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Troisième république


L’empereur et l’empire s’étaient effondrés le 4 septembre lorsque, à la tribune du Corps législatif, Gambetta avait proclamé la déchéance de Napoléon III. Quand Jules Favre prit la tête des Parisiens pour les conduire à l’Hôtel de Ville, il pouvait craindre d’être arrêté dans sa marche par l’armée, mais le gouverneur militaire de Paris, le général Trochu, malgré les promesses qu’il avait faites à l’impératrice, n’intervint pas.
Le gouvernement provisoire, créé le 4 septembre, comportait une association hétéroclite de républicains à l’exclusion des extrémistes blanquistes avec comme président le général Trochu, un Breton Orléaniste dont on connaissait les convictions antibonapartiste.
Dans la nuit du 4 septembre, les ministères furent distribués et, le 5 septembre, le Corps législatif fut dissous et le Sénat aboli. On décida donc de remettre à plus tard une consultation électorale. Mais le gouvernement provisoire perdait ainsi toute légitimité puisqu’il ne détenait pas le pouvoir selon un processus régulier. Ce gouvernement provisoire affirma que son pouvoir n’était pas politique, mais qu’il était chargé d’assurer la défense du pays et de s’opposer à toute amputation du pays. Le 18 septembre, Jules Favre, chargé des Affaires étrangères, rencontre Bismarck au château de Ferrières pour discuter des termes d’un armistice, et ne cède pas aux exigences du chancelier prussien qui réclamait Strasbourg et l’Alsace.
L’encerclement de Paris par les troupes prussiennes débute le 16 septembre et s’achève le 19. Paris est ceinturée de trente kilomètres de remparts. Elle est défendue par 100000 soldats et marins, 115000 gardes mobiles et 340000 gardes nationaux. Le gouverneur militaire de Paris, le général Trochu, en dépit de ce nombre maugrée : “ Beaucoup d’hommes, mais peu de soldats ! ”.
Le 7 Octobre Gambetta quitte Paris en ballon pour organiser la résistance en province (une partie du gouvernement provisoire s’était installée à Tours, il commença par dissoudre les conseils généraux et municipaux pour les remplacer par des commissions républicaines, il prend en main la réorganisation militaire de la France. Avec l’aide d’un jeune polytechnicien, Freycinet, il lève de nouvelles troupes (rappel des célibataires et des veufs sans enfants et des jeunes < 25 ans mobilisés à la fin de septembre), renforts supplémentaires avec les régiments rapatriés d’Algérie et les zouaves pontificaux rappelés de Rome. Il trouve les fonds nécessaires. Il parvint ainsi en quelques semaines à former 11 corps d’armée totalisant plus de 600 000 hommes, que l’on équipa en accélérant et multipliant la production des manufactures d’armes.
Pendant que Gambetta réorganisait l’arrière, le gouvernement (grâce à Thiers qui s’était opposé à la déclaration de guerre) mena des négociations avec l’Allemagne, mais Thiers ne pût obtenir de médiation des cours européennes, ni d’accord avec Bismarck.
La capitulation de Metz. La France comptait sur Bazaine enfermé dans Metz avec un important corps d’armée pour immobiliser des divisions allemandes, ce qui permettrait aux troupes levées par Gambetta de repousser les envahisseurs de France.
Bazaine avait refusé de reconnaître le gouvernement de Défense nationale et voulait jouer un rôle politique, conforté dans son attitude par un aventurier qui se prétendait envoyé par l’impératrice, mais qui était en fait un émissaire du prince Frédéric-Charles de Prusse. Bazaine renonça à tenter une action militaire qui aurait brisé le blocus de Metz, il signa, le 22 octobre, sans avoir livré bataille, la capitulation de Metz, livrant à l’ennemi 170 000 hommes, 6 000 officiers et tout le matériel de guerre. Ceci fût la fin de la guerre, car malgré les efforts des troupes levées par Gambetta et l’action de nombreux généraux (Aurelle de Paladines, Bourbaki, Faidherbe, Chanzy) les troupes françaises insuffisamment entraînées et armées, dans le contexte d’un hiver particulièrement rude ne font pas le poids et sont sauf quelques batailles mineures, battus par le rouleau compresseur allemand.
20/09/1870 : entrée des troupes italiennes dans Rome.
2/10/1870 : plébiscite ratifiant l’annexion de Rome et des états pontificaux à l’Italie. Rome sera proclamée capitale le 1/1/1871
24/10/1870 : décret Crémieux accordant le droit de cité français aux juifs algériens.
16/11/1870 : élection d’Amédée de Savoie, duc d’Aoste au trône espagnol (anandon de la candidature Hogenzollern)
4 novembre 1870 Siège de Belfort. En ce jour les armées prussiennes prennent place autour de la ville. Le siège qui commence va durer plus de cent jours. Le courage du colonel Denfert-Rochereau, qui organise la résistance de la ville, permet que celle-ci résiste aux bombardements comme au froid intense qui s’abat. Denfert-Rochereau ne consentira à se rendre que sur un ordre intimé par le gouvernement.

Pendant cet hiver, le gouvernement resté à Paris devait affronter l’opposition des blanquistes, socialistes et républicains radicaux, éliminés pendant la journée du 4 septembre. La section parisienne de l’Internationale et les ouvriers des faubourgs réclamaient la constitution d’une commune et des élections municipales. Dans chaque arrondissement de la capitale se constituèrent des comités républicains de vigilance qui tentèrent d’obtenir du gouvernement de la Défense nationale la réalisation de leur programme révolutionnaire. Le 31 octobre 1870, devant la fin de non-recevoir opposée à leurs revendications et à l’annonce de la capitulation de Metz, les gardes nationaux venus des faubourgs envahirent l’Hôtel de Ville et retinrent un moment prisonniers les ministres (ils veulent un comité provisoire (Victor Hugo, Blanqui, Dorian (un industriel assez populaire), Henri Rochefort (journaliste de gauche opposant au Second empire, participant au gouvernement de défense nationale), Louis Blanc, Ledru-Rollin, Raspail (tous trois anciens candidats infructueux de la gauche aux élections présidentielles face à Louis-Napoléon)) pour remplacer le gouvernement de défense nationale). Le gouvernement parvint à dénouer la situation en organisant un plébiscite le 3 novembre pour demander à la population parisienne si elle approuvait son action. Ayant obtenu 557 000 oui, contre 68 000 non, le gouvernement se trouvait provisoirement assuré.
La population parisienne supportait aussi mal l’absence de sortie décisive pour forcer le siège. Le général Trochu manquait de confiance dans les troupes, mal entraînées, dont il disposait et il attendait une aide des troupes de province qui tentaient de gagner Paris. Le 31 octobre, une première tentative de sortie au Bourget échoua. Un mois plus tard, une 2ème sortie du 30 novembre au 2 décembre, eût le même résultat.
L’hiver 1870-71 fût très rigoureux, privés de bois et de charbon et de nourriture, le parisiens souffraient. Il n’y avait plus de gaz et, dès la nuit tombée, les rues étaient plongées dans une obscurité profonde. Il n’y avait plus de viande et l’on se résigna à manger d’abord du cheval, puis du chien, du chat, du rat, ainsi que les animaux du zoo. L’alcool seul ne manquait pas et permettait, au moins, de se réchauffer.
Le 5 janvier, les batteries prussiennes ouvrirent le feu sur Paris et, le 19 janvier, le général Trochu prit la tête de 100000 hommes qu’il lança sur Buzenval, subit un échec retentissant et, le soir même, Trochu démissionna. Après ce désastre, la révolte gronda de nouveau chez les Parisiens, que les blanquistes et la garde nationale poussèrent contre les « capitulards ». Le 22 janvier, des rouges pénétrèrent dans l’Hôtel de Ville, mais, comme en octobre, furent repoussés. Cet ultime sursaut des Parisiens qui voulaient poursuivre la guerre n’empêcha pas le gouvernement de se résoudre à solliciter des Allemands un armistice, car cela lui paraissait la dernière solution.
2/12/1870 Pie IX excommunie Victor Emmanuel II.
L’armistice. Le 23 janvier, Jules Favre se rendit à Versailles pour entamer les négociations. Le 18 janvier, dans la galerie des Glaces du château de Versailles, Guillaume 1er avait été proclamé empereur d’Allemagne. L’unité des États allemands du Nord et du Sud avait été en ce jour définitivement réalisée.
En échange de la reddition de Paris, du désarmement de ses soldats et du paiement d’une indemnité de 200 millions de francs, Bismarck accorda un armistice de trois semaines qui ne s’appliquait pas aux armées de l’Est. Il était prévu que cet armistice du 28/1/1871 permettrait aux Français de procéder à l’élection d’une Assemblée nationale.
Gambetta n’accepta pas les termes de l’armistice, il tenta d’assurer le républicanisme de la future Assemblée par le décret du 31 janvier qui interdisait aux « serviteurs de l’Empire de briguer les suffrages des électeurs. Cependant, il fut obligé de céder et d’accepter la paix décidée par le gouvernement de Paris. Il démissionna le 6 février et fut remplacé par Jules Simon.
Aux élections du 8 février, sans véritable campagne électorale et un corps électoral incomplet (nombreux hommes, prisonniers ou soldats, ne purent participer à la consultation), les Français, à l’exception de ceux des grandes villes et des départements de l’Est, se prononcèrent pour la paix. L’Assemblée élue le 8 février 1871 comportait 400 députés monarchistes contre 200 républicains et une trentaine de bonapartistes.
Réunis le 12 février à Bordeaux, la nouvelle assemblée repliée à Bordeaux, élit Thiers le 17 février 1871 (Elu à l’Assemblée nationale par 26 départements) comme chef du pouvoir exécutif. La plupart des députés élus le 8 février considéraient, en effet, que la république n’était qu’un état provisoire qu’il faudrait remplacer par la monarchie.
Pacte de Bordeaux. Thiers constitua un ministère de réconciliation regroupant des républicains, des orléanistes et des légitimistes et convainquit l’Assemblée de discuter ultérieurement sur la forme de régime à adopter, pour s’attaquer aux problèmes immédiats.
Du 21 au 26 février 1871, Thiers et Jules Favre rencontrèrent Bismarck à Versailles, les Français durent accepter les exigences du chancelier prussien : la cession de l’Alsace et du nord de la Lorraine, le versement en trois ans d’une indemnité de 5 milliards de francs et le retrait des troupes françaises au sud de la Loire. Thiers parvint à obtenir que le territoire de Belfort, eu égard à la courageuse défense de Denfert-Rochereau, restât français, mais, en échange, il dut admettre l’entrée des Allemands dans Paris. Le 26 février, les préliminaires de paix étaient signés et présentés à l’Assemblée de Bordeaux. Qui les ratifia le ler mars. Le 2 mars, les troupes allemandes, qui s’étaient contentées de défiler symboliquement sur les Champs-Élysées, évacuaient Paris.
La Commune
L’essor économique de la France, sous le règne de Napoléon III, avait eu -pour principale victime le monde ouvrier, dont la paupérisation croissait avec son importance numérique. Leur organisation en syndicats et en associations leur permettait de mieux formuler leurs revendications. Les problèmes de la classe ouvrière se posaient de façon aiguë à Paris, où la politique d’urbanisme d’Haussmann avait refoulé les masses populaires à la périphérie de la ville (beaux quartiers entourés d’une ceinture rouge. À l’instigation des jacobins, blanquistes, socialistes ou internationalistes, des clubs et groupes s’étaient constitués dans les arrondissements populaires et préconisaient, chacun à sa manière, les changements nécessaires.
Le siège de l’hiver 1870-71 avait été très dur pour la population des faubourgs parisiens. La faim, le froid, la maladie avaient épuisé les déshérités, qui, par manque de moyens financiers, ne pouvaient recourir au marché noir. Pour beaucoup de ces familles d’ouvriers ou d’artisans qui ne pouvaient travailler à cause du siège, la seule rentrée d’argent était la solde journalière de 1,50 F que touchait le père s’il était garde national. Les échecs des tentatives de sortie, la capitulation et l’entrée des Prussiens qui défilent sur les Champs-Élysées avaient mis le comble à l’exaspération des habitants. L’attitude de la nouvelle assemblée d’opinion inverse à celle des grandes villes (siège à Versailles), qui le 10 mars multiplia les mesures vexatoires à l’égard de la capitale (suppression de la solde des gardes nationaux (privant la majorité des ouvriers parisiens de leur seul moyen de subsistance), abolition du moratoire des dettes, des effets de commerce et des loyers institué pendant le siège).le départ du gouvernement durant l’hiver ajoutèrent à la colère des parisiens.
L’infrastructure de la commune s’était mise en place dès le 4 septembre, des comités de vigilance s’étaient constitués dans les quartiers à l’instigation des jacobins et des membres de l’Internationale, regroupés en un Comité central (avec le programme de mener la lutte jusqu’à la victoire et de former une commune). Dès le début mars, après la capitulation, ces structures purent jouer un rôle actif. Parallèlement à elles, les gardes nationaux formèrent le 3 mars une fédération, à la tête de laquelle ils placèrent un Comité central qui se rallia au Comité des vingt arrondissements et à l’Internationale de Paris. Ils allaient servir de cadre au mouvement révolutionnaire qui se développa dans la capitale à partir du 18 mars.
Thiers, revenu dans la capitale le 15 mars, décida de reprendre 200 canons mis à l’abri des allemands par les gardes nationaux à Montmartre et à Belleville, sans se soucier du fait que les Parisiens les considéraient comme leur propriété personnelle. Le 18 mars, les deux divisions chargées de récupérer les canons refusent d’obéir à leurs chefs, qui leur ordonnaient d’ouvrir le feu et fraternisent. Leurs chefs, les généraux Le comte et Clément Thomas furent arrêtés par les gardes nationaux et exécutés sommairement, malgré l’intervention de certains insurgés, dont le maire du XVIlle arrondissement, Georges Clemenceau.
Le 18 mars, l’émeute se propagea et gagna tout Paris. Les gardes nationaux prirent les armes et occupèrent les principales voies de la cité. Thiers et ses ministres abandonnèrent Paris pour pouvoir ensuite mieux écraser les insurgés. Sans avoir même tenté de résister, il laissait le Comité central de la garde nationale maître de la capitale.
Dans les jours qui suivirent, les maires de la capitale tentèrent d’obtenir une conciliation avec l’Assemblée nationale de Versailles (Clemenceau, Tirard, Schoelcher), qui refuse net (en particulier toute nouvelle élection municipale).
20 mars 1871 Thiers et l’Assemblée se retirent à Versailles. Dans Paris assiégé, les journées révolutionnaires de la Commune viennent de commencer. Le gouvernement, avec Thiers à sa tête, s’enfuit et se réfugie à Versailles. Le général Mac-Mahon est chargé de sa défense.
Aux élections du 26 mars, seule la moitié des inscrits votèrent (fuite de nombreux bourgeois après le 18 mars, nombreuses abstentions).
Le 28 mars, le Comité central remet les pouvoirs à la Commune élue.
Cette nouvelle Assemblée était hétéroclite, représentant tous les mouvements révolutionnaires et toutes les couches de la population (les ouvriers, qui, avec leur 25 représentants, détenaient plus du tiers des sièges), sans majorité. D’un coté les conceptions révolutionnaires les plus dures et ceux qui voulaient réaliser un certain nombre de réformes sociales, la commune ne pût durant sa brève existence définir son rôle (conseil municipal de Paris ou contre gouvernement), elle créa dès le 29 mars 10 commissions destinées à remplacer les ministères de l’ancien gouvernement.
Rapidement la Commune rétablit le moratoire, annula les quittances, supprima les amendes patronales et les retenues sur salaire. Le mont de piété dut rendre gratuitement les biens déposés en gage. Les ouvriers furent chargés de gérer leurs ateliers, qui avaient été réquisitionnés ; une Bourse du travail remplaça les bureaux de placement ; le travail de nuit des ouvriers boulangers fut aboli et l’on adopta le principe de la journée de dix heures. On déclara la séparation de l’Église et de l’État et l’on supprima le budget du culte.
Des projets de plus grande envergure furent ébauchés : la conscription et les armées permanentes devaient être remplacées par la levée du peuple en armes. On abolit la distinction entre enfants légitimes et enfants naturels, entre épouses légitimes et concubines. On élabora le projet d’un enseignement laïc, obligatoire et gratuit. Autant de projets que reprirent et appliquèrent plus tard les gouvernements de la IIIe République.
Adoption du drapeau rouge comme emblème par la Commune dès le 29 mars. On reprit le calendrier républicain et on institua un Comité de salut public. Le 16 mai le peuple de Paris procéda à la démolition de la colonne Vendôme, de la maison de Thiers et de la chapelle expiatoire de Louis XVI.
Durant les 2 mois de la commune, nombreuses réunions publiques, les gens expriment leurs idées et projets, la presse connut alors un essor remarquable. Artistes, poètes, écrivains mirent aussi leur talent au service de la révolution et ce fut en l’honneur de la Commune et de la lutte du prolétariat qu’Eugène Pottier composa l’internationale.
Les femmes jouèrent un rôle actif dans la Commune (soins, logistique, enseignement) avec comme figure de proue Louise Michel, la Vierge rouge.
La Commune fut et demeura un phénomène essentiellement parisien. Les tentatives de commune dans d’autres grandes villes (Lyon, Marseille) avortèrent. Elle se trouva isolée en France et elle n’eut guère le temps d’approfondir son action, car elle dut presque tout de suite affronter les armées qu’envoya contre colle le gouvernement installé à Versailles. A la demande de Thiers, Bismarck avait accordé la libération anticipée de 60 000 soldats français prisonniers dans les camps allemands et Mac Mahon fût nommé commandement en chef de l’armée des versaillais.
Face à l’armée de métier de MacMahon Paris ne disposait que de 30000 sous les armes, non aguerris, sans troupes homogènes, ni véritable discipline.
Le décret des otages. La guerre civile allait commencer le 2 avril avec le siège de la capitale par les versaillais, sous les yeux de l’armée prussienne, qui occupait toujours les forts du nord et de l’est. Le 3 avril une sortie des fédérés très inférieurs en nombre, se solde par un échec, 2 chefs de cette sortie sont exécutés sans jugement par le général Galliffet qui déclare : “ C’est une guerre sans trêve ni pitié que je déclare à ces assassins.. Immense colère des parisiens, des funérailles solennelles sont organisées pour les morts de la journée du 3 avril. Le 5 avril, la Commune publie le décret des otages prévoyant l’exécution d’un nombre triple d’otages pour toute exécution d’un communard (arrestation de prêtres et de magistrats, dont l’archevêque de Paris et le président de la Cour de cassation).
Le 10 mai 1871 signature du traité de Francfort, la France devait verser en trois ans une indemnité de cinq milliards de francs, et, jusqu’au paiement total de la somme, une partie du sol français resterait occupée par les Allemands. Les pertes territoriales étaient plus lourdes que celles prévues, puisque, en échange de l’extension de la zone française du Territoire de Belfort, Bismarck avait exigé la cession de terrains miniers en Lorraine. Une clause d’opposition, avait été prévue pour les Alsaciens et les Lorrains, qui avaient jusqu’au 1er octobre 1872 pour opter en faveur de la nationalité française et se fixer en France.

La Semaine sanglante. Pendant près d’un mois, les combats se multiplièrent à Neuilly et dans les banlieues de l’ouest de Paris. A la tête des armées versaillaises se trouvait le général de Galliffet, qui avait déclaré une guerre sans trêve ni pitié à ces assassins. Pendant tout le mois d’avril et début mai, les versaillais soumirent à des bombardements répétés les forts qui entouraient la capitale et qui étaient en possession des Parisiens. L’un après l’autre, ces forts tombèrent entre les mains de l’armée. Le 21 mai, les versaillais pénétraient dans la ville par une porte non gardée (la poterne du Point du jour) alors que les Parisiens assistent à un concert aux Tuileries donné au bénéfice des orphelins et des veuves de la Commune.
Commença alors la Semaine sanglante, du 21 au 28 mai. Les Parisiens se mirent à élever des barricades, fragiles défenses contre les canons des versaillais, qui, le 22 mai au soir, occupaient les gares des Batignolles, de Saint-Lazare et, sur la rive gauche, la gare Montparnasse. Dès ce jour, les soldats se livrèrent à l’exécution sommaire des communards (toute femme ou tout homme qui est arrêté avec des traces de poudre sur les mains est fusillé sans jugement) qu’ils prenaient. Le lendemain et le 24, alors que les troupes versaillaises, par un mouvement tournant, s’emparaient de Montmartre, puis de l’Hôtel de Ville et du Panthéon, les fédérés utilisèrent les réserves de pétrole de Paris pour incendier, dans un geste désespéré, les monuments publics. Des brasiers s’élevèrent sur les deux rives de la Seine : le palais des Tuileries, la Cour des comptes, le Conseil d’État, le palais de la Légion d’honneur, le ministère des Finances, l’Hôtel de Ville, les rues de Rivoli, de Lille et du Bac disparurent dans les flammes, et seul le hasard sauva Notre-Dame et la Sainte-Chapelle. De part et d’autre, les atrocités se multiplièrent : dès qu’une barricade était enlevée, les soldats versaillais exécutaient indistinctement hommes, femmes ou enfants. Quiconque était pris les mains noircies était fusillé sans autre forme de procès. De leur côté, les fédérés massacrèrent le 24 mai, les otages arrêtés en avril.
Le 25 mai, l’armée versaillaise avait pris possession de toute la rive gauche de la Seine et, le 26 mai, concentra ses efforts sur la Bastille, pour remonter ensuite vers Belleville. C’était dans ce quartier populaire que s’étaient réfugiés les survivants des troupes fédérées. Les derniers combats eurent lieu les 27 et 28 mai autour du Père-Lachaise et les fédérés pris par les Versaillais furent fusillés le long du mur du cimetière (147 fusillés contre ce qui allait devenir le mur des fédérés), leurs corps furent jetés dans une fosse commune creusée au pied du mur. La dernière barricade, rue Ramponneau, fut enlevée à la fin de la matinée du 28 mai. Quelques heures plus tôt, l’artillerie s’était tue. Le 23 mai 1880, deux mois avant l’amnistie des communards, se déroule, à l’appel de Jules Guesde, le premier défilé devant le mur : 25 000 personnes, une rose rouge à la boutonnière, bravent les forces de police. Dès lors, cette montée au mur ponctue l’histoire ouvrière, puisque chaque année, depuis 1880, les organisations de gauche organisent une manifestation en ce lieu symbolique, la dernière semaine de mai. Jean Jaurès y va à plusieurs reprises accompagné par Édouard Vaillant, par Jean Allemane et par des milliers de militants socialistes, syndicalistes, communistes ou anarchistes. Une manifestation record s’y déroule le 24 mai 1936 : 600 000 personnes, Léon Blum et Maurice Thorez en tête, au beau milieu du mouvement gréviste, y manifestent quelques semaines seulement après la victoire du Front populaire. Tous les ans, le 1er mai, jour de la Journée internationale des travailleurs, le Grand Orient de France accompagné de nombreuses obédiences maçonniques, des représentants de la libre-pensée, ainsi que le Parti communiste français et des organisations syndicales, rendent hommage aux victimes de la Commune et à celles du nazisme en se rendant au mur des Fédérés..
Dans les jours qui suivirent le 28 mai, des cours martiales improvisées jugèrent sommairement les communards prisonniers, que l’on exécutait ensuite dans les jardins de la capitale transformés en abattoirs. Bien que le chiffre exact ne fût jamais connu avec précision, plus de 20 000 Parisiens trouvèrent la mort pendant ce mois de mai 1871, soit sur les barricades, soit sous les balles des pelotons d’exécution.
Après ces exécutions massives, on continua à juger les hommes, les femmes ou les enfants de Paris ramassés dans les rafles ou dénoncés (330000 dénonciations, 38000 Parisiens furent arrêtés, dont 1858 femmes et 651 enfants). Entassés dans des camps, les prisonniers furent jugés par des conseils de guerre qui prononcèrent plus de 10000 condamnations, dont 270 à la peine de mort et 7500 à la déportation en Nouvelle-Calédonie. Les plus heureux des fédérés étaient parvenus à gagner l’Angleterre, la Belgique ou la Suisse. Le quart de la population ouvrière de Paris disparut ainsi et il fallut plus de 20 ans aux mouvements révolutionnaires pour se reconstituer. La Commune parisienne devenait pour l’histoire le symbole de la lutte des classes et de la révolution de la classe ouvrière.
Parmi les écrivains et artistes Louise Michel, Jules Vallès, Gustave Courbet étaient pour la commune, Victor Hugo était neutre, étaient contre Gustave Flaubert, Alphonse Daudet, George Sand, Théophile Gauthier. Ainsi Gustave Flaubert écrit "je trouve qu’on aurait dû condamner aux galères toute la commune et forcer ces sanglants imbéciles à déblayer ls ruines de Paris, la chaîne au cou, en simples forçats. On est plus tendre pour les chiens enragés et point pour ceux qu’ils ont mordu", meême Zola dit " ceux qui brûlent et massacrent ne méritent pas d’autre juge que le coup d fusil d’un soldat"
Thiers, avait devant lui la difficile tâche de panser les plaies de la France, d’exécuter les clauses du traité de Francfort et de relever le moral de la population française atteint par la défaite et la présence sur son sol d’une armée d’occupation. Près de 140000 hommes avaient été tués, il fallait relever le pays de ses ruines et, en même temps, prévoir le versement de l’indemnité due à l’Allemagne. Le scrutin de février 1871 avait donné au pays une Assemblée monarchiste, mais les élections complémentaires du 2 juillet amenèrent sur les 117 députés élus 112 républicains, dont Gambetta. Thiers se devait donc de ménager la majorité royaliste tout en tenant compte des revendications des républicains et ceci en l’absence de constitution. Dans cet État qui n’avait de république que le nom, nombreux étaient ceux qui préparaient le retour de la monarchie. On assista, pendant les premières années de la IIIe République, au retour à un ordre moral austère, bien différent de l’atmosphère qui régnait lors de la fête impériale,. Mais cette France conservatrice et religieuse était battue en brèche par ceux qui voyaient dans la République une société sécularisée et laïque.
Thiers trouva dans la république, comme dans la monarchie de Juillet, la possibilité d’exercer son tempérament autoritaire. Les monarchistes étaient divisés entre légitimistes (comte de Chambord, petit-fils de Charles X), et les orléaniste (comte de Paris, fils du duc d’Orléans). Un moment, on pensa que les monarchistes allaient s’accorder sur le nom du comte de Chambord, mais ce dernier, dans un manifeste le 5 juillet, refuse de renoncer au drapeau blanc, symbole de la monarchie ceci mettait fin provisoirement à toute tentative de restauration.
La loi Rivet, proposée le 31 août 1871, donnait à Thiers le titre de président de la République française et accordait à l’Assemblée le pouvoir constituant. Thiers cumulait ainsi les fonctions de président de la République, de président du Conseil des ministres et de député.
Thiers, pour relever le moral du pays, accéléra le paiement de la dette à l’égard de l’Allemagne pour anticiper l’évacuation des territoires occupés. Thiers lança en juin 1871 un emprunt de 2 milliards avec succès. En 1872, le second grand emprunt lancé par Thiers fut couvert quatorze fois. Au fur et à mesure que les sommes étaient versées à l’Allemagne, celle-ci faisait quitter à ses troupes les départements occupés. Le 15 mars 1873, Thiers put signer, malgré les réticences de Bismarck, le traité d’évacuation du territoire français, qui prévoyait le dernier versement de la dette en août ou en septembre 1873 (2 ans avant la date prévue).
La réorganisation de la France : Thiers se montra très prudent dans ses réformes, mais dût affronter l’assemblée. Le 16 avril 1871, nomination des maires par le gouvernement dans les communes de plus de 20000 habitants, alors qu’ils étaient élus par les conseils municipaux dans les bourgs et les villages. Lors de la discussion de la loi du 29 août 1871, il dût accepter une réduction du rôle des préfets, au bénéfice des conseils généraux.
Pour régler les intérêts des emprunts, leur remboursement et relancer l’économie du pays, il fallait créer de nouvelles rentrées d’argent. Thiers et son ministre des Finances, s’opposèrent à l’impôt sur le revenu proposé par l’assemblée, les impôts indirects furent relevés, ainsi que les tarifs douaniers, ce qui, après le système libre échangiste mis en place par Napoléon III, amorçait un retour vers le protectionnisme.
Après la défaite, il était nécessaire de reconstituer une armée forte. Le principe de l’armée de métier est abrogé, ainsi que la garde nationale. Loi militaire votée le 27 juillet 1872 (principe d’un service militaire universel, de 5 ans). Mais nombreuses exceptions (tirage au sort : ceux qui tiraient les bons numéros n’étaient astreints qu’à un an de service, qui devint vite six mois, sinon 5 ans), les élèves des grandes écoles, fonctionnaires de l’enseignement, ecclésiastiques et soutiens de famille, bénéficiaient de dispenses, le volontariat, ouvert aux bourgeois pourvus du baccalauréat, leur permettait, s’ils devançaient l’appel et versaient à l’État une indemnité, de n’effectuer qu’un an de service. Modernisation de l’équipement (fusils à culasse et cartouches, nouveaux canons en acier).
Thiers affronta à différentes reprises en 1871 et 1872, l’assemblée ne craignant pas de restauration en l’absence d’accord sur le candidat. La majorité royaliste était inquiète des progrès des républicains lors des élections partielles. Thiers déclara le 13 novembre 1872 à l’Assemblée que la république existe et est le gouvernement légal du pays.
Les royalistes, malgré leurs divisions, se trouvent un chef de file (duc de Broglie), qui, après avoir démissionné en mai 1872 de son poste d’ambassadeur de France à Londres, s’était mis à la tête des conservateurs. La mort de Napoléon III en Angleterre le 9 janvier 1873 (une intervention chirurgicale, tentée pour extraire un calcul de la taille d’un caillou, provoque une septicémie dont il meurt à 65 ans) allait lui permettre de fortifier la coalition qu’il avait constituée (les bonapartistes rejoignirent les monarchistes), rupture du pacte de Bordeaux.
Election d’une commission de 30 membres, constituée d’une majorité de royalistes qui, au lieu de présenter une Constitution, s’attachait à maintenir le provisoire et limitait les attributions de Thiers, qui ne pouvait plus participer aux discussions de l’Assemblée et devait se retirer au moment de la délibération de ces derniers (le 13 mars 1873).
La chute de Thiers. Pendant les deux mois qui suivirent, plusieurs incidents témoignèrent de la vitalité de la coalition de la droite. Le 3 avril, le président de la Chambre, Jules Grévy, à la suite d’un incident violent lors d’une séance de l’Assemblée, démissionnait et était. remplacé par l’orléaniste Buffet, un ennemi acharné de Thiers. Fin avril, les royalistes furent exaspérés par l’élection à Paris d’un radical, qui triomphait d’un ami de Thiers, le ministre des Affaires étrangères. De Broglie demande un remaniement ministériel en faveur des conservateurs, mais Thiers fait entrer dans son ministère trois républicains. Le 18 mai, lors d’une réunion secrète chez Broglie, on décida de provoquer la chute du chef de l’exécutif et, faute de pouvoir se mettre d’accord sur un prétendant royal, de demander à Mac-Mahon d’assurer la succession de Thiers.
Le 23 mai 1873, à l’Assemblée, Broglie lit une motion signée de 300 députés demandant au gouvernement de une politique conservatrice avec rétablissement de l’ordre moral. Thiers, le 24, présenta une défense de son œuvre, mais il est mis en minorité et remet sa démission à l’Assemblée nationale.
Le 24 mai 1873 : Mac Mahon est élu président de la République, et le 25 le duc de Broglie forme le gouvernement formé de légitimistes et d’orléanistes, auxquels il adjoint un bonapartiste, Broglie détient le pouvoir, car le vieux maréchal, président n’est guère qu’un prête-nom. Le programme de Broglie est la libération du territoire et le rétablissement de l’ordre moral. Diverses mesures sont destinées à combattre le radicalisme. Les fonctionnaires, préfets et procureurs républicains sont remplacés par des monarchistes, les bustes de la République sont enlevés des mairies. Dans certaines villes, comme à Lyon, on interdit de procéder à des enterrements civils en plein jour. La presse républicaine est jugulée par l’application des lois reprises au second Empire. Des extrémistes légitimistes développent une active propagande religieuse (développement des pèlerinages). Ainsi les 27 et 28 mai, une cinquantaine de députés prirent la tête du cortège de pèlerins qui se rendaient à Chartres. Le 24 juillet, les légitimistes font voter une loi prévoyant l’érection d’un sanctuaire dédié au Sacré-Coeur sur la colline de Montmartre, en expiation de la Commune. Nombre de catholiques, surtout parmi les orléanistes, désapprouvaient les outrances des députés légitimistes et beaucoup de bonapartistes se déclaraient d’accord avec les républicains pour attaquer ce conservatisme d’un autre âge.
Depuis 1871, les tentatives d’union entre les tenants des deux prétendants au trône avaient échoué. Les légitimistes appuyaient la candidature du comte de Chambord, fils posthume du duc de Berry et petit-fils de Charles X, qui vivait en Autriche, dans le château de Frohsdorf (partisan de l’ancienne monarchie avec pour symbole, le drapeau blanc fleurdelisé qu’il s’était refusé à abandonner en juillet 1871. Les orléanistes, soutenaient le comte de Paris, petit-fils de Louis-Philippe, qui, avec ses oncles, les ducs de Nemours et d’Aumale et le prince de Joinville, vivait en France depuis l’abrogation des lois d’exil. La famille d’Orléans, était favorable à la monarchie parlementaire et pour le drapeau tricolore. A l’entrevue de Frohsdorf, le 5 août 1873, le comte de Paris reconnaît son cousin comme futur roi, le comte de Chambord n’ayant pas d’héritier, son successeur serait un Orléans.
Les orléanistes, le centre droit faisaient de l’acceptation du drapeau tricolore la condition indispensable du retour de la monarchie, espérant, en se montrant intraitables sur la question de l’emblème national, contraindre le comte de Chambord à la renonciation, pour amener sur le trône un Orléans.
Une commission de 9 membres élue par la majorité délégua l’avocat Chesnelong, auprès d comte de Chambord. Après la rencontre, à Salzbourg le 14 octobre, Chesnelong revint en France en étant persuadé qu’il avait réussi dans sa mission et engagea les membres de la commission des Neuf à rédiger une résolution soumise à l’Assemblée et demandant le retour d’Henri V sur le trône de France. Pour tout le monde, la restauration était un fait acquis. Le comte de Chambord irrité par les communiqués de Paris, fit connaître sa position dans une lettre adressée le 27 octobre à Chesnelong et publiée dans le journal légitimiste l’Union. En refusant tout compromis, en faisant d’un symbole, le drapeau blanc, une question, de principe, le comte de Chambord avait transformé la restauration en illusion et son obstination allait permettre l’établissement définitif de la république.
Broglie comprit qu’il fallait assurer le provisoire jusqu’au moment où, le prétendant légitimiste étant mort, la famille d’Orléans pourrait alors assumer une monarchie constitutionnelle avec le drapeau tricolore. Il fallait donc assurer à Mac-Mahon le pouvoir exécutif pour un long délai sans déterminer le caractère de ce pouvoir. Le comte de Chambord arriva à Paris le 9 novembre, il convoqua Mac-Mahon. Le comte de Chambord avait l’intention de se rendre à l’Assemblée nationale appuyé sur le bras du maréchal et il était persuadé qu’à sa seule apparition les députés se lèveraient et l’acclameraient comme souverain. Mais Mac-Mahon, au nom de l’honneur de sa fonction, refusa de se rendre auprès du prince. Après le vote de la loi sur le septennat, il se décida à regagner le château de Frohsdorf. Pendant ce temps les députés, discutaient du projet de loi destiné à prolonger le mandat de Mac Mahon. Malgré les bonapartistes, qui demandaient un plébiscite et le centre gauche une République, la majorité, dans la nuit du 19 au 20 novembre 1873, renouvela pour 7 ans les pouvoirs de Mac-Mahon en lui donnant le titre de président de la République. Une commission est créée pour examiner les lois constitutionnelles. Broglie dût remanier son cabinet, que quittèrent les ministres légitimistes.
16 septembre 1873 Les troupes allemandes évacuent la France. A l’exception de l’Alsace-Lorraine, qui a été annexée à l’Empire par le traité de Francfort du 10 mai 1871. Il fallut payer une rançon de cinq milliards de francs pour que ces troupes se retirent
Le procès Bazaine. Celui-ci en mai 1872, s’était constitué prisonnier, son procès s’était ouvert à Trianon le 6 octobre 1873, contre l’opinion de Thiers qui craignait une agitation néfaste, mais l’opinion publique et son porte-parole, Gambetta, tenaient à ce que le responsable de la capitulation répondit publiquement de ses actes. Le 11 décembre, les juges prononçaient le verdict : la peine de mort avec dégradation militaire ; mais, immédiatement, ils signaient un recours en grâce, et Mac-Mahon commuait la peine de Bazaine en 20 années de détention. Le maréchal était interné dans l’île Sainte-Marguerite, d’où il s’évada en août 1874 pour se réfugier en Espagne.
Victime des Pavillons noirs. Absorbée par le règlement de ses problèmes intérieurs, la France ne se préoccupait guère de l’action que continuaient à mener en son nom des officiers au-delà des mers, en particulier dans la péninsule indochinoise. À la fin du second Empire, après l’annexion des provinces de Cochinchine et le traité de protectorat imposé au Cambodge, l’amiral Doudart de Lagrée, accompagné du lieutenant de vaisseau Francis Garnier, avait démontré, à la suite de son expédition sur le Mékong, qu’en réalité la voie d’accès vers la Chine, toujours convoitée par les Français, était le fleuve Rouge, ou Sông Koi. Les visées des Français se portaient donc sur le Tonkin, traversé par le Sông Koi et administré par les Annamites. Un négociant français, Jean Dupuis, utilisait le Sông Koi pour acheminer vers la Chine des armes dont les Chinois avaient besoin pour lutter contre des bandes de pirates, les Pavillons noirs, qui ravageaient le sud de leur pays. Mécontents du trafic de Jean Dupuis, les mandarins annamites qui gouvernaient le Tonkin firent appel en 1873 à la cour de Huê, qui en référa au gouverneur de la Cochinchine française, l’amiral Dupré. Ce dernier envoya à Hanoi Francis Garnier pour mener une opération de conciliation. Fort mal reçu par les mandarins, Garnier échoua dans sa tentative de faire ouvrir le Sông Koi à la navigation française. Puis, devant le refus des mandarins de désarmer Hanoi, il s’empara le 20 novembre 1873, avec sa petite armée de 200 hommes, de la ville défendue par des forces vingt fois plus nombreuses. Il se rendit maître ensuite de tout le delta et ouvrit le Sông Koi à la circulation des bateaux français.
Mais Garnier trouva de nouveaux adversaires dans les Pavillons noirs, qui, poussés par la cour de Huê, s’étaient installés près d’Hanoi, dans la région de Son Tây. Au cours d’une sortie, le 21 décembre, Garnier était sauvagement tué par les pirates. La France étant encore trop fragile pour se lancer dans une expédition d’envergure en Indochine, et Broglie se contenta d’exiger de l’amiral Dupré de désavouer l’action de Francis Garnier. On chargea le lieutenant de vaisseau Philastre de régler l’affaire, ce qui fut fait le 15 mars 1874 par la signature d’un traité avec l’empereur d’Annam, Tu Duc : l’indépendance de l’Annam était reconnue par la France, qui restait maîtresse de la Cochinchine. Les trois ports de Hanoi, Haiphong et Qui Nhon étaient ouverts au commerce français et le droit de navigation était concédé sur le Sông Koi. L’heure n’était pas encore venue pour la France de s’installer au Tonkin.
À une voix de majorité. Au début de l’année 1874, le gouvernement remporta un succès par le vote de la loi qui confiait la nomination des maires au pouvoir central. Mais le fossé se creusait de plus en plus entre Broglie et sa majorité. Le 16 mai 1874, le gouvernement est renversé par 381 voix contre 317 (légitimistes extrémistes qui avaient rejoint la gauche et les bonapartistes). Mac-Mahon confiait au général de Cissey le soin de former le nouveau ministère, dans lequel Decazes et Fourtou allaient jouer un rôle essentiel. Le cabinet d’affaires succédait à celui de l’Ordre moral. Depuis quelques mois, on assistait en France à une montée du bonapartisme. Le prince impérial, qui vivait en Angleterre, venait d’atteindre sa majorité. Le 24 mai, lors d’une élection partielle dans la Nièvre, un ancien écuyer de Napoléon III, le baron de Bourgoing, fut élu à une forte majorité. Aussi, devant cette percée du bonapartisme, les modérés du centre droit se rapprochèrent-ils des républicains. Ils étaient de plus en plus nombreux à penser qu’il fallait une véritable Constitution.
Au début de l’année 1875 commença à l’Assemblée la discussion sur le texte élaboré par la commission des Trente (nommée en novembre 1873) à propos de la transmission des pouvoirs, texte dans lequel le mot « république », avait été soigneusement évité. Un député du centre gauche déposa un amendement introduisant le terme « république » qui fut repoussé le 29 janvier. Le 30 janvier 1875, un professeur de la Sorbonne (député centre droit Wallon), proposa un article additionnel (Le président de la République est élu par le Sénat et la Chambre). L’amendement Wallon fut voté par 353 voix contre 352. À une voix de majorité, la république était ainsi fondée en droit, et le mot république apparaissait dans les textes.
Lois constitutionnelles : Le 24 février 1875, la loi sur l’organisation du Sénat était adoptée ( : les sénateurs seraient élus par un collège électoral composé d’un délégué par commune ; mais le quart d’entre eux, les sénateurs inamovibles, devraient être nommés à vie par l’Assemblée).
Cette loi sur le Sénat du 24 février fut complétée par celle du 25 février organisant les pouvoirs publics et celle du 16 juillet réglant les rapports des pouvoirs publics. Ces lois constitutionnelles, complétées par les lois organiques du 2 août et du 30 novembre sur l’élection des députés et des sénateurs, récurent improprement le nom de « Constitution de 1875 », une constitution qui ne comportait ni préambule ni affirmation de principe, une constitution qui, loi après loi, fut arrachée à une majorité récalcitrante. Les lois de 1875 reposaient sur les principes de la séparation des pouvoirs, du suffrage universel et du bicamérisme. Le pouvoir exécutif était confié à un président de la République, irresponsable, élu pour sept ans par les députés et les sénateurs réunis en Congrès. Il nommait les ministres, avait l’initiative des lois, possédait le droit de dissoudre la Chambre. Il disposait de la force armée, recevait les ambassadeurs étrangers, négociait et ratifiait les traités et disposait du droit de grâce. Le pouvoir législatif était détenu par le Sénat et la Chambre des députés. Il y avait 300 sénateurs, âgés d’au moins 40 ans, dont 225 étaient élus pour neuf ans par des collèges sénatoriaux composés de conseillers généraux et de délégués municipaux ; ces sénateurs étaient renouvelables par tiers tous les trois ans. Les 75 autres sénateurs, inamovibles étaient élus à vie par l’Assemblée, puis par le Sénat. Les députés, âgés d’au moins 25 ans, étaient élus pour quatre ans au suffrage universel. Les deux Chambres avaient pour fonction de voter les lois et le budget. De plus, le Sénat pouvait être constitué en Haute Cour de justice pour juger le président de la République ou les ministres sur mise en accusation de la Chambre. Ces lois constitutionnelles étaient suffisamment souples et imprécises sur bien des points pour pouvoir fonctionner sans trop de secousses.
Depuis le traité de Francfort, Bismarck suivait avec inquiétude la vie politique de la France. Celui-ci avait fort mal supporté en 1874 que des évêques français s’en prissent en chaire au Kulturkampf, la politique qu’il menait contre l’Église d’Allemagne. Seule une circulaire du gouvernement français aux évêques et une lettre de la reine Victoria à l’empereur d’Allemagne avaient pu calmer l’irritation de Bismarck. En mars 1875, une loi militaire votée par l’Assemblée augmenta le nombre des officiers, ce qui fût considéré comme un affront par les allemands. Le ministre français des Affaires étrangères, Decazes, rassura l’Allemagne sur les intentions pacifiques de la France et obtint la médiation de l’Angleterre et de la Russie.
Pendant que se votaient les lois constitutionnelles, Cissey et son cabinet avaient démissionné, et Mac-Mahon fit appel à Buffet pour constituer un ministère sans grande unité qui assurerait la transition jusqu’à la fin de l’année 1875. Le 12 juillet 1875, une loi retire à l’État le monopole de l’enseignement supérieur, des facultés libres, subventionnées par les fidèles, allaient s’ouvrir à Paris, Lyon, Lille, Angers et Toulouse.
À la fin de l’année 1875, élection des 75 sénateurs inamovibles. Contre toute attente, grâce à l’alliance que conclurent une nouvelle fois des légitimistes, de l’extrême droite, les bonapartistes et les républicains de Gambetta, plus de 60 républicains étaient élus sénateurs inamovibles.
L’Assemblée nationale se sépara le 31 décembre 1875. Le 30 janvier 1876, les conservateurs remportèrent la majorité des sièges du Sénat, mais, du fait des sénateurs inamovibles, la droite ne détenait que 151 sièges sur 300. Les élections législatives du 20 février et le 5 mars 1876, amenèrent un raz-de-marée républicain (360 sièges, 150 pour les conservateurs, dont 75 à des bonapartistes). Mac-Mahon est obligé de former un nouveau gouvernement pour tenir compte de la nouvelle majorité de la Chambre (il ne veut pas de Gambetta, grand vainqueur des élections) et nomme l’ancien ministre de Louis-Philippe, Dufaure, qui constitue un gouvernement de centre gauche. Dès le mois de mars, la nouvelle Chambre des députés élut son président, Jules Grévy, et la majorité des républicains tenta de s’organiser. Cependant, malgré les efforts de Gambetta pour constituer un groupe cohérent, la division s’installa entre les députés de l’extrême gauche radicale dirigée par Clemenceau, ceux de l’union républicaine de Gambetta, le groupe de la gauche républicaine dont Ferry était le président et le centre gauche de Dufaure.
Il était difficile de savoir qui détenait véritablement le pouvoir, la Chambre des députés ou le gouvernement nommé par Mac-Mahon. Les affrontements, à propos de plusieurs projets de loi, se firent violents entre le Sénat et la Chambre. Devant l’agitation entretenue par les républicains, Dufaure, se sentant incapable de concilier les adversaires, démissionna en décembre 1876 et Mac-Mahon fit appel au républicain modéré Jules Simon.
À la suite du conflit qui opposait le pape au gouvernement italien, les comités français d’Action catholique demandaient aux pouvoirs publics d’utiliser tous les moyens pour faire respecter l’indépendance du Saint-Siège. Ce cléricalisme exaspéra les républicains, que la réaction trop molle de Jules Simon fut loin de satisfaire. Lors de la séance du 4 mai 1877 à la Chambre, Gambetta se fit acclamer par tous les députés de gauche lorsqu’il prononça une harangue vigoureuse se terminant par « le cléricalisme, voilà l’ennemi », Jules Simon dut se résoudre à accepter l’ordre du jour condamnant les « menées ultramontaines ».
Ce discours de Gambetta indigna Mac-Mahon, qui prend prétexte, le 15 mai, du vote d’une loi abrogeant les peines pour délits de presse à laquelle Jules Simon, malgré les promesses qu’il avait faites à Mac-Mahon, ne manifesta pas son opposition, pour lui demander sa démission. Le 17 mai 1877, Mac-Mahon confiait à Broglie le soin de former un nouveau ministère. Ce dernier, ressuscita le gouvernement de l’Ordre moral, ce cabinet ne durera qu’un mois. Le 16 juin, l’Assemblée réunie à Versailles, par 363 voix contre 158, mit en minorité le gouvernement. Ce dernier demanda alors au président de dissoudre la Chambre. Les élections pour constituer le nouveau Parlement étaient fixées au mois d’octobre.
La campagne électorale de l’été 1877 fut âpre. Tous les moyens de pression furent employés par le gouvernement : épuration du corps préfectoral, poursuites contre la presse républicaine, déplacement de nombreux fonctionnaires. Des loges maçonniques, des clubs républicains, des débits de boisson furent arbitrairement fermés. Mac-Mahon parcourt la France et prononce des discours. Gambetta paya de sa personne, mettant sur pied un comité central chargé de recueillir les souscriptions des sympathisants et organisant la propagande dans la France entière.
Le 3 septembre 1877, Thiers mourait après avoir, jusqu’au bout, soutenu les républicains dans leur lutte (ainsi que Victor Hugo). Ses funérailles solennelles, qui réunirent près de 20000 personnes, se transformèrent en une puissante manifestation républicaine et antigouvernementale.
Les élections d’Octobre 1877 confirmèrent la défaite du gouvernement (327 sièges républicains contre 207 à la droite). Broglie démissionne le 20 novembre 1877. Mac-Mahon n’a plus de choix, Dufaure forme un ministère républicain. Le jour de sa nomination, Dufaure faisait signer à Mac-Mahon un message adressé aux Chambres dans lequel le président de la République reconnaissait sa fidélité aux règles parlementaires et admettait que le droit de dissolution ne pouvait devenir un système de gouvernement. Ce droit de dissolution devenait ainsi caduc et la crise du 16 mai, en discréditant le parti conservateur et en renforcent l’alliance des républicains, avait définitivement établi la République.

1878-1881 Jules Ferry et les lois scolaires
Malgré la défaite et les amputations territoriales, la France restait en 1878 un pays riche. Après la crise qui avait suivi l’hiver 1870-1871, l’économie se releva rapidement. L’industrie, grâce aux grands travaux d’équipement entrepris sous le second Empire, continuait de progresser, bien que la plupart des industriels n’eussent pas encore adopté les techniques les plus modernes. Le commerce prospérait et les échanges avec l’étranger dépassaient, à la fin des années 1870, ceux de la fin de l’Empire. L’agriculture était florissante malgré le phylloxéra. Cependant, les moyens de communication n’étaient plus adaptés à la vie économique de l’époque. Les chemins de fer manquaient de lignes secondaires, le réseau des canaux s’avérait insuffisant, et l’équipement des ports, vieilli et inefficace. Dans le cabinet Dufaure nommé en décembre 1877, le portefeuille des Travaux publics était détenu par Freycinet. Ce polytechnicien qui avait avec Gambetta en 1870 organisé la défense du territoire, fit des moyens de communication l’objectif prioritaire (nouveaux canaux creusés, les anciens furent élargis, les ports furent aménagés, l’État fit construire des voies secondaires reliant les grands axes de chemin de fer et dont il contrôla l’exploitation).
L’Exposition universelle de 1878 témoigna devant l’Europe du relèvement économique de la France et servit de cadre à l’apothéose de la science.
Les élections municipales du 6 janvier 1878 avaient confirmé la victoire des républicains. Ils triomphèrent aussi aux élections sénatorielles partielles du 5 janvier 1879 (66/82 sièges à pourvoir). Seule la présidence de la République appartenait encore à la droite, mais, à cause d’un conflit mineur, elle allait, elle aussi, revenir à la gauche. Fin janvier 1879, le président du Conseil Dufaure met à la retraite plusieurs généraux. Mac-Mahon refuse de ratifier la proposition de Dufaure et démissionne le 30 janvier. Election d’un nouveau président Jules Grévy, par 563 voix sur 713 votants, (les républicains détiennent la présidence et la majorité des 2 Chambres.
31 janvier 1879 Gambetta est élu à la présidence de la Chambre des députés.
À peine Jules Grévy élu, Dufaure présenta la démission de son gouvernement, et est remplacé par le ministre des Affaires étrangères Waddington, qui conserva l’ensemble du cabinet précédent et y rajoute le Lorrain Jules Ferry (instruction publique). Le ministère Waddington dura jusqu’en décembre 1879, date à laquelle il fut remplacé par le cabinet Freycinet, qui, lui-même, laissa la place au premier ministère Jules Ferry en septembre 1880.
Ces premières années où la République se trouvait enfin au pouvoir des républicains se caractérisèrent par une grande instabilité ministérielle (querelles des différents groupes de la gauche liées à la personnalité de ses chefs), amis Gambetta, Grévy et Ferry, songeaient aux résultats pratiques de leur action politique, pour laquelle ils attendaient le moment opportun. Ils s’opposent aux intransigeants, (républicains radicaux, qui, jugeant Gambetta trop modéré, étaient passés à l’opposition). Avec leurs chefs, Clemenceau, Brisson, Camille Pelletan et Alfred Naquet, ils voulaient : séparation de l’Église et de l’État, décentralisation, suppression du Sénat, institution de l’impôt sur le revenu. À l’autre extrémité de l’opposition, les royalistes divisés en légitimistes et orléanistes, constituaient une force politique réduite. Les bonapartistes se trouvèrent partagés entre 2 candidats en 1879 après la mort du prince impérial (engagé dans l’armée anglaise, il fut tué par des Zoulous). Mais, si la droite n’était plus prépondérante dans les Assemblées, elle n’en occupait pas moins une place importante dans le pays, par sa fortune et sa mainmise sur les services publics, l’administration et l’armée. Et surtout elle avait l’appui de l’Église, qui constituait une puissance sociale de première importance.
Dans le cadre d’une révision de la Constitution de 1875, jugée trop monarchiste, une loi de juin 1879 annule celle de 1875, qui impose Versailles comme siège des deux Assemblées, et faisant revenir ces dernières à Paris. Le Palais Bourbon et le palais du Luxembourg devenaient les sièges respectifs de la Chambre des députés et du Sénat.
10 juillet 1880 Amnistie des communards. “ Quand me débarrasserez-vous de ce haillon de guerre civile ? ” Devant la Chambre des députés, Gambetta se bat pour obtenir que la loi d’amnistie des communards soit votée. Après la Commune qui a été selon Karl Marx “ la première révolution dans laquelle la classe ouvrière était ouvertement reconnue comme la seule qui fut encore capable d’initiatives sociales ”, près de 40 000 fédérés avaient été faits prisonniers, entassés à Versailles, sur des pontons ou dans des forts, faute de place dans les prisons. Il y eu 22 000 non-lieux et plus de 10 000 condamnations dont la moitié à la déportation. Parmi celles-ci, celle de Louise Michel qui, figure emblématique, a été déportée à Nouméa. Quatre conseils de guerre ont siégé sans relâche jusqu’en 1874. L’amnistie des proscrits de la Commune, repoussée une première fois en 1876, avait été partiellement adoptée en 1879 (3500 amnisties), puis totale à la demande de Gambetta, début 1880.
14 juillet 1880 Instauration de la fête nationale de la République. Pour la première fois, le 14 Juillet (anniversaire de la prise de la Bastille en 1789)est célébré en tant que fête nationale. Le drapeau tricolore est définitivement celui de la France qui choisit La Marseillaise de Rouget de Lisle pour hymne national (elle l’avait déjà été de 1795 au premier Empire).
Ministre de l’instruction publique dans les ministères Waddington et Freycinet, puis président du Conseil à partir du 23 septembre 1880, Jules Ferry s’attacha à donner à l’État des structures laïques et à lutter contre le cléricalisme. Plusieurs loi laïcisèrent les coutumes françaises, telles celle qui autorisa à travailler le dimanche et les jours de fêtes catholiques et celle qui supprima le caractère confessionnel des cimetières. Ce fut dans le domaine de l’éducation que Jules Ferry fit porter l’essentiel de son effort. Le 27 février 1879 il réforma le Conseil supérieur de l’instruction publique, dont il exclut toutes les non enseignants (surtout le clergé). Création des Écoles normales d’instituteurs dans tous les départements (9 août 1879), Puis il s’attaqua à l’enseignement supérieur en déposant en mars 1879 un projet tendant à supprimer la loi du 12 juillet 1875 qui avait institué la liberté de l’enseignement supérieur et avait accordé à des jurys mixtes, comprenant des membres de l’enseignement privé, le droit de conférer les grades universitaires. Le projet de Jules Ferry contenait un article 7 qui visait 500 congrégations religieuses auxquelles il interdisait l’enseignement (en particulier les jésuites). L’article 7 souleva l’indignation des catholiques qui organisaient manifestation sur manifestation. Juillet 1879, la loi est adoptée par les députés, mais le 9 mars 1880, les sénateurs, par 148 voix contre 127, repoussaient l’article 7. A ce refus du Sénat, le gouvernement répondit en prenant 2 décrets (29 mars 1880) dont le premier enjoignait aux jésuites de se disperser dans un délai de 3 mois et le second invitait les congrégations non autorisées à se mettre en règle dans le même délai. L’application de ces décrets ne se fit pas sans peine. Nombreux furent les militaires et les magistrats qui préférèrent démissionner de leurs fonctions plutôt que de diriger les opérations d’expulsion des congrégations, dont certaines ne purent se faire qu’au prix du siège des monastères. La Compagnie de Jésus est dissoute, plus de 250 couvents furent fermés et environ 5000 religieux expulsés.

Jules Ferry et son équipe (Ferdinand Buisson, Jean Macé, Camille Sée et Paul Bert) voulaient un enseignement laïc, gratuit et obligatoire. L’école devenait le ferment du patriotisme et permettait de lutter contre I’obscurantisme de l’Église. Le 21 décembre 1880, (création d’externats de jeunes filles ) à l’instigation de Camille Sée, une loi institua les lycées pour jeunes filles dans lesquels la gymnastique est obligatoire.. Ce fut une révolution dans les mœurs, tant était ancrée, même chez les libres-penseurs, l’habitude de confier les filles aux écoles religieuses. Pour former les professeurs de ces nouveaux lycées féminins, on créa une agrégation féminine ainsi que l’école normale supérieure de Sèvres.
La « pierre angulaire » des projets de Jules Ferry était de transformer l’enseignement primaire, et il était appuyé en cela par la Ligue de l’enseignement de Jean Macé, qui militait avec vigueur pour la gratuité. Une commission placée sous la présidence de Paul Bert, assisté de Ferdinand Buisson, Théodore Steeg et Félix Pécaut, s’attaqua à la tâche d’édifier la nouvelle école primaire. Ils auraient voulu imposer en une seule fois les principes de gratuité, d’obligation et de laïcité, mais Jules Ferry préféra faire adopter ces réformes progressivement. Le 16 juin 1881 fut votée la première loi décidant de la gratuité de l’enseignement primaire. Puis Ferry déposa un second projet prévoyant l’obligation faite à tous les enfants de six à treize ans de fréquenter une école. La laïcisation totale n’était pas encore décidée, mais l’instruction religieuse fut remplacée par l’instruction civique. Cette seconde loi rencontra une vive résistance de la part de la droite et elle ne fut votée que 28 mars 1882.

Les libertés publiques (réunion, association, expression fortement compromises sous le second Empire, puis sous le gouvernement de l’Ordre moral) étaient le cheval de bataille des républicains. Le 30 juin 1881, loi reconnaissant le droit de tenir des réunions politiques sans autorisation préalable. Le 29 juillet 1881, loi rétablissant la liberté de la presse en supprimant toutes les entraves préalables à la publication d’un journal, timbre et cautionnement (C’est à l’un des articles de cette loi que l’on doit l’interdiction la plus reproduite de France, “ Défense d’afficher ”.). N’importe qui pouvait fonder un journal. Les délits de presse étaient limités et soumis à la juridiction de jurys. Grâce à cette loi, qui faisait de la France la nation la plus libérale en matière de presse, les journaux d’opinion se multiplièrent à partir de 1881. Seule la liberté d’association ne fut pas débattue par les députés, car l’accorder sans restriction revenait à reconnaître la liberté des congrégations religieuses contre lesquelles luttait le gouvernement. Elle ne sera accordée qu’en 1901. Malgré l’absence de liberté d’association les syndicats ouvriers, constitués illégalement, bénéficiaient de la tolérance du gouvernement. L’efflorescence des syndicats dût beaucoup à Jules Guesde, qui introduit les théories de Marx en France. En 1879, il participe à la fondation d’un parti ouvrier socialiste francais, collectiviste. Mais il se heurta rapidement aux socialistes, ainsi qu’aux anarchistes et aux blanquistes. A peine fondé, le parti ouvrier, était menacé par ses divisions internes.
En 1880, la France, dans le domaine colonial, se contentait du statu quo. Seules des initiatives privées permettaient la pénétration des Français dans certaines régions du monde et, en particulier, en Afrique. Un jeune officier de marine, d’origine italienne, Savorgnan de Brazza, envoyé en mission au Gabon, reconnut à titre privé, de 1875 à 1878, la région du fleuve Ogooué. Brazza désirait atteindre le fleuve Congo (il était en compétition avec Stanley, qui, pour le compte du roi des Belges Léopold II, explorait les mêmes régions). Brazza fut chargé officiellement par Jules Ferry de mener l’expédition qui, en 1879, lui permettait d’atteindre le Congo. À l’opposé de la brutalité que manifestait Stanley à l’égard des Noirs, Brazza sut se concilier les tribus indigènes en se pliant aux coutumes locales. En décembre 1879, il signait un traité de protectorat avec le puissant roi des Batékés.
Les Français, installés en Algérie, avaient lancé l’idée d’un chemin de fer transsaharien qui relierait l’Algérie aux possessions françaises du Sénégal. Le soin de rechercher les possibilités de tracer une voie ferrée à travers le désert fut confié au colonel Flatters, qui mena une première expédition en 1880. Le 16 février 1881, des Touaregs attaquèrent la caravane et exterminèrent Flatters et ses hommes. L’expansion de la domination française au Sahara se trouvait ainsi povisoirement stoppée, avant l’occupation des oasis à partir de 1882.
La Tunisie, vassale de la Turquie, était administré par des beys constamment endettés et placés sous le contrôle d’une commission internationale chargée de veiller sur leur trésorerie. La France s’était trouvée encouragée dans ses prétentions sur la Tunisie par l’Angleterre et l’Allemagne lors du congrès de Berlin en juin 1878 (Bismarck pensait que la Tunisie serait un dérivatif à la question de l’Alsace-Lorraine).
Sous le cabinet Dufaure, aucune action ne fût entreprise, au début de 1881, les Français se voyaient supplantés en Tunisie par les Italiens qui obtenaient la concession des chemins de fer tunisiens. Depuis la guerre de 1870 et l’expédition malheureuse du Mexique, le gouvernement français hésitait à s’engager militairement à l’étranger. Les incursions de tribus tunisiennes, contre la province de Constantine, en mars 1881, fournirent à Jules Ferry l’occasion pour lancer une opération en Tunisie, l’émir refusant de réprimer ces tribus. Le 4 avril 1881, envoi d’un corps expéditionnaire en Tunisie. L’intervention fut particulièrement facile et les Français ne rencontrèrent aucune résistance. Le 12 mai, les troupes françaises pénétraient dans Tunis et le bey, Muhammad al-Sadiq signe le traité du Bardo instituant le protectorat français sur la Tunisie. Après le rapatriement partiel du corps expéditionnaire français, une révolte éclata dans le sud de la Tunisie. À Sfax, à Gabès et à Kairouan, les insurgés opposèrent une vive résistance, et la pacification, difficilement menée, ne se termina qu’avec le bombardement de Sfax et l’occupation de la ville sainte de Kairouan. Ce ne fut qu’en novembre 1881 que le pays redevint entièrement calme. Le protectorat était maintenu et fut complété en juin 1883 par la convention de la Marsa.
L’expédition de Tunisie s’était déroulée en pleine campagne pour les élections législatives d’août 1881. La gauche républicaine, qui reprochait au gouvernement de s’être laissé engager dans cette expédition, en tira parti pour mener sa campagne électorale. A la rentrée de la nouvelle Chambre, la question de la Tunisie devint immédiatement l’objet de débats passionnés. Jules Ferry parvint à faire ratifier le 9 novembre 1881, par les députés, le traité du Bardo, mais, le lendemain, il apportait à Jules Grévy la démission de son ministère. Jules Grévy fit appel à Gambetta, dont le parti avait été le grand vainqueur des élections législatives et qui allait pouvoir enfin former le 14 novembre 1881 son grand ministère d’union républicaine. Ce ministère dont on attendait beaucoup ne dura que 74 jours, et ne comportait pas de politicien important qui refusèrent d’y participer, il choisit des hommes peu connus du public, comme Waldeck-Rousseau, Rouvier ou Félix Faure qui firent carrière plus tard. La personnalité du chef de l’Union républicaine effrayait encore la classe politique, mais Gambetta n’était plus le tribun passionné de 1870. Le programme de réformes du nouveau président du Conseil était modéré et se contentait de proposer des réformes de la Constitution, de la magistrature et du service militaire. Les républicains reprochaient à Gambetta ses manières dictatoriales.
Le 14 janvier 1882, le chef du gouvernement présenta aux parlementaires un projet de révision de la Constitution comprenant la suppression des sénateurs inamovibles et le rétablissement du scrutin de liste pour l’élection des députés. Gambetta fut mis en minorité le 26 janvier 1882.
Le 28 janvier 1882, un scandale financier secoue la France avec le krach de l’Union générale, fondée en 1878, dont les capitaux venaient essentiellement des milieux catholiques et conservateurs. Ce désastre eut un retentissement considérable et toucha non seulement les milieux financiers, mais aussi des milliers de petits épargnants.
7 janvier 1882 Note commune franco-anglaise au Khédive. Gambetta propose à Londres de mener une action conjointe contre l’Egypte. Les deux gouvernements remettent au Caire une note laissant entrevoir l’éventualité d’une intervention de leurs armées en Egypte.
Gambetta s’était réservé le portefeuille des Affaires étrangères, il tenta de trouver une solution pour régler l’affaire d’Égypte. Depuis l’ouverture du canal de Suez la France et l’Angleterre, rivalisaient pour imposer leur influence en Egypte. Le khédive Ismaïl dut vendre, en 1875, au gouvernement anglais ses actions du canal, (1/3 du conseil d’administration du canal sous contrôle anglais). En 1876, les finances égyptiennes sont placées sous la surveillance d’une caisse de la dette publique et, à partir de 1878, la France et l’Angleterre exercèrent un condominium économique et financier sur l’Égypte. Les deux puissances en 1879 obtiennent du sultan de Constantinople la destitution du khédive Ismail et son remplacement par son fils Tewfik.
Mais un mouvement nationaliste se développa sous la conduite du colonel Arabi Pacha. En septembre 1881, Arabi Pacha forçat le khédive Tewfik à lui donner le portefeuille de la Guerre. Devant cette menace, Gambetta, à son arrivée au pouvoir, propose à Londres une action conjointe. Mais, alors que Gambetta prenait ses dispositions pour mettre sur pied un petit corps expéditionnaire, la chute de son ministère interrompit ces préparatifs
Les émeutes d’Alexandrie. Le successeur de Gambetta, Freycinet, se vit contraint d’accepter qu’une conférence regroupant les puissances européennes prit en charge l’affaire égyptienne. Cependant, en Égypte, les réactions xénophobes se multipliaient et la conférence autorisa la France et l’Angleterre à envoyer une force navale devant Alexandrie. Exaspérés par l’entrée de cette flotte dans leur port, les habitants de la ville massacrèrent, le 11 juin, une soixantaine d’Européens. Massacre auquel l’Angleterre répondit en bombardant Alexandrie. Les forces navales françaises refusèrent de participer à ce bombardement et, sur ordre de Paris, abandonnèrent la place. Freycinet se trouvait dans une position délicate, car il était confronté à l’opposition d’une partie des députés fort hostiles à tout engagement de la France à l’étranger. Lorsque, après les bombardements d’Alexandrie, la France et l’Angleterre se mirent d’accord pour protéger militairement le canal de Suez, Freycinet demanda à la Chambre de voter des crédits pour assurer cette protection, mais les députés, peut être influencés par un violent discours de Clemenceau contre toute intervention française en Égypte, refusèrent de voter les crédits demandés, ce qui provoqua la chute du cabinet Freycinet. Freycinet était remplacée par le sénateur Eugène Duclerc, qui se refusa à poursuivre l’aventure égyptienne. L’Angleterre se trouvait seule pour agir en Égypte et, le 13 septembre, remportait la victoire de Tell el-Kébir sur les troupes d’Arabi Pacha. L’Égypte tombait sous la domination unique des Anglais et la France ne tarda pas à regretter son abstention dans l’affaire égyptienne.

Freycinet, pendant les quelques mois où il fut au pouvoir, continua l’œuvre entreprise sous le premier ministère Jules Ferry. En mars 1882, il fit voter une loi confiant l’élection des maires aux conseils municipaux ; puis, profitant d’un renouvellement partiel du Sénat en janvier, il fit adopter la loi complétant l’organisation de l’enseignement primaire et instituant l’obligation scolaire jusqu’à treize ans.
Le 27 novembre Gambetta se blesse accidentellement, puis, peu après, une affection intestinale se déclare. Gambetta meurt le 31 décembre 1882. La France lui organisa de grandes funérailles nationales.
Gambetta symbolisait à tel point le républicanisme que sa mort donna l’espoir aux royalistes et aux bonapartistes de revenir au pouvoir, les républicains craignirent un coup de force et veulent interdire de séjour sur le territoire français les membres de familles ayant régné sur le pays. Mais le président du Conseil, Duclerc, juge la proposition inopportune et démissionne le 28 janvier 1883. Jules Grévy fait appel à Armand Fallières, qui dirigea pendant un mois un cabinet de transition.
La mort de Gambetta, en supprimant les conflits de personnes permit le rapprochement des républicains, qui soutinrent soutint Jules Ferry, qui, en février 1883 forme un second ministère dans lequel il fit entrer plusieurs membres du cabinet Gambetta, dont Waldeck-Rousseau à l’intérieur.
Ce second ministère de Jules Ferry, solidement constitué, allait subsister pendant plus de deux ans. Cette durée exceptionnelle lui permit de parachever de façon décisive l’organisation de la république. La loi du 30 août 1883 réformait la magistrature, en suspendant l’inamovibilité pour trois mois. Cela lui permit de procéder aux épurations qui lui semblaient nécessaires.
Le 21 mars 1884 loi sur le droit d’association. Waldeck-Rousseau devant la résistance du Sénat, élabora une loi autorisant uniquement les associations professionnelles (reconnaissance des syndicats et leur fédération en unions). Le droit de grève n’est pas reconnu
Le 5 avril 1884, une loi rend publiques les séances des conseils municipaux et complète la loi de 1882 qui avait donné à ces derniers le droit d’élire les maires, à l’exception de Paris (tutelle du préfet de police et du préfet de la Seine). Sur proposition d’Alfred Naquet, le divorce (aboli en 1816), fut rétabli en juillet 1884. Août 1884, réunion du Congrès en vue d’une révision partielle de la Constitution, le 14 août : plus de prières publiques à l’ouverture des sessions parlementaires, les membres des familles régnantes ne pouvaient se présenter à la présidence ; après dissolution de la Chambre, les électeurs devaient être convoqués dans un délai maximal de deux mois, suppression en décembre les sénateurs inamovibles.
Le renouveau du colonialisme. Après le statu quo des années 1870-1880 (l’opinion publique refuse d’accepter les dépenses que représentent la conquête et l’administration de colonies). Le réveil a lieu sous Gambetta et Jules Ferry pour qui, les entreprises à l’étranger devaient renforcer la grandeur nationale, pour effacer l’humiliation de Sedan et donner à la France une place de premier plan dans le monde. Jules Ferry élabore une doctrine coloniale en juillet 1885, après la chute de son ministère, qu’il justifia pour des raisons économiques, militaires et patriotiques. Mais, ils se heurtaient à une opposition violente venant de la droite et de la gauche, pour lesquels la sécurité de la France était mise en péril par des initiatives, qui détournaient les français de la ligne bleue des Vosges. Ce parti anticolonial, dont le chef était Clemenceau, se déchaîna contre les expéditions en Tunisie et au Tonkin, qui provoquèrent la chute des deux ministères Jules Ferry.
Après le protectorat sur la Tunisie et la pénétration de Brazza au Congo (1er ministère Ferry), Ferry s’intéresse à Madagascar, convoitée par les Français et Anglais. Un négociant gascon, Jean Laborde, connut une grande faveur auprès de la reine Ranavalona Ire, mais, à la mort de cette dernière, ses successeurs se tournèrent vers les Anglais, et le presbytérianisme devint religion d’Etat en 1868. Les Français, installés sur la côte ouest, avaient noué des liens d’amitié avec la population minoritaire, installée sur les côtes. Les rapports, déjà tendus avec la monarchie, s’envenimèrent lors de la succession des biens de Jean Laborde, que la reine voulut récupérer (1878). L’opinion publique française et les députés de La Réunion, sous couvert des exactions subies par la minorité Malgache, favorable aux Français, demandait une intervention à Madagascar. Aussi, en 1883, pour faire reconnaître le protectorat de la France sur la côte nord-ouest de l’île, envoya-t-on l’amiral Pierre, qui bombarda et occupa les ports de Majunga et de Tamatave. Mais le Tonkin étant prioritaire, et les moyens donnés insuffisants pour mener des opérations efficaces. Après la chute du ministère Ferry, son successeur, Brisson, fait signer, le 17 décembre 1885, un traité qui reconnaissait la souveraineté de Ranavalona III sur l’île entière. Les Français obtenaient, en échange, la cession de la baie de Diégo-Suarez et l’installation d’un résident français à Tananarive qui pouvait contrôler les relations extérieures de la monarchie hova. Ce traité devait engendrer dix années de troubles à Madagascar.
Le tonkin était la priorité de Jules Ferry. Après la mort de Francis Garnier, en 1873, et le traité du 15 mars 1874, l’empereur d’Annam, Tu Duc, au mépris des conventions signées, se rapprocha de la Chine et laissa les Pavillons Noirs s’attaquer aux négociants et aux missionnaires français. A partir de 1879, le ministre de la Marine, l’amiral Jauréguiberry, reprend la politique d’expansion. Le gouverneur de la Cochinchine reçoit l’ordre de relever le prestige de la France. Celui-ci, en mars 1882, envoie de Cochinchine au Tonkin un détachement sous la direction du capitaine de vaisseau Henri Rivière, avec mission d’étendre l’influence française en évitant la force. Mais Rivière outrepasse ces instructions et, le 25 avril 1883, s’empare de la forteresse d’Hanoi, puis se lance dans l’occupation du delta, comme Francis Garnier en 1873.( 30 avril 1883 Mort de Manet.) Le 19 mai 1883, Rivière est décapité par les Pavillons-Noirs. Réaction vigoureuse française, Jules Ferry obtient le vote à l’unanimité pour l’envoi de troupes au Tonkin. Tandis que le général Bouët dégageait Hanoi, l’amiral Courbet menait une action sur les côtes d’Annam et bombardait Hué. La mort de l’empereur Tu Duc survint alors et, au nom de son jeune successeur, les mandarins annamites reconnurent le protectorat français sur l’Annam.
19 octobre 1883 Décret instituant un Conseil supérieur des colonies. Humiliée à Sedan, la France affirme sa puissance par la création de colonies françaises sous divers gouvernements de la IIIe République. L’importance de celles-ci justifie aux yeux de Jules Ferry la création par décret d’un pareil Conseil.
Malgré l’accord du protectorat français sur l’Annam, les Français durent affronter les Pavillons Noirs, renforcés de troupes chinoises. En décembre 1883, Courbet s’emparait de Son Tâ et, dans les premiers mois de 1884, une grande partie du delta était occupée par les Français. La Chine signe, le 11 mai 1884 la convention de T’ien-tsin reconnaissant le protectorat français sur l’Annam. Un accrochage le 15 juin entre Français et Chinois, remet en cause le traité de T’ien-tsin. La guerre franco-chinoise reprend. Après avoir bombardé Kélung, dans l’île de Formose, Courbet détruisit en août 1884 un arsenal chinois ainsi que la flotte chinoise du Sud. En février 1885, pour affamer la Chine, Ferry décida le blocus du riz.
Sur terre, au Tonkin, les français débloquent en mars 1885 une place-forte, défendue depuis 3 mois par 600 hommes, assiégés par 15000 Pavillons Noirs. 28 mars 1885, une colonne française est attaquée par les Chinois près de Lang Son, et bat en retraite. Cette défaite était sans conséquence militaire, la paix était virtuellement signée avec la Chine. Ce « désastre » de Lang Son servit de prétexte pour provoquer la chute du ministère Ferry, le 30 mars 1885, lors d’une séance de la Chambre d’une extrême violence, pendant laquelle Clemenceau accusa le chef du gouvernement de trahir la France et de faire le jeu de l’Allemagne. Au moment de la chute de son ministère, Jules Ferry avait, en fait, déjà mené les pourparlers de paix avec la Chine, son successeur, Henri Brisson, n’eut plus qu’à faire signer, le 9 juin, le second traité de T’ien-tsin, qui confirmait le premier.
31 mai 1885 Funérailles nationales de Victor Hugo. Dans son testament, Victor Hugo a écrit : “ Je donne 50 000 francs aux pauvres. Je désire être porté au cimetière dans leur corbillard. ” En ce 31 mai, ses dernières volontés sont respectées. Mais, parce que la France veut rendre hommage au poète devenu sa conscience et celle de la République même, pour n’avoir pas transigé avec le régime de Napoléon III, elle lui fait des funérailles nationales. C’est un immense catafalque qui est dressé sous l’Arc de Triomphe, sur la place de l’Etoile. C’est de là que part le corbillard des pauvres tiré par deux chevaux. Sur les Champs-Elysées, le boulevard Saint-Germain, sur la rue Soufflot enfin, qui remonte jusqu’au Panthéon, ce sont plus de deux millions de Parisiens qui se recueillent au passage de la dépouille du grand homme
Juillet 1885, Pasteur inocule pur le première fois le vaccin antirabique au jeune Alsacien de 9 ans, Joseph Meister, ce qui lui apporte une gloire considérable.

La crise économique qui avait commencé en 1882 maintenait un climat social difficile, accentué par le déséquilibre budgétaire. Du coup, les mécontents étaient tout disposés à se rallier à des idéologies plus prometteuses. Les élections législatives de 1885 au scrutin de 1iste majoritaire (adopté les derniers jours du ministère Ferry, alors que cela avait provoqué la chute de Gambetta), montrent un net progrès de la droite, plus unifiée depuis la mort du comte de Chambord en 1883 (le comte de Paris, s’était rapproché des bonapartistes, campagne contre la colonisation), alors que la gauche présentait des listes concurrentes. Elle emporte au premier tour 176 sièges contre 127 pour les républicains. Au second tour, union de la gauche qui profite aux radicaux. Le résultat final donne une Chambre ingouvernable avec 3 groupes de même importance : une Union des droites dirigée par le Bonapartiste Mackau, les radicaux et les opportunistes. Dans l’opinion publique, mécontentement dû à la crise économique et à l’instabilité ministérielle, responsable d’un courant important d’antiparlementarisme. Réveil du nationalisme revanchard (Ligue des patriotes fondée en 1882, par Déroulède).
28 décembre 1885 Jules Grévy est réélu président de la République. Pour la seconde fois, Jules Grévy, que l’on ne se prive pas de surnommer “ le Provincial ”, est porté à la présidence de la République.
21 janvier 1886 Création du Congo français. De retour d’Afrique, l’explorateur Pierre Savorgnan de Brazza donne une magistrale conférence au Cirque d’Hiver. Son succès oblige le Parlement à voter la création du Congo français, dont il est nommé commissaire général.
Freycinet constitua, en janvier 1886, son troisième ministère, et choisit comme ministre de la Guerre, sur les instances de Clemenceau, le général Boulanger, qui s’était comporté avec panache en Kabylie, Cochinchine et Tunisie et se targuait de sympathies pour la gauche radicale. Très vite, dans le ministère Freycinet, puis dans le ministère Goblet, le général Boulanger acquiert une popularité exceptionnelle, par sa prestance et son allure. Il fait adopter une série de mesures destinées à améliorer l’ordinaire des soldats, ainsi que le fonctionnement de l’armée (nouveau fusil Lebel, à répétition, la bicyclette est adoptée par l’armée, réorganisation des services de contre-espionnage, troupes coloniales indigènes), projet de loi réduisant la durée du service militaire et supprimant les dispenses octroyées aux jeunes bourgeois faisant des études et aux ecclésiastiques.
Boulanger donne des gages de son républicanisme en cassant les officiers trop monarchistes ou en déplaçant de Paris une brigade de cavalerie aux sympathies royalistes affirmées. En 1883, il avait été question d’interdire aux membres des familles régnantes de rester en France qui avait abouti à la démission de Duclerc en janvier 1883), en 1886, Freycinet fait aboutir ce projet (interdiction de séjour) à la suite d’une réception trop brillante organisée par le comte de Paris, à l’occasion des fiançailles de sa fille Marie-Amélie avec le duc de Bragance, futur roi du Portugal, qui fut ressentie comme une menace par le gouvernement. Boulanger alla plus loin que la loi en rayant des cadres de l’armée le duc d’Aumale (1822-1897), malgré les services rendus par ce dernier à la France. Le duc répondit par une lettre cinglante au président de la République, ce qui lui valut d’être expulsé par décret. En quittant la France, le duc d’Aumale fit rendre public son testament léguant à l’Institut de France son domaine de Chantilly.

Le général Boulanger connaît son heure de gloire lors de la revue militaire du 14 juillet 1886 célébrant le retour des troupes du Tonkin, lors duquel il est acclamé par la population parisienne aux cris de Vive Boulanger !Le boulangisme était né.
Sous Ferry, les relations franco-allemandes s’étaient détendues et Bismarck s’était montré favorable aux expéditions coloniales menées par la France, après la chute de Ferry, Bismarck s’inquiéta du renouveau du nationalisme français entretenu par la Ligue des patriotes et la popularité de Boulanger. Bismarck durcit son attitude pendant l’hiver 1886/1887. Des mesures de rétorsion furent prises à l’égard des habitants de l’Alsace-Lorraine. Les réservistes allemands furent mobilisés à proximité des frontières et le chancelier prononça la dissolution du Reichstag qui refusait de voter une loi augmentant les effectifs de l’armée active en prévision d’une guerre éventuelle.
Grande loi sur le personnel enseignant, qui mène à bien l’œuvre de laïcisation de l’enseignement, est votée après de longs atermoiements le 30 octobre 1886.
L’affaire Schnaebelé. Le 20 avril 1887, Guillaume Schnaebelé, commissaire de police se rend à la frontière pour une question de service, mais il est appréhendé par des gendarmes allemands qui l’emprisonnent à Metz sous l’inculpation d’espionnage. Le chef du gouvernement, Goblet, appuyé par Boulanger, demanda l’envoi d’un ultimatum à l’Allemagne (risque imminent de guerre), Jules Grévy s’y opposa et adresse à l’Allemagne, par le ministre des Affaires étrangères, une demande d’explication. Bismarck reconnaît que la police allemande avait outrepassé ses droits, et fait remettre Schnaebelé en liberté.
De l’affaire Schnaebelé, Boulanger sortait grandi dans l’opinion publique, qui mettait la reculade de Bismarck sur le compte de la fière attitude du ministre de la Guerre. Devant l’attitude menaçante de Bismarck, le désir de paix des opportunistes et l’impossibilité de s’en prendre au seul Boulanger, trop populaire, c’est tout le cabinet qui est la cible d’une coalition de modérés, et il tombe le 18 mai 1887. Après bien des hésitations, Grévy fit appel à Rouvier, qui, dans son cabinet, élimine Boulanger qui est nommé commandant à Clermont-Ferrand. Le 8 juillet 1887, jour de départ de son affectation, une foule énorme lui fait l’ovation à la gare de Lyon.
Peu après le départ de Boulanger un scandale touchant l’entourage du président de la République renouvelle la méfiance à l’égard des institutions. En septembre 1887, on découvre un trafic de vente de décoration dans lequel est impliqué le député Daniel Wilson, le propre gendre du président de la République. Ce scandale des décorations fit deux victimes : le cabinet Rouvier et le président de la République Jules Grévy, qui sous la pression de l’opinion publique, fut contraint de se démettre le 2 décembre 1887.
Le 3 décembre 1887, Sadi Carnot (Marie François Sadi Carnot est le petit-fils de Lazare Carnot et le fils de Lazare Hippolyte Carnot) est élu président au 2ème tour contre Jules Ferry, le sénateur Pierre Tirard, est chargé de former le gouvernement.
Le scandale des décorations déclenche en France une poussée d’antiparlementarisme et renforce la popularité de Boulanger autour duquel se constitue une coalition hétéroclite. Surtout la Ligue des patriotes, les radicaux, dégoûtés de la corruption parlementaire, pour qui le général incarnait le jacobinisme, les bonapartistes qui croyaient en la possibilité d’un coup d’Etat, les monarchistes, qui entraînés par Armand de Mackau pensaient que seul Boulanger était capable de ressusciter l’idée de restauration. Les boulangistes avaient à leur tête, le baron de Mackau, président de l’Union des droites, la duchesse d’Uzès, en offrant trois millions pour soutenir le mouvement, apporta l’aide financière indispensable. Mais le programme des boulangistes manquait de clarté, et reposait sur la Dissolution, révision, constituante, l’organe boulangiste, la Cocarde, parut à partir de février 1888.
Boulanger fût poussé à se présenter aux élections pour devenir député, afin de s’adresser au public et de tenter un coup d’État. Mais, en tant que général d’active, Boulanger était inéligible. Ce fut donc sous un déguisement qu’il vint à Paris traiter en secret avec ses amis, qui posèrent sa candidature dans 7 départements où se tenaient des élections partielles. Plus de 50000 suffrages se portèrent spontanément sur Boulanger. Prenant pour prétexte que le général était venu à Paris sans autorisation, le gouvernement mit Boulanger à la retraite le 27 mars. Du coup le général devenait éligible. Un Comité boulangiste de protestation nationale se constitua pour mener une active campagne électorale sur plusieurs fronts, puisque les candidatures multiples étaient encore possibles. Ainsi Boulanger se fit élire simultanément en Dordogne et dans le Nord. Il choisit de devenir l’élu de ce dernier département. En se faisant élire, puis démissionnant pour se faire réélire immédiatement dans un autre département, la consultation électorale se transformait en plébiscite.
Le 4 juin 1888, Boulanger demande la révision de la Constitution et le 12 juillet 1888 la dissolution de la Chambre. Ce qui lui valut, les deux fois, un affrontement violent avec le successeur de Tirard à la présidence du Conseil, Floquet, qui tourna à la querelle et à des injures. Ceci aboutit à un duel, au cours duquel le fringant général est blessé par son adversaire. Clémenceau, était devenu l’ennemi le plus irréductible, fondait une Société des droits de l’homme destinée à lutter contre toute entreprise de dictature et qui fut appuyée par la franc-maçonnerie.
Les élections de Paris. Un siège de député était vacant à Paris. Boulanger et ses amis estimaient qu’une élection à Paris serait la consécration de leur politique. Grâce à la propagande intensive le 27 janvier 1889, Boulanger est élu largement. Une importante foule pousse Boulanger à tenter un coup d’État, le général disposant de l’appui du peuple, de l’armée et de la police, il hésite, consulte sa maîtresse, Madame de Bonnemains, décide de ne pas agir et d’attendre d’obtenir le pouvoir officiellement.
Le gouvernement et le président échappaient de peu au coup d’état, se ressaisirent vite. Dès le 13 février 1889, le scrutin d’arrondissement était rétabli, ce qui évitait de voir se renouveler les élections plébiscitaires qui avaient servi Boulanger. Le chef du gouvernement, Floquet, accusé d’avoir été trop mou, fut contraint de donner sa démission et fut remplacé par Tirard. Plusieurs mesures furent prises :
Dissolution de la Ligue des patriotes
On fit courir le bruit qu’on allait traduire Boulanger devant la Haute Cour pour atteinte à la sécurité de l’État. Le 1er avril 1889, sur les instances de sa maîtresse, Boulanger s’enfuyait à Bruxelles. La police avait reçu l’ordre de faciliter sa fuite, ce qui ne pouvait manquer de le discréditer.
6 mai 1889 Ouverture de l’Exposition universelle à Paris. L’inauguration de l’Exposition universelle donne lieu à un banquet présidé par Sadi Carnot, dans la galerie des glaces de Versailles. Les nombreux pavillons ont été construits aux Tuileries, sur l’esplanade des Invalides et sur le Champ-de-Mars. Et c’est là que l’on veut voir de près cette tour dont la construction par l’ingénieur Gustave Eiffel a provoqué un scandale et qui étonne par ses 300 mètres de hauteur.
Le succès de l’Exposition universelle relégua le boulangisme au second plan de l’actualité. Ce qui permit au gouvernement de prendre une série de mesures destinées à éviter une renaissance du mouvement. Le 17 juillet 1889, une loi interdisait les candidatures multiples et, le 14 août 1889, la Haute Cour de justice condamnait Boulanger par contumace à la déportation. Cette mesure le rendait inéligible. Aux élections de septembre/octobre 1889, les républicains, sans trop de peine, remportèrent 366 sièges contre 210 obtenus par les conservateurs. Le général Boulanger, quant à lui, passait de lieu d’exil en lieu d’exil, de Londres à Jersey, puis à Bruxelles. Le 16 juillet 1891, Madame de Bonnemains mourait de phtisie. Le 14 août 1891, Condamnation par contumace du général Boulanger, pour atteinte à la sûreté de l’Etat. Incapable de surmonter son chagrin, Boulanger se suicidait le 30 septembre 1891 sur la tombe de son amie.
Le boulangisme fut un rassemblement du peuple qui voulait venger la Commune, des patriotes qui voulaient humilier l’Allemagne, des monarchistes même qui espéraient pouvoir profiter de la vague boulangiste. Incarné par des hommes aussi différents que Paul Déroulède, auteur de chansons militaires largement diffusées et fondateur en 1882 de la Ligue des patriotes, l’ex-communard anarchiste Henri Rochefort converti au nationalisme antisémite exprimé dans l’Intransigeant, ou le sénateur Naquet, il représenta la première apparition d’une vraie force politique antiparlementaire.
L’exposition universelle qui commémorait le centenaire de la Révolution française, fut inauguré par Sadi Carnot, le 5 mai 1889. La tour Eiffel dont les travaux commencèrent le 26 janvier 1887 fut inaugurée le 15 mai 1889. Edifiée sur le Champ-de-Mars à Paris, c’est le premier exemple de construction en fer de très grande taille. Dessinée et réalisée par l’ingénieur et constructeur français Gustave Eiffel pour l’Exposition universelle de Paris de 1889. Sans son antenne de diffusion hertzienne, elle mesure 293 m de haut ; en comptant celle-ci, elle atteint 320 m. La tour s’appuie sur quatre piliers en arc fixés sur quatre petites structures maçonnées. En s’élevant, les arcs se redressent puis se fondent au deuxième étage en un caisson unique et effilé. Il y a trois plates-formes offrant chacune un belvédère ; la première possède également un restaurant. La tour pèse environ 7 300 tonnes (en excluant les fondations et les aménagements), avec une faible charge (4 kg) par cm2 de fondations. Tout près du sommet sont installées une station météorologique et une station de communication radio : les premiers essais de radio (1898) et de télévision (1925) y furent réalisés. L’espace accueillait également le laboratoire de Gustave Eiffel, destiné à effectuer des tests sur la résistance au vent, mais celui-ci fut transféré rue Boileau, à Paris, en 1921.

Aux élections législatives de 1889, les opportunistes sortent vainqueurs au détriment des radicaux et des conservateurs (malgré l’élection de 40 boulangistes). Période de retour au calme. Le ministère Tirard ayant démissionné en mars 1890, Sadi Carnot fit appel à Freycinet, qui, pour la quatrième fois, devenait le chef du gouvernement. En restant au pouvoir pendant deux ans, il put mettre en œuvre un important programme d’organisation administrative et militaire. Tandis que les monarchistes conservateurs se divisaient sur la question du ralliement à la République, les questions sociales arrivaient au premier plan de l’actualité, grâce aux progrès du syndicalisme et à l’apparition d’une nouvelle force parlementaire, le socialisme.
9 octobre 1890 Premier envol de l’Eole. Dans un parc d’Armainvilliers, Clément Ader essaie sa première machine volante, l’Eole, sorte de grande chauve-souris dotée d’un moteur à vapeur. Il roule, et sur cinquante mètres, on ne voit plus de traces de roues. Il a quitté le sol quelques instant.

En mars 1890, l’orléaniste Jacques Piou fonde la droite constitutionnelle, qui appuie le gouvernement. Le pape Léon XIII, propose le ralliement à la république et recourt au cardinal Lavigerie, archevêque d’Alger et primat d’Afrique. Après avoir consulté secrètement le président de la République et quelques ministres, le prélat, lors d’un banquet offert à Alger, le 12 novembre 1890, porte un toast à la marine française qu’il conclut en conseillant l’adhésion sans arrière-pensée à un gouvernement nommé par la volonté du peuple français. Cet acte au lieu de la réconciliation fut considéré comme un casus belli par de nombreux catholiques, soutenus par des évêques et des conservateurs qui se plaignent au pape. De leur côté, les radicaux considéraient avec méfiance le ralliement,, prôné par ce dernier et se déclaraient intransigeants sur les principes de la laïcité. En mars 1891, l’archevêque de Paris condamne la République présentée comme une coalition de sectes antichrétiennes, quelques mois plus tard, création d’une Union de la France chrétienne, dirigée par les principaux chefs conservateurs. En octobre 1891 Fallières, ministre des Cultes, invite les prélats à éviter de faire dégénérer les pèlerinages en manifestations antigouvernementales, plusieurs évêques protestent, dont celui d’Aix qui dénonce un gouvernement mené par la franc-maçonnerie, fille aînée de Satan,. Les poursuites engagées contre ce prélat le transforment en martyr.
Léon XIII voulait le ralliement, car le Concordat menaçait d’être remis en question par certains républicains même modérés qui voulaient la séparation de l’Église et de l’Etat qui a la charge de l’entretien des édifices religieux et des traitements versés aux ecclésiastiques. Léon XIII nomme un nouveau nonce, dont la mission de rapprochement avec le gouvernement républicain, est rendue difficile par une déclaration de cinq cardinaux métropolitains qui, le 16 janvier 1892, déclarent la république anti-catholique.
Léon XIII donne, le 14 février 1892, une interview dans le Petit journal dans laquelle il affirme la légitimité de la république. Le 20 février 1892, encyclique rédigée en français, Au milieu des sollicitudes (tout pouvoir venant de Dieu, les catholiques français devaient, accepter la Constitution pour changer la législation), complétée, le 3 mai 1892 par une lettre aux cardinaux.
A long terme, ceci provoque une scission de la droite française. Les intransigeants refusent de se plier à l’encyclique et se retirent de la vie politique. L’Union de la France chrétienne est dissoute. Une fraction de la droite se prononce pour le ralliement. Début 1893, création de la droite républicaine, issue du groupe de la droite constitutionnelle. Mais ce groupe parlementaire, qui soutint l’action du gouvernement, ne parvint jamais à regrouper de nombreux députés et enregistra un échec aux élections de 1893.

Socialisme et syndicalisme. Au début des années 1890, le socialisme connut un essor important, le parti ouvrier créé par Guesde au congrès de Marseille en 1879 se heurte aux autres tendances : les blanquistes, les possibilistes, dont une partie fit sécession en et constitue le parti ouvrier socialiste révolutionnaire. Depuis la loi Waldeck-Rousseau de 1884, les ouvriers peuvent s’organiser en syndicats. À partir de 1887, se développent les Bourses du travail (a la fois sièges des syndicats, lieux de réunions et bureaux de placement), qui se fédèrent en 1892.
La principale revendication des ouvriers était l’obtention de la journée de huit heures, s’inspirant des États-Unis, les socialistes décident de faire du premier mai une journée de revendication nationale à ce sujet. La première de ces manifestations se déroula le 1 mai 1890, et, à partir de cette date, tous les ans, se renouvela la fête des travailleurs. Celle du ler mai 1891 fut marquée par des affrontements sanglants à Fourmies, petite ville du Nord (9 morts, dont 8 étaient des femmes et des enfants). Le pape Léon XIII, dans son encyclique Rerum novarum, avait mis l’accent sur les droits des ouvriers. Ce n’est qu’en 1892 qu’une loi ramena la durée de la journée de travail à 11 heures pour les femmes et les adolescents, à 10 heures pour les enfants de 13 à 16 ans.
Depuis 1875, une crise économique se développait dans le monde. Cette dépression, dont les causes furent multiples, toucha tous les secteurs de la vie économique et financière. Les conséquences se firent sentir en France après 1890. Le pays, de plus, avait été durement frappé par l’épidémie de phylloxéra qui avait touché tout le vignoble méridional. La plupart des pays avaient restauré le protectionnisme. La France suivit le mouvement général, suite à l’action du Vosgien Méline, deux tarifs : l’un, maximum était appliqué aux denrées venant de pays non liés par une convention ; l’autre, minimum, était consenti aux pays qui garantissaient à la France des avantages corrélatifs..
La formation du parti colonial. Depuis la chute de Jules Ferry, l’idée coloniale était restée en sommeil, elle revient au premier plan à partir de 1890, grâce au député d’Oran Eugène Étienne, qui fut à plusieurs reprises sous-secrétaire d’État aux colonies. En 1889, fondation de l’Ecole coloniale, formant des administrateurs pour l’outre-mer. Le Comité de l’Afrique française (organisme privé créé en 1890, sous la présidence du prince d’Arenberg, regroupant des hommes d’affaires, officiers, députés, universitaires et écrivains), mène une active propagande, qui amène la formation d’un groupe parlementaire, le parti colonial, dès 1892, dirigé par Étienne. Comprenant une centaine de députés venus de la majorité, le parti colonial voulait faire entrer les territoires africains compris entre la Tunisie et le Congo dans une grande Afrique française. La France était déjà installée au Sénégal grâce à Faidherbe ; elle avait pénétré au Congo et au Gabon et détenait quelques établissements sur les rivages de Guinée et de Côte-d’Ivoire. Dans cette partie de l’Afrique, la France entrait en rivalité avec l’Angleterre.
5 août 1890 Convention coloniale franco-anglaise. En Afrique, la France dispose déjà du Sénégal. Elle a pénétré au Congo et au Gabon. Elle a encore des établissements sur les côtes en Guinée et en Côte-d’Ivoire. L’Angleterre reconnaît à la France la zone “ allant de ses possessions méditerranéennes jusqu’à une ligne tracée de Say, sur le Niger, à Barroua, sur le lac Tchad ”.

L’effort de la France se porta sur le haut Niger. Depuis 1885, les Français étaient installés dans la région s’étendant entre Kita et Bamako et voulaient poursuivre leur expansion vers l’est. Ils se heurtaient aux deux puissants empires d’Amadou et de Samory que, en 1881, le gouverneur du Sénégal, Borgnis-Desbordes, puis, en 1887, Galliéni, avaient tenté de réduire. Le colonel Archinard, successeur de Galliéni, profitant des dissensions internes du royaume d’Amadou, parvint à le conquérir à l’issue de deux campagnes relativement faciles. En avril 1890, il s’empare de la capitale d’Amadou. Puis, en 1893, Archinard prit les derniers territoires que possédait encore le sultan. La route vers Tombouctou se trouvait ouverte, et, en février 1894, le commandant Joffre faisait son entrée dans la grande cité.
La lutte menée contre le chef soudanais Samory fut plus longue, il avait fondé un empire musulman défendu par des troupes d’élite, les sofas. Malgré des accords passes avec la France, il ne cessait de violer les frontières, et, en 1891, Archinard mena une expédition puis des opérations en 1892 et 1893 ne purent venir à bout du Soudanais, qui, refoulé vers l’est, reconstitua un empire dans l’arrière-pays de la Côte d’ivoire. En 1897 Samory avait reconstitué en haute Côte d’Ivoire un empire contre lequel se dirigea le capitaine Gouraud à la tête de 210 sénégalais. La lutte, une nouvelle fois, fut longue et difficile contre Samory réfugié dans la brousse. En septembre 1898, Samory, est capturé et envoyé en captivité au Gabon.. La France est maître de tout le Soudan occidental et contrôle tous les pays de la boucle du Niger.
La conquête du Dahomey fût difficile. Son souverain lançait des razzias contre les deux protectorats de Porto Novo et de Cotonou. Les imaginations étaient frappées par les récits fantastiques qui couraient sur la cour de GléGlé. Son successeur reconnut le protectorat français sur Porto-Novo, en échange d’une indemnité annuelle, mais il reprit ses razzias meurtrières et s’acheta des armes avec l’indemnité. Novembre 1892, le colonel Dodds mène une campagne et s’empara d’Abomey, la capitale, puis une seconde expédition en 1893, le roi est capturé. Le Dahomey devenait colonie française.
Des canonnières devant Bangkok. Après la guerre contre la Chine, les Français étaient installés au Tonkin, Cochinchine et en Annam. En 1893, les principautés laotiennes le long du Mékong sont menacées par le Siam, soutenu par l’Angleterre, qui mène des incursions vise l’Annam au-delà des territoires du Laos.
Le consul de France, Auguste Pavie, négocie avec le roi de Siam. Ce dernier refusant d’évacuer les territoires occupés sur la rive gauche du Mékong, deux canonnières françaises mouillent devant Bangkok. La France obtient, par cette manœuvre d’intimidation, la signature, le 3 octobre 1893, d’un traité avec le Siam qui reconnaissait le protectorat français sur le Laos et s’engageait à renoncer à toute prétention sur la rive gauche du Mékong.
Le scandale de Panama. À quelques mois des élections législatives de 1893, l’opposition trouva dans l’exploitation du scandale de Panama un moyen de déconsidérer le régime. En 1880, Ferdinand de Lesseps avait conçu le projet du canal de Panama et avait fondé une compagnie pour en assurer la construction, qui se heurta vite à des difficultés financières. Elle envisage en 1885, un emprunt à lots, dont les obligations seraient remboursés par tirage au sort. Mais pour ce faire, il fallait modifier la législation. Malgré un rapport technique défavorable, le ministre des Travaux publics et des députés, se laissent convaincre, moyennant finances. En juin 1888, le Parlement autorise l’emprunt, mais trop tard, en février 1889, la Compagnie est mise en liquidation ruinant de nombreux épargnants.
Suite à une utilisation douteuse de ses fonds, les souscripteurs constituèrent une société qui déposa plainte, mais l’instruction s’éternisa et, ce n’est qu’en juin 1891, qu’une information fut ouverte pour abus de confiance ; il fallut attendre 1892 pour que soient mis en accusation les administrateurs de la Compagnie et l’entrepreneur Gustave Eiffel.
Deux journaux de l’opposition s’emparent de l’affaire en septembre 1892 (journal antisémite la Libre Parole, et la Cocarde, organe boulangiste), qui publient la liste des parlementaires compromis et des intermédiaires. Dans la nuit du 19 au 20 novembre, le baron Reinach, qui fut un intermédiaire entre la Compagnie de Panama et le monde politique, s’est suicidé. Sa mort met le feu aux poudres. Le 21 novembre 1892, un député royaliste Jules Delahaye, accuse, sans citer de noms, 150 députés de s’être fait acheter. À la suite de ce discours, une commission d’enquête fut constituée, présidée par le radical Brisson.
Pendant l’enquête, la presse se déchaîne contre les députés et sénateurs tous de la majorité (y compris Clemenceau, Albert Grévy), l’antiparlementarisme n’en devint que plus virulent, expliquant en partie la naissance du mouvement anarchiste. En janvier 1893, s’ouvre le procès des administrateurs les accusés, condamnés à la prison, virent leurs peines cassées par une habile utilisation de la prescription. Deux mois plus tard, ce fut le tour de cinq parlementaires de se retrouver devant la justice. Mais il n’y eut qu’un seul condamné, l’ancien ministre des Travaux publics, qui avait avoué naïvement avoir touché de l’argent. Les conséquences politiques seront une grande instabilité gouvernementale en 1893. Toute une génération d’hommes politiques, compromis dans l’affaire, disparut, momentanément ou non, de la vie publique et fut remplacée par des hommes jeunes, Barthou, Poincaré, Delcassé, Deschanel, Leygues, qui allaient donner un style nouveau à la politique.
Aux élections de 1893, beaucoup de députés du centre gauche ainsi que certains élus radicaux perdirent leurs sièges. Les voix se portèrent sur les socialistes, dont une cinquantaine furent élus. La droite républicaine n’obtient que 35 sièges. Les candidats modérés sortaient vainqueurs de la consultation et allaient former l’essentiel de la nouvelle Assemblée.

L’alliance franco-russe. La France voulait sortir de l’isolement politique qui durait depuis 1870, Bismarck avait créé un système complexe d’alliances qui excluait la France. Lorsqu’en 1888 Bismarck refuse d’ouvrir le marché financier allemand aux emprunts russes, le tsar se tourne vers la France qui souscrit avec enthousiasme. A la chute de Bismarck en 1890, l’Allemagne ne renouvela pas le traité signé en 1877 avec la Russie et celle-ci se trouva isolée.
A partir de 1890, démarches politiques, n’aboutissant à une alliance franco-russe qu’en 1893. En juillet 1891, la flotte française fit une visite triomphale à Cronstadt. La France cherche obtenir la signature d’un accord militaire. En octobre 1893, l’escadre russe venue à Toulon reçoit un accueil exceptionnel, et, le 27 décembre 1893, la convention militaire est ratifiée

Les élections législatives d’août-septembre 1893 amenèrent une majorité plus conservatrice (280 républicains sans étiquette, une droite monarchiste de 50 sièges et constitutionnelle de 35 sièges, poussée des socialistes). En l’absence de véritable majorité, les crises ministérielles se succédèrent (présidence du Conseil assurée par Jean Casimir-Perier, Charles Dupuy, Alexandre Ribot, Léon Bourgeois et Jules Méline).
Flambée de violence entretenue par les anarchistes qui s’étaient séparés en 1879 des socialistes et proféraient des thèses extrémistes (suppression de la propriété privée et du gouvernement). A partir de 1892, ils se livrent à des actes de violence pour attirer l’attention publique. À la suite de quatre attentats à la dynamite, on arrêta, le 30 mars 1892, Ravachol (repris de justice qui, sous couvert d’anarchie commettait des crimes), par son exécution à la guillotine il fût transformé par la propagande anarchiste en martyr.
Le 9 décembre 1893, attentat à la bombe à la chambre des députés avec de nombreux blessés, le responsable de l’attentat fut arrêté sans difficulté. C’était un jeune homme, Auguste Vaillant, auquel une vie difficile avait inspiré des opinions anarchistes et qui avait voulu venger Ravachol.
L’attentat de Vaillant suscita une indignation et une psychose de l’attentat. Dans les jours qui suivirent, Casimir-Perier, fit voter 4 lois anti-anarchistes (adoptées sans discussion). La provocation au meurtre, vol ou incendie et l’entente entre individus en vue de commettre des attentats étaient sévèrement punis. La détention d’explosifs était sévèrement contrôlée et les forces de police étaient renforcées.
Une vague d’attentats entre fin 1893 et avril 1894 pousse le gouvernement à se rapprocher de la droite constitutionnelle, en prônant une politique d’apaisement religieux et un abandon de l’anticléricalisme dur (ce qui lui vaut l’hostilité des radicaux et socialistes, considérés par le gouvernement comme responsables du mouvement anarchiste).
Le gouvernement Casimir-Perier tombe, le 22 mai 1894, pour avoir refusé d’appliquer aux cheminots la loi syndicale de 1884. Le président Sadi Carnot, fait appel à Charles Dupuy, dont le cabinet comprend des hommes politiques jeunes, non touchés par le scandale de Panama, Raymond Poincaré, Georges Leygues, Louis Barthou, Gabriel Hanotaux.
Assassinat de Sadi Carnot, à Lyon, le 24 juin 1894, Le président de la République arrive à Lyon après une série de visites officielles en province. Il y préside un banquet et inaugure une exposition. Sur le chemin du Grand Théâtre qu’il rejoint en calèche découverte, tout à coup, un jeune homme sort de la foule, saute sur le marchepieds et enfonce un poignard dans la poitrine du président en criant : “ Vive l’anarchie ! ” Le meurtrier, ceinturé sur le champ, est un ouvrier boulanger italien, âgé de vingt ans. Il s’appelle Santo Geronimo Caserio. La foule continue d’acclamer le président… Elle ne remarque pas qu’il est blessé et qu’il agonise. Sadi Carnot meurt trois heures plus tard. Son assassin est guillotiné le 16 août 1894

Jean Casimir-Perier, est élu le 27 juin 1894. Petit-fils du ministre de Louis-Philippe, il est la cible d’une campagne de calomnies du fait de ses origines orléanistes et de sa fortune (principal actionnaire des mines d’Anzin).
30 juillet 1894 Vote des “ lois scélérates : Suite à l’attentat de Caserio nouveau projet de loi anti-anarchistes qui allait beaucoup plus loin que les lois votées de décembre 1893 : les délits de presse consistant en provocation ou en apologie des actes de violence relèvent des tribunaux correctionnels. L’extrême gauche et les socialistes s’ opposent au vote de cette loi et donnèrent à l’ensemble des mesures prises depuis décembre 1893 le surnom de lois scélérates, car ces lois pouvaient être utilisées pour combattre non seulement les anarchistes, mais aussi les syndicalistes et les socialistes.
Les anarchistes rejoignent les rangs des socialistes, qui au congrès de Nantes de septembre 1894, adoptent le principe de la grève générale révolutionnaire présenté par un avocat nantais, Aristide Briand, et créent la Confédération générale du travail (CGT). 23 septembre 1895 Naissance de la CGT. Le congrès constitutif, qui s’ouvre en ce jour à Limoges et qui va se clore le 28, fonde la Confédération générale du travail, qui a pour raison d’être la défense des intérêts des travailleurs.

En septembre 1894, suite à un article très injurieux contre le président, le journaliste, poursuivi en justice est défendu par Jean Jaurès, qui prononce un violent réquisitoire contre le président. Malgré une condamnation à un an de prison, l’auteur est élu député en janvier 1895 par les électeurs de Paris.
Le cabinet Dupuy tombe 15 janvier 1895, suite à un scandale de pots de vin concernant les conventions passées avec les compagnies de chemins de fer (il sera responsable de la chute en Octobre du cabinet successeur de Ribot). Le 16 janvier 1895, Casimir-Perier annonce sa démission.
Félix Faure est élu président le 17 janvier 1895. Le cabinet Ribot d’union républicaine voulut ramener l’apaisement dans la classe politique divisée depuis le vote des lois scélérates, en faisant voter une loi amnistiant les condamnés politiques à l’exception des anarchistes. Cependant, une mesure fiscale concernant les congrégations religieuses rallume la querelle religieuse. En octobre, Ribot subit les attaques des socialistes qui lui reprochent d’avoir envoyé la troupe à Carmaux pour réprimer une grève des ouvriers verriers. Le scandale d’octobre à propos de la compagnie des chemins de fer du Sud contraint Alexandre Ribot à démissionner le 28 octobre 1895.
Léon Bourgeois remplace Ribot, qui forme un cabinet radical (Émile Combes à l’instruction publique et Paul Doumer aux Finances). Ce gouvernement radical ne disposait que d’une majorité réduite à la Chambre et était minoritaire au Sénat. Bourgeois enlève de son programme toutes les revendications des radicales (séparation de l’Église et de l’État). Il se contente de présenter un projet d’impôt sur le revenu qui coalisa contre lui les mécontents et allait provoquer sa chute en 1896.

Le bordereau : En septembre 1894, une banale histoire d’espionnage va dégénérer en l’affaire du siècle qui déchirera la France. Le chef du service des renseignements, prévient son supérieur, le général de Boisdeffre, chef de l’état-major, le ministre de la Guerre et le président de la République, Casimir-Perier. Les colonels chargés de l’enquête, mettent en cause un stagiaire juif, le capitaine Dreyfus. Or l’armée est un milieu très conservateur et dans l’ensemble monarchiste. De plus régnait en France un courant d’antisémitisme.
Le 15 octobre 1894, le capitaine Dreyfus est convoqué au cabinet de Boisdeffre, où le commandant du Paty de Clam le soumet à une dictée improvisée, celle du texte du fameux bordereau. Dreyfus est arrêté immédiatement par du Paty de Clam pour haute trahison.. Du Paty de Clam, devant la fragilité des preuves rassemblées, songe à demander l’arrêt des poursuites, quand une fuite dans la presse annonce l’arrestation de Dreyfus. Immédiatement, toute la presse en fait ses choux gras. L’état-major déférer Dreyfus devant le conseil de guerre. Le procès s’ouvrit le 19 décembre à huis clos. On sut plus tard que, contrairement à toutes les règles, un dossier secret avait été communiqué aux juges sans l’être aux défenseurs de Dreyfus. Le contenu de ce document parut déterminant aux juges, qui condamnèrent le 22 décembre l’accusé à la dégradation et à la déportation perpétuelle à l’île du Diable, en Guyane.
La condamnation de Dreyfus fut accueillie avec satisfaction par l’opinion publique et toute la presse. Le 5 janvier 1895, eut lieu la parade de la dégradation.
Madagascar. Le traité signé le 17 décembre 1885 entre les Français et la reine Ranavalona III n’était pas respecté par la jeune reine et son mari ministre, des incidents sanglants éclatèrent à différentes reprises, le gouvernement français, en pleine crise boulangiste, se préoccupait peu de Madagascar. Un accord est signé en août 1890 avec la Grande-Bretagne, qui, en échange droits sur le sultanat de Zanzibar, accepte le protectorat français sur Madagascar. En novembre 1890, l’Allemagne, adhère à cette convention. En 1894, les colons de la Réunion et leurs députés, font pression sur la Chambre qui accepte à une très forte majorité, de constituer une expédition. Celle-ci est mal préparée et non adaptée aux conditions de l’île. Un régiment de conscrits est adjoint aux troupes d’infanterie coloniale, le matériel militaire était trop lourd pour pouvoir circuler à l’intérieur de l’île. Débarqué en décembre 1894, le corps expéditionnaire se prépare à marcher sur Tananarive, mais il faut construire une piste, pendant les mois où les soldats tracent la route, plus de 5 000 d’entre eux meurent de fièvre ou de dysenterie, en l’absence de quinine.
En juillet, le général Duchesne, prend l’initiative d’une colonne légère de 4000 Sénégalais et Algériens qui, sans difficulté, atteignit Tananarive le 27 septembre. Sans véritable résistance, la ville se rend le 30 septembre. Le 1er octobre, le traité qui impose le protectorat français est accepté. La politique étrangère et l’administration de l’île revient au résident français et des forces militaires sont installées aux points stratégiques. La reine ne conserve qu’un pouvoir théorique. Des révoltes, encouragées par la reine, éclatent au printemps 1896 dans toute l’île et le résident français ne pût faire face. Le ministère Méline annexe, le 6 août 1896, Madagascar et nomme Galliéni gouverneur général. Celui-ci, à son arrivée à Tananarive, fait exécuter 2 conseillers royaux et exile la reine à la Réunion. La royauté est abolie à Madagascar par le décret du 28 février 1897, Galliéni pacifie l’île fin 1897 (il y testera près de 10 ans).

28 décembre 1895 Première séance de cinéma donnée par les frères Lumière. Aujourd’hui même devant quelques dizaines de spectateurs payants est projeté au Grand Café, sur les grands boulevards à Paris, un singulier spectacle : les images animées des frères Lumière. Au programme, L’Arroseur arrosé. Le cinéma est né. NB : La ciotat a connu les premières séances cinématographiques 3 mois avant Paris et possède le plus ancien cinéma du monde, l’éden qui fonctionne de puis 1899

Paul Doumer, tenta de remplacer le système de contributions directes existant depuis la Révolution, par un impôt global et progressif frappant les revenus supérieurs à 2500 francs par an. Ce qui heurta le plus l’opinion et les parlementaires, c’était le projet de contrôle des déclarations des contribuables par une commission communale. Le projet est accepté par les députés, le Sénat, par des moyens détournés, cherche à renverser le ministère. À propos de l’affaire des chemins de fer du Sud, responsable déjà de la chute des 2 précédent ministères, les sénateurs infligent, le 11 février 1896, un blâme au gouvernement. La Chambre des députés se prononce à une forte majorité contre le Sénat, qui adresse un autre blâme au ministère Bourgeois, suivi d’un nouveau vote de confiance de la Chambre. Les conseils généraux, en se prononçant contre l’impôt sur le revenu, détachent du gouvernement des députés modérés, ce qui renforce le Sénat, qui refuse de voter les crédits pour le rapatriement des troupes de Madagascar.
Bourgeois démissionne le 23 avril 1896.
Le 29 avril 1896, le père des lois protectionnistes de 1892, Jules Méline, forme un cabinet modéré qui allait durer plus de deux ans. Il renonce à l’impôt sur le revenu, ce qui lui assure la confiance du Sénat. Il abandonne l’anticléricalisme républicain, il ralentit la laïcisation des écoles de filles et laisse se reconstituer les congrégations dispersées en 1880. Cette attitude conciliante fut fort appréciée des catholiques engagés. L’opposition venait de la gauche radicale, qui lui reproche l’abandon des réformes indispensables et sa générosité envers l’Église. Le socialisme a du succès aux élections municipales de 1896 (un des chefs est Alexandre Millerand, qui préconise l’abandon des moyens révolutionnaires, mais l’usage du suffrage universel. Méline fait adopter en avril 1898, les lois instituant la responsabilité patronale en cas d’accident du travail et organisant les sociétés de secours mutuel.
octobre 1896 visite officielle du jeune tsar Nicolas II et de la tsarine qui est un grand succès, le peuple français ovationne les souverains russes. L’événement majeur est la pose de la première pierre du pont qui sera jeté sur la Seine en face de l’esplanade des Invalides, le pont Alexandre-III. Ce geste symbolique met en évidence l’excellence des relations diplomatiques qui sont désormais celles de la France de Félix Faure avec la Russie depuis les accords signés en 1892 et 1894. En août 1897, Félix Faure rendit au tsar sa visite avec le même faste, qui se termine par un accord dont l’artisan était le ministre des Affaires étrangères, Gabriel Hanotaux. Cet accord fût mal accepté par le reste de l’Europe.

14 octobre 1897 Clément Ader effectue le premier essai de l’Avion. Il roule, décolle et laisse le sol sur une longueur de 300 mètres. Par malheur, une rafale violente renverse l’appareil qui s’abat. Ader est sauf.

Affaire Dreyfus : la famille de Dreyfus se consacre à démontrer son innocence. Elle trouve un allié en Bernard Lazare, auteur d’un ouvrage sur l’antisémitisme,. Celui-ci mobilise petit à petit les milieux israélites, et intéresse à la cause de Dreyfus l’avocat Joseph Reinach. Une première enquête, menée en 1895, permet d’apprendre l’existence du dossier secret qui avait condamné Dreyfus. Le chef du service des renseignements, est remplacé en juillet 1895 par le lieutenant-colonel Picquart, qui est chargé de reprendre le dossier Dreyfus et de trouver le mobile de la trahison de l’officier. Or, Picquart obtient des services secrets un télégramme, expédié par Schwartzkoppen au commandant Esterhazy, qu’il suspecte rapidement d’être le véritable coupable (joueur, endetté et écriture semblable à celle du bordereau). Picquart en refère à son supérieur, le général Gonse. qui, devant son insistance le mute dans le Sud tunisien. La culpabilité de Dreyfus, semblant confirmée par des renseignements obtenus par le commandant Henry. En novembre 1896 Lazare et la famille de Dreyfus déposent un recours en révision du procès, qui, faute de preuves, est rejeté à la chambre. Cependant le vice-président du Sénat se fait l’avocat de la révision et tente de convaincre le président et le ministre de la Guerre, une instruction est ouverte contre Esterhazy. La presse s’en mêle et fin 1897, les passions commencent à se déchaîner.
25 novembre 1897 Premier article de Zola en faveur de Dreyfus. Il paraît ce jour dans le Figaro. Deux mois plus tard, le véritable coupable d’espionnage, Esterhazy, est acquitté. Zola s’enflamme de plus belle.

La France et la Grande-Bretagne étaient en concurrence dans de nombreux points du globe, surtout en Afrique où chaque pays essaie d’étendre sa domination (nommé course au clocher, compétition lancée par la conférence de Berlin de 1884-1885, sous les auspices de Bismarck)seuls le Libéria et l’Ethiopie resteront indépendants). Les accords de 1890 avaient réparti les zones d’influence franco-britanniques en Afrique occidentale. La rivalité en Afrique orientale menace de tourner à l’affrontement. Depuis 1882, la Grande-Bretagne avait la haute main sur l’Egypte et voulait réaliser la liaison Le Caire-Le Cap et donc s’assurer la maîtrise du Soudan. Le Soudan depuis 1885 était aux mains de fanatiques religieux, les derviches (mahdistes car disciples d’un prophète noir, le Mahdi) et tenait en échec les armées anglo-égyptiennes. En avril 1896, une expédition, commandée par l’anglais Kitchener, est lancée à partir de l’Égypte contre les derviches.
La France avait obtenu du négus éthiopien l’accord pour construire une voie ferrée Addis-Abbéba/ Djibouti, dans le but d’occuper la haute vallée du Nil et de barrer aux Anglais la route vers Le Cap. Devant les menaces anglaises de conflit, une mission scientifique prévue en Afrique orientale, en 1894, tourna court. En février 1897, la France envoie Marchand à la tête d’une mission scientifique (seulement 8 officiers et 150 tirailleurs sénégalais), rejoindre le fort de Fachoda sur le haut Nil. Pendant plus d’un an, la petite troupe, partie du Congo, se fraie son chemin au milieu des pires difficultés, passant d’un bassin fluvial à l’autre (portage à dos d’homme à travers la brousse du vapeur Faidherbe en pièces détachées). Les hommes parcourent 7 000 kilomètres. Le 10 juillet 1898, Marchand atteint Fachoda
Le 2 septembre 1898, l’armée anglo-égyptienne, menée par Kitchener, écrase l’armée des derviches mahdistes. Quelques jours plus tard, à la tête de 20000 hommes, Kitchener arrive à Fachoda. Marchand refuse d’évacuer Fachoda à la demande de Kitchener et attend les instructions de son gouvernement. À l’annonce de la rencontre de Fachoda, l’agitation était entretenue par une violente campagne de presse. La guerre menaçait entre les deux nations. Mais la France est en pleine affaire Dreyfus et ne peut soutenir une guerre navale contre la Grande-Bretagne, qui avait commencé ses préparatifs militaires et avait reçu l’appui de l’Allemagne. La France cède, le 3 novembre 1898. Des manifestations anti-britanniques éclatent à Paris et l’opinion s’en prend à l’ennemi héréditaire.
21 mars 1899 Convention franco-anglaise sur le Soudan égyptien. Après l’affaire de Fachoda où la France a été humiliée par l’Angleterre, une convention est signée entre les deux pays. La France renonce à sa prétention sur le Soudan. L’affaire Dreyfus va vite faire oublier Fachoda.

Dreyfus, enfermé sur un îlot désolé au large des côtes de Guyane, fut un des rares à ne pas connaître l’intense agitation qui réveilla les passions politiques et religieuses et divisa profondément le pays. La campagne de presse entamée à l’automne de 1897 révèle les obscurités du procès (dossier secret) et les doutes de Picquart concernant Esterhazy avait provoqué des doutes sur la culpabilité réelle du capitaine. Le procès d’Esterhazy, se conclut par l’acquittement du commandant, qui est acclamé par la foule, alors que Picquart est mis aux arrêts et enfermé au Mont-Valérien. Alors que la famille Dreyfus désespère de ne pouvoir obtenir la révision du procès, paraît l’article d’Émile Zola « J’accuse », dans le journal de Clémenceau, l’Aurore, daté du 13 janvier 1898 (lettre au président de la République).
Dès décembre 1897, Zola était convaincu de l’erreur judiciaire et il avait fait paraître plusieurs articles. Ce pamphlet fit l’effet d’un véritable coup de tonnerre. Plus de 200 000 exemplaires de l’Aurore furent vendus, et le texte en fut affiché partout. Les affirmations de Zola étaient approximatives mais, en jetant de façon agressive l’affaire sur la place publique, l’écrivain lui donnait sa véritable dimension.
À la Chambre, le comte de Mun interpella Méline, ce qui oblige le ministre de la Guerre à porter plainte contre Zola pour diffamation. De part et d’autre, on se mobilise pour ou contre l’écrivain, dont le procès s’ouvre le 7 février 1898. Le 23 février 1898 les juges condamnaient Zola et le gérant de l’Aurore au maximum : 3 000 francs d’amende et un an de prison. Le procès fut cassé et l’écrivain repassa devant les juges en juillet. Une nouvelle fois, il est condamné au maximum. Pour éviter la prison, il quitte alors la France. L’affaire Dreyfus allait déchirer le pays entier divisé deux partis irréconciliables. Tout ce que la France comptait de personnalités scientifiques, littéraires, politiques, religieuses se trouva de gré ou de force enrôlé dans un camp ou dans l’autre.
Les anti-dreyfusards, adversaires de la révision du procès, défendaient l’armée et se recrutaient dans les rangs nationalistes et antisémites. Ils disposaient de puissants journaux antisémites. La Ligue antisémite, dirigée par Jules Guérin et l’écrivain Maurice Barrès, lançait des opérations punitives (saccage de magasins juifs à Paris manifestations sanglantes en Algérie).
Parmi les dreyfusards accusés de mettre en cause l’institution militaire et de favoriser les forces de dissolution de la nation, on trouva de nombreux universitaires, écrivains, savants. Clémenceau, trouva le néologisme d’intellectuels pour désigner les Dreyfusards (certains seront à l’origine de la création de la Ligue des droits de l’homme et du citoyen, fondée en février 1898, et dont Clémenceau devait prendre la tête).
La campagne pour les élections législatives de 1898, évita au maximum de parler de l’affaire Dreyfus, la nouvelle chambre était similaire à la précédente. Les triomphateurs du scrutin sont les 245 députés modérés, qui amorcent un rapprochement avec les radicaux. Dès sa première séance, la nouvelle Chambre désavoue la politique de Méline, qui est contraint de démissionner le 14 juin 1898 et est remplacé par Brisson. Le nouveau ministre de la Guerre, Cavaignac, veut clarifier l’affaire Dreyfus. Persuadé de la culpabilité de ce dernier, il se fait fort de la prouver et présente à la Chambre des pièces déposées par Henry dans le dossier Dreyfus. Le discours de Cavaignac produit une émotion considérable à la Chambre : tous les députés, soulagés de savoir que le condamné était vraiment coupable, acclament le ministre.
Cependant Picquart, dans une lettre au président du Conseil, affirme qu’il peut prouver que le texte produit par le ministre de la Guerre ne concerne pas Dreyfus et que des pièces sont des faux. Sur plainte de Cavaignac, Picquart est jeté en prison. Sur ordre de Cavaignac, un attaché militaire, passant en revue toutes les pièces contenues dans le dossier Dreyfus, prouve la présence de faux. Cavaignac, informé, convoque Henry, qui avoue avoir fabriqué le document par conviction patriotique et est arrêté sur-le-champ (Henry se suicidera le lendemain, en prison). Cavaignac fait publier cette nouvelle immédiatement.
Le général de Boisdeffre, chef de l’état-major, démissionne, Esterhazy s’enfuit en Angleterre et, le 4 septembre, Cavaignac démissionne aussi. Lucie Dreyfus, dépose une nouvelle demande de révision. Le 17 septembre, le garde des Sceaux saisit la commission compétente pour le recours en révision. Le gouvernement est alors en proie aux attaques des anti-Dreyfusarts, traverse la crise de Fachoda et affronte une flambée sociale, il y eut 200000 grévistes, auxquels décidèrent de se joindre les employés des chemin de fer.
Lors de la rentrée de la Chambre, le 25 octobre 1898, Brisson donne sa démission.
Félix Faure fait appel à Charles Dupuy, qui forme un cabinet républicain. L’affaire Dreyfus est alors politisée : coalition à droite regroupant la Ligue des patriotes de Déroulède, la Ligue antisémite de Guérin, et, en décembre 1898 la Ligue de la patrie française, fondée par Jules Lemaître et François Coppée. Présentant leur groupe comme une riposte à la Ligue des droits de l’homme, ces derniers réunissent plus de 100000 adhérents, ils redoublent de fureur le 29 octobre, quand la chambre criminelle déclare recevable la demande en révision du procès de Dreyfus.
La chambre criminelle étant la cible des attaques des anti-dreyfusards le gouvernement fait voter le 10 février 1899, une loi transférant les demandes de révision aux trois chambres réunies de la Cour de cassation.
Le 16 février 1899, le président Félix Faure meurt lors d’un rendez-vous galant. Le président du Sénat, Émile Loubet, est élu président contre Méline le 18 février 1899.
Durant les obsèques de Félix Faure, le 23 février, Déroulède tente un coup d’État, il est arrêté. Bien qu’il soit acquitté à l’issue de son procès, Dupuy profite de l’agitation pour lancer des actions contre des ligues nationalistes et antisémites.
Le 3 juin 1899, la Cour de cassation casse le jugement de 1894 et demande que Dreyfus soit rejugé par le conseil de guerre. Les nationalistes réagissent immédiatement. Le lendemain, Émile Loubet assistant à Auteuil au grand steeple-chase annuel se fait injurier par une foule nationaliste, œillet blanc à la boutonnière. En réponse, le 11 juin 1899, les républicains organisent une contre-manifestation de la Concorde à Longchamp (églantine rouge arborée).
Devant la crainte d’un coup de force, le 12 juin 1899 Dupuy est désavoué.
Waldeck-Rousseau forme un cabinet de défense républicaine, 2 hommes suscitent des réactions hostiles : à la Guerre, le général de Galliffet (rôle dans la répression de la Commune et qui est hué par les députés lors de sa première apparition à la Chambre) ; le portefeuille du Commerce et de l’industrie est confié au socialiste Millerand, qui se voit abandonné par ses amis blanquistes et guesdistes. Malgré les attaques qui avaient salué sa composition, le ministère Waldeck-Rousseau bénéficiera d’une durée particulièrement longue, puisqu’il gouvernera presque 3 ans
Le nouveau gouvernement veut agir contre l’agitation nationaliste, Déroulède et plusieurs responsables de mouvements royalistes et antisémites sont arrêtés début août. Jules Guérin et des amis de la Ligue antisémite se réfugient dans un immeuble de la rue Chabrol, siège de leur association. Le préfet de police Lépine fait cerner le bâtiment avec mission d’empêcher tout ravitaillement. Les assiégés du fort Chabrol purent tenir 38 jours. Ce n’est que sur l’intervention d’un député nationaliste qu’ils se rendent (ils seront condamnés par la suite à 10 ans de prison)
Le 7 août 1899, nouveau procès Dreyfus à Rennes. Le 9 septembre, le verdict de compromis : Dreyfus est déclaré coupable, avec circonstances atténuantes, et est condamné à 10 ans de détention. Waldeck-Rousseau, obtient de Loubet une grâce présidentielle qui ordonnait sa mise en liberté. Dreyfus et ses amis ne pouvaient se contenter de cette grâce, qui n’était en rien la réhabilitation d’un innocent.
La répercussion politique de l’affaire Dreyfus fut un regroupement des républicains avec la naissance du Bloc des gauches. Devant le Sénat constitué en Haute Cour comparaissent les chefs des ligues nationalistes et antisémites, bien que les condamnations soient minimes, le danger nationaliste est écarté.
Gallifet, étant bien vu de la droite put faire accepter la mise à la retraite des chefs du conseil de guerre opposés au gouvernement et la nomination par le ministre des généraux, avant de démissionner, en mai 1900. Son successeur, le général André, un officier républicain poursuivit la démocratisation de l’armée.
Quand le bloc des gauches arrive au pouvoir, il n’existe pas de législation sociale en France, qui présente un net retard par rapport à ses voisins. Les conditions de vie et de travail étaient dures pour les ouvriers (longues journées de travail (pouvant atteindre 15 heures pour certaines catégories), salaires faibles, surtout pour les ouvriers à leur compte, absence de protection sociale et habitat déplorable). Il n’était toujours pas question de vacances, le repos du dimanche avait été supprimé en 1880. En 1900, il n’existait aucune assurance sociale (maladie, vieillesse, maternité), la retraite n’était assurée que dans les mines (loi de 1894 sur les retraites et caisses maladies des mineurs), chemins de fer et services publics. La loi de 1890 avait augmenté la sécurité pour les ouvriers mineurs ; celle de 1898, sur les accidents du travail, rendait le patron responsable et prévoyait le versement d’une pension à l’accidenté, d’une rente à la veuve et aux enfants mineurs en cas de décès.
Millerand, crée une Direction du travail, le Conseil supérieur du travail est réorganisé en faisant entrer des syndicalistes. La inspecteurs du travail ont des pouvoirs accrus dans la surveillance des conditions d’emploi, et de nombreux ouvriers furent recrutés pour faire partie de ce corps. Les syndicats et les Bourses du travail, grâce à l’appui du gouvernement, connaissent un nouvel essor.
Améliorations des conditions de travail dans les collectivités publiques. La loi du 30 mars 1900 limite à 11 heures la journée de travail des ouvriers, ramenée à 10 heures dans un délai de 4 ans (8 heures dans les P et T).
L’entrée de Millerand au gouvernement entraîna une scission des socialistes, les blanquistes et guesdistes étaient opposés à toute participation ministérielle alors que les socialistes indépendants (Jaurès, Briand ou Viviani), pensent que la participation au gouvernement est une étape dans la victoire du prolétariat.
Un congrès des socialistes se tient à Paris du 3 au 8 décembre 1899, qui interdit à un socialiste d’entrer dans le gouvernement (sauf pour Millerand). La rupture définitive des socialistes aura lieu en 1901 avec le parti socialiste de France, placé sous la présidence de Guesde et de Vaillant et le parti socialiste français, majoritaire divisé en fédérations départementales.

19 juillet 1900 Inauguration du métropolitain de Paris. La première ligne est-ouest du métropolitain de Paris, qui relie la porte Maillot au château de Vincennes, est inaugurée par Fulgence Bienvenüe, son inventeur et par le président de la République, Emile Loubet. Le tracé de cette première ligne a été défini parce qu’il permettait que les travaux se fassent à ciel ouvert. Le mot “ métropolitain ” est un anglicisme. Il vient de metropolitan qui, en anglais, désigne ce qui est du ressort “ de la grande ville ”.

12 novembre 1900 Clôture de l’Exposition universelle. Les 50860801 visiteurs de l’Exposition universelle, qui s’est ouverte le 14 avril précédent, en conviennent d’une manière quasi unanime : cette exposition universelle qui ouvre sur le XXe siècle est la plus brillante que l’on ait jamais vue dans le monde. Les 76000 exposants ont rivalisé d’audace et de faste. Mais ce qui a le plus marqué les visiteurs c’est le Petit Palais, c’est, en face, le Grand Palais, c’est encore le trottoir roulant à trois vitesses et enfin ce sont les merveilles rendues possibles par la Fée Electricité. Nul n’en doute, Paris est la Ville lumière.

La loi sur les associations Pendant l’affaire Dreyfus, rôle politique important de certaines congrégations, (surtout les assomptionnistes qui par l’intermédiaire du journal, la Croix, avaient violemment pris position contre la révision du procès Dreyfus). Une perquisition est effectuée aux bureaux de la Croix et le père supérieur est poursuivi. La dissolution de la congrégation est prononcée en janvier 1900. Quant au journal la Croix, sur intervention du pape, la direction en revint à des laïcs.
Au mois de novembre 1899, Waldeck-Rousseau dépose un projet de loi relatif aux associations, qui devait intégrer les congrégations religieuses dans le système concordataire. Cependant ces mesures semblèrent trop modérées aux radicaux de l’Assemblée et au Sénat qui, aux élections de janvier 1900, avait été renouvelé par un fort apport de la gauche. Aussi une lutte serrée s’engagea-t-elle à propos du projet de loi de Waldeck-Rousseau, et les protestations de l’archevêque de Paris et du pape ne firent qu’exaspérer l’anticléricalisme de la gauche.
Loi du 1er juillet 1901. Les associations civiles jouissent d’une entière liberté (réparties en 3 catégories). Les associations religieuses ne peuvent exister que sur autorisation donnée par une loi, et les nouveaux établissements devaient être autorisés par décret. Une surveillance sévère est exercée sur les membres et les biens des congrégations. Avec l’autorisation du pape, plus de 450 des 753 congrégations non reconnues se soumettent à la loi et demandent l’autorisation. Mais Waldeck-Rousseau, qui voulait appliquer la loi avec modération, allait être dépassé par les radicaux, et les élections pour le renouvellement de la Chambre, en 1902.
Politique coloniale. En janvier 1900, trois expéditions françaises parties d’Algérie, du Congo et d’Afrique occidentale, opèrent leur jonction au bord du lac Tchad. Cette région était dominée par un émule de Samory, le sultan du Borriou Rabah, qui, avec plusieurs milliers de guerriers, faisait régner la terreur dans son empire, était trafiquant d’esclaves et multipliait les actes de barbarie envers les missions françaises empêchant toute implantation de la France en Afrique centrale. À l’annonce de la jonction des 3 missions françaises, Rabah s’était retranché dans sa place forte de Kousseri. Le 22 avril 1900, le commandant Lamy attaqua la ville et s’en empare, mais trouve la mort dans la bataille. Rabah est lui aussi tué et ses forces détruites. La fin de l’empire de Rabah permet à la France de s’installer au Tchad et dans l’Oubangui-Chari.
La campagne contre les Boxers. Les excès des Européens en Chine provoquent une réaction nationale dont l’impératrice Ts’eu-hi prend la tête. La vieille souveraine détourne contre les étrangers, la fureur des sociétés secrètes, dont la plus importante, le Poing de la concorde et de la justice (Boxers), témoigne d’une xénophobie virulente (massacres de chrétiens occidentaux, assassinats de commerçants, destruction de voies ferrées). Juin 1900, les Boxers attaquent des légations étrangères à Pékin (55 jours de Pékin). Une expédition internationale de 18000 hommes sous commandement allemand pénètre le 14 août, dans Pékin, délivre les ambassades et, met à sac la capitale chinoise. Le s négociations furent longues, et le 7 septembre 1901 un protocole international est signé (indemnité de 1700 millions de francs versée aux Alliés, sociétés secrètes interdites, garnisons européennes installées à Pékin et à T’ien-Tsin.
La préparation des élections législatives. La querelle religieuse, renouvelée au moment de la loi sur les associations, et l’affaire Dreyfus seraient les thèmes de campagne. Face à une droite bien organisée en comités et en ligues, la gauche se regroupa. En juin 1901, se constitue le parti républicain radical et radical-socialiste, auxquels se joignent les sections de la Ligue des droits de l’homme et les loges maçonniques. Son programme, est classique du radicalisme (séparation de l’Église et de l’État, suppression de l’enseignement par les congrégations, établissement de l’impôt sur le revenu, réduction du service militaire et institution des retraites ouvrières). Le parti radical trouva très vite une solide implantation dans la bourgeoisie anticléricale et il contribua au succès que représentèrent les élections de 1902 pour la gauche.
Les élections de 1902 se caractérisent par une forte participation, victoire de la gauche avec 350 sièges (220 radicaux et 60 socialistes) et 220 à droite. Durant les élections éruption volcanique de la montagne Pelée le 8 mai 1902 qui fait 30000 victimes.
Après les élections, Waldeck-Rousseau, démissionne pour raisons de santé (le programme anticlérical de la gauche ne lui plaisait pas). Sur ses recommandations, Loubet choisit Émile Combes. (qui se réserve les portefeuilles de l’Intérieur et des Cultes), son ministère (Delcassé aux Affaires étrangères, Camille Pelletan, Gaston Doumergue) durera près de trois ans. Combes était un ancien séminariste, docteur en théologie (thèse sur saint Thomas d’Aquin), qui, après des études de médecine, s’était lancé dans la politique.
Dès le début de son ministère, Combes donne le ton anticlérical de son action, pour favoriser son action il favorise la création de la Délégation des gauches, représentant les quatre groupes de la majorité (Union démocratique, socialistes, radicaux et radicaux-socialistes). Présidée par Sarrien, la Délégation joue un rôle essentiel de liaison entre le ministère et la Chambre en préparant la procédure des séances et en gérant les discussions des députés (Jean Jaurès, tint très vite une place prépondérante dans cet organe).
Juin 1902, un décret ordonne la fermeture des écoles congréganistes, ouvertes depuis la loi de 1901 (concerne 125 écoles). Quelques jours plus tard, ordre aux préfets de procéder à la fermeture de toutes les écoles congréganistes (3000). Emotion considérable chez les catholiques français. Les évêques qui protestent sont déférés devant le Conseil d’État.
Les demandes d’autorisation des congrégations masculines sont refusées en bloc par la Chambre. Les congrégations sont dissoutes et leurs membres, (20 000) obligés de rentrer dans la vie civile ou de gagner l’étranger. Certaines expulsions furent difficiles et l’on envoya la troupe pour déloger les religieux retranchés dans leurs monastères.
Plus tard, la Chambre examine les demandes des congrégations féminines, toutes sont repoussées par les députés. Ces femmes quittèrent leurs établissements dans le calme.
La mise en œuvre brutale de son programme, vaut à Combes de violentes critiques jusque dans la gauche. Waldeck-Rousseau l’accuse de dénaturer l’esprit de la loi de 1901. En Bretagne, terre catholique par excellence, les paysans s’en prennent aux gendarmes venus expulser les religieux des couvents. Lorsqu’en septembre 1903 Combes se rend à Tréguier pour inauguration, il faut mobiliser 6 000 hommes de troupe pour assurer la sécurité du cortège officiel. Combes sera contraint à la démission en 1905 suite au scandale de la découverte de fiches de renseignements sur les opinions politiques et rleigieuses des fonctionnaires et officiers)
7 juillet 1904, loi interdisant l’enseignement religieux. Les écoles libres ont 10 ans pour fermer. Juin 1904, un décret interdit aux ecclésiastiques de se présenter à l’agrégation.
Dans ce contexte, le concordat n’avait plus de sens, l’état ne pouvait garder la responsabilité de nommer les évêques et de rétribuer le clergé alors qu’il se déclarait athée, les relations avec le Vatican ne pouvaient être que mauvaises. Combes réclama l’institution pour des évêques qu’il avait nommés et se heurta à un refus du pape, qui finit cependant par cèder. La succession en juin 1903 du diplomate Léon XIII par Pie X et la nomination comme secrétaire d’État de l’ardent Mgr Merry del Val laissaient présager une rupture entre la France et le Saint-Siège.

8 avril 1904 Accord colonial francoanglais. Le roi d’Angleterre Edouard VII lance l’idée d’une “ entente cordiale ” avec la France d’Emile Loubet. Son gouvernement et celui de la France règlent, grâce à cette formule, les différends qui opposent les deux empires coloniaux.

18 avril 1904 Jean Jaurès fonde L’Humanité. Jean Jaurès fonde ce quotidien du parti socialiste qui ne deviendra l’organe officiel du parti communiste qu’en décembre 1920, quand Séphirin Camelinat en prendra le contrôle.

Depuis 1898 Delcassé effectue un rapprochement avec l’Italie, possible depuis la démission en 1896 de Crispi qui, en accord avec la Triple-Alliance conclue avec l’Allemagne et l’Autriche, avait mené une politique résolument provocatrice à l’égard de la France. En novembre 1898, accord commercial qui met fin une guerre douanière de 10 ans. Décembre 1900, accord colonial reconnaissant les intérêts Français au Maroc et Italiens en Tripolitaine. 10 juillet 1902 accord de neutralité italienne en cas de conflit franco-allemand. Ces accords étaient secrets, mais la bonne entente avait été prouvée lors de la visite officielle du jeune roi Victor-Emmanuel III à Paris en octobre 1903. En avril 1904, le président Loubet rend sa visite au souverain italien et, contrairement aux usages, se rend d’abord au Quirinal, ce qui est considéré par Pie X comme un casus belli. Dans une note, contenant des termes blessants, adressée à tous les États catholiques, le cardinal Merry del Val proteste contre cette visite du chef de l’État français au roi d’Italie.
Jaurès fait publier la note dans le nouveau journal socialiste, l’Humanité. Combes retire du Vatican l’ambassadeur français en n’y laissant qu’un chargé d’affaires. Le 27 mai, la Chambre approuve la mesure de Combes, mais refuse de rompre le Concordat.
Deux évêques bien vus par le gouvernement français, mais moralement suspects, sont cités par le pape à comparaître à Rome. Mais Combes interdit aux deux prélats de répondre à la citation. De son côté, le Saint-Siège refuse de renoncer à ses droits et menace de frapper les évêques de suspense. En réponse, Combes fait fermer l’ambassade de France au Vatican, rompant ainsi toutes relations diplomatiques avec la papauté.
Ceci conduit Combes à déposer en novembre 1904 un projet de séparation de l’Église et de l’Etat, qui ne sera pas adoptée sous son cabinet car celui-ci tombe en 1905 suite aux attaques de la droite et l’effritement de la gauche. Waldeck-Rousseau, en critiquant le régime, avait entraîné à sa suite des progressistes. Les socialistes quittent la Délégation des gauches. En 1905, le congrès de Paris organise le parti socialiste unifié ou Section française de l’Internationale ouvrière (SFI0), qui regroupe les partisans de Guesde et de Jaurès. Sa chute fut aussi due à 2 ministres :
- celui de la Marine, Camille Pelletan, qui voulait démocratiser la marine et dont les procédés scandalisaient les amiraux. Son anticléricalisme était tel qu’il ne portait atteinte au gouvernement et Combes dut ouvrir une commission d’enquête sur les agissements de Pelletan.
- le ministre de la Guerre, le général André, voulait favoriser l’avancement des officiers républicains Il faisait rédiger des fiches avec de brefs renseignements sur les opinions religieuses et politiques des officiers par le Grand Orient de France et favorisait ceux qui faisaient preuve de convictions républicaines.
Suite à l’élection en janvier 1905 à la présidence de la Chambre de Paul Doumer, hostile à Combes, celui-ci présente le 18 janvier 1905 la démission de son ministère.
Le ministère Maurice Rouvier, qui dura un an, se contenta d’amener à réalisation les projets préparés par le gouvernement précédent. Ce fut tout d’abord la loi militaire qui avait été déposée par le général André votée le 21 mars 1905, elle réduisait le service militaire à deux ans.
Formation en 1905, du 23 au 26 avril, de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO) qui unifie les différents partis socialistes. Jaurès en est le chef, et l’Humanité fondée l’année précédente, l’organe officiel.
Loi de séparation de l’Église et de l’État. Discutée dès mars 1905, son rapporteur Aristide Briand, veut une loi honnête qui ne maltraite pas l’Église, il persuade la majorité de la Chambre que la séparation est un bien, il s’inspire du rapport de la commission parlementaire présidée par Ferdinand Buisson. Promulguée le 9 décembre 1905, cette loi affirme la liberté de conscience, le libre exercice des cultes, mais n’en reconnaît, n’en salarie, n’en subventionne aucun. Le Concordat de 1801 était ainsi définitivement rompu. Les biens détenus par les Églises étaient transférés à des associations cultuelles qui en auraient la jouissance gratuite et perpétuelle. L’application de la loi ne pose aucun problème aux communautés protestantes et israélites. Les catholiques libéraux, acceptent la loi du 9 décembre. Le pape Pie X dans son encyclique Vehementer nos du 11 février 1906, condamne la rupture unilatérale du Concordat. Six mois plus tard, par l’encyclique Gravissimo officii, il décrète que les associations cultuelles ne peuvent être formées sans violer les droits sacrés inhérents à la vie même de l’Église .
Les inventaires des biens possédés par les églises donnent lieu à des scènes pénibles. Les fidèles s’interposant pour empêcher les agents du fisc d’entrer dans les lieux religieux. Le gouvernement fait appel à l’armée pour disperser les fidèles, comme en 1879, des officiers refusent d’obéir à ces ordres. Suite à un incident sanglant, lors d’un inventaire, Rouvier doit démissionner le 9 mars 1906. Dans le cabinet Sarrien qui lui succède, Briand est à l’Instruction publique et aux Cultes, et Clémenceau à l’intérieur. On choisit le compromis, possibilité de célébrer le culte sans former d’association cultuelle. Puis, dès le début de son ministère, en octobre 1906, Clémenceau sursoit aux inventaires. Ceci apaise l’agitation et éloigne le d’une guerre civile religieuse.

Depuis 1898, les Affaires étrangères étaient entre les mains de Delcassé qui renforce ou renouvelle les alliances de la France (avec l’Italie, élargissement de l’alliance franco-russe, la France soutenant la Russie dans sa politique balkanique et, obtenant l’appui russe à propos de l’Alsace-Lorraine). L’œuvre de Delcassé fut la réalisation de l’alliance anglo-française. Les rapports étaient mauvais entre les 2 nations. Le conflit du Transvaal avait démontré à l’Angleterre les dangers de son splendide isolement. Elle avait recherché une alliance avec l’Allemagne, en vain. Le rapprochement avec la France fut facilité par l’arrivée sur le trône anglais en 1901 du roi Édouard VII, francophile qui avait beaucoup vécu à Paris et de lord Lansdowne au Foreign Office. Mai 1903, visite officielle d’Édouard VII en France, mal accueilli par le peuple le premier jour, il est acclamé le dernier jour de sa visite. Après des négociations laborieuses (nombreux conflits coloniaux), le 8 avril 1904 est signé l’accord entre la France et l’Angleterre. La France ne s’occupe plus de l’Egypte en échange du Maroc
Depuis 1880, la situation diplomatique du Maroc était fixée par la convention internationale de Madrid. Le Maroc (enclave dans les possessions françaises) connaissait des difficultés internes, sous son sultan Abd al-Aziz, qui se livrait à des dépenses inconsidérées, ce qui entraîne des mouvements d’insurrection dans le pays. La France qui compte sur la neutralité de l’Italie, de l’Angleterre et de l’Espagne propose ses bons offices et envoie, en janvier 1905, une mission diplomatique. L’Allemagne veut isoler la France et mettre à l’épreuve l’entente cordiale. Le 31 mars 1905, l’empereur Guillaume Il débarque à Tanger et déclare vouloir sauvegarder les intérêts du Maroc. Delcassé veut résister aux exigences et demande une conférence internationale sur le Maroc, mais il est abandonné par Rouvier, qui, lorsque l’Allemagne exige sa démission, est désavoué le 6 juin 1905. La France, divisée par ses luttes religieuses et politiques, n’aurait pu supporter un conflit armé avec l’Allemagne. En juillet, Guillaume II signe une alliance germano-russe défensive, mais le ministre russe des Affaires étrangères convainc Nicolas II d’imposer un article additionnel stipulant la non application en cas de guerre franco-allemande.

Armand Fallières président, succède à Emile Loubet, le17 février 1906.
Rouvier est remplacé par le cabinet du radical Sarrien qui comporte 3 progressistes opposés à Combes (Barthou, Leygues). Clémenceau à l’intérieur inaugure une longue carrière ministérielle, Aristide Briand en rupture de parti se charge de l’instruction publique.
Le cabinet Sarrien fait face d’emblée à des troubles violents dans le Nord suite à la catastrophe minière de Courrières du 10 mars 1906, qui fait plus d’un millier de victimes, la responsabilité incombant à la compagnie d’exploitation. Dès le 14 mars 1906, début d’une grève générale. Clémenceau fait envoyer la troupe et se rend sur les lieux. Après plusieurs incidents sanglants, la grève se termina au début du mois de mai.
Aux élections législatives, des 6 et 20 mai 1906, nette victoire de la gauche qui gagne 60 sièges. Les modérés, radicaux et socialistes indépendants constituent une majorité suffisante pour appuyer un gouvernement de gauche.
La conférence d’Algésiras à propos du Maroc, qui regroupe toutes les puissances européennes et les Etats-Unis, donne, le 7 avril 1906, à la France, conjointement avec l’Espagne, la surveillance de la police chérifienne. Envoi au Maroc d’un inspecteur général suisse ou hollandais siégeant à Casablanca. Cette conférence témoigne de l’isolement diplomatique de l’Allemagne.

1906 15 avril au 15 Novembre : exposition coloniale, initiée et dirigée par Jules Charles-Roux, elle attira 1800000 visiteurs our une cinquantaine de palais et pavillons. En 1907 elle a lieu à Paris,, puis en 1922 à Marseille et en 1931 à Paris. Durant ces expositions coloniales y compris dans d’autres pays, surtout le Royaume-Uni ont lieu des exhibitions rthnologiques appellées par la suite des zoos humains. NB en 1914 la superficie de l’empire colonial français s’étend sur 10 000 000 km² derrière les 30 000 000 du royaume -uni

Fin de l’affaire Dreyfus : Le 12 juillet 1906, cassation du jugement de Rennes et réhabilitation de Dreyfus, qui est nommé chef de bataillon, le lieutenant-colonel Picquart est réintégré avec le grade de général de brigade. Transfert au Panthéon des cendres d’Émile Zola, mort dans des conditions mystérieuses et inexpliquées en 1902. Le 21 juillet 1906, Dreyfus est décoré de la Légion d’honneur.
Malgré l’agitation sociale qui culmine en 1906 le 1er mai pour revendiquer la journée de 8 heures, manifestation contre laquelle Clémenceau, ministre de l’intérieur, fait envoyer la troupe, le ministère Sarrien n’eut guère à son actif que la loi de juillet 1906 qui rétablit le repos hebdomadaire.

Le congrès syndicaliste d’Amiens d’octobre 1906 affirme la neutralité politique et religieuse des syndicats, mais active la lutte contre le patronat (recours à la grève active (transformation de la grève en soulèvement actif), ceci aboutit à des mouvements violents dans tous les secteurs de l’économie, des grèves de toute nature que doit affronter Clémenceau.
Sarrien, malade, se retira en octobre 1906, il est remplacé par Clémenceau (65 ans) qui va dominer la vie politique française. Le tombeur de ministères arrive au pouvoir. Ecarté de la scène politique par l’affaire de Panama, il avait pris parti pour Dreyfus.
Clémenceau garde dans son ministère le portefeuille de l’intérieur. Briand conserve l’instruction publique, Joseph Caillaux les Finances. Clémenceau crée un ministère du Travail et de la Prévoyance sociale, confié au socialiste René Viviani. Son programme est ambitieux (impôt sur le revenu, rachat des chemins de fer de l’Ouest, suppression des conseils de guerre, réduction de la journée de travail, statut des fonctionnaires, abrogation définitive de la loi Falloux de 1850 sur la liberté de l’enseignement). Pendant les 3 ans de son ministère, Clémenceau ne réalisera qu’une partie minime de ces réformes.
Par la loi de janvier 1907, les réunions cultuelles sont assimilées à des réunions publiques. Les églises restent à la disposition du clergé sans titre juridique, les biens ecclésiastiques sont affectés à l’Assistance publique et les édifices religieux non réclamés remis aux communes. L’Eglise sort appauvrie mais, elle acquiert une indépendance bénéfique pour son influence spirituelle.
26 mars 1907 Loi sur la liberté du culte. Cette loi, qui suit celle de la séparation de l’Eglise et de l’Etat votée en 1905, autorise la liberté de conscience et la liberté de culte, ce qui implique que les prêtres cessent d’être salariés par l’Etat.

Suite au congrès d’Amiens, Clémenceau est confronté, dès le début de 1907, à une agitation sociale d’une ampleur inconnue, qui touche tous les secteurs d’activité, un décret qui relève l’indemnité parlementaire de 9 000 à 15 000 francs n’arrangeant rien. Les troubles sociaux, suite au recours systématique à la répression par la police et l’armée, au remplacement des grévistes sur leurs lieux de travail, arrestation des syndicalistes ou révocation des fonctionnaires amènent l’opposition des socialistes au gouvernement qui reproche à ceux-ci de favoriser la violences populaire. La Chambre des députés est le théâtre de joutes oratoires spectaculaires entre Clémenceau et Jaurès.
Au printemps 1907 de graves troubles éclatent dans le midi, voué à la monoculture de la vigne, suite à une mévente (surproduction, le mouillage et concurrence des vins algériens). La Confédération générale des vignerons organise de grands meetings de protestation, de nombreuses municipalités démissionnent. Clémenceau, fait arrêter le 19 juin 1907 des membres du comité de défense viticole, en réponse la foule incendie la préfecture de Perpignan, les soldats du 17e de ligne se mutinent. Clémenceau résout la situation par la ruse et la négociation en jetant le discrédit sur un des meneurs. Deux lois interdisant le mouillage et organisant la circulation des vins apaisent les esprits.
Le 30 juillet 1907, 2 régiments tirent sur des manifestants (4 morts et nombreux blessés), le lendemain, Clémenceau fait arrêter les dirigeants de la CGT. La rupture de la gauche est consommée, nombre de radicaux n’admettant pas l’attitude brutale de leur chef à l’égard des grévistes.
La Triple-Entente. La Grande Bretagne,effrayée par l’affaire du traité germano-russe profite des bons offices de la France pour conclure un accord avec le tsar. Le 31 août 1907, l’Angleterre et la Russie font des concessions réciproques là où leurs intérêts respectifs s’affrontent (Tibet, Afghanistan et Perse). Mais la Triple- Entente entre la France, la Grande-Bretagne et la Russie, reste fragile et ne comporte pas de véritable accord militaire.
Au Maroc, anarchie car conflit entre le sultan Abd al-Aziz et son frère Moulay Hafiz et agitation xénophobe anti-française, amenant Clemenceau à faire intervenir l’armée au Maroc, ce qui entraîne des réactions violentes de Jaurès, qui craint un conflit avec l’Allemagne.
En juillet 1907, la population arabe de Casablanca massacre 10 ouvriers européens. Ceci déclenche l’entrée au Maroc de troupes françaises d’Algérie et le débarquement à Casablanca d’un corps expéditionnaire, avec occupation de la plaine de la Chaouïa début de 1908 (protestation de l’Allemagne). Septembre 1908 découverte à Casablanca d’une officine où un fonctionnaire de l’ambassade d’Allemagne organise le départ de déserteurs de 1a Légion hors du Maroc. Plusieurs des légionnaires arrêtés étant allemands, le gouvernement de Berlin exige leur libération. Clémenceau recourt au tribunal international de La Haye, qui se prononce en faveur de la France. L’Allemagne accaparée par des conflits dans les Balkans, cède. Le 9 février 1909, l’Allemagne reconnaît les intérêts particuliers de la France au Maroc, et les deux pays s’entendent pour s’en partager l’exploitation économique. Les frictions ne tarderont pas à réapparaître entre les Français et les Allemands établis au Maroc.
6 juin 1908 Zola entre au Panthéon. Les restes de l’écrivain, père des Rougon-Macquart, sont transférés au Panthéon. Il était mort asphyxié accidentellement dans sa chambre six ans auparavant.
Le 20 juillet 1909, chute de Clémenceau, suite à une violente altercation entre Clémenceau à Delcassé. L’ambitieux programme de 1906 était loin d’être accompli. Seuls le rachat des chemins de fer de l’Ouest et la réduction du temps périodes d’instruction militaire avaient été votés, et le projet d’impôt sur le revenu préparé par Caillaux était en discussion.
25 juillet 1909 ; traversée de la Manche par Blériot
24 juillet nomination du cabinet d’Aristide Briand, qui cherche à pratiquer une politique d’apaisement, les querelles le la laïcité et de la séparation de l’Église et de l’État, étant règlées. De 1910 jusqu’à la guerre de 1914, extrême instabilité gouvernementale (10 ministères en 5 ans), la vie politique est confuse, dominée par les grands problèmes internationaux qui devaient déboucher sur la Grande Guerre et mettre un terme à la Belle Époque. Deux grands projets constituent l’essentiel des débats parlementaires durant ces différents ministères :
- L’impôt sur le revenu, préparé par Caillaux pendant le ministère Clémenceau et qui, adopté par la Chambre en 1909, était repoussé au Sénat.
- représentation proportionnelle, avec Jaurès, qui se heurte à l’opposition des radicaux, menés par Clemenceau, Combes et Bourgeois. Briand à l’automne 1909, en fait admettre le principe par la Chambre, mais l’application est ajournée et revient au programme des ministères successifs.
Début 1910, inondation catastrophique de Paris, nécessité de grands travaux pour prévenir les risques de nouvelles inondations.
Les élections législatives d’avril- mai 1910 amènent 230 nouveaux députés, l’assemblée est peu différente de celle de 1906 (recul des radicaux-socialistes et progrès des socialistes unifiés).
Briand veut concilier les intérêts du patronat et des syndicats ouvriers. En avril 1910, une loi accorde aux paysans et ouvriers une retraite à 60 ans. Mais cette mesure n’empêche pas la poursuite du mouvement de revendication. Les employés des Chemins de fer du Nord se mettent en grève (salaires) et sont suivis par tous les cheminots de France. Pour juguler cette grève générale (qui sera le dernier mouvement grave à opposer les ouvriers au gouvernement), Briand par décret réquisitionne tous les employés. Très rapidement, le trafic est rétabli, cette réquisition, sans précédent, est attaquée par Jaurès et un nouveau député socialiste, Albert Thomas. Briand se retire le 27 février 1911.
Le cabinet Monis, qui suit ne dure que jusqu’au 23 juin 1911. Monis obtient la réintégration de cheminots grévistes, mais affronte de nouvelles manifestations de vignerons. Un accident dramatique allait hâter la fin de ce ministère. Le 21 mai, sur l’aérodrome d’Issy-les-Moulineaux, lors d’une course aérienne, un monoplan s’abat sur le groupe des personnalités officielles, tuant le ministre de la guerre, Monis est grièvement blessé.
Durant le ministère Monis, nouveau développement de l’affaire marocaine. Début 1911, des tribus du Nord assiègent Fès, où réside le sultan, et des Européens. A l’appel de Mùlày Hafiz, les troupes françaises du général Mourier (4 mai 1911), dégagent Fès et s’emparent de Meknès et de Rabat. Ceci est considéré par l’Allemagne comme une violation du pacte d’Algésiras, qui exige des compensations le 21 juin 1911.
Caillaux (48 ans) forme le cabinet suivant (il tente depuis 1901 de faire voter l’impôt sur le revenu), son cabinet est constitué de radicaux et de radicaux-socialistes. Il apprend le 1er juillet 1911, l’arrivée de la canonnière allemande Panther devant Agadir pour protéger les négociants allemands. Ce geste symbolique était un prétexte obtenir des compensations. Caillaux, européen convaincu veut d’éviter à tout prix un conflit avec l’Allemagne et engage des pourparlers. Un décret institue un chef d’État-major généra1, confié au général Joffre.
Les menaces de guerre se précisant. Caillaux régle l’affaire directement, sans son ministre des affaires étrangères. Le 4 novembre 1911 un accord est signé avec l’Allemagne. Celle-ci reconnaît les droits de la France sur le Maroc. La France cède la partie intérieure du Congo français (entre le Cameroun et le Congo belge). Cet accord, déchaîne la colère des nationalistes des 2 pays.
Le sultan Mùlày Hafiz accepte, le 30 mars 1912, le protectorat français sur son pays. Mais cette nouvelle provoque un soulèvement général. La France nomme le général Lyautey résident,. Lyautey mène simultanément la pacification et l’organisation du pays. Il dégage Fès, exige l’abdication de Mùlày Hafiz remplacé par son frère, Mùiày Yùsûf, il pacifie la région de Marrakech, en septembre 1912, puis la région de l’Atlas, où Lyautey grâce à l’alliance des grands caïds berbères. En mai 1914, la dernière citadelle des révoltés, Taza, tombe. Lyautey organise et modernise le pays, respectant les coutumes et la religion des Marocains. Il confie à un petit groupe d’hommes l’assainissement de l’administration et de la justice chérifiennes. Des routes, des voies de chemins de fer furent construites, Casablanca fut dotée d’un port artificiel très important, des hôpitaux et des écoles furent aménagés dans les principales villes.
Du fait des contacts secrets menés par Caillaux pour l’accord du 4 novembre 1911, une coalition, menée par Clemenceau et Poincaré, accule celui-ci à la démission.
Nouveau cabinet Poincaré qui est un patriote ardent et qui comprend Millerand, Briand et Delcassé. Poincaré en prévision d’une guerre resserre les liens avec les nations alliées. Pacifiste, mais intransigeant, il devient le symbole de la revanche, dans un pays où le nationalisme, né au moment de l’affaire Dreyfus, connaît un regain. Les socialistes, pacifistes, étaient exposés aux critiques des nationalistes.
En septembre 1911, une guerre éclate entre la Turquie et l’Italie, qui s’empare de la Tripolitaine. Profitant des difficultés de l’empire ottoman aux prises avec les Italiens, la Serbie et Bulgarie, veulent délivrer la Macédoine du joug ottoman et forment avec la Grèce et le Monténégro une Ligue balkanique. La Ligue est rapidement victorieuse des Turcs, mais les difficultés commencent au moment du partage des territoires. L’Autriche-Hongrie, soutenue par l’Allemagne, s’oppose à tout agrandissement de la Serbie. Poincaré, après un accord avec les Russes en août 1912, et avec la Grande-Bretagne, en novembre 1912 (coopération armée), propose une conférence internationale à Londres, en novembre 1912.
Elections à la succession de Fallières, en février 1913. Malgré l’opposition de Clémenceau et Caillaux, Poincaré est élu président de la république, grâce aux voix de la droite. Briand forme le nouveau cabinet qui propose une réforme militaire. Depuis 1905, le service militaire en France dure 2 ans mais devant l’augmentation des crédits et des troupes d’active en Allemagne Joffre demande en mars 1913 le rétablissement du service militaire de trois ans. Mais ce projet est la cause de la chute du ministère Briand, le 18 mars 1913. Briand est remplacé par le progressiste Louis Barthou, qui fait voter en août 1913 la loi « de trois ans ». Pour trouver les fonds nécessaires à son application, Caillaux et Jaurès préconisent l’adoption, tant de fois différée, de l’impôt sur le revenu, Barthou dépose un projet d’emprunt de 1 300 millions, qui est voté de justesse. Le cabinet Barthou tombe le 3 décembre 1913 pour avoir demandé l’exonération de l’impôt pour les souscripteurs..
Le sénateur radical-socialiste Gaston Doumergue, forme le nouveau cabinet avec Caillaux aux Finances qui, se consacre une nouvelle fois à faire adopter l’impôt sur le revenu. Une campagne de presse outrageante est menée par le Figaro, dont le directeur, Calmette, attaque le ministre sur son action politique et sur sa vie privée. Mme Caillaux se fait recevoir le 16 mars 1914 par Calmette, qu’elle tue à coups de revolver. Caillaux, est obligé de démissionner.
Aux élections législatives de 1914, les radicaux-socialistes remportent avec les socialistes plus de 300 sièges. La victoire revient aux adversaires de la loi « de trois ans », Poincaré se résoud à appeler le socialiste Viviani, qui met à son programme l’impôt sur le revenu, enfin voté le 2 juillet. Paradoxalement, ce gouvernement, qui regroupait des partisans du pacifisme, allait devoir assumer la déclaration de guerre à l’Allemagne.
Alors que les Français se passionnent pour le procès de Mme Caillaux, le drame se noue à Sarajevo. Les guerres Balkaniques avaient permis à la Serbie, de s’agrandir d’une partie de la Macédoine, ce que l’Autriche-Hongrie ne pouvait accepter. À plusieurs reprises, le conflit avait failli éclater entre les deux nations.
Le 28 juin, l’héritier du trône d’Autriche-Hongrie, l’archiduc François-Ferdinand, en visite officielle à Sarajevo, en Bosnie, est assassiné par un jeune nationaliste serbe, Princip. Après avoir envoyé à Belgrade un ultimatum qui reste sans réponse, l’Autriche mobilise et, le 28 juillet, déclare la guerre à la Serbie. Immédiatement, la Russie mobilise à son tour, suivie par l’Allemagne. L’engrenage des alliances avait rendu le conflit inévitable. Le gouvernement français avait suivi avec inquiétude les conséquences de l’attentat de Sarajevo. Cependant Poincaré ne jugea pas utile de décommander la visite officielle qu’il devait effectuer avec Viviani en Russie. Le 16 juillet, il s’était embarqué sur le cuirassé France pour accomplir ce voyage, au cours duquel il affirma au tsar la nécessité de maintenir les obligations de l’alliance franco-russe. Alors que Poincaré et Viviani avaient prévu de faire escale au retour dans les pays scandinaves, la nouvelle de l’ultimatum austro-hongrois du 23 juillet à la Serbie leur parvint en mer, le 24. Poincaré et Viviani décidèrent alors de rentrer en France après un bref séjour à Stockholm (25-26 juillet). Le 29 juillet, ils arrivèrent à Dunkerque et regagnèrent le même jour Paris, où ils trouvèrent l’opinion publique fortement émue par les nouvelles de plus en plus alarmantes, et notamment par l’annonce de la déclaration de guerre austro-hongroise à la Serbie le 28. De son côté, Jaurès tentait de préserver la paix à tout prix. En fait, il allait être la première victime du conflit international qui devait marquer la fin d’un monde.

31 juillet 1914 Assassinat de Jaurès. Jean Jaurès, qui tourne le dos à la fenêtre ouverte sur la rue Montmartre, est attablé avec quelques amis journalistes au Croissant, est l’un de ses restaurants favoris. La dernière conscience politique qui s’opposait à la guerre vient d’être tuée par le nationaliste Raoul Villain. Parce que la guerre éclate le 2 août 1914, son procès est différé. En 1919, il sera jugé et acquitté.

1er août 1914 Mobilisation générale. Sur les murs des communes de France apparaissent les affiches de la mobilisation générale. Le premier jour de la mobilisation est fixé au 2 août 1914. Tout Français soumis aux obligations militaires doit, sous peine d’être puni avec toute la rigueur des lois, obéir aux prescriptions du fascicule de mobilisation

3 août 1914 L’Allemagne déclare la guerre à la France. En ce jour, l’ambassadeur d’Allemagne, von Schoen, remet à Viviani la déclaration de guerre de son pays à la France, et quitte aussitôt le territoire sans être inquiété.

2 septembre 1914 Le gouvernement se réfugie à Bordeaux. Les troupes allemandes, qui ont appliqué le plan Schlieffen en contournant les défenses françaises après avoir envahi la Belgique, sont à Senlis. Le gouvernement et le président de la République Poincaré quittent par un train spécial Paris menacé pour Bordeaux.

6 septembre 1914 Début de la bataille de la Marne. Gallieni, qui est le gouverneur de Paris, et Joffre, généralissime, réquisitionnent 1100 chauffeurs de taxis parisiens. Il leur revient de transporter 5000 hommes sur le front. Les troupes allemandes ont atteint la Marne. Joffre proclame : Une troupe qui ne peut pas avancer devra, coûte que coûte, garder le terrain conquis, et se faire tuer sur place plutôt que de reculer. La bataille va durer jusqu’au 9, lorsque les armées du Kaiser commenceront leur repli.

29 octobre 1914 La Turquie rompt avec les Alliés. Contre toute attente, la Turquie attaque des navires russes et français en mer Noire et signe un pacte avec l’Allemagne.

19 février 1915 La flotte alliée attaque les Dardanelles. Les forts des Dardanelles sont bombardés par les Français et les Britanniques. Il s’agit de forcer le détroit des Dardanelles et le Bosphore pour créer un autre front au sud-est de l’Allemagne.

10 septembre 1915 Premier numéro du Canard enchaîné.

6 décembre 1915 Conférence militaire interalliée de Chantilly. Au cours de cette conférence, les alliés nomment d’un commun accord, pour son calme inébranlable, le général Joffre généralissime.

21 février 1916 Début de la bataille de Verdun. L’artillerie lourde de l’armée allemande commandée par le prince héritier qu’est le Kronprinz commence de bombarder Verdun dès l’aube. Les positions françaises sont pilonnées sans répit pendant douze heures d’affilée. La bataille qui commence va durer jusqu’au 15 décembre. Et quelque 700000 hommes y trouveront la mort.

25 février 1916 Pétain commandant du front de Verdun. Pétain s’est distingué en Artois, en mai 1915, et lors de la grande offensive de Champagne, en septembre. Il est promu commandant de l’armée de Verdun où il remplace Nivelle.

15 septembre 1916 Premier emploi des chars d’assaut. Les premiers chars d’assaut, qui sont engagés en ce jour à Flers dans la bataille de la Somme, sont anglais. Le char, qui ne roule qu’à une vitesse de 6 kilomètres à l’heure, pèse 31 tonnes. Il est armé d’un canon de 54 et de quatre mitrailleuses. Ce n’est que le 16 avril 1917 que des chars français entreront sur un champ de bataille, à Berry-au-Bac.

2 avril 1917 Les Etats-Unis entrent en guerre. Le paquebot Laconia torpillé le 25 février, l’interception de la dépêche Zimmermann par laquelle l’Allemagne propose une alliance au Mexique et au Japon, enfin, la destruction du paquebot Aztec le 2 avril déterminent le président Wilson à convoquer le Congrès en session extraordinaire, ce même jour. Le soir, les Etats-Unis déclarent la guerre à l’Allemagne.

30 avril 1917 Bataille du chemin des Dames. En ce 30 avril, malgré la démission la veille du général Mangin, Nivelle ordonne la reprise des attaques au chemin des Dames. Or, en dépit de l’échec de l’offensive lancée le 16 avril, en dépit des 1 706 canons de campagne, des 1 758 canons lourds, des 200 pièces à longue portée et des 1 650 obusiers de tranchée mis à la disposition des fantassins, les pertes humaines sont terribles. Quand Nivelle donne l’ordre de remonter à l’assaut, quelque 200000 hommes ont déjà été tués, blessés ou ont disparu…

28 juin 1917 Arrivée à Saint-Nazaire des premiers contingents américains. Le 13 juin, le général Pershing est arrivé à Boulogne. En ce 28 juin, ce sont 14500 soldats américains qui débarquent à Saint-Nazaire.

17 novembre 1917 Ministère Clemenceau. La crise politique et militaire que traverse la France emporte les ministères les uns après les autres en quelques semaines. Au ministère Ribot a succédé le ministère Painlevé, qui n’a pas tenu deux mois et qui a été renversé le 13. Clemenceau apparaît comme le seul recours possible d’un pays qui vit dans le doute et l’angoisse. Le président de la République Poincaré appelle à la présidence du Conseil l’implacable Clemenceau,

9 avril 1918 Offensive dans les Flandres. Depuis le 21 mars, Ludendorff a lancé une attaque furieuse contre les lignes des alliés entre La Fère et Arras. Une intense préparation d’artillerie de quelque 6 200 canons a permis aux troupes allemandes de prendre la direction de la Manche et de la mer du Nord, d’avancer jusqu’à 60 kilomètres. Le 9 avril même, les armées du Kaiser, qui ne sont plus qu’à une quinzaine de kilomètres d’Amiens, veulent encore enfoncer les armées françaises dans les Flandres. La résistance des troupes de Nivelle est acharnée pendant quatre jours.

15 avril 1918 Foch nommé généralissime unique. Le haut commandement militaire interalliés est unifié et le général Foch en est nommé le généralissime unique. Il se retrouve donc à la tête des armées britannique et française.

7 novembre 1918 Une délégation allemande vient négocier à Rethondes. Dans la nuit du 6 au 7, les plénipotentiaires allemands traversent les lignes du front pour mettre au point avec le maréchal Foch, généralissime des forces alliées, les conditions d’un armistice signé pour 36 jours. Celui-ci entrera en vigueur le 11 novembre 1918 à 11 heures du matin et sera reconduit jusqu’au traité de Versailles, le 28 juin 1919.

11 novembre 1918 Armistice. Enfin en ce jour, à 11 heures précises, les armes se taisent. La guerre dure depuis plus de quatre ans.

19 janvier 1919 Ouverture à Paris de la Conférence de la Paix. La conférence, dès son ouverture, met en évidence les désaccords entre les Alliés sur la question des réparations.

Les contestations des intellectuels (Paul Valéry) ou des artistes des mouvement dada et surréalistes, venaient étoffer des contestations politiques venues de l’extrême droite avec l’Action française et ses relais chez les anciens combattants les plus ultra nationalistes et de l’extrême gauche avec l’activisme du Parti communiste français (créé au congrès de Tours) et de la CGT unifiée issue d’une scission de la CGT en juillet 1920. Les partis de gouvernement traditionnels, les radicaux en particulier, apparaissaient usés et incapables d’incarner cette modernité née sur les ruines de 1918.

4 mars 1919 Fondation de la IIIe Internationale. A Moscou par Lénine. La Ire Internationale des travailleurs, créée le 28 septembre 1864 à Londres, avait pour but le renversement de la société capitaliste et la création de sociétés socialistes qui doivent s’unir en une fédération mondiale. La IIIe Internationale, dominée par le Parti communiste russe, sera un outil de la politique étrangère de l’Union soviétique.

24 avril 1919 Loi des huit heures. La loi sur les huit heures de travail quotidien sans diminution de salaire est votée.

28 juin 1919 Signature du traité de Versailles. La République a voulu que ce soit dans la Galerie des glaces du château de Versailles, à l’endroit même où cinquante ans plus tôt a été proclamé l’Empire allemand, que la signature de ce traité qui a imposé des mois de négociations ait lieu. Autour de Clemenceau pour la France, Lloyd George pour l’Angleterre et le président Woodrow Wilson pour les Etats-Unis, Orlando pour l’Italie signent avec l’Allemagne défaite sur la base des Quatorze points de Wilson qui, entre autres, affirment le principe des nationalités. Précédé du pacte de la Société des Nations, le traité comporte des clauses territoriales, militaires et financières.
19 juillet 1919 : le vainqueur du tour de France porte pour la première fois un maillot jaune, l journal, l’Auto ancêtre de l’équipe, organisateur de l’épreuve, lance une campagne publicitaire pour son journal édité sur un papier jaune
16 novembre 1919 Installation de la “ Chambre bleu horizon ”. En ce jour s’ouvre le premier scrutin des législatives depuis la fin de la guerre et la signature du traité de Versailles. Il n’y a pas eu d’élections en France depuis 1914. Le Bloc national, droite et centre droit, assure que “ l’Allemagne paiera ”. Ce bloc veut la stricte application du traité de Versailles, l’indemnisation des victimes de la guerre comme il veut défendre “ la civilisation contre le bolchevisme ”. Nombreux sont les anciens combattants sur les listes de ce Bloc. On comptera 369 nouveaux députés sur un total de 616. Parmi eux des hommes qui furent quelques mois plus tôt des “ poilus ”. C’est à leur présence massive dans l’hémicycle que l’assemblée élue doit sont nom, qui rappelle la couleur de l’uniforme des fantassins, “ Chambre bleu horizon ”.

10 janvier 1920 Entrée en vigueur du traité de Versailles et de la SDN. C’est sur une proposition du président américain Wilson qu’est élaborée pendant le temps des négociations du traité de Versailles la Société des Nations (SDN). Elle a pour ambition d’éviter au monde d’autres conflits pareils à celui qu’il vient de connaître. Les Etats-Unis ne seront l’un des états partenaires de la SDN que le 16 janvier, le Sénat américain ayant différé la ratification du traité de Versailles.

17 janvier 1920, Paul deschanel est élu président, succédant à Poincaré, il l’emporte par vingt-neuf voix sur Clemenceau, qui l’avait affronté et vaincu en duel à la suite de l’affaire du canal du Panama

24 septembre 1920 Alexandre Millerand élu président de la République. Par 695 voix contre 69, Alexandre Millerand, qui a été le président du Conseil du Bloc national, est élu président de la République à la suite de la démission de Paul Deschanel.

11 novembre 1920 Inauguration de la tombe du Soldat inconnu. Pour le deuxième anniversaire de l’armistice de la Grande Guerre, on inaugure sous l’arc de triomphe de la place de l’Etoile la tombe d’un soldat inconnu. Soixante-cinq millions de soldats auront été mobilisés pendant cette guerre mondiale. Il y aura eu près de vingt millions de morts et un peu plus de vingt millions de blessés.

25 décembre 1920 Ouverture du congrès de Tours. En ce jour le congrès qui s’ouvre est celui du seul parti socialiste, la SFIO. Lorsqu’il se clôturera, le 31 décembre, il aura donné naissance au parti communiste français.

12 janvier 1922 Démission d’Aristide Briand. Aristide Briand se montre très conciliant à l’égard de l’Allemagne. Mais, devant l’hostilité quasi générale de ses ministres et du président Millerand, il démissionne sans avoir été renversé. Il est remplacé par Poincaré.

11 janvier 1923 Les troupes françaises occupent la Ruhr. Trois divisions franco-belges occupent la Ruhr, cœur industriel de l’Allemagne, condamnant ainsi celle-ci à l’asphyxie. Rompant toute relation diplomatique avec les “ envahisseurs ”, le chancelier Cuno décrète la résistance passive. La France exigeait le paiement des réparations (dette allemande de 23 milliards de dollars) et en profite au passage pour confisquer le charbon produit localement. La SDN ne s’y oppose pas, car occupation conforme au traité de Versailles, la France finit par accepter les propositions du plan Dawes et retire ses troupes en juillet-août 1925, cette opération contribuera à la passivité française lors de la remilitarisation de la Ruhr en 1936, contraire au traité de Versailles.

1er avril 1923 Loi sur les dix-huit mois de service militaire. Le service militaire est ramené de trois ans à dix-huit mois. Il est, en outre, de douze mois seulement pour ceux qui choisissent de préparer un brevet de préparation militaire supérieure ou pour l’aîné d’une famille nombreuse.

11 mai 1924 Victoire du Cartel des gauches aux élections. “ La majorité des électeurs s’est trouvée d’un côté et la majorité des élus de l’autre ”, constate amèrement un député de droite devant le résultat des élections qui donne la majorité aux radicaux et radicaux-socialistes, aux républicains socialistes et aux socialistes de la SFIO.

13 juin 1924 Gaston Doumergue est élu président de la République. Après la victoire aux élections législatives du Cartel des gauches, le président Millerand a démissionné. Gaston Doumergue, président du Sénat qui jouit de la faveur de tous les partis de la Chambre, est élu président de la République.

29 octobre 1924 La France reconnaît l’URSS. Après l’Angleterre, l’Autriche, la Norvège, la Suède, la Chine, le Danemark et le Mexique, la France, par le gouvernement que préside Edouard Herriot, reconnaît officiellement, sept ans après la révolution d’Octobre, l’Union des républiques socialistes soviétiques.

12 octobre 1925 Lyautey quitte le Maroc. Le général Lyautey est maréchal de France depuis 1921. La gauche portée au pouvoir en 1924 lui reproche son attitude de proconsul dans les fonctions de résident général de France au Maroc. Lorsqu’il apprend que Painlevé lui retire le commandement des troupes contre Abd el-Krim pour les confier au maréchal Pétain, Lyautey démissionne. Et rentre en France.

16 octobre 1925 Pacte de Locarno. Depuis le 5, les diplomates et les ministres que sont Streseman pour l’Allemagne, Chamberlain pour l’Angleterre, Vandervelde pour la Belgique, Mussolini pour l’Italie et Briand pour la France sont réunis avec les délégations tchécoslovaque et polonaise. Ils signent en ce jour une série d’accords par lesquels le statu quo territorial et l’inviolabilité des frontières définies par le traité de Versailles sont garanties. L’Allemagne s’engage, au-delà de la démilitarisation de la Rhénanie, à ne pas avoir recours à la force pour modifier des frontières orientales qu’elle se refuse pourtant à reconnaître.

26 mai 1926 Abd el-Krim se rend aux troupes françaises. La guerre dans le rif marocain a duré de longs mois. Le maréchal Pétain est envoyé sur place avec des forces importantes. Ce 26 mai, Abd el-Krim est capturé. Ce qui met fin à la rébellion dans le rif. Ce n’est qu’en 1933 que la pacification sera enfin réalisée.

23 juillet 1926 Formation du ministère Poincaré d’Union nationale. La chute du franc sur le marché des changes (la livre qui valait 90 francs en décembre 1924 en vaut désormais 240) est fatale au gouvernement d’Edouard Herriot. Poincaré revient et constitue un gouvernement d’Union nationale dont les socialistes sont exclus, sa politique d’austérité permit le retour de la stabilité de la monnaie, des capitaux et de la prospérité. Depuis 2 ans la perte de confiance du monde des affaires dans la politique de gauche. Avait aboutit à la mauvaise situation financière de l’état.

16 mars 1928 Loi instaurant les assurances sociales obligatoires. Par cette loi, les salariés de l’industrie et du commerce se voient octroyer le droit à des assurances sociales. De plus, les femmes auront dorénavant droit à un congé de maternité payé.

22 avril 1928 Elections législatives. Le 1er tour des élections législatives permet la victoire autour de Poincaré des modérés du centre et de la droite, hostiles à la politique de laïcité. Les radicaux qui ont rompu l’union nationale se voient repoussés dans l’opposition.

27 août 1928 : pacte Briand-Kellogg, ou pacte de Paris, traité signé par 63 pays qui « condamnent le recours à la guerre pour le règlement des différends internationaux et y renoncent en tant qu’instrument de politique nationale dans leurs relations mutuelles ». L’initiative en revient à Aristide Briand, ministre des Affaires étrangères français, et Frank Kellogg, secrétaire d’État américain. Signé à Paris, il entra en vigueur le 24 juillet 1929. C’est le climat détendu des relations internationales qui permet la signature de ce pacte, par 15 puissances dont la France, les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Italie, l’Allemagne et le Japon, pour la renonciation générale à la guerre. Si le pacte est accueilli dans l’enthousiasme aux États-Unis, il suscite une réserve indéniable en Europe. C’était un texte qui avait en principe une portée limitée dans la mesure où aucune sanction n’était prévue en cas d’infraction, seule une réprobation internationale étant envisagée

24 novembre 1929 La mort du “ Tigre ”. C’est un vieil homme épuisé, grand ami de Monet, qui s’éteint ce jour-là : Clemenceau. Conformément à sa volonté, il est enterré debout, près de son père, au Colombier.

2 mars 1930 Ministère Tardieu. Nommé en novembre 1929 président du Conseil, il a été renversé en février 1930. Mais il revient ce 2 mars. En dépit d’une intelligence brillante, il envisage une politique accompagnée par la prospérité et ne discerne pas la crise qui couve.

12 mai 1930 Première liaison postale directe France-Amérique du Sud. C’est Mermoz avec ses coéquipiers Dabry et Gimier qui assurent par avion la première liaison directe entre la France et l’Amérique du Sud.

1931 : la grande dépression frappe aussi la France, plus tardivement, car part importante de l’agriculture dans l’économie, moins de relations avec l’extérieur et empire colonial et franc fort, les exportations chutent, les solutions tentées sont maladroites voire contradictoires, luttant surtout contre l’inflation et non contre le chômage.

11 mars 1932 Loi instaurant les allocations familiales. Faisant suite aux lois sur la Sécurité sociale pour tous les travailleurs salariés promulguées en 1930, cette loi sur les allocations familiales garantit toutes les familles de travailleurs dans le cadre d’une politique générale de la famille.

6 mai 1932 Assassinat du président Paul Doumer. Le premier tour des élections législatives vient, le 1er mai, de donner une faible victoire à la gauche. On attend avec impatience le second tour. Or, à l’avant-veille de ce second tour, un coup de revolver éclate. Le président de la République vient d’être assassiné par un Russe blanc déséquilibré, un certain Gorgulov. Albert Lebrun sera le président suivant.

10 mai 1932 Albert Lebrun est élu président de la République. Ce polytechnicien intègre à la nature effacée qui est président du Sénat est élu président de la République française, après l’assassinat de son prédécesseur Doumer par Gorgulov.

3 janvier 1933 L’affaire Stavisky éclate à Paris. Serge Alexandre Stavisky, créateur et fondateur du Crédit municipal de Bayonne, a détourné plusieurs dizaines de millions de francs. Des personnalités politiques sont mêlées au scandale.

9 janvier 1933 Suicide de Stavisky à Chamonix. Le financier Stavisky en fuite, recherché par la police pour détournement de fonds, est retrouvé mort, tué d’une balle. Suicide ou exécution ? Les ligues d’extrême droite accusent le gouvernement d’avoir fait disparaître le financier et provoquent la chute du gouvernement.

26 novembre 1933 Ministère Chautemps. Ce membre de la franc-maçonnerie a été député radical-socialiste et plusieurs fois ministre entre 1924 et 1926. Une première fois, il a été président du Conseil en 1930. Pour la deuxième fois en ce 26 novembre il lui est donné de former un gouvernement. Celui-ci ne durera guère que jusqu’au mois de janvier 1934. L’affaire Stavisky lui sera fatale. Ce qui ne l’empêchera pas, comme un certain nombre d’hommes politiques de la IIIe République, de revenir aux affaires dès 1937…

7 octobre 1933, une cérémonie au Bourget consacre la naissance d’Air France par pierre Cot

6 février 1934 Manifestation à Paris. Conséquence de l’affaire Stavisky, scandale financier et politique, la manifestation qui réunit plusieurs dizaines de milliers de militants d’extrême droite (action français dirigée par Charles Muarras, Camelots du roi dirigés par Maurice Pujo, jeunesses patriotes dirigées par Pierre Taittinger, Solidarité française dirigée par François Coty, Francisme dirigé par Marcel Buccard, Croix de feu dirigées par le colonel de la Rocque), communistes et anciens combattants sur la place de la Concorde est brutalement réprimée. Les forces de l’ordre ouvrent le feu sur les manifestants. Bilan : 20 morts, 1 000 blessés.

13 février 1934 Manifestations communistes et socialistes. La CGT et la SFIO appellent à une grève générale contre le fascisme. Dans les rues parisiennes, les manifestants communistes et socialistes proclament que “ le fascisme ne passera pas ! ”.Les causes proches sont à chercher en grande part dans les scandales financiers qui secouent la place de avec une dimension politique et des liens avec le puissant Parti radical (scandales Hanau, Oustric et Stavisky).

L’affaire Hanau est initiée par une femme alors qu’elles n’ont toujours pas le droit de vote. Marthe Hanau, fille de petits boutiquiers, était déjà passée en justice en 1917 pour avoir commercialisé le « bâton du soldat », produit synthétique de café et de rhum censé réchauffer le poilu dans la tranchée. Une sorte de : « Un bâton du soldat et ça repart ! ».
En 1925, elle adosse une banque, le Groupement technique de gérance financière, à un journal pour attirer les épargnants au nom de la défense du franc. La Gazette du franc et des nations, qui est proche des radicaux et soutient la politique de paix de Briand, récolte de grandes signatures et beaucoup d’argent. Le Groupement technique se mue en Services financiers de la Gazette du franc, qui s’occupent de la constitution de syndicats, sociétés en participation, qui achètent et vendent des valeurs au comptant, à terme et au hors cote », La Gazette prélevant 10 % des bénéfices. Les syndicats cultivent l’opacité, selon cet article des statuts : « Les opérations pour leur réussite exigeant le secret, les syndicats s’engagent à accepter les comptes tels qu’ils leur seront présentés, sans pouvoir exiger aucun détail des opérations. » Marthe Hanau monte un réseau inextricable de sociétés qui placera au total pour plus de 170 millions de francs de bons auprès des petits épargnants. Elle fonda ensuite une agence de nouvelles financières, nommée Agence Interpresse. Elle émit des titres à 8 % de taux d’intérêts. Cependant, elle les acquittait, non sur le bénéfice d’opérations réelles, mais sur le produit de nouvelles souscriptions (schéma dit de Ponzi). L’affaire fut découverte à la suite des investigations de l’agence de nouvelles financières et banque rivale, l’Agence Havas qui révéla le fait que certains titres conseillés par La Gazette du franc et l’Agence Interpresse s’appuyaient sur des activités fictives. Dans un premier temps, Marthe Hanau put faire taire les rumeurs en soudoyant certains hommes politiques La Section financière, alertée notamment par la Banque de Paris et des Pays-Bas, finit par enquêter. Marthe Hanau est arrêtée le 4 décembre 1928. Marthe Hanau est arrêtée le 4 décembre 1928. Lazare Bloch, et plusieurs de leurs partenaires d’affaires en décembre 1928 sont accusés d’escroquerie, d’abus de confiance et emprisonnés à la Prison Saint-Lazare. L’affaire judiciaire qui durera des années s’accompagne d’une bataille politique : la presse d’extrême droite, mais pas seulement elle, estime que les complices politiques du scandale sont passés au travers des mailles du filet.
Quant aux épargnants, ils sont nombreux à penser que si on l’avait laissé faire, Marthe Hanau les aurait tous remboursés. Marthe Hanau qui se suicide en prison le 14 juillet 1935 en laissant ce mot : « J’ai la nausée de cet argent qui m’écrasa. »

L’affaire Oustric se déclenche en 1930, alors que le précédent scandale n’est pas encore retombé. Albert Oustric végète dans la banque, lorsqu’il met la main en 1926 sur une mine d’argent en Bolivie, la Huanchaca. En annonçant de fausses découvertes minières et en arrosant les agences de publicité financière, il fait multiplier le cours de l’action par dix avant de jouer à la baisse, puis à la hausse. Bref, il s’enrichit alors que les gogos sont toujours en retard d’un train. Il se livre à des manipulations semblables sur d’autres titres et acquiert la Snia Viscosa, société de rayonne italienne qu’il fait coter à Paris. Mais survient la crise de 29, les cours s’effondrent avec les prix des matières premières.
Oustric dépose le bilan de sa banque : « Il a séché les comptes courants de la Banque Adam, dénonce le JdF du 22 novembre 1930. Des déposants qui ignoraient tout de ses entreprises voient disparaître leur argent. » Et sur cette escroquerie se greffe une affaire politique : on découvre que le garde des Sceaux Raoul Péret a été avocat-conseil d’Oustric et que ce sont des interventions politiques qui ont permis la cotation de la Viscosa. Le scandale est énorme. En 1930, Raoul Péret exerce les fonctions de ministre de la justice, dans le gouvernement Tardieu. Informé qu’Albert Oustric est mis en cause dans une procédure judiciaire, il retarde l’inculpation du banquier dont les valeurs sont en train de s’effondrer. Deux semaines plus tard, Albert Oustric est en état de cessation de paiements, entraînant dans sa ruine de nombreux petits épargnants.
La Chambre des députés, le 21 novembre 1930, nomme 1 commission d’enquête pour élucider toute intervention abusive de la finance dans la politique et de la politique dans l’administration de la justice. Le 25 mars 1931, la Chambre met en accusation de Raoul Péret. Le Sénat, constitué en Haute Cour, juge l’affaire. La première audience du 19 mai est repoussée au 20 juillet pour supplément d’information. Le procès occupe 4 audiences, Raoul Péret fait valoir, que la société de textile dont il a autorisé l’introduction à la Bourse de Paris était, à l’époque, l’une des entreprises les plus florissantes d’Italie, cotée à Londres et à New York et, d’autre part, qu’il a retardé l’inculpation du banquier Oustric pour protéger les épargnants français en évitant d’aggraver, par 1 procédure judiciaire, la débâcle de l’établissement financier de ce dernier.
Le 23 juillet 1931 en fin de matinée, après avoir entendu le procureur général, les témoins et les avocats de la défense, le président du Sénat déclare que les débats sont clos. La Haute Cour se réunit en chambre du conseil pour délibérer. A travers les portes, les journalistes perçoivent des éclats de voix et des coups de clochette tentant désespérément de ramener le calme. Ils en déduisent que les délibérations sont mouvementées.
En fin de journée, l’audience publique est reprise. Albert Lebrun, président du Sénat depuis le 11 juin, donne lecture de l’arrêt : la Haute Cour acquitte Raoul Péret, se contentant de condamner moralement les procédés qu’il a employés.

Contrairement à Oustric, Stavisky n’a pas volé les petits épargnants, du moins pas directement. Ses victimes ont été des institutions et des compagnies d’assurances. Pourtant, cette affaire eut le plus gros impact politique et médiatique. Alexandre Stavisky a eu maille à partir avec la justice depuis son adolescence pour des indélicatesses de toute sorte à 19 reprises. Mais, c’est le 24 décembre 1933 que débute l’affaire Stavisky, le plus grand scandale politico-financier de l’entre-deux-guerres.
Ce jour-là, la police arrête le directeur du Crédit municipal de Bayonne, Tissier pour mise en circulation de faux bons au porteur pour un montant de 261 millions de francs. La gigantesque escroquerie aux Monts de piété de Stavisky est découverte. Pour financer les prêts sur gages qu’ils accordent aux personnes dans la gêne, les Crédits municipaux émettent des bons eux-mêmes garantis par ces gages ( système de Ponzi), sous la surveillance complice du député-maire de Bayonne, Dominique-Joseph Garat, qui, bénéficiant de circonstances atténuantes, sera condamné à deux ans de prison .
L’idée de Stavisky est de mettre la main sur les établissements d’Orléans et de Bayonne et d’émettre une masse de faux bons ou de bons dédoublés : il en émettra pour 70 millions de francs au Crédit municipal d’Orléans et pour 200 millions à celui de Bayonne. Mais ces bons, encore faut-il les placer. Et c’est là qu’interviennent les amis politiques, les ministres, les fonctionnaires véreux qui « recommandent » aux compagnies d’assurances ces produits financiers qui ne peuvent avoir la garantie officielle de l’Etat (député Gaston Bonnaure, sénateur René Renoult, ministre des Colonies et ancien ministre de la Justice Albert Dalimier, directeurs de journaux Dubarry et Aymard qui ont profité de ses largesses en échange de leur appui ; le procureur général Pressard, beau-frère du président du Conseil Camille Chautemps, a fait en sorte que Stavisky voie son procès indéfiniment reporté). D’où le scandale lorsque l’affaire éclate.
En révélant que Stavisky était déjà poursuivi par la justice, poursuites étouffées sur intervention de ministres ou de parlementaires corrompus, l’affaire déclenche un scandale politique. Les adversaires du gouvernement affirment que cette mort profite le plus à la gauche, aux radicaux dont le président du Conseil Chautemps. Ils affirment également que Stavisky était lié avec certains parlementaires radicaux, avec le préfet de police, Jean Chiappe, et que son avocat était le propre frère de Chautemps.
Des ministres démissionnent et, le 8 janvier, Stavisky se suicide dans une villa de Servoz, dans les Alpes. La presse dénonce un assassinat camouflé en suicide. Et le 6 février au soir, les manifestants-émeutiers tentent de forcer les barrages du pont de la Concorde au cri de : « Assassins ! démission ! A la Chambre ! A bas les voleurs ! »
La découverte du corps déchiqueté d’Albert Prince (chef de la section financière du parquet de Paris le 20 février 1934 qui mène l’enquête sur Stavisky), ne fait que renforcer la polémique, même si les circonstances de sa mort ne sont pas élucidées : l’inspecteur Pierre Bonny arrête en effet à tort trois caïds du milieu marseillais (Paul Carbone, François Spirito et Gaëtan de Lussats). En 1944, Bonny « aurait déclaré au matin de son exécution que Prince avait été assassiné parce qu’il détenait des documents compromettants. La polémique est comparable au scandale de Panama. Mais il ne faut pas mésestimer la dimension imaginaire de cette affaire, l’impunité dont a longtemps bénéficié Stavisky tient aussi à l’absence de moyens et à l’engorgement de la Justice (c’est encore plus le cas actuellement) qu’à ses protections. La théorie de l’assassinat de Stavisky se heurte à l’ampleur considérable du complot à mettre en œuvre.

28 octobre 1934 : congrès radical de Nantes Daladier lance l’expression des 200 familles qui fait référence aux 200 plus gros actionnaires de la banque de France, ayant le droit de vote au conseil d’administration de la Banque de France, jusqu’à ce que le front populaire réforme ses structures.

4 janvier 1935 Arrivée de Laval à Rome : accords avec Mussolini. Par le traité de Rome, Laval règle avec Mussolini le contentieux colonial franco-italien et conduit la France à s’opposer aux sanctions prises par la Société des Nations, lors de l’agression italienne contre l’Ethiopie.

13 janvier 1935 Plébiscite en Sarre. Après les accords entre Laval et Mussolini au début du mois, ce plébiscite en faveur du rattachement à l’Allemagne entérine l’échec diplomatique de la France.

14 avril 1935 Accords de Stresa franco-austro-italiens. Par ces accords, les gouvernements français, anglais et italiens garantissent à l’Autriche, menacée par le Reich d’Adolf Hitler son indépendance.

5 mai 1936 Victoire du Front populaire aux élections. Le Front populaire enlève 376 sièges contre 222 à ses adversaires. Au sein de la gauche, 149 députés socialistes constituent la principale formation ; les radicaux socialistes sont rejetés au deuxième rang. Les communistes font une progression spectaculaire avec 72 députés élus au lieu de 11 que comptait l’assemblée précédente. Léon Blum forme le nouveau gouvernement auquel les communistes refusent de participer. Pour la première fois des femmes entrent au gouvernement dont Irène Joliot-Curie qui est sous secrétaire d’état à l’éducation nationale

4 juin 1936 Ministère Léon Blum. Le Front populaire a triomphé aux élections législatives. La SFIO a gagné 146 sièges, ce qui fait d’elle le premier parti de la nouvelle majorité. Léon Blum forme donc son ministère qui compte plusieurs femmes.

7 juin 1936 Accord syndicaux sur temps de travail et congés payés. Les accords Matignon, signés en présence de Léon Blum, prévoient l’augmentation des salaires de 7 à 15%,, l’instauration de conventions collectives, l’élection de délégués ouvriers. C’est le 20 juin que les congés payés seront établis et que la semaine de travail sera fixée à 40 heures.

Le projet de loi Blum-Viollette (1936) fut un projet de loi du Front populaire de Léon Blum, sur les propositions de Maurice Viollette, ancien gouverneur d’Algérie, visant à ce que 20 000 à 25 000 musulmans puissent devenir citoyens français tout en gardant leur statut personnel lié à la religion.

12 mars 1937 Emprunt national. Pour rassurer les petits épargnants, le gouvernement lance un grand emprunt avec garantie de change ainsi qu’un projet de loi qui rétablit la liberté des transactions intérieures sur l’or.

22 juin 1937 Chute du ministère Blum. Le Sénat a refusé à Léon Blum, président du Conseil du Front populaire, les pleins pouvoirs économiques. Ce dernier n’a d’autre choix que de démissionner.

31 août 1937 Création de la SNCF. Une convention et un décret-loi publiés ce jour confient pour quarante-cinq ans à une société unique, à laquelle on donne le nom de Société nationale des chemins de fer français (SNCF), le soin d’exploiter et de construire éventuellement des chemins de fer en place des réseaux d’Etat préexistants et des cinq grandes compagnies concessionnaires que sont la Compagnie du Nord, la Compagnie de l’Est, celle de Paris-Orléans, celle du Paris-Lyon-Méditerranée (PLM) et la Compagnie du Midi.

18 novembre 1937 Révélation des activités subversives de la Cagoule. En ce jour le public stupéfait apprend à qui il doit attribuer les attentats et les meurtres qui ont ponctué la vie politique depuis deux ans. Ce que le journaliste Maurice Pujo appelle “ la Cagoule ” est un groupe du parti national révolutionnaire d’extrême droite qui a été fondé en 1935 par le polytechnicien Eugène Deloncle. En 1936, s’y est associée l’organisation secrète d’action révolutionnaire nationale, qu’on appellera le CSAR, dirigée par le général d’aviation Arthur Duseigneur et son ami le duc Pozzo di Borgo. Leur ambition est de renverser le régime républicain, la république d’Albert Lebrun. Ont été exécutés par leur soins Jean-Baptiste Maurice, Dimitri Navachine, Maurice Juif, Lætitia Tonneaux, les frères italiens antifascistes Rosselli. C’est à eux que l’on doit les plasticages de la place de l’Etoile et de l’aéroport de Toussus-le-Noble. C’est à eux que l’on doit les bombes qui ont explosé rue de Presbourg, à la Confédération générale du patronat français, et rue Boissière, au siège de l’Union des industries métallurgiques. Les cagoulards sont arrêtés.

17 mars 1938 Léon Blum forme un cabinet de Front populaire. Ce ministère est le second que forme Léon Blum avec des socialistes et des radicaux. L’appellation Front populaire est un hommage au Frente popular de la République espagnole. Il va se heurter, dès le mois suivant, à un veto du Sénat quand il demandera les pleins pouvoirs dans le domaine financier pour faire appliquer sa politique de gauche.

29 septembre 1938 Début des accords de Munich. “ S’il s’agit de démembrer la Tchécoslovaquie, la France dit non. S’il s’agit de permettre à trois millions d’habitants des Sudètes qui veulent être allemands de le devenir, nous sommes d’accord. ” C’est par ces mots que le président du Conseil Edouard Daladier entérine à Munich, en compagnie du Premier ministre britannique Neville Chamberlain, les accords qui, en face du chancelier allemand Adolf Hitler et du duce Mussolini, sont censés sauver la paix en Europe. Chamberlain annonce dès le lendemain, lorsque les accords sont signés : “ C’est la paix pour notre temps. ” Ce temps ne dure qu’à peine un an…

27 février 1939 Reconnaissance de jure du gouvernement de Franco. Après la défaite du gouvernement de la République espagnole, la France reconnaît officiellement le général Franco comme chef légitime de l’Etat espagnol. La guerre civile a fait en Espagne 400 000 morts. 400 000 républicains sont réfugiés pour la plupart en France. Près de 500 000 d’entre eux sont détenus, en Espagne comme en France.

3 septembre 1939 Déclaration de guerre à l’Allemagne. En ce 3 septembre, parce qu’elle veut respecter les engagements qu’elle a pris à l’égard de la Pologne, la France, présidée par Albert Lebrun, décrète la mobilisation générale et déclare la guerre à l’Allemagne, en dépit des promesses faites à l’Angleterre, qui avait demandé de différer la déclaration au lendemain.

26 septembre 1939 Interdiction du parti communiste. Le parti communiste français est dissous en ce jour. La signature du pacte germano-soviétique par le Reich et l’Union soviétique le 23 août précédent, et le travail clandestin du PC contre la guerre, les tracts diffusés dans les usines invitant les travailleurs français à fraterniser avec les travailleurs allemands contre l’ennemi qu’est le “ capitalisme international ”, sont la cause de cette dissolution. Le secrétaire général du PC, Maurice Thorez, se réfugie en Union soviétique, où il demeure jusqu’en 1944.

30 novembre 1939 Gaz lacrymogènes. Le 12 novembre le ministre des Finances Paul Reynaud a annoncé à la radio un train de mesures qui remettent en cause les acquis du Front populaire. Certitude du ministre : “ Nous vivons dans un régime capitaliste. Pour qu’il fonctionne, il faut obéir à ses lois. Ses lois, c’est le profit, c’est le risque individuel, c’est la liberté des marchés, c’est le stimulant de la concurrence. ” Les quarante heures de travail hebdomadaire sont remises en cause. La CGT a donc lancé un ordre de grève générale pour ce 30 novembre. Le président du Conseil Daladier fait le choix d’une répression immédiate. Les employés des services publics sont réquisitionnés. Les dépôts sont occupés par la troupe. Pour la première fois, des gaz lacrymogènes sont utilisés pour disperser les manifestants. Le mouvement voulu par la CGT est un échec.

19 avril 1940 Débarquement des troupes françaises en Norvège. Le 9 avril, on a appris que les Allemands occupaient le Danemark et les principaux ports de Norvège. Les Français et les Anglais ont décidé d’envoyer un corps expéditionnaire. Les Français débarquent à Andannes et Namsos. Mais l’expédition se soldera par un échec.

10 juin 1940 L’Italie déclare la guerre à la France. La veille de l’entrée des Allemands dans Paris, alors que la France vit la plus terrible des débâcles, l’Italie du duce Mussolini déclare la guerre à la France et à l’Angleterre.

14 juin 1940 Occupation de Paris. Le gouvernement français et le parlement se sont réfugiés à Bordeaux. Les troupes allemandes entrent dans Paris déclarée ville ouverte.

16 juin 1940 Démission de Paul Reynaud. La majorité de l’Assemblée s’est prononcée pour un armistice avec l’Allemagne. Paul Reynaud qui ne peut admettre un tel armistice présente sa démission. Le jour même, Pétain est nommé Premier ministre. Il crée le dernier gouvernement de la IIIe République.

17 juin 1940 Pétain annonce la demande d’armistice de la France. On se presse autour des postes de radio pour entendre l’allocution du maréchal Pétain qui vient d’être nommé président du Conseil. Il est l’homme qui a sauvé la France à Verdun. On écoute. “ Je fais à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur. ” Et il annonce : “ C’est le cœur serré que je vous dis, aujourd’hui, qu’il faut cesser le combat. ”

18 juin 1940 Appel du général de Gaulle.

22 juin 1940 Armistice franco-allemand. Le général français Huntziger et le général Keitel signent l’armistice. Hitler a voulu que cette cérémonie se passe dans le wagon-salon où, à Rethondes, Foch a signé avec l’Allemand Erzberger le 11 novembre 1918, pour effacer cette humiliation. La France est divisée entre une zone occupée et une zone libre. Elle doit, en outre, payer 400 millions par jour pour l’entretien des troupes d’occupation.

28 juin 1940 De Gaulle reconnu par les Anglais comme chef des FFL. En dépit de la réticence du Premier ministre britannique Churchill et de l’hostilité du président des Etats-Unis, Roosevelt, qui demande : “ Comment voulez-vous que je fasse avec un homme qui se prend à la fois pour Jeanne d’Arc et Napoléon ? ”, le général de Gaulle s’impose comme seul et unique chef des Forces française libres.

2 juillet 1940 Le gouvernement français s’installe à Vichy. Parce que Bordeaux où le gouvernement s’est réfugié pendant la débâcle fait, depuis l’armistice, partie de la France occupée, il faut trouver dans la zone libre une ville qui puisse accueillir le gouvernement et la Chambre. Le casino et les nombreux hôtels de la station balnéaire qu’est Vichy offrent des conditions de vie acceptables. Pétain y convoque le Parlement pour le 10 juillet prochain.

10 juillet 1940 Pétain est désigné comme chef du gouvernement. Au casino de Vichy où se réunit l’Assemblée nationale par 569 voix contre 80 et 18 abstentions, les pleins pouvoirs exécutifs et législatifs sont donnés au maréchal Pétain. Edouard Herriot déclare : “ Autour de monsieur le maréchal Pétain, dans la vénération que son nom inspire à tous, notre nation est groupée dans la détresse. ”

2 août 1940 De Gaulle condamné à mort par contumace. En ce 2 août un tribunal de Vichy condamne à mort par contumace et à la confiscation de tous ses biens le général de Gaulle, reconnu le 28 juin dernier par le gouvernement britannique. “ Le gouvernement de Sa Majesté reconnaît le général de Gaulle comme chef de tous les Français libres, où qu’ils se trouvent, qui se rallient à lui pour la défense de la cause alliée. ”

28 août 1940 L’Afrique équatoriale française se rallie à de Gaulle. Le Tchad s’est rallié à la France libre la veille. Aujourd’hui, c’est le Cameroun qui se rallie à de Gaulle. Le Moyen Congo et l’Oubangui ne vont pas tarder à suivre.

29 août 1940 Création par Vichy de la Légion des combattants. Le maréchal Pétain, qui se refuse à suivre les conseils de Doriot ou de Déat voulant l’un comme l’autre qu’un parti unique soit créé, se contente d’instaurer la Légion des combattants, chargée de promouvoir les idéaux d’une “ Révolution nationale ” anglophobe dont la devise est “ Travail, Famille, Patrie ”. Cette légion n’a aucun pouvoir sur une administration à laquelle elle ne se substitue pas.

3 octobre 1940 Lois portant statut des Juifs en France. Selon l’article premier, “ Est regardée comme juive toute personne issue de trois grands-parents de race juive ou de deux grands-parents de la même race si son conjoint lui-même est juif. ” Dès le lendemain, une loi contre les Juifs étrangers arrête que ceux-ci pourront être internés dans des camps spéciaux par décision du préfet. Cette loi, signée par le chef de l’Etat qu’est le maréchal Pétain, vise en particulier les réfugiés allemands, polonais ou russes encore qui sont venus en France. Quelque 24 000 Juifs français seront déportés.

24 octobre 1940 Entrevue de Pétain et d’Hitler à Montoire. Sur la route de l’Espagne, le chancelier Adolf Hitler fait halte à Montoire-sur-le-Loir, où il rencontre le maréchal Pétain dans la petite gare. Pendant leur entrevue, Pétain accepte les conditions qui lui sont imposées par le chancelier allemand. Le soir, le maréchal annonce aux Français : “ J’entre aujourd’hui dans la voie de la collaboration. ”

4 janvier 1941 Mort du père du positivisme. Henri Bergson disparaît en pleine période de guerre et d’occupation. Pour cette raison, le cortège funèbre du philosophe sera réduit à quelques personnes : son épouse, sa fille, Paul Valéry et Edouard Le Roy.

17 juillet 1941 Weygand nommé délégué général en Afrique du Nord. Pétain nomme son ministre de la Défense nationale, le général Weygand, délégué général en Afrique du Nord. Celui-ci signera les accords qui permettront aux Américains de débarquer en 1942.
12 août 1941 Discours de Pétain à Vichy. Au cours d’un discours qu’il improvise au Casino de Vichy, le maréchal Pétain dénonce le “ vent mauvais ” qui se lève. Ce vent est à ses yeux celui de la Résistance, fidèle au général de Gaulle.

14 août 1941 Serment de fidélité à Pétain. A dater de ce jour, les hauts fonctionnaires, les magistrats et les militaires doivent prêter un serment de fidélité au maréchal Pétain.

20 août 1941 Instauration de cours spéciales de justice. Des cours spéciales de justice sont instaurées par l’Etat français de Vichy. Pucheu, ministre de l’Intérieur, les charge de juger et de condamner à mort les “ terroristes ”, choisis parmi les détenus de gauche. Ces cours sont autorisées et invitées à appliquer les lois à titre rétroactif.

21 août 1941 Mise en vigueur du système des otages. Pierre Georges, dit le colonel Fabien, tue l’enseigne de vaisseau allemand Alfons Moser. Ceci sert de prétexte aux autorités d’occupation allemande pour mettre en vigueur le système des otages, qui implique l’exécution sans procès de civils ramassés au cours de rafles.

5 septembre 1941 Exposition antisémite au Palais Berlitz de Paris. A l’instigation de Darquier de Pellepoix, de Philippe Henriot et de Jean Hérold-Paquis, une grande exposition antisémite ayant pour titre “ Le juif et la France ”, qui se veut scientifique, est inaugurée en ce jour. Elle se propose de définir un portrait physique et physiologique des israélites. La presse allemande et celle de la collaboration prétendent justifier ainsi l’exclusion des “ métèques ” et démontrer qu’il convient de rendre “ la France aux Français ”.

1er décembre 1941 Pétain rencontre Goering à Saint-Florentin. Pétain soumet au maréchal du Reich Hermann Goering une liste de revendications diverses qui a été dressée par ses ministres. Toutes les demandes qui sont faites par le maréchal Pétain sont ignorées avec mépris par Goering, qui signifie avec cynisme au chef de l’Etat français qu’il convient de se souvenir qui est le vainqueur.

15 février 1942 Procès de Riom. Ce procès voulu par le gouvernement de Vichy se propose de juger les hommes politiques et les militaires qui passent pour être responsables de la défaite de 1940, Blum, Daladier et Gamelin.

29 mai 1942 Port de l’étoile jaune obligatoire pour les Juifs. Les autorités d’occupation rendent à partir de ce 29 mai le port de l’étoile jaune qui désigne, parce qu’elle reprend la forme de l’étoile de David, les hommes, les femmes et les enfants de religion juive. Deux mois plus tard les rafles de Juifs commencent. Celle du Vel’d’Hiv, pour laquelle les autobus parisiens et la police de Paris sont réquisitionnés, permet le rassemblement de quelque 13 000 Juifs qui seront déportés.

16 juillet 1942 Début de la rafle du Vel’d’Hiv. Au petit matin, à Paris, les autobus réquisitionnés et les détachements de la police parisienne commencent de frapper aux portes des Juifs qui ont été contraints au port de l’étoile jaune et qui ont dû se faire recenser en tant que Juif dans les mairies d’arrondissement. Parmi les 13 000 Juifs parqués au Vel’d’Hiv sans eau, on compte 4 051 enfants. Quelques jours plus tard, des trains de wagons à bestiaux bondés, s’ébranlent vers les camps de la mort. En 1945, après l’ouverture des camps de concentration nazis, seules 30 personnes parmi celles qui auront été raflées en 1942, descendront des trains à la gare de l’Est…

28 août 1942 Rafle des Juifs en zone libre. La rafle en zone libre a commencé il y a deux jours, le 26 août. Les enfants sont emmenés comme leurs parents.

29 août 1942 Apparition de l’appellation “ France libre ”. Pour marquer l’union avec les mouvements de résistance qui s’enracinent sur le territoire national même, l’appellation “ France combattante ” est remplacée par celle de “ France libre ”. Le général de Gaulle en est à la fois le symbole et l’autorité.

8 novembre 1942 Débarquement des Alliés en Afrique du Nord. Connue sous le nom d’opération Torch, le débarquement des Alliés en Afrique du Nord a débuté dans la nuit du 7 au 8. A Casablanca, à Oran, à Alger, les Alliés se heurtent à une résistance acharnée des troupes restées fidèles au gouvernement de Vichy. L’amiral Darlan est cependant contraint à un armistice. Les Alliés consentiront au réarmement de l’armée française à la condition qu’elle s’engage à combattre à leurs côtés.

11 novembre 1942 L’armée allemande occupe la zone libre. En ce 11 novembre au matin commence, sur ordre du führer Adolf Hitler, l’opération Anton. L’armée allemande entre en zone libre. En franchissant la ligne de démarcation, en rompant ainsi avec la convention signée le 22 juin 1940, le gouvernement allemand justifie son action et la présente comme une intervention salutaire qui vise à aider les Français à repousser un éventuel débarquement allié sur les côtes de la Méditerranée.

16 novembre 1942 Déchéance de Darlan. Apprenant que l’amiral Darlan vient de signer le 13 un accord avec les Américains, le maréchal Pétain désavoue celui auquel il avait accordé toute sa confiance depuis l’armistice de 1940 et jusqu’en avril dernier. Le 25 décembre, Darlan sera assassiné par Bouvier de la Chapelle. Il aura eu le temps de permettre l’entrée en guerre de l’Afrique française auprès des Alliés anglais et américains.

20 novembre 1942 Arrestation de Weygand. Suspect au yeux des Allemands, celui qui fut le ministre de la Défense nationale de juin à septembre 1940, puis commandant des armées restées fidèles à Vichy en 1940 et 1941, le général Weygand, est arrêté. Il est interné en Allemagne. Après la Libération, il sera traduit devant la Haute Cour, qui rendra un non-lieu.

27 novembre 1942 La flotte française se saborde à Toulon. Le chancelier Adolf Hitler a décidé de déclencher l’opération Lila, qui a pour but le retrait des forces terrestres et aériennes de la zone de Toulon et la neutralisation de la flotte française. En pleine nuit, deux divisions blindées ont pénétré dans l’arsenal. La rade est illuminée par les fusées éclairantes de la Luftwaffe. Les bâtiments ne peuvent appareiller. L’amiral de Laborde donne le signal du sabordage, qui a été méticuleusement préparé dès juin 1940. Les charges explosent de toutes parts. En quelques heures, quatre-vingt-dix bâtiments sont détruits définitivement. Seuls cinq sous-marins auront réussi à sortir de la rade ; trois d’entre eux gagneront Alger.

25 décembre 1942 Exécution de Darlan. L’amiral Darlan est assassiné à Alger par un jeune homme de vingt ans, Bonnier de la Chapelle, qui, lorsqu’il comparaît devant le tribunal dès le lendemain, déclare pour expliquer son geste qu’il lui fallait “ faire justice d’un traître qui était un obstacle à l’union de tous les français ”. Le lendemain, à 7 h 45, il est fusillé.

24 janvier 1943 Entrevue entre de Gaulle et Giraud à Casablanca. De Gaulle rencontre à Casablanca Giraud qui lui a été préféré par les Alliés dans l’organisation du débarquement au Maroc. Lors de cette conférence, Roosevelt, président des Etats-Unis, tente en vain de mettre fin à leur différend.

30 janvier 1943 Création de milices françaises. La loi, qui stipule la création et accorde un statut à la milice française, outil militaire de la politique de collaboration du gouvernement de Vichy avec le régime nazi, prend effet ce jour. Darnand en devient le secrétaire général.

16 février 1943 Institution du travail obligatoire. Le Service du travail obligatoire, STO, est institué dans le cadre de l’économie de guerre. Plus de 1,5 million d’hommes seront requis. 875 000 d’entre eux sont contraints de partir pour l’Allemagne. Nombreux sont ceux qui, âgés entre vingt et un et trente-cinq ans, refusent l’obligation et entrent alors dans la Résistance.

15 mai 1943 Constitution du Conseil national de la Résistance. Le CNR est constitué. Jean Moulin affirme la primauté politique du général de Gaulle.

21 juin 1943 Jean Moulin arrêté par la Gestapo. Le chef du Conseil national de la Résistance, Jean Moulin, trahi, est arrêté à Caluire dans la banlieue de Lyon. Le nazi Klaus Barbie commence de l’interroger. Quelques jours plus tard, dans le train qui part pour un camp de la mort et dans lequel on a déposé son corps torturé, Jean Moulin meurt, âgé de quarante-quatre ans.

9 novembre 1943 De Gaulle reconnu président unique du CFLN. En ce 9 novembre, le général Giraud démissionne de la coprésidence du CFLN (Comité français de la libération nationale). De Gaulle en demeure l’unique président. Giraud se voit subordonné au général de Gaulle et est nommé au poste symbolique d’inspecteur général des Armées. Pour le général de Gaulle, le CFLN devient enfin l’instrument d’un pouvoir politique et militaire qu’il a voulu.

21 avril 1944 Démission du général Giraud. Progressivement au cours de l’année 1943, le général Giraud a été supplanté par le général de Gaulle. En novembre 1943, Giraud a abandonné la coprésidence du CFLN, Comité français de la libération nationale, créé le 3 juin 1943. En ce 21 avril, Giraud démissionne de son poste de commandant en chef des troupes françaises d’Afrique du Nord.

21 avril 1944 Droit de vote accordé aux femmes. Une ordonnance du général de Gaulle instaure le droit de vote des femmes et leur éligibilité. Elles voteront pour la première fois le 29 avril 1945 à l’occasion des élections municipales.

3 juin 1944 De Gaulle, président du GPRF. Le CFLN, Comité français de libération nationale, se transforme en GPRF, Gouvernement provisoire de la République française. De Gaulle en est nommé président.

6 juin 1944 Débarquement allié en Normandie. L’opération “ Overlord ” commandée par le général américain Eisenhower commence. 4 266 transports de toutes sortes que protègent 722 navires de guerre amènent 21 000 soldats qui débarquent sur les plages normandes rebaptisées Utah Beach, Omaha Beach, Gold, Juno, Sword. Immédiatement, deux ports artificiels sont construits à Omaha Beach et à Arromanches. Ces ports doivent permettre, dans les jours qui suivent, de débarquer 2,5 millions d’hommes, quelque 500 000 véhicules et 4 millions de tonnes de matériels. Le maréchal Erwin Rommel est à Berlin pour l’anniversaire de sa femme…

10 juin 1944 Massacre d’Oradour-sur-Glane. Les troupes allemandes de la Wermacht remontent vers le front qui a été ouvert quatre jours plus tôt par le débarquement en Normandie. Dans un village de la Haute-Vienne, Oradour-sur-Glane, qu’ils traversent, les soldats nazis enferment dans l’église les hommes, les femmes et les enfants. Les Allemands en font un brasier. Plus de 640 habitants du village sont brûlés vifs. Ceux qui tentent de fuir sont abattus. Seul un enfant parvient à se cacher et à survivre.

29 juin 1944 Exécution de Philippe Henriot. Membre d’une organisation d’extrême droite avant la guerre, député, il est devenu le secrétaire de l’Information du gouvernement de Laval à Vichy. La Résistance le condamne à mort. Alors qu’il cherche à fuir en Allemagne, il est arrêté et fusillé.

7 juillet 1944 Assassinat de Georges Mandel. Louis Georges Mandel s’est opposé au gouvernement de Vichy. Démis de ses fonctions de ministre de l’Intérieur qu’il n’occupe que depuis le 5 juin 1940, il gagne le Maroc à bord du Massilia pour continuer le combat et entrer en contact avec le gouvernement britannique. Il est ramené en France et interné par le gouvernement de Vichy qui le remet aux Allemands, en novembre 1942. Des miliciens le fusillent, en ce 7 juillet, dans la forêt de Fontainebleau.

31 juillet 1944 Disparition de Saint-Exupéry. Lors de sa huitième et dernière mission de reconnaissance, le Lightning P-38 du pilote âgé de quarante ans s’abîme en mer au large des côtes de la Corse. En ce dernier voyage, l’écrivain a rejoint son Petit Prince par-delà les étoiles.

15 août 1944 Débarquement allié en Provence. Les Alliés de la VIIe armée américaine, sous le commandement de Patch, et les Forces françaises libres commandées par le général de Lattre de Tassigny débarquent en Provence, sur les plages de Sainte-Maxime, de Fréjus, de Cavalaire, de Pampelonne et au Drammont. Quelque 500 000 hommes, que soutiennent 1 500 avions. L’opération porte le nom de code Anvil. A peine deux semaines plus tard, les 27 et 28 août, Marseille et Toulon sont libérées.

20 août 1944 Arrestation de Pétain par les Allemands. Les Allemands arrêtent à Vichy le maréchal Pétain et Laval, qu’ils emmènent en Allemagne au château de Sigmaringen.

25 août 1944 Libération de Paris. Le führer Adolf Hitler a téléphoné au gouverneur militaire de la Ville de Paris, le général von Choltitz, auquel il avait fait donner l’ordre de déposer sous les principaux monuments et sous les ponts de la capitale des charges explosives, pour lui demander : “ Paris brûle-t-il ? ” Paris ne brûle pas. Le 24 au soir, les troupes du capitaine Dronne sont entrées par la Porte d’Italie et ont atteint l’Hôtel de Ville et la préfecture de police. En ce jour, la 2e DB de Leclerc, qui entre par la Porte d’Orléans, enlève les derniers points de résistance avec l’aide des FFI, Forces françaises de l’intérieur, que dirige le colonel Rol-Tanguy. Ce dernier a commencé, pressé par les résistants communistes, le combat pour la libération de la capitale dès le 19 août. A la gare Montparnasse, le général von Choltitz signe sa reddition devant le général Leclerc et Rol-Tanguy.

26 août 1944 Accueil triomphal de Paris à de Gaulle. La descente des Champs-Elysées par le général de Gaulle entouré des membres du CNR et des chefs militaires de la 2e DB consacre l’homme de “ l’appel du 18 juin ”. Dans les Mémoires de guerre, qu’il écrira quelques années plus tard, le général notera : “ Devant moi, les Champs-Elysées. Ah ! c’est la mer ! ”.

6 septembre 1944 Le gouvernement provisoire à Paris. Le GPRF, Gouvernement provisoire de la République française, qui s’est substitué le 3 juin au CFLN, Comité français de libération nationale, s’installe à Paris. Le général de Gaulle, qui a déclaré le 26 août “ Je n’ai pas à proclamer la république, elle n’a jamais cessé d’exister ”, en est à la tête.

23 septembre 1944 Intégration des FFI à l’armée. Les Forces françaises de l’intérieur sont essentiellement composées d’hommes et de femmes qui sont entrés dans la Résistance, dans la clandestinité, et qui, aux yeux des autorités allemandes, ne sont guère que des “ terroristes ”. Arrêtés, ils ne sont donc pas considérés comme des prisonniers de guerre. Nul n’a l’illusion que la décision prise ce jour change leur sort. Politique, celle-ci vise à démontrer l’unité des forces militaires françaises sous une seule autorité.

1er janvier 1945 Offensive allemande en Lorraine. Cette offensive durera jusqu’au 9 janvier ; elle vise la ville de Strasbourg qui résistera et ne sera pas occupée par les troupes allemandes.

4 février 1945 Ouverture de la conférence de Yalta Premier jour de cette conférence où les trois Grands que sont Roosevelt, Churchill et Staline redistribuent la carte de l’Europe.

Jusqu’en 1939, l’histoire politique de la IIIe République fut celle d’une résistance des institutions à un irréversible déclin. La reconstruction des provinces littéralement dévastées dans le Nord et le Nord-Est et les problèmes de reconversions pour plusieurs centaines de milliers d’hommes que la guerre avait mutilés ou privés de leur emploi créèrent un grave trouble économique, commun à tous les pays d’Europe et dont une agitation probolchevique tenta de profiter (1920-1921). La crise fut également monétaire : après un siècle de stabilité, l’épuisement des réserves d’or et le recours systématique à l’emprunt entraînèrent une dévaluation du franc-germinal qui, en particulier, ruina la bourgeoisie rentière. Face à ces problèmes, les gouvernements successifs, marqués tantôt plutôt à droite (Bloc national de Millerand), tantôt plutôt à gauche (Cartel des gauches d’Édouard Herriot), prirent, d’une part, des mesures techniques comme la mutation du franc (franc Poincaré), mesure relativement efficace d’ailleurs, d’autre part, des mesures économiques de protectionnisme et de contrôle des changes.
La responsabilité de cette crise fut attribuée dans un premier temps à l’Allemagne : le mot d’ordre était l’Allemagne paiera pour le Bloc national. En fait, les négociations internationales entre 1922 et 1929 obligèrent la France à réduire considérablement le montant des dommages de guerre (plan Dawes, 1924 ; plan Young, 1929). Non seulement l’Allemagne refusait de payer, ce qui entraîna l’occupation de la Ruhr en 1923, mais le Royaume-Uni, soucieux de ne pas laisser à la France une prépondérance exclusive sur le continent, et les États-Unis firent pression contre les exigences françaises. De plus, les années 20 virent l’espoir d’une paix universelle garantie par la Société des Nations (SDN) devenir plus fort : la France reconnut l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) en 1924, l’Allemagne entra à la SDN en 1926 ; Aristide Briand pour la France et Gustav Stresemann pour l’Allemagne, très actifs, entamèrent une série de discussions qui, du pacte de Locarno en 1925 au pacte Briand-Kellogg de 1928, aboutirent à déclarer la guerre hors la loi.
Entre les discours nationalistes et le mirage pacifiste, entre la crise endémique et les excès des années folles, dans la succession des majorités et la valse des ministères (1930, 1933), le régime républicain connaissait des oppositions de plus en plus importantes. Des incidents comme le bref mandat du président Paul Deschanel (1920) ajoutèrent un peu plus au discrédit pesant sur la classe politique. La gauche communiste qui s’implantait dans les banlieues ouvrières (constitution de la ceinture rouge de Paris) dénonçait l’argent des deux cents familles et pratiquait une agitation sociale systématique, conformément aux consignes données par le Komintern en URSS. La droite nationaliste, au travers de certaines associations d’anciens combattants, constituait des ligues comme les Croix-de-Feu au discours de plus en plus antiparlementaire et virulent.
L’affaire Stavisky éclata en décembre 1933, alors que la France avait été depuis 1931 atteinte par la crise venue des États-Unis (crise économique de 1929) et que le climat social était désastreux. Stavisky, escroc et maître chanteur très lié au milieu politique, fut dénoncé en décembre 1933, tenta de fuir, fut rattrappé à Chamonix où la police le retrouva mort (8 janvier 1934), bizarrement suicidé. La presse antiparlementaire dénonça les liens entre la pègre et la politique, et les ligues organisèrent une immense démonstration de force le 6 février 1934. La manifestation dégénéra, peut-être en tentative de renversement du régime ; il y eut 20 morts place de la Concorde. Le président du Conseil, Édouard Daladier, démissionna.
Cette manifestation, qui montrait la puissance et l’agressivité des ligues face au régime, prouvait aussi le risque d’extension à la France du totalitarisme qui venait de s’installer en Allemagne (Hitler était chancelier depuis le 30 janvier 1933). Les partis de gauche s’unirent alors, communistes avec l’aval du Komintern, socialistes et radicaux : la contre-manifestation antifasciste du 9 février préludait à la constitution du Front populaire.
Alors que les gouvernements de centre droit échouaient à endiguer la crise par une politique de déflation, le Front populaire apparut comme le seul recours. Il publia son programme le 12 janvier 1936 où était combiné un discours social et collectiviste, avec des réponses très inspirées par l’interventionnisme keynesien à la crise. Les élections du 26 avril et du 3 mai 1936 furent un triomphe pour le Front populaire. Le président désigna Léon Blum, le chef socialiste, comme président du Conseil. Trois femmes entrèrent au gouvernement alors qu’elles n’avaient pas encore le droit de vote. Les communistes choisirent un soutien sans participation au gouvernement.
Les mois de mai et juin furent marqués par une vague de grèves sans précédent : 6 millions de grévistes furent comptés. L’occupation des lieux de travail était une nouveauté et une atmosphère de fête accompagna la fin du printemps 1936. Léon Blum convoqua à l’hôtel Matignon les trois parties : gouvernements, syndicats, patronat. Des négociations sortirent des accords déterminant une hausse générale des salaires, une reconnaissance des droits syndicaux de délégation et des conventions collectives. Sur le plan législatif, l’Assemblée accorda les premiers congés payés de l’histoire ouvrière (quinze jours annuels) le 20 juin 1936 ainsi que la loi des quarante heures de travail hebdomadaire (22 juin). Enfin, les usines d’armement furent nationalisées et, en 1937, la SNCF remplaça les grandes compagnies ferroviaires. Les ligues d’extrême droite furent interdites — mais au mois de juillet, l’ex-communiste et maire de Saint-Denis Jacques Doriot créa le Parti populaire français, dont les thèmes et les pratiques étaient inspirés à la fois du fascisme et du nazisme.
Très vite, le Front populaire fut confronté à de graves problèmes économiques qui contraignirent Blum à annoncer en janvier 1937 la pause des réformes. Les communistes avaient enlevé leur soutien dès le mois de septembre à Blum qui refusait d’intervenir dans la guerre d’Espagne pour aider la République espagnole contre le pronunciamento du général Franco ; le 17 novembre, Roger Salengro, ministre socialiste de l’Intérieur, s’était suicidé à la suite d’une campagne antisémite haineuse et calomnieuse menée par l’extrême droite. Blum demanda le 21 juin les pleins pouvoirs face à la résurgence de l’activisme d’extrême droite ; devant le refus du Sénat, il démissionna.
L’approche de la Seconde Guerre mondiale devenait imminente avec la remilitarisation de la Rhénanie, l’Anschluss de l’Autriche, l’invasion et le dépeçage de la Tchécoslovaquie avalisés en dépit de tous les accords par le Royaume-Uni et la France lors de la conférence de Munich en septembre 1938 (voir Munich, accords de). Signe supplémentaire de crise : le gouvernement avait, face à une Assemblée de plus en plus divisée, recours aux décrets-lois pour gouverner. L’invasion de la Pologne déclencha effectivement la guerre : la mobilisation fut décrétée le 1er septembre 1939. Le 26, le parti communiste était interdit pour avoir dénoncé la guerre (l’URSS avait signé avec l’Allemagne un pacte de non-agression le 23 août 1939).

ADER Clément (Muret 1841 - Toulouse 1925). Cet attaché à l’administration des Ponts et Chaussées se passionna pour la navigation aérienne et fabriqua un ballon pendant la guerre de 1870. Il mit au point un appareil qu’il baptisa avion et avec lequel, le 9 octobre 1890, il put s’élever de terre de quelques centimètres et parcourir dans les airs une soixantaine de mètres. Il se heurta à l’indifférence de beaucoup de ses contemporains.

Allemane Jean (1843-1935). Cet ouvrier typographe participa à la Commune et fut déporté en Nouvelle-Calédonie. Rentre en France en 1880, il devint un des chefs du parti ouvrier et fonda en 1890 le parti ouvrier socialiste révolutionnaire. Il fut élu député de Paris en 1901, puis en 1906.

ANDRE Louis Joseph (Nuits-Saint-Georges 1838 - Dijon 1913). Ce polytechnicien, après avoir pris part à la guerre de 1870, commanda l’École polytechnique de 1893 à 1896. En 1900, il remplaça le ministre de la Guerre, le général de Galliffet, démissionnaire, et conserva ce poste dans le ministère . Il prit différentes mesures pour -cratiser l’armée, mais, ayant mis sur pied un système de fiches destinées à repérer les officiers cléricaux, il fut pris à partie à la Chambre et démissimna le 15 novembre 1904.

Aumale Henri Eugène Philippe Louis duc d’Orleans. Quatrième fils du roi Louis-Philippe, il se distingua dans la campagne d’Algérie et reçut la soumission d’Abd el-Kader en 1847. Après avoir quitté la France en 1848, il y revint en 1871 et fut élu député de l’Oise à l’Assemblée nationale. Il présida en 1873 le conseil de guerre chargé de juger le maréchal Bazaine.

Aurelle de Paladines louis jean baptiste D’ (Le Malzieu 1804 – Versailles 1877), Ce général, qui s’était illustré en Algérie de 1841 à 1848 et en Crimée en 1855, fut désigné en octobre 1870 par Gambetta pour prendre le commandement de la Ile armée de la Loire et, après avoir bloqué l’ennemi à Salbris, il remporta la victoire de Coulmiers sur von der Thann, mais, vaincu à Patay, il dut évacuer Orléans. En 1871, il fut élu député de l’Assemblée nationale, puis, en 1875, sénateur. Il publia en 1872 un ouvrage sur la 11, armée de la Loire.

AURIOL, Vincent (27 août 1884-1er janvier 1966) Président de la République (1947-1954) Expert financier de la SFIO, Vincent Auriol est le ministre des Finances du gouvernement Blum lors du Front populaire. C’est à ce titre qu’il crée le 10 octobre 1936 le “ franc flottant ”, rebaptisé aussitôt “ franc Auriol ”. Parce qu’il se refuse à renoncer à son idéal socialiste, il n’admet pas de voter les pleins pouvoirs au maréchal Pétain en 1940. Cette intransigeance lui vaut d’être arrêté et incarcéré. Il réussit à gagner Londres en 1943, et à y rejoindre les Forces françaises libres du général de Gaulle. A la Libération, il préside les deux assemblées constituantes. Le 16 janvier 1947, grâce à l’apport de voix communistes et socialistes, il devient le premier président de la IVe République. Scrupuleux, il fait en sorte de n’avoir recours qu’aux seuls pouvoirs restreints que la Constitution lui concède, en dépit de l’agitation de la vie parlementaire qui ne cesse de renverser les gouvernements. Après avoir transmis ses pouvoirs, le 15 janvier 1954, à son successeur René Coty, il se retire définitivement de la vie politique pour rédiger ses Mémoires, intitulés Journal du septennat 1947-1954.

Barodet Désiré (1823- 1906). Cet instituteur, après avoir proclamé la république le 4 septembre 1870 à l’hôtel de ville de Lyon, devint maire de cette ville en 1872. Après la suppression de la mairie de Lyon par Thiers, Barodet se présenta aux élections en avril 1873 contre le candidat de Thiers, Rémusat, et fut élu le 27 avril. Réélu constamment député jusqu’en 1896, il fut un des chefs de l’extrême gauche à l’Assemblée et contribua à l’élaboration des lois laïques.

BARRERE Camille (La Charité-sur-Loire 1851 - Paris 1940). Ce diplomate, après avoir été ambassadeur à Berne en 1894, fut en 1897 nommé à l’ambassade de France à Rome et occupa ce poste jusqu’en 1924. Il travailla au rapprochement franco-italien et prépara l’accord signé en 1902 entre Delcassé et Prinetti, qui garantissait à la France, dans le cas où elle serait attaquée, la neutralité de l’Italie. Pendant la guerre de 1914-1918, il obtint en 1914 que l’Italie respectât cette neutralité, puis négocia son entrée en guerre auprès des Alliés en 1915. Il collabora, après la guerre, à la préparation du traité de Rapallo.

BARRES Maurice (Charmes-sur-Moselle 1862 - Neuilly-sur-Seine 1923). Après avoir, dans ses premières œuvres littéraires (le Culte du moi), adopté une doctrine égotiste, il se lança dans la vie politique en militant pour le boulangisme et fut élu à ce titre député de Nancy en 1889. Antidreyfusard et défenseur de l’armée, il participa à la fondation de la Ligue de la patrie française en 1898 et s’inspira de ses convictions politiques pour composer la trilogie nationaliste du Roman de l’énergie nationale. Barrès joua un rôle important comme maître à penser de la jeunesse du début du siècle et se fit le chantre de la revanche. Élu député de Paris en 1906, il remplaça en 1912 Déroulède à la tête de la Ligue des patriotes. Son journal intime, Mes cahiers, constitue une source précieuse pour l’histoire de la vie politique de son temps.

BARTHOU Louis (Oloron-Sainte-Marie 1862 -Marseille 1934). Cet avocat fut élu en 1889 député des Basses-Pyrénées et fit preuve de ses talents d’orateur au moment du scandale de Panama. À partir de 1894, il fut huit fois ministre et son activité lui valut à plusieurs reprises d’entrer en polémique avec les socialistes. En 1913, il fut chargé par Poincaré de former un cabinet et fit voter, malgré l’opposition des radicaux-socialistes, la loi portant le service militaire à trois ans.

Becquerel, Henri (1852-1908) Physicien Après avoir été élève de l’Ecole polytechnique et de celle des Ponts et Chaussées, il est professeur au Muséum national d’histoire naturelle, puis à l’Ecole polytechnique. La découverte des rayons X et une hypothèse faite par Henri Poincaré l’incitent à chercher s’il existe une relation entre la production de ces rayons et la phosphorescence, qu’il étudie au début des années 1880. C’est grâce à l’étude de ces phénomènes sur des sels d’uranium qu’il découvre en 1896 la radioactivité. Il découvre encore l’ionisation des gaz que provoque le rayonnement émis par l’uranium. La découverte capitale de la radioactivité lui vaut de recevoir le prix Nobel de physique en 1903, conjointement avec Pierre et Marie Curie.

Bergson Henri (Paris, 18 octobre 1859 - Paris, 4 janvier 1941) Philosophe Le prix de rhétorique et celui de mathématiques au Concours général couronnent les brillantes études secondaires du jeune Bergson. Il est reçu deuxième à l’agrégation de lettres en sortant de l’Ecole normale et commence une carrière de professeur, d’abord en province puis au lycée Henri-IV à Paris. En 1889 est publiée sa thèse Essai sur les données immédiates de la conscience, puis en 1897, paraît Matière et Mémoire, essai sur la relation du corps à l’esprit. Avec ces deux premiers grands ouvrages se définit déjà complètement la pensée philosophique de Bergson. Dans ces dernières années du siècle, elle vient au juste moment pour s’opposer à une “ pensée immobilisée ” et aux doctrines qui ont alors cours : “ positivisme ”, “ scientisme ”, “ déterminisme ” et “ néo-kantisme ”. A l’intellectualisme formaliste, Bergson substitue une philosophie spiritualiste qui veut être “ un retour conscient et réfléchi aux données de l’intuition ”. Alors qu’il vient de publier un ouvrage très remarqué, Le Rire, essai sur la signification du comique (1899), Bergson est nommé professeur au Collège de France où il occupe la chaire de philosophie moderne (1900-1914). Etudiants mais aussi grand public se pressent aux leçons données le vendredi par le philosophe. Dans la parole comme dans les écrits de Bergson, le style claire, précis et nuancé qui le caractérise, capte les esprits et rend accessibles les aspects les plus profonds de son enseignement, au point de faire parfois oublier les traits novateurs de sa pensée. En 1907, il publie son œuvre majeure, L’Evolution créatrice, qui rend compte du sens total de l’homme et de l’univers vivant auquel il est lié. Au début du siècle, Bergson est universellement connu. Il est appelé à l’université de Columbia de New York en 1912 puis en 1917. Au cours de ce second séjour il va mettre à profit son immense renommée pour rencontrer le président américain Wilson, et sans doute contribuer à lever la neutralité observée par les Etats-Unis dans le conflit européen. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, il préside la Commission de coopération intellectuelle de la SDN (Société des Nations), présidence qu’il assure jusqu’en 1925. Entre 1914, année où il est élu à l’Académie française, et 1928, date où le prix Nobel lui est attribué, Bergson donne de nombreuses conférences et publie régulièrement (L’Energie spirituelle, 1919 ; Durée et Simultanéité, 1922), mais la maladie le contraint à se retirer de la vie publique. En 1932 paraît le dernier grand ouvrage du philosophe, Les Deux Sources de la morale et de la religion. C’est l’ultime étape de sa pensée qui s’est lentement acheminée de la vie créatrice vers des problèmes humains, vers des conclusions éthiques et religieuses. Bien que ses amis l’en dissuadent, Bergson répond à l’injonction de la “ Loi portant statut des Juifs en France ” et se rend le 31 décembre 1940 au commissariat du coin de sa rue. Vêtu d’une simple robe de chambre et chaussé de pantoufles, il se déclare être : “ Bergson, Henri, 82 ans, sans profession ”. Il meurt quatre jours plus tard emporté par une congestion pulmonaire. Le bergsonisme a eu une grande influence non seulement sur les philosophes contemporains mais aussi sur des écrivains tels que Marcel Proust ou Paul Valéry qui écrira “ Bergson... le dernier grand nom de l’intelligence européenne ”.

BERNHARDT Henriette Rosine Bernard, dite Sarah (Paris 1844 - id. 1923). Cette comédienne commence sa carrière à la Comédie française, puis joua à la Porte Saint-Martin et à la Renaissance où elle s’imposa très vite par sa voix et son jeu. En 1898, elle fonda son propre théâtre, place du Châtelet. Ses interprétations de Phèdre, de laigion ou de la Dame aux camélias restèrent fameuses et elle fit connaître son talent dans le monde entier grâce à de nombreuses tournées à l’étranger.

Bert Paul (Auxerre 1833 - Hanoi 1886). Ce docteur en médecine et en sciences enseigna aux facultés de Bordeaux et de Paris avant de se lancer dans la vie politique. Elu député de l’Yonne en 1872, il participa aux travaux de réforme de l’enseignement et devint ministre de l’instruction publique dans le cabinet Gambetta en 1881. En 1886, il fut nommé gouverneur général de l’Annam et du Tonkin.

BERTEAUX Henri Maurice (Saint-Maurdes-Fossés 1852-issy-les-Moutineaux 191 1). Maire de Chatou à partir de 1888, il fut élu député de Seine-et-Oise en 1893 et siégea avec le groupe des radicaux-socialistes. Après avoir fait partie des commissions du Budget et de l’Armée, il remplace en novembre 1904 le général André au ministère de la Guerre. Il garda ce poste dans le cabinet Rouvier, mais démissionna en 1905. Vice-président de la Chambre à partir de 1906, il fut de nouveau ministre de la Guerre dans le cabinet Monis (1911). Au cours du départ de la course aérienne Paris-Madrid, il fut décapité par l’hélice d’un monoplan.

BIENVENU-MARTIN Jean-Baptiste (Saint-Bris-le-Vineux, Yonne, 1847-id. 1943). Sous-préfet de Sens en 1885, il fut député de l’Yonne de 1897 à 1905, puis sénateur de 1905 à 1940. Il fut président de la commission des Associations et Congrégations, puis ministre de l’instruction publique dans les deuxième et troisième cabinets Rouvier (1905-1906). Il fut chargé du ministère de la Justice dans le premier cabinet Doumergue (1913-1914) et le premier cabinet Viviani (1914), puis de celui du Travail dans le deuxième cabinet Viviani (1914-1915).

BISMARCK Otto von (Schönhausen, 1er avril 1815 - Friedrichsruh, 30 juillet 1898) Chancelier allemand. Le 16 juillet 1871, c’est une armée victorieuse qui défile triomphalement dans Berlin ; c’est l’armée d’un empire allemand proclamé dans la Galerie des Glaces du château de Versailles, l’armée qui a emporté la victoire sur l’armée française et qui a permis l’annexion de l’Alsace et de la Lorraine. Qu’importe à Bismarck que certains des vingt-six Etats qu’il a rassemblés autour de Guillaume Ier puissent éprouver encore des “ démangeaisons de la veste prussienne ”, il peut se déclarer “ rassasié ” et affirmer, après avoir vaincu toutes les réticences comme celles de la Bavière ou du Wurtemberg où l’on a longtemps murmuré “ plutôt être Français que Prussien ”, qu’il n’a plus de guerre à entreprendre pour absorber encore tel ou tel petit Etat allemand ou pour annexer les terres “ irrédentes ”, terres qui n’ont pas été encore libérées, comme celles qui demeurent en Autriche. L’essentiel de sa tâche est accompli. C’est en tant que représentant de la Prusse à la diète de Francfort de 1851 à 1859, à Saint-Pétersbourg de 1859 à 1862 et à Paris en 1862 que Bismarck acquiert une parfaite connaissance des rouages et des enjeux diplomatiques européens. Cette connaissance fondamentale devient un atout décisif lorsque Guillaume Ier de Prusse le nomme Premier ministre en 1862 et qu’alors Bismarck peut entreprendre d’élever au rang de grande puissance l’Etat qu’a été celui de Frédéric II. Bismarck donne à la Prusse les moyens financiers et militaires de son ambition. En 1864, il conquiert les duchés danois de Schleswig et de Holstein et, en 1866, grâce à la victoire de Sadowa, il écarte l’Autriche et permet à la Prusse de prendre une place fondamentale au sein de la Confédération de l’Allemagne du Nord. Bismarck est aussi intraitable avec les idées libérales qu’il ne tolère pas, qu’il est inflexible avec la France et la Russie dont il redoute les possibles interventions. Bismarck fait toujours le choix de laisser le temps aplanir les difficultés. Sa prudence lui permet, lorsque la Confédération de l’Allemagne du Nord se dote, en 1867, d’une constitution, de ménager la susceptibilité des Etats pour obtenir que la couronne acquiert une position décisive et que la fonction de chancelier de l’Empire soit à sa mesure. Il fait preuve de modération dans les conditions de paix qu’il impose à l’Autriche comme il écarte une guerre lorsqu’éclate la crise de Luxembourg en 1867. En revanche, la candidature au trône d’Espagne d’un prince Hohenzollern, qui suscite une réaction d’opposition brutale de la France, lui permet de provoquer un affrontement qui le conduit à la victoire. Après la fondation de l’Empire, Bismarck met en œuvre pour isoler la France républicaine, une politique d’alliances qui, de la Duplice signée avec l’Autriche en 1879, à la Triplice conclue avec l’Autriche et l’Italie en 1884, en passant par les accords et les traités que les trois empereurs d’Allemagne, de Russie et d’Autriche-Hongrie ont pu signer en 1872, 1881 et 1884, lui permet de mettre l’Empire qu’il a créé au centre de toutes les combinaisons diplomatiques européennes. Cette politique permet en outre au Reich de faire l’acquisition de ses premières colonies avec le Togo, le Cameroun et le Tanganyika. C’est d’une tout autre manière encore que Bismarck marque l’histoire de l’Europe. Non sans forcer les résistances des uns et des autres, il parvient à faire voter par le Reichstag un système d’assurances sociales. En 1883 contre la maladie, en 1884 contre les accidents du travail, en 1889 contre la vieillesse, l’invalidité. Ce que l’on a nommé dans un premier temps le “ socialisme bismarckien ”, devait, devenu exemplaire, fonder le socialisme d’Etat. Si en 1890, l’empereur Guillaume II contraint son chancelier à la démission, le destin de l’Etat-providence que Bismarck a ébauché n’est, lui, pas chassé de la scène européenne.

BLERIOT Louis (Cambrai 1872 - Paris 1936). Ce constructeur d’accessoires d’automobiles s’intéressa à l’aviation et réalisa lui-même le monoplan sur lequel il fut le premier à traverser la Manche, le 25 juillet 1909. Pendant la Première Guerre mondiale, il mit au point le chasseur, « Spad » sur lequel s’illustrèrent Guynemer et de nombreux aviateurs.

BLUM, Léon (9 avril 1872-30 mars 1950) Homme politique Normalien, il entre au Conseil d’Etat en 1895. Esthète, quelque peu dandy, il n’est pas indifférent au “ culte du moi ” de Barrès. Il collabore à La Revue blanche en tant que critique littéraire. En 1901 paraissent ses Nouvelles Conversations de Goethe avec Eckermann. C’est l’année suivante qu’il s’inscrit au parti socialiste et, dès 1904, il collabore à L’Humanité auprès de Jaurès, qu’il admire. Son engagement en faveur de Dreyfus lui semble poursuivre la lutte qui est désormais la sienne pour la justice sociale. Il est élu député en 1919. Lorsque, au congrès de Tours de 1920, une majorité de délégués favorables à l’adhésion à la IIIe Internationale amène à la fondation du parti communiste, il devient l’un des responsables de la minorité socialiste. A la tête de la SFIO, il fonde le journal Le Populaire, organe du parti. La victoire du Front populaire en 1936 le porte à la présidence du Conseil. La semaine de quarante heures, les congés payés, les conventions collectives du travail, qu’il met en place avec son gouvernement, n’empêchent pas celui-ci de tomber le 22 juin 1937. Arrêté par le régime de l’Etat français, il est traduit devant la Cour suprême de justice à Riom, accusé d’être responsable de la défaite de 1940. Les autorités de Vichy le livrent en 1943 aux autorités allemandes, qui le déportent au camp de concentration de Buchenwald et à celui de Dachau. A son retour en France, il est président du Conseil quelques semaines, de décembre 1946 à janvier 1947. Il demeure, quoique dans une semi-retraite, un modèle du socialisme français.

Bohr, Niels (1885-1962), physicien danois, prix Nobel en 1922, pour sa contribution à la physique nucléaire et à la compréhension de la structure atomique.
Né à Copenhague, Bohr entra en 1912 au laboratoire de Rutherford à Manchester. La théorie de Bohr sur la structure atomique, pour laquelle il reçut le prix Nobel de physique en 1922, fut publiée entre 1913 et 1915. Son travail s’inspira du modèle nucléaire de l’atome de Rutherford, dans lequel l’atome est considéré comme un noyau compact entouré d’un essaim d’électrons. Le modèle atomique de Bohr utilise la théorie quantique et la constante de Planck (le rapport entre la taille du quantum et la fréquence du rayonnement). Le modèle pose en principe que l’atome n’émet de rayonnement électromagnétique que lorsqu’un électron se déplace d’un niveau quantique à un autre. Ce modèle contribua énormément aux développements ultérieurs de la physique atomique théorique.
En 1916, Bohr rejoignit l’université de Copenhague pour y travailler comme professeur de physique et, en 1920, il devint directeur de l’Institut de physique théorique nouvellement créé à l’université. Bohr y développa une théorie reliant les nombres quantiques aux grands systèmes qui suivent les lois classiques. Il fit d’autres contributions majeures en physique théorique. Son travail aida au développement du concept selon lequel les électrons sont répartis par couches et les propriétés chimiques d’un atome sont déterminées par les seuls électrons situés dans la couche périphérique. Il fut aussi professeur invité dans de nombreuses universités.
En 1939, Bohr réalisa l’importance des expériences de fission (voir Nucléaire, énergie) menées par les savants allemands Otto Hahn et Fritz Strassmann. Aux États-Unis, lors d’une conférence scientifique, Bohr convainquit les physiciens de l’importance de ces expériences. Il démontra plus tard que l’uranium-235 était l’isotope de l’uranium qui subissait la fission nucléaire. Bohr retourna alors au Danemark, où il fut forcé de rester après l’occupation allemande du pays en 1940. Il finit cependant par s’enfuir aux États-Unis, où il participa à la fabrication de la première bombe atomique, à Los Alamos, au Nouveau-Mexique. Il s’opposa cependant au caractère secret de ce projet et redouta les conséquences de ce développement inquiétant.

BOISDEFFRE Raoul le mouton de (Alençon 1839 -Paris 1919). Cet officier de cavalerie fut l’aide de camp de Chanzy pendant la guerre de 1870-71. Devenu général de division en 1892, il passa un certain temps à l’ambassade de France en Russie et se lia d’amitié avec le tsar. Chef d’état-major général de l’armée en 1893, il prit parti pour les officiers de l’état-major dans. l’affaire Dreyfus et fut contraint de démissionner après la découverte du - faux Henry en 1898.

BOULANGER, Georges (29 avril 1837-30 septembre 1891) Général, homme politique Sorti de Saint-Cyr, Georges Boulanger fait une brillante carrière qui lui vaut d’être général de division en 1884. Soutenu par Clemenceau, il a le portefeuille de ministre de la Guerre dans le gouvernement de Freycinet puis de Goblet. Ses choix lui valent d’être apprécié : des républicains par les mesures qu’il prend avec la loi d’exil des princes ; des ouvriers, parce qu’il refuse de faire tirer sur les grévistes ; de l’armée, au sein de laquelle il réduit de cinq à trois ans la durée du service militaire et supprime le tirage au sort. Enfin son attitude qui tient tête à l’Allemagne lorsque le commissaire lorrain Schnaebelé, soupçonné d’espionnage par les Allemands, est arrêté en avril 1887 lui vaut d’être surnommé “ le général La Revanche ”. Sa popularité lui vaut d’être écarté et nommé commandant du 13e corps d’armée à Clermont-Ferrand. La foule tente de le retenir à Paris lors d’une manifestation à la gare de Lyon. Mis à la retraite en mars 1888, il peut se présenter aux élections et est élu le 27 janvier 1889 avec une large majorité hétéroclite, qui rassemble des radicaux socialistes dissidents aussi bien que des nationalistes, des bonapartistes ou des monarchistes. Alors qu’il est pressé de marcher sur l’Elysée, Boulanger recule devant le coup d’Etat. D’un jour à l’autre, il perd tout son crédit politique. Il échappe à l’arrestation en prenant le chemin de l’exil. Condamné par contumace à la détention perpétuelle, il se suicide sur la tombe de sa maîtresse, le 30 septembre 1891.

Bourbaki Charles Denis Sauter (PAU 1816 - Cambo 1897). D’origine grecque, il combattit en Algérie et en Crimée et, en 1870, fut nommé commandant de la garde impériale. Placé à la tête de l’armée de l’Est par Gambetta, il fut chargé de débloquer Belfort, mais, aprës avoir repoussé les Allemands à Villersexel le 9 janvier 1871, il fut vaincu à Héricourt et dut se réfugier en Suisse. Désespéré par cet échec, il tenta de se suicider.

BOURGEOIS Léon (Paris 1851 - château d’Oger, Mame, 1925). Cet avocat devint préfet du Tarn (1882), puis de la Haute-Garonne (1885), et préfet de police en 1887. Député de la Mame de 1888 à 1905, puis sénateur de 1905 à 1925, il fut président de la Chambre des députés de 1902 à 1904. De 1888 à 1917, il fut douze fois ministre et fut chargé en novembre 1895 de constituer un cabinet, qui tomba en avril 1896. Il fut le promoteur de la doctrine du « solidarisme ». Son nom est lié à la campagne qu’il fit pour obtenir le règlement des conflits internationaux par l’arbitrage et il dirigea les travaux de la Société des Nations.

BRAHMS Johannes (Hambourg, 7 mai 1833 - Vienne, 3 avril 1897) Compositeur. Un article enthousiaste qui paraît dans la Neue Zeitschrift für Musik fait en quelques mois passer de l’anonymat à la célébrité le jeune Brahms. L’article est signé de Robert Schumann. Lorsqu’il paraît, Brahms a déjà composé plusieurs œuvres pour pianos dont le Scherzo pour piano en mi bémol mineur que Franz Liszt a interprété à Weimar. L’éloge que Schumann a fait de son écriture pianistique permet à Brahms de faire éditer plusieurs œuvres dont des sonates. Autant par reconnaissance pour celui qui l’a fait connaître que par amour pour Clara Schumann, Brahms apporte son aide à celle qui demeure veuve. Il retourne néanmoins à Hambourg où il compose son Concerto pour piano en ré mineur. Les fonctions qu’il occupe au sein de la petite cour princière de Detmold le contraignent à composer avant tout de la musique de chambre de même que de petites pièces pour orchestre ou pour chœur. Un malentendu vaut à Brahms, auquel le poste de chef d’orchestre de la société philhamornique de Hambourg a été refusé, de se retrouver à la tête de la Wiener Singakademie. Ce centre musical se veut à Vienne traditionaliste. Ce n’est qu’avec la création de son Requiem allemand à la cathédrale de Brême en 1868 que la situation de Brahms change enfin. Le succès remporté par cette partition lui permet d’abandonner l’enseignement et d’entamer comme Chopin ou Mahler une carrière d’interprète compositeur auquel des tournées donnent les moyens de vivre. Les œuvres qu’il compose dans les années qui suivent, ses Variations sur un thème de Haydn, ses concertos pour violon, pour piano, pour violon et violoncelle, ses symphonies valent à Brahms d’être considéré comme le successeur de Beethoven. Certains ne se privent d’ailleurs pas d’affirmer que la Symphonie N°1 de Brahms est la dixième symphonie de Beethoven... Reste que ces œuvres valent à Brahms une gloire internationale. Sa renommée est telle que Cambridge lui décerne une distinction que Brahms ne reçoit jamais parce qu’il ne prend pas le temps de se rendre en Angleterre. Un article de Schumann a permis à Brahms d’être connu en Allemagne. L’édition musicale a permis à Brahms d’être célèbre en Europe. La carrière de Brahms illustre le pouvoir qu’a été celui de l’édition musicale dans l’Europe du XIXe siècle.

BRANLY Edouard (Amiens 1844 - Paris 1940). Universitaire et physicien, il imagina en 1890 un radioconducteur, le « cohéreur à limaille ., qui permit la réception des signaux de télégraphie
sans fil dans les premières transmissions à distance.

Brazza Pierre Savorgnan de (Rome 1852-Dakar 1905). Né Italien à Castel Gandolfo, près de Rome, il fut naturalisé Français en 1874 et entra dans la marine. Lors d’une première expédition commencée en 1875 au Gabon, il remonta le cours de l’Ogooué, puis, lors d’une seconde expédition (1879-1882), il atteignit le Congo et imposa la protection de la France au roi Makoko. Commissaire du gouvernement à partir de 1887, il organisa le Congo français et entreprit de le consolider et de l’explorer systématiquement. Se refusant à avoir recours aux armes, doté d’un sens scrupuleux de l’égalité entre les hommes, il gagne l’estime des populations des colonies, d’autant plus qu’après sa nomination en tant que commissaire général du Congo français en 1883, il s’oppose à ce que d’immenses territoires soient livrés à des compagnies privées — qui ne font que les piller pour s’assurer les profits les plus rapides. Son attitude intransigeante lui vaut d’être rappelé en 1898. Mais la politique cynique des sociétés et des groupes d’intérêt qui ont obtenu son rappel provoquent bientôt l’indignation, et Brazza est chargé d’une enquête. Avant que le voyage ne s’achève, il meurt à Dakar, le 14 septembre 1905. Le poste qu’il a fondé en 1890, et qui porte bientôt le nom de Brazzaville, est devenu la capitale de l’Afrique équatoriale française en 1910.

Briand Aristide : (Nantes, 28 mars 1862 - Paris, 7 mars 1932) Homme politique français En septembre 1929, Aristide Briand, auquel le prix Nobel de la paix a été attribué en 1926, présente devant l’Assemblée générale de la Société des Nations (SDN) un projet d’union européenne. Celui-ci propose une “ sorte de lien fédéral ” dont Briand ne précise pas la nature politique. S’il envisage pour mettre en place cette union de “ commencer par les liens économiques ”, il affirme que ceux-ci ne doivent en aucun cas restreindre la souveraineté des Etats qui seraient rassemblés. Un an plus tard, il soumet un mémorandum à la SDN. Quand bien même celui-ci demeure vague, seules la Bulgarie et la Yougoslavie en acceptent les conclusions. Dans une Europe où, au début des années 30, les réflexes nationalistes et les frilosités protectionnistes comme les tentations de régimes autoritaires pour lesquels le fascisme italien ne va pas tarder à tenir lieu de modèle, le projet de Briand est enseveli dans les débats et les arguties de travaux de commissions... Déçu de n’avoir su convaincre, Aristide Briand fait alors le choix de mettre fin à sa vie politique. Celle-ci a été d’une exceptionnelle intensité et sans pareil pendant tout le temps de la IIIe République. Aristide Briand, qui a fondé avec Jean Jaurès le Parti socialiste français en 1901, n’a pu oublier que l’assassinat de Jaurès n’a pas permis que soit enrayée la mécanique implacable qui conduisait à la guerre en 1914. Aristide Briand a été à onze reprises président du Conseil, vingt-six fois des portefeuilles ministériels lui ont été confiés — dont dix-huit fois celui des Affaires étrangères dont il n’a pas cessé de s’occuper d’avril 1925 à janvier 1932. C’est dans les années 20 qu’Aristide Briand, conscient de la nécessaire sécurité de la France, a mis en œuvre une politique de réconciliation avec l’Allemagne. Celle-ci, si elle maintient le statu quo institué par le traité de Versailles, met en œuvre une pratique qui se distingue de celle de ses prédécesseurs. Le ministre des Affaires étrangères de la République de Weimar, Gustav Stresemann, devient l’interlocuteur privilégié de Briand et le dialogue des deux hommes ne tarde pas à permettre le rapprochement franco-allemand. Le premier temps de celui-ci a lieu le 16 août 1924. Ce jour-là, l’Allemagne accepte le plan Dawes. Celui-ci limite les réparations dues par l’Allemagne à des annuités maximales de 2,5 milliards de marks or en échange d’hypothèques sur les chemins de fer et les industries que l’Allemagne accepte de céder en gage aux Alliés. Ce plan conduit la France à évacuer la Ruhr au cours de l’été 1925 et à se retirer avant le 31 janvier 1926, date prévue par les traités, de la région de Cologne. Le 16 octobre 1925 est le second temps du rapprochement franco-allemand. Il est marqué par la signature du traité de Locarno. Quoique l’Allemagne se soit gardée de garantir ses frontières orientales, le climat de détente internationale que ce traité entérine et consacre, permet à Briand d’accueillir l’Allemagne à la SDN le 8 septembre 1926. Briand y achève son discours d’accueil par ces mots : “ Arrière les fusils, les mitrailleuses, les canons ! Place à la conciliation, à l’arbitrage, à la paix ! ” Briand ne doute pas qu’après l’implacable épreuve qu’a été la Première Guerre mondiale, l’Europe ne puisse plus jamais prendre le risque d’aucune autre guerre. C’est pourquoi, lorsque les Etats-Unis provoquent la signature du pacte Briand-Kellogg le 27 août 1928, Briand n’hésite pas un instant. Ce pacte, pour la première fois dans l’histoire, met la guerre “ hors-la-loi ”. La paix a sans doute été le souci premier de celui qui fut, selon le mot de l’écrivain français Maurice Barrès, un “ monstre de souplesse .

Brière de L’isle louis alexandre (1827 - 1896). Cet officier de marine, après avoir combattu à Bazeilles en 1870, devint gouverneur du Sénégal en 1877. En 1884, il fut mis à la tête des troupes participant à l’expédition du Tonkin et, après la perte de Lang Son, dut se replier sur le delta. Rappelé en France, il termina sa carrière comme inspecteur des troupes de la marine.

BRIME Aristide (Nantes 1862 - Paris 1932). Ce fils d’aubergiste se fit connaître par ses opinions d’extrême gauche en tant qu’avocat et journaliste à Saint-Nazaire. En 1893, il s’installa à Paris et, avec Jaurès, fonda le parti socialiste français. En 1902, il fut élu député de Saint-Étienne et représenta cette ville à la Chambre jusqu’en 1919. Rapporteur de la, loi sur la séparation de l’Église et de l’Etat, il révéla ses talents exceptionnels d’orateur. En 1906, il devint ministre de l’instruction publique et des Cultes dans le ministère Sarrien et inaugurait ainsi une longue carrière au cours de laquelle il fut vingt-cinq fois ministre. À deux reprises président du Conseil de 1909 à 191 1, il dut affronter de violentes grèves qu’il réprima durement en s’attirant l’inimitié de ses amis socialistes. En 1913, il fut appelé à constituer un troisième cabinet.

Brisson Henri (Bourges 1835-Paris 1912). Député de la Seine en 1871 à l’Assemblée nationale, puis, à partir de 1876, à la Chambre des députés, dont il fut président en 1881, il représenta l’extrême gauche anticléricale. Il fut chargé à deux reprises, en 1885 et en 1898, de former le gouvernement.

Broglie Albert, Duc De (Paris 1821 - id. 1901). Fils du duc Victor de Broglie, qui avait été président du Conseil sous Louis-Philippe, il commença une carrière diplomatique qu’il abandonna en 1848 pour se consacrer à la rédaction d’ouvrages historiques. Élu député de l’Eure à l’Assemblée nationale en 1871, il occupa de 1871 à 1872 le poste d’ambassadeur à Londres, puis contribua à provoquer la chute de Thiers en mai 1873 et fit élire Mac-Mahon président de la République. Nommé vice-président du Conseil, il institua le gouvernement de l’Ordre moral. Mais, après l’échec de la tentative de restauration, il dut démissionner en mai 1874. Rappelé par Mac-Mahon le 16 mai 1877, après la démission de Jules Simon, il renouvela l’expérience de l’Ordre moral, mais la victoire des républicains aux élections de novembre 1877 le contraignit à se retirer.

Buisson Ferdinand (1841 -1932). Cet agrégé de philosophie, après s’être exilé en Suisse pendant le second Empire, devint en 1878 inspecteur général de l’instruction publique, puis, en 1879, directeur de l’enseignement primaire. Il fut le principal collaborateur de Jules Ferry dans la réalisation de son programme scolaire et se montra un ardent défenseur de la laïcité. Député de la Seine à partir de 1902, il lutta pour la séparation de l’Église et de l’État. Il reçut le prix Nobel de la paix en 1927.

CAILLAUX Joseph (Le Mans 1863Mamers 1944). Fils d’un ministre du gouvernement de Broglie, il rompit avec les traditions familiales et affirma ses opinions radicales. Élu en 1898 député de la Sarthe, il s’imposa par sa compétence en matière fiscale, ce qui lui valut d’être ministre des Finances dans les cabinets Waldeck-Rousseau (1899-1902), Clemenceau (1906-1909) et Monis (1911-1912). Il élabora le projet d’impôt sur le revenu, qui, voté par la Chambre en 1907, fut repoussé par le Sénat. Chargé de former un cabinet en 1911, il dut affronter la crise marocaine provoquée par le coup d’Agadir, qui entraîna sa chute en janvier 1912. De nouveau ministre des Finances dans le cabinet Doumergue, il démissionna à la suite de l’assassinat par sa femme du directeur du Figaro, Gaston Calmette. Pendant la guerre de 1914, il fut accusé de trahison pour avoir tenté d’opérer un rapprochement franco-allemand, et il fut arrêté en janvier 1918. La Haute Cour le condamna à trois ans de prison. Amnistié en 1925, Caillaux, élu sénateur de la Sarthe, reçoit le portefeuille des Finances dans le 21 cabinet Painlevé (1925), puis dans le 10e cabinet Briand (1926). Jusqu’en 1940, il joua un rôle important en tant que président de la commission des Finances au Sénat. Il a laissé d’intéressants mémoires.

CAMBON Jules (Paris 1845 - Vevey, Suisse, 1935) Cet avocat accomplit une carrière administrative au cours de laquelle il occupa le poste de gouverneur général de l’Algérie de 1891 à 1897. Nommé en 1897 ambassadeur à Washington, il joua le rôle d’arbitre pendant la guerre hispano-américaine. Il fut ensuite en poste à l’ambassade de Madrid, puis à celle de Berlin où il joua un rôle important au moment de l’affaire d’Agadir. Secrétaire général du ministère des Affaires étrangères à partir de 1915, il participa à la con de la paix en 1919, chargée de surveiller l’application du traité de Versailles.

CAMBON Paul (Paris 1843 -id. 1924). Chef de cabinet de Jules Ferry en 1870, il fut de 1872 à 1877 préfet successivement de l’Aube, du Doubs et du nord. Après avoir été résident général en Tunisie, il commença une carrière diplomatique en étant ambassadeur à Madrid en 1886 et favorisa le rapprochement franco-espagnol. Ambassadeur à Londres de 1898 à 1920, il fut le principal artisan de l’entente cordiale et contribua à l’entrée en guerre de la Grande-Bretagne en 1914.

CARNOT Sadi (Limoges 11 août 1837- Lyon 24 juin 1894) Homme politique Fils de Lazare Hippolyte Carnot, polytechnicien et ingénieur des Mines, il commence sa carrière politique dès 1870 en étant nommé par Gambetta préfet de la Seine-Inférieure. L’année suivante, député de la Côte-d’Or, il siège à l’Assemblée nationale avec la gauche républicaine. En 1880 Jules Ferry lui confie le portefeuille des Travaux publics, et en 1885 il est nommé ministre des Finances. D’un tempérament froid mais d’une honnêteté sans faille, il est une proie facile pour les chansonniers et les caricaturistes, qui raillent à plaisir sa raideur physique et sa barbe noire. Mais, si lors de son élection à la présidence le 3 décembre 1887, à la suite de la démission de Jules Grévy, compromis dans le scandale des décorations, Clemenceau dit de lui “ Votons pour Carnot, c’est le plus bête, mais il porte un nom républicain ! ”, Sadi Carnot va acquérir très vite l’estime des Français en consacrant une grande partie de son temps à voyager partout en France. Entre 1887 et 1894 il visitera plus de soixante-dix villes, où il sera reçu par les traditionnels discours, banquets et inaugurations, et saura ainsi se rendre très populaire. Respectueux envers l’Eglise, Carnot ralliera à la République bon nombre de bourgeois catholiques. Il favorisera également l’alliance franco-russe. Sa présidence sera marquée par le scandale de Panama, l’agitation boulangiste et de nombreux attentats terroristes. Il en sera lui-même victime, le 24 juin 1894, lors d’un voyage à Lyon, quand il tombera sous les coups de poignard d’un jeune ouvrier boulanger du nom de Caserio. Casimir-Perier lui succédera.

CASIMIR-PERIER Jean (PariS 1847-id. 1907). Petit-fils du ministre de Louis-Philippe, Casimir Perier,. Sous-secrétaire d’État à la Guerre dans le second ministère Ferry, il présida la Chambre des députés de janvier à décembre 1893. Lui-même, après avoir été député républicain de gauche, est sous-secrétaire d’Etat à la guerre en 1883. Dix ans plus tard, alors qu’il incarne “ l’esprit nouveau ” qui est celui de l’alliance, contre les socialistes, des républicains modérés et des catholiques qui se sont ralliés à la République, il est président du Conseil. Pour réprimer les attentats anarchistes, il fait voter les lois qualifiées de “ scélérates ” par l’opposition. Chassé du pouvoir en 1894, il est porté à la présidence de l’Assemblée nationale. Et, au lendemain de l’assassinat à Lyon du président Sadi Carnot par un anarchiste, il est élu à la présidence de la République le 27 juin 1894. Sa richesse — sa famille détient la majorité des actions des mines d’Auzin —, son autoritarisme — il ne supporte pas que la tradition et la Constitution de la IIIe République privent le président d’un rôle politique décisif — provoquent une campagne de presse virulente contre lui. A la chute du ministère Dupuy, qui lui semble amener les radicaux au pouvoir, il donne brusquement sa démission, le 15 janvier 1895, laissant la présidence de la République à Félix Faure. Et il se retire définitivement de la vie politique.

CAVAIGNAC Godefroy (Paris 185 3château d’Ourne, Sarthe, 1905). Fils de Louis-Eugène Cavaignac, chef du pouvoir exécutif en 1848, ce polytechnique fut élu député de la Sarthe en 1882. Il fut à deux reprises ministre de la Guerre, tout d’abord dans le cabinet Bourgeois (1895-1896), puis dans le deuxième cabinet Brisson (1 898). Il déclara à la Chambre qu’il détenait les preuves de la culpabilité de Dreyfus, mais la découverte du « faux Henry » l’obligea à se démettre de ses fonctions. Il fut un des premiers adhérents à la Ligue de la patrie française.

Chadwick, sir James (1891-1974), physicien de nationalité anglaise, lauréat du prix Nobel, surtout connu pour sa découverte, en 1932, de l’une des particules fondamentales de la matière, le neutron. Cette découverte mena directement à la fission nucléaire et à la bombe atomique. Il naquit à Manchester et fit ses études à l’université de Victoria. En 1909, il commença à travailler pour le physicien Ernest Rutherford. À la fin de la Première Guerre mondiale, il se rendit avec Rutherford à l’université de Cambridge, où ils poursuivirent une collaboration fructueuse jusqu’en 1935. Cette année-là, Chadwick devint professeur à l’université de Liverpool. De 1948 à 1958, il fut directeur du Collège Gonville et Caius de l’université de Cambridge, puis en devint membre en 1959.
Chadwick fut l’un des premiers Britanniques à souligner la possibilité du développement d’une bombe atomique et le principal scientifique à être associé à l’effort anglais pour le développement de cette technologie. Entre 1943 et 1945, il passa le plus clair de son temps aux États-Unis, principalement au laboratoire scientifique de Los Alamos, au Nouveau-Mexique. Membre de la Société royale, Chadwick reçut en 1935 le prix Nobel de physique et fut fait Chevalier en 1945.

Chanzy Antoine Alfred Eugéne (1823 - 1883). Ce saint-cyrien servit en Algérie et devint général en 1868. En 1870, il prit le commandement de la lie armée de la Loire et livra bataille au Mans en janvier 1871. Élu député des Ardennes en 1871, il fut nommé gouverneur de l’Algérie en 1873, puis ambassadeur à Saint-Pétersbourg.

CHARCOT, Jean (1867-1936) Savant, explorateur Son père, Jean Martin Charcot, est le créateur de l’Ecole de neurologie de la Salpêtrière à Paris, et c’est donc naturellement par des études de médecine que Charcot commence, mais très vite il fait le choix de l’océanographie. De 1903 à 1905 puis de 1908 à 1910, il fait à bord du Français, puis du Pourquoi-Pas ?, deux expéditions qui lui permettent de dresser avec précision les cartes des régions australes, de l’archipel Palmer jusqu’à une île à laquelle il donne le nom de Charcot, en hommage à son père, au sud de la mer de Bellingshausen. Plus tard, il fait encore de multiples expéditions dans l’Atlantique nord, la Manche et la mer du Nord, jusqu’aux Hébrides en 1921, jusqu’au Groenland en 1925 et 1936, où il étudie les côtes orientales. C’est alors qu’il mène ses travaux d’océanographie et d’hydrographie que les récifs du Faxafjord déchirent la coque du Pourquoi-Pas ? Seul un compagnon de Charcot parvient à survivre.

CHARPENTIER Gustave (Dieuze, Moselle, 1860-Paris 1956). Fils d’un boulanger, il fut l’élève de Massenet au Conservatoire de Paris et obtint en 1887 le grand prix de Rome. Après avoir fait applaudir ses Impressions d7tage et la Vie du poète, il composa plusieurs œuvres où le romantisme était vivifié par l’inspiration populaire. Son « roman musical,, Louise, histoire d’une petite ouvrière parisienne amoureuse d’un poète, reçut en 1900 un accueil triomphal.

Chesnelong Pierre Charles (Orthez 1820-id. 1899). Ce maire d’Orthez, rallié au second Empire, fut élu député des Basses-Pyrénées en 1872 et siégea à l’extrême droite de l’Assemblée. Il participa aux tentatives de restauration de la monarchie en 1873 et fut choisi en octobre 1873 pour porter au comte de Chambord le programme établi par la commission des Neuf. Après l’échec de la tentative de restauration, il s’intéressa aux universités catholiques et devint sénateur en 1876.

CLAUDEL, Paul (6 août 1868-23 février 1955) Poète, dramaturge Lorsqu’il entreprend ses études à l’Ecole des sciences politiques, Paul Claudel a perdu la foi. En cette année 1886 il vit deux expériences décisives pour le reste de sa vie. C’est la lecture de l’œuvre de Rimbaud en septembre, et l’illumination qu’il éprouve à Notre-Dame de Paris lors des vêpres du jour de Noël. En 1889 il écrit la première version de Tête d’or et entreprend aussitôt La Ville, qui est publiée en 1893. Pour s’assurer les moyens d’accomplir l’œuvre qu’il entame, il passe le concours des Affaires étrangères. Il y est reçu premier. Son activité littéraire dans l’un des premiers postes qui lui est confié, le consulat de Boston, prouve qu’il s’est engagé dans la carrière qui lui permet d’écrire comme il l’a espéré. Il compose L’Echange, donne une seconde version de Tête d’or et traduit une pièce d’Eschyle. Diplomate en Extrême-Orient, il est à Shanghai, passe par le Japon, il visite la Syrie et la Palestine en 1899 et, après avoir hésité à entrer dans les ordres, il rejoint son poste de Fou-tcheou, où il reste jusqu’en 1905. Dans la même période il publie plusieurs titres, dont la première des Cinq Grandes Odes. C’est en Chine encore qu’il poursuit sa carrière diplomatique, à Pékin, et à T’ien-tsin qu’il écrit, entre autres, L’Otage. Pour la première fois, le nom de Claudel paraît au sommaire de La Nouvelle Revue française. Entre 1909 et 1916, sa carrière diplomatique le ramène en Europe. Ambassadeur après la Première Guerre mondiale à Tokyo, à Washington, il termine sa carrière de diplomate à Bruxelles en 1935 et ne se consacre plus qu’à l’écriture. C’est à la ténacité de Jean-Louis Barrault que Paul Claudel doit de voir Le Soulier de satin monté en 1943. La gloire, les succès et les honneurs ne cessent plus d’accompagner Claudel, qui est élu à l’Académie française en 1946 sans même avoir fait acte de candidature.

CLEMENCEAU Georges (Mouilleron-en-Pareds, Vendée, 1841 - Paris 1929). Né dans une famille bourgeoise, il étudia la médecine, puis, au lendemain du 4 septembre 1870, se lança dans la politique en devenant maire de Montmartre. Il s’associe à la pétition des parlementaires français qui n’admettent pas l’annexion de l’Alsace et de la Lorraine par l’Empire de Guillaume II. Après avoir été élu à l’Assemblée nationale en 1871, il devint en 1876 député et siégea à l’extrême gauche de la Chambre, il est parmi les premiers à vouloir une amnistie pour les communards. Par la violence de son éloquence, il contribua à la chute de Gambetta et de Ferry, ce qui lui valut le surnom de « tombeur de ministères. Il soutint imprudemment le général Boulanger avant de se retourner contre lui. Impliqué dans le scandale de Panama, il fut battu aux élections de 1893 et vécut dans la retraite pendant quatre ans. En 1897, il prit la direction du journal l’aurore, dans lequel il publia l’article de Zola J’accuse, et participa activement à la campagne menée en faveur de Dreyfus. Élu sénateur en 1902, il fut chargé en 1906 du portefeuille de l’intérieur dans le cabinet Sarrien, auquel il succéda en octobre 1906 à la tête du gouvernement. Son ministère, qui dura jusqu’en 1909, fut marqué par une violente agitation sociale qu’il réprima avec une extrême sévérité. L’impôt sur le revenu qu’il met en place le brouille avec la droite conservatrice. La répression des grèves ouvrières éloignent de lui les socialistes. Revenu dans l’opposition, il fonda en 1913 le journal l’Homme libre, rebaptisé ensuite l’Homme enchaîné, dont le patriotisme lui valut un renouveau de popularité. Poincaré l’appelle à la présidence du Conseil en 1917. Son programme se limite à une phrase, “ Je fais la guerre. ” Le 11 novembre 1918, devenu le “ Père la Victoire ”, il joue un rôle essentiel pendant les négociations qui mènent au traité de Versailles. En 1920 pourtant, celui que la France a surnommé “ le Tigre ” en raison de sa détermination pendant la guerre, est battu lors de l’élection présidentielle par Deschanel. Il se retire de la vie politique en Vendée.

COLETTE, Sidonie Gabrielle (28 janvier 1873-3 août 1954) Ecrivain C’est sous son nom de jeune fille, qui n’est ni un prénom ni un pseudonyme, Colette, qu’elle devient célèbre. Elevée dans ce qu’elle appelle “ la Bourgogne pauvre ” par sa mère, Sido, elle épouse le 15 mai 1893 Henri Gauthier-Villars, dont le pseudonyme est Willy. Ayant le sens du calembour autant que de la publicité, ce dernier produit des livres de circonstance, grâce aux concours de nègres. Dès 1894, après avoir découvert que son mari la trompe, Colette, après un temps de dépression, part avec lui au festival de Bayreuth en 1901, en compagnie d’une jeune femme qui est la maîtresse de Willy et dont elle fait la sienne. Pressée par Willy, elle écrit entre 1900 et 1907 la série des Claudine et Dialogues de bêtes. Après s’être séparée de son mari en 1907, avoir divorcé enfin en 1910, Colette commence une carrière de mime et d’actrice. Après plusieurs liaisons, elle tombe amoureuse de l’un des rédacteurs en chef du journal Le Matin qui a trois ans de moins qu’elle, Henri de Jouvenel. Elle l’épouse en 1912. Le 3 juillet 1913, elle donne naissance à leur fille, surnommée Bel-Gazou. Lorsque Jouvenel, infidèle, s’éloigne, Colette fait l’éducation sentimentale de son beau-fils Bertrand, né en 1903. Les livres ne cessent de ponctuer sa vie. Les Vrilles de la vigne en 1908, La Vagabonde en 1910, L’Entrave en 1913, Les Heures longues en 1917, La Maison de Claudine en 1922, Le Blé en herbe en 1923. L’entrée dans sa vie de Maurice Goudeket amène Colette à travailler dans la maison de Saint-Tropez qu’est La Treille Muscate et dans son appartement du Palais-Royal, où elle s’installe en 1938, immobilisée par une arthrose de la hanche. La Naissance du jour en 1928, Sido en 1929, La Chatte en 1933 imposent son écriture précise et sensuelle. Elle est élue à l’Académie Goncourt et entre plus tard à l’Académie royale de Belgique. Gigi, publié en 1944, L’Etoile Vesper, de 1946, ou Le Fanal bleu, de 1949, sont toujours écrits, en dépit de la maladie douloureuse qui contribue à former une légende autour d’elle, par la même langue savoureuse et gourmande.

COMBES Emile (Roquecourbe, Tarn, 18.35-Pons, Charente inférieure, 1921). Après s’être destiné à la prêtrise et avoir soutenu un doctorat en théologie, il fit des études de médecine et s’engagea dans la politique. Élu au Sénat en 1885, il se spécialisa dans les problèmes d’enseignement et fut chargé du portefeuille de l’instruction publique dans le cabinet Léon Bourgeois (1895-1896). Succédant à Waldeck-Rousseau comme président du Conseil en juin 1902, il mit en œuvre une série de lois anticléricales qui entraînèrent la rupture avec le Saint-Siège et préparèrent la séparation de l’Église et de l’État. L’« affaire des Fiches - le contraignit à donner sa démission en janvier 1905.

Constans Ernest Jean ( 1833- 1913). Cet avocat devint ministre de l’intérieur dans le gouvernement Ferry (1880-1881) et fut chargé de l’application des décrets contre les congrégations religieuses. À nouveau ministre de l’intérieur dans le cabinet Tirard en 1889, il poussa Boulanger à s’enfuir et fit voter la loi interdisant les candidatures multiples. Dans le quatrième cabinet Freycinet, en 1890, il retrouva le portefeuille de l’intérieur et s’attira de nombreuses inimitiés. En 1898, il fut nommé ambassadeur à Constantinople.

COTY, René (20 mars 1882-22 novembre 1962) Président de la République (1954-1958) Avocat, René Coty commence sa carrière politique en 1907 en tant que conseiller d’arrondissement de la ville du Havre, où il est né. L’année suivante, il entre au conseil municipal. Il s’engage pendant la Première Guerre mondiale, et reprend la vie politique en Seine-Inférieure, où il est conseiller général en 1919. Député en 1923, il est sénateur en 1935. S’il vote les pleins pouvoirs à Pétain en 1940, son activité pendant l’Occupation lui vaut d’être relevé de l’inéligibilité lors de la Libération. Après avoir été ministre et vice-président du Conseil, succédant à Auriol, il est élu par le congrès du 23 décembre 1953 président de la République, au treizième tour de scrutin. Affable et simple, il est un président populaire d’autant plus qu’il est soucieux de ne pas outrepasser les pouvoirs limités que la Constitution de la IVe République lui accorde. Les institutions même sont ébranlées par la guerre d’Indochine et la guerre d’Algérie. Conscient qu’elles ne permettent pas de sortir de la crise, il appelle au pouvoir le général de Gaulle en mai 1958. Lorsqu’il lui transmet ses pouvoirs, le 8 janvier 1959, c’est en tant que dernier président de la IVe République s’adressant au premier président de la Ve.

COUBERTIN Pierre de (Paris Genève 1937). Après s’être destiné à la carrière militaire, il se consacra à exalter l’éducation physique, qu’il contribua a développer dans les collèges. Son grand dessein fut la résurrection des jeux Olympiques et, après avoir fait reconstruire le stade d’Athènes, il fit organiser par le Comité olympique qu’il avait créé les premiers jeux Olympiques en 1896.

COURTELINE, Georges Moinaux, dit Georges (25 juin 1858-25 juin 1929) Auteur dramatique En 1881 il crée un journal éphémère, Paris-Moderne, mais doit accomplir la même année son service militaire dans les chasseurs à cheval. Ses brefs récits satiriques, où les dialogues tiennent une place telle qu’ils le conduisent très vite vers le théâtre, lui valent rapidement une certaine notoriété. En 1886 il donne Les Gaietés de l’Escadron. En 1888, Le train de 8 h 47. En 1891, c’est Lidoire, tableau militaire. Y paraissent les personnages de l’adjudant Flick et du capitaine Hurluret. Une fois encore, “ l’imbécillité des choses ” et la “ mauvaise grâce des hommes ” sont les éléments essentiels du ressort littéraire et dramatique. Ils le sont encore dans la nouvelle Boubouroche, qui devient bientôt une comédie. Son expérience dans l’administration des Cultes lui permet de donner en 1893 le roman Messieurs les ronds-de-cuir. L’inconséquence des lois et des règlements est à l’ordre du jour dans des œuvres telles qu’Un client sérieux (1896), Le gendarme est sans pitié, Le commissaire est bon enfant (1899) ou encore L’Article 330 (1900). Ses deux pièces, La Paix chez soi (1893) et La Peur des coups (1894), grâce à leur verve et à leur nervosité, rencontrèrent un grand succès. En 1926 Courteline devient membre de l’Académie Goncourt.

Crémieux Isaac Moise, dit Adolphe (Nîmes 1796-Paris 1880). Cet avocat devint député de Chinon en 1842 et contribua à la chute de Guizot. Après avoir été membre du gouvernement provisoire en 1848, il favorisa l’élection de Louis Napoléon Bonaparte à la présidence de la République, mais s’opposa au coup d’État du 2-Décembre. Nommé ministre de la Justice dans le gouvernement de la Défense nationale en 1870, il fit donner aux Juifs d’Algérie la nationalité française.

CURIE Marie et Pierre (1867-1934) et (1859-1906), physiciens français, à l’origine de la découverte des éléments chimiques radium et polonium, prix Nobel en 1903. Marie Curie obtint également le prix Nobel de chimie en 1911. L’étude des éléments radioactifs (voir Radioactivité) par les époux Curie contribua à la compréhension des processus atomiques (voir Atome), fondement de la physique nucléaire moderne.
Née à Varsovie, en Pologne, Marie Curie était d’un milieu universitaire. En 1891, elle quitta la Pologne pour Paris et s’inscrivit à la Sorbonne. Deux ans plus tard, elle obtint brillamment sa licence de physique. C’est à l’université qu’elle rencontra Pierre Curie, en 1894, avec qui elle se maria un an plus tard. Né à Paris, Pierre Curie fit des études de sciences à la Sorbonne. En 1880, avec son frère Jacques, il observa qu’une pression exercée sur un cristal de quartz créait un potentiel électrique. Les frères baptisèrent ce phénomène piézoélectricité (voir Piézoélectrique, effet). Au cours de recherches effectuées sur le magnétisme, Pierre Curie découvrit qu’au-delà d’une certaine température (le point Curie), certains matériaux perdent leurs propriétés magnétiques (voir Magnétisme).
Marie Curie s’intéressa aux récentes découvertes de nouveaux types de rayonnements. Wilhelm Röntgen avait en effet observé pour la première fois les rayons X en 1895, tandis qu’en 1896 Henri Becquerel mit en évidence des rayonnements similaires produits par l’uranium. Marie Curie s’intéressa aux rayonnements de l’uranium et, grâce aux techniques piézoélectriques inventées par son mari, elle étudia précisément les rayonnements du pechblende, minerai riche en uranium. Quand elle découvrit que celui-ci rayonnait de manière beaucoup plus intense que l’uranium lui-même, elle en déduisit l’existence d’éléments encore plus radioactifs. Marie Curie fut d’ailleurs la première à utiliser le terme radioactif pour caractériser les éléments susceptibles d’émettre des rayonnements lorsque leur noyau perd de sa masse.
Pierre Curie acheva ses travaux sur le magnétisme avant de s’associer aux recherches de sa femme. En 1895, il devint professeur à l’École de physique et de chimie de Paris. C’est en 1898 que les époux Curie annoncèrent leur découverte de deux nouveaux éléments : le polonium (appelé ainsi par Marie en référence à son pays d’origine) et le radium. Pendant les quatre années qui suivirent, dans un abri en bois des plus rudimentaires, les Curie traitèrent une tonne de pechblende, pour en extraire laborieusement une fraction de gramme de radium. Ils partagèrent en 1903 le prix Nobel de physique avec Becquerel pour la découverte des éléments radioactifs. Marie Curie fut la première femme à recevoir un prix Nobel.
En 1904, Pierre Curie fut nommé professeur de physique à la Sorbonne et, en 1905, membre de l’Académie des sciences. Marie Curie n’eut pas droit aux mêmes honneurs, la coutume ne favorisant guère l’accès des femmes à de telles positions. Pierre mourut en avril 1906, écrasé par un camion. Sa femme reprit sa chaire de physique générale et poursuivit ses propres recherches. Ses travaux sur le radium et ses composés lui valurent le prix Nobel de chimie en 1911. Elle fut ainsi la première personnalité scientifique à obtenir deux prix Nobel. Elle créa l’Institut du radium en 1914, qu’elle dirigea, et participa à la fondation de l’institut Curie. La maladie qui devait mettre fin à ses jours, une anémie, résultait d’une trop grande exposition aux rayonnements. L’une des filles de Pierre et Marie Curie, Irène Joliot-Curie, obtint en 1935, avec son mari Frédéric, le prix Nobel de chimie pour la synthèse de nouveaux éléments radioactifs.
Darwin, Charles (1809-1882), naturaliste britannique qui posa les fondements de la théorie de l’évolution grâce au concept de la sélection naturelle. L’influence de ses travaux et de sa pensée fut énorme dans les domaines des sciences de la vie et de la Terre. De façon plus générale, elle marqua toute la pensée moderne.
Vie de Darwin
Né le 12 février 1809, à Shrewsbury, dans le Shropshire, Charles Robert Darwin était le cinquième enfant d’une famille riche et cultivée. Il avait pour grand-père maternel un fabricant de faïence et de poterie, Josiah Wedgwood, et pour grand-père paternel, le médecin et savant Erasmus Darwin. En 1825, Darwin se rendit à l’université d’Édimbourg pour y étudier la médecine. Toutefois, peu motivé pour ce type d’études, il abandonna la faculté de médecine deux ans plus tard pour l’université de Cambridge afin de devenir pasteur de l’Église anglicane. Il y fit la connaissance du géologue Adam Sedgwick et du naturaliste John Stevens Henslow, qui eurent, l’un comme l’autre, beaucoup d’influence sur lui. C’est grâce à Henslow que Darwin devint un observateur méticuleux et appliqué des phénomènes naturels et un collectionneur de spécimens.
Darwin obtint son diplôme en 1831, à l’âge de vingt-deux ans. Il fut alors accepté, grâce à la recommandation de Henslow, à bord du navire d’exploration britannique le Beagle. Ce dernier partait pour une expédition scientifique autour du monde. Darwin y fut embarqué en tant que naturaliste, sans gages. Le voyage dura cinq ans.
À son retour, Darwin décida de continuer dans la voie de la recherche. Un héritage familial confortable et bien géré lui permit de se consacrer à sa vocation de naturaliste sans jamais avoir à se préoccuper de subvenir à ses besoins. En 1839, il épousa sa cousine germaine, Emma Wedgwood, et le couple s’installa trois ans plus tard sur le petit domaine de Down House, dans le Kent, qu’ils ne quittèrent jamais. Ils eurent dix enfants dont trois moururent jeunes.
Darwin mourut le 19 avril 1882. Il fut enterré à Westminster Abbey.
Le voyage du « !Beagle ! »
Le travail de naturaliste de Darwin à bord du Beagle lui permit de rassembler une énorme masse d’observations géologiques et biologiques, sur lesquelles il travailla toute sa vie. Il s’intéressa aux diverses formations géologiques des îles et des continents visités au cours du voyage, et recensa une grande variété de fossiles et d’êtres vivants. Sur le plan de la géologie, il fut surtout impressionné par l’effet des forces naturelles sur le relief de la surface du globe.
Darwin put comparer ses observations aux idées qui avaient cours à l’époque. En géologie, la théorie couramment acceptée était celle dite catastrophique, inspirée de la Bible. Selon elle, la création des animaux et des plantes avait eu lieu par vagues. Chaque vague avait ensuite été détruite par une catastrophe soudaine, telle qu’un soulèvement ou une modification de la surface terrestre (voir Géologie). D’après cette théorie, la dernière catastrophe, le Déluge, avait fait disparaître toutes les formes de vie, excepté celles qui avaient pris place dans l’arche de Noé. Les autres n’étaient plus visibles que sous forme de fossiles. Les catastrophistes pensaient que les espèces étaient créées individuellement et qu’elles étaient immuables.
Le catastrophisme (mais non l’immuabilité des espèces) avait été contesté par le géologue britannique sir Charles Lyell dans un ouvrage en deux volumes, Principes de géologie (1830-1833). Lyell affirmait que la surface de la Terre est soumise à des changements continuels provenant de l’action des forces naturelles et opérant uniformément pendant de longues périodes.
Durant son voyage sur le Beagle, Darwin s’aperçut que ses observations géologiques correspondaient à la théorie de Lyell. En revanche, ses études sur les fossiles et les êtres vivants jetaient un doute sur la théorie des espèces. Il nota, par exemple, que les fossiles d’espèces supposées éteintes ressemblaient étonnamment à certaines espèces vivantes. Une part importante de ses observations portèrent sur des tortues et oiseaux des îles Galápagos, au large des côtes de l’Équateur (voir Pinson). Il nota que les espèces des diverses îles étaient étroitement apparentées. Les quelques différences qu’il observait correspondaient à des différences dans les ressources alimentaires disponibles. Ces observations amenèrent Darwin à s’interroger sur les liens pouvant exister entre des espèces proches mais distinctes. Pour lui, la seule explication possible était que les espèces, loin d’être immuables, se modifient graduellement.
La théorie de la sélection naturelle

À son retour en Angleterre, en 1836, Darwin commença à noter ses idées sur la non-fixité des espèces dans ses Carnets sur la transmutation des espèces. Ces idées furent précisées lorsqu’il lut l’Essai sur le principe de population (1798), de l’économiste britannique Thomas Robert Malthus, étude des populations humaines et de la façon dont celles-ci restent en équilibre. Malthus soutenait qu’aucune augmentation de la quantité disponible d’aliments nécessaires à la survie humaine n’était capable de suivre le taux de croissance naturel des populations. Cette croissance devait donc être freinée par des facteurs naturels tels les famines, les maladies ou des événements comme les guerres.
Darwin appliqua immédiatement les concepts de Malthus aux animaux et aux plantes. En 1838, il avait établi les grandes lignes d’une théorie de l’évolution par la sélection naturelle, qu’il affina pendant les deux décennies suivantes. Il s’intéressa également à d’autres projets d’histoire naturelle.
La théorie de Darwin fut publiée pour la première fois en 1858, en même temps que celle d’Alfred Russel Wallace. Ce jeune naturaliste était arrivé à la même théorie que Darwin sur la sélection naturelle. La théorie complète de Darwin fut publiée en 1859 dans De l’origine des espèces au moyen de la sélection naturelle. Souvent présentée comme le « !livre qui ébranla le monde ! », l’Origine des espèces fut épuisée dès le premier jour de sa publication et rééditée six fois.
La théorie de Darwin sur l’évolution par la sélection naturelle stipule que les jeunes de chaque espèce entrent en compétition pour leur survie. Les survivants sont, par définition, ceux qui vont donner naissance à la génération suivante. Ils possèdent des caractéristiques naturelles favorables, car elles leur ont permis de survivre. Ces caractéristiques sont transmises à leurs descendants par l’hérédité. Chaque génération est donc mieux adaptée que les précédentes à son environnement. Ce processus continu de variations est la source, pour Darwin, de l’évolution des espèces.
Les controverses
Les réactions à l’Origine des espèces furent immédiates. Certains biologistes dirent que Darwin était incapable de prouver son hypothèse. D’autres s’en prirent au concept de variation : comment Darwin expliquait-il l’origine des variations et la façon dont elles sont transmises aux générations suivantes !? Il fallut attendre la naissance de la génétique moderne au début du XXe siècle (avec la redécouverte des lois de Mendel) pour pouvoir répondre à cette objection. En fait, de nombreux scientifiques continuèrent à exprimer des doutes pendant les cinquante à quatre-vingts années qui suivirent.
Les attaques les plus véhémentes ne vinrent cependant pas de scientifiques mais des hommes d’Église. La théorie de Darwin sur l’évolution des êtres vivants par des processus naturels allait à l’encontre de la théorie biblique sur la création de l’Homme. Pis, elle plaçait l’humanité sur le même plan que les animaux, et impliquait que l’Homme descendait du singe. Néanmoins, la quasi-totalité de l’Église admit avant la fin du XIXe siècle qu’il n’y avait pas de contradiction fondamentale entre le concept d’évolution et les théories bibliques.
Le reste de son œuvre
Darwin passa le reste de sa vie à développer différents aspects des questions soulevées dans l’Origine des espèces. Ses ouvrages postérieurs, y compris Variation des animaux et des plantes domestiques (1868), De la descendance de l’Homme (1871) et l’Expression des émotions chez l’Homme et les animaux (1872), sont des exposés détaillés de sujets qui n’avaient été que sommairement traités dans l’Origine des espèces, et contiennent des documents qui n’y avaient pas trouvé leur place. L’importance de l’œuvre de Darwin fut reconnue par ses contemporains et il fut élu à la Royal Society (1839) et à l’Académie des sciences française (1878). Le darwinisme a jeté les bases des principales théories modernes sur l’évolution, et en particulier de son courant majeur : la théorie synthétique de l’évolution, ou néodarwinisme

DEBUSSY, Achille-Claude, dit Claude (22 août 1862-25 mars 1918) Compositeur La faillite de son père oblige la famille de Debussy à s’installer à Paris, où une parente découvre ses dons. A dix ans il entre au Conservatoire, et à vingt-deux ans sa cantate L’Enfant prodigue lui vaut le premier grand prix de Rome. Il ne passe à la villa Médicis que quelques mois en 1885-1886, et ses envois scandalisent les membres de l’Institut autant que lui s’exaspère à Rome. Il revient vite reprendre sa place auprès de la baronne von Meck, qui est une amie de Tchaïkovski. Il voyage avec elle en tant que secrétaire et pianiste dans toute l’Europe. De la Suisse à l’Italie, où il rencontre Wagner à Venise, de Moscou à l’Autriche, où il rencontre Brahms à Vienne. A son retour à Paris il fréquente les mardis de Mallarmé. C’est là qu’il rencontre des poètes tels que Paul Verlaine, Jules Laforgue, Henri de Régnier et Pierre Louÿs, qui devient son ami. Casanier, Debussy répugne à quitter Paris, ce qui ne l’empêche pas d’aller à Bayreuth, où il entend Parsifal et Tristan, ou de donner des concerts dans un certain nombre de capitales d’Europe, quand bien même il évite, excellent pianiste, de se produire en public. Il éprouve en écoutant de la musique javanaise lors de l’Exposition universelle de 1889 une émotion aussi intense que celle qu’a provoqué sur lui la musique de Wagner. La vie de Debussy, au-delà de ses deux mariages, n’est réglée que par le souci de la composition de ses œuvres. La création de Pelléas et Mélisande à l’Opéra-Comique, en 1902, sous la direction du compositeur André Messager, est accueillie par l’incompréhension, l’ironie et la raillerie, y compris celle du poète Maeterlinck, qui publie le jour même de la première une lettre ouverte dans Le Figaro, dans laquelle il souhaite à l’œuvre — dont il est le librettiste — une “ chute prompte et retentissante ”. C’est à la complicité d’une cinquantaine de jeunes admirateurs qui viennent de représentation en représentation applaudir sans relâche au poulailler que l’œuvre doit de n’avoir pas été retirée de l’affiche. Les mêmes ne manquaient pas d’assister aux concerts où étaient donnés Prélude à l’après-midi d’un faune, Ibéria, Nocturnes et La Mer. C’est vers 1910 que Debussy est affecté par les premiers signes d’un cancer, qui l’emporte après deux opérations.

DALADIER, Edouard (18 juin 1884-10 octobre 1970) Homme politique La carrière d’Edouard Daladier commence d’une manière traditionnelle. Il est élu en 1911 maire radical-socialiste de Carpentras. En 1919 il est député du Vaucluse. A l’exception du temps de la Seconde Guerre mondiale, il est reconduit dans son mandat jusqu’en 1958. C’est en 1924 que pour la première fois un portefeuille ministériel lui est confié. A trois reprises, de janvier à octobre 1933, de janvier à février 1934, d’avril 1938 à mars 1940, il est président du Conseil. C’est à ce titre que, convaincu de la faiblesse militaire de la France, il préfère signer les accords de Munich, qui abandonnent la Tchécoslovaquie à Hitler. Il tente de resserrer l’alliance avec l’Angleterre et d’accélérer le réarmement de la France. Le maréchal Pétain le fait arrêter en septembre 1940 et comparaître devant la Haute Cour de justice de Riom. Il est déporté en 1943 en Allemagne. Réélu député à la Libération, il s’oppose à la Constitution de 1958 autant qu’à la Constitution de la Communauté européenne de défense. L’instauration de la Ve République l’écarte définitivement de toute vie politique.

Decazes et de Glücksberg Louis Charles, Duc (1819 - 1886). Fils du du Élie Decazes, il commença une carrière diplomatique sous la monarchie de Juillet, puis abandonna toute activité poli tique sous le second Empire. En 1871 il fut élu député de la Gironde et devin un des chefs du centre droit, qui contribua à la chute de Thiers. Appelé e 1873 par Broglie au ministère des Affaires étrangères, il conserva cette fonction sous les cabinets suivants jusqu’en 1877 et parvint à rétablir la détente inter nationale lors des menaces de guerre e avril 1875.

DELCASSE Théophile (Pamiers 1852-Nice 1923).Issu d’une famille paysanne, il fut protégé par Gambetta et soutint la politique coloniale de Jules Ferry. Élu député en 1889, il se spécialisa dans les questions de politique étrangère. Après avoir été ministre des Colonies dans les deuxièmes et troisième cabinets Dupuy (1894-1895), il fut chargé des Affaires étrangères par Henri Brisson en 1898 et resta jusqu’en 1905 au Quai d’Orsay, où il s’imposa par un programme destiné à sortir la France de son isolement. Jusqu’en 1905, il resserra l’alliance franco-russe, améliora les relations avec l’Italie et fut l’artisan de l’Entente cordiale avec la Grande-Bretagne. Obligé de démissionner en 1905, il fut ministre de la Marine de 191 1 à 1913, puis ambassadeur à Saint-Pétersbourg en 1913, et de nouveau ministre des Affaires étrangères au début de la guerre de 1914.

Déroulède Paul (1846-1914). Engagement volontaire pendant la guerre de 1870, devint le chantre de la revanche dan ses Chants du soldat, qui connurent u immense succès. Il fonda en 1882 1a Ligue des patriotes et soutint l’action du général Boulanger. Élu député en 1880 il devint le chef de la droite boulangiste et, après la mort de Félix Faure, tenta de réaliser un coup d’État. Arrêté, il fut condamné par la Haute Cour à dix ans de bannissement et rentra en France en 1905, après le vote de la loi d’amnistie. Il consacra ses dernières années à appeler les Français à engager le conflit avec l’Allemagne.

DESCHANEL, Paul (13 février 1856-28 avril 1922) Président de la République (1920) Fils d’un banni de l’Empire, filleul de Victor Hugo, il entre en politique par le journalisme et l’administration après des études de lettres et de droit. En 1885 il est élu pour la première fois député de l’Eure-et-Loir. S’il est élu à l’Académie française, si à deux reprises il est président de la Chambre des députés, c’est sans nul doute son élection à la présidence de la République le 17 janvier 1920, où, succédant à Poincaré, il l’emporte par vingt-neuf voix sur Clemenceau, qui marque l’apogée de sa carrière. Dès le mois de mai on le retrouve en pyjama dans la maison d’un garde-barrière. Nul ne sait comment le président de la République est tombé du train. En septembre, c’est dans l’une des pièces d’eau du parc du château de Rambouillet que l’on retrouve le président… Cet état l’amène à démissionner le 21 septembre 1920. Alexandre Millerand lui succède. Deschanel meurt le 28 avril 1922, après avoir été élu sénateur du département dans lequel il avait commencé sa carrière politique.

Dirac, Paul Adrien Maurice (1902-1984), physicien britannique, lauréat du prix Nobel, célèbre pour avoir prévu l’existence du positron, ou antiélectron, et pour sa recherche en théorie quantique.
Dirac naquit à Bristol, et fit ses études aux universités de Bristol et de Cambridge. Sa théorie quantique du mouvement de l’électron le conduisit en 1928 à postuler l’existence d’une particule identique à l’électron dans tous ses aspects sauf en ce qui concerne sa charge. L’électron ayant une charge négative, cette particule hypothétique devait avoir une charge positive. La théorie de Dirac fut confirmée en 1932 quand le physicien américain Carl Anderson découvrit le positron. En 1933 Dirac partagea le prix Nobel de physique avec le physicien autrichien Erwin Schrödinger. En 1939, il devint membre de la Société royale. Il fut professeur de mathématiques à Cambridge de 1932 à 1968, professeur de physique à l’université d’État de Floride de 1971 jusqu’à sa mort, et membre de l’Institut des études avancées périodiquement entre 1934 et 1959. Parmi les ouvrages de Dirac, il faut citer les Principes de la mécanique quantique (1930).

DOUMER, Paul (22 mars 1857-6 mai 1932) Président de la République (1931-1932) D’origine sociale humble, puisque son père est poseur de rails et qu’il est tôt orphelin, Paul Doumer entre en politique par le journalisme. Elu député de l’Aisne en 1888, plus tard député de l’Yonne, il se spécialise dans les problèmes financiers, ce qui lui vaut d’être une première fois ministre des Finances, en 1895. En 1896 il est nommé gouverneur général de l’Indochine, sur laquelle il “ règne ” à la manière d’un proconsul jusqu’en 1902. Député de l’Aisne en 1902, il est porté à la présidence de la Chambre par les modérés en 1905. Exclu du parti radical, il perd son siège en 1910 mais est élu sénateur de Corse deux ans plus tard. A deux reprises ministre des Finances dans les gouvernements de Painlevé, en 1917, et de Briand, en 1921-1922 et 1925-1926, il ne parvient pas à enrayer la chute du franc. Président du Sénat en 1927, il est élu le 13 mai 1931 à la magistrature suprême, succédant ainsi à Gaston Doumergue. Entre les deux tours des élections législatives de 1932 il est assassiné par un Russe blanc, Gorgoulov, qui l’accuse, en raison du rapprochement franco-soviétique, d’être favorable aux bolcheviques. Albert Lebrun sera le président suivant.

DOUMERGUE Gaston (Aigues-Vives 1863 - id. 1937). Né dans une famille d’origine protestante, il fut avocat à Nîmes avant de devenir magistrat en Indochine, puis en Algérie. Élu député radical du Gard en 1893, il se fit le défenseur des petits propriétaires au moment de la crise viticole de 1901-1902. Il fut chargé du portefeuille des Colonies dans le ministère Combes de 1902 à 1905, puis de celui du Commerce dans le cabinet Sarnen et dans le 1er cabinet Clemenceau de 1906 à 1908, enfin de celui de l’instruction publique de 1908 à 1910. Devenu sénateur en 1910, il constitua un cabinet d’entente républicaine. en 1913, qui tomba à la suite de la démission de Caillaux. Viviani lui confie, en 1914, le portefeuille des Colonies qu’il conserva jusqu’en 1917. Le 13 juin 1924, il fut porté à la présidence de la République, après la démission d’Alexandre Millerand. Après la fin de son mandat, il se retire en Haute-Garonne, laissant à Paul Doumer la présidence de la République. Au lendemain de la manifestation du 6 février 1934, il constitue un gouvernement d’union nationale. Celui-ci ne dure que quelques mois, car il doit affronter à la fois des difficultés économiques et l’opposition de la gauche radicale, qui n’admet pas ses projets de renforcement du pouvoir exécutif. Sa dernière démission est suivie d’une retraite définitive.

DRUMONT Edouard (Paris 1844 - id.1917). Né dans une famille de paysans, il fut employé de préfecture avant de se lancer dans le journalisme, après la guerre de 1870. La publication en 1886 de son ouvrage la France juive le rendit célèbre et fit de lui le chef de l’antisémitisme en France. En 1892, il fonda le journal la Libre Parole, organe des nationalistes et des antisémites, qui joua un rôle important au moment de l’affaire Dreyfus. Drumont fut élu député d’Alger en 1898, mais fut exclu de la Chambre en 1901 pour avoir qualifié le député républicain Ernest Monis d’« homme taré »

DUCHESNE Jacques Achille (Sens 1,37- Pennery, Loiret, 1918). Ce militaire participa à la guerre de 1870 et fut fait prisonnier à Metz. Après avoir fait campagne dans le Sud oranais en 1881, il prit part à l’expédition du Tonkin de 1883 à 1885 et se distingua à Bac-Ninh et à Tuyen-Quang. En 1894-95, il dirigea l’expédition de Madagascar et s’empara de Tananarive.

Duclerc Eugène (1812- 1888). Il fut nommé ministre des Finances sous la IIe République, mais se démit de ses fonctions et se retira en Espagne. Élu député des Basses-Pyrénées en 1871, il fut un des chefs de la gauche républicaine et s’opposa à Mac-Mahon et à Broglie. Après la chute du cabinet Freycinet en 1882, il constitua un ministère où il détint le portefeuille des Affaires étrangères. Il démissionna en janvier 1883.

Dufaure Jules Armand (1798 - 1881). Après avoir été ministre de l’intérieur en 1848, il fut élu député de la Charente Inférieure en 1871 et fut président du Conseil en 1876 et 1877, et plusieurs fois ministre de la Justice.

Dunant Henri (Genève, 8 mai 1828 - Heiden, 30 octobre 1910) Fondateur de la Croix-Rouge. Au soir du 24 juin 1859, le champ de bataille de Solferino où se sont affrontées les armées sardes, autrichiennes et françaises, donne à contempler un terrible spectacle. Ce sont les corps de quelque quarante mille morts et blessés graves qui y sont couchés. Aucune assistance pour porter secours à ceux qui geignent, qui gémissent, qui hurlent. Henri Dunant, jeune médecin, est bouleversé. L’empereur des Français Napoléon III ne l’est pas moins puisqu’il hâte la signature de l’armistice de Villafranca qui, le 12 juillet, cède la Lombardie au Piémont mais laisse à l’Autriche la Vénétie. Henri Dunant, quant à lui, rédige un appel révolté pour que soit créé un corps de volontaires qui porte secours aux blessés quel que soit l’uniforme qu’ils portent, quel que soit le drapeau sous lequel ils combattent. Pour convaincre tous les pouvoirs, il ne cesse de voyager en Europe, de capitale en capitale, pour partout réaffirmer avec la même force, ses idées. A la fin de l’année 1863, il obtient enfin qu’une conférence internationale se réunisse à Genève. C’est là que, le 22 août 1864, est signée la Convention internationale qui fonde la Croix-Rouge. Elle se propose pour mission d’apporter une aide dans le monde entier aux militaires blessés comme aux prisonniers de guerre et aux populations civiles. Loin de lui valoir la moindre reconnaissance, cette création vaut à Henri Dunant d’être oublié pendant des années et de devoir vivre dans la misère la plus extrême. Ce n’est qu’en 1901 qu’enfin le prix Nobel de la paix lui est attribué en même temps qu’au Français Frédéric Passy qui a créé en 1867 la Ligue internationale de la paix. L’emblème qu’a choisi Henri Dunant de la croix rouge n’est rien d’autre que l’inversion des couleurs du drapeau de la Confédération helvétique, une croix rouge sur fond blanc. Ce n’est qu’après la Deuxième Guerre mondiale que la Croix-Rouge internationale est parvenue à imposer que cet emblème lui soit exclusivement réservé. Inutile de préciser que si, ici et là en Europe, les pharmaciens ont choisi pour enseigne une croix verte ou bleue, c’est en référence à la Croix-Rouge, institution exemplaire du secours porté aux blessés et du respect des droits de l’homme.

DUPUY Charles (Le Puy 1851-Ïle sur-Têt, Pyrénées-Orientales, 1923). Ce professeur de philosophie fut élu député de la Haute-Loire en 1885 et, en tant que membre de la commission de l’Enseignement, se consacra à l’élaboration de la législation scolaire. À trois reprises (1893, 1894-95 et 1 898-99), il fut chargé de constituer un ministère et fit appel à de nouvelles personnalités politiques pour participer à son cabinet. De 1900 à 1923, il fut sénateur.

Eiffel Gustave ( 1832-1923). Ancien élève de l’Ecole centrale, il réalisa de nombreuses oeuvres révolutionnaires, dont le viaduc de Garabit et la tour qu’il construisit à Paris pour l’Exposition universelle de 1889. Impliqué dans le scandale de Panama, il fut condamné, mais le jugement fut ensuite cassé.

Einstein, Albert (1879-1955), physicien américain d’origine allemande, lauréat du prix Nobel pour son étude de l’effet photoélectrique, mais surtout connu comme le créateur des théories de la relativité restreinte et générale.
Jeunesse d’Einstein
Né à Ulm le 14 mars 1879, Albert Einstein passa sa jeunesse à Munich, où sa famille possédait un petit atelier de fabrication de machines électriques. Dès le plus jeune âge, il fit preuve d’une intense curiosité, montrant une aptitude remarquable à comprendre les concepts mathématiques les plus ardus. À douze ans, il apprit ainsi par lui-même les fondements de géométrie euclidienne.
Quand une faillite commerciale obligea sa famille à quitter l’Allemagne pour s’installer à Milan, Einstein suivit ses parents en Italie durant un an, avant de partir à Munich pour y terminer ses études secondaires. Il entra ensuite en 1896 à l’École polytechnique fédérale de Zurich, où il ne brilla ni par ses résultats, ni par son assiduité aux cours. Il réussit néanmoins ses examens, obtenant sa licence en 1900.
Plutôt mal considéré par ses professeurs, Einstein ne fut pas recommandé pour une place d’enseignant à l’université. Naturalisé suisse, il décrocha en 1902 un poste à l’Office fédéral des brevets suisses de Berne. Il se maria l’année suivante avec Mileva Mariç, une ancienne camarade de classe de l’Institut polytechnique.
Premières publications scientifiques
En 1905, Einstein obtint son doctorat à l’université de Zurich pour une thèse théorique sur les dimensions des molécules. Il publia également cette année-là quatre articles théoriques qui se révélèrent d’une importance capitale pour le développement de la physique du XXe siècle. Publiés dans la revue scientifique allemande Annalen der Physik, ses mémoires étaient ainsi titrés : Sur un point de vue heuristique concernant la production et la transformation de la lumière ! ; Sur le mouvement brownien ! ; Sur l’électrodynamique des corps en mouvement ! ; L’inertie d’un corps dépend-elle de son contenu en énergie !?
Effet photoélectrique
Dans le premier article, Einstein fournit une explication à l’effet photoélectrique en émettant l’hypothèse que la lumière puisse être contituée de grains d’énergie, que l’on nomma par la suite photons. Il postula également que ces quanta devaient posséder une énergie proportionnelle à la fréquence du rayonnement, proposant la formule E != !hu, où E représente l’énergie rayonnée, h la constante de Planck et u la fréquence du photon. L’existence de ces photons ne fut confirmée que dix-huit ans plus tard par le physicien américain Arthur Compton, lors d’une expérience sur les rayons X.
Einstein, dont l’intérêt premier était de comprendre la nature du rayonnement électromagnétique, contribua par la suite au développement de la théorie fusionnant les modèles ondulatoire et corpusculaire de la lumière, élaborée par le physicien français Louis de Broglie en 1923.
Mouvement brownien
Le deuxième article publié concernait l’étude du mouvement brownien, c’est-à-dire le mouvement de particules distribuées aléatoirement dans un fluide. Faisant appel aux probabilités, Einstein y formula une description mathématique du phénomène.
Théorie de la relativité restreinte

Dans le troisième article, de loin le plus célèbre, Einstein exposa la théorie fondamentale de la relativité restreinte. Depuis l’époque de Newton, les scientifiques tentaient sans succès de relier les lois du mouvement aux lois de Maxwell dans le cadre d’une description unifiée du monde. Selon la conception mécaniste, les lois du mouvement devaient pouvoir expliquer la totalité des phénomènes, alors que, d’après les partisans de Maxwell, les lois de l’électricité devaient constituer le fondement de la physique. Mais ces deux grands ensembles théoriques demeuraient apparemment incompatibles, se révélant en outre incapables d’expliquer pourquoi certains phénomènes d’interaction de la lumière avec la matière n’apparaissaient pas de manière strictement identique à un observateur au repos et à un observateur se déplaçant à une vitesse constante par rapport au premier.
Au printemps 1905, Einstein se rendit compte que le cœur du problème ne résidait pas dans la théorie de la matière, mais dans la théorie de la mesure. Il fut donc amené à réviser les notions de mesure d’espace et de temps, ce qui le conduisit à développer une théorie fondée sur deux postulats : le principe de la relativité, stipulant que toutes les lois de la physique sont similaires dans tous les repères inertiels, et le principe de l’invariance de la vitesse de la lumière, énonçant que cette vitesse dans le vide est une constante universelle. Grâce à cette théorie, il fut alors capable de fournir une description logique et correcte des événements physiques dans des repères inertiels différents, sans devoir émettre pour autant des hypothèses particulières sur la nature de la matière ou du rayonnement, ou sur la façon dont ils interagissent.
Le quatrième article qu’Einstein publia en 1905 correspondait en fait à un corollaire du précédent : il y exposait la notion nouvelle d’équivalence entre masse et énergie, introduisant la célèbre formule E = mc². Voir Conservation, lois de.
Réactions de la communauté scientifique
Les articles d’Einstein retinrent bien vite l’attention des grands scientifiques de l’époque, même si la plupart d’entre eux restèrent fort sceptiques. Le rejet global de ses théories n’était dû ni à leur complexité mathématique, ni à quelque obscurité technique, mais plutôt à l’approche même du sujet par Einstein.
Adoptant en effet un point de vue très personnel sur la manière d’appréhender l’expérience et la théorie, le scientifique considérait ainsi que l’expérience constituait la seule source de connaissance réelle, les théories scientifiques n’étant que des créations libres, produites par une intuition physique profonde. Il croyait en outre que les prémisses sur lesquelles sont fondées les théories ne pouvaient être reliées à l’expérimentation par la logique. Par conséquent, une théorie se montrait valable à ses yeux si elle contenait le strict minimum de postulats nécessaires à la justification d’une preuve physique. Cette rareté des postulats, caractéristique de toute l’œuvre d’Einstein, peut expliquer pourquoi ses collègues furent si réticents à admettre ses théories.
Toutefois, Einstein fut quand même soutenu par d’éminents physiciens, à commencer par le physicien allemand Max Planck. Acquérant rapidement une certaine reconnaissance au sein de la communauté scientifique, il participa à de nombreux congrès où il essaya de faire accepter la théorie de la relativité restreinte. Il se fit ainsi une place dans le monde universitaire germanophone, et obtint sa première affectation universitaire, en 1909, à l’université de Zurich. En 1911, il occupa un poste à l’université de Prague, avant de retourner l’année suivante à Zurich. En 1913, il accepta un poste de professeur de l’institut Kaiser-Wilhelm de physique à Berlin.
Théorie de la relativité générale
Avant son départ de l’Office des brevets, Einstein avait déjà commencé à travailler à l’extension et à la généralisation de sa théorie de la relativité au-delà des seuls repères inertiels. Dans ce cadre, il énonça le principe d’équivalence, postulant que le champ de gravitation est équivalent à l’accélération, suivant le repère de référence dans lequel se situe l’observateur. Par ailleurs, il introduisit le concept d’espace-temps, espace à quatre dimensions ayant les trois dimensions de l’espace classique et le temps comme quatrième (voir Espace, géométrie dans l’). Cette abstraction mathématique lui permit d’étudier les interactions entre les corps dans un nouveau contexte, interactions attribuées jusque-là au champ gravitationnel.
Publiée en 1916, la théorie de la relativité générale apparut à bon nombre de physiciens comme une théorie plus philosophique que scientifique, voire quasi mystique. Pourtant, cette théorie permit à Einstein d’expliquer les étranges variations du mouvement orbital de certaines planètes, mais également de prédire la courbure de la lumière des étoiles à proximité d’un corps massif comme le Soleil. La confirmation de ce dernier phénomène lors d’une éclipse solaire en 1919 accrédita les thèses d’Einstein, qui occupa dès lors le devant de la scène scientifique.
Pendant le reste de sa vie, il tenta de généraliser encore plus sa théorie, travaillant à l’unification de l’électromagnétisme et de la gravitation, mais ses travaux ne furent pas couronnés de succès (voir Champs unifiée, théorie des).
Théorie de Bose-Einstein
Entre 1915 et 1930, la physique fut dominée par une nouvelle conception du caractère fondamental de la matière, la théorie quantique. Cette théorie utilisait la notion de dualité onde-particule, déjà avancée par Einstein dans un article de 1917, préconisant que la lumière présente les propriétés d’une particule mais aussi celles d’une onde. Elle se fondait en outre sur le principe d’incertitude, élaboré par le physicien allemand Heisenberg, stipulant qu’il est impossible de connaître en même temps certaines quantités physiques, par exemple la position et la vitesse d’une particule. La théorie quantique, qui remettait en cause la notion de causalité en physique, ne fut jamais totalement acceptée par Einstein, qui refusait d’abandonner tout déterminisme : « !Dieu ne joue pas aux dés avec le monde ! », disait-il. Toutefois, il apporta sa contribution à cette théorie en étudiant le comportement des photons, faisant publier en 1924 un article du physicien indien Bose à ce sujet. Collaborant avec ce dernier, il élabora la théorie statistique de Bose-Einstein, qui s’applique à la mécanique statistique.
Années de gloire
Après 1919, Einstein jouit enfin d’une renommée internationale. Il accumula les honneurs et les récompenses, recevant en particulier en 1921 le prix Nobel de physique pour son étude de l’effet photoélectrique, et non pour la théorie de la relativité qui demeurait encore très controversée. Sa visite dans n’importe quelle partie du monde devint alors un événement national, les photographes et les journalistes le suivant partout. Tout en regrettant la perte de sa vie privée, Einstein tira profit de sa renommée pour défendre ses conceptions sociales et politiques, s’illustrant notamment par l’appui qu’il apporta au pacifisme et au sionisme.
Einstein, adversaire du nazisme
Pendant la Première Guerre mondiale, il avait déjà fait partie du petit nombre d’universitaires allemands qui s’étaient opposés publiquement au bellicisme de l’Allemagne. Après la guerre, son engagement en faveur des thèses pacifistes et sionistes en fit la cible privilégiée d’éléments antisémites et de l’extrême droite allemande. Même ses théories scientifiques firent l’objet d’attaques publiques, et notamment la théorie de la relativité.
Lorsque Hitler arriva au pouvoir en 1933, Einstein dut quitter l’Allemagne, émigrant tout d’abord à Paris, puis en Belgique, avant de s’installer à Princeton aux États-Unis, où il occupa un poste à l’Institute for Advanced Study.
Poursuivant ses efforts en faveur du sionisme, Einstein rompit avec le pacifisme devant la menace terrifiante que représentait pour l’humanité le régime nazi.
En 1939, à la demande d’autres physiciens, Einstein accepta d’écrire une lettre au président américain Franklin Roosevelt, le prévenant du danger auquel le monde serait exposé si le gouvernement allemand s’engageait dans la voie de l’énergie nucléaire. Cette fameuse lettre fut à l’origine du projet Manhattan, programme américain de recherches axé sur la construction d’une bombe atomique. Einstein ne joua cependant aucun rôle dans ce projet, à la différence de certains de ses confrères comme Enrico Fermi ou Niels Bohr. En 1945, lorsqu’il comprit que ce programme allait aboutir, il prit même l’initiative d’écrire une nouvelle fois à Roosevelt pour le prier de renoncer à l’arme atomique.
Einstein, scientifique engagé
Après la guerre, Einstein plaida en faveur du désarmement international mondial, tout en continuant à soutenir activement la cause d’Israël. Son engagement en faveur de causes sociales et politiques fut parfois qualifié d’irréaliste. En fait, ses propositions furent toujours soigneusement élaborées. À l’instar de ses théories scientifiques, elles furent motivées par une puissante intuition, fondée sur une évaluation perspicace et profonde de la preuve et de l’observation. Même si Einstein consacra une grande partie de son temps à la défense de causes politiques et sociales, la science occupa toujours la première place dans ses travaux. En effet, il disait souvent que seule la découverte de la nature de l’univers aurait une signification durable. Il mourut à Princeton le 18 avril 1955.
Parmi ses ouvrages de vulgarisation, il faut citer Fondements de la théorie de la relativité restreinte et généralisée (1916) ! ; À propos du sionisme (1931) ! ; Constructeurs d’univers (1932) ! ; Pourquoi la guerre !? (1933), en collaboration avec Sigmund Freud ! ; Comment je vois le monde (1934) ! ; l’Évolution des idées en physique (1938), coécrit avec le physicien polonais Leopold Infeld ! ; Conceptions scientifiques, morales et sociales (1950).

Étienne Eugène (Oran 1844-Paris 1921). A partir de 1881, il fut constamment réélu député d’Oran et, de 1887 à 1892, fut à plusieurs reprises sous-secrétaire d’Etat à la Marine et aux Colonies. À ce poste, il prit une part très active au développement de la colonisation française et dirigea le groupe parlementaire du parti colonial. En 1905, dans le ministère Rouvier, il détint le portefeuille de l’intérieur, puis celui de la Guerre, qu’il conserva dans les ministères suivants. Il fut l’artisan de la loi de trois ans » sur le service militaire.

FALLIERES Armand (Mézin, Lot-et-Garonne, 1841 – Villeneuve-de-Mézin v 1931). Fils d’un greffier, il s’installa comme avocat, puis, après la chute de l’Empire, s’engagea dans la politique et fut élu parmi les députés républicains en 1876. A partir de 1882, il occupa de nombreux postes ministériels, dont celui de l’intérieur en 1882-1883, au moment de la crise anarchiste, et celui de l’instruction publique dans le 2e cabinet Ferry de 1883 à 1885. Élu sénateur en 1890, il présida la Haute Assemblée à partir de 1899. En 1906, il fut élu à la présidence de la République et jouit d’une grande popularité en France. À la fin de son septennat en 1913, il se retira de la vie politique.

FAURE Félix (Paris 1841 - id. 1899). Né dans le faubourg Saint-Denis, il fonda au Havre un important commerce de peausserie. Élu député républicain de la Seine-inférieure en 1881, il siégea à la Chambre avec l’Union républicaine. Il fut à différentes reprises ministre, en particulier des Colonies dans le deuxième cabinet Jules Ferry et de la Marine dans le ministère Charles Dupuy (1894). Le 16 janvier 1895, après la démission de Casimir-Perier, il fut élu président de la République, par une coalition monarchiste et modérée et donna à sa fonction un grand prestige. Si le renforcement de l’alliance avec la Russie, les difficultés avec l’Angleterre au moment de la crise de Fachoda, la révision du procès Dreyfus marquent son septennat, troisième président de la IIIe République, il est soucieux de l’étiquette et du protocole et n’admet pas que la République passe pour une pauvresse dans l’Europe des monarchies. Ce souci lui vaut le surnom de “ Président-Soleil . Il mourut subitement à l’Elysée lors d’un rendez-vous avec son amie, Mme Steinheil, et ses funérailles donnèrent lieu à plusieurs manifestations. Emile Loubet lui succède à la présidence, le 18 février 1899.

Fermi, Enrico (1901-1954), physicien italien, lauréat du prix Nobel pour ses travaux sur la radioactivité artificielle.i
Travaux en Italie
Né à Rome, Fermi fit ses études à l’université de Pise, puis dans les principaux centres de physique théorique d’Europe. En 1926, il devint professeur de cette discipline à l’université de Rome. À partir de 1932, il concentra ses recherches sur la physique nucléaire. Il développa à cette époque la théorie statistique quantique, appelée également théorie statistique de Fermi-Dirac, qui explique le comportement des électrons et de toute particule obéissant au principe d’exclusion de Pauli (voir Statistique, mécanique).
Fermi élabora au même moment sa théorie de la désintégration bêta, qui s’est révélée fondamentale en physique théorique nucléaire. Cette théorie stipule que l’émission d’électrons lors de la désintégration d’un noyau radioactif est due au changement d’état quantique et non à la présence d’électrons dans le noyau. En fait, le noyau atomique ne contient pas d’électrons. Voir Quantique, théorie.
À partir de 1934, il étudia la radioactivité artificielle provoquée par des bombardements de neutrons sur des éléments chimiques. Il réussit ainsi à produire de nouveaux radioéléments (voir Nucléaire, chimie). Ces travaux lui valurent le prix Nobel de physique en 1938.
Travaux aux États-Unis
En 1939, Fermi émigra aux États-Unis avec sa famille et devint professeur de physique à l’université de Columbia. Il était alors pleinement conscient de l’importance de son travail expérimental dans le cadre de la production d’énergie atomique. Jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, il travailla à Los Alamos (Nouveau-Mexique) sur l’élaboration de la bombe atomique (voir Nucléaire, énergie ! ; Nucléaires, armes). En décembre 1942, il réalisa la première réaction en chaîne de fission nucléaire contrôlée, la désintégration d’un noyau provoquant en effet une émission de neutrons, entraînant à leur tour d’autres fissions. On réussit ainsi à contrôler le nombre de neutrons émis lors de chaque réaction. Ces travaux conduisirent à l’élaboration du réacteur nucléaire.
En 1946, Fermi prit la direction du nouvel Institut des études nucléaires de l’université de Chicago. En son hommage, la récompense Enrico-Fermi est décernée chaque année à la personne ayant le mieux contribué au développement, à l’utilisation et au contrôle de l’énergie atomique.

Ferry Jules François Camille (5 avril 1832-17 mars 1893)). Opposé au régime impérial, Jules Ferry est élu en 1869 député de Paris. Dès le 4 septembre 1870, il est secrétaire du gouvernement de Défense nationale. Maire de Paris et préfet de la Seine pendant le siège, son organisation des restrictions lui vaut le surnom de “ Ferry la Famine. ”. Député des Vosges en 1871, il s’opposa au gouvernement de l’Ordre moral, puis, après 1879, fut constamment au pouvoir, soit comme ministre de l’Instruction publique dans les cabinets Waddington et Freycinet, soit comme président du Conseil, à deux reprises, en 1880-1881, puis de 1883 à 1885. Dans ces fonctions, il s’attacha à mettre sur pied une législation scolaire importante (laïcité, gratuité et caractère obligatoire de l’enseignement primaire ; il étend l’enseignement secondaire d’Etat aux jeunes filles). Il contribue à rétablir de grandes libertés publiques : celle de réunion en juin 1881, celle de la presse en juillet 1881, celle des associations en mars 1884. Il permet également la réorganisation de l’administration et rétablit le divorce en juillet 1884. Convaincu que la France a un rôle civilisateur, il donne à sa politique coloniale un essor important. C’est lui qui établit le protectorat sur la Tunisie par le traité du Bardo en 1881, qui permet la conquête en Afrique noire du Congo, du Niger, celle de Madagascar. L’incident de Lang Son provoque le renversement de celui qui est surnommé “ Ferry Tonkin. ” Ecarté de la présidence de la République, il est porté à la présidence du Sénat quelques mois avant sa mort.

Floquet Charles (1828 - 1896). Cet avocat, député de Paris en 1871, devint président de la Chambre en 1885, puis président du Conseil au moment de la crise boulangiste. En juillet 1888, il blessa Boulanger au cours d’un duel. En 1889, il retrouva la présidence de la Chambre, qu’il assura jusqu’en 1893, puis fut élu sénateur de la Seine en 1894.

FOUREAU Fernand (Saint-Barbant, Haute-Vienne, 1850 - Paris 1914). Cet explorateur mena de 1888 à 1896 neuf expéditions à travers le Sahara et réalisa avec le commandant Lamy, en 1898-1900, la première liaison transsaharienne d’Ouargla au lac Tchad. Il publia de nombreux travaux scientifiques sur le Sahara.

FOCH, Ferdinand (2 octobre 1851-20 mars 1929) Maréchal de France Après avoir été élevé chez les jésuites, il entre à l’Ecole polytechnique en 1871. C’est en 1885 que Ferdinand Foch entre à l’Ecole supérieure de guerre. Il y est élève, puis professeur, et atteint le grade de commandant en 1907. Il a quelques années plus tôt publié des traités militaires, Principes de la guerre, en 1903, Conduite de la guerre, en 1904. Sa contribution en septembre 1914 à la tête de la IXe armée est décisive. Après avoir dirigé la bataille de la Somme en 1916, il est nommé chef de l’état-major général des armées en 1917. Après avoir mis fin à une situation difficile en Italie, désigné sur la proposition de Clemenceau comme généralissime des forces alliées sur tous les fronts européens, en mars 1918 il met au point une contre-offensive qui amène les Allemands à demander l’armistice. C’est en tant que maréchal de France, titre qui lui a été donné le 6 août 1918, qu’il signe à Rethondes l’armistice, le 11 novembre 1918. Scrupuleux et fidèle, quoique souvent opposé au président du Conseil qu’est Georges Clemenceau, il se veut, en tant que soldat, un serviteur du gouvernement de la République. Après la guerre, président du Conseil supérieur de la guerre, il souhaite que le Rhin devienne la seule frontière naturelle avec l’Allemagne, mais doit renoncer face à l’opposition des gouvernements alliés. Membre de l’Académie française, élu en 1918, il laisse des Mémoires de guerre.

FOURTOU Marie Francois Bardy de (Ribérac 1836 - Paris 1897). Ce bonapartiste, rallié à l’idée de la restauration monarchiste, fut élu en 1871 député de la Dordogne et devint ministre des Travaux publics dans le premier cabinet Dufaure, Après la crise du 16 mai 1877, il fut nommé ministre de l’intérieur et mena une politique de répression particulièrement active contre les républicains. Il devint sénateur en 1880, puis de nouveau député de la Dordogne de 1889 à 1893.

FRANCE, Anatole François Thibault, dit Anatole (16 avril 1844-12 octobre 1924) Ecrivain Fils d’un libraire bibliophile, il semble s’orienter dans un premier temps vers l’érudition. Son premier livre, Alfred de Vigny, est édité en 1868. Après avoir travaillé chez l’éditeur Alphonse Lemerre, il est nommé commis surveillant à la bibliothèque du Sénat en 1876. Le Crime de Sylvestre Bonnard, publié en 1881, lui vaut de rencontrer le succès. Le Lys rouge, en 1894, reçoit le même accueil enthousiaste. Thaïs, publié en 1890, procure à Massenet l’argument d’un opéra donné en 1894. Après la publication du Puits de Sainte-Claire, conte rapporté d’Italie, il est élu à l’Académie française. France signe, à la requête de Marcel Proust, lorsque paraît le J’accuse de Zola, la pétition des intellectuels qui réclament la révision du procès de Dreyfus. Régulièrement France donne des livres qui témoignent de l’acuité et de l’ironie avec lesquelles il considère son temps. Après L’Ile des pingouins en 1908, récit symbolique, il publie encore un roman historique, Les dieux ont soif, paru en 1912, qui signifie la méfiance d’Anatole France à l’égard des mystiques et du dogmatisme. En 1921, le prix Nobel de littérature lui est attribué. Toute son œuvre, héritière de Voltaire, renouvelle l’humanisme.

François-Joseph Ier : (Vienne, 18 août 1830 - Vienne, 21 novembre 1916) Empereur d’Autriche et roi de Hongrie. Parce que son oncle Ferdinand est devenu fou, parce que la révolution qui vient d’être écrasée dans Vienne demeure une menace, parce que la Hongrie semble vouloir se défaire du joug autrichien, parce que le Risorgimento commence d’ébranler les positions autrichiennes en Italie, il est urgent qu’en ce 2 décembre 1848, François-Joseph ceigne la couronne impériale. Agé de dix-huit ans, l’empereur ne doute pas que la sauvegarde de l’empire requiert une autorité sans faille. Cette conviction l’incite à abroger bientôt une constitution qu’il avait lui-même octroyée en 1849. Le centralisme absolutiste qu’il instaure le conduit en outre à ne plus nommer de Premier ministre et à assumer lui-même la conduite des Affaires étrangères de l’empire. Parce que, pour lui, la question allemande se résume à la rivalité des Habsbourg qu’il représente et des Hohenzollern, il ne tarde pas à isoler diplomatiquement son empire. Les revers qu’il subit lors de la guerre de Crimée et pendant la déplorable campagne d’Italie de 1859, l’obligent à devoir renoncer à la germanisation de la Hongrie et à faire son deuil d’une influence décisive en Italie. Si, en février 1861, l’empereur doit accepter une constitution, pour lui, le système ne change guère. A l’un de ses proches qui utilisait devant lui en 1902 l’expression “ bon patriote autrichien ”, François-Joseph exaspéré rétorque : “ Ca ne dit rien ! Est-il patriote envers moi ? ” Paradoxalement, c’est à ceux qui l’entourent et aux destins tragiques qui sont les leurs que l’empereur doit d’être respecté par ses peuples. Elisabeth de Bavière qu’il épouse donne au trône impérial une dimension humaine et, plus encore, c’est le destin qui, année après année s’acharne à accumuler drames et deuils autour de l’empereur qui confère au règne de François-Joseph une dimension tragique. Le prince héritier Rodolphe se suicide. Maximilien de Habsbourg est exécuté à Mexico en 1867. Sa femme Elisabeth, dite Sissi, assassinée en 1889, en 1914 enfin c’est son successeur François-Ferdinand qui est abattu à Sarajevo. Trois ans plus tôt, au printemps de l’année 1911, François-Joseph était entré dans la 64e année de son règne. Celui-ci commençait d’être le plus long règne de toute l’histoire de l’Europe, commençait d’être plus long que le très long règne de la reine Victoria... Reste que la politique de l’empereur, attaché d’une manière inflexible aux principes dynastiques, ne cessait, année après année, de l’isoler de la réalité vécue par les peuples sur lesquels il régnait. En 1897, l’un de ses décrets avait mis sur un pied d’égalité Allemands et Tchèques “ pour les affaires intérieures ”. Ce décret, parce que les Allemands se refusaient à faire du tchèque leur langue, n’avait pas tardé à permettre que l’administration de la Bohême passe bientôt aux mains des seuls Slaves. Lorsque, après 1907, l’empereur avait accordé le suffrage universel à partir de vingt-quatre ans aux hommes, le découpage des circonscriptions n’avait laissé aux Allemands que 233 sièges sur les 516 de l’assemblée élue. En 1896, le nationalisme magyar avait été exacerbé lors des fêtes du millénaire de la Hongrie... Peu à peu, l’empereur sent que l’administration bureaucratique qu’il a mise en place ruine son rôle de roi de Hongrie, comme elle ne parvient pas à maintenir la cohésion de son pouvoir d’empereur d’Autriche. Lorsque l’empereur décède le 21 novembre 1916, l’empire qui est le sien et sur lequel il règne depuis 68 ans est formidablement ébranlé par la guerre qui a commencé deux ans plus tôt. Cette mort épargne à François-Joseph Ier de voir la monarchie des Habsbourg à laquelle il s’est exactement identifié être emportée par l’histoire, lui épargne de voir son empire disparaître de la carte de l’Europe.

Freud, Sigmund (1856-1939), médecin autrichien, neurologue et fondateur de la psychanalyse.
Sigmund Freud naquit à Freiberg (aujourd’hui Prìbor, République tchèque). Lorsqu’il avait trois ans, sa famille s’enfuit à Leipzig devant les émeutes antisémites qui faisaient rage à Freiberg, puis s’installa à Vienne, où Sigmund Freud fit ses études. Il devait y demeurer jusqu’au moment de l’Anschluss, l’annexion par l’Allemagne de l’Autriche, en 1938. Tenté par le droit, il opta pour la médecine peu avant son entrée à l’université de Vienne en 1873.
En 1876, en troisième année de médecine, Freud commença des recherches sur la physiologie et la pathologie du système nerveux au laboratoire de physiologie dirigé par le médecin allemand Ernst Wilhelm von Brücke. Il rencontra alors le clinicien Josef Breuer et les deux hommes devinrent amis. Freud obtint son diplôme de médecin en 1881, au terme de son année de service militaire obligatoire. En 1883, il entra dans le service du médecin psychiatre allemand Karl Meinert. Privatdozent de neuropathologie en 1885, il partit pour Paris afin de suivre les leçons du neurologue Jean Martin Charcot : il découvrit alors la pathologie de l’hystérie, d’abord auprès de Charcot, au cours de ses leçons à La Salpêtrière, où il fut le témoin des pouvoirs de suggestion du maître sur ses malades, puis à Nancy auprès du médecin Hyppolyte Bernheim, hostile à l’hypnose et partisan de la suggestion à l’état de veille. Ces deux séjours lui permirent de connaître deux méthodes thérapeutiques de l’hystérie. Par ailleurs, Josef Breuer lui rapporta qu’une de ses patientes, Anna O., suggérait elle-même au cours de séances de demi-hypnose une méthode d’analyse, qu’elle appelait « !talking cure ! » (traitement par la parole) ou encore « !ramonage de cheminée ! ». Pour Freud, c’était le début d’un mode d’investigation nouveau.
En 1886, Freud quitta Paris et ouvrit à Vienne un cabinet médical spécialisé dans les maladies nerveuses. Défenseur des théories peu orthodoxes de Charcot sur l’hystérie et l’hypnothérapie, il se heurta à la vive opposition du corps médical viennois dont il allait inspirer la méfiance durant toute sa vie. En octobre de la même année, il épousa Martha Bernays, avec laquelle il était fiancé depuis de longues années ! ; parmi leurs enfants, sa fille Anna deviendra psychanalyste. Sa méthode thérapeutique était encore classique : pour soigner les hystériques, il avait recours à l’électrothérapie et à l’hypnose. La première étude que publia Freud, Une conception de l’aphasie, étude critique, parut en 1891 ! ; mais cet ouvrage marqua la fin d’un parcours dans une voie qu’il allait abandonner complètement pour une nouvelle approche qu’il venait de découvrir et à laquelle il allait donner, en 1896, le nom de « !psychanalyse ! ».
Les débuts de la psychanalyse
On peut situer la naissance de la psychanalyse à la date de la publication de l’œuvre commune de Freud et de Josef Breuer, les Études sur l’hystérie (1895), qui présentait l’étude d’un cas devenu célèbre, celui d’Anna O. Dans cet ouvrage, les symptômes de l’hystérie sont attribués à des manifestations d’énergie émotionnelle, associée à des traumatismes psychiques oubliés et passés dans l’inconscient depuis l’enfance. La thérapie consistait à user de l’hypnose pour pouvoir amener le patient à rappeler et à réactiver l’expérience traumatique. Elle permettait ainsi de libérer par la catharsis, les émotions à l’origine des symptômes. La publication de cet ouvrage marqua le début de la théorie psychanalytique mais suscita également l’hostilité durable de la médecine officielle. La même année, Freud rompit avec Breuer en raison de leur différend sur la question de l’étiologie sexuelle des névroses.
En 1896, la mort de son père poussa Freud à faire une autoanalyse au cours de laquelle il découvrait chez lui-même ce qu’il voyait chez ses patients : la force des souvenirs oubliés et les modifications de l’affectivité. La correspondance qu’il entretint avec son ami, le médecin et biologiste allemand Wilhelm Fliess, témoigne de ses découvertes.
Entre 1895 et 1900 Freud approfondit la plupart des concepts qui allaient constituer le fondement de la pratique et de la doctrine psychanalytiques. Peu après la publication de ses études sur l’hystérie, Freud abandonna l’hypnose comme méthode cathartique, sous l’impulsion d’une de ses malades, Elisabeth von R. Il lui substitua la technique de la libre association des idées à laquelle il demandait à sa patiente de se livrer, en lui demandant de ne rien censurer. Cette démarche devait laisser paraître les processus inconscients à l’origine des troubles névrotiques. Grâce à elle, entre autres, Freud avait découvert l’existence de certains mécanismes psychiques : notamment le refoulement, décrit comme un mécanisme psychologique inconscient par lequel le souvenir d’événements pénibles ou menaçants est maintenu hors du champ de la conscience, et la résistance, définie comme l’opposition inconsciente à la prise de conscience des expériences refoulées afin d’éviter l’angoisse qui en résulterait. Ainsi, en utilisant les libres associations de sa patiente pour la guider dans l’interprétation des rêves et des lapsus, Freud avait reconstitué le fonctionnement des processus inconscients.
C’est à partir de l’analyse des rêves qu’il élabora sa théorie de la sexualité infantile et découvrit en 1897, le complexe d’Œdipe (voir Psychanalyse ! ; Voir aussi Œdipe), qui est l’attachement amoureux et hostile de l’enfant pour le couple parental (haine du père !/ !amour de la mère), attachement qui se résout par l’identification. C’est aussi à cette époque qu’il élabora la théorie du transfert, processus par lequel les attitudes affectives établies au départ envers des figures parentales dans l’enfance sont reportées (« !transférées ! ») plus tard sur d’autres êtres qui entourent le sujet. Durant cette période allant de 1897 à 1900, marquée par la parution de l’Interprétation des rêves (1900), l’une de ses œuvres majeures, Freud jeta les bases de la majorité des ouvrages qui allaient suivre, notamment la Psychopathologie de la vie quotidienne (1901) et le Mot d’esprit et ses rapports avec l’inconscient(1905). Dans l’Interprétation des rêves, Freud analysait divers rêves qu’il avait faits durant les trois années de l’autoanalyse commencée en 1897. Ce livre définissait et faisait fonctionner les concepts fondamentaux qui sous-tendent la technique et la doctrine psychanalytiques. Il démontrait notamment que grâce à la méthode des associations libres, l’analyste peut découvrir au travers du contenu manifeste du rêve son contenu latent, qui représente la réalisation d’un désir.
La psychanalyse devenait alors à la fois une pratique et une théorie. En effet, la transformation du contenu manifeste du rêve en contenu latent, de même que la superposition de deux désirs antagonistes chez l’hystérique, se situent dans une théorie générale de la personnalité, que Freud appelle appareil psychique. On retrouve chez tout être humain un processus au cours duquel s’inscrivent dans sa mémoire des éléments de sa vie, puis ils s’effacent de la conscience sous l’effet du refoulement, qui est la répression imposée notamment par le père à l’indicible ou à l’infaisable, puis le refoulé réapparaît dans le rêve, dans le symptôme. Le premier topique ou mode de représentation du fonctionnement psychique de Freud, dont les instances sont le conscient, le préconscient et l’inconscient, est né au cours de ces années-là.
En 1902, Freud fut nommé professeur titulaire à l’université de Vienne. Mais le monde médical continuait à considérer son œuvre avec hostilité. Ses ouvrages suivants, Psychopathologie de la vie quotidienne (1904) et Trois Essais sur la théorie de la sexualité (1905), ne firent que creuser le fossé entre lui et la psychiatrie officielle viennoise. Freud continua donc à élaborer seul les concepts de la psychanalyse, entouré cependant de quelques médecins (plus tard de non-médecins).
Dès 1906, Freud avait en effet constitué un petit groupe de dix-sept élèves et disciples, qui se réunissait chaque mercredi. Parmi eux se trouvaient les psychiatres autrichiens William Stekel et Alfred Adler, le psychologue autrichien Otto Rank, et les psychiatres suisses Eugen Bleuler et Carl Gustav Jung. L’adhésion de ce dernier à la psychanalyse constitua d’abord pour Freud un important enjeu, celui de pouvoir sortir la psychanalyse de son cadre viennois et juif. Freud confia à ce psychiatre protestant la direction de l’Association psychanalytique internationale (API). Au nombre des autres associés qui se joignirent au cercle en 1908, figuraient le psychiatre hongrois Sándor Ferenczi et le psychiatre britannique Ernest Jones.
Le développement de la doctrine psychanalytique de 1910 à 1920
Freud créa l’API en 1910. Au fur et à mesure que le mouvement prenait de l’ampleur, gagnant de nouveaux adhérents à travers l’Europe et les États-Unis, Freud dut se soucier du maintien de l’unité doctrinale et faire face aux dissensions et aux déviations. Il dut d’abord se séparer d’Adler et de Jung avec qui il avait fait une tournée de conférences aux États-Unis. En fait, Adler et Jung, chacun de leur côté, élaborèrent de nouveaux fondements théoriques, en désaccord avec la place fondamentale donnée par Freud à la sexualité dans l’origine de la névrose.
Une deuxième vague d’exclusions intervint après la Première Guerre mondiale, avec le départ de Rank en 1924 puis de Ferenczi en 1929.
Entre 1910 et 1920, Freud poursuivit la recherche théorique au travers de sa pratique ! ; il fit paraître les Cinq Leçons sur la psychanalyse (1909), un texte connu sous le titre « !le Président Schreber ! » (1911), Totem et Tabou (1912), dans lequel Freud tenta une recherche anthropologique sur les origines de l’humanité, l’Introduction à la psychanalyse (1916-1917) et Deuil et Mélancolie (1917). C’est au cours de cette période qu’il définit la spécificité du comportement de l’analyste face au patient, à savoir la règle fondamentale, selon laquelle la demande du patient, qui s’exerce au travers du transfert, ne doit pas recevoir de réponse de l’analyste, pour que l’analysant puisse opérer une « !régression ! » vers son passé et trouver les affects à l’origine du symptôme.
Le tournant de 1920 et ses conséquences
Un changement apparut en 1920 dans la doctrine freudienne, avec la parution de son ouvrage Au-delà du principe de plaisir. Il introduisit dans sa conception la notion de « !pulsion de vie ! », qu’il appela Eros et la « !pulsion de mort ! », qu’il nomma Thanatos. Dès lors, le ça, le moi et le surmoi constituaient les trois instances de la personne. Cette conception nouvelle se révéla opératoire dans les ouvrages tels que le Moi et le Ça (1923) et Inhibition, Symptôme et Angoisse (1926). Freud multiplia également les tentatives pour expliquer et populariser la psychanalyse, notamment dans Ma vie et la psychanalyse (1925) et Abrégé de psychanalyse (1938).
La tentation anthropologique
Freud chercha également à constituer une vision globale de l’homme qui s’apparentât davantage à une anthropologie qu’à une philosophie. Dès avant le début de la Première Guerre mondiale, il avait tenté de dresser un tableau de l’humanité primitive dans Totem et Tabou. Il entendait trouver une origine phylogénétique à la psyché de l’homme, à la constitution du moi par la « !castration ! » en évoquant la mise à mort du chef de la « !horde primitive ! » par ses fils. Il renoua avec cette approche anthropologique après la Première Guerre mondiale, notamment dans l’Avenir d’une illusion (1927), Malaise dans la civilisation (1930) et Moïse et le monothéisme (1939). Pour Freud, la religion maintient par la notion de sacrifice une culpabilité permanente de l’humanité.
Atteint dès 1923 d’un cancer de la mâchoire qui nécessitait un traitement continu et douloureux et quantité d’opérations chirurgicales, il réussit à continuer, malgré ses souffrances, de pratiquer, d’élargir et de diffuser la psychanalyse. Mais la montée du nazisme le guettait : ses œuvres furent brûlées à Berlin en 1934. Lorsque les Allemands occupèrent l’Autriche en 1938, Freud s’enfuit avec sa famille à Londres, où il mourut le 23 septembre 1939.
La contribution essentielle de Freud fut la création d’une approche entièrement nouvelle de la personne humaine. En outre, il a fondé une nouvelle discipline médicale et élaboré des méthodes thérapeutiques fondamentales. Dans l’histoire des idées, la psychanalyse constitue une des théories à la fois les plus influentes et les plus décriées. Karl Popper, un adversaire déclaré de la psychanalyse, appelle celle-ci un ensemble théorique irréfutable (« !infalsifiable ! »), dont on ne peut que tout prendre ou tout laisser et qui ne progresse pas : c’est un hommage incontestable tout autant qu’une critique. Mais les innombrables continuateurs de la psychanalyse, comme en France Jacques Lacan, qui lança le mot d’ordre de « !retour à Freud ! », témoignent du caractère révolutionnaire de l’œuvre de Freud sur l’ensemble de l’évolution des sciences humaines.

Freycinet Charles Louis de Saulces de (Foix 1828 - Paris 1923). Ce polytechnicien, ingénieur des Mines fut le collaborateur de Gambetta dans le gouvernement de la Défense nationale. Élu sénateur de la Seine en 1876, il le reste jusqu’en 1920. Il devint ministre des Travaux publics dans le 5e cabinet Dufaure et conserva ce poste dans les ministères suivants. Il attacha son nom à un plan de grands travaux destinés à améliorer les voies de communication en France. Il fut quatre fois président du Conseil entre 1879 et 1892. Il est le premier civil à avoir en charge le portefeuille du ministère de la Guerre, de 1888 à 1893. Il revient à ce ministère en 1898 et 1899. Antidreyfusard au nom de l’honneur de l’armée, il est encore ministre d’Etat auprès de Briand en 1915 et 1916. Il a contribué au long de sa carrière à modifier l’armée, par l’adoption du fusil Lebel et du canon de 75, par la réduction du service militaire à deux ans en 1903, par la suppression des exemptions, et par la création et l’organisation du Conseil supérieur de la guerre.

Galliffet Gaston Auguste, marquis de (Paris 1830 - id. 1909). Il participa aux campagnes de Crimée et d’Italie et devint en 1860 officier d’ordonnance de Napoléon III. Pendant l’expédition du Mexique, il fut gravement blessé devant Puebla. Placé à la tête des chasseurs d’Afrique pendant la guerre de 1870, il fut fait prisonnier à Sedan, puis combattit avec l’armée de Versailles contre la Commune et se fit remarquer par la violence avec laquelle il réprima l’insurrection. Rallié à la République, il devint en 1880 gouverneur militaire de Paris et, pendant l’affaire Dreyfus, en 1899, occupa la fonction de ministre de la Guerre dans le cabinet Waldeck-Rousseau.

Galton, sir Francis (1822-1911), scientifique britannique, connu en particulier pour ses travaux en anthropologie et dans le domaine de l’hérédité, et considéré comme le fondateur de l’eugénique.
Francis Galton naquit à Sparkbrook, près de Birmingham, en Angleterre. Entre 1844 et 1850, il séjourna à plusieurs reprises en Afrique. Ces voyages lui inspirèrent Narrative of an Explorer in Tropical South Africa (« !Récit d’un explorateur en Afrique du Sud tropicale ! », 1853) et Art of Travel (« !l’Art de voyager ! », 1855). Ses études de météorologie l’amenèrent à écrire Meteorographica (1863), premier ouvrage sur les méthodes modernes de cartographie du temps.
Cousin de Charles Darwin, Galton était passionné par la théorie de l’évolution, ce qui ne l’empêcha pas de s’intéresser à de nombreux autres domaines scientifiques, comme l’anthropologie, l’hérédité humaine, la psychologie différentielle (dont il est le précurseur) et les statistiques. Il réalisa d’importants travaux sur les mensurations des êtres humains, et rassembla des statistiques sur la taille, les dimensions, la force et d’autres caractéristiques d’un grand nombre de personnes. Il consacra une attention particulière aux empreintes digitales, et mit au point une méthode d’identification basée sur ces dernières (dactyloscopie).
Fondateur de la notion et du terme d’eugénique (étude des paramètres permettant de modifier les caractéristiques des races), convaincu du caractère héréditaire du « !génie ! » humain, Galton élabora également un test de mesure de l’intelligence.
Son approche globale des populations l’amena à mettre au point des techniques fondamentales de mesures statistiques, notamment le calcul du coefficient de corrélation, une valeur permettant d’estimer le degré de liaison entre différents paramètres variables entre les individus : par cette méthode, on peut voir dans quelle mesure telle caractéristique physique ou sociale se rencontre en association avec tel autre facteur. Ces techniques sont encore utilisées de nos jours par les chercheurs pour exploiter les résultats de nombreuses études psychologiques ou comportementales.
Francis Galton fut anobli en 1909. Il est aussi l’auteur de Hereditary Genius (« !Génie héréditaire ! », 1869), Natural Inheritance (« !Héritage naturel ! », 1889) et Finger Prints (« !Empreintes digitales ! », 1892).

GAMBETTA, Léon (2 avril 1838-31 décembre 1882) Homme politique Né italien, Léon Gambetta doit la célébrité à un réquisitoire que, jeune avocat, il prononce en 1868. Elu au Corps législatif en 1869, il s’oppose, au sein de la minorité républicaine, à la guerre. Avec Jules Favre et Jules Ferry il est de ceux qui proclament la République le 4 septembre 1870. C’est en ballon que le 7 octobre, ministre de l’Intérieur, il quitte Paris pour organiser à Tours la Défense nationale. Membre de l’Assemblée nationale, que domine une majorité pacifiste et conservatrice, il donne sa démission après la capitulation de Paris et l’armistice. Député du Bas-Rhin, il refuse de signer le traité de paix qui entérine l’annexion de l’Alsace et de la Lorraine. Réélu en juillet 1871, il parcourt le pays pour convaincre de la nécessité de renforcer la République. Chef de l’Union républicaine, à la tête du groupe de ceux que l’on qualifie d’“ opportunistes ”, il parvient enfin à imposer le vote des lois constitutionnelles qui établissent la politique en 1875. Après avoir poussé Mac-Mahon à la démission, il doit affronter l’hostilité du nouveau président de la République qu’est Jules Grévy. Président de la Chambre des députés, il ne revient au pouvoir qu’en 1881 à la tête d’un grand ministère d’Union républicaine, qui est renversé en janvier 1882, les députés redoutant sa forte personnalité et sa politique coloniale qui menace la paix. Peu de jours après s’être blessé accidentellement, il meurt brusquement.

GENTIL Emile (Volmunster, Moselle, 1866 -Bordeaux 1914). Cet administrateur colonial explora de 1 895 à 1 898 les bassins de l’Oubangui et du Chari. il rejoignit en 1900 la mission Foureau-Lamy au lac Tchad et contribua à mettre fin à l’empire de Rabah. En 1901, il devint commissaire au Congo français.

GIDE André (Paris, 22 novembre 1869 - Paris, 19 février 1951) Ecrivain Issu d’un lignée de juristes cévenols par son père et d’industriels normands par sa mère, André Paul Guillaume Gide est élevé selon les préceptes d’un protestantisme rigide. Il attribue à sa double ascendance protestante et catholique sa personnalité complexe, fluctuante, oscillant entre des aspirations contradictoires qui ont fait naître un écrivain tour à tour dissident et conformiste. Orphelin de père à onze ans, il subit la tyrannie de sa mère, à la fois passionnément aimante et d’une austérité étouffante. Dans son éducation, le plaisir, la fantaisie, ou quelque démonstratif élan du cœur sont proscrits. Seules comptent la piété, la rigueur, l’élévation morale, la hantise du péché. Corseté dans ces règles de vie, le jeune Gide étouffe littéralement, jusqu’à tomber gravement malade. Un voyage de convalescence en Afrique du Nord (1893-94) – au cours duquel il découvre son homosexualité – va provoquer chez Gide une profonde crise spirituelle, morale et intellectuelle. Publiées en 1897, Les Nourritures terrestres en sont la conséquence et célèbrent sa libération des servitudes religieuses, sociales et familiales. Quasiment ignoré par le grand public, cet ouvrage va susciter la reconnaissance du jeune écrivain par ses pères et l’admiration dans un cercle restreint de lettrés. Ainsi, Gide est introduit dans les milieux intellectuels, fréquente Mallarmé, Pierre Louÿs, Paul Valéry, Proust, Martin du Gard... En 1908 il fonde la “ Nouvelle Revue française ” avec Jacques Copeau et Jean Schlumberger. Dans le même temps, il continue de publier une œuvre personnelle qui, bien que confidentielle, témoigne de sa participation active à la vie littéraire (L’Immoraliste, 1902 ; Saül, 1903 ; La Porte étroite, 1909 ; Isabelle, 1912 ; Les Caves du Vatican, 1914). C’est dans l’immédiate après-guerre que Gide connaît la célébrité. Véritable manuel d’éducation à la vie, d’exhortation à la sensualité et à la liberté, Les Nourritures terrestres vont avoir un succès tardif mais éclatant. Dès le début des années 20, il deviendra le livre de chevet de plusieurs générations de jeunes gens qui feront de l’injonction à Nathanaël “ Deviens qui tu es ” leur ligne de conduite. De plus en plus nombreux et fervents, les lecteurs de Gide reconnaissent cet écrivain mûrissant qui ose se mettre à nu dans un livre autobiographique, Si le grain ne meurt (1924). Auprès de la jeune génération, la parution en 1925 du roman Les Faux-Monnayeurs vaut à son auteur un nouveau et retentissant succès en France mais aussi en Allemagne et en Grande-Bretagne. Reconnu, traduit, sollicité par la presse internationale, courtisé par ses éditeurs, Gide doit faire face à la célébrité tout en essayant de préserver son intégrité. C’est dans cette période que le sens social et la préoccupation d’autrui prennent le dessus dans sa vie. De retour d’une mission en Afrique Noire en 1926, il rapporte deux livres qui sont un réquisitoire contre le colonialisme (Voyage au Congo, Retour du Tchad). A partir de 1930 s’affirme l’adhésion de Gide aux idées communistes. “ D’humeur et de tempérament ” il n’est “ rien moins que révolutionnaire ”. Mais pour lui le communisme “ peut représenter une nouvelle aventure de l’esprit, une nouvelle orientation spirituelle de l’humanité ”. Il participe à des congrès, donne des conférences, signe quantité de pétitions. Invité en Union soviétique de juin à août 1936, Gide découvre un pays stalinien “ sous dictature ”. Ce que l’homme a vu durant ce voyage, l’écrivain le publie dans Retour de l’URSS : “ Bientôt, de cet héroïque et admirable peuple qui méritait si bien notre amour, il ne restera plus que des bourreaux, des profiteurs et des victimes ”. Dès lors, la rupture de Gide avec les communistes français est consommé. C’est une crise terrible dans la vie de l’écrivain. Au deuil des illusions révolutionnaires vient s’ajouter le deuil de sa femme Madeleine, épousé en 1895, morte le 17 avril 1938. L’Europe sombre. Commence pour Gide le temps de la retraite et des adieux. Adieu aux voyages qui l’ont mené d’Afrique du Nord en Egypte et au Moyen-Orient, qui l’ont conduit de Grèce en Italie et en Espagne. Adieu aux aventures homosexuelles. Adieu, en 1940, à la NRF qu’il a fondée et qui est aux mains du collaborateur Drieu La Rochelle. Adieu à Paris, que Gide va quitter pour s’installer pendant l’occupation dans le sud de la France, à Tunis et à Alger. Cinq ans d’exil n’ont pas fait oublier l’écrivain “ éveilleur de liberté ” qui de toute l’Europe reçoit des lettres de jeunes lecteurs lui demandant “ une lueur ” qui pourrait indiquer “ le chemin qu’il faut prendre ”. Gide répond mais se retranche de plus en plus de la vie littéraire laissant la place à l’irrésistible ascension de Jean-Paul Sartre. Ce qu’il a encore à dire se trouve dans son testament intellectuel et littéraire, Thésée, paru en 1946. De sa vie, de ses proches, de ses pensées les plus intimes, il n’a cessé de rendre compte dans son Journal, tenu depuis 1889 et qui forme un saisissant autoportrait sans cesse retouché mais gardant toujours son caractère spontané immédiat. En novembre 1947, Gide reçoit le prix Nobel de littérature. L’Académie de Suède veut célébrer cet “ émancipateur d’esprit ”. Celui qui “ avait exprimé son époque avec un merveilleux jaillissement ” s’éteint à Paris le 19 février 1951, entouré de très nombreux amis.

Goblet René ( 1828Paris 1905). Ce procureur général d’Amiens fonda en 1869 le journal libéral le Progrès de la Somme. Élu député de la Somme en 1877, il siégea avec les républicains modérés et devint, en 1882, ministre de l’intérieur dans le second cabinet Freycinet, puis en 1885, ministre de l’instruction publique dans le cabinet Brisson. En 1886, il fut chargé de former un gouvernement qui tomba en 1887. Ministre des Affaires étrangères en 1888, il s’opposa au boulangisme. il fut associé à Millerand et à Sarrien dans la direction de la Petite République française.

GOURAUD Henri Eugène (Paris 1867 -id. 1946). Sorti de Saint-Cyr en 1888, il commence une carrière coloniale en Afrique, où il captura en 1898 le chef soudanais Samory, puis fut le collaborateur de Lyautey au Maroc. Pendant la Grande Guerre, il commanda le corps expéditionnaire des Dardanelles, puis la IV, armée en Champagne. De 1919 à 1923, il fut haut-commissaire en Syrie, où il réprima les révoltes de Damas.

Grévy Jules (15 août 1807-9 septembre 1891) Président de la République (1879-1887) Juriste, Jules Grévy apparaît dès la révolution de 1848 comme un républicain aussi déterminé que modéré. Député à l’Assemblée constituante, il s’oppose fermement à l’élection du président de la République au suffrage universel. Le rétablissement de l’Empire l’écarte des affaires. En 1868, l’opposition républicaine l’élit au Corps législatif. S’il s’oppose à Thiers et à Gambetta, qui sont favorables à la guerre, il organise avec énergie la Défense nationale lorsque la guerre doit être assumée par la République. Il est nommé président de l’Assemblée nationale en 1871, et reste à ce poste jusqu’en 1873. Le 30 janvier 1879 il succède à Mac-Mahon à la présidence de la République. Austère, digne, il exerce avec subtilité tous les pouvoirs que lui concède la Constitution. Cette rigueur lui vaut d’être reconduit dans ses fonctions le 28 décembre 1885. Mais, à peine deux ans plus tard, éclate le “ scandale des décorations ”. Son propre gendre, Wilson, organise un trafic tarifé de Légions d’honneur. Le 2 décembre, le scrupuleux Jules Grévy donne sa démission. Dès le lendemain, Sadi Carnot est élu président de la République.

GRIFFUELHES Victor (Nérac 1874Saclas, Essonne, 1922). Cet ouvrier cordonnier, après avoir été blanquiste, se lance dans la lutte syndicale et fut élu en 1902 secrétaire général de la C. G. T. Partisan de l’action directe, il fit triompher ses idées dans la rédaction de la charte d’Amiens en 1906. Clemenceau le fit arrêter à deux reprises en 1906 et en 1908. Il démissionna en 1909 et fut remplacé à la tête de la C. G. T. par Léon Jouhaux.

GROPIUS Walter (Berlin, 18 mai 1883 - Boston, 1969) Architecte. C’est à Berlin et à Munich que Walter Gropius fait ses études d’architecture. Les premières constructions dont il est l’auteur en 1906 sont de facture classique. Ce n’est qu’après avoir complété sa formation, qu’en 1910 il fonde sa propre agence d’architecture. Son activité doit s’accorder à ce singulier paradoxe : Gropius ne dessine pas, Gropius ne sait pas dessiner et c’est au talent de ses collaborateurs qu’il doit de pouvoir donner à ses idées une réalité graphique. L’usine Fagus qu’il conçoit en 1911-1912 est la première à présenter une façade de cadres métalliques enserrant des plaques de verre au-devant d’une structure de béton armé qui disparaît. En 1919, Gropius est nommé directeur de l’Ecole des Arts appliqués et de l’Ecole supérieure des Arts graphiques de Weimar. Par sa volonté de supprimer les distinctions entre le travail manuel d’une part et le travail intellectuel d’autre part, il rassemble les deux institutions et leur donne le nom de Bauhaus. Curieusement, l’architecte qu’est Gropius n’a pas d’emblée conçu la nécessité d’un atelier d’architecture au sein de cette école, quand bien même l’architecture y est considérée comme devant être l’objet de l’ambition de toute activité créatrice. Dès 1923, la maison modèle Haus am Horn construite pour l’exposition du Bauhaus à Weimar met en évidence l’esthétique fonctionnaliste de l’école. Celle-ci allie le travail artisanal et artistique de la forme aux innovations industrielles. C’est une campagne politique de partis de droite qui contraint Gropius à transférer l’école à Dessau. Des crédits municipaux permettent qu’en 1926 le siège du Bauhaus construit devienne le manifeste de la modernité et de l’avant-garde architecturale. C’est en 1927 que Gropius confie à l’architecte suisse Hannes Meyer l’atelier d’architecture de l’école et, lorsque Gropius démissionne en 1928, c’est à Meyer qu’il confie sa succession. Les immeubles qu’il construit à Karlsruhe dans les années suivantes suscitent les premières réticences et les premières critiques acerbes à l’égard du fonctionnalisme. La monotonie des rangées d’immeubles qui se répètent d’une manière mécanique devient symbolique d’une théorisation extrême de l’architecture. L’avènement du nazisme, après l’abandon de projets en Union soviétique, contraint Gropius à émigrer en Grande-Bretagne en 1934. En 1937 il gagne les Etats-Unis et, à partir de 1938, s’associe à l’architecte Marcel Breuer, d’origine hongroise, et qui a été au cours de ses voyages en Union soviétique, extrêmement influencé par le constructivisme comme Gropius l’a été par le mouvement pictural hollandais De Stijl. Après la séparation des deux architectes en 1941, Breuer demeure à New York (où il construit en 1966 le Whitney Museum) tandis que Gropius enseigne à l’Université de Harvard. A New York, il est celui qui dresse en bas de Park Avenue le gratte-ciel de verre de la PanAm en 1963. L’agence d’architecture T.A.C. – The Architects’ Collaborative – créée par Gropius en 1945 a permis la conception et la réalisation d’une série d’œuvres importantes parmi lesquelles le Harvard Graduate Center, l’ambassade des Etats-Unis à Athènes, une unité d’habitations à Interbau à Berlin, etc. Toutes les réalisations de Gropius après la Seconde Guerre mondiale n’ont pas la même intensité révolutionnaire que celles dont il avait pu faire preuve dans les années 20 et 30. Reste que Gropius est, comme l’architecte suisse Le Corbusier, l’un de ceux dont les théories architecturales et urbanistiques ont fondamentalement marqué les paysages urbains de l’Europe lorsque, après la Deuxième Guerre mondiale, celle-ci a dû se relever de ses ruines.

Guesde Jules Bazile, dit Jules (1845 - 1922). Employé à la préfecture de la Seine, il entra en 1867 dans le journalisme. Après la Commune, il dut se réfugier en Suisse, puis en Italie. En 1879, au congrès de Marseille, il fonda le parti ouvrier français, de tendance marxiste. Il fut élu député de Roubaix en 1893, puis de Lille en 1906. Il S’opposa à Millerand, Jaurès et Viviani, et fit triompher ses idées au congrès d’Amsterdam en 1904. Son programme fut adopté par le parti socialiste unifié fondé en .1905. Il fut ministre d’État d’août 1914 à décembre 1916.

Guillaume II : (Potsdam, 27 janvier 1859 - Doorn, Pays-Bas, 4 juin 1941) Roi de Prusse et empereur d’Allemagne (1888-1918). Le 9 mars 1888, âgé de 91 ans, Guillaume Ier s’éteint. Le 18 juin de la même année, son fils Frédéric III meurt à son tour. C’est donc Guillaume II, âgé de vingt-neuf ans, qui accède au trône. Vaniteux, impétueux, sûr de lui, celui que son père jugeait immature est considéré par Bismarck, le chancelier, comme un garnement. Sur un rapport que le jeune roi et empereur lui a transmis, il se satisfait de cette annotation en latin : “ Sunt pueri pueri, puerilia tractant ” (“ Les enfants sont des enfants, ils se soucient d’enfantillages ”). Les circonstances politiques et sociales ne tardent pas à permettre à Guillaume II d’exiger du Chancelier de Fer qu’est Bismarck qu’il lui donne sa démission le 20 mars 1890. Cependant, Guillaume II n’hésite pas à proclamer : “ le pilote est changé mais la route reste la même. En avant, à toute vapeur ! ” Cette route qui devait rester la même ne fut que changements... Alors que Bismarck avait dû affronter diverses crises économiques, l’Allemagne de Guillaume II ne tarde pas à être en mesure de doubler, dans le domaine agricole, ce qu’avait été sa production en 1871, est en mesure d’investir à l’étranger après 1890 et peut se permettre d’affirmer avec fierté à la fin du siècle que son industrie est plus puissante désormais que celle de l’Angleterre à laquelle Guillaume II prétend ravir la suprématie maritime. Il affirme que l’avenir de l’Allemagne est “ sur les eaux ”. A l’écart du pouvoir, Bismarck ne peut s’empêcher alors de risquer cette prophétie : “ Iéna arriva vingt ans après la mort de Frédéric le Grand. L’écroulement viendra vingt ans après mon départ si les choses continuent comme cela ”. Le “ départ ” de Bismarck, sa mort, survint le 28 juillet 1898. Vingt ans plus tard, c’est 1918... Et les “ choses ”, par la volonté de Guillaume II, continuèrent “ comme cela ”. C’est en 1905 que, sur la route de Jérusalem où il se rend en pèlerinage, le Kaiser Guillaume II fait escale à Tanger et y prononce un discours où il affirme que le sort du Maroc ne peut être résolu sans l’Allemagne. La crise que ses propos provoquent marque peut-être le début de l’avant-guerre... Si Guillaume II est prompt à reprendre à son compte la politique étrangère du poing sur la table de son chancelier Bülow, s’il est séduit par les discours à l’emporte-pièce et leur “ bruit de sabre ”, il n’en est pas moins pacifique et ses intentions sont plus souvent intempestives que belliqueuses. Que le Kaiser ait pu traiter “ d’eunuques ” les partisans de la paix lors du conflit qui entraîne la ligue balkanique – réunion de la Serbie, de la Bulgarie, du Monténégro et de la Grèce, encouragée par la Russie – à régler ses comptes avec la Turquie aux prises avec l’Italie au printemps de 1912, et lors de la signature du traité de Bucarest du 11 août 1913 qui le satisfait cependant, n’est pas pour rien dans l’image que l’empereur a donnée de lui-même. Si, après l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand le dimanche 26 juin 1914 à Sarajevo, le jeu des alliances européennes fait vite monter la tension, si, le 28 juillet, le gouvernement austro-hongrois déclare formellement la guerre à la Serbie à 11 heures, si, en ce même jour, pour la première fois depuis trente-six ans, une grande puissance européenne ouvre le feu en Europe en bombardant Belgrade, Guillaume II, en ce même 28 juillet, note en marge d’un rapport diplomatique qu’il vient de lire et qui rend compte de la réponse serbe : “ Brillant résultat... toute cause de guerre est effacée ”. Aussitôt ordre est donné à l’ambassade d’Allemagne à Vienne d’inviter l’Autriche-Hongrie à la modération sans pour autant lui donner l’impression d’un abandon. Dans le même temps, Guillaume II et le tsar Nicolas II échangent des télégrammes de dénonciations, de menaces et d’exhortations. Il est trop tard. La machine infernale entraîne l’Europe dans une guerre qui ne tarde pas à devenir la Première Guerre mondiale. En février 1917, une première révolution ébranle le pouvoir des Romanov en Russie. La Révolution d’Octobre permet aux Soviets de s’assurer du pouvoir. Lénine demande une paix séparée. Le 15 décembre (2 décembre du calendrier russe), une armistice est signée à Brest-Litovsk. L’Allemagne épuisée par la guerre, l’Allemagne qui va perdre 1.900.000 morts dans ce conflit qui ne s’achève que le 11 novembre 1918 à 11 heures du matin lorsque le clairon sonne sur le front occidental, est épuisée. Ni une réforme du droit de vote en Prusse, ni la désignation d’un gouvernement par le Parlement pour l’automne 1918 ne peuvent conjurer les tensions de l’empire. Lorsque l’empereur se réfugie auprès du quartier général, le prince Max de Bade, son dernier chancelier, ne peut, lorsqu’éclate la révolution, que demander à Guillaume II d’abdiquer. Nombreux sont ceux qui songent alors au mot de Bismarck : “ Sunt pueri pueri, puerilia tractant ”. Les “ enfantillages ” de Guillaume II auront été fatals à l’empire créé par son père et Bismarck.

GUIMARD Hector (Lyon 1867-New York 1942). Cet architecte, hostile à l’art traditionnel, fut un des représentants du modem style qu’il illustra dans sa conception des entrées du métropolitain et dans son fameux Castel Béranger, construit rue La Fontaine à Paris.

HANOTAUX Gabriel (Beaurevoir, Aisne, 1853 - Paris 1944). Ancien élève de l’École des chartes, il devint rédacteur au Quai d’Orsay, puis chef du cabinet de Jules Ferry en 1885. Élu député de l’Aisne en 1886, il fut chargé du portefeuille des Affaires étrangères de 1894 à 1898 dans les cabinets Dupuy, Ribot et Méline et joua un rôle essentiel dans la conclusion de l’alliance franco-russe. Après la démission du cabinet Méline en 1898, il se consacra surtout à la rédaction de travaux historiques.

HAUSSMANN, Georges Eugène, baron (27 mars 1809-11 janvier 1891) Administrateur, homme politique Après avoir passé son doctorat de droit en 1831, Haussmann s’engage dans la carrière préfectorale. Sous-préfet dans cinq postes différents, il est nommé préfet en 1849. De passage à Paris, avant d’aller rejoindre la préfecture de la Gironde qui lui est confiée, il signifie en novembre 1851 son adhésion au coup d’Etat du 2 décembre du prince-président. La dernière étape de celui-ci avant le plébiscite qui doit rétablir l’Empire est Bordeaux, en octobre 1852. L’apothéose organisée par le préfet Haussmann lui vaut d’être fait quelques mois plus tard commandeur de la Légion d’honneur et d’être nommé préfet de la Seine. Pendant le temps de son mandat, qui va durer dix-sept ans, Paris ne cessera pas d’être un immense chantier. Les extraordinaires travaux qu’il entreprend sont financés en partie par l’emprunt. Mais le pamphlet de Jules Ferry à propos de leur coût énorme a pour titre Les Comptes fantastiques d’Haussmann, allusion aux Contes d’Hoffmann. Après la chute de l’Empire — auquel il ne doit pas le titre de baron, qu’il porte semble-t-il de façon abusive y compris dans l’Almanach impérial, en raison de l’extinction de la postérité mâle de son grand-père maternel —, il sera administrateur de diverses sociétés, et élu à la Chambre par la Corse contre le prince Napoléon en octobre 1877.

Martin Heidegger (Messkirch, 26 septembre 1889 - Fribourg-en-Brisgau, 26 mai 1976) Philosophe. Après des études de théologie, Heidegger est nommé professeur à l’université de Marbourg puis à celle de Fribourg-en-Brisgau où il succède à son professeur Husserl dont il avait été l’assistant. Recteur de l’université en 1933, il démissionne de sa charge en 1934, rompant ainsi avec l’idéologie nazie à laquelle il avait donné d’abord son adhésion. Cette adhésion au national-socialisme entachera son image et restera une énigme que n’explique pas sa pensée philosophique résolument hostile aux thèses racistes. Dès 1927, Heidegger se fait connaître par la publication de l’essai Etre et Temps dans lequel il développe une analyse phénoménologique de l’existence humaine. Suivent de nombreux ouvrages qui vont forger la réputation de Heidegger comme l’un des plus grands philosophes allemands du XXe siècle (Kant et le problème de la métaphysique, 1929 ; De l’essence de la vérité, 1943). Ce penseur de l’Etre reprend son enseignement à Fribourg en 1946 et publie en 1947 Lettre sur l’humanisme. Cours magistraux consacrés à Kant et à Schelling, conférences et séminaires vont ponctuer la vie du philosophe qui ne cesse parallèlement de publier : Chemins qui ne mènent nulle part, 1950 ; Introduction à la métaphysique, 1953 ; Le Principe de raison, 1957 ; Nietzsche, 1961, etc. A la fin de sa vie, Heidegger semblait avoir peu d’espoir sur l’avènement effectif de la pensée de l’Etre et cependant son influence sera fondamentale sur la réflexion philosophique contemporaine et sur Jean-Paul Sartre en particulier.

Heisenberg, Werner Karl (1901-1976), physicien allemand, lauréat du prix Nobel, un des fondateurs de la théorie quantique et auteur du principe d’incertitude. Il a exercé une profonde influence sur la physique et sur la philosophie du XXe siècle.
Heisenberg naquit le 5 décembre 1901 à Würzburg et fit ses études à l’université de Munich. En 1923, il devint l’assistant du physicien germano-britannique Max Born à l’université de Göttingen et, de 1924 à 1927, bénéficia d’une bourse de la fondation Rockefeller pour travailler avec le physicien danois Niels Bohr à l’université de Copenhague. En 1927, Heisenberg fut nommé professeur de physique théorique à l’université de Leipzig. Par la suite, il occupa des postes de professeur dans plusieurs universités : Berlin (1941-1945), Göttingen (1946-1958) et Munich (1958-1976). En 1941, il devint directeur de l’institut de physique Kaiser Wilhelm (rebaptisé en 1946 institut de physique Max Planck).
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Heisenberg fut placé à la tête de la recherche scientifique sur le projet de bombe atomique (voir Nucléaires, armes) en Allemagne. Au cours de cette période furent menées des tentatives de construction d’une pile dans laquelle la réaction en chaîne serait si rapide qu’elle produirait une explosion, mais cela n’aboutit pas. Après la guerre, il fut interné quelque temps en Angleterre.
Heisenberg apporta surtout sa contribution à la théorie de la structure atomique. En 1925, il commença à développer une forme de mécanique quantique, appelée mécanique matricielle, dans laquelle la formulation mathématique est basée sur les fréquences et les amplitudes du rayonnement absorbé et émis par l’atome, ainsi que sur les niveaux en énergie du système atomique (voir Quantique, théorie). Le principe d’incertitude d’Heisenberg joua un grand rôle dans l’évolution de la mécanique quantique et dans les nouveaux modes de pensée de la philosophie moderne. Heisenberg reçut en 1932 le prix Nobel de physique. Il mourut le 1er février 1976, à Munich. Parmi les nombreux ouvrages qu’il a laissés figurent les Principes physiques de la théorie quantique (1930), Rayonnement cosmique (1946), Physique et philosophie (1958) et Introduction à la théorie unifiée des particules élémentaires (1967).

Henry HUBERT (Pogny, Mame, 1846-Mont-Valérien 1898). Cet officier d’ordonnance du général de Miribel fut affecté au service des renseignements une première fois en 1877 et une seconde fois en 1893. Convaincu de la culpabilité de Dreyfus, il forgea une lettre soi-disant envoyée par l’attache, militaire italien Panizzardi à son collègue allemand Schwartzkoppen et désignant,Nommément Dreyfus comme un traître. Lorsque le capitaine Cuignet découvrit a supercherie, Henry se suicida dans sa cellule du Mont-Valérien où il avait été incarcéré.

HERRIOT, Edouard (5 juillet 1872-26 mars 1957) Homme politique Normalien, professeur de philosophie, c’est l’affaire Dreyfus qui l’amène à entrer au parti radical-socialiste. En 1905 il est élu maire de Lyon. Il le sera jusqu’à sa mort. Sa culture et sa puissance d’orateur, comme sa générosité, en font une figure symbolique de l’idée que la République laïque se fait d’elle-même. Sénateur (1912-1919), député du Rhône (1919-1940), président du parti radical, il forme le Cartel des gauches, qui l’emporte aux élections législatives de 1924. Il cumule au sein du gouvernement la charge de président du Conseil et le portefeuille des Affaires étrangères. Il fait procéder à l’évacuation de la Ruhr et à la reconnaissance de l’URSS. La crise monétaire l’écarte du pouvoir jusqu’en 1932. Il est alors membre de plusieurs cabinets qui se succèdent. En 1940, s’il se rallie à Pétain, il s’abstient lors du vote qui lui accorde les pleins pouvoirs. Placé en résidence surveillée en 1942 et 1944, il est déporté en Allemagne après avoir refusé à Laval que l’Assemblée nationale soit convoquée. Elu à l’Académie française en 1946, il reprend la présidence de l’Assemblée l’année suivante et la conserve jusqu’en 1954.

JAURES Jean (Castres 3 septembre 1859 - Paris 31 juillet 1914). Ce normalien, agrégé de philosophie, enseigna à l’université de Toulouse, puis se fit élire député du Tarn en 1885. Battu aux élections de 1889, il se consacre à sa thèse sur les origines doctrinales du socialisme allemand. Celle-ci est soutenue et publiée en 1893 : Les Origines du socialisme allemand chez Luther, Kant, Fichte, Hegel. Il collabora à plusieurs revues d’extrême gauche dans lesquels il développa les thèses socialistes. Marxiste quoique opposé à la dictature du prolétariat, il croit en un socialisme démocratique et libéral qui associe le réformisme de la révolution, le collectivisme et l’individualisme. Réélu député en 1893 par les mineurs de Carmaux, puis de nouveau battu en 1898 à cause de ses prises de position en faveur de Dreyfus, il se montra favorable à l’entrée des socialistes dans le gouvernement, ce qui amena sa rupture avec Guesde. Dans le même temps, il a créé le journal L’Humanité. Élu député du Tarn en 1902, il domina le Bloc des gauches par sa personnalité et, pendant le ministère Clemenceau, se dressa avec vigueur contre le chef du gouvernement, A partir de l’affaire de Tanger (1905), il se consacra à la préservation de la paix et tenta d’empêcher le déclenchement des hostilités en 1914. En 1910 il publie L’Armée nouvelle, qui préconise la transformation de l’armée en une milice. Dès l’année suivante sa volonté de trouver des solutions pacifiques et de négocier, pour permettre la réconciliation franco-allemande, lui attire l’inimitié et la haine des nationalistes. C’est un patriote qui, le 31 juillet 1914, tire sur Jaurès et le tue. Quelques jours plus tard, la guerre, qu’il a voulu conjurer, éclate.

Jauréguiberry Jean Bernard (Bayonne 1815 - Paris 1887). Ce gouverneur du Sénégal se distingua dans l’armée de Chanzy pendant la guerre de 1870 et fut nommé vice-amiral. Après avoir été élu député des Basses-Pyrénées à l’Assemblée nationale, il devint en 1872 préfet maritime de Toulon. À deux reprises (1 879-1880 et 1882-1883), il fut ministre de la Marine.

JOUHAUX, Léon (1er juillet 1879-28 avril 1954) Syndicaliste Orphelin à seize ans, fils d’un communard, il est ouvrier allumettier. Militant de la CGT, il devient en 1904 secrétaire de la Fédération nationale des ouvriers allumettiers. Il collabore au journal La Bataille syndicaliste et devient, en 1909, secrétaire général de la CGT. Il le restera jusqu’en 1947. En dépit de l’antimilitarisme de la direction de sa propre centrale syndicale, il se rallie à l’Union sacrée dès août 1914. En 1917 son opposition à la révolution russe lui vaut d’être violemment mis en cause par l’aile révolutionnaire et antiréformiste de la CGT. En 1921, malgré la création d’une CGTU communiste qui fait scission, il conserve la direction de la CGT et parvient à obtenir de plusieurs gouvernements de centre gauche diverses améliorations sociales. En 1936, il est l’un des artisans, lors du congrès de Toulouse, de la réunification de la CGT. Nommé conseiller de la Banque de France après 1936, il est, après la débâcle et l’armistice de 1940, mis en résidence surveillée puis déporté à Buchenwald. Après la guerre, il reprend ses fonctions de secrétaire général de la CGT. Mais, toujours opposé aux communistes, il démissionne et est l’un des fondateurs de la CGT-FO. En 1951, il reçoit le prix Nobel de la paix.

JOYCE James (Dublin, 2 février 1882 - Zurich, 13 janvier 1941) Ecrivain Bien que d’ascendance bourgeoise, catholique et aisée, la famille de James Joyce connaît un lent déclin économique et social qui va accompagner l’enfance et l’adolescence du futur romancier. En tant qu’aîné des enfants, il lui sera cependant assuré la meilleure éducation possible, dans des écoles jésuites, jusqu’à l’University College de Dublin. Cette formation jésuitique, commencée à l’âge de six ans, va le marquer définitivement et constituer “ l’armature de ses pensées ”. Mais, pas plus que la cellule familiale et ses maîtres, la société n’offre à l’étudiant Joyce de perspectives d’avenir. Autour de sa vingtième année il rompt avec l’université et tout ce qu’elle représente pour lui de conformisme et d’hypocrisie. Il entre en conflit avec une société sclérosée et mesquine où les droits de l’artiste ne sont pas suffisamment reconnus, où les milieux littéraires le considèrent comme trop cosmopolite, trop européen. Les pesanteurs politiques et idéologiques, sa déception face au mouvement nationaliste et de “ Renaissance celtique ” vont précipiter la rupture définitive de Joyce avec l’Irlande. L’Europe, où la vie artistique et intellectuelle est si vivante, l’appelle. Laissant aux écrivains dublinois les vains débats sur l’identité culturelle irlandaise, Joyce quitte son pays en octobre 1904 avec la compagne de sa vie, Nora Barnacle. Commencent les années difficiles. La famille Joyce, élargie d’un fils, Georgio, en 1905 et d’une fille Lucia en 1907, va “ nomader ” entre Londres, Trieste, Rome, Paris et Zurich. Ses emplois de professeur d’anglais et de répétiteur privé font à peine survivre l’écrivain mais lui laissent aussi le temps de se consacrer à son œuvre. Le premier volume des poèmes de jeunesse est publié à Londres (Musique de Chambre, 1907) quand Joyce travaille au manuscrit des Gens de Dublin. Ce recueil de nouvelles, dont certaines mettent en relief le caractère de tragique fatalité propre à la société irlandaise, est publié en 1914 et confère à son auteur une certaine notoriété. Parallèlement, Joyce achève une œuvre majeure, Portrait de l’artiste en jeune homme, commencée en Irlande et publiée seulement en 1916. Dans ce récit autobiographique, l’auteur y développe une dimension spirituelle, éthique et surtout stylistique qui le mène à s’interroger sur “ les phénomènes de la conception artistique ” et son besoin d’inventer “ une terminologie nouvelle ”. Réfugié à Zurich pendant la Première Guerre mondiale, Joyce acquiert la sympathie du poète Ezra Pound qui le fait connaître des milieux littéraires anglais et américain et lui offre des moyens d’existence. Dans une aisance financière relative, l’écrivain peut se consacrer dès 1914 à la rédaction de “ sa cathédrale de prose ”, Ulysse. Il lui faudra sept ans pour mettre le point final à cette œuvre d’une prodigieuse diversité dans la forme, le style, le langage, et dont la stupéfiante maîtrise va non seulement placer Joyce à l’égal des plus grands maîtres du verbe, mais aussi bouleverser la littérature occidentale. De retour à Paris après la guerre, où il séjournera vingt ans, Joyce fait la connaissance de Sylvia Beach qui va éditer Ulysse en 1922, et de Valéry Larbaud qui en réaliser la traduction, en 1929. Déjà, en 1923, Joyce a commencé dans le secret un nouveau roman, Finnegans Wake, qui ne sera édité dans sa version intégrale qu’en 1939, à Londres. Ce livre va se faire connaître à travers des revues anglo-saxonnes et françaises qui vont en publier des fragments durant les dix-sept ans de sa conception et sous les titres de Work in progress. Joyce pousse dans ses limites extrêmes l’entreprise engagée dans les derniers chapitres d’Ulysse en imaginant une œuvre qui aspirait à “ recréer le monde, en le délivrant de ce poids qu’est la vieille notion du Temps ”. Une œuvre d’une virtuosité étourdissante, façonnant une écriture en métamorphose permanente, qui non seulement va revitaliser la langue anglaise mais influencer toute la littérature du XXe siècle.

JUIN, Alphonse (16 décembre 1888-27 janvier 1967) Maréchal de France En 1911, Alphonse Juin sort major de Saint-Cyr. Après avoir d’abord servi dans une unité de tirailleurs au Maroc entre 1912 et 1914, il revient se battre en France. Blessé sur le front de Champagne en 1915, il perd définitivement l’usage de son bras droit. Après avoir été aide de camp du général Lyautey et avoir passé quelques mois à l’Ecole de guerre en 1921 et 1922, il dirige le cabinet militaire du résident général à Rabat. En mai 1940, à la tête de la 15e division d’infanterie motorisée, il est fait prisonnier. C’est à la demande du maréchal Pétain qu’il est libéré un an plus tard. Le maréchal le nomme à la tête des forces françaises d’Afrique du Nord. Il y remplace Weygand. Après le débarquement allié du 8 novembre 1942, rallié à Giraud, il prend le commandement des forces françaises et participe auprès des alliés, en Tunisie, aux combats qui permettent la destruction de l’Afrikakorps de Rommel. Après le débarquement en Italie, son action à Cassino et au Garigliano ouvre la porte de Rome. En 1944 il est nommé chef d’Etat-major de la Défense nationale. En 1947 il devient résident général au Maroc. Il y est confronté à la volonté d’indépendance du sultan Mohammed V ibn Yusuf. Après avoir pris le commandement interallié des forces de l’OTAN de Centre-Europe en 1951, il est nommé maréchal en 1952, et est élu quelques mois plus tard à l’Académie française.

KITCHENER Horatio Herbert, comte de Khartoum et D’aspell (Bally Longford, Kerry, 1850 -en mer 1916). Après avoir combattu comme volontaire dans l’armée française pendant la guerre de 1870, cet officier britannique fut envoyé en Égypte et devint sirdâr. Il lança une expédition contre les mahdistes soudanais, qu’il écrasa à Omdurman en 1898, et atteignit Fachoda où Marchand dut lui laisser la place. Kitchener s’illustra ensuite dans la guerre des Boers par ses méthodes extrêmement brutales à l’égard des révoltés. En 1914, il fut nommé ministre de la Guerre.

Lamy Etienne (Cize, Ain, 1845- Paris 1919). Cet avocat fut élu à l’Assemblée nationale en 1871, puis à la Chambre des députés, où il siégea aux côtés de Gambetta. Mais, à cause des lois laïques de Jules Ferry, il rompit avec la majorité républicaine. En 1892, il se montra un fervent partisan du ralliement, mais fut battu aux élections de 1893. Il fut à partir de 1903 le directeur du Correspondant.

LAMY François Joseph Amédée Mougins 1858 - Kousseri, Baguirmi, 1900). Ce commandant mena avec Foureau l’expédition qui, de 1898 à 1900, traversa le Sahara du nord au sud. Il conduisit l’assaut contre la ville de Kousseri où s’était réfugié Rabah et fut tué pendant le siège. La capitale du Tchad prit le nom de Fort-Lamy en souvenir de cet officier.

LAVAL, Pierre (28 juin 1883-15 octobre 1945) Homme politique Fils d’un aubergiste d’Auvergne, Pierre Laval se veut l’avocat des pauvres avant de commencer une carrière politique en tant que député socialiste pacifiste. Lorsqu’il est réélu à la Chambre des députés en 1924, il porte l’étiquette de socialiste indépendant. En 1927 il passe au Sénat. Il occupe au sein de divers gouvernements plusieurs fonctions ministérielles. Il est, à deux reprises dans la même période, président du Conseil. L’anglophobie devient une ligne de force de sa politique après l’échec du rapprochement qu’il a tenté avec l’Italie fasciste et que l’Angleterre — que la politique de conquête de l’Italie en Afrique inquiète — n’a pas admis. Laval ne revient au pouvoir qu’après la défaite de 1940. Il a recours autant à la persuasion qu’à l’intrigue, ou à la menace, pour convaincre la Chambre de voter les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Celui-ci en fait, en tant que chef de l’Etat français, le vice-président du Conseil. Favorable à la collaboration, il prépare l’entrevue de Montoire. En 1941 la mésentente entre Laval et Pétain amène ce dernier à faire appel à Darlan. C’est sous la pression allemande que le maréchal Pétain fait libérer Laval et le rappelle au gouvernement. Il cumule les ministère de l’Intérieur, des Informations et des Affaires étrangères, et met en œuvre tous les aspects de la politique de collaboration, qui vont de l’instauration du service du travail obligatoire, en 1943, à la création de la milice. Celle-ci implique une lutte implacable contre la résistance intérieure, comme la déportation des Juifs de France. Arrêté par les Américains, qui le livrent à la France, Laval est condamné à mort pour haute trahison et fusillé à Fresnes en octobre 1945.

LAVIGERIE Charles (Bayonne 1825Alger 1892). Ce professeur d’histoire ecclésiastique à la Sorbonne devint archevêque d’Alger en 1867 et, pour évangéliser l’Afrique, fonda la société des Pères blancs en 1868 et celle des Sœurs missionnaires d’Afrique en 1869. Devenu cardinal en 1882, il mena une importante action contre l’esclavage. En 1890, à l’instigation du pape Léon XIII, il prononça le toast d’Alger,, dans lequel il conseillait aux catholiques français de se rallier à la République.

LEBRUN, Albert (29 août 1871-6 mars 1950) Président de la République (1932-1940) Ancien élève de l’Ecole polytechnique, ingénieur de l’Ecole des mines, il est élu en 1900 député de la Meurthe-et-Moselle. Ministre à plusieurs reprises entre 1911 et 1920, il est élu président du Sénat en 1931. A la mort de Paul Doumer, il est porté à la magistrature suprême. C’est pendant son mandat que l’affaire Stavisky éclate, que le Front populaire parvient au pouvoir, que la SNCF est créée par la nationalisation des compagnies de chemin de fer privées le 1er janvier 1938. Il est le dernier président de la IIIe République puisque, le 10 juillet 1940, la Constitution de 1875 est abrogée. Le 23 août 1943, il est déporté par les Allemands. Le chef de l’Etat français, le maréchal Pétain, n’intervient pas.

LEMIRE Abbe Jules (Vieux-Berquin,Nord, 1853 - Hazebrouck 1928). Ce fils de cultivateur fut ordonné prêtre en 1878 et enseigna à Cambrai, ou il se montra un fervent partisan de la politique du ralliement. Élu en 1893 député d’Hazebrouck, il siégea à gauche et fut partisan de la séparation de l’Église et de l’État. Inspirateur des lois limitant le travail des enfants dans les usines, il lança I’œuvre des « jardins ouvriers et la Ligue du coin de terre et du foyer.

Lénine : (Simbirsk, 22 avril 1870 - Nijni-Novgorod, 21 janvier 1924) Homme politique soviétique. En janvier 1917 Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine, assure en Suisse où il réside alors, que sa génération ne vivra pas assez longtemps pour assister au triomphe de la révolution en Russie. Pourtant, en quelques jours, entre le 8 et le 15 mars (23 février, 2 mars du calendrier russe), l’empire des Romanov est emporté. Cependant le doute qu’a pu avoir Lénine n’a pas remis en cause la certitude qu’il a exposé dans son Que Faire ? Ce texte publié en 1902 rallie au congrès de 1903, qui se tient à Bruxelles et à Londres, une majorité (bolcheviki) qui tient tête aux minoritaires (mencheviki) de Plekhanov. Lénine est convaincu de la nécessité d’organiser un corps de révolutionnaires professionnels, “ des jacobins modernes agissant en étroite liaison avec leur outil, la classe ouvrière ”. La misère et l’augmentation exacerbée des prix, dont la hausse est de 300 à 600 % en décembre 1916 à Petrograd, sont les plus sûrs agents d’une révolution auprès d’ouvriers qui manquent autant de charbon que de pain. Lénine, qui n’a pu traverser l’Allemagne en guerre que dans un wagon blindé, surpris dans un premier temps par la révolution, ne tarde pas à s’assurer le contrôle des Soviets ouvriers et paysans de Moscou et de Petrograd. Les 24 et 25 octobre du calendrier russe (6 et 7 novembre du calendrier grégorien) l’insurrection renverse le nouveau pouvoir bourgeois. Aussitôt la Révolution d’Octobre affirme ses choix. Elle proclame la nécessité pour se sauver de la menace allemande “ d’une paix immédiate, sans annexions et sans indemnités ” décrète “ la grande propriété foncière abolie immédiatement sans aucune indemnité ” et garantit par décret “ l’égalité et la souveraineté des peuples de Russie ”. Dès le 3 mars 1918, le traité de Brest-Litovsk permet à Lénine de consacrer toutes ses forces au renforcement de la révolution en Russie. Peu lui importe alors que la Russie soit amputée de la Finlande, des Pays baltes, d’une partie de la Biélorussie, de l’Ukraine et de la Pologne. Lénine doit faire face à une intervention de corps expéditionnaires anglais, français et japonais et aux forces des armées blanches. Pour ébranler les démocraties occidentales et pour tenter de soutenir la révolution allemande qui a éclaté dès novembre 1918, Lénine fonde la IIIe Internationale (Komintern). Cette Internationale communiste, qui n’est qu’illusoirement indépendante du gouvernement des Soviets, a pour ambition le renversement des régimes capitalistes. Le 24 janvier 1919, avec Trotski, Lénine lance cet appel : “ La tâche du prolétariat est à présent de s’emparer du pouvoir politique sans attendre ”. En décembre 1922, en dépit de la misère, de la guerre, des épidémies, l’Union des Républiques socialistes soviétiques est créée. En janvier 1924, cette Union se dote d’une constitution. C’est le 21 de ce même mois que meurt Lénine. A sa mort, l’Europe, ravagée par les années de la Première Guerre mondiale, n’est plus la même. L’URSS qu’il a créée devient pour les uns le lieu de l’espoir, pour les autres, celui de la plus terrible menace. Lénine, qui a instauré la “ dictature du prolétariat ” pour seul dépositaire du pouvoir, a changé irrévocablement pour plusieurs décennies les valeurs décisives de l’action politique et la conscience politique que l’Europe a d’elle-même.

LISZT Franz (Raiding, 21 octobre 1811 - Bayreuth, 31 juillet 1886) Compositeur. Né sur les terres du prince hongrois Esterhazy, le jeune Liszt fait preuve à neuf ans d’un tel talent pianistique que plusieurs aristocrates hongrois lui donnent les moyens de recevoir à Vienne les leçons de Czerny et de Salieri. En 1823 c’est à Paris où sa famille s’est installée qu’il parfait sa formation. Dans les années qui suivent Franz Liszt donne déjà des concerts qui, à Londres comme à Paris, lui valent une réputation de prodige. Le piano devient pour lui un moyen fondamental pour tenter de réformer par l’art, la société. Cette volonté romantique est attisée encore par les relations qu’il entretient parmi d’autres avec Hugo, Heine, Berlioz, Chopin et Delacroix. Après le voyage qu’il fait avec la comtesse Marie d’Agoult en Suisse et en Italie, Liszt ne cesse, entre 1840 et 1857, de séduire tous les publics d’Europe de Dublin à Moscou, par ses récitals. Ces récitals sont, dans l’Europe du XIXe siècle, une nouveauté absolue. Après s’être installé à Weimar en 1848 où il assume les fonctions de Kapellmeister en service extraordinaire au sein de la cour ducale, Liszt forme une génération nouvelle de pianistes virtuoses et, au-delà de son activité de chef d’orchestre, commence de composer l’essentiel de son œuvre. Parmi les partitions qu’il écrit à Weimar, les poèmes symphoniques qu’il compose ont une place particulière. C’est que cette forme musicale est son invention. En 1861 Liszt s’installe à Rome. Si le pape Pie IX éprouve pour lui de l’amitié, Liszt qui reçoit les ordres mineurs et qui fait le choix d’une vie solitaire et austère qui est presque monastique, ne se voit pas autorisé à jouer au sein de l’église le rôle décisif qu’il voudrait avoir pour sa musique. A partir de 1869, il retourne chaque année à Budapest où il fonde une Académie de musique. C’est en Italie qu’il continue de passer l’hiver et, année après année, c’est entre Rome, Weimar et Budapest qu’il continue de vivre. Cependant, c’est au retour d’un voyage à Paris et à Londres qu’il meurt à Bayreuth auprès de la dernière de ses filles Cosima qui partage la vie de Richard Wagner. Nul doute à avoir, par le rôle de champion qu’il a assumé en dirigeant les œuvres de Beethoven et de Schubert, de Schumann, de Berlioz et de Wagner, par le rôle qu’ont eu ses transcriptions et ses paraphrases, par ses propres compositions qui ont recours à des thèmes populaires hongrois et tziganes, par les encouragements qu’il a prodigués à Albéniz comme à Borodine, à Smetana comme à Saint-Saëns, Liszt a été le plus européen des compositeurs du XIXe siècle.

LOUBET Emile (Marsanne, Drôme, 31 décembre 1838 - Montélimar 20 décembre 1929). Président de la République (1899-1906) D’origine paysanne, il fit des études de droit et devint maire de Montélimar en 1870. Élu député républicain modéré en 1876, il entra au Sénat en 1885. Il est ministre des Travaux publics en 1887 et 1888, alors que l’affaire du canal de Panama bat son plein. Il fut Président du Conseil en 1892 pendant quelques mois. En février 1892, en pleine crise anarchiste, il fut chargé de former un cabinet qui se trouva aux prises avec l’affaire de Panama, et démissionna en novembre 1892. Successeur de Challemel-Lacour à la présidence du Sénat cri 1896, il fut, après la mort de Félix Faure, élu comme président de la République le 18 février 1899. De tendances modérées, il ne put cependant s’opposer à la politique anticléricale menée par Waldeck-Rousseau et Combes et se contenta de jouer un rôle important dans le resserrement des alliances avec la Russie et l’Angleterre (l’alliance franco-russe et l’établissement de l’Entente cordiale avec l’Angleterre). À la fin de son septennat, il se retira à Montélimar. C’est lui qui fait le choix de gracier Dreyfus le 19 septembre 1899. Il vivra vingt-trois ans après avoir transmis ses pouvoirs présidentiels à son successeur, Armand Fallières, le 18 février 1906.

LUMIERE Auguste et Louis (Besançon, 19 octobre 1862 - Lyon, 10 mai 1954) (Besançon, 5 octobre 1864 - Bandol, 6 juin 1948) Industriels. Rares sont les spectateurs qui, en ce 28 décembre 1895, pénètrent dans un salon du Grand Café, boulevard des Capucines à Paris, pour y assister à la première projection payante du “cinématographe”. Ni Louis, qui se veut un physicien et un bricoleur passionné, ni son frère Auguste, qui reconnaît que l’invention est due à son cadet, ne croient un seul instant que le cinématographe puisse prétendre avoir un quelconque avenir commercial. Inutile d’imaginer que cette curiosité scientifique puisse prétendre à une carrière artistique... Louis Lumière n’est même pas sûr d’être l’inventeur de cette projection sur un écran d’images animées que d’autres ont ébauché déjà. Parmi eux Etienne Jules Marey, Emile Reynaud, Georges Demény, Thomas Edison... Louis s’est contenté de déposer le 13 février 1895 un brevet qui rend possibles les travaux de ses précurseurs par l’usage d’une pellicule perforée qu’un mécanisme d’enclenchement fait défiler. Ni la présentation, le 22 mars, à la Société d’encouragement à l’industrie nationale, à Paris, sur la place Saint-Germain-des-Prés, ni une seconde présentation à la Sorbonne le 17 avril 1895 n’ont provoqué l’enthousiasme. En revanche, cette première projection payante du 28 décembre incite quelques journalistes fascinés à voir des images plus extraordinaires encore que celles qui paraissent sur l’écran. Le succès public du cinématographe amène Louis à “ tourner ” quelques films – en amateur – et surtout à envoyer de par le monde des opérateurs qui rapportent des séquences exceptionnelles. Les phénomènes et les événements dont ils ramènent les images ne tardent pas à convaincre du pouvoir du cinéma. Louis n’en cesse pas pour autant ses recherches. En 1899, il met au point le photorama qui permet de reproduire sur une seule plaque plane l’image d’un tour d’horizon à 360°. L’année suivante, le cinéma stéréoscopique est l’objet d’un autre brevet. En 1903 la mise au point de l’autochrome permet la photographie en couleurs. Toujours soucieux d’inventer, il imagine pendant la Première Guerre mondiale un moyen de repérage acoustique des avions. Son entrée à l’Académie des sciences en 1919 ne met pas fin à sa curiosité. Un an plus tard, il présente la photostéréosynthèse. En 1935 enfin, il élabore par la méthode des anaglyphes un système de cinéma en relief. Auguste, quant à lui, ne cesse pas dans les mêmes années de poursuivre une carrière qui le conduit vers la recherche médicale. Inutile de le préciser, le fait qu’il ait voulu combattre les syndromes immunologiques les plus complexes par l’hyposulfite de magnésium n’a pas été déterminant pour sa gloire. Louis et Auguste Lumière demeurent les inventeurs du “ septième art ” auquel, au soir du 28 décembre 1895 ni l’un ni l’autre ne croyaient. Reste que la rapide création de studios de cinéma en Europe n’a pas tardé à leur apporter un démenti.

LYAUTEY Louis Hubert Gonzalve (Nancy 17 novembre 1854 - Thorey, Meurthe-et-Moselle, 21 juillet 1934). Après Saint-Cyr et l’Ecole d’application d’état-major, il entre dans la cavalerie. Le général Gallieni le fait entrer dans son état-major au Tonkin en 1894, puis l’entraîne à Madagascar en 1897. Ces deux expériences le convainquent qu’il est indispensable d’adapter le régime colonial au caractère particulier de chaque pays, de chaque peuple. Appelé par le gouverneur de l’Algérie, il commande en 1903 la subdivision d’Ain Sefra. En 1906 il est promu général et se fait confier la division d’Oran, il s’empara d’Oujda, au Maroc, en 1907. En 1912, il fut nommé résident général au Maroc et mena parallèlement la pacification et l’organisation du pays. Il ne quittera ce pays, où il aura le même rôle jusqu’en 1925, que pour assumer le portefeuille du ministère de la Guerre dans le cabinet Briand, de décembre 1916 à avril 1917. Il devient maréchal de France en 1921. C’est la guerre du Rif qui le fait rappeler en France en 1925. L’admiration qu’il porte à Mussolini et au Reich, qui se crée en Allemagne en 1933, l’amène à approuver les manifestations antiparlementaires qui se déroulent à Paris le 6 février 1934.

Macé Jean (Paris 1815 - Monthiers, Aisne, 1894). Ce journaliste dut quitter Paris après le coup d’État du 2 décembre 1851 et devint instituteur en Alsace. En 1866, il fonda la Ligue française de l’enseignement destinée à favoriser la diffusion de l’instruction en France. il soutint Jules Ferry dans sa lutte pour instaurer un enseignement laïc, gratuit et obligatoire. Il rédigea de nombreux ouvrages pédagogiques.

MAC-MAHON, Edme Patrice Maurice, comte de (13 juin 1808-17 octobre 1893) Président de la République (1873-1879) Saint-cyrien, issu d’une famille irlandaise, il est nommé général en juin 1848. Les victoires qu’il remporte lors de la guerre de Crimée, en particulier à Malakoff où il lance le défi “ J’y suis, j’y reste ”, sa victoire à Magenta encore, si elles lui valent tous les honneurs, ne lui permettent pas de jouer le moindre rôle politique. Napoléon III en fait un sénateur en 1856, lui donne, en 1859, le titre de duc de Magenta et de maréchal de France, mais il l’éloigne de Paris en faisant de lui le gouverneur général de l’Algérie de 1864 à 1870. Blessé et fait prisonnier par les Prussiens pendant la guerre, il est, après sa libération et l’armistice, nommé commandant en chef des armées par Thiers. C’est lui qui réprime la Commune de Paris. La répression implacable dont il a été capable lui vaut d’être porté à la magistrature suprême par une majorité royaliste et conservatrice qui compte bien qu’il saura restaurer la monarchie. Il soutient la politique religieuse de son Premier ministre, le duc de Broglie, dite de l’Ordre moral. Dans le courant de l’année 1875 plusieurs lois modifient la Constitution. Le 30 janvier, avec une voix de majorité, l’amendement Wallon introduit dans un texte secondaire le mot “ république ”. Le 24 février, la loi sur l’organisation du Sénat et, le lendemain, la loi sur l’organisation des pouvoirs publics semblent conforter la république. En 1877, une opposition à propos de politique religieuse amène Mac-Mahon à renvoyer le républicain Jules Simon et à rappeler le monarchiste de Broglie. Pour répondre à la protestation de 363 députés républicains, trois jours plus tard, le 25 juin, Mac-Mahon dissout la Chambre. Ce n’est pas une majorité monarchiste que les urnes renvoient à la Chambre mais une majorité de républicains. Les monarchistes pressent Mac-Mahon d’avoir recours à un coup d’Etat. Il s’y refuse. En 1879, le 30 janvier, les élections sénatoriales sont un nouveau succès pour les républicains, qui emportent 174 sièges contre 126. Mac-Mahon n’a plus, selon la formule de Gambetta, qu’à “ se soumettre ou se démettre ”. Il démissionne. Il n’y aura pas de restauration monarchique. Jules Grévy lui succède à la présidence de la République.

Mackau Armand, Baron de (Paris 1832- Vimer, Orne, 1918). Il fut député sous le second Empire, puis, à partir de 1876, représenta l’Orne à la Chambre des députés. En 1885, après la victoire de la droite aux élections législatives, il fonda l’Union des droites, puis soutint la cause du général Boulanger. Après, voir tente de fonder un parti catholique, il se rangea à la politique de ralliement demandée par Léon XIII.

MAILLOL, Aristide Bonaventure Jean (8 décembre 1861-27 septembre 1944) Sculpteur Après son renvoi du collège de Perpignan en 1879, Maillol envisage de devenir peintre. Il est alors le rédacteur, l’illustrateur et l’imprimeur d’une revue tirée à un seul exemplaire dont il est l’unique lecteur. La revue s’appelle d’abord La Figue puis Le Journal d’un ennuyé. Deux ans plus tard, avec une chiche pension de vingt francs que lui a accordée sa tante, il s’installe à Paris. Il y vit des années dans la plus extrême gêne. Ce n’est qu’en 1885 qu’il entre à l’Ecole des beaux-arts, où il dit ne rien apprendre. L’année suivante, après avoir exposé pour la première fois au Salon des artistes français, il rencontre le sculpteur Bourdelle, qui souvent l’héberge et le nourrit. Ce n’est qu’après avoir fait quelques essais de tapisseries qu’il réalise en 1895 ses premières sculptures sur bois. En dépit des difficultés matérielles, il épouse en 1896 une jeune femme qui met au monde leur fils unique quatre mois après le mariage. Lorsque le XXe siècle commence, ses amis nabis, les peintres Maurice Denis, Edouard Vuillard et Pierre Bonnard, se retrouvent chez lui à Villeneuve-Saint-Georges. C’est l’exposition du plâtre de sa sculpture La Méditerranée au Salon d’automne en 1905 qui marque le départ de sa carrière. Peu à peu son nom s’impose, même si la ville d’Aix-en-Provence refuse le monument à Cézanne dont la réalisation lui a été confiée. Ce n’est qu’en 1929 que celui-ci est enfin installé dans les jardins des Tuileries. Entre-temps les commandes régulières de ses collectionneurs en Allemagne comme en Russie et les réalisations de monuments aux morts lui auront permis de définitivement échapper à la gêne. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’un de ses ateliers au pied des Pyrénées est une des étapes vers la liberté pour ceux qui fuient la France occupée grâce au “ réseau Maillol ”. Sa présence malencontreuse au vernissage d’une exposition du sculpteur du Reich qu’est Arno Breker lui vaut d’être injustement accusé de collaboration. L’ampleur qu’il confère au corps féminin, thème essentiel de son œuvre, la monumentalité et l’intemporalité des corps qu’il a sculptés semblent retrouver les critères fondamentaux du classicisme et se rattacher au “ style sévère ”, que Maillol a considéré comme une référence essentielle.

MANDEL, Louis Georges Rothschild, dit (5 juin 1885-7 juillet 1944) Homme politique Pour n’être pas confondu avec les banquiers homonymes, ce fils de tailleur prend pour pseudonyme le nom de sa mère. A dix-huit ans il entre à L’Aurore. Clemenceau l’y remarque. Il l’appelle à son cabinet lorsqu’il devient président du Conseil, et en fait son chef de cabinet entre 1917 et 1919. Il a, à ce titre, la haute main sur la politique intérieure. Ce pouvoir lui vaut d’être écarté longtemps des gouvernements quand bien même il est élu en 1919 député de centre droit de la Gironde et réélu encore de 1928 à 1940. Il est ministre de l’Intérieur lorsque la France doit subir la débâcle. Convaincu qu’il faut poursuivre la lutte, il s’embarque sur le Massilia pour rejoindre le Maroc et y reprendre le combat. Ministre des Colonies entre 1938 et 1940, il a cherché à les organiser pour qu’elles soient en mesure de prendre le relais de la métropole. Arrêté sur l’ordre du gouvernement de Vichy, il est ramené en France, transféré en Allemagne en 1942. Alors qu’il est ramené à Paris, il est assassiné dans la forêt de Fontainebleau par la milice française.

MARCHAND Jean-Baptiste (Thoissey 1863-Paris 1934). Entré à vingt ans dans l’infanterie de marine, il participa à plusieurs missions en Afrique tale. En 1897, il prit la tête d’une expédition partie du Congo en direction de la haute vallée du Nil et parvint en juillet 1898 à Fachoda. Mais l’arrivée de Kitchener le fit évacuer ce fort. Après avoir participé à la campagne contre les Boxers en 1900, il démissionna de l’armée en 1904, puis fut rappelé en 1914 et prit part aux campagnes de Champagne et de Verdun.

MARCONI Guglielmo (Bologne, 25 avril 1874 - Rome, 20 juillet 1937) Physicien. Le XIXe siècle s’achève. Tout à coup la géographie et les distances prennent un autre sens, une autre réalité. La Manche n’est plus un obstacle. De South Foreland en Angleterre à Wimereux en France, Guglielmo Marconi parvient à faire passer un message grâce au dispositif qu’il a mis au point en combinant les apports que sont l’antenne réceptrice de Popov et l’oscillateur de Hertz. Depuis plusieurs années déjà Marconi, qui a commencé ses études à l’université de Bologne et les a poursuivies à Londres, a, grâce au soutien du British Post Office, multiplié les démonstrations. En 1896, il parvient à transmettre un message à douze kilomètres de l’endroit d’où il l’a émis. En 1897, les signaux qu’il émet de Lavernock sont reçus à quinze kilomètres de là à Brean-Down. De la base militaire navale de la Spezzia en Italie, il parvient encore la même année à envoyer un message au navire qu’est le San Marino qui croise à douze milles au large. Après la création en 1896 de la société Marconi’s Wireless Telegraph Co, Marconi installe en 1901 une antenne émettrice en Cornouailles et, après avoir mis en place un poste récepteur à Terre-Neuve, réussit à faire pour la première fois, franchir par un message les 3400 kilomètres de l’Atlantique. C’est en 1915 que le Pacifique est de la même manière “ traversé ” par un message lancé de San Francisco aux Etats-Unis vers Funabashi au Japon. “ L’immatérialité ” de la communication, l’instantanéité de la transmission commencent de donner à l’Europe et au monde d’autres dimensions... L’immédiateté de la transmission de l’information n’est pas sans conséquences sur la politique, la diplomatie, les échanges de capitaux. Le XXe siècle commence de conjuguer le temps d’une autre manière. L’immédiat se substitue au présent.

MARX Karl (Trêves, 5 mai 1818 - Londres, 14 mars 1883) Philosophe. Fils d’un avocat juif converti au protestantisme, Marx étudie le droit, l’histoire et la philosophie à l’université de Bonn puis de Berlin. Après avoir passé sa thèse en 1841, consacrée à Démocrite et Epicure, il ne parvient pas à obtenir une chaire de professeur. Il se lance alors dans le journalisme politique. Il est encore proche du cercle des “ jeunes hégéliens ” qui, tout en adoptant la méthode dialectique de Hegel, se sont orientés vers des positions philosophiques matérialistes, athées et libérales. Poursuivi par la censure, Marx quitte l’Allemagne pour la France en 1843, accompagné de sa femme Jenny von Westphalen. A Paris, il dirige les Annales franco-allemandes. Il rencontre Bakounine dont il rejette les thèses anarchistes et réformistes et fait la connaissance de Proudhon dont il va bientôt attaquer le socialisme “ petit-bourgeois ” dans un ouvrage écrit en français : Misère de la philosophie (1847). Expulsé de France en 1845, Marx s’installe un temps à Bruxelles où le rejoint Friedrich Engels, avec lequel va s’instaurer une longue amitié et une féconde collaboration. Avec Engels, Marx rédige La Sainte famille (1845). Cet essai critique, qui s’affranchit totalement de la pensée hégélienne, est fondamental pour comprendre la doctrine marxiste fondée sur le matérialisme dialectique et historique. Il ne s’agit plus, comme l’ont fait jusqu’ici les philosophes, d’interpréter le monde mais de le transformer, de privilégier les facteurs économiques sur les idées. Dès lors Marx va contribuer à l’essor politique de la classe ouvrière au XXe siècle et jouer un rôle éminent dans la création de l’Association internationale des travailleurs. Sous son influence, la devise “ Tous les hommes sont frères ” se transforme en un mot d’ordre mobilisateur “ Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ”. Sur mandat du deuxième Congrès de la Ligue des communistes, à laquelle ils ont adhéré, Marx et Engels conçoivent Le Manifeste du parti communiste (1848). Ce fameux document, qui imposera plus tard Marx comme une figure centrale de l’histoire mondiale, marque déjà une étape décisive dans l’élaboration des doctrines socialistes. Le Manifeste définit les principes et la tactique du parti communiste : construire une société où, les classes étant abolies, sera abolie l’exploitation de l’homme par l’homme. Aussitôt après sa publication en allemand, le Manifeste est diffusé en anglais, français, italien, hollandais et danois. Depuis, il a été traduit dans toutes les langues et a connu une diffusion mondiale. Après l’échec des révolutions de 1848 en France et en Europe, Marx séjourne brièvement à Cologne, puis se fixe définitivement à Londres en 1849, où il va connaître de grandes difficultés matérielles jusqu’à la fin de sa vie. En tant que parfait polyglotte, il est amené à collaborer à plusieurs journaux. Mais ses articles ne suffisent pas à entretenir sa nombreuse famille. Sans l’aide financière apportée par le fidèle Engels, Marx ne pourrait pas poursuivre ses travaux et voyager dans le monde entier. S’il a beaucoup écrit, Karl Marx a relativement peu publié. Durant presque quarante années il va consacrer toutes ses forces à l’élaboration de sa doctrine, secondé puis relayé par Engels. En 1867 paraît Le Capital, dont le livre I est entièrement rédigé par le philosophe. Dans sa préface, il avertit le lecteur “ qu’il n’y a pas de route royale pour la science et ceux-là seulement ont chance d’arriver à ses sommets lumineux qui ne craignent pas de se fatiguer à gravir ses sentiers escarpés ”. A partir de la masse de notes et de brouillons laissés par Marx après sa mort, Engels réalise la rédaction des livres II et III du Capital. Un travail de neuf ans. Ces livres seront publiés en allemand en 1885 et 1894, dans une traduction française en 1900-1902, et progressivement traduits dans toutes les langues européennes. Ce n’est donc qu’au début du XXe siècle que va rapidement se diffuser la doctrine marxiste : transformation de la société capitaliste en société socialiste par l’appropriation des moyens de production et par une révolution du prolétariat dont la dictature sera la phase transitoire vers une société communiste sans classes donc sans Etat.

Masaryk Tomás : (Hodonin, Moravie, 7 mars 1850 - Lany, 14 septembre 1937) Homme politique tchécoslovaque. Lorsque ce professeur de philosophie à l’université de Prague publie en 1895 La Question tchèque, il a depuis quatre ans fondé le parti Jeune Tchèque. S’il songe à trouver une solution au problème national tchèque, si pour lui, celui-ci doit intégrer une dimension sociale-démocrate, Masaryk ne songe pas à totalement rompre les liens avec l’Empire austro-hongrois. C’est le formidable ébranlement provoqué par la Première Guerre mondiale qui l’incite à mettre en place, en exil, les relations qui vont permettre que, pour la première fois, apparaisse sur la carte de l’Europe la Tchécoslovaquie en 1918. Dès le 14 novembre 1918, Masaryk est le président de la République de ce nouvel Etat. En 1927 et en 1934, il est réélu à la tête de l’Etat dont les institutions ont été conçues à l’image des institutions françaises. Masaryk, son ouvrage L’Europe nouvelle suffit à le prouver, est convaincu de la nécessité d’instances européennes. Lorsqu’il se retire de la vie politique, contraint par la maladie, la Tchécoslovaquie, malgré les alliances avec la France et l’Angleterre, commence d’être menacée par les prétentions de l’Allemagne nazie. La Tchécoslovaquie voulue par Masaryk, n’a fondamentalement d’abord été qu’une entité diplomatique. Elle n’a été possible que par le rassemblement des Tchèques et des Slovaques. Ces peuples cousins n’ont cependant ensemble vécu qu’une histoire de malentendus. Si c’est la chute de l’Empire austro-hongrois qui a permis la création de la Tchécoslovaquie, c’est la chute de l’Empire soviétique qui a conduit à la création de deux républiques distinctes, la République tchèque et la République slovaque en janvier 1993.

MATISSE, Henri (31 décembre 1869-3 novembre 1954) Peintre C’est une maladie qui permet au jeune clerc de notaire qu’est Henri Matisse de découvrir la peinture. Après avoir fait la connaissance d’Albert Marquet aux Arts décoratifs, il entre aux Beaux-Arts dans l’atelier de Gustave Moreau. Il y rencontre un jeune peintre, Georges Rouault. C’est après un séjour en Bretagne que sa palette s’éclaircit. Pendant plusieurs années les influences de peintres tels que Cézanne, Toulouse-Lautrec ou Gauguin marquent son œuvre. Il reprend même à son compte la technique divisionniste dans Luxe, Calme et Volupté, qu’il peint à Saint-Tropez en 1905. Pendant l’été de cette même année, qu’il passe à Collioure, le recours à des couleurs pures sur la toile avec de larges touches plates au pinceau, qui n’ont que faire de la notion de valeurs ni de la perspective traditionnelle, vaut au jeune peintre qui expose au Salon d’automne avec Derain, Vlaminck et Marquet d’être qualifié de “ fauve ”. Il passe pour être le chef de cette nouvelle école. Bientôt il accentue la puissance d’expression des lignes par la fluidité et l’expressivité des rythmes et des formes, qu’il simplifie. L’atelier qu’il ouvre à Paris en 1908 rencontre le succès et marque la place singulière qu’il commence de prendre dans la peinture de son temps. Son voyage au Maroc en 1911 et 1912 introduit dans son œuvre une nouvelle puissance des couleurs. Installé à Nice, il donne aux sujets les plus familiers, comme aux motifs décoratifs qu’il utilise, une dimension sensuelle hédoniste. D’année en année le mode sur lequel il utilise les lignes et les couleurs devient plus abstrait. C’est par la décoration d’une chapelle à Vence, qu’il considère comme son chef-d’œuvre, que s’achève la carrière d’un peintre qui s’est donné pour but de réaliser un “ art d’équilibre, de pureté, de tranquillité ”.

Maurice Gabriel Viollette, né le 3 septembre 1870 à Janville (Eure-et-Loir) et mort le 9 septembre 1960 à Dreux, est un homme politique français.Avocat, chef de cabinet du ministre Alexandre Millerand dans le gouvernement Pierre Waldeck-Rousseau, il est d’abord candidat aux législatives à Chinon en 1898, sans succès, puis élu aux municipales de Tours en 1900. Il est secrétaire de la première séance et désigné pour participer à deux commissions (finances et enseignement), puis il est candidat aux législatives de 1902 à Dreux, et élu député radical d’Eure-et-Loir, et constamment réélu jusqu’en 1919. Membre de la Ligue des droits de l’homme, il retrouve son siège au Palais-Bourbon en 1924 (radical, puis républicain socialiste à partir de 1928). Il est sénateur de 1930 à 1939. Après la guerre, il siège aux deux Assemblées nationales constituantes comme radical, puis comme UDSR. Élu UDSR à l’Assemblée nationale en 1946, il est inscrit au groupe républicain radical et radical-socialiste de 1951 à 1955. Maurice Viollette est très actif dans la franc-maçonnerie. Initié en mars 1893 à la loge Bienfaisance et Progrès, il a plus tard été élu au Conseil de l’Ordre du Grand Orient de France. Maire de Dreux de 1908 à 1959 (avec interruption de son mandat pendant l’Occupation), il est ministre du Ravitaillement en 1917, gouverneur général de l’Algérie de 1925 à 1927, puis Ministre d’État sous le Front populaire de 1936 à 1938. Partisan des réformes dans l’Empire colonial, il est l’auteur du projet Blum-Viollette qui prévoyait d’accorder la citoyenneté française et le droit de vote aux élites algériennes. En 1931, il publie l’ouvrage intitulé L’Algérie vivra-t-elle ?, dans lequel il affirme que si l’Algérie devait rester le fief exclusif des colons, elle serait dans « quinze ou vingt ans » perdue pour la France.
Lors de l’invasion allemande de la France en 1940, il quitte Dreux et se retrouve à Sainte-Foy-la-Grande (Gironde). Il est révoqué de ses fonctions de maire de Dreux le 31 décembre 1940. Arrêté en février 1941 par la police française qui l’interroge à Chartres, il est assigné à résidence surveillée dans un hôtel de Redon. Il refuse de payer l’hôtelier, estimant qu’il est pensionnaire de l’établissement contraint et forcé et que c’était à l’administration de payer l’hôtel. Il est alors assigné à résidence dans son appartement parisien situé 199 Rue de Grenelle, puis, ayant déménagé, rue Cognacq-Jay où il reste jusqu’en avril 1944, quittant pour Paris pour s’installer chez des amis, Monsieur et Madame Benoist, au Mesnil-sur-l’Estrée, puis allant près d’Orgerus pour se rapprocher de Dreux. Pour venir à Dreux, il fait le voyage à bord d’une ambulance, la tête entourée de bandelettes pour ne pas être reconnu. Arrivé à Dreux, il est hébergé rue Godeau chez le docteur Gautier où une cachette a été aménagée en cas de fouilles. Il est réélu à la Libération et reste député jusqu’en 1955 ainsi que maire de Dreux et président du conseil général d’Eure-et-Loir jusqu’à sa mort. En 1952, le Conseil municipal décide, malgré l’opposition de quatre voix communistes, que la Grande Rue de Dreux prendra le nom de Maurice Violette. C’est un cas très rare d’odonyme du vivant de la personne.

MAURRAS, Charles Marie Photius (20 avril 1868-16 novembre 1952) Ecrivain, homme politique Lorsqu’il arrive à Paris à l’automne 1886 après avoir interrompu ses études à Aix-en-Provence, Charles Maurras se lance dans le journalisme. La surdité dont il est marqué depuis l’enfance, la perte de la foi le rendent sensible aussi bien au dilettantisme d’Ernest Renan qu’au paganisme d’Anatole France. Mais ce sont les œuvres de Maurice Barrès et surtout de Frédéric Mistral qui accusent en lui l’amour d’une patrie. Après un voyage en Grèce au printemps 1875, il publie Le Voyage d’Athènes et Anthinéa, œuvres par lesquelles il proclame un culte à l’ordre et à la raison, dont la statuaire grecque classique lui paraît être la synthèse. C’est la même année qu’éclate l’affaire Dreyfus. Maurras est immédiatement antidreyfusard. Il importe à ses yeux de restaurer l’Etat dans ses qualités fondamentales que sont la durée et l’autorité. L’Enquête sur la monarchie, qu’il publie en 1900, propose un royalisme qui se veut empirique si ce n’est scientifique. Huit ans plus tard il lance le quotidien L’Action française. Désormais, sa vie d’écrivain se confond avec les projets, les partis pris et les combats de son journal. Il somme en 1913 que l’on prépare la revanche. Il condamne après la guerre un traité de Versailles jugé trop clément pour l’Allemagne. Il exige en 1935 une entente avec l’Italie fasciste de Mussolini. Il soutient le général Franco pendant la guerre civile espagnole de 1936-1939. Il rejette une déclaration de guerre avec l’Allemagne. La puissance du style de Maurras emporte l’adhésion de nombreux écrivains aussi différents les uns des autres que Jacques Maritain, Georges Bernanos ou encore Robert Brasillach, cela en dépit de la condamnation et de la mise à l’index de L’Action française par le pape Pie XI dès 1926. Pour avoir apporté un soutien sans réserve au maréchal Pétain et à sa politique de collaboration, Maurras est condamné à la réclusion en 1945. Il est en même temps, comme le maréchal Pétain, radié de l’Académie française, où il avait été élu en 1938.

MELIES, Georges (1861-1938) Cinéaste Lorsque la lumière se rallume dans la salle où les frères Lumière viennent de présenter pour la première fois au public le premier spectacle de cinématographe, il y a dans la salle un prestidigitateur, un illusionniste fasciné. Il s’appelle Georges Méliès. Dès l’année suivante, en mai 1896, il tourne son premier film, Une partie de cartes. Un an plus tard, il construit à Montreuil le premier studio consacré au cinéma du monde et il n’arrête plus de tourner jusqu’en 1912-1913. Quelque cinq cents films… D’année en année il invente les premiers truquages. La féerie, l’humour et l’imagination ne cessent d’être au rendez-vous. Il s’inspire de contes pour Cendrillon ou La Fée Libellule, de fictions scientifiques pour Le Voyage dans la Lune ou La Conquête du pôle, ou de l’histoire même pour l’Affaire Dreyfus ou La Civilisation à travers les âges. Plus de vingt ans après avoir donné le dernier tour de manivelle, Méliès s’éteint.

MELINE Jules (Remiremont 18M - paris 1925). Cet avocat fit partie de l’opposition républicaine sous le second empire, puis fut élu à l’Assemblée nationale et à la Chambre des députés où, en 1877, il fut un des 363 signataires de l’adresse en faveur des institutions républicaines. Ministre de l’Agriculture dans le deuxième cabinet Ferry, il prit de nombreuses mesures en faveur des paysans et créa en 1883 l’ordre du Mérite agricole. Défenseur du protectionnisme, il fut chargé du rapport sur les tarifs douaniers et fit voter en 1892 les - tarifs Méline ». Chargé en avril 1896 de constituer un cabinet, il dirigea pendant deux ans un ministère modéré, mais dut démissionner en juin 1898 avoir refusé la révision du procès Dreyfus. Il fut chargé de nouveau du portefeuille de l’Agriculture en 1915-16.

Mendeleïev, Dmitri Ivanovitch (1834-1907), chimiste russe surtout connu pour sa classification périodique des éléments. Il montra en effet que les propriétés chimiques des éléments dépendaient directement de leur poids atomique et qu’elles étaient des fonctions périodiques de ce poids.
Mendeleïev est né à Tobolsk, en Sibérie. Il étudia la chimie à l’université de Saint-Pétersbourg et, en 1859, il fut envoyé à l’université de Heidelberg. Là-bas, il rencontra le chimiste italien Stanislao Cannizzaro, dont les idées sur le poids atomique (voir Atome) influencèrent sa réflexion. Mendeleïev retourna à Saint-Pétersbourg et enseigna la chimie à l’Institut technique en 1863. Il fut nommé professeur de chimie générale à l’université de Saint-Pétersbourg en 1866. Mendeleïev fut un professeur renommé et, aucun bon manuel de chimie n’étant disponible, il rédigea ses Principes de la chimie en deux volumes (1868-1870). Cet ouvrage est devenu un classique.
En écrivant ce livre, Mendeleïev essaya de classer les éléments selon leurs propriétés chimiques. En 1869, il publia sa première version de ce qui deviendra le tableau périodique. En 1871, il en publia une version améliorée, laissant des cases vides pour des éléments encore inconnus. Son tableau et ses théories furent d’autant mieux accueillis que l’on découvrit successivement trois éléments dont il avait envisagé l’existence : gallium, germanium et scandium.
Les recherches de Mendeleïev portèrent également sur les solutions, la dilatation thermique des liquides et la nature du pétrole. En 1887, il entreprit un vol en ballon en solitaire pour étudier une éclipse solaire.
En 1890, il se dut quitter son activité universitaire à cause de ses idées politiques progressistes et de son plaidoyer pour les réformes sociales. En 1893, il devint directeur du Bureau des poids et mesures de Saint-Pétersbourg et occupa ce poste jusqu’à sa mort.

MERCIER Auguste (Arras 1833 - Paris 1921). Après avoir fait Polytechnique, il participa à l’expédition du Mexique et s’illustra pendant la guerre de 1870. Chargé du portefeuille de la Guerre dans les cabinets Casimir-Perier et Dupuy, il fit traduire Dreyfus devant le conseil de guerre en 1894. Il devint sénateur de la Loire-Inférieure en 1900.

Michel louise (1830 - Marseille 1905). Ecrivain révolutionnaire Fille naturelle d’une femme de chambre et d’un châtelain, Louise Michel a tôt l’ambition d’éduquer le peuple pour conjurer la misère. Pendant le Second Empire, elle noue des relations avec les milieux politiques progressistes et révolutionnaires. Institutrice à Paris en 1856, elle adhéra à la Ire Internationale. Elle prit une grande part à la Commune de 1871 et combattit dans les rangs des gardes nationaux donne des conférences et est brancardière. Condamnée en décembre 1871 à la déportation en Nouvelle-Calédonie elle rentra en France en 1880 et, jusqu’ sa mort, fit preuve d’une grande activité dans les mouvements révolutionnaires français. )

MICHELIN, André et Edouard (1853-1931) et (1859-1940) Industriels, inventeurs Alors que l’entreprise familiale périclite depuis la mort, en 1870, de leur père Jules, Edouard (le cadet) directeur de l’entreprise depuis 1889, imagine en 1891 un pneu démontable en cas de crevaison pour remplacer les tubes de caoutchouc qui sont collés directement sur la jante. Grâce au nouveau pneu qu’il présente à la course cycliste Paris-Brest-Paris, ce qui représente un parcours de 1 200 kilomètres, le coureur dont la bicyclette est équipée de cette invention arrive avec huit heures d’avance sur celui qui le suit. Dès 1894, les deux frères équipent de pneus une voiture à cheval, le phaéton, puis des fiacres. L’année suivante, le premier pneumatique démontable destiné à une voiture automobile est breveté par Edouard. La voiture des frères Michelin, baptisée L’Eclair, équipée de leurs pneus, participe à la course Paris-Bordeaux-Paris. C’est aussi grâce à leurs pneus qu’une automobile électrique, la Jamais Contente, atteint pour la première fois les cent kilomètres à l’heure. En 1900 André crée le Guide Michelin et dans la foulée les cartes de France et de quelques autres pays. C’est lui qui en 1911 lance une campagne pour que les routes soient balisées, numérotées et pour que les poteaux indicateurs apparaissent aux carrefours. André et Edouard s’attachèrent à créer, pour les ouvriers de leurs usines de Clermont-Ferrand, d’importantes œuvres sociales.

MILLERAND Alexandre (Paris 1859 - Versailles 1.943 Président de la République (1920-1924) C’est auprès de Clemenceau, avec qui il collabora au journal La Justice, que cet avocat, inscrit au barreau de Paris, commence sa carrière politique. Conseiller municipal de Paris en 1884, il est député radical de la Seine dès l’année suivante. Après la victoire des socialistes lors des élections municipales de 1896, il préconise au travers du “ programme de Saint-Mandé ” une unification des courants socialistes et la socialisation des moyens de production. En 1899 il entre dans le cabinet Waldeck-Rousseau, au sein duquel le soutien de Jaurès lui vaut d’avoir la responsabilité du ministère du Commerce et de l’Industrie. Mais, parce qu’au sein du même gouvernement siège le général Galliffet, surnommé “ le fusilleur des communards ”, Jules Guesde et la majorité des socialistes l’accusent. Il met sur pied d’importantes réformes sociales, dont la loi de 1900 réduisant la durée du temps de travail. Il est exclu de leurs rangs en 1904, ce qui ne l’empêche pas de poursuivre une carrière de ministre. Après avoir eu le portefeuille des Travaux publics en 1909 et 1910 dans le premier cabinet Briand et celui de la Guerre dans les cabinets Poincaré et Viviani., et celui de la Guerre à deux reprises, il est président du Conseil en 1920. Son gouvernement dit de “ Bloc national ” est conservateur. Millerand est élu président de la République le 23 septembre 1920 par 695 voix contre 69, après s’être opposé à son président du Conseil Briand à propos des relations de la France avec l’Allemagne. Après la victoire du Cartel des gauches à la Chambre le 11 mai 1924, accusé d’autoritarisme anticonstitutionnel, il est contraint à la démission, le 11 juin. Gaston Doumergue, qui jouit de la faveur de tous les partis de la chambre, le remplace. Elu sénateur en 1925, Millerand prend la tête de l’opposition.

MONIS Ernest (Châteauneuf-sur-Charente 1846-id. 1929). Élu député de la Gironde en 1885, puis sénateur du même département en 1891, il devint, en 1899, garde des Sceaux dans le ministère Waldeck-Rousseau. En 1911, il forma un ministère qui dut affronter les troubles du Maroc. En mai 1911, il fut grièvement blessé à Issy-les-Moulineaux par un avion lors d’une manifestation aérienne et dut donner la démission de son cabinet. Il fut ministre de la Marine dans le 1e cabinet Doumergue.

Mun Albert, Comte de (Lumigny, Sein prisonnier pendant la guerre de 1870, il s’initia en Allemagne avec son ami La Tour du Pin au catholicisme social. En 1871, il fonda les Cercles catholiques d’ouvriers, qui préconisaient l’alliance des patrons et des ouvriers. Élu député à partir de 1876, il défendit ses conceptions à la Chambre. À la suite de l’encyclique Au milieu des sollicitudes, il se déclara pour le ralliement et fonda, en 1893, avec Jacques Piou et Étienne Lamy, la droite républicaine, issue du mouvement de la droite constitutionnelle. Il s’opposa à la politique anticléricale de Combes et de Waldeck-Rousseau.

NADAR, Gaspard Félix Tournachon, dit (6 avril 1820-21 mars 1910) Photographe, aéronaute, écrivain Echotier, c’est en collaborant à de multiples revues que Nadar commence à gagner sa vie à Paris au milieu de la bohème littéraire. Il publie sans succès deux romans, puis donne des caricatures et parfois encore des textes à des journaux comme Le Journal du dimanche ou le Charivari. En 1854 paraît le Panthéon Nadar, qui réunit les portraits de deux cent cinquante artistes et hommes de lettres publiés précédemment dans le Petit Journal pour rire sous le titre La Lanterne magique. En octobre la vente en est interdite, car plusieurs personnalités accusent Nadar d’avoir publié leurs portraits sans leur autorisation. Dès le mois d’avril 1854, certains de ses amis, tel le dessinateur et graveur Gustave Doré, posent pour le photographe que Nadar a décidé d’être. Tous ses contemporains du monde politique, mondain, artistique, théâtral et musical vont passer par son atelier. La Société d’encouragement pour la locomotion aérienne aux moyens d’appareils plus lourds que l’air, les essais qu’il fait entre 1863 et 1867 avec le ballon Le Géant, lui valent une renommée internationale. Il prête en 1874 son atelier aux jeunes peintres qui sont qualifiés alors d’impressionnistes et, quatre ans plus tard, organise la première importante exposition de Daumier, qui vit alors dans la misère. Dix ans avant sa mort il publie un livre de mémoires, Quand j’étais photographe.

Naquet Alfred (Carpentras 1834-Paris 1916). Ses opinions républicaines le forcèrent à s’exiler sous le second Empire. En 1871, il fut député du Vaucluse à l’Assemblée nationale, où il siégea à l’extrême gauche. En 1884, il fit voter la loi rétablissant le divorce. Apres avoir été un des plus fervents partisans du général Boulanger, il fut impliqué dans le scandale de Panama et rentra dans la vie privée.

NAPOLEON III, Louis Napoléon Bonaparte (20 avril 1808-9 janvier 1873) Président de la République (1848-1852) Empereur des Français (1852-1870) Fils du roi de Hollande, Louis Bonaparte, et d’Hortense de Beauharnais, il est le neveu de Napoléon Ier. C’est en Suisse qu’il fait ses études et il sort officier de l’école militaire de Thoune. En 1831 il prend part à l’insurrection des libéraux italiens en Romagne. Lorsque meurt le duc de Reichstadt en 1832, fils de Napoléon Ier, il se considère comme le chef de la dynastie des Bonaparte. Les tentatives qu’il fait à Strasbourg en 1836 et à Boulogne en 1840 pour renverser la monarchie de Juillet tiennent plus du coup de main que du coup d’Etat. En octobre 1840 il est condamné à la réclusion à perpétuité et emprisonné au fort de Ham. Il y rédige L’Extinction du paupérisme, écrit confus qui se veut héritier d’un socialisme à la Saint-Simon. Il parvient à s’évader en 1846, grâce aux vêtements qu’il emprunte au peintre en bâtiment Badinguet. Le nom du peintre deviendra son surnom. Il ne revient en France qu’après la révolution de 1848. Elu député à l’Assemblée constituante, il vote la Constitution de la IIe République et, le 10 décembre 1848, il est élu président de la République. Dans les mois qui suivent, il manœuvre pour éliminer le parti républicain puis pour écarter la majorité monarchiste que les déchirements entre légitimistes et orléanistes discréditent. Son nom lui vaut le soutien de l’armée et lui permet le coup d’Etat du 2 décembre 1851. Un an plus tard, un plébiscite fait de lui l’empereur des Français sous le nom de Napoléon III. Il épouse en 1853 la comtesse espagnole Eugénie de Montijo. Jusqu’en 1860, son pouvoir autoritaire muselle la presse et l’opposition. La modernisation économique, dont l’extension du réseau ferroviaire et le développement du système bancaire sont les signes les plus évidents, autant que les travaux qui bouleversent Paris et que l’essor de l’industrie et du commerce ne permettent pas qu’il poursuive cette politique autoritaire. Il libéralise le régime par le droit de grève, celui d’interpellation et d’initiative pour les députés en accordant la liberté de réunion et plus de latitude à la presse. Il engage la France dans la guerre de Crimée entre 1854 et 1856. Son engagement pour libérer l’Italie de la tutelle autrichienne vaut à la France le rattachement de Nice et de la Savoie. Il étend l’Empire colonial en Cochinchine, au Cambodge, en Algérie. Mais l’échec de l’expédition du Mexique et les menaces qui pèsent sur les Etats pontificaux ne lui permettent pas d’être l’arbitre qu’il veut être en Europe. L’attribution de la couronne espagnole au prince de Hohenzollern devient le prétexte à une guerre que le chancelier allemand Bismarck souhaite pour permettre la création de l’Empire allemand. La rapide défaite de l’Empire français le comble. Le 4 septembre 1870, l’empereur Napoléon III, prisonnier, est déchu de son titre. L’Empire n’est plus, et il ne reste plus à Louis Napoléon qu’à prendre, après sa libération, le chemin de l’exil.

NIETZSCHE Friedrich (Rochen, Prusse, 15 octobre 1844 - Weimar, 25 août 1900) Philosophe. Premier choc déterminant de sa jeune vie, Nietzsche à quatre ans perd son père et, peu après, son frère cadet. Dans un milieu exclusivement féminin, il reçoit une stricte éducation luthérienne. Renonçant à la fonction pastorale, il entre à dix-huit ans à l’université de Bonn et poursuit des études de philosophie et de philologie. Deuxième choc pour l’étudiant, sa lecture en 1863 de Schopenhauer. Dès lors la vocation de philosophe s’impose à lui. Sa vie sera tout entière consacrée à la recherche “ de la vérité, tout effrayante et mauvaise qu’elle puisse être ”. Réformé de l’armée en 1867 après une chute de cheval, Nietzsche est renvoyé chez lui. Troisième événement de sa jeunesse, sa rencontre avec Richard Wagner auquel il voue une admiration passionnée. Pour se rapprocher du compositeur et de sa femme Cosima, il accepte une chaire de philologie à Bâle et devient un assidu de leur villa de Triebschen. Des “ hauts entretiens ” que le philosophe a avec le musicien, dans “ une atmosphère enivrante ”, va naître le premier ouvrage de Nietzsche : Naissance de la tragédie ou Hellénisme et pessimisme (1871). Déjà dans cette œuvre apparaissent les prémices de “ l’affirmation suprême ” plus tard développées par le philosophe. Après l’euphorie de la victoire allemande de 1870 sur la France, Nietzsche traverse une crise intellectuelle qui va l’amener à se détacher du pessimisme de Schopenhauer et de l’esthétisme de Wagner. Encore sous l’influence de ces deux maîtres, il publie entre 1873 et 1876 un virulent réquisitoire contre “ les philistins cultivés ” : Considérations inactuelles. Dans un style belliqueux, Nietzsche se présente comme le destructeur de toutes les valeurs, le “ réveilleur ” d’un vieux monde endormi. L’année 1878 marque la rupture du philosophe avec Wagner, devenu nationaliste prussien et pieux, et dont il juge l’opéra Parsifal comme l’exemple de la dégénérescence européenne. Au romantisme morbide, Nietzsche oppose “ l’instinct-vital ”, exalte la vie contre la souffrance, dans deux recueils d’aphorismes : Humain trop humain, 1876-1878 ; Le Voyageur et son ombre, 1880. Malade, Nietzsche avait dû abandonner l’enseignement dès 1879. Après le refus de l’écrivain Lou Andreas-Salomé de l’épouser, commence pour lui une existence de plus en plus solitaire. Comme Rilke et Hölderlin, c’est un “ isolé ”, à l’écart des milieux intellectuels de son temps, partageant sa vie entre l’Allemagne et la Suisse, l’Italie et le Midi de la France. A l’exception de rares amis, le vide se creuse autour de lui. Un silence incompréhensible accueille ses livres : Aurore (1881), constitué de 575 aphorismes “ sur la morale considérée comme préjugé ” ; Le Gai Savoir (1883-1887), parcouru par le sentiment de la victoire spirituelle sur la tyrannie du mal. Dans cette période de solitude extrême, Nietzsche s’imprègne de philosophie hindoue. Alors qu’il se promène du côte de Silvaplana, “ à six mille pieds au-delà de l’homme et du temps ”, il a “ la vision ” d’une vie universelle qui se répète et se répétera indéfiniment. Ce mythe de L’Eternel Retour se retrouve dans son grand livre prophétique Ainsi parlait Zarathoustra (1883-1885). Dans cette œuvre philosophique et poétique, les valeurs vitales sont exaltées aux dépens des valeurs de connaissance, et prend naissance le concept de Surhomme ou plutôt de Surhumain. Publié en 1886, l’essai Par-delà le bien et le mal, sous la forme habituelle d’aphorismes, expose la synthèse de la pensée nietzschéenne qui annonce la transmutation générale des valeurs, un monde dominé par la volonté de puissance, énergie pure, libre de toute loi. Malgré ses nombreux déplacements, Nietzsche mène une vie recluse et monotone entièrement consacrée à la méditation et à l’écriture. Une poignée de lecteurs intéressés par ses idées vient parfois troubler sa solitude. Mais, lentement, la folie le gagne. En 1887, dans l’indifférence générale, paraît Généalogie de la morale. L’année suivante, la violence contenue dans L’Antéchrist vaut à cet ouvrage d’une haute portée philosophique un certain retentissement. De retour en Italie en 1889, Nietzsche écrit en un mois, dans une sorte d’euphorie, son autobiographie Ecce Homo, dont il espère qu’elle le sortira du profond désintérêt qui l’entoure. Mais il ne pourra en voir la publication : une explosion de démence oblige sa famille à faire interner le philosophe dans une maison de santé à Iéna. Recueilli et soigné à Weimar par sa sœur, Nietzsche meurt sans avoir repris sa lucidité, le 25 août 1900. Après la mort de Nietzsche, sa sœur va contribuer à faire connaître ses œuvres. En assurant l’édition posthume de La Volonté de puissance, dont elle fera un “ montage ” équivoque à partir de fragments de textes et de notes laissés par son frère, elle sera également en partie responsable avec son mari Foerster, nationaliste prussien et antisémite, de la récupération de la doctrine nietzschéenne par l’idéologie nazie.

PAINLEVE, Paul (5 décembre 1863-29 octobre 1933) Mathématicien, homme politique Normalien, il enseigne à la Sorbonne et à l’Ecole polytechnique. Ses travaux sur les équations différentielles lui valent d’être élu, en 1900, à l’Académie des sciences. Premier passager de Wilbur Wright et d’Henri Farman en 1908, il se passionne pour la mécanique appliquée à l’aviation et, auteur de travaux déterminants sur le frottement, il crée en 1909 un cours de mécanique à l’Ecole d’aéronautique. Socialiste indépendant, élu en 1910, il fait en sorte que son action politique permette le développement de l’aviation. Plusieurs fois ministre pendant la guerre de 1914-1918, c’est lui qui écarte Nivelle et met en place Pétain et Foch. Après la guerre il participe à la fondation du Cartel des gauches, et, s’il est écarté de l’Elysée, il demeure ministre de la Guerre de 1926 à 1929. C’est ainsi qu’il réduit la durée du service militaire à un an et lance le projet de la ligne Maginot. Il est le premier à détenir le portefeuille du ministère de l’Air. A sa mort, l’Etat lui fait des funérailles nationales et il est inhumé au Panthéon.

Paris Philippe D’orléans, comte de (Paris 1838 -, 1894). Fils aîné du duc d’Orléans et petit-fils du roi Louis-Philippe, il fut exilé en 1848 et prit part à la guerre de Sécession dans les rangs nordistes. Revenu en France en 1871, il s’employa à -réaliser la fusion entre la famille d’Orléans et le comte de Chambord pour préparer la restauration de la monarchie. Après la mort du comte de Chambord en 1883, il devint le prétendant de tous les royalistes, mais, après le vote de la loi d’exil en 1886, il dut se retirer en Angleterre.

PASTEUR, Louis (1822-1895) Chimiste, biologiste Alors qu’il est âgé de vingt-six ans, la publication d’un mémoire de cristallographie le rend célèbre dans le monde scientifique. Les travaux de Pasteur, doyen de la faculté des sciences de Lille, lui permettent d’affirmer en 1862 que la génération spontanée est une inconséquence. Ses travaux sur la fermentation le conduisent à conseiller, pour éviter l’altération des vins, de les chauffer à 55 °C, procédé bientôt appelé “ pasteurisation ” qui permet la conservation des liquides fermentescibles. Après avoir découvert la bactéridie charbonneuse, le vibrion septique, après avoir mis en évidence la cause des furoncles et de l’ostéomyélite, il démontre que l’infection puerpérale est due aux streptocoques. Il lutte pour montrer que les micro-organismes sont les agents des maladies contagieuses et qu’ils propagent l’infection. C’est en 1881 qu’il commence avec Roux ses recherches sur la rage. Le vaccin qui est utilisé pour la première fois sur l’homme en 1885 lui vaut une gloire incomparable. Entré en 1862 à l’Académie des sciences, il est élu à l’Académie française en 1881.
Pasteur Louis (1822-1895), biologiste et chimiste français, connu en particulier pour ses travaux sur le vaccin contre la rage. Il jeta les bases de la microbiologie, mit en évidence le rôle des germes dans la propagation des maladies infectieuses, inventa la pasteurisation, et mit au point des vaccins contre plusieurs maladies (voir Vaccination).
Fils de tanneur, Pasteur naquit à Dole le 7 décembre 1822, puis grandit dans la petite ville d’Arbois. En 1847, il obtint un doctorat de physique et de chimie à l’École normale supérieure, à Paris. Nommé assistant d’un de ses professeurs, il commença des recherches qui l’amenèrent à une importante découverte : un rayon de lumière polarisée (voir Optique) est dévié ou non selon la nature de la solution qu’il traverse. À l’aide d’une solution contenant des bactéries et des micro-organismes, il montra que des molécules organiques de structure identique ne dévient pas toutes la lumière de la même façon. On distingue les formes dextrogyres, qui dévient le rayon vers la droite, et les formes lévogyres, qui le dévient vers la gauche. Les formes dextrogyres et lévogyres d’une même molécule sont appelées isomères de cette molécule.
Les travaux sur la fermentation
En 1854, après plusieurs années de recherche et d’enseignement à Dijon et à Strasbourg, Pasteur partit pour Lille. Il devint doyen de la faculté des sciences et professeur de chimie. À l’origine, cette faculté avait été fondée, en partie au moins, pour résoudre les problèmes pratiques des industries de la région, en particulier dans le domaine de la production de boissons alcoolisées. Cela donna l’occasion à Pasteur de se lancer dans l’étude du processus de la fermentation. L’idée que les levures jouent un certain rôle dans ce phénomène n’était pas nouvelle, mais c’est Pasteur qui démontra que la production d’alcool est bien due à ces micro-organismes. Il mit aussi en évidence que l’apparition de substances tels l’acide lactique ou l’acide acétique, qui donnent une certaine acidité au vin, est due à la présence d’autres micro-organismes : des bactéries. L’acidification du vin (transformation en vinaigre) et de la bière était un problème économique majeur en France ! ; Pasteur contribua à le résoudre en démontrant que les bactéries pouvaient être éliminées en chauffant les solutions de sucre à haute température.
Pasteur s’intéressa également au problème du lait aigre et proposa une solution similaire : chauffer le lait à haute température et le pressuriser avant la mise en bouteille. Ce procédé est aujourd’hui appelé pasteurisation.
La controverse sur la génération spontanée
L’origine des micro-organismes dans la nature était un vaste débat et depuis très longtemps, on croyait que les organismes inférieurs pouvaient naître de conditions physico-chimiques particulières : c’était la théorie de la génération spontanée. Pasteur était fermement convaincu, à l’inverse, que celle-ci était impossible et que les organismes ne pouvaient naître que de germes (de « !parents ! ») déjà présents dans l’air. Cela l’opposa à un autre biologiste français, Félix-Archimède Pouchet, partisan de la génération spontanée, professeur à Rouen et correspondant de l’Académie des sciences. Pour lui, renier la génération spontanée, c’était renier la création divine.
Pour ou contre la génération spontanée, la controverse déclencha les passions et fut débattue à l’Académie des sciences (voir Institut de France), qui trancha officiellement en faveur de Pasteur. En 1864, une conférence théâtrale à la Sorbonne, ainsi que la présence de nombreux amis de Pasteur dans les rangs de l’Académie, accélérèrent sa victoire sur Pouchet. Ces débats, qui se prolongèrent malgré tout jusque dans les années 1870, donnèrent un élan considérable à la microbiologie, et en particulier aux méthodes expérimentales.
Le ver à soie
En 1865, Pasteur fut rappelé à Paris, où il fut nommé administrateur et directeur des études scientifiques de l’École normale supérieure. Il se pencha sur les problèmes de la soie en France. La situation était en effet préoccupante car une maladie des vers à soie, la pébrine, avait pris une ampleur épidémique. Pasteur postula que certains éléments microscopiques trouvés dans les vers à soie malades (ainsi que dans leurs papillons et leurs œufs) étaient des organismes pathogènes. Il surveilla alors les éclosions et démontra que la pébrine n’est pas seulement contagieuse, mais également héréditaire. Il en conclut qu’il fallait séparer les œufs malades des œufs sains. En adoptant cette méthode de sélection, l’industrie de la soie fut sauvée.
La « !théorie des germes ! »
Les travaux de Pasteur sur la fermentation et sur la génération spontanée eurent un impact considérable en médecine. Il pensait en effet que l’origine et le développement des maladies étaient comparables à la fermentation : une maladie apparaît à cause de germes externes attaquant l’organisme, de la même façon que des micro-organismes envahissent le lait et entraînent sa fermentation. Ce concept, appelé « !théorie des germes ! », fut longuement débattu par les médecins et les scientifiques du monde entier. L’un des arguments principaux avancés par ses détracteurs était le rôle secondaire ou négligeable joué par les germes pendant la maladie. L’idée que des micro-organismes puissent tuer des organismes beaucoup plus gros semblait ridicule. Le débat dura plusieurs années, puis les recherches de Pasteur plaidèrent en sa faveur. Au cours de sa carrière, Pasteur put développer la théorie des germes pour expliquer plusieurs maladies.
Premières vaccinations
Avec son collaborateur Émile Roux, Pasteur étudia une maladie fatale pour les ruminants, le charbon, due à un bacille spécifique, Bacillus anthracis. Il se proposa d’immuniser les animaux en leur injectant des bacilles atténués. Selon lui, ils devaient alors développer une forme légère du charbon destinée à les protéger lors d’un contact ultérieur avec le bacille. Pour démontrer sa théorie, Pasteur réalisa une expérience publique : il commença par inoculer à vingt-cinq moutons ses bacilles atténués. Quelques jours après, il leur injecta une concentration particulièrement forte du bacille normal. Il injecta également cette solution à vingt-cinq moutons qui n’avaient subi aucun traitement préalable. Comme animaux témoins, il prit dix moutons auxquels il ne fit strictement rien. Les moutons du premier groupe et les moutons témoins devaient survivre, tandis que ceux du deuxième, non vaccinés, devaient tous mourir. Et de fait, c’est ce qui se passa. Encore une fois, Pasteur avait démontré le bien-fondé de ses théories grâce à une expérience spectaculaire et bien menée.
Vaccin contre la rage
Pasteur passa le reste de sa vie à identifier différents facteurs pathogènes, responsables de maladies telles que les septicémies, le choléra, le choléra aviaire, la diphtérie, la tuberculose et la variole. Il travailla à leur prévention grâce à la vaccination. Ses recherches portèrent en particulier sur la rage, maladie mortelle dans la plupart des cas. À la suite d’expériences sur la salive d’animaux affectés par cette maladie, Pasteur conclut qu’elle se localisait dans le système nerveux. En effet, lorsqu’un extrait de moelle épinière de chien enragé fut injecté à des animaux sains, ces derniers développèrent les symptômes de la rage. En travaillant sur les tissus des animaux infectés, en particulier ceux des lapins, Pasteur put mettre au point une forme atténuée du virus destinée à la vaccination. Malheureusement, rien ne prouvait l’efficacité de cette méthode, ni son inocuité.
C’est alors que, en 1885, un jeune Alsacien, Joseph Meister, mordu par un chien enragé, fut conduit au laboratoire de Pasteur. Ce dernier entreprit de le soigner avec sa nouvelle méthode. À la fin du traitement, qui dura dix jours, on inocula à l’enfant le virus le plus violent. Il guérit définitivement. Le principe de la vaccination avait fait ses preuves.
Les recherches de Pasteur sur la rage entraînèrent, en 1888, la fondation à Paris d’un établissement destiné au traitement de cette maladie : l’Institut Pasteur. Il fut dirigé par Pasteur lui-même, jusqu’à sa mort. Aujourd’hui, l’Institut Pasteur est réputé pour être l’un des principaux centres mondiaux d’étude des micro-organismes et des maladies infectieuses.
Pasteur mourut à Saint-Cloud, le 28 septembre 1895. Il était depuis longtemps un héros national. Des funérailles nationales furent organisées en son honneur à la cathédrale Notre-Dame, et son corps fut placé dans la crypte de l’Institut.
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Pauli, Wolfgang (1900-1958), physicien américain d’origine autrichienne et lauréat du prix Nobel, connu pour sa définition du principe d’exclusion en mécanique quantique. Né à Vienne, il fit ses études à l’université de Munich. Il enseigna la physique aux universités de Göttingen, de Copenhague et de Hambourg, et la physique théorique à l’Institut fédéral de technologie de Zurich, de 1928 à 1935. Il fut également professeur honoraire à l’institut de Princeton, dans le New Jersey, aux États-Unis.
En 1925, Pauli définit le principe d’exclusion, appelé également le principe d’exclusion de Pauli, d’après lequel deux électrons, ou plus généralement deux fermions, ne peuvent se trouver dans le même état quantique (voir Quantique, théorie). En 1931, son hypothèse de l’existence du neutrino, une particule subatomique, a contribué de manière fondamentale au développement de la dynamique mésonique. En 1945, il reçut le prix Nobel de physique.
PEGUY Charles (Odéans 1873 - Villeroy 1914). D’origine paysanne, il entra à l’École normale supérieure en 1894 et se rangea résolument dans les rangs des dreyfusards. Dès 1900, il se sépara de ses amis socialistes dont il ne pouvait approuver l’anticléricalisme. Il fonda en 1900 les Cahiers de la quinzaine et revint à la foi catholique en 1908. Il fut tué dès le début de la bataille de la Marne. Dans ses œuvres en prose (Notre jeunesse) ou en vers (le Mystère de la charité de Jeanne d’Arc, le Porche du mystère de la deuxième vertu, ta Tapisserie de Notre-Dame), il donna libre cours à son mysticisme lyrique.

PELLETAN Camille (Paris 1846 - id. 1915). Fils d’Eugène Pelletan, membre du gouvernement de la Défense nationale, il fut chargé par Clemenceau de la rédaction du journal la Justice. Élu député des Bouches-du-Rhône en 1881, il fut un adversaire violent de la politique coloniale de Jules Ferry et du boulangisme. Rapporteur du premier congrès du parti radical-socialiste, il recul de Combes le portefeuille de la Marine et s’attira de vives inimitiés parmi les officiers en voulant démocratiser la marine. Il joua un grand rôle dans la séparation de l’Église et de l’État, et fut élu sénateur en 1912.

PICASSO Pablo (Malaga, 25 octobre 1881 - Mougins, 8 avril 1973) Peintre. Pablo Ruiz y Picasso est une manière d’ogre. Tout lui est bon pour peindre. Toutes les références. Toutes les écoles. Tous les temps. Les exemples sont multiples. Le 26 juin 1954, Picasso crayonne d’après les personnages du Déjeuner sur l’herbe de Manet. En 1947-1949, Picasso qui élabore une lithographie intitulée David et Bethsabée s’inspire d’un tableau de Lucas Cranach. Dans une toile datée du 30 janvier 1960, c’est la Bethsabée de Rembrandt qu’il prend pour modèle. En 1950, c’est avec Les Demoiselles des bords de la Seine de Gustave Courbet que Picasso dialogue. Tout est bon pour Picasso. Il découvre un jour dans les mains de son marchand Kahnweiler, un livre consacré à Altdorfer. Picasso copie trois de ses dessins... Le 17 septembre 1932, dans sa propriété de Boisgeloup, Picasso dessine à plusieurs reprises d’après La Crucifixion de Grünewald. En 1899, Picasso peint un portrait “ à la Greco ”... Des années plus tard, il confie aimer “ ces portraits, ces messieurs avec des barbiches en pointe. Les tableaux de saints, la Trinité, la Vierge, c’est l’Italie ”. Qu’importe “ l’inconséquence ” de Picasso. C’est à Greco encore qu’il se confronte avec le Portrait d’un peintre d’après le Greco, qu’il achève le 22 février 1950. En 1954, Picasso déchiffre les Femmes d’Alger de Delacroix en leur consacrant d’innombrables dessins et quatorze toiles. Au cours de l’été 1957, ce sont cinquante-huit toiles que Picasso consacre aux Ménines de Vélasquez. C’est en combinant des éléments de L’Enlèvement des Sabinesde Poussin et de L’Enlèvement des Sabines de David que Picasso crée le sien propre... Picasso, ogre, ne cesse de traquer chez les uns et chez les autres ce par quoi la peinture ne cesse de s’inventer. Il regarde avec la même intensité tous les peintres de l’Europe. Pour preuve cette confidence qu’il fait un jour à propos des frères Le Nain, à propos de ce qu’il nomme leur maladresse : “ C’est d’ailleurs peut-être cette maladresse qui fait leur charme. Et puis, c’est français. Voyez tous les peintres français, c’est pareil. Même le plus grand, Poussin, qui pourtant a donné des leçons aux Italiens, et qui est allé plus haut et plus loin que les Italiens, on trouve des maladresses chez lui. Pas chez les Espagnols, ni chez les Italiens, bien entendu ”. Et de constater encore : “ Rien n’est raconté chez Rubens. C’est du journalisme, du film historique. Voyez Poussin, quand il peint Orphée, eh ! bien, c’est raconté. Tout, la moindre feuille raconte l’histoire... ” Regarder Picasso c’est y retrouver toute la peinture de l’Europe qui lui a été nécessaire, qu’il a repris à son compte pour ses métamorphoses. Tout, le moindre détail, en raconte l’histoire.

PICQUART Georges (Strasbourg 1854Amiens 1914). Après avoir servi en Indochine, cet officier remplace en 1897 Sandherr à la tête des services de renseignements. Il obtint la certitude que Dreyfus n’était pas l’auteur du « bordereau » et, par son insistance à vouloir en convaincre ses chefs, fut emprisonné à deux reprises. Après la réhabilitation de Dreyfus, Picquart fut nommé général en 1906 et devint ministre de la Guerre dans le cabinet Clemenceau (1 906-1909).

Pie IX (Senigallia, 13 mai 1792 - Rome, 7 février 1878) Elu 253e pape le 16 juin 1846. Héritier d’une famille de la petite noblesse de province à la piété intense, Giovanni Maria Mastai Ferretti cesse d’être harcelé par les crises d’épilepsie peu après son ordination en 1819. Loin de songer alors à une carrière, il ne veut qu’être pasteur d’âmes et se dédier aux plus pauvres. Les qualités apostoliques dont il fait preuve lors d’une mission au Chili lui valent à son retour à Rome d’être placé à la direction de l’institut San Michele où il fait preuve d’un savoir-faire administratif et économique qui lui valent d’être nommé évêque de Spolete en 1827. Trois ans plus tard il est cardinal. En 1846, le conclave qui se réunit à la mort de Grégoire XVI le porte au trône de saint Pierre en raison des vertus de modération et de conciliation qui sont les siennes. Nombreux sont ceux qui espèrent que le pape saura réconcilier son siècle, qui vient de subir les contrecoups de la Révolution française, avec l’Eglise. Nombreux sont ceux qui croient que le pape peut prendre la tête d’une confédération des Etats italiens. On veut croire que Pie IX peut être le pape libéral attendu. L’année 1848 met en évidence la personnalité de Pie IX. La révolution politique, sociale et économique qui chasse le roi des Français, Louis-Philippe Ier du trône de France, a, dans les Etats italiens, une dimension politique fondamentale. Naples, Florence, Turin promulguent de nouvelles constitutions. A Rome même, la rue en impose une au pape. Mais très vite la déception populaire le contraint à fuir Rome le 24 novembre, et, le 9 février 1849 le pape, réfugié à Gaète, voit le parlement romain élu en janvier proclamer la République. Ce n’est qu’en avril 1850 que, grâce aux troupes françaises envoyées à Rome par le Prince-Président Louis-Napoléon, Pie IX peut revenir dans sa capitale. A son retour les ambiguïtés sont levées. Le pape libéral espéré, le pape dont on a cru qu’il accompagnerait le Risorgimento, mouvement de renouveau politique qui conduit à l’unification de l’Italie, ce pape-là n’est plus. Pie IX devient le pape “ traître ”, le pape de l’intransigeance. S’il proclame le 8 décembre 1854 le nouveau dogme de l’Immaculée Conception qui donne à la dévotion des fidèles un nouvel élan, c’est moins la dimension religieuse que la dimension politique qui continue de dominer le pontificat. Si de nombreux concordats tentent de réguler les liens de l’Eglise et des Etats en Europe, la question romaine conduit Pie IX à prononcer une série d’excommunications qui concerne des millions d’Italiens. C’est que, le 18 mars 1861, le royaume d’Italie est proclamé et que quelques jours plus tard, le Président du Conseil de ce qui était quelques jours plus tôt encore le royaume de Sardaigne, Camillo Cavour qui construit l’unité italienne contre l’Autriche, affirme que Rome doit être la capitale de ce nouveau royaume d’Italie. Mais Pie IX n’admet pas de devoir abandonner son pouvoir temporel. Les promesses que peut lui faire Cavour ne suffisent pas à conjurer à ses yeux les dangers que constitue l’instauration d’un Etat laïque. La publication du Syllabus, liste de quatre-vingts propositions condamnées par l’Eglise, provoque une polémique à laquelle toute l’Europe prend part. C’est que le pape condamne aussi bien la liberté de la presse et la liberté de pensée que la liberté de culte de minorités non catholiques, qu’il condamne la prétention de l’Etat à être laïc. Le pape condamne de la même manière ceux qui voudraient qu’il soit le réconciliateur du Progrès et de la foi. Les réactions sont telles que Pie IX décide de convoquer un concile œcuménique dont les travaux commencent le 8 décembre 1869. L’autorité dont Pie IX fait preuve dans l’organisation même du concile conduit cinquante-cinq pères conciliaires à quitter Rome la veille du vote promulguant la constitution Pastor aeternus, qui affirme l’infaillibilité personnelle du pape. Mais les circonstances conduisent les évêques qui se sont retirés à donner leur accord ; c’est que l’entrée des troupes italiennes dans Rome le 20 septembre 1870 suspend les travaux du concile. Les armées du roi d’Italie Victor Emmanuel II n’ont plus à redouter l’intervention de l’empereur des Français, Napoléon III, qui a dû capituler à Sedan le 2 septembre face aux armées du roi de Prusse, Guillaume Ier. Au matin de ce 20 septembre, les combats pour l’ouverture d’une brèche dans les murs de Rome a fait une cinquantaine de morts. Malgré l’entrée des troupes italiennes dans Rome, Pie IX choisit de ne pas quitter la ville. Il s’enferme dans la cité du Vatican, s’y considérant prisonnier de l’Italie. A sa mort, le 7 février 1878, le Saint-Siège dispose d’un prestige et d’une autorité incontestés dans un monde catholique intransigeant. Et ce pape qui meurt est le premier en Europe depuis plus de dix siècles à ne plus régner sur aucun Etat pontifical...

Piou Jacques (Angers 1838-Paris 1932). Député de la Haute-Garonne à partir de 1885, il siégea avec les monarchistes et se prononça pour le ralliement à la République. Dans ce but, en 1890, il fonda le groupe de la droite constitutionnelle, qui, en 1893, se rapprocha d’Albert de Mun et d’Étienne Lamy pour former la droite républicaine.

POINCARE Raymond (Bar-le-Duc 20 août 1860 - Paris 15 octobre 1934). Président de la République (1913-1920) Ce Lorrain, avocat célèbre du barreau de Paris et cousin du mathématicien Henri Poincaré, fit des études de doit et fut élu député progressiste de la Meuse en 1887, mandat qu’il gardera jusqu’en 1903. Il acquit une réputation de spécialiste en affaires financières. Le scandale de Paname, qui amena au pouvoir une nouvelle génération de républicains, lui permit de devenir ministre des Finances de 1894 à 1895. Chargé de l’instruction publique dans le cabinet Ribot, il fit passer la loi donnant aux groupes de facultés le nom d’. universités,,. Au moment de l’affaire Dreyfus et de la formation du Bloc des gauches, il disparut un moment de la scène politique. Il fit son retour en janvier 1912, lorsque Fallières le chargea de constituer un ministère d’union nationale. S’étant réservé dans son cabinet le portefeuille des Affaires étrangères, il s’attacha à resserrer les alliances de la France avec la Grande-Bretagne et la Russie. En janvier 1913, il fut élu président de la République et s’engagea dans la voie de la -revanche.. Au moment de l’ultimatum autrichien à la Serbie, en juillet 1914, il se trouvait en visite officielle en Russie et revint en France après avoir poussé le tsar à réagir vigoureusement. La part qu’il prit ainsi au déclenchement des hostilités lui valut le surnom de « Poincaré la Guerre ».
En 1893, à trente-trois ans, il devient ministre de l’Instruction publique, il passe aux Finances, revient à l’Education nationale. Dreyfusard uniquement pour des raisons juridiques et légales, il est nommé président du Conseil le 14 janvier 1912 et assume au sein de son gouvernement le portefeuille des Affaires étrangères, avec lequel il remet en place la Triple-Entente, resserrant l’alliance entre la Grande-Bretagne, la Russie et la France. Succédant à Armand Fallières, il est élu président de la République le 18 février 1913 et pèse de tout son poids pour que soit adoptée en août de la même année la loi militaire des trois ans, qui vise à renforcer les effectifs militaires et à moderniser les équipements de l’armée. Si lorsque éclate la guerre il se veut le champion de “ l’Union sacrée ”, il se voit contraint de nommer son vieil adversaire Clemenceau à la présidence du Conseil en 1917. Après avoir quitté la présidence de la République en 1920, laissant à Paul Deschanel une éphémère succession, il n’abandonne pas la vie politique puisque, président du Conseil en 1922, il décide de l’occupation de la Ruhr en 1923 pour assurer le paiement des réparations dues par l’Allemagne. La crise monétaire et l’augmentation des impôts qu’il met en place amènent en 1924 le Cartel des gauches au pouvoir. Mais dès juillet 1926 c’est à lui qu’il revient de former un cabinet d’Union nationale qui, au prix d’une dévaluation en juin 1928, permet de stabiliser le franc. Après avoir démissionné, malade, il consacre les dernières années de sa vie à la rédaction de ses Mémoires.

POIRET, Paul (1879-1944) Couturier Les rituels sociaux de l’aristocratie et de la haute bourgeoisie, qui mènent pendant la belle saison les femmes les plus en vue sur la Côte basque, lancée par l’impératrice Eugénie, ou sur la Riviera et la Côte d’Azur, ne modifient que peu la manière dont les femmes s’habillent. Jusqu’en 1908, leur poitrine est projetée en avant et leur croupe rejetée en arrière. Corsages cintrés et corsets affinent la taille et soulignent les hanches. Ce sont les costumes créés par Léon Bakst pour les Ballets russes de Diaghilev et le succès du ballet Schéhérazade qui provoquent en 1910 une révolution du costume féminin, à laquelle Paul Poiret donne toute sa dimension. Il écarte les couleurs “ convenables ” que sont les mauves et les roses fanés, au profit de couleurs éclatantes, rejette les bustes corsetés et les jupes cloches pour des robes fluides que ponctuent plis et drapés. Les femmes les plus audacieuses vont jusqu’à porter des culottes dites “ de harem ”, qui paraissent sous la jupe et provoquent le scandale. Autre révolution, les garnitures de dentelles disparaissent. Le succès que rencontre Poiret lui vaut, pendant les années qui précèdent la Première Guerre mondiale, de faire une fortune telle qu’il peut se permettre de donner les plus extraordinaires fêtes que Paris ait connues depuis longtemps. L’une des plus fastueuses est celle qu’il donne en 1911 et qui a pour nom Mille et Deuxième Nuit, à laquelle les invités ne sont admis que s’ils portent un costume persan. Dans les mois qui précèdent la guerre, Poiret innove encore par des décolletés en V, que l’Eglise accuse d’indécence et que la faculté de médecine condamne parce qu’ils risquent de rendre les femmes poitrinaires. La guerre prive d’un jour à l’autre de toute ressource l’homme qui a libéré la femme du corset et qui a donné, en leur commandant des décors, les moyens de vivre à de jeunes peintres tels que Maurice de Vlaminck ou Raoul Dufy.

PROUST, Marcel (10 juillet 1871-18 novembre 1922) Ecrivain Jeune homme fragile (on a cru à sa naissance qu’il ne vivrait pas), précieux, curieux comme on l’est dans sa famille, il maîtrise tôt l’écriture, ce dont témoignent des prix décernés au lycée Condorcet. Après avoir fait comme volontaire son service militaire à Orléans en 1889, il fonde avec des amis en 1892 la revue Le Banquet, qui compte huit numéros. Il collabore bientôt à La Revue blanche de Thadée Natanson. Il fréquente le salon de la princesse Mathilde, qui a reçu les Goncourt, Sainte-Beuve ou Flaubert. Il est convié chez Mme Strauss et chez Mme de Caillavet. Il y rencontre Charles Maurras et Anatole France, qui est le préfacier en 1896 de son premier livre, Les Plaisirs et les Jours. Si le livre passe inaperçu, il provoque un duel avec le critique Jean Lorrain parce que Proust se juge offensé par son article. De 1895 à 1905, en même temps qu’il traduit des œuvres de Ruskin, il ébauche un grand roman qu’il abandonne, Jean Santeuil. Du côté de chez Swann paraît en décembre 1913. Six ans plus tôt, Proust a commencé à concevoir la composition du cycle romanesque autour des personnages que sont Swann, les Guermantes et Albertine. La mort de sa mère, en 1905, et celle de son secrétaire, en mai 1914, le laissent dans la solitude. L’asthme qui l’affecte depuis sa jeunesse l’oppresse de plus en plus. Il ne se consacre plus guère, de ratures en “ paperolles ”, qu’à l’écriture d’A la recherche du temps perdu. En 1919 il obtient le prix Goncourt. Cette distinction ne change pas le rythme de vie de celui qui, dans sa chambre close, n’a plus que le désir de parachever son œuvre, avec Le temps retrouvé.

RAVEL, Maurice (7 mars 1875-28 décembre 1937) Compositeur Dès l’âge de sept ans, Maurice Ravel, dont le père est un bon musicien amateur qui a inventé un moteur thermique, entre au Conservatoire de Paris. En 1901, après avoir étudié la composition auprès de Gabriel Fauré, il n’obtient qu’un second prix de Rome, ce qui lui interdit de partir pour la villa Médicis. Nouvel échec en 1902. Echec encore en 1903. En 1905, le jury prend la décision de l’écarter du concours. Cette brimade arbitraire provoque un scandale. Fauré prend la défense de son élève. Si l’Institut se refuse à revenir sur la décision qu’il a prise, le scandale est tel que Ravel se retrouve plus célèbre que s’il était parti. C’est qu’il a déjà donné, en 1895, sa Habanera pour deux pianos ; qu’il a déjà fait jouer son ouverture Schéhérazade et La Pavane pour une infante défunte, en 1899 ; que Jeux d’eau ou le Quatuor à cordes en fa, en 1902, ont convaincu des compositeurs tels qu’Erik Satie, Manuel de Falla ou encore Igor Stravinski, des chefs d’orchestre et des poètes comme Léon-Paul Fargue ou Valéry Larbaud, de l’importance de ce jeune compositeur. Tout au long de sa carrière, il ne remettra pas en cause le classicisme de la musique française dans laquelle prend place son œuvre, à la suite de compositeurs comme Couperin ou Rameau. Sa vie personnelle se résume à la composition de ses œuvres et à quelques tournées en Angleterre, au Canada ou aux Etats-Unis entre 1922 et 1928, ou encore en Europe en 1932 pour diriger son Concerto en sol. C’est après une longue maladie provoquant des troubles du langage et de la motricité que Ravel s’éteint.

Rémusat Charles François Marie, comte de (Paris 1797 -id. 1875). Ce fils de la comtesse de Rémusat, dame d’honneur de l’impératrice Joséphine, collabora à plusieurs journaux et, député de 1830 à 1847, il fut ministre de l’intérieur dans le cabinet de Thiers en 1840. Proscrit après le coup d’État du 2-Décembre, il revint en France en 1859 et, en août 1871, fut nommé par Thiers ministre des Affaires étrangères. Battu par Barodet aux élections de mai 1873, il fut ensuite élu député de la Haute-Garonne.

RENAN, Joseph Ernest (28 février 1823-2 octobre 1892) Ecrivain, philosophe Reçu premier à l’agrégation de philosophie en 1848, il obtient une mission de l’Institut qui lui vaut de voyager en Italie les deux années suivantes. Il repart en 1860 pour la Syrie, le Liban et la Palestine, qui lui inspire L’Histoire des origines du christianisme. Le premier volume, qui paraît en 1863, lui vaut de perdre sa chaire du Collège de France, à laquelle il avait été nommé en 1862. Le régime ne lui pardonne pas d’avoir pu qualifier Jésus par l’expression “ homme incomparable ”, qu’il avait employée lors de sa leçon inaugurale. Avoir été écarté par le Second Empire lui vaut de devenir un personnage officiel de la IIIe République, dont le prestige immense a une influence décisive pour de jeunes écrivains comme Maurras, Barrès ou Bourget. Renan manifeste son scepticisme à l’égard de la démocratie dans La Réforme intellectuelle et morale, qui paraît en 1871. Sa Prière sur l’Acropole, publiée en 1883, célèbre la Grèce antique pour avoir réalisé l’harmonie de la beauté, du sens divin et de la raison. Elu à l’Académie française en 1879, celui qui se dit un “ tissu de contradictions ” devient l’administrateur du Collège de France en 1883. La puissance et la sensualité de sa langue a formé ce qu’il appela “ la génération du relatif ”.

RENAULT, Louis (1877-1944) Industriel A onze ans, dans un petit atelier du jardin de la maison de ses parents à Billancourt, il construit, pièce après pièce, de ses propres mains, sa première voiture. En 1899, avec ses frères Marcel (1882-1903) et Fernand (1865-1909), il crée l’usine Renault Frères. Aussitôt il fait breveter la boîte de vitesses à prise directe et le changement de vitesse par baladeurs. Les courses — qu’il s’agisse de Paris-Trouville, Paris-Ostende, Paris-Bordeaux, Paris-Vienne ou Paris-Berlin — que remportent les voitures sortant de l’usine de Billancourt valent au nom de Renault une notoriété qui ne cesse de croître. La mort de Marcel Renault au cours de la course Paris-Madrid, en 1903, amène Louis à renoncer aux compétitions. Les usines s’agrandissent. En 1918 elles fournissent à l’effort de guerre un tank léger, sûr et maniable, qui permet les percées de l’infanterie lors des offensives. Après la guerre, Louis, qui ne cesse de multiplier les brevets (il en laisse plus de cinq cents), s’intéresse autant aux machines agricoles qu’à la mise au point de moteurs diesel, destinés aux véhicules lourds. Contraint de travailler pour la Wehrmacht pendant l’Occupation, il est inculpé de collaboration à la Libération. Son entreprise, nationalisée, devient après sa mort la Régie nationale des usines Renault.

REYNAUD, Paul (15 octobre 1878-21 septembre 1966) Homme politique C’est en tant qu’avocat que Paul Reynaud, après des voyages qui l’ont mené au Mexique comme au Japon, en Chine comme en Russie, commence sa carrière. Les Basses-Alpes, dont il est originaire, l’élisent à la Chambre en 1919 pour la première fois. La défaite du Bloc national en 1924 lui coûte son siège. Il n’est réélu qu’en 1928, et occupe plusieurs places au sein des gouvernements qui se succèdent entre 1930 et 1932. Il préconise plus tard, sans succès, une dévaluation du franc et défend la conviction du colonel de Gaulle, qui souhaite développer l’armée blindée. Ministre des Finances du cabinet Daladier, qui s’est formé en avril 1938, il impose une politique de sacrifices. Après la débâcle de 1940, il veut, comme de Gaulle, poursuivre la guerre. Mais, président du Conseil depuis mars 1940, mis en minorité par son propre gouvernement, il doit laisser la place au maréchal Pétain. Accusé d’être l’un des responsables de la défaite, il est traduit devant la Haute Cour de Riom et plus tard déporté en Allemagne. Après la guerre, il est réélu sans cesse député du Nord de 1946 à 1962. S’il est favorable en 1958 au retour du général de Gaulle, et participe en tant que président au Comité constitutionnel consultatif qui élabore la Constitution de la Ve République, il s’oppose à lui lorsque celui-ci propose, en 1962, que le président de la République soit élu au suffrage universel.

Ribot Alexandre (Saint-Omer 1842-Paris 1923). Cet avocat siégea parmi les députés modérés à la Chambre à partir de 1878 et combattit la politique de Jules Ferry. Ministre des Affaires étrangères de 1890 à 1893, il fut le principal artisan de l’alliance franco-russe. En 1892, il devint président du Conseil, mais dut démissionner en 1893 à cause du scandale de Panama. Appelé en 1895 pour former un ministère, il contribua à imposer le protectorat français sur Madagascar. Après avoir été de nouveau en juin 1914 à la tête d’un ministère qui dura quatre jours, il fut rappelé à la présidence du Conseil en 1917 et fit remplacer Nivelle par Pétain.

RILKE Rainer Maria (Prague, 4 décembre 1875 - Valmont, Suisse, 29 décembre 1926) Ecrivain. L’un des plus grands écrivains de langue allemande du XXe siècle, celui dont la poésie tend à “ maintenir l’homme et le monde saufs ”, l’homme qui a inspiré des passions aux femmes les plus remarquables de son temps en Europe, a vécu toute son existence dans un fragile équilibre entre vie et pulsion de mort, entre lumière et ténèbres. De son enfance, il dira qu’on l’a “ frustré de la part la plus innocente de sa force ”. Enfance gâchée, éducation soumise à la dure discipline des écoles militaires vont exacerber le sentiment d’angoisse et la sensibilité à vif du jeune homme. Inscrit en 1896 à l’université de Munich, Rilke étudie la philosophie et suit les cours d’histoire de l’art. A cette époque il a déjà publié des œuvres en prose et des poèmes dans des nombreuses revues allemandes et autrichiennes. D’inspiration néo-romantique, ces écrits de jeunesse ne traduisent pas encore le génie de Rilke dont l’épanouissement se fera progressivement, à la suite d’errances solitaires et de certains événements intimes. Sa rencontre avec Lou Andreas-Salomé, écrivain d’origine balte et ancienne amie de Nietzsche, est de ces “ expériences ” qui vont avoir une profonde incidence sur le destin et l’œuvre du poète. Pour elle, il écrit Journal florentin après un séjour en Italie. Avec elle, il fait deux voyages en Russie, en 1899 et en 1900, au cours desquels il rencontre Tolstoï et découvre le monde slave dans lequel “ il puisa sa créativité ”. A l’issue de sa liaison avec Lou, Rilke s’installe en Allemagne dans une colonie d’artistes. Il y fait la connaissance de Clara Westhoff, élève du sculpteur Rodin, qu’il épouse en 1901. L’année suivante, il accompagne sa femme à Paris. Tout en fréquentant les milieux artistiques et littéraires où il fait la connaissance d’André Gide et de Paul Valéry, il côtoie aussi la souffrance et la misère du peuple parisien. De cette nouvelle expérience va naître Le Livre de la pauvreté et de la mort (1902) qui clôt le cycle des poèmes publiés en 1905 sous le titre Le Livre d’heures. Cet ouvrage, empreint d’une profonde angoisse métaphysique, annonce Le Livre d’images (1902-1906) dans lequel apparaît le motif qui désormais régnera sur toute l’œuvre du poète, celui de la mort “ que chacun porte en soi, comme le fruit porte son propre noyau ”. Déjà en Allemagne et en Autriche, Rilke jouit d’une immense audience. Rapidement sa notoriété va se répandre en Europe, notamment en Scandinavie et en France. A Paris, le poète se lie avec Rodin, dont il deviendra un temps le secrétaire. Le travail du sculpteur, qu’il observe longuement dans son atelier, le fascine. Sous l’influence de son œuvre, Rilke va entreprendre une recherche esthétique originale qui doit le mener à créer “ un objet d’art (...) sorti du temps et confié à l’espace (...) devenu durable et apte à l’Eternité ”. Deux ans après la naissance de leur fille Ruth, Rainer Maria et Clara ont décidé de mettre fin à leur vie conjugale, en 1903, mais conserveront jusqu’à la mort du poète une étroite intimité intellectuelle. S’abandonnant à l’angoissante et “ nécessaire solitude du poète ”, Rilke ne cesse alors de voyager : Suède, Danemark, Italie, France, Allemagne, etc. Après une courte installation en Belgique, il séjourne à Capri. En 1907, la découverte à Paris de la peinture de Cézanne agit sur son œuvre comme l’avait fait la sculpture de Rodin. Les Nouveaux poèmes (1907-1908) traduisent cette notable évolution par une sorte de retour au réel, au poème-objet dont les images sont ici plus proches de la forme plastique que musicale. Poussé par une instabilité maladive, le poète continue d’errer, écrivant, donnant des conférences, effectuant des traductions. Entre 1907 et 1914, ses pérégrinations le mènent entre villes, pays et continents : Berlin, Paris, Prague, Venise, Dalmatie, Adriatique, Espagne, Afrique du Nord, Egypte... Mais toujours il revient en Allemagne et à Leipzig en particulier chez son éditeur et ami Anton Kippenberg qui ne cessera d’apporter au poète un soutien matériel et moral. En 1911 paraissent Les Cahiers de Malte Laurids Brigge. Ecrite sous la forme d’un journal intime, cette admirable œuvre en prose, dont une partie tente d’exorciser les secrets de l’enfance de l’écrivain, représente une nouvelle étape de l’ascèse spirituelle de Rilke. Après ce combat livré contre lui-même et ressenti comme un échec intérieur, Rilke traverse une crise physique et morale et sombre dans une “ longue période de sécheresse ”. Reclus sur les bords de l’Adriatique, il commence en 1912 les Elégies de Duino. L’explosion de la Première Guerre mondiale surprend l’écrivain à Munich. Ressortissant autrichien, il est mobilisé en 1916 puis rapidement libéré. Durant toutes les hostilités, il vit “ en état de syncope ”. Invité en 1919 à donner des séances de lectures en Suisse, Rilke quitte définitivement l’Allemagne pour se fixer dans le Valais, au château de Muzot que des amis ont mis à sa disposition. C’est là, en 1922, qu’une “ étrange puissance ” lui dicte les derniers poèmes des Elégies dont il désespérait de venir à bout. A peine a-t-il achevé cette œuvre d’une portée universelle que Rilke compose les Sonnets à Orphée (1923) qui s’imposent à lui “ comme une tempête ”. Mais déjà sa santé chancelle et l’oblige à plusieurs séjours à la clinique de Valmont. Atteint d’une leucémie aiguë, il y meurt le 29 décembre 1926. Outre sa production poétique, ses nombreux ouvrages en prose et une monographie sur Auguste Rodin, Rilke laisse une abondante Correspondance de près de dix volumes, dont les Lettres à un jeune poète, sorte de “ guide spirituel ” dans lequel Rilke révèle sa plus haute conception de l’art.

RIMBAUD, Arthur (20 octobre 1854-10 novembre 1891) Poète Arthur est le deuxième enfant de Vitalie Cuif, paysanne, et du capitaine Rimbaud, qui a servi en Afrique. Lorsque le capitaine abandonne sa famille à Charleville, celle qu’Arthur appelle la “ mère Rimbe ” a quatre enfants. C’est dans le Bulletin de l’Académie de Douai qu’apparaissent les premiers textes de Rimbaud, des textes écrits en latin. Bientôt il écrit, encouragé par l’un de ses jeunes professeurs, ses premiers poèmes en français. Puis ce sont les premières fugues. A son arrivée à Paris il est interné pour avoir voyagé sans le moindre billet. C’est à son professeur conseiller, Georges Izambard, qu’il doit d’être libéré. Sa deuxième fugue le mène jusqu’à Bruxelles, où il espère devenir journaliste. En février 1871 il est une nouvelle fois à Paris. La ville gronde contre un gouvernement qui se réfugie à Versailles et se déshonore en signant un armistice. De retour à Charleville après la proclamation de la Commune, il écrit les 13 et 15 mai 1871 les lettres que l’on dit du “ voyant ”. Il y assure que “ Je est un autre ” et qu’il lui faut passer par un “ long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens ” pour atteindre l’inconnu. Qu’il faut “ changer le monde ” et “ réinventer l’amour ”. Paul Verlaine, qui a dix ans de plus que lui, après avoir lu les poèmes qu’Arthur, qui a dix-sept ans à peine, lui a envoyés, l’invite à Paris. Provocateur, impertinent, il exaspère certains au point que Fantin-Latour est obligé d’enlever de sa toile Un coin de table un personnage, Albert Mérat, qui n’admet pas d’être représenté auprès de Rimbaud. Celui-ci s’ingénie à amener Verlaine, avec lequel il a une liaison, à se séparer de sa femme, Mathilde. Les deux poètes quittent Paris ensemble le 9 juillet 1872. Deux semaines plus tard, Mathilde, en Belgique, tente en vain de ramener Verlaine à Paris. Deux mois plus tard à Londres, ils fréquentent les communards en exil. L’absinthe, l’intransigeance, les exigences qui sont celles de Rimbaud provoquent des ruptures, des déchirements. Le 10 juillet Verlaine tire sur Rimbaud. Il est arrêté, emprisonné. Après avoir retiré sa plainte, sans daigner assister au procès, Rimbaud repart pour les Ardennes. Il y écrit dans la fièvre Une Saison en enfer. Les quelque cinq cents exemplaires dont sa mère a financé le tirage sont abandonnés chez l’imprimeur par Rimbaud, qui n’en distribue que quelques-uns, dont un qu’il porte à la prison des Petits Carmes, où Verlaine est interné. En 1874 il est à nouveau à Londres. C’est un autre poète qui l’accompagne, Germain Nouveau. Il y achève un recueil, les Illuminations, et s’arrête net d’écrire. Dans les années qui suivent il est recruteur, agent de cirque, mercenaire. Il est à Java. Il est à Chypre, à Aden. Il est surveillant dans un atelier de trieuses de café. Puis il est à Harar. Il fait du commerce. Il est explorateur. De retour à Aden en 1885, il se lance dans le trafic d’armes. Il repart pour l’Egypte. Une tumeur au genou droit l’oblige à revenir en France. A Marseille on l’ampute. Il remonte jusqu’au pays de son enfance, mais pressé de repartir pour l’Afrique il rejoint Marseille pour s’y embarquer. C’est là que le 10 novembre 1891, à l’hôpital, le cancer l’emporte.

ROCHEFORT, Victor-Henri, marquis de Rochefort-Luçay, dit Henri (31 janvier 1830-1er juillet 1913) Ecrivain, homme politique Aristocrate sans fortune, il doit accepter un obscur emploi à l’Hôtel de Ville de Paris avant de collaborer à des journaux et d’écrire plus d’une dizaine de vaudevilles. Si Les Petits Mystères de l’Hôtel Drouot le font connaître en 1862, c’est son entrée au Figaro en 1864 qui le rend célèbre. Figure du Boulevard, il affronte en duel les personnalités les plus en vue. La loi sur la presse de 1868 lui permet de fonder La Lanterne. Ce journal d’opposition est tiré dès son premier numéro, le 1er juin 1868, à 50 000 exemplaires. Dès le troisième numéro, qui est saisi, Rochefort est condamné à treize mois de prison et à 10 000 francs d’amende. Il choisit l’exil et fait reparaître La Lanterne à Bruxelles. Après la chute de l’Empire, brièvement membre du gouvernement de Défense nationale, il crée après sa démission Le Mot d’ordre, journal républicain qui soutient Gambetta. Elu député de Paris il abandonne son mandat un mois plus tard, et attaque le gouvernement replié à Versailles. Il est arrêté après la Commune et le Conseil de guerre le condamne le 20 septembre 1871 à la déportation perpétuelle. Le 20 mars 1874 il s’évade de Nouvelle-Calédonie, et, de retour en Europe, il recrée à Genève La Lanterne. Amnistié en 1880, il reprend ses polémiques dans L’Intransigeant, contre Gambetta, Ferry et les autres chefs du parti opportuniste. Rallié à Boulanger il est une nouvelle fois condamné par contumace à la déportation perpétuelle. Amnistié en 1895, il dirige L’Intransigeant et collabore à Gil Blas, mais il est devenu l’allié des cléricaux, des monarchistes et des bonapartistes, et sa lutte contre Dreyfus est celle d’un nationaliste militariste antisémite.

Rochette henri : affaire de : L’Affaire Henri Rochette est l’un des exemples symptomatiques de la collusion de la finance et du monde politique (Et plus particulièrement des radicaux et radicaux-socialistes) sous la troisième République. Tous les ingrédients y sont : Escroquerie ; corruption ; dévoiement de la Justice ; manipulation de l’opinion à des fins politiques ; Acquisition de société de presse par moyens illégaux ; assassinat d’opposant.
L’affaire commence le 23 mars 1908 avec l’arrestation d’Henri Rochette à son domicile. Après diverses perquisitions dans les locaux de ses sociétés faites dans la matinée, l’homme d’affaires sera conduit en début d’après-midi à la prison de la Santé.
C’est maître Fernand Rabier qui défendait ses intérêts, avant de laisser la place à un autre avocat quelques semaines avant le déclenchement de l’Affaire. Détail symptomatique de cette époque : Maître Rabier n’est pas un inconnu ; bien au contraire ! Il est en 1906 député radical-socialiste du Loiret et vice-président de la Chambre des députés. C’est donc un des principaux membres du radicalisme de cette époque d’avant-guerre, proche de Joseph Caillaux.
Le lendemain 8 mars, l’Echo de Paris titre : « L’épargne française vient d’être atteinte par un krach formidable. On parle de cent millions et plus, représentés par des titres et valeurs émis dans ces dernières années, pour la constitution de sociétés industrielles diverses. Le créateur de ces sociétés, M. Henri Rochette a été arrêté sous l’inculpation d’escroqueries, abus de confiance et infractions à la loi sur les sociétés. On assure que plusieurs hommes politiques sont compromis dans ce scandale. »
Quelques lignes plus bas, L’Echo de Paris accuse sans citer de noms : « On assure que plusieurs hommes politiques sont impliqués dans ce scandale. On parle notamment d’un membre influent du « Bloc » (Il s’agit du Bloc des Gauches ») qui touchait des mensualités de 15 000 francs aux guichets de la Banque franco-espagnole ». S’agit-il de Joseph Caillaux alors ministre radical des Finances du gouvernement de Georges Clemenceau qui a tant fait parler de lui avec son projet de loi sur l’impôt général sur le revenu ?
Henri Rochette était administrateur de cette dernière banque et également du Crédit minier. Ces deux établissements d’affaires étaient « spécialisés » dans la création de sociétés ayant des actifs très faibles ou, pire, sans aucun actif. L’escroquerie consistait à vendre des titres de ces sociétés et à financer les dividendes à verser par de nouvelles créations.
Les plaintes déposées par des souscripteurs mécontents ne tardèrent pas. De son côté, le Parquet avait eu son attention attirée à plusieurs reprises par les émissions successives faites par ces deux établissements. Henri Rochette s’était toujours arrangé pour indemniser les plaignants avant que la justice vienne mettre son nez dans ses affaires.
En mai 1907, un ingénieur du nom de Gustave Gadot déposa plainte pour escroquerie contre Henri Rochette. Il lui avait confié l’exploitation de son brevet d’invention d’un compteur d’eau. La société anonyme avait bien été créée, mais le banquier ne tint pas ses engagements.
Bien qu’un juge d’instruction ait été nommé par le Parquet, l’affaire traina en longueur. La justice n’était visiblement pas pressée d’enquêter sur les affaires d’Henri Rochette ! Le plaignant finit par déposer une seconde plainte par voie écrite. La conclusion parut dans le journal L’Echo de Paris : « Je me fais fort, Monsieur le juge, de prouver que M. Rochette a grâce à ses sociétés soustrait plus de 60 millions à l’épargne française. Je me fais fort de vous donner les moyens de constater que ces sociétés n’ont pour actifs que des mines inexploitées ou sans aucune valeur. Je prouverai, en outre, soit par des documents, soit par des témoignages, que M. Rochette a fait de faux bilans, qu’il a constitué des sociétés en fraude des lois françaises ». L’escroquerie consiste à faire des émissions d’actions à jet continu afin de pouvoir payer les dividendes des sociétés créées précédemment et qui ne sont que fictives. Alors que depuis plusieurs semaines, une vingtaine de plaintes arrivaient sur le bureau des juges, plaintes qui étaient systématiquement classée sans suite grâce aux amitiés dont bénéficiait Henri Rochette en haut lieu, une enquête générale fut décidée au plus haut niveau de l’état à la suite d’une réunion entre Georges Clemenceau (Président du Conseil), Aristide Briand (Ministre de la Justice) et le procureur général. Le Président du Conseil ne voulait pas voir rejouer le scandale de l’Affaire de Panama qui avait été si dommageable au Parti radical (Et dont les conséquences avait été étouffées en haut lieu par la non divulgation de la liste de la centaine d’hommes politiques radicaux corrompus, les fameux « Chéquards »).
Mais ce qui décida de l’arrestation d’Henri Rochette à ce très haut niveau est une toute autre affaire. Selon le même journal, « D’accord avec un homme politique dont on a beaucoup parlé il y a quelque temps, Rochette avait décidé de mettre la main sur un grand journal du matin, dont le directeur actuel est lui-même un homme politique. Le plan était simple : Il s’agissait de s’emparer de la majorité des actions de la société du journal en question. Rochette se procura la liste des actionnaires, et peu après ces actionnaires recevaient une circulaire très alarmante dans laquelle on les engageait à vendre de suite leurs titres. »
Le directeur du journal tant convoité fut avisé et déposa une plainte contre X ; l’enquête remonta par trois intermédiaires successifs à Henri Rochette. Le journal convoité est le « Petit journal », un des trois plus grands tirages de son temps, classé dans la presse populaire et d’orientation de Droite. Le directeur du journal est Charles Prevet, sénateur de Seine-et-Marne inscrit sur les bancs de la Droite libérale et conservatrice, membre du conseil d’administration du Figaro. Ce dernier dut insister lourdement pour qu’une plainte fût engagée contre Henri Rochette ! L’homme politique commanditaire de cette affaire d’escroquerie pourrait être Joseph Caillaux, ministre des Finances en place, qui a fait beaucoup parlé de lui avec son projet très controversé d’Impôt généralisé sur le revenu. La Lumières n’a jamais été faite à ce sujet car masquée par le scandale financier et par l’assassinat du directeur du Figaro !
Henri Rochette sera jugé dans un premier procès en correctionnel durant lequel il mettra en place une défense combative et très habile. Finalement, il sera condamné à deux ans de prison le 27 avril 1911. Il fera appel, ce qui suspend l’exécution de la sentence.
L’affaire est ensuite appelée devant la chambre correctionnelle le 27 avril 1911, mais Henri Rochette obtient un renvoi au premier décembre grâce aux pressions exercées par Joseph Caillaux sur le ministre de la Justice (Ce nouveau scandale fera l’objet d’une commission d’enquête parlementaire dirigée par Jean Jaurès). Il faudra attendre le 26 juillet 1912 pour connaitre le dénouement de ce premier épisode : La cour d’appel de Rouen élève la peine à trois ans ferme. Aussitôt la peine prononcée, Henri Rochette prend la fuite et part vivre dans l’anonymat. Cela ne l’empêchera pas de revenir « exercer » en France après la grande Guerre. Le second acte de ce scandale politico-financier commence début février 1912 et prend un tournant politique. Suite à la publication par Le Figaro d’une information révélant qu’Henri Rochette n’aurait pu obtenir le report du procès en appel sans l’intervention d’Ernest Monis, Président du Conseil alors qu’il était ministre de la Justice, suite à l’insistance de Joseph Caillaux, alors ministre des Finances et détenteur de ce portefeuille en 1912.
Dans Le Figaro, Gaston Calmette, son directeur, va brandir pendant deux ans la menace de publier la preuve de cette intervention, le « Document Fabre ». Ce dernier consiste en un procès-verbal dressé en 1911 par le procureur général Victor Fabre dans lequel il accuse Joseph Caillaux et Ernest Monis de l’avoir forcé à solliciter le report du procès.
Début 1914, plusieurs quotidiens de Droite commencent une violente campagne de presse contre Joseph Caillaux. Ministre des Finances depuis décembre 1913, ce dernier est pressenti pour prendre la tête du gouvernement à l’issue des élections législatives du printemps 1914. La Droite lui reproche son pacifisme qui le conduira à être traduit en 1917, à la demande de Georges Clemenceau, devant la Haute Cour pour intelligence avec l’ennemi durant la grande Guerre.
Continuant sa campagne de presse contre Joseph Caillaux, Le Figaro annonce en première page, le 13 mars 1914, qu’il détient « La preuve des machinations secrètes de M. Caillaux ». L’article est assassin : « J’ai depuis longtemps prouvé que M. Caillaux, rétribué par les banques étrangères qu’il préside et au profit desquelles il supprime les prescriptions du Code pénal, avait dirigé tous les efforts de ses puissantes fonctions politiques vers un seul but : La recherche de l’argent. J’ai démontré qu’il allait jusqu’à violer la loi quand il lui plaisait d’arracher à la prison, pour le rendre à ses vols, un ami, comme Rochette, dont les spéculations, ruineuses pour l’épargne publique, étaient utiles à la politique personnelle du ministre ».
Le 16 mars 1914, Gaston Calmette publie une lettre personnelle de Joseph Caillaux adressée à sa maîtresse (Qui deviendra ensuite sa femme) dans laquelle toute l’hypocrisie du ministre des finances au sujet de l’impôt sur le revenu est mise en lumière. En fin de missive, il y écrit à sa maîtresse : « J’ai écrasé l’impôt sur le revenu en ayant l’air de le défendre ». Attitude très ambiguë, sachant que son électorat étant plutôt à gauche ou extrême gauche, il se veut être le promoteur d’une réforme fiscale exigée par les socialistes depuis 1905 ! Très fâcheux pour l’homme et ses amis radicaux à la veille des élections législatives du printemps 1914.
Craignant d’autres publications de lettres intimes dans Le Figaro, la femme du ministre, Henriette Caillaux, se rend le jour même de la publication dans la rédaction du journal vers quinze heures ; attend le retour de Gaston Calmette pendant une heure ; l’assassine de six balles de révolver. Arrêtée, Henriette Caillaux est inculpée de meurtre avec préméditation.
Au terme d’un procès qui fit la une de la presse, elle sera acquittée par le jury d’assise en juillet 1914, les psychiatres évoquant un « Cas typique d’impulsion subconsciente avec dédoublement complet de personnalité survenu sous l’influence d’un état émotionnel et continu ». Face à la Justice de la troisième République, il vaut mieux être puissant que misérable !
Epilogue
Le lendemain du meurtre de Gaston Calmette, 17 mars 1914, Joseph Caillaux démissionne de son poste de ministre des Finances (Sa carrière politique ne s’arrêtera pas là !). A la Chambre, Louis Barthou, ministre de la Justice au moment des faits, lit la note du procureur général Fabre sur l’affaire Rochette ; un débat d’une extrême violence met aux prises l’orateur avec Jean Jaurès et Ernest Monis. La commission d’enquête qui suivra ne permettra pas de faire la lumière sur cette affaire, chacun niant les faits qui leurs sont reprochés. On ne saura jamais si Joseph Caillaux est intervenu afin de faire reporter le procès de son ami Henri Rochette !
Le 13 mars 1924, Henri Rochette et deux autres complices sont arrêtés à Paris. Ils sont accusés d’avoir soutiré 40 millions à des petits porteurs en plaçant des titres sans valeur ou de sociétés inexistantes. Pour cela, ils gonflaient les cours des sociétés placées dans un faux journal économique qu’ils envoyaient à leurs futures victimes. En 1934, alors qu’Henri Rochette est à nouveau jugé lors d’un procès en appel, il se suicide en pleine audience de la cour d’appel pour, selon ses mots, « Hâter sa réhabilitation » ! Dans le livre qu’il rédigea durant ses derniers jours, l’heure de Spartacus, il accuse le politique d’être intervenu dans des affaires judiciaires. Il veut-dit-il, dénoncer les tyranneaux qui tiennent les leviers de commande du pays.
Cette affaire Rochette ne pourrait être qu’un épisode de plus dans la longue listes des affaires politico-financières à mettre à l’actif des radicaux et radicaux-socialistes. Ce qui est triste est que ces gouvernements de gauche qui ont dirigé la France durant les dix ans précédant la grande Guerre ont été avant tout mu par des ambitions personnelles sous tendu par un enrichissement personnel. L’instabilité ministérielle qui en est résulté est la cause directe de l’impréparation de l’Armée française en août 1914 : L’allongement du service militaire à trois ans sera finalement voté au printemps 1914 alors que les gouvernements successifs savaient que l’Armée allemande était largement plus nombreuse depuis plusieurs années (Les français se battront à un contre quatre au début du conflit) ; le canon de plus longue portée que celle du canon de 75mm ne sera jamais fabriqué après dix ans de discussions alors que les gouvernements connaissaient la puissance de l’artillerie allemande depuis dix ans (Les français seront hachés par l’artillerie allemande sans jamais avoir vu l’ennemi même de loin jusque début 1915).

RODIN, Auguste (1840-1917) Sculpteur La découverte des sculptures de Donatello et de Michel-Ange qu’il fait à Florence et à Rome relance l’ambition du jeune Rodin, qui n’a pu entrer à l’Ecole des beaux-arts et dont une sculpture a été refusée au Salon en 1864. Dix ans plus tard, L’Age d’airain y est accepté et lui vaut d’être remarqué ; il est même accusé d’avoir eu recours à des moulages tant le modelé du corps est précis. Il tire de l’œuvre de Dante le thème de La Porte de l’Enfer, qu’il conçoit pour répondre à la commande d’une porte monumentale destinée au musée des Arts décoratifs. Parce qu’elle ne s’intègre pas à l’architecture du bâtiment à laquelle elle est destinée, il doit renoncer à l’achever mais réutilise dans plusieurs de ses œuvres des motifs qu’il a élaborés à cette occasion. En 1884 il commence à réaliser Les Bourgeois de Calais. En dépit d’un caractère entier, il reçoit encore plusieurs commandes officielles, tels le Monument à Claude Lorrain en 1889, celui à Victor Hugo en 1890, ou le Balzac, qui est une souscription et qui provoque une polémique. Outre de nombreux bustes, Rodin sculpta des groupes, des figures, sur des thèmes mythologiques ou allégoriques. La mise en place de lignes de force, de plans, les déformations des masses et de l’anatomie, la puissance du modelé et des poses inédites font la singularité d’une œuvre exceptionnelle, qui ne peut être assimilée à aucun des mouvements esthétiques dont il est le contemporain.

ROLLAND, Romain (29 janvier 1866-30 décembre 1944) Ecrivain C’est à l’Ecole normale supérieure que Romain Rolland rencontre André Suarès, qui devient son ami. Il commence à envoyer alors des lettres à Léon Tolstoï. Après avoir réussi l’agrégation d’histoire à vingt-trois ans, il part pour l’Ecole d’archéologie de Rome. Si la découverte des chefs-d’œuvre de la Renaissance italienne le bouleverse, c’est la rencontre avec Malwida de Meysenbug, qui a été ami du poète italien Mazzini comme du compositeur Wagner ou du philosophe Nietzsche, qui l’ouvre à la culture germanique. De retour à Paris, après avoir achevé sa thèse sur l’histoire de l’opéra en Europe avant Lulli et Scarlatti, il devient le chantre du wagnérisme. En 1897 il donne Aert et Les Loups. Danton, en 1900, et Le Quatorze-Juillet, en 1901, forment le Théâtre de la Révolution. C’est avec la Vie de Beethoven, en 1903, qu’il devient célèbre. La Vie de Michel-Ange, en 1905, la Vie de Tolstoï, en 1911, mettent chaque fois en évidence l’héroïsme humanitaire auquel il croit. Solitaire, presque pauvre, il se consacre en même temps à l’immense cycle romanesque qu’il a conçu, Jean-Christophe, dont le premier tome paraît en 1904. Il est en Suisse lorsque la Première Guerre mondiale éclate. Au-dessus de la mêlée, qui paraît en 1915, proclame son internationalisme autant que son attachement à la patrie et à la paix. Le livre, qui provoque de violentes polémiques et lui vaut d’innombrables inimitiés, lui vaut aussi de recevoir le prix Nobel de littérature en 1916. En 1920 il publie Clérambault. Romain Rolland commence à entretenir une correspondance avec le Mahatma Gandhi ainsi qu’avec Maxime Gorki. C’est qu’il veut “ concilier la pensée de l’Inde et celle de Moscou ”. En 1927 il se rallie au communisme. Son drame, Robespierre, paraît quelques semaines à peine avant que n’éclate la Seconde Guerre mondiale. C’est à son ami Charles Péguy, mort au début de la Première Guerre mondiale, que Rolland consacre un dernier livre. La générosité, l’idéalisme et l’exigence rationaliste qui sont les siennes, autant que sa passion de la liberté, font de lui un auteur comparable à Tolstoï. Le principe de vastes cycles romanesques qu’il introduit en France avec Jean-Christophe tient lieu de modèle à des écrivains tels que Roger Martin du Gard et Jules Romains.

ROSTAND Edmond (Marseille 1868Paris 1918). Cet écrivain dramatique fut en réaction contre le naturalisme et le symbolisme et composa des pièces à la fois romantiques et héroïques, Cyrano de Bergerac en 1897 et l’Aiglon en qL, qui connurent un vif succès. Après de son Chantecier en 1910, il s’éloigna de la scène.

Rutherford, Ernest, lord (1871-1937), physicien britannique, il fut lauréat du prix Nobel pour ses travaux en physique nucléaire et pour sa théorie relative à la structure de l’atome.
Rutherford naquit en août 1871 à Nelson, en Nouvelle-Zélande, et fit ses études à l’université de Nouvelle-Zélande, puis à celle de Cambridge. Il enseigna la physique à l’université McGill de Montréal, au Québec, de 1898 à 1907, et à l’université de Manchester, en Angleterre, pendant les douze années qui suivirent. À partir de 1919, il fut professeur de physique expérimentale et directeur du laboratoire Cavendish, à l’université de Cambridge. Il occupa également une chaire de professeur, à partir de 1920, à l’Institution royale de Grande-Bretagne, à Londres.
Rutherford fut l’un des premiers et des plus importants chercheurs dans le domaine de la physique nucléaire. Peu de temps après la découverte de la radioactivité, en 1896, par le physicien français Henri Becquerel, Rutherford identifia les trois composants principaux du rayonnement, qu’il baptisa respectivement rayonnements alpha, bêta et gamma. Il montra également que les particules alpha étaient en fait des noyaux d’hélium. Son étude du rayonnement le conduisit à élaborer une théorie de la structure atomique. Il fut ainsi le premier à décrire l’atome comme un noyau dense autour duquel gravitent des électrons.
En 1919, Rutherford fit une expérience importante en physique nucléaire : en bombardant de l’azote gazeux avec des rayons alpha du radium, il obtint la formation d’atomes d’un isotope de l’oxygène et de protons. Cette transformation de l’azote en oxygène fut la première transmutation artificielle. Ce résultat suscita le démarrage de recherches intensives sur d’autres transformations nucléaires et sur la nature et les propriétés du rayonnement. Rutherford et le physicien anglais Frederick Soddy proposèrent une explication de la radioactivité toujours en vigueur aujourd’hui.
En 1903, Rutherford fut élu membre de la Royal Society de Londres, dont il assura la présidence de 1925 à 1930. C’est en 1908 qu’il reçut le prix Nobel de chimie. Il fut nommé à l’ordre des chevaliers en 1914, et baron en 1931. Il mourut à Londres en octobre 1937, et fut enterré à l’abbaye de Westminster. Parmi ses ouvrages, il faut citer Radioactivité (1904) et Rayonnement de substances radioactives (1930), qu’il écrivit avec les physiciens Sir James Chadwick et Charles Drummond Ellis, et qui sont devenus des classiques en la matière, mais aussi La Nouvelle Alchimie (1937).

Rouvier Maurice (1842 - 1911). Ce journaliste, élu député en 1871, fut appelé par Gambetta pour participer à son grand ministère. Ses compétences financières firent que dans plusieurs ministères il détint le portefeuille des Finances. En 1887, il fut chargé par Grévy de constituer un cabinet, mais dut démissionner après le scandale des décorations. Successeur de Combes en 1905, il fit voter la loi de séparation de l’Église et de l’État. Chargé du portefeuille des Affaires étrangères, il prépara la conférence d’Algésiras.

SAINT-EXUPERY, Antoine de (29 juin 1900-31 juillet 1944) Ecrivain, aviateur Après un échec au concours d’entrée à Navale, un autre à celui de Centrale et une inscription aux Beaux-Arts, Antoine de Saint-Exupéry passe son brevet de pilote en 1921. Il ne commence à piloter professionnellement qu’en 1926, lorsqu’il entre à la Compagnie aérienne française, puis chez Latécoère. Il y est responsable des longs courriers. Au Maroc, il écrit Courrier Sud, publié en 1928. Un an plus tard, l’Aeroposta Argentina lui confie la direction de Buenos Aires pour développer les liaisons aériennes en Argentine et en Amérique du Sud. En 1931 il publie Vol de nuit, démissionne et revient chez Latécoère pour y devenir pilote d’essai. Mais en 1934 et 1935 c’est en tant que grand reporter pour Paris-Soir qu’il part en Russie, et en 1936 c’est d’Espagne qu’il envoie ses articles à L’Intransigeant. En 1937 il a à nouveau un manche à balai entre les mains. C’est à lui qu’il revient d’assurer la liaison Casablanca-Tombouctou. Lorsque la guerre éclate en 1939, il publie Terre des hommes et revient à l’armée. Atteint par la limite d’âge, il est démobilisé en 1940. C’est aux Etats-Unis qu’il écrit Pilote de guerre et qu’il commence Citadelle. En 1943 il s’engage à Alger dans les forces aériennes françaises, où le grade de commandant lui est donné. Il meurt au cours de la seconde mission de reconnaissance qu’il accomplit. Ce n’est qu’après la mort de Saint-Exupéry que paraît, en 1945, Le Petit Prince.

Salengro Roger, né le 30 mai 1890 à Lille (Nord) et mort le 17 novembre 1936 dans la même ville, est un homme politique socialiste français. Député du Nord et maire de Lille, il devient en juin 1936 ministre de l’Intérieur du gouvernement Blum. Il met fin à ses jours en novembre de la même année, après avoir été la cible d’une campagne de presse qui l’accusait d’avoir déserté pendant la Première Guerre mondiale. À partir de l’été 1936, il fait l’objet d’une très violente campagne de presse, des journaux d’extrême-droite, en raison de son action contre les ligues (loi sur la dissolution des ligues, projet de nationalisation des gazettes d’extrême-droite). Tout commence le 14 juillet 1936 lorsque le quotidien de Charles Maurras, L’Action française, publie un article non signé s’indignant que Roger Salengro puisse s’incliner devant la tombe du soldat inconnu. La campagne de presse est relayée à la Chambre des députés par le chef de file de son opposition municipale à Lille, Henri Becquart, dès le 14 juillet 1936. Le 21 août 1936, le journal d’extrême-droite Gringoire publie un article qui pose la question « Roger Salengro, ministre de l’Intérieur, a-t-il déserté le 7 octobre 1915 ? » L’Action française reprend et renforce les attaques les jours suivants et ses articles sont repris par d’autres journaux. Roger Salengro oppose démenti sur démenti aux accusations, mais fait chaque fois l’objet d’une nouvelle attaque. Les rumeurs, dont certaines le présentent comme alcoolique ou homosexuel, se multiplient. Bien que l’accusation de désertion ait été reconnue comme infondée des années auparavant, le soldat Salengro ayant en fait été capturé et emprisonné plusieurs années par l’ennemi, la polémique enfle durant l’été dans un pays où le souvenir de la guerre demeure très vivace. Le 13 novembre 1936, après un discours de Léon Blum et de lui-même à la tribune de la Chambre des députés, où il se défend tant bien que mal contre les mensonges dont il fait l’objet, la majorité parlementaire qui reçoit le soutien des députés de la droite modérée, rejette par 427 voix sur 530 contre 63, les accusations de l’extrême droite, mais Gringoire, par la plume d’Henri Béraud, continue à attaquer le ministre. L’opinion publique, influencée par ces attaques à répétitions, ne retient que le soupçon.
Le 17 novembre 1936, il se suicide dans sa ville natale. Il laisse en vue deux exemplaires de Gringoire ainsi que deux lettres testamentaires pour son frère et Léon Blum. Il a ouvert les robinets de sa gazinière, non sans avoir pris soin de calfeutrer la porte et d’enfermer son chat dans une autre pièce de la maison. Il laisse en épitaphe sur une des lettres : « S’ils n’ont pas réussi à me déshonorer, du moins porteront-ils la responsabilité de ma mort ».
Le 22 novembre 1936, devant l’hôtel de ville de Lille, lors de ses obsèques, Léon Blum rend hommage dans une oraison funèbre à son défunt ministre dans « un de ses plus beaux discours [...] », en accusant les journaux d’opposition de sa mort.
Après l’émotion suscitée par sa mort, une loi est promulguée le 18 décembre, visant à aggraver les peines frappant la diffamation par voie de presse.

SARRIEN Jean (Bourbon-Lancy 1840Paris 1915). Après avoir débuté comme avocat, il fut élu député radical de Saône-et-Loire en 1876, puis sénateur à partir de 1908. À partir de 1885, il fut plusieurs fois ministre et, de mars à octobre 1906, fut à la tête d’un cabinet dans lequel il appela Clemenceau et Briand.

SCHEURER-KESTNER Auguste (MUIhouse 1833 - Bagnères-de-Luchon 1899). Cet industriel alsacien fut élu en 1871 à l’Assemblée nationale, où il siégea dans les rangs de l’Union républicaine, puis devint sénateur inamovible en 1875. De 1879 à 1884, il dirigea le journal de Gambetta la République française. En 1897, il prit l’initiative de demander la révision du procès Dreyfus et fut un des premiers hommes politiques à s’engager publiquement dans l’affaire. Il poussa Zola à publier J’accuse » (13 janv. 1898).

Sée Camille (Colmar 1847 - Paris 1919). Député de la gauche républicaine de 1876 à 1881, il aida Jules Ferry dans l’élaboration de ses lois scolaires et déposa le projet de loi créant les lycées de jeunes filles en 1880. Il inspira la fondation de l’École normale supérieure de Sèvres en 1881.

SELVES Justin de (Toulouse 1848 - Paris 1934). Ce cousin de Freycinet, après avoir été préfet de plusieurs départements, succéda à Poubelle comme préfet de la Seine de 1896 à 1911 et présida à la construction du métropolitain. Sénateur à partir de 1909, il devint ministre des Affaires étrangères dans le cabinet Caillaux. Mais, hostile à la politique d’apaisement de ce dernier à l’égard de l’Allemagne lors de l’affaire d’Agadir, il démissionna. En 1924, il fut élu président du Sénat à la place de Gaston Doumergue.

Simon Jules Francois Simon (Lorient 1814 - Paris 1896). Professeur de philosophie, il fut élu au Corps législatif en 1863 dans le groupe des cinq députés républicains. Dans le gouvernement de la Défense nationale, il fut nommé ministre de l’Instruction publique, mais démissionna en mai 1871. Nommé président du Conseil en 1876 par Mac-Mahon, il s’attira l’hostilité de ce dernier au moment du vote de la loi sur la liberté de la presse et provoqua la crise du 16 mai 1877. Devenu sénateur, il s’opposa à la politique scolaire de Jules Ferry.

SPULLER Eugène (Seurre, Côte d’Or, 1835 - Sombernon, Côte d’Or, 1M). Avocat et journaliste, il fut un des collaborateurs de Gambetta pendant la guerre de 1870 et fonda avec lui la République française. Élu député de la Seir* en 1876, il siégea dans les rangs de l’Union républicaine. Après avoir participé au -grand ministère. de Gambetta, il détint le portefeuille de l’Instruction publique et des Cuites dans le premier cabinet Rouvier (1887), puis dans le cabinet Casimir-Perier (1893-94). Il préconisa l’instauration d’un « esprit nouveau. dans les relations entre l’Église et la République.

SYVETON Gabriel (Boën-sur-Lignon Loire, 1864 - Neuilly-sur-Seine 1904). Cet agrégé d’histoire se lance dans la politique et fut un des fondateurs de la Ligue de la patrie française. Élu député nationaliste de Paris en 1902, il fut un opposant violent du ministère Combes et, lors de l’affaire des Fiches, gifla le général André au cours d’une séance de la Chambre. Déféré en cour d’assises, il fut trouvé asphyxié à son domicile la veille de sa comparution.

TARDIEU, André (22 septembre 1876-17 septembre 1945) Homme politique Reçu premier à l’Ecole normale supérieure, André Tardieu renonce à l’enseignement pour entrer dans la diplomatie, après avoir été chroniqueur au journal Le Temps. Il est proche de Clemenceau pendant les négociations qui conduisent au traité de Versailles, ce qui lui vaut de se voir confier le portefeuille des Régions libérées en 1919 et 1920. Après avoir fondé avec Mandel L’Echo national il est battu aux élections de 1924 mais réélu en 1926. Poincaré en fait son ministre des Travaux publics, puis de l’Intérieur. Il est à la tête de trois gouvernements entre 1929 et 1932. Alors que le monde traverse une grave crise économique et financière, en dépit de celle-ci, il crée le ministère de la Santé et fait tout pour assurer la paix sociale, par une série d’initiatives et de réformes qui vont des allocations familiales aux retraites des anciens combattants, de grands travaux à la gratuité de l’enseignement secondaire. Ministre d’Etat après la manifestation du 6 février 1934, il envisage une réforme de la Constitution qui est rejetée. Il se retire de la vie politique et consacre son temps à des essais tels que Sur la pente (1935) ou La Révolution à refaire, Le Souverain captif (1936). Une attaque lui interdit bientôt tout retour à la vie politique.

Thiers Adolphe (15 avril 1797-3 septembre 1877). Président de la République (1871-1873) C’est en 1821 qu’arrive à Paris le jeune avocat inscrit au barreau d’Aix-en-Provence. Les relations qu’il lie avec le banquier Laffitte, Talleyrand ou La Fayette, l’initient aux subtilités de la vie politique. C’est par le journal d’opposition libérale Le Constitutionnel et par les dix volumes qui paraissent entre 1823 et 1827 de son Histoire de la Révolution française qu’il se fait connaître. Pour promouvoir une monarchie parlementaire sur le modèle anglais, il fonde, le 1er janvier 1830, un journal favorable au duc d’Orléans, Le National. La virulence de ses articles n’est pas pour rien dans le déclenchement de la révolution de juillet 1830. Son rôle lors de l’accession au trône de Louis Philippe lui vaut de commencer une effective carrière politique. Divers portefeuilles lui sont confiés, et à deux reprises il est président du Conseil. Mais en octobre 1840 il doit démissionner. Il demeure dans l’opposition jusqu’à la révolution de Février 1848. Il devient alors républicain conservateur, champion d’un ordre moral et social. C’est ainsi qu’il favorise l’adoption de la loi Falloux, qui permet aux catholiques d’avoir un rôle essentiel dans l’enseignement. Arrêté lors du coup d’Etat du 2 décembre 1851, il est banni. S’il rentre en France l’année suivante, c’est pour y rédiger L’Histoire du Consulat et de l’Empire. De 1863 à 1870, il revient à la Chambre et est l’un de ceux qui animent l’opposition. Après s’être opposé en juillet 1870 au vote des crédits militaires pour la guerre, il fut envoyé après le 4 septembre en mission dans les cours européennes pour obtenir une médiation entre la France et l’Allemagne, puis rencontra Bismarck à Versailles en novembre 1870. Élu à l’Assemblée nationale par 26 départements en février 1871, il fut désigné comme chef du pouvoir exécutif dé la République française et, par le pacte de Bordeaux, s’employa à obtenir la neutralité des députés. Du 19 au 28 février, il discuta avec Bismarck des préliminaires de paix, puis, le 10 mars, fit décider par les députés le transfert de l’Assemblée de Bordeaux à Versailles. Après avoir provoqué la formation de la Commune en voulant récupérer les canons de Belleville et de Montmartre, il la fit écraser par la force armée. Nommé en août 1871 président de la République, il réorganisa l’administration et l’armée de la France et accéléra le paiement de l’indemnité de guerre à l’Allemagne, ce qui lui valut le surnom de « libérateur du territoire ». Renversé le 24 mai 1873 par la coalition parlementaire conduite par Broglie, il fut élu député et resta jusqu’à sa mort le chef de l’opposition républicaine.

Tirard Pierre (Genève 1827- Paris 1893). Député à l’Assemblée nationale en 1871, puis à la Chambre des députés, il fut plusieurs fois ministre du Commerce ou des Finances de 1879 à 1885. Devenu sénateur en 1883, il fut appelé par son ami Sadi Carnot pour former en 1887 le gouvernement qui engagea la lutte contre le général Boulanger. Après avoir démissionné en 1888, il redevint en 1889 président du Conseil et, grâce à son ministre de l’intérieur, Constans, mit fin au boulangisme.

Trochu Louis Jules (, 1815 - 1896). Aide de camp de Bugeaud en Algérie, puis de Saint-Arnaud en Crimée, il devint général en 1854. Nommé gouverneur militaire de Paris en août 1870, il devint président du gouvernement de la Défense nationale. Sa passivité pour défendre la capitale le rendit très impopulaire et il fut contraint de démissionner en janvier 1871. Il fut élu en 1871 à l’Assemblée nationale comme député orléaniste et quitta la vie politique en 1872.

VAILLANT Edouard (Vierzon 1840 Paris 1915). Cet étudiant en médecine s’affilia à l’Internationale et fut membre de. la Commune, dans laquelle il fut chargé des questions relatives à l’enseignement. Après un exil en Angleterre, il revint en France en 1880 et fut un des fondateurs du mouvement socialiste révolutionnaire. Député de Paris à partir de 1893, il soutint Guesde dans son refus de conter avec les parts bourgeois, mais, en 1914, il se rama à l’Union sacrée.

VAN GOGH Vincent (Groot Zundert, 30 mars 1853 - Auvers-sur-Oise, 29 juillet 1890) Peintre. Il faut se méfier avant tout du mythe qu’est devenu Vincent Van Gogh, mythe qui a fait de lui l’exemple le plus absolu de l’artiste maudit. Vincent Van Gogh n’a d’autre importance que l’œuvre picturale qu’il a laissée. Les récits qui rendent compte de ses échecs amoureux ou apostoliques, qui décrivent ce que fut son dépouillement, qui s’attardent à rapporter les détails de ses maladies, qui ne veulent considérer que les événements exceptionnels qu’ont pu être ses crises, crises au cours desquelles, le 23 décembre 1888, il se coupe le lobe de l’oreille gauche, crises encore qui le laissent à l’hospice Saint-Paul-de-Mausole de Saint-Rémy-de-Provence dans un état de prostration terrible, passent sous silence le défi fondamental qui a été le sien, l’apostolat qu’a été pour lui la carrière de peintre. Ses récits omettent également de rendre compte de ce que, c’est en exil toujours, que Vincent Van Gogh a vécu les événements fondamentaux de sa vie, que c’est en exil qu’il a pleinement accompli son œuvre. Lorsqu’il est employé de la galerie d’art Goupil, à La Haye, à Londres, à Paris, entre 1869 et 1876, Vincent Van Gogh visite les plus importants musées. Lorsqu’il renonce à une carrière de pasteur pareille à celle de son père, lorsqu’il abandonne le Borinage, région minière de Belgique où il a voulu évangéliser et assister les mineurs dont il a dessiné les silhouettes brisées pour témoigner de leur misère, Vincent Van Gogh commence dans l’isolement sa carrière de peintre à La Haye puis dans la Drenthe et à Nuenen. Mais c’est par le séjour qu’il fait à Anvers, de la fin du mois de novembre 1885 à la fin du mois de février 1886, qu’il marque sa volonté irrévocable de se consacrer à la peinture. Pour la première fois, il travaille dans une école des Beaux-arts. En outre, il découvre Rubens et la puissance de la couleur. C’est cependant entre février 1886 et février 1888 que, à Paris, Vincent Van Gogh peut se donner les moyens décisifs pour l’accomplissement de son œuvre. Chez Théo, son frère avec qui tout au long de sa vie il a échangé une correspondance intense – plus de huit cents lettres – il découvre la peinture des impressionnistes dont il n’a jusqu’alors lu que des descriptions. Qui plus est, Vincent Van Gogh arrive à Paris l’année même où Seurat présente lors de la dernière exposition impressionniste Un Dimanche à la Grande Jatte, la toile “ pointilliste ” qui est une sorte de manifeste d’un impressionnisme que Seurat qualifie de “ scientifique ”. Pendant ses deux années parisiennes, Vincent Van Gogh va reprendre à son compte tous les différents modes de peindre qui ont été ceux des impressionnistes pour élaborer enfin la palette et le style qui le définissent. C’est en Arles, où le rejoint Paul Gauguin, puis à Saint-Rémy-de-Provence et enfin à Auvers-sur-Oise que Vincent Van Gogh réalise l’essentiel de son œuvre. L’intensité de la couleur à laquelle selon ses propres mots, il revient de rendre compte des “ terribles passions humaines ” et la liberté rythmique de sa touche, sont les signes distinctifs d’une œuvre qui métamorphose les influences de peintres comme Delacroix ou Millet, dont il copie parfois certaines gravures, comme il copie certaines estampes japonaises. Si Vincent est “ fou ”, il est, comme le peintre japonais Hokusai “ fou de peinture ”. Seul le jeune critique d’art Albert Aurier a consacré à la peinture de Van Gogh un article pendant la vie du peintre – vie qui s’achève par son suicide. Au cours de cette même vie, Vincent Van Gogh n’a guère vendu, semble-t-il, qu’une seule et unique toile, La Vigne rouge. Le regard qu’ont porté dans les générations suivantes les peintres sur son œuvre, en particulier les peintres français “ fauves ” ou encore les peintres “ expressionnistes ” allemands, suffit à prouver le rôle décisif qu’a l’œuvre picturale de cet homme qui a peint en dépit de tout ce qui pouvait l’accabler, de cet homme qui n’a cessé de vouloir se sauver par la peinture.

VERDI Giuseppe (Le Roncole, Parme, 10 octobre 1813 - Milan, 27 janvier 1901) Compositeur. Viva VERDI ! Ce cri qui retentit pour la première fois dans l’Italie du Risorgimento en 1859 signifie “ Viva Vittorio Emanuele Re D’Italia ” (“ Vive Victor-Emmanuel Roi D’Italie ”). Le nom même de Verdi s’accorde à l’entreprise de réunification des Etats de la péninsule par le roi de Savoie et son Premier ministre Cavour. Ce dernier exige de Verdi qu’il devienne député de Busseto au sein de la première assemblée du parlement national italien qui se réunit à Turin. L’indifférence de Verdi aux affaires politiques ne l’empêche pas de conserver ce siège jusqu’en 1865. Reste que, dans les mêmes années, c’est par les opéras qu’il ne cesse de composer que Verdi conquiert l’Europe. Très tôt ses œuvres sont jouées dans toute l’Europe. Le Théâtre-Italien de Paris est le premier à monter ses opéras en dehors d’Italie. En juin 1847, c’est sur la scène du Her Majesty’s Theater de Londres que sont montés I Masnadieri (Les Brigands). C’est l’Opéra de Paris qui lui commande une partition qui devient Jérusalem. Sans nul doute, le temps de son séjour à Paris le décide-t-il plus tard à composer Rigoletto en 1851 d’après la pièce Le Roi s’amuse de Victor Hugo comme à composer en 1853 Traviata d’après La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils. Ses liens avec la France sont tels que, dans la foulée, c’est sur un livret de Scribe que Verdi compose pour l’Opéra de Paris Les Vêpres siciliennes. Puis il donne Simon Boccanegra à Venise. C’est à Naples qu’est créé Un ballo in maschera (Un bal masqué). En 1861, c’est Saint-Pétersbourg qui lui commande un opéra. Le premier séjour qu’il fait en Russie n’aboutit à aucune œuvre. Dans les mois qui suivent, Verdi est à Londres. Une exposition universelle est l’occasion d’y donner son Hymne aux nations. L’année suivante La Forza del destino (La force du destin) créée en Russie est aussitôt reprise à Madrid. Et ce sont Les Vêpres siciliennes que l’Opéra de Paris reprend encore. En 1867 c’est pour l’exposition universelle qui se tient à Paris que Verdi compose sur un livret français, Don Carlos. Sa gloire est telle que, lorsque l’on songe aux fastes qui doivent accompagner l’inauguration du canal de Suez, c’est à Verdi que l’on fait appel. Mais le canal est inauguré en 1869 sans Aïda qui n’est guère créé au Caire qu’après la guerre de 1870, à la veille de noël 1871. Après cette œuvre Verdi ne rompra le silence que pour un quatuor à cordes écrit à Naples en 1873. La mort de Manzoni contraint une nouvelle fois Verdi à sortir de son silence. Le 22 mai 1874 est créé le Requiem. C’est à la Scala de Milan que sont créées en 1887 et en 1893 les deux dernières grandes partitions d’opéra de Verdi pour lesquelles Arrigo Boito adapte Shakespeare. C’est Otello. C’est Falstaff. Le chœur par lequel s’ouvre le troisième acte de Nabucco qui fut un succès tel en 1842 qu’il fut dans cette seule année représenté soixante-cinq fois, ce chœur Va pensiero dans lequel les juifs déportés à Babylone chantent leur patrie perdue, a failli devenir l’hymne national italien. Il ne s’en est fallu que d’une seule voix... L’antisémitisme d’un député a interdit que cette hymne “ juif ” devienne l’hymne italien. Si son nom a été le cri de ralliement de ceux qui construisaient l’unité italienne, Verdi ne peut s’accorder au nationalisme. Parce que son œuvre a été suscitée par Londres comme par Paris, par Naples comme par Saint-Pétersbourg, le nationalisme eut sans doute sembler à Verdi trop proche du chauvinisme...

Victoria (Londres, 24 mai 1818 - Osborne, île de Wight, 22 janvier 1901) Reine de Grande-Bretagne et d’Irlande, impératrice des Indes. Lorsqu’elle s’éteint le 22 janvier 1901, la reine et impératrice qu’est Victoria est qualifiée de “ grand-mère de l’Europe ” tant les alliances dynastiques qu’elle a nouées par ses enfants ont été nombreuses. Les triomphales fêtes qui ont marqué, en 1887, le jubilé célébrant le cinquantième anniversaire de son arrivée au pouvoir — c’est le 20 juin 1837, qu’à la mort de son oncle Guillaume IV, Victoria, âgée de dix-huit ans, a accédé au trône — et, en 1897, le soixantième anniversaire de son règne, suffisent à démontrer la popularité de celle qui incarne l’hégémonie de l’Empire britannique du XIXe siècle. Pourtant, depuis 1873, accablée par les deuils, par la mort en 1861 de son mari le prince Albert de Saxe-Cobourg-Gotha dont elle avait fait un prince consort, par celle, en 1878, de sa fille Alice, l’une des neuf enfants qu’elle eut entre 1840 et 1857, la reine s’est retirée, s’est interdit de participer à aucune cérémonie publique. Austère, vêtue de noir, elle se veut la garante des institutions et, quand bien même elle marque sa préférence pour un pouvoir nationaliste et conservateur, elle est soucieuse que l’alternance soit scrupuleusement respectée. Le 27 avril 1876, elle se voit proclamée impératrice des Indes par son ministre Disraeli, quand bien même, pas une seule fois au cours de son règne, elle ne met les pieds dans l’une ou l’autre des colonies britanniques. Alors que la puissance britannique est à son apogée, c’est la question d’Irlande qui est la plus difficile qu’ait à vivre le Royaume-Uni. Seul le ministre de la reine Victoria qu’est Gladstone affronte le problème irlandais et tente de lui trouver une solution. D’une part il affirme sans ambiguïté que les attentats irlandais ne peuvent en conduire les auteurs qu’à la potence et, d’autre part, il s’obstine à faire comprendre que les voies parlementaires peuvent permettre de faire changer l’opinion britannique. En provoquant l’aide financière des émigrés irlandais d’Amérique et en prenant appui sur les révolutionnaires qu’ont été les Fenians, Gladstone, quoique presque aveugle, est sur le point d’aboutir. L’assassinat du gouverneur lord Cavendish le 6 mai 1882 à Dublin diffère la solution du problème irlandais. Néanmoins, en 1886, Gladstone ose cependant présenter au Parlement de Londres un projet d’indépendance de l’Irlande ; un Home Rule. Inutile de le préciser, la reine Victoria déteste l’idée d’une Irlande indépendante. La reine ne peut admettre ce qui serait une amputation, ce qui porterait atteinte à l’assurance de l’Angleterre. Si, à la fin du XIXe siècle, celle-ci n’a plus le premier rang pour la production du charbon et de l’acier, en revanche, par sa flotte, par ses banques, par tout son système financier, l’Angleterre domine l’Europe, domine le monde.

Victor-Emmanuel II (Turin, 14 mars 1820 - Rome, 9 janvier 1878) Roi de Sardaigne et d’Italie. C’est dans une Europe du retour à l’ordre, dans une Europe où la République de Venise est menacée — elle tombe en août 1849 —, dans une Europe où les Français rétablissent le pape à Rome et où les Autrichiens occupent la Toscane, que Victor-Emmanuel II monte sur le trône de Piémont-Sardaigne en mars 1849 après l’abdication de son père, Charles-Albert. Parce que le roi qu’est Victor-Emmanuel II fait à vingt-neuf ans fait appel à Azeglio, personnalité importante du Risorgimento, parce que ce roi respecte scrupuleusement la constitution de son royaume, il ne tarde pas à incarner l’espoir des Italiens. Bientôt, c’est Cavour qui est son Premier ministre. Et c’est Cavour qui obtient, au cours d’une entrevue secrète à Plombières en 1858, la promesse de l’aide militaire de Napoléon III. Conformément au traité signé à Turin quelques mois auparavant par la France et le Piémont, les armées françaises viennent à la rescousse de l’armée piémontaise après la maladroite provocation de l’Autriche. Les difficiles victoires franco-piémontaises à Magenta le 4 juin 1859 et à Solferino le 24 juin, conduisent à l’armistice et à la paix de Villafranca signée le 11 juillet. Le Piémont ne reçoit alors que la Lombardie. La Vénétie demeure autrichienne. Reste que des soulèvements en Toscane, à Parme, à Modène, en Romagne conduisent bientôt, par plébiscites, à l’union avec le Piémont. Si la France cautionne cette unification de l’Italie, c’est en échange du comté de Nice et de la Savoie. Cavour, de même que Napoléon III, laisse Garibaldi mettre sur pied l’expédition des Mille qui permet en octobre 1860 que le royaume de Naples soit annexé à celui de Victor-Emmanuel II. En février 1861, le premier parlement italien se réunit enfin à Florence. Reste que Victor-Emmanuel II, roi d’Italie, ne conçoit pas de pouvoir avoir d’autre capitale que Rome. En 1867, Garibaldi tente d’en forcer les portes mais ce sont les Français qui l’arrêtent à Mentana. Pour conjurer l’aigreur éprouvée en Italie, la France procure la Vénétie à l’Italie. Reste que la question de Rome demeure cause de brouille entre les deux pays. Ce n’est que la défaite française à Sedan le 2 septembre 1870 qui permet que, dès le 20 septembre 1870, Victor-Emmanuel II entre dans Rome. Pie IX qui ne peut admettre l’annexion des Etats pontificaux et qui refuse de reconnaître en Victor-Emmanuel II un roi d’Italie, l’excommunie. Lorsque Victor-Emmanuel II meurt en 1878, l’Italie a cessé de n’être sur la carte d’Europe, qu’une “ appellation géographique .

Waddington William Henry (1826Paris 1894). Cet archéologue d’origine anglaise fut élu en 1871 comme député de l’Aisne et détint le portefeuille de l’instruction publique en 1873 et 1877, puis celui des Affaires étrangères en 1877. Après avoir représenté la France au congrès de Berlin en 1878, il fut le chef du premier cabinet de la présidence de Grévy en 1879. Après avoir démissionné en décembre 1879, il devint ambassadeur de France en Russie à titre extraordinaire lors des fêtes du couronnement d’Alexandre III, puis en Angleterre de 1883 à 1893.

Waldeck-Rousseau Pierre Marie René (Nantes 2 décembre 1846 - Corbeil 10 août 1904). Fils d’un député de la IIe République qui s’est opposé à Napoléon III, avocat d’affaires, il est élu député de Rennes en 1879 et siégea à la Chambre avec l’Union républicaine. Ministre de l’intérieur dans le cabinet Gambetta entre 1881 et 1882, puis dans le second cabinet Ferry entre 1883 et 1885, il fit voter en 1884 la loi sur les syndicats professionnels. Après 1889, il abandonna la vie politique et revint à sa profession d’avocat, ce qui lui permit de défendre Gustave Eiffel dans le procès de Panama. De 1899 à 1902, il dirigea un ministère de Défense républicaine. Pour la première fois de l’histoire, il appelle au sein de son gouvernement un ministre socialiste. Il engage la révision du procès de Dreyfus. La loi sur les associations qu’il fait adopter en 1901 pour conjurer les ingérences des congrégations religieuses dans les affaires publiques provoquera la séparation des églises et de l’Etat, qui rentrera dans les faits quelques mois après sa mort.

Wallon Henri (Valenciennes 1812-Paris 1904). Ce normalien agrégé d’histoire fut élu député en 1849-50, puis en 1871 à l’Assemblée nationale. En janvier 1875, il déposa l’amendement qui fut considéré comme instituant la République. Ministre de l’instruction publique dans le cabinet Buffet de 1875, il fit voter la loi sur la liberté de l’enseignement supérieur. Élu sénateur inamovible en 1875, il fut nommé doyen de la faculté des lettres de Paris.

Wegener, Alfred (1880-1930), géophysicien et météorologiste allemand, l’un des précurseurs de la théorie de la dérive des continents. S’appuyant sur diverses considérations, il réactualisa l’idée selon laquelle les continents ne formaient à l’origine qu’un seul territoire, qu’il nomma Pangaea. Ce continent unique avait selon lui commencé à se morceler il y a environ deux cent millions d’années, et avait donné naissance à la Laurasia, au Nord, et au Gondwana, au Sud. Wegener reprenait ainsi les noms que le géologue autrichien Eduard Suess avait attribués à ces deux continents. Les théories de Wegener, exposées dans la Genèse des continents et des océans (publié en 1915), ne purent être confirmées scientifiquement que dans les années 1960, lorsque des recherches océanographiques révélèrent effectivement l’existence d’un processus d’expansion des fonds marins. Wegener trouva la mort au cours d’une expédition au Groenland.

Wilson Daniel (Paris 1840-Loches 1919). Député à partir de 1869, il fut un des fondateurs de la gauche républicaine. Il épousa en 1881 Alice Grévy, fille du président de la République et profita de sa situation à l’Elysée pour se livrer au trafic des décorations. Condamné en 1887 après le scandale qui suivit la découverte de ce trafic, il vit sa condamnation cassée en appel et fut réélu député de Loches en 1893.

ZOLA Emile (Paris 1840 - id. 1902). D’origine italienne, il pratiqua différents métiers avant de se lancer dans la littérature. En 1868, il conçut l’idée de composer 1’histoire naturelle et sociale d’une famille sous le second empire et publia de 1871 à 1893 les 20 volumes des Rougon-Macquart. L’affaire Dreyfus lui donna l’occasion de se lancer dans la politique, ce qu’il fit en publiant dans l’Aurore du 13 janvier 1898 un article virulent, « J’accuse ». Après les deux procès qui lui sont intentés en février et en juillet 1898, Il fut contraint de s’exiler un an en Angleterre. Sa mort par asphyxie, dans son hôtel de la rue de Bruxelles, resta mystérieuse et donna lieu à de multiples hypothèses .Les cendres de Zola furent transférées au Panthéon en 1906.



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