patients traités) : l’acuité visuelle, le FO et l’angiographie fluorescéinique sont normaux, mais trouble de la vision des couleurs (initialement d’axe bleu-jaune par atteinte de l’épithélium pigmentaire puis secondairement d’axe rouge-vert par atteinte des photorécepteurs). L’électrorétinogramme montre une altération des cellules rétiniennes.


Clinique (1,6% des patients traités) : l’acuité visuelle diminue mais une acuité de 10/10ème est compatible avec d’importantes lésions à l’examen du FO (pas de corrélation entre l’acuité visuelle et les altérations ophtalmoscopiques). Dyschromatopsie d’axe rouge-vert. Le FO retrouve une macula oeil de bœuf (lésion en cocarde avec un centre pigmenté, entouré d’un anneau clair, lui-même entouré d’une couronne très pigmentée). L’angiographie fluorescéinique confirme l’atrophie de l’épithélium pigmentaire ; l’électrorétinogramme est très perturbé et le champ visuel objective un scotome péricentral annulaire.


Séquellaire : l’acuité visuelle est très fortement diminuée, pouvant être inférieure à 1/10ème avec correction. L’altération de la vision des couleurs peut aller jusqu’à l’achromatopsie acquise. Le FO montre une macula poivre et sel avec atrophie et remaniements de l’épithélium pigmentaire. L’électrorétinogramme est éteint.


Parasympatholytiques = mydriatiques qui peuvent provoquer un glaucome aigu par fermeture de l’angle irido-cornéen chez des patients prédisposés comme les sujets âgés (l’augmentation de la taille du cristallin avec l’âge diminue la profondeur de la chambre antérieure), les patients hypermétropes (leurs yeux sont plus petits que les yeux emmétropes) et si cataractes.


Ils seront donc utilisés chez des patients prédisposés après examen ophtalmologique et surtout gonioscopie (étude de l’angle irido-cornéen). En cas d’angle ouvert, le risque est nul, si angle très étroit, iridotomie bilatérale préventive au laser ces thérapeutiques sont indispensables.


Les médicaments anticholinergiques sont : disopyramide, néfopam, psychotropes (neuroleptiques, anxiolytiques, antidépresseurs tricycliques à action noradrénergique et sérotoninergique, anorexigènes), antiparkinsoniens, antihistaminiques de type H1 (éthanolamine, phénothiazine, propylamine), antispasmodiques et anti-ulcéreux (penser aux sirops contre la toux), tous les collyres ou pommades mydriatiques à effet atropinique (atropine, homatropine, tropicamide, cyclopentolate et phényléphrine), les vasoconstricteurs en ophtalmologie et en ORL à base d’éphédrine et de ses dérivés ou de structures du groupe de l’antazoline.


Autres effets secondaires : paralysie de l’accommodation avec baisse de la vision de près, sécheresse oculaire par hyposécrétion lacrymale, blépharospasme.


Effets secondaires extra-oculaires :


Les collyres bêtabloquants utilisés en 1ère intention dans le glaucome primitif à angle ouvert. Du fait d’un passage systémique non négligeable, risque de nombreux effets secondaires généraux : diminution de la fréquence cardiaque, effet inotrope négatif avec possibilité d’insuffisance cardiaque, donc ne pas les utiliser chez les insuffisants cardiaques ou si BAV, apparition ou aggravation d’un syndrome de Raynaud, aggravation d’une claudication intermittente existante, bronchospasme, surtout si BPCO ou asthme, hypoglycémie, signes cutanés, y compris éruptions psoriasiformes, augmentation des HDL.


Collyres sympathomimétiques = mydriatiques (phényléphrine, Néosynéphrine) et hypotonie oculaire induite (dipivéphrine, Propine ou apraclonidine, brimonidine, Alphagan).


Les effets secondaires locaux sont nombreux mais les complications systémiques plus rares sont cependant à prendre en compte :


– cardiovasculaires principalement : HTA, tachycardie, arythmie cardiaque, spasmes coronaires pouvant aller jusqu’à l’infarctus myocardique ;


– insomnie, troubles oniriques, irritabilité ;


– sédation et fatigue brutale particulièrement chez l’enfant pour la brimonidine.


Les collyres sympathomimétiques doivent donc être prescrits avec prudence en cas de pathologie cardiovasculaire sévère ou instable et non contrôlée.


Cataractes : l'iatrogènie est rarement hormis les corticoïdes et quelques autres médicaments, d’autant qu’à partir d’un certain âge, de nombreux facteurs métaboliques et nutritionnels interviennent également.


Amiodarone : fins dépôts sous-capsulaires antérieurs blancs sans retentissement appréciable sur la vision, ce qui ne contre-indique pas la poursuite du traitement.


Anticholinestérasiques : seul le collyre à l’iodure d’écothiopate est encore commercialisé, et il peut engendrer de fines vacuoles sous-capsulaires antérieures puis des opacités sous-capsulaires postérieures et nucléaires.


Le busulfan provoque des opacités sous-capsulaires postérieures chez de jeunes patients pour une dose totale > 2 g, idem pour le mitotane.


Corticoïdes : opacités débutant en sous-capsulaire postérieur avec minuscules opacités blanc jaune séparées par de petites vacuoles avec aspect de conglomérat granuleux, puis opacités sous-capsulaires antérieures. La cataracte est plus fréquente si traitement local oculaire que général et survient aussi après inhalations prolongées.


Le délai d’apparition est très variable (moyenne de 1 an pour une dose journalière de 15 mg de prednisolone). Si le traitement est poursuivi, la constitution d’une cataracte totale nécessite quelques mois à années.


À l’arrêt du traitement, des opacités peuvent encore apparaître de façon retardée ou bien rester stationnaires, régresser ou évoluer vers une cataracte totale.


Chlorpromazine : chef de file des phénothiazines, d'action photosensibilisante avec opacités poussiéreuses blanc à jaune brun, en étoile, dans l’aire pupillaire, d’abord sous la capsule antérieure, puis dans le cortex antérieur adjacent. L’atteinte cristallinienne est lente chez 25 % des patients recevant pendant une dizaine d’années au moins 300 mg/j et elle engendre rarement une baisse de l’acuité visuelle.


Sinon : allopurinol, contraceptifs oraux, déféroxamine, isotrétinoïne, phénytoïne, pipérazine, sels d’or, O2, UVA de PUVAthérapie avec méthoxypsoralène, mercure inorganique.


Uvéite antérieure aiguë avec réaction fibrineuse et parfois hypopion : Rifabutine, elle régresse avec un traitement local, guérit rapidement à l’arrêt de la rifabutine, elle est favorisée si association de clarithromycine / autres macrolides / fluconazole.


Thioridazine : rétinopathie dose-dépendante, après 2 mois à 800 à 1000 mg, coloration brune des objets, héméralopie, baisse de l’acuité visuelle et pigmentation noire au pôle postérieur, d’aspect granulaire puis nummulaire. L’évolution à l’arrêt du traitement est variable, souvent défavorable par atrophie choriorétinienne diffuse. Avec des doses quotidiennes < 800 mg, la rétinopathie est rare mais possible après 1 année d’utilisation, d’où nécessité d’une surveillance périodique.


Les neuropathies optiques médicamenteuses sont progressives et bilatérales, surtout du faisceau central, avec atrophie optique, même si l’intoxication cesse.


Amiodarone : accumulation d’inclusions lamellaires intracytoplasmiques, principalement dans les axones de grand diamètre, l’évolution est souvent favorable.


Sinon : AINS, dérivés de la quinoléine dont le Clioquinol responsable de cas de SMON syndrome (subacute myelo-optico-neuropathy), donc traitement de courte durée pour les différentes molécules de cette famille (chlorquinaldol, nitroxoline, tilbroquinol et tiliquinol). Disulfirame après plusieurs mois de traitement chez des sujets abstinents par rapport à l’alcool mais toujours tabagiques, avec toxicité réversible. Éthambutol avec risque très faible pour des doses de 15 mg/kg/j si fonction rénale normale et évolution souvent favorable à l’arrêt du traitement avec guérison en quelques mois si diagnostic précoce. Isoniazide : la NORB, et rarement un oedème papillaire, surviennent après quelques mois de traitement et ne sont pas toujours réversibles. Le risque est majoré en cas de polychimiothérapie, de carence en zinc et chez les acétyleurs lents. La vitaminothérapie B6 constitue un moyen efficace de prévention.


Autres : acétarsol, almitrine, antimoine, chlorpropamide, ciclosporine, ciprofloxacine, cisplatine, clomifène, dapsone, ergotamine, fluorures, immunoglobulines, IFN alpha, métronidazole, minoxidil, ofloxacine, oméprazole, D-pénicillamine, procarbazine, tamoxifène, thiamphénicol, vaccin contre l’hépatite B, vincristine...


Motricité oculopalpébrale : insuffisances de convergence / accommodation / amplitude de fusion / troubles de la coordination / décompensation d’hétérophorie / diplopie intermittente ou non, sous psychotropes : flunitrazépam, méprobamate, phénobarbital, antiépileptiques (carbamazépine, phénytoïne), sinon : aminosides, aprindine, bêtabloquants, ciclosporine, 5FU, IFN, ILK, Mg, quinidine, vinblastine, vincristine.


Ptosis : syndrome myasthéniforme par aminosides / polymyxines, bêtabloqueurs, lithium, D-pénicillamine, phénobarbital, phénytoïne, quinidine, effet sympatholytique du moxisylyte ou de la réserpine ou exceptionnelle par neuromyopathie de la chloroquine, vinblastine, vincristine.


Nystagmus : sous psychotropes : amitriptyline, doxépine, lithium, phénobarbital et primidone et anti-épileptiques : carbamazépine, phénytoïne, acide valproïque ; sous chimiothérapie (5FU, cisplatine, cytarabine, (procarbazine). Rarement par : aprindine, disulfirame, flécaïnide, méphénésine, méxilétine, morphine, vidarabine.


Crise oculogyre : lors de dyskinésie précoce aux psychotropes : lithium, clozapine, dropéridol, fluphénazine, halopéridol, loxapine, sulpiride et métoclopramide.


Blépharospasme : lors de dyskinésie tardive avec les mêmes médicaments que pour les crises oculogyres avec en + : bromocriptine, disulfirame, 5FU, phéniramine.


Illusions visuelles : lors de traitements par opiacés, contraceptifs oraux (CO) et piroxicam.


Les CO ont été incriminés dans la genèse de migraines ophtalmiques. Chromatopsies sous clomifène, glucosides cardiotoniques et acide nalidixique.


Hallucinations visuelles : psychotropes, anticholinergiques, bêtabloqueurs y compris si collyre (mydriatiques chez l’enfant). Sinon : baclofène, bromocriptine, bromure de pyridostigmine, ciclosporine, ganciclovir, INH, kétamine, lévodopa, lidocaïne, pénicilline G, pentazocine, pipérazine, ranitidine, triprolidine.


Cécité corticale : souvent avec hallucinations visuelles et lors de traitements par antinéoplasiques (cisplatine, carboplatine, vincristine et vindésine), sinon : ciclosporine et tacrolimus et au cours d’examens effectués avec produits de contraste iodés.


http://www.medix.free.fr/sim/atteinte-ophtalmologique.php


 



Documents de pathologie humaine du service d’anatomie pathologique du CFB de Caen et du CHPC de Cherbourg. L ’UTILISATION DES INFORMATIONS FOURNIES SE FAIT SOUS L’UNIQUE RESPONSABILITE DE L’UTILISATEUR. Les concepteurs et réalisateurs de cette base ne sauraient en aucun cas être tenus pour responsables des conséquences d’une utilisation non contrôlée des informations fournies.

Performed by Arnaud Legrand 2009 © All Rights Reserved.