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Chine


Dynastie Shang 1570 à 1045 av. J.-C. début de l’écriture chinoise
Dynastie des Zhou de l’Ouest 1045 à 771 av. J.-C.
Dynastie des Zhou de l’Est 770 à 256 av. J.-C.
Période des Printemps et des Automnes 722 à 476 av. J.-C. vie de Confucius (551-479 av. J.-C.) et Sun Tzu (544-496 av. J-C)
Royaumes combattants 475 à 221 av. J.-C.
Dynastie Qin 221 à 206 av. J.-C.
Dynastie des Han occidentaux 206 av. J.-C. à 9
Dynastie Xin 9 — 23
Dynastie des Han orientaux 25 — 220 195 adoption du confucianisme comme idéologie
Trois Royaumes 220 — 265
Dynastie des Jin occidentaux 265 — 317
Dynastie des Jin orientaux 317 — 420
Dynasties du Nord et du Sud 420 — 589
Dynastie Sui 581 - 618
Dynastie Tang 618 — 907
Période des cinq dynasties et des dix royaumes 907 — 960
Dynastie des Song du Nord 960 — 1127
Dynastie des Song du Sud 1127 — 1279
Dynastie Liao 916 — 1125
Dynastie Jin 1115 — 1234
Dynastie Yuan 1271 — 1368 « Pax Mongolica » ; Marco Polo en Chine
Dynastie Ming 1368 — 1644 renaissance culturelle et économique : imprimerie, fer, soie, porcelaine,
Dynastie Qing 1644 — 1912
République de Chine 1912 — 1949
République populaire de Chine 1949 — 2018+
Les historiens chinois ont commencé leurs récits de l’histoire chinoise avec l’empereur Jaune, souverain civilisateur mythique, puis la fondation de la dynastie Xia par Yu le Grand, au XXIe siècle av. J.-C. Cette dynastie est mythique. C’est de cette période que date le début de la métallurgie, donc le début de l’âge de bronze chinois. C’est aussi de cette période que remontent les plus anciennes écailles de tortues marquées de signes et des poteries décorées.
Elle est suivie de la dynastie Shang (environ XVIe siècle av. J.-C. – 1045 av. J.-C.), de la moyenne vallée du fleuve Jaune. Les découvertes archéologiques prouvent au moins l’existence de la dynastie Shang. La Chine des Shang possédait une culture avancée, quelque peu différente de la civilisation chinoise postérieure, avec des cités-palais, une écriture, des pratiques divinatoires, la métallurgie du bronze (notamment dans la fabrication de vaisselle de sacrifice) et l’utilisation de chars. Les fouilles archéologiques et les inscriptions sur les objets en bronze donnent une idée de la société Shang. Une famille royale occupe le sommet d’une hiérarchie sociale clanique, avec des chefs de lignée qui perpétuent le culte familial.
Il est maintenant établi que les Shang étaient en contact avec un peuple indo-européen, les Tokhariens, que les Chinois appelaient les Quanrong. De caractère guerrier, ces derniers effectuaient de fréquentes incursions en Chine. Ce sont eux qui auraient introduit le char en Chine. La mythologie chinoise, telle qu’elle est racontée dans les textes de la dynastie Han, aurait été influencée par la mythologie tokharienne.
À la fin du IIe millénaire av. J.‑C., une seconde culture commence à émerger dans la vallée de la rivière Wei, celle des Zhou. Au cours du XIIe siècle av. J.-C., les Zhou renversent les Shang-Yin. Leur dynastie est la première pour laquelle il existe une tradition historique fiable. Elle semble avoir commencé à gouverner par un système de bureaucratie centralisée. Les rois portent le nom de tianzi (« fils du Ciel »), qui légitime leur pouvoir par un mandat céleste. Cette conception perdurera jusqu’à la fin de l’Empire chinois au début du xxe siècle. Les souverains zhou confient l’administration de certains territoires à des familles liées à la maison royale. Ces principautés portent le nom de guo, qu’on traduit par « fief ». Quelques historiens ont qualifié ce système de féodal, tandis que d’autres s’opposent à cette dénomination qui étend trop le sens de féodal et qui implique avec le système féodal européen des similitudes qui n’existent pas.
L’époque des Zhou est traditionnellement divisée en 2 périodes : celle des Zhou occidentaux (1045-770 av. J.-C.) et celle des Zhou orientaux (770-256 av. J.-C.), selon l’emplacement de leur capitale.
Au xe siècle av. J.-C., les Zhou occidentaux instaurent un système de garnisons chapeautées par des membres de la famille royale afin de contrôler l’intérieur du pays. L’allégeance de ces seigneurs est sans cesse réaffirmée par des présents et des visites calquées sur le modèle imposé par la hiérarchie familiale. Mais les siècles passant les relations avec le pouvoir central se font de plus en plus distantes, les traditions locales prenant le pas sur les traditions familiales, rendant l’influence du chef de famille symbolique, le Roi des Zhou, de plus en plus fantoche.
Des attaques barbares du Nord et de l’Ouest, qui vont jusqu’à piller la capitale occidentale des Zhou, obligent la famille royale à se replier en 771 av. J.-C. à Luoyang, la capitale orientale (période des Zhou orientaux).
Cette dernière période, caractérisée par le déclin du pouvoir royal, correspond plus ou moins à deux périodes que l’on appelle « Printemps et Automnes » et « Royaumes combattants ».
L’époque des Printemps et Automnes : Le pouvoir se fragmente au cours de la période des Zhou orientaux, époque que les annales compilées par Confucius nomment période des Printemps et Automnes. On considère généralement qu’elle s’étend de 770 à 453 av. J.-C. À cette époque le souverain ne dispose guère plus que d’une autorité morale. Les principautés deviennent héréditaires et des conflits militaires font émerger de grands États qui absorbent les plus petits. On peut distinguer les principautés du centre (par exemple le Jin ou le Qi) des principautés périphériques (le Qin ou le Chu). Dans un premier temps, les principautés du centre jouent un rôle de chef de confédération, face à la menace de tribus barbares. À partir du vie siècle av. J.-C. les royaumes périphériques, tels que le Chu dans la vallée du Yangzi Jiang, prennent l’ascendant.
C’est à cette époque que fleurissent les « cent écoles » (ce nombre est symbolique). Dans un monde en bouleversement, éclot une série de mouvements philosophiques tels que le confucianisme, le taoïsme, le légisme, le moïsme, qui cherchent à donner des solutions à la crise politique et économique.
Les Royaumes combattants : Comme la consolidation politique continue, il ne reste que 7 États principaux qui se combattent les uns les autres (période des Royaumes combattants, de 453 à 221 av. J.-C). C’est effectivement une période d’affrontements, tant à l’intérieur des États entre le pouvoir central et les grandes familles, qu’à l’extérieur, entre États. Les conflits opposent des armées de fantassins, tandis que le rôle des chars diminue. Une nouvelle arme apparaît (l’arbalète) et les Chinois adoptent la cavalerie des nomades du Nord. Le système économique est également profondément modifié. La mise en culture de nouvelles terres procure au gouvernement central des revenus qui lui permettent de se dégager de l’influence des grandes familles. Les progrès techniques sont aussi remarquables : par exemple la fonte remplace progressivement le bronze. Bien qu’il y ait un roi Zhou jusqu’en 256 av. J.-C., il ne dispose plus d’aucun pouvoir. Cependant dans les textes qui nous sont parvenus l’idée de préserver les valeurs de la maison des Zhou apparaît très souvent : les Zhou conservent une autorité morale mais sans l’autorité politique et militaire qui devrait l’appuyer.
Paradoxalement cette période de guerre quasi ininterrompue va donner naissance aux plus grands courants philosophiques de la Chine : C’est désolé de la perte du sens moral de ses contemporains qu’un certain Kongfuzi (plus connu sous son nom latin Confucius) répand son enseignement pour résister activement au délitement des valeurs morales et rituelles dans la société, mais son action n’enrayera pas l’émergence des royaumes combattants. Menzi (plus connu sous son nom latinisé Mencius), dit-on élève de Confucius, critique la société aristocratique qu’il tient pour responsable des gâchis occasionnés par ces guerres et des nombreuses inégalités sociales. Le philosophe Zhuangzi, considéré ultérieurement comme taoïste, écrit aussi à cette période que l’homme doit vivre en adéquation avec la nature et la Voie. Il s’oppose à la conduite rituelle de Confucius, qu’il utilise pourtant comme un personnage fictif et légendaire de ses contes philosophiques, souvent en binôme avec Laozi (Lao-Tseu).
On peut retenir de cette période la naissance d’une pensée quasi-positiviste qui discute la conduite de l’Homme sans distinction. L’émergence d’une nouvelle classe, les shi, que les princes prennent à leur service pour leurs capacités (littéraires, artistiques, martiales etc.) et non plus pour leur naissance, est peut-être un premier pas vers le système plus méritocratique qu’instaurent les examens impériaux sous les Han et non plus le népotisme chinois antérieur même aux Shang.
Pendant la période antique, le chinois archaïque était très différent des langues chinoises modernes.
L’Empire chinois : L’empire Qin (221 à 207 av. J.-C.) : la principauté des Qin est exposée aux invasions des « barbares » du Nord-Ouest et la fréquence de ces incursions harasse les vertus guerrières des Qin. Cependant le territoire est naturellement fortifié par les montagnes et il est assez peu attaqué par les autres princes feudataires. La longévité des princes de Qin, l’utilisation précoce de techniques d’irrigation et le respect des rites confucéens qui unifie le peuple de la principauté leur permet de se livrer à une guerre totale. En 361 av. J.-C., Shag Yang, régent de Qin, entreprend de grandes réformes pour la principauté de Qin qui annexe les territoires du Nord-Ouest, peuplés de tribus nomades, et se renforce jusqu’à pouvoir conquérir l’ensemble des principautés et du royaume des Zhou orientaux.
Vers 220 av. J.-C., le prince Yin Zheng de la principauté Qin parvient à conquérir les autres États et se proclame lui-même premier empereur de la dynastie Qin, avec le titre de Qin Shi Huangdi, en référence aux Trois Augustes. Bien que son règne ne dure que onze ans, il réussit à soumettre de grandes parties de ce qui constitue le territoire actuel des Han et à l’unifier sous un gouvernement étroitement centralisé basé à Xianyang (près de Xi’an). Il débute également la construction de ce que l’on appelle aujourd’hui la Grande Muraille.
Les fonctionnaires sont recrutés au niveau central et une grille des salaires est établie pour créer un système qui perdure encore de nos jours. Les Qin entreprennent l’unification de la monnaie, des poids et mesures ainsi que de l’écriture : le style petit sceau. Qin Shi Huandi parvient ainsi à imposer une culture commune à l’empire malgré une évolution différente de l’écriture dans les différentes principautés.
Qin Er Shi, successeur de Qin Shi Huangdi , n’est pas en mesure de poursuivre l’œuvre de ce dernier. La dynastie des Qin s’effondre et la dynastie Han lui succède après une période de guerres civiles.
L’empire Han (202 av. J.-C. – 220 ap. J.-C.) : C’est la première dynastie à adopter le confucianisme, qui devient le soutien idéologique de toutes les dynasties jusqu’à la fin de la Chine impériale. Sous la dynastie Han, l’histoire et les arts s’épanouissent, de nouvelles inventions améliorent la vie et des empereurs comme Wudi renforcent et étendent l’Empire chinois en repoussant les Xiongnu (quelquefois assimilés avec les Huns), en soumettant des territoires à l’ouest, dans le bassin du Tarim, et au sud, au Viêt Nam. Avec l’établissement de la route de la soie, on observe pour la première fois l’apparition d’un commerce entre la Chine et l’Occident. C’est également sous les Hans et par la route de la soie que le bouddhisme arrive en Chine.
Mais au Ier siècle av. J.-C., le pouvoir des souverains han diminue et en l’an 9 de l’ère chrétienne, l’usurpateur Wang Mang fonde l’éphémère dynastie Xin. En 25, la dynastie Han est rétablie et dure jusqu’au début du IIIe siècle.
Révolte des turbans jaunes Au printemps de l’an 184, Zhang Jiao, fondateur de la secte taoïste Taiping (« grande paix » qui régnera quand les Han seront éliminés), soulève le peuple chinois contre la dynastie Han, jugée décadente et corrompue. Les partisans de Zhang arborent sur leur front un foulard jaune en signe de ralliement, ce qui donna son nom à la révolte des turbans jaunes. Assiégés, les Han lancent un appel à l’aide et ordonnent une campagne contre les Turbans jaunes qui se comptent par centaines de milliers. De puissants et célèbres généraux, tels que Yuan Shao, Cao Cao, Sun Jian et Ma Teng répondent à cet appel. De son côté, le général Lu Zhi recrute des volontaires. Parmi eux, Liu Bei, Guan Yu et Zhang Fei qui, selon l’Histoire des Trois royaumes, se jurent fraternité et s’en vont combattre les Turbans jaunes. Ils viennent en aide au général Dong Zhuo. Les frères de Zhang Jiao, Bao et Liang, sont battus par Cao Cao et Sun Jian. Le destin a voulu que Zhang Jiao meure la même année de maladie, ironie du sort pour celui qui s’appelait « le grand guérisseur ».
Les Turbans Jaunes vont se dissoudre avec la mort de leur chef. Le commandant des forces impériales, He Jin, mate le reste de la rébellion. Zhang Bao et Zhang Liang sont eux aussi tués au combat. Des insurrections sporadiques persisteront néanmoins jusqu’en 192. Ce soulèvement est un des facteurs de la chute des Han
Période des Trois Royaumes : Période de troubles où 3 États se partagent la Chine. Bien que ces trois royaumes aient été réunis temporairement en 280 par l’empereur Wudi de la dynastie Jin, les barbares Wuhu ravagent le pays, avec vaste exode des Chinois au sud du Yangzi Jiang. Avec les immigrants et les habitants du Sud, l’empereur Yuandi de la dynastie Jin met en place la première des cinq dynasties du Nord et du Sud qui résident à Jiangkang (près de l’actuel Nankin). Les barbares du nord sont unis une première fois par Fú Jiān du Qin antérieur en 376 puis encore par Taiwudi, troisième empereur de la dynastie Wei du Nord en 439. La dernière unification signifie le début d’un groupe de dynasties (dynasties du Nord et du Sud).
L’empire unifié des Sui (589-618) : La Chine est dirigée par deux dynasties indépendantes, l’une au Nord et l’autre au Sud. L’éphémère dynastie Sui réussit à unifier le pays en 589 après presque trois cents ans de séparation. C’est de cette époque que datent les premiers dictionnaires chinois indiquant la prononciation. La langue de cette époque est le chinois médiéval.
En 618, la dynastie Tang prend le pouvoir et une nouvelle ère de prospérité commence. Le bouddhisme qui s’est lentement introduit en Chine au Ier siècle, devient la religion prédominante et est largement adopté par la famille royale. Chang’an (l’actuelle Xi’an), la capitale de l’époque, est supposée être la plus grande ville du monde. Cependant, les Tang finissent aussi par décliner et une autre période de chaos politique suit, la période des cinq dynasties et des dix royaumes.
En 960, la dynastie Song prend le pouvoir sur une grande partie de la Chine et établit sa capitale à Kaifeng tandis que la dynastie Liao gouverne la Mandchourie actuelle et une partie de la Mongolie. En 1115, la deuxième dynastie Jin arrive sur le devant de la scène. Elle annihile la dynastie Liao en dix ans et la dynastie Song elle-même perd la Chine du Nord et déplace sa capitale à Hangzhou. La dynastie Song doit aussi s’humilier en reconnaissant la suzeraineté de la dynastie Jin.
Dans les années qui suivent, la Chine est divisée entre la dynastie Song, la dynastie Jin et le Xia occidental, gouverné par les Tangoutes. Cette période permet de grandes avancées technologiques en Chine du Sud, en partie à cause de la pression militaire au Nord.
La dynastie Song (chinois : dynastie en Chine entre 960 et 1279. Il s’agit du premier gouvernement au monde à émettre des billets de banque et le premier gouvernement chinois à se doter d’une marine militaire permanente. Cette dynastie a également vu le premier usage connu de poudre à canon, ainsi que la première désignation du vrai Nord à l’aide d’une boussole.
Durant la période des Song du Nord (960-1127), la capitale est la ville septentrionale de Bianjing (actuelle Kaifeng) et l’empire s’étend sur la plus grande partie de la Chine historique.
La révolte de fang la : De son métier, Fang La était un bûcheron. Étant un homme du sud du Yangzi Jiang, il devint frustré et irrité de voir la corruption croissante qui sévissait à la cour des Song. Cette colère était partagée par beaucoup de ses compatriotes, qui, comme lui, souffraient de la pauvreté ; aussi trouva-t-il rapidement chez eux un soutien massif. Il rassembla alors des troupes au sud du Yangzi Jiang, et en vint à menacer l’empereur du nord. Il conquit un vaste territoire au sud du Yangzi, créa sa propre court, et se déclara empereur. Cette révolte sectaire est emblématique des périodes de grande violence en Chine. Kao estime à plusieurs millions de morts le coût humain de l’application des principes spirituels de Fang La et de ses hommes. La révolte de Fang La fut écrasée par des armées locales, unies pour lutter contre lui par les mêmes fonctionnaires corrompus qu’il avait voulu abattre. Fang La fut capturé et exécuté en 1121.
La période des Song du Sud (1127-1279) les Song perdent le Nord de la Chine au profit de la dynastie Jin. La cour impériale se réfugie au sud du fleuve Yangzi Jiang et la nouvelle capitale est établie à Lin’an (actuelle Hangzhou). Bien que la dynastie ait perdu le contrôle du berceau traditionnel de la civilisation chinoise au bord du fleuve Jaune, son économie ne s’effondre pas pour autant, le Sud de la Chine comportant 60 % de la population de la Chine et une majorité des terres les plus fertiles de la région1. La dynastie Song du Sud a considérablement développé et professionnalisé sa force navale pour défendre ses eaux et ses frontières et pour mener des expéditions maritimes vers l’étranger.
Pour repousser les Jin et plus tard les Mongols, les Song ont développé des technologies militaires révolutionnaires, notamment l’usage de la poudre à canon. En 1234, la dynastie Jin est défaite par les Mongols qui mettent la main sur le Nord de la Chine. Möngke, quatrième grand Khan de l’Empire mongol, meurt en 1259 lors du siège de la ville de Chongqing. Son plus jeune frère Kubilai Khan est proclamé nouveau Grand Khan, nomination partiellement soutenue par les Mongols de l’Ouest. En 1271, Kubilai Khan est proclamé empereur de Chine. Après deux décennies de guerres sporadiques, ses armées vainquent définitivement la dynastie Song en 1279. La Chine est de nouveau unifiée sous la dynastie Yuan (1271-1368).
La population chinoise double au cours des Xe et XIe siècles. Cette croissance est due à l’expansion de la culture du riz en Chine centrale et méridionale, à l’usage de riz précoce en Asie du Sud-Est et du Sud et à la production d’abondants surplus alimentaires. Cette spectaculaire croissance démographique a fomenté une révolution économique dans la Chine pré-moderne. L’expansion de la population est en partie due au retrait graduel du gouvernement central, qui régulait jusqu’alors profondément l’économie de marché. Un tel accroissement de population augmente également le rôle de la petite noblesse locale dans l’administration du peuple et des affaires locales. Les fonctionnaires nommés dans les xian et les provinces délèguent en effet la gestion et la supervision des affaires locales à la noblesse érudite.
La vie sociale durant la dynastie Song est prospère. Les élites participent au commerce d’arts précieux. La population aime à se rassembler au cours de fêtes publiques et dans des clubs privés. Les villes possèdent des quartiers dédiés aux divertissements. La diffusion de la littérature et des connaissances est améliorée par l’invention de l’impression par blocs de bois et par l’invention au cours du XIe siècle des caractères mobiles d’imprimerie. La technologie pré-moderne, la science, la philosophie, les mathématiques et autres disciplines intellectuelles prospèrent. Des philosophes tels que Chen Yi et Zhu Xi revigorent le confucianisme avec de nouveaux commentaires, inspirés de certains idéaux bouddhistes, et mettent en valeur une nouvelle organisation des textes classiques qui fait ressortir le cœur de la doctrine néoconfucianiste. Bien que les examens impériaux aient existé pendant la dynastie Sui, ils acquièrent une plus grande importance sous la dynastie Song. Ainsi, l’élite gouvernementale évolue progressivement de l’aristocratie vers la bureaucratie.
La dynastie Yuan, mongole et la dynastie Ming, han : Les Mongols vainquent la dynastie Jin, puis les Song du Sud après une longue guerre sanglante, la première où les armes à feu jouent un rôle important. S’ensuit une période de paix dans à peu près toute l’Asie, appelée Pax Mongolica. Des Occidentaux aventureux, comme Marco Polo, peuvent alors voyager dans toute la Chine et en rapporter les premiers récits à leurs compatriotes incrédules. En Chine, les Mongols se partagent entre ceux qui veulent rester dans les steppes et ceux qui veulent adopter les coutumes du peuple conquis. Kubilai Khan appartient au dernier groupe. Il établit la dynastie Yuan, la première qui dirige tout le pays, avec Pékin comme capitale (à l’instar de la dynastie Jin). Le ressentiment de la population se traduit par une révolte qui marque le début de la dynastie Ming en 1368. Cette dynastie arrive au pouvoir lors d’une période de renaissance culturelle et économique. L’armée régulière compte un million d’hommes. La Chine du Nord produit plus de cent mille tonnes de fer par an. Beaucoup de livres sont imprimés grâce à des caractères mobiles. La Chine peut à ce moment prétendre au statut de pays le plus avancé du monde.
Hongwu, le fondateur de la dynastie, pose les bases d’un État plus intéressé par les revenus du domaine agricole que par le commerce. Peut-être à cause du passé de Hongwu, ancien paysan, le système économique des Ming met l’accent sur l’agriculture. Au contraire, la dynastie Song se fiait aux marchands et aux négociants pour ses revenus. Le système foncier féodal (la tenure) des Yuan et de la fin des Song s’arrête avec l’établissement de la dynastie Ming. De grands territoires sont confisqués, fragmentés et loués ; l’esclavage privé est interdit. Par conséquent, après la mort de l’empereur Yongle, le petit paysan propriétaire prédomine dans l’agriculture chinoise. On peut estimer que ces lois ont pavé la voie de l’harmonie sociale et supprimé le pire de la pauvreté de l’ère mongole. Les lois contre les marchands et les restrictions sous lesquelles les artisans travaillent restent essentiellement les mêmes que sous les Song, mais dorénavant, les marchands étrangers de l’époque mongole tombent aussi sous le coup de ces lois et leur influence diminue rapidement.
Le rôle de l’empereur devient encore plus autocratique, bien que Hongwu conserve par nécessité l’aide de grands secrétaires pour traiter l’immense paperasserie de la bureaucratie. Celle-ci inclut des demandes (pétitions et recommandations pour le trône), les édits impériaux en réponse, divers rapports et les enregistrements de taxes.
Sous les Mongols, la population a baissé de 40 %, pour atteindre environ soixante millions d’individus. Deux siècles plus tard, elle a doublé. L’urbanisation progresse donc, à petite échelle, comme la population grandit et que la division du travail devient plus compliquée. De grands centres urbains, comme Nankin et Pékin, contribuent aussi à la progression de l’industrie privée. En particulier, les petites entreprises se spécialisent souvent dans le papier, la soie, le coton et la porcelaine. Dans nombre de régions, cependant, on assiste à la prolifération de petits centres urbains avec des marchés, plutôt qu’à la croissance de quelques cités importantes. Les marchés des villes vendent principalement de la nourriture avec quelques produits essentiels comme de l’huile ou des épingles.
Cette période correspond à une extension de la zone d’influence des Ming. Sous le règne de l’empereur Yongle, des expéditions chinoises explorent des terres et surtout des mers inconnues. L’apogée de cette période exploratrice est l’épopée de Zheng He, eunuque chinois qui va jusqu’en Afrique. Sa flotte, selon l’auteur britannique Gavin Menzies, aurait entrepris d’explorer la totalité du globe, atteignant l’Australie et les Amériques. Les Chinois, en encourageant les ambassadeurs des autres pays à leur payer des tributs et en se montrant eux-mêmes extrêmement généreux avec tous les États de leur zone d’influence, ne cherchent pas à retirer de bénéfices matériels de ces voyages, contrairement aux Européens qui commencent à explorer les côtes ouest de l’Afrique quelques décennies plus tard.
À la fin du xve siècle, la Chine impériale interdit à ses sujets de construire des navires de haute mer et de quitter le pays. Les historiens contemporains s’accordent à voir cette mesure comme une réponse à la piraterie. Les restrictions sur l’émigration et la construction de navires sont largement levées au milieu du xviie siècle.
La Mission jésuite en Chine débute en 1582 quand les premiers prêtres de la Compagnie de Jésus arrivent dans le pays.
La dynastie Qing, mandchoue : La dernière dynastie fut établie en 1644 quand les nomades mandchous incorporés dans l’armée renversèrent la dynastie nationale des Ming, et fondèrent la dynastie Qing, avec Pékin pour capitale. Au cours du demi-siècle suivant, les Mandchous étendirent leur pouvoir à des régions auparavant sous contrôle Ming, telles que le Yunnan et au-delà en s’emparant du Xinjiang (Turkestan chinois), du Tibet, de Taïwan et de la Mongolie, au prix de beaucoup d’or et de sang. Les premiers Qing durent ces succès à la combinaison des performances militaires des Mandchous et de l’efficacité de l’administration chinoise. Pour certains historiens, le déclin commencé sous les Ming se poursuivit sous les Qing, alors que pour d’autres, les XVIIe et XVIIIe siècles Qing furent une période de progrès, le déclin ne venant qu’ensuite. L’empereur Kangxi fit rédiger le plus complet des dictionnaires des caractères chinois jamais réalisé et sous l’empereur Qianlong, on compila le catalogue de toutes les œuvres importantes de la culture chinoise. La période Qing vit aussi se continuer le développement de la littérature populaire, avec des œuvres telles que le Rêve dans le pavillon rouge, un des plus grands romans chinois, et surtout des progrès agricoles, comme la triple récolte annuelle de riz qui permit à la population de passer au cours du xviiie siècle de cent quatre-vingts à quatre cents millions. En revanche, elle ne réagit pas à la supériorité technique de plus en plus évidente des Européens qui venaient commercer à Canton, notamment dans les domaines des armes ou des navires, ni à leur implantation de plus en plus forte dans l’océan Indien. Il est vrai que les Européens ne pensaient pas encore pouvoir se mesurer à la Chine.
Au cours du XIXe siècle, le pouvoir des Qing s’affaiblit et la prospérité diminua. La Chine subit une forte agitation sociale, une stagnation économique, une croissance démographique explosive, et des ingérences de plus en plus marquées de la part des puissances occidentales. La volonté britannique d’ouvrir le commerce et notamment de poursuivre ses exportations d’opium, que des édits impériaux rendaient illégales, aboutit à la première guerre de l’opium, en 1840, et à la défaite chinoise. Le Royaume-Uni obtint la cession de Hong Kong au traité de Nankin en 1842, ainsi que l’ouverture d’autres ports au commerce européen. Par la suite, le Royaume-Uni et d’autres puissances occidentales, y compris les États-Unis et plus tard le Japon, obtinrent des « concessions », c’est-à-dire des petits territoires souvent côtiers sous leur contrôle, ainsi qu’une influence dans de vastes régions voisines, et des privilèges commerciaux. La révolte des Taiping dans les années 1850 et 1860, qui ne fut vaincue qu’avec l’appui des Occidentaux, celle des Nian, l’agitation entretenue par la Russie dans les provinces frontalières, Xinjiang et Mongolie, achevèrent d’appauvrir la Chine et faillirent mettre fin à la dynastie.
Les révoltes paysannes, avec développement de sociétés secrètes, ponctuent l’histoire de la Chine, conséquence d’une crise alimentaire ou de difficultés économiques, souvent liées à des catastrophes naturelles. Les Chinois voient dans de telles catastrophes le signe que la dynastie perd le mandat du Ciel, ce qui légitime alors son renversement. Ainsi, la fin de la dynastie des Han a été marqué par la révolte des Turbans jaunes, la fin de la dynastie des Song par la révolte de Fang Xi, et la fin de la dynastie des Yuan par la société du Lotus blanc.

La révolte des Taiping est un soulèvement majeur dans le Sud, puis le Centre de la Chine, entre 1851 et 1864 ; cette révolte, dont la dynastie des Qing mit près de quinze ans à venir à bout, tire son nom du royaume que les rebelles avaient fondé en Chine du sud et en Chine centrale, le Taiping Tian Guo, ou Royaume céleste de la Grande Paix. Cette guerre civile est l’un des conflits les plus meurtriers de toute l’Histoire. Son fondateur, Hong Xiuquan (1814-1864), qui avait lu des brochures religieuses des missionnaires, se disait frère cadet de Jésus-Christ. Il promulgua une réforme agraire après la prise de Nankin en 1853, avec réformes sociales (égalité des sexes, mais stricte séparation entre les hommes et les femmes, propriété foncière privée abolie ; nourriture, vêtements et autres biens de consommation courante mis en commun dans des entrepôts publics, et distribués à la population selon leurs besoins par leurs chefs militaires) ; l’opium, le tabac et l’alcool étaient interdits, l’esclavage est aboli, la polygamie et le bandage des pieds des femmes interdits. Le mouvement Taiping préfigure la révolution communiste par ses aspects sociaux et ses concepts égalitaires. La religion est importante avec obligation d’assister aux offices religieux, toutes les semaines pour les adultes, tous les jours pour les enfants, forte hiérarchisation, centralisation des décisions. En signe de rébellion, les Taiping coupent la natte dont le port avait été imposé aux Chinois han au XVIIe siècle par la dynastie Qing (d’origine mandchoue) sous peine de mort. Ils se laissent pousser les cheveux, d’où le nom de rebelles aux cheveux longs.
Vers le milieu du XIXe siècle, nombreuses révoltes, l’essor démographique vu la stabilité des surfaces cultivées conduit à une pauvreté croissante, et aggrave acec famines. En 1842, le Royaume-Uni a imposé des sanctions financières lourdes à la Chine après la Première Guerre de l’opium, donc pression fiscale accrue, la ponction annuelle d’argent-métal, liée au commerce de l’opium, entraîne le renchérissement de l’argent, avec lequel sont payés impôts et loyers, donc forte augmentation du coût de la vie. S’y ajoutent des catastrophes naturelles : famine dans le Sichuan de 1839 à 1841, et Hunan en 1851, inondations en 1849, 1851 et 1855, contribuant à la révolte des Nian. La misère absolue règne. La dynastie mandchoue des Qing est discréditée (impuissance à secourir les victimes des catastrophes naturelles, défaite face aux Occidentaux et situation économique dégradée).
Le chef des Taiping, Hong Xiuquan (1813-1864), rencontre en 1836, un missionnaire dont l’interprète, un cantonais chrétien lui remet 9 fascicules, Hong Xiuquan ne les lit pas, mais les conserve. Après son troisième échec aux examens de la fonction publique de la Chine impériale, en 1837, il tombe malade, avec délires et visions, qu’il ne sait pas interpréter. Après son ultime échec au shengyuan, en 1843, pour entrer dans la fonction publique, Hong Xiuquan, lit les brochures de 1836, qui donnent un sens aux visions de 1837, il serait le frère cadety de Jésus Christ et doit combattre le mal, qu’il n’identifie fin de 1849, comme la dynastie mandchoue des Qing.
Fin 1844, un disciples, Feng Yunshan, prêche et crée la Société des adorateurs de Dieu, synthèse de l’Ancien Testament et des traditions des sociétés secrètes chinoises, avec adhésion des minorités hakka, zhuang et yas du Guangxi, en Chine du Sud (secoué par des famines, émeutes, contrebande, avec nombreuses sociétés secrètes : donc lieu propice à la révolte) .
1850 (décembre) : début de la révolte des Taiping, avec le massacre d’une cinquantaine de soldats qing ;
1851 (janvier) : nouveau massacre de soldats qing ;
1851 (septembre) : l’armée des Taiping s’empare de la première ville fortifiée, Yong’an dans le Guangxi ;
1852 (printemps) : marche vers le nord, échecs devant les capitales régionales de Guilin et de Changsha, mais succès en Chine centrale, prenant Wuchang, dans le Wuhan, puis Nankin, le 19 mars 1853. Rebaptisée Tianjing (capitale céleste), elle devient capitale du royaume. Les Taiping contrôlent une grande partie de la Chine du Sud et de la vallée du Yangzi Jiang. Le Royaume céleste s’y organise : système agraire et 10 commandements célestes, organisation et hiérarchie strictes.
La révolte des Nian éclate presque en même temps que la révolte des Taiping, dans une zone voisine (Shandong, Jiangsu, Henan, Anhui) avec cavalerie qui manque aux Taiping, elle coupe les lignes de communication des Qing vers les provinces occupées des Taiping. Les Nian aident les Taiping lors de l’expédition vers Pékin en juin 1853 et l’expédition Taiping de renfort de février 1854, vaincue par les troupes qing du général mongol Sengge Rinchen, les restes de l’armée sont écrasés en mars 1855, après une ultime résistance à Lianzhen, près du Grand Canal. Lin Fengxiang, le général Taiping, est mis à mort par Sengge Rinchen.
Les impériaux lèvent des armées pour la stopper. L’armée de Xiang, chargée d’abord de contrer les Taiping dans le Hunan, est efficace, et remplace l’armée régulière chinoise. Elle compte jusqu’à 360 000 hommes, et joue un rôle essentiel dans la reconquête de Nankin en 1864. En 1854 et 1855 combats dans le Hunan ou sur le Yangzi Jiang (Wuhan, est prise et perdue deux fois,Wuhu, en amont de Nankin, change de main huit fois entre 1853 et 1855) avec coup d’arrêt aux Taiping.
En octobre 1855, victoire des Qing à la bataille de Tongcheng, qui empêche les Taiping de contrôler le Hunan. En novembre 1855, Luzhou est reprise par les Qing après siège de 22 mois.
Les territoires des taïping se réduisent, leurs principes ne sont plus respectés par les plus hauts gradés et Hong Xiuquan qui pratiquent la polygamie, interdite. L’application des règles est pratiquée avec brutalité : les fumeurs d’opium sont décapités, Xiao Chaogui, le roi de l’Ouest, fait juger et exécuter ses parents parce qu’ils vivent ensemble, en contradiction avec la loi Taiping d’avant mars 1855, qui interdit à l’époque toute relation entre homme et femme, même mariés.
La paysannerie est peu à peu oubliée : les dirigeants vivent dans le luxe, les concepts de société sans classe et d’égalité entre hommes et femmes, sont bafoués par une hiérarchie marquée, dans laquelle la polygamie est une marque importante de pouvoir.
Les luttes intestines et le « massacre de Tianjing »
L’unité du mouvement explose lorsque les dirigeants Taiping se livrent à des luttes intestines, série de meurtres en 1856, à Nankin (massacre de Tianjing), qui décime le haut commandement Taiping, en cassant définitivement l’unité du mouvement, puis en 1857, départ de Shi Dakai, vers le sud-ouest où il fait la guerre à son compte avec 100 000 hommes, suite au massacre de sa femme et de ses enfants à la défiance que lui témoigne Hong Xiuquan.
L’appui des Occidentaux (France et Royaume-Uni), à partir de 1860 (après la fin de la Seconde Guerre de l’opium (1856-1860), conclue par le traité de Tianjin en 1858, puis la convention de Pékin en 1860), aux Impériaux. La convention de Pékin accorde à la France, au Royaume-Uni et à la Russie des avantages commerciaux et territoriaux (Hong Kong pour les Anglais, une partie de la Mandchourie pour la Russie). Cette aide occidentale s’explique car les Taiping échouent plusieurs fois (1860, 1862) à s’emparer de Shanghai, port, ouvert aux Occidentaux, essentiel comme point d’accès à la Chine.
Les Taiping échouent à contrôler l’ensemble du Yangzi Jiang, qui est l’axe central de leur royaume. Dès 1860, Frederick Townsend Ward, un aventurier américain avec vision claire d’une armée efficace, met sur pied une petite troupe qu’il commande avec brio jusqu’à sa mort, en 1862. Les succès remportés sont si nombreux et si réguliers que le nom d’« Armée toujours victorieuse » lui est conféré en 1862, après la seconde attaque infructueuse des Taiping sur Shanghai, en janvier-février 1862 (les défenseurs sont d’ailleurs aidés par une chute de neige qui dure 58 heures, accompagnée d’une température de -12°C, qui prend par surprise les Taiping). Cette armée toujours victorieuse, commandée par le général britannique Charles George Gordon à partir de 1862, est un acteur important dans la victoire finale contre les Taiping.
Une première très grave défaite a lieu à Anqing le 5 septembre 1861, où les Taiping sont lourdement battus par l’armée de Xiang. L’Armée toujours victorieuse, reprend Suzhou en 1863, l’armée de Xiang, assiège Nankin en 1864. Le 19 juillet 1864, prise de Nankin, après de sanglants combats de rue, et > 100 000 morts.
La guerre civile continue de longues années, par des bandes avec des centaines de milliers d’anciens Taiping qui continuent à livrer combat. En août 1871, le général Li Fuzhong, commandant les restes de l’armée de Shi Dakai, est écrasé par les Qing, que la paix revient réellement dans cette partie de la Chine.
1839-1842 : Première Guerre de l’opium ; Au XVIII siècle la sinomanie européenne aboutit à l’importation de marchandises chinoises (thé, soie, porcelaine, objets laqués, les négociants étrangers veulent mettre fin aux ségrégations quasi-institutionnalisées dont ils sont les victimes, la Chine, autosuffisante, ne veut pas d’échange marchandise contre marchandise, mais exige d’être payée en monnaie d’argent uniquement, les Britanniques, qui contrairement aux Espagnols, grâce à leurs colonies en Amérique du Sud, notamment au Mexique, ont peu d’argent et beaucoup de marchandises en nature, venant principalement de leurs colonies aux Indes . Les Britanniques se lancent dans le commerce lucratif de l’opium qui se développe : en 1729, 200 caisses d’opium entrent chaque année en Chine ; à la fin du XVIIIe siècle, 4 000 unités, et en 1838, 40 000 caisses sont vendues par les Américains et les Britanniques. Les Britanniques exigent d’être payés en lingots d’argent, récupérant le précieux métal cédé dans le commerce du thé. La balance commerciale entre la Chine et l’Empire britannique s’inverse rapidement en faveur des Britanniques. La corruption des fonctionnaires chinois contrôlant le trafic de drogue en Chine devient préoccupante en même temps que la drogue provoque des ravages dans la population. L’Empereur réagit en s’en prenant aux intérêts britanniques. En 1798, William Pitt envoie une ambassade à Pékin pour négocier un accord sur les échanges commerciaux. L’empereur, refusant de se laisser forcer la main à cause de l’opium, préfère fermer son pays aux commerçants et aux missionnaires européens. Plusieurs édits pour prohiber l’opium : en 1729, par l’empereur Yong Zheng (1723–1736), l’opium devient produit de contrebande, en 1796, un nouvel édit, de l’empereur Jiaqing (1796–1821), confirme l’interdiction de ce trafic, sous peine de mort, des sanctions contre les opiomanes sont prises. En 1800, troisième édit qui interdit sa culture sur le sol chinois ; les dépôts d’opium sont déplacés à Huangpu. En 1809, les navires qui déchargent à Huangpu doivent fournir un certificat indiquant l’absence d’opium à bord. La corruption des fonctionnaires ne permet pas l’application des mesures. En 1821, décret chinois : le commerce n’est plus possible à Huangpu. Le marché se déplace à Lingding. La Compagnie britannique des Indes orientales contourne l’interdiction et augmente ses ventes illégales d’opium en Chine. En 1835, il y a 2 millions de fumeurs d’opium en Chine. Canton est, à l’époque, le port par lequel transite la majorité de l’opium. L’empereur nomme en décembre 1838 Lin Zexu commissaire impérial de la province du Guangdong (Canton) pour mettre un terme à l’usage de l’opium. En mars 1839, Lin Zexu arrive à Canton et établit la liste de toutes les fumeries d’opium, de leurs tenanciers et des vendeurs. Il confisque tous les stocks d’opium de la ville : ordonne à leurs propriétaires de remettre la drogue en échange de thé. Tous les propriétaires étant étrangers, ils doivent renoncer par écrit au commerce avec les Chinois.
Le surintendant du commerce britannique coopére avec Lin. En avril 1839, Lin fait parvenir à la reine du Royaume-Uni, Victoria, un message pour lui dire que la consommation d’opium est interdite en Chine et lui demande d’en faire cesser le trafic.
Le 3 juin 1839, la drogue saisie est détruite, soit 1188 tonnes. Lin édicte un règlement stipulant que les bateaux étrangers entrant dans les eaux territoriales chinoises seront fouillés. L’opinion publique se montre favorable à cette interdiction.
Lord Melbourne, le Premier ministre de la reine Victoria, convainc le Parlement britannique d’envoyer un corps expéditionnaire à Canton, déclenchant la première guerre de l’opium.
Le 7 juillet 1839, un groupe de marins britanniques et américains débarquent à Kowloon, les marins vandalisent un temple et tuent un homme. Prétextant que la Chine n’a pas de système juridique avec jury ou d’audience probatoire (le magistrat était à la fois le procureur, le juge, le jury et le futur bourreau), le gouvernement britannique souhaite que les sujets britanniques ne soient jugés que par les juges britanniques. Lorsque les autorités Qing ont exigé que les hommes soient remis à la cour pour le procès, les Britanniques refusent. Six marins sont finalement jugés par les autorités britanniques à Canton (Guangzhou), mais ils sont immédiatement libérés dès qu’ils ont atteint l’Angleterre.a
En Chine, affrontements armés entre navires britanniques et jonques chinoises : en septembre et novembre 1839. Lin Zexu interdit le port de Canton aux navires britanniques en décembre 1839 ; l’empereur ferme pour toujours Canton aux Britanniques en janvier 1840.
Débat en avril 1840 à la Chambre des communes entre les partisans d’opérations militaires pour la réparation des torts envers leurs commerçants et ceux qui veulent que le Royaume-Uni renonce à vendre de l’opium. Les premiers auront gain de cause. Une armada britannique est mise sur pied. Sous le commandement de l’amiral Elliot, elle arrive au large de Canton en juin 1840. Un croiseur britannique bombarde Canton et occupe l’archipel voisin de Zhoushan (diplomatie de la canonnière). Les Britanniques attaquent Canton mais sans succès, car Lin a fait planter des pieux retenus par des chaînes dans le port pour empêcher les bateaux d’accoster. Il y a aussi une milice qui défend la ville. Les Britanniques conquièrent Hong Kong (alors un avant-poste mineur) et en font une tête de pont. Les combats commencent en juillet, détruisant 29 navires chinois. Les Britanniques capturent le fort de l’embouchure de la rivière des Perles (voie maritime entre Hong Kong et Guangzhou). La cour chinoise prend peur. Lin Zexu est condamné à l’exil et est remplacé par un aristocrate, Qishan, qui fait démolir les fortifications de Lin, dissoudre la milice en novembre 1840 et réduire le nombre de soldats.
Les Britanniques revendiquent : la reprise du commerce avec le Royaume-Uni, le remboursement des stocks d’opium détruits, la passation de Hong Kong (anciennement Îles Victoria) dans leur giron. Qishan refuse. Les Britanniques tentent de le faire plier en s’emparant de quelques fortification. Qishan prend peur et accepte les revendications. La cour chinoise pense que l’acceptation de Qishan ne concerne que la reprise du commerce. En apprenant que cela va plus loin, l’empereur destitue Qishan (condamné à mort pour mauvais services, puis à l’exil) et déclare la guerre aux Britanniques le 29 janvier 1841. L’empereur remplace Qishan par Yishan. En 1841, les britanniques occupent la région autour de Guangzhou, puis prennent la ville voisine de Ningpo (Ningbo) et le poste militaire de Chinhai. Dans la province de Canton, les Britanniques se rendent maîtres des endroits stratégiques. L’assaut de Yishan contre les Britanniques est repoussé et les Chinois se replient à l’intérieur de la ville. Yishan demande l’armistice et une convention d’armistice (convention sur le rachat de Canton) est signée le 27 mai 1841. Les Chinois rachètent Canton pour 6 millions de dollars aux Britanniques. Mais ceci repose sur un double malentendu utilisé par les diplomates britanniques : les Chinois considèrent cette action comme un prêt commercial, alors que les Britanniques n’ont renoncé ni à l’indemnisation des stocks d’opium, ni à Hong Kong. Les Britanniques veulent encore faire peur aux Chinois afin d’obtenir davantage avec une nouvelle négociation. En août 1842, une escadre britannique remonte le Yangzi Jiang jusqu’à Nankin, obligeant l’empereur Daoguang à capituler et à signer le traité de Nankin le 29 août 1842. Ce traité donne aux Britanniques le libre commerce de l’opium, la fin de l’obligation de négocier uniquement avec les Co hong et surtout la concession de l’île de Hong Kong qui sera reprise par la suite.
La seconde guerre de l’opium dura de 1856 à 1860 et opposa la Chine à la France et au Royaume-Uni (soutenus par les États-Unis et la Russie). Cette guerre peut être vue comme le prolongement de la première guerre de l’opium (1839-1842), dans laquelle ces puissances désiraient imposer à l’Empire mandchou de la dynastie Qing l’autorisation du commerce de l’opium, d’où le nom que l’on lui a attribué.
1837 : après son troisième échec aux examens, Hong Xiuquan fait une forme de dépression nerveuse pendant laquelle il a des visions mystiques ;
la Chine, étant autosuffisante, ne veut pas d’échange « marchandise contre marchandise », mais exige d’être payée en monnaie d’argent uniquement 1843 : après la lecture de brochures chrétiennes, Hong Xiuquan comprend que ses visions lui montraient Dieu le Père, dont il est le fils cadet ;
1844-1845 : Hong Xiuquan commence à prêcher dans les montagnes du Guangxi, et rassemble ses premiers disciples ;
1850 : en décembre, Hong Xiuquan et ses hommes attaquent pour la première fois et mettent en pièce une petite troupe qing ;
1851 : Hong Xiuquan fonde la dynastie du Royaume céleste de la Grande Paix (Tàipíng Tiān Guó) ;
1852 : les Taiping progressent vers le nord ;
1853 : les armées Taiping sont de plus en plus nombreuses. Le 19 mars, les Taiping prennent la ville de Nankin, qui deviendra leur capitale, puis commencent à marcher vers Pékin. Ils atteignent Tianjin le 30 octobre, mais échouent à prendre Pékin ;
1853-1856 : expédition vers l’ouest par les Taiping, pour contrôler le cours supérieur du Yangzi Jiang. Succès mitigés ;
1856 : assassinat de trois des chefs du mouvement lors du massacre de Tianjing. Débarquement de 5 000 soldats britanniques à Canton le 23 octobre 1856 (début de la Seconde Guerre de l’opium) ;
1857 : Shi Dakai, le général en chef des Taiping, abandonne les Taiping, accompagné de 100 000 hommes, à la suite du massacre de Tianjing où il a failli être assassiné, et à la défiance que lui témoigne désormais Hong Xiuquan ;
1860 : les Taiping s’emparent de Hangzhou et de Suzhou (au mois de juin), mais échouent devant Shanghai (en août), défendue avec l’aide des Occidentaux. Le 24 octobre 1860, la convention de Pékin met fin à la Seconde Guerre de l’opium, et donc, au contentieux opposant les Qing et les Occidentaux ;
1861 : l’empereur Xianfeng meurt ; l’impératrice douairiaire Cixi lui succède au pouvoir ;
1860-1862 : Frederick Ward créé le Shanghai Foreign Arms Corps pour défendre Shanghai, puis le développe pour en faire ce qui deviendra l’Armée toujours victorieuse, commandée ensuite par Charles George Gordon ;
19 juillet 1864 : Nankin est reprise, et les principaux chefs Taiping tués. La dynastie mandchoue est sauvée. Hong Xiuquan lui-même est mort peu avant que Nankin soit reprise par l’armée impériale ;
août 1871 : les dernières bandes Taiping du général Li Fuzhong (restes de l’armée de Shi Dakai) sont écrasées ;
1880 : les Taiping ayant fui la Chine s’engagent dans les « Pavillons noirs ».
Les sphères du pouvoir étaient peu désireuses d’admettre le commerce occidental, particulièrement celui de l’opium. L’Occident a donc pu se contenter d’y établir des « sphères d’influence ». Au contraire par exemple de l’Afrique subsaharienne, il était possible d’accéder au marché chinois sans établir un contrôle politique formel. À la suite de la première guerre de l’opium, le commerce britannique et plus tard les capitaux investis par d’autres pays industrialisés étaient possibles avec moins de contrôle occidental direct qu’en Afrique, en Asie du Sud-Est, ou dans le Pacifique. Par bien des aspects, la Chine était une colonie et la destination de très importants investissements occidentaux (la première au tournant du siècle). Les puissances occidentales (en y incluant parfois le Japon) intervinrent militairement pour maintenir l’ordre, notamment en mettant fin à la révolte des Taiping où à celle des boxers. Le général britannique Charles Gordon, plus tard défenseur malheureux de Khartoum, est souvent crédité d’avoir sauvé la dynastie mandchoue de l’insurrection des Taiping.
À partir des années 1860, les Qing, contrôlés par une impératrice douairière conservatrice (Cixi, qui assuma le pouvoir de 1860 à 1908), l’ayant emporté au cours de la guerre civile avec les Taiping grâce à l’appui des milices organisées par l’aristocratie, entamèrent la modernisation du pays. Mais les nouvelles armées furent défaites par la France (guerre franco-chinoise pour le contrôle de l’Indochine, 1883-1885) puis par le Japon (première guerre sino-japonaise pour le contrôle de la Corée, 1894-1895). Des réformes plus profondes s’imposaient.
Au début du XXe siècle, la dynastie Qing faisait face à un dilemme : poursuivre les réformes et mécontenter une aristocratie oisive ou y mettre un terme et conforter les révolutionnaires qui prédisaient la fin de ce régime. Elle s’en tint à un moyen terme et s’aliéna tout le monde, en soutenant notamment la révolte des Boxers.
La République de Chine : Frustrés par les résistances de la cour impériale aux réformes, de jeunes fonctionnaires, officiers et étudiants, inspirés par les idées révolutionnaires de Sun Yat-sen, commencent à envisager le renversement de la dynastie Qing au profit d’une république. Une révolte militaire, le soulèvement de Wuchang, le 10 octobre 1911 à Wuhan, déclenche la révolution Xinhai, qui entraîne l’abdication du dernier empereur Qing, Aixinjueluo Puyi. Un gouvernement provisoire est formé à Nankin le 12 mars 1912, présidé par Sun Yat-sen. La République de Chine est proclamée. Sun dut céder le pouvoir au général Yuan Shikai, commandant de l’armée de Beiyang. Du fait du poids des factions militaires, le nouveau pouvoir chinois fut surnommé gouvernement de Beiyang. En quelques années, Yuan Shikai abolit les assemblées nationales et provinciales. Les chefs républicains durent s’exiler, Sun se réfugiant au Japon. Yuan Shikai se fit proclamer empereur à la fin 1915. Ses prétentions impériales rencontrèrent une opposition déterminée de ses subordonnés militaires et, risquant une rébellion, il dut y renoncer. Il mourut peu après, en juin 1916, laissant le pouvoir vacant. Le gouvernement républicain se décomposa et une ère de « seigneurs de la guerre » s’ouvrit, pendant laquelle la Chine fut ravagée par les luttes entre des coalitions mouvantes de chefs militaires provinciaux.
Sun Yat-sen : Dans les années 1920, Sun Yat-sen établit une base révolutionnaire dans le Sud, et commença à réunifier la nation. Recevant l’assistance des Soviétiques, il s’allia au petit Parti communiste chinois (PCC). Après la mort de Sun en 1925, un de ses lieutenants Tchang Kaï-chek prit le contrôle de son parti, le Kuomintang (KMT) et réussit à contrôler l’essentiel de la Chine du Sud et du Centre, grâce à une campagne militaire appelée expédition du Nord. Ayant vaincu les seigneurs de la guerre du Sud et du Centre, il obtint l’allégeance formelle de ceux du Nord. À partir de 1927, il se retourna contre les communistes, s’attaquant à leurs chefs comme à leurs troupes dans leurs bases du Sud et de l’Est, ce qui déclencha la guerre civile chinoise. En 1931, un nouveau front s’ouvrit en Chine avec l’invasion japonaise de la Mandchourie. En 1934, défaits par les nationalistes et chassés de leurs bases dans les montagnes, les communistes entreprirent la Longue Marche, à travers les régions les plus désolées du pays, vers le Nord-Ouest. Ils établirent leur nouvelle base de guérilla à Yan’an, dans la province du Shaanxi.
Au cours de la Longue Marche, les communistes se réorganisèrent autour de Mao Zedong. La lutte acharnée entre le KMT et le PCC se poursuivit, tantôt au grand jour, tantôt secrètement pendant les quatorze longues années de l’invasion japonaise, de 1931 à 1945, bien que les deux se soient formellement alliés contre les envahisseurs au cours de la seconde guerre sino-japonaise. Le nouveau conflit contre les Japonais, déclenché en 1937 par l’incursion de l’Armée impériale japonaise sur le reste du territoire chinois, s’intégra à partir de 1941 au volet asiatique de la Seconde Guerre mondiale.
La guerre civile reprit après la défaite japonaise de 1945. En 1949, le PCC occupait l’essentiel du pays. Tchang Kaï-chek se réfugia dans l’île de Taïwan avec les restes du gouvernement et des forces armées du Guomindang, et proclama Taipei capitale provisoire de la République de Chine, en attendant de pouvoir reconquérir le continent.
La Chine sous Mao Zedong
Les maoïstes contrôlent l’ensemble du continent en 1949, et proclament la République populaire de Chine à Pékin le 1er octobre 19498. Bientôt les nationalistes ne tiennent plus que Hainan et Taïwan, puis uniquement l’archipel de Taïwan.
Pour le continent, la période 1949-1954 est celle de la mise en place d’un État communiste. Le Parti communiste chinois, vainqueur, monopolise les postes-clefs, tandis qu’il offre une apparence de multipartisme. L’assemblée vote la Constitution chinoise de 1954. Un premier plan quinquennal est lancé, qui semble une réussite et encourage Mao Zedong à lancer son Grand Bond en avant en 1958. Mais les efforts forcenés dans la sidérurgie par des paysans s’avèrent finalement un désastre. L’idée doit être abandonnée officieusement vers 1960, officiellement en 1962. Vingt à cinquante millions de Chinois seraient morts de la famine dans l’aventure.
De 1960 à 1966, la Chine continentale est dans un calme relatif, agité de quelques chasses aux dérives. Le système de production est en convalescence, et reprend peu à peu. En 1966 débute la Révolution culturelle. Les étudiants sont agités afin de nettoyer la Chine des « nouveaux capitalistes » et deviennent les gardes rouges de la révolution, défendant les idéaux communistes, et organisant des expéditions punitives partout en Chine. Jiang Qing, la femme de Mao Zedong, et la bande des Quatre agitent le mouvement contre les chaînes culturelles du passé : de nombreuses œuvres anciennes, livres, sculptures, bâtiments, etc. sont détruits. Les intellectuels sont attaqués. La Chine est terrorisée face à l’arbitraire et la précipitation de ces gardes rouges. L’armée et son chef Lin Biao, fidèle à Mao Zedong, redeviennent un élément clef. En août 1966, Liu Shaoqi, Deng Xiaoping et Peng Zhen, modérés, sont rétrogradés. Fin 1967, l’armée se décide enfin à réprimer le mouvement. L’armée, Lin Biao et Mao Zedong en sortent renforcés, avec les gardes rouges, ils ont court-circuité l’appareil de l’État. Le parti est ébranlé pour en construire un nouveau selon les souhaits de Mao Zedong.
Mais la mort de Mao Zedong, le 9 septembre 1976, ouvre la lutte pour la succession. La bande des Quatre est arrêtée en octobre. Hua Guofeng mène désormais la Chine avec davantage de pragmatisme, mais c’est surtout l’arrivée de Deng Xiaoping qui lance la phase de réformes. Il légitime la quête de biens matériels comme étant une phase transitoire avant le communisme, il ouvre la Chine aux investissements étrangers, crée des « zones économiques spéciales » et propose l’idée d’« un pays, deux systèmes » (socialiste et capitaliste) comme pouvant parfaitement coexister.
La république populaire de Chine à l’époque du « socialisme de marché »
À partir de 1979, la Chine s’engage dans la voie d’un communisme modéré, l’économie de la République populaire de Chine étant désormais définie comme une économie socialiste de marché. La Chine connaît alors progressivement une phase de forte croissance. En 1984, les régions chinoises acquièrent davantage d’autonomie et peuvent être libres de leurs investissements. En 1989, les étudiants de Pékin s’agitent, et occupent la place Tian’anmen pour manifester en faveur de réformes démocratiques. Mais le mouvement est réprimé, des chars roulent finalement sur les étudiants faisant plus de dix mille morts. Depuis les années 1990 et 2000, l’économie de la Chine connaît une croissance de plus en plus rapide, supérieure à 8-9 % par an, en raison du bas coût de la main-d’œuvre et des possibilités d’échange offertes par les technologies. En 2010, la Chine devient ainsi la seconde puissance économique mondiale et profite de la crise économique pour investir à l’étranger via sa Go Out policy.
Avec la proclamation de la République populaire de Chine à Pékin le 1er octobre 1949, la Chine se retrouva avec deux gouvernements, la République populaire de Chine sur le continent et la République de Chine sur l’île de Taïwan, chacun se considérant comme le gouvernement chinois légitime. Depuis le début des années 1990, des relations pacifiées ont été établies entre les deux parties, bien qu’elles demeurent tendues. Certains partis taïwanais souhaitent déclarer l’indépendance de l’île, c’est-à-dire passer de la situation de gouvernement chinois « rebelle » contrôlant seulement Taïwan, à celle de gouvernement d’un Taïwan indépendant. Cette option n’a encore été retenue par aucun gouvernement taïwanais, car Pékin a fait clairement savoir qu’une déclaration d’indépendance serait pour lui un motif d’une intervention armée.
Chen Shui-bian, président de Taïwan de 2000 à 2008, a défendu la souveraineté de la République de Chine vis-à-vis de Pékin.
En mai 2005, le KMT (Guomindang), alors parti d’opposition, signe des accords avec le PCC, reconnaissant la souveraineté de ce dernier sur la Chine, et accordant aux partis taïwanais le pouvoir sur la province de Taïwan. Cet accord n’avait de valeur que symbolique dans la mesure où le Guomindang, dans l’opposition à Taïwan, n’avait aucun mandat pour signer un traité avec le gouvernement de Pékin.
Le Guomindang est revenu au pouvoir à Taïwan en 2008 avec l’élection comme président de la république de Ma Ying-jeou, qui déclare vouloir améliorer les rapports avec la Chine populaire, tout en promettant le statu quo, sans indépendance formelle de Taïwan, ni ré-unification.
Cependant il lui est reproché de trop s’incliner devant les demandes de la Chine populaire et il est remplacé en 2016 par Tsai Ing-wen du Parti démocrate progressiste, qui sans prôner l’indépendance promet plus de fermeté à l’égard de la politique de réunification de Pékin.
Le 18 août 1966 débute la Révolution culturelle prolétarienne. Planifiée par Mao Zedong (73 ans), fondateur du régime communiste et de la Chine dite populaire, elle vise à restaurer son autorité sur le Parti communiste chinois (PCC) après l’échec dramatique du « Grand Bond en avant » (1958-1961). Mao, qui est toujours le président du Parti, mobilise la jeunesse lycéenne de Pékin et Shangai contre le président de la République Liu Shaoqi et Deng Xiaoping.
Ceux-ci représentent l’aide droite pragmatique au bureau du PCC. Ils sont accusés de « révisionnisme » et se voient reprocher de sacrifier l’idéologie aux impératifs du redressement économique. Deng Xiaoping est soumis à une rééducation forcée et Liu Shaoqi meurt en prison.
Emportés par leur élan, les jeunes de toutes conditions sociales se rassemblent sous l’étiquette de « Gardes rouges ». Ils brandissent le Petit livre rouge des Pensées du président Mao, un recueil de formules prudhommesques que tout bon révolutionnaire se doit d’apprendre par coeur et répéter à tout propos.
Ils multiplient les réunions politiques et les rassemblements de masse, s’expriment par dazibaos (affiches manuscrites) et bousculent au sens propre et au sens figuré les institutions du pays.
Dans les deux années qui suivent, ils lynchent à mort leurs maîtres et les supposés « représentants de la bourgeoisie ». Ils saccagent aussi les temples, les monuments patrimoniaux ou encore les magasins en relation avec l’ordre ancien. Ils brûlent des livres anciens.
Humilié, le grand écrivain Lao She choisit de se suicider plutôt que de se rendre à une convocation de la police. Étrangement, la Révolution culturelle séduit par ses outrances une frange de la jeunesse estudiantine (et bourgeoise) d’Occident. Les représentants des droites européennes, comme Alain Peyrefitte ou Valéry Giscard d’Estaing, n’échappent pas à la « maolâtrie » ambiante ! Le 27 janvier 1968, Mao décide enfin de mettre fin aux turbulences de la Révolution culturelle. Sur son ordre, le chef de l’armée Lin Biao expédie dix-sept millions de jeunes « Gardes rouges » dans les campagnes et les confie aux mauvais soins des paysans. Beaucoup deviendront du coup des opposants déterminés au maoïsme...
En septembre 1971, Lin Biao, connu comme l’auteur du Petit Livre Rouge et le dauphin de Mao, est, bien que malade, soupçonné par ce dernier de vouloir le renverser. Il s’écrase en avion en tentant de s’enfuir en URSS.
Les troubles ne s’arrêtent pas pour autant. Ils se prolongent jusqu’à la mort de Mao, le 9 septembre 1976, du fait du conflit entre sa femme Jiang Qing, qui tente de relancer la Révolution culturelle, et le Premier ministre Zhou Enlai.
La Révolution culturelle se solde en définitive par plusieurs millions de victimes et un profond recul de l’économie du pays, qui ne pèse plus que 3 à 4% de l’économie mondiale. Malgré ce bilan accablant, il n’est pas sûr que ses laudateurs occidentaux et en particulier français aient reconnu s’être trompés.
Gang des quatre : membres influents du PCC durant la révolution culturelle lancée en 1966 par Mao Zendong, pour éliminer les capitalistes (intelligentsia et bureaucrates) infiltrant le parti avec l’aide des gardes rouges, tous les officiels de haut niveau opposés à Mao furent persécutés. La personnalité dominante était Jiang qing, dernière épouse de Mao, devenue membre du Politburo en 1969, les 3 autres associés de haut niveau étaient Zhang Chuanqiao vice-Premier Ministre, Wang Hongwen vice-président du PCC, Yao Wenyuan secrétaire à Shanghai du PCC. Dès le décès de mao le 9 décembre 1976, lutte de pouvoir entre le gang des 4 et Deng Xiaoping avec le maréchal Ye Jianying. Hua Guofeng étant le successeur désigné par Mao, candidat de compromis entre les 2 groupes. Le gang des 4 contrôlait les media et dénonçait Deng et ses alliés de droite. Après 3 semaines Hua accepte de faire arrêter le gang des 4 qui contrôlait l’armée, pour ce faire chacun des membres du gang des 4 a été convoqué à une réunion d’urgence du Politburo. Ils furent appréhendés l’un après l’autre sans brutalités ni coup de feu et transférés dans une prison de haute sécurité Entre l’arrestation en Octobre 1976 et le procès en Novembre 1980, perte d’influence complète du gang des 4. En juillet 1977, Deng Xiaoping prend le pouvoir. En 1978 : fin officielle de la révolution culturelle avec less 4 Modernisations. En Septembre 1979, Ye Jianying déclare la révolution culturelle une catastrophe. Deng propose un procès du gang des 4 pour corriger les erreurs de la révolution culturelle. Février 1980, on déclare l’innocence de Liu Shaoqi, persécuté jusqu’à la mort par le gang des 4 durant la révolution culturelle.
Début du procès le 20 novembre 1980. Les 10 accusés affrontent de nombreux chefs d’accusation (persécution, tentative de coup d’état en 1974 en conspirant pour empêcher Deng de revenir (Yao Wenyuan reconnaît y avoir participé accessoirement), milice opposée à l’armée régulière, la persécution de 750000 personnes avec 34375 morts). Le procès confirmait la persécution d’officiels de haut rang (dont Liu Shaoqi président du PCC en 1959 en succédant à Mao, puis en 1965 et Deng Xiaoping,) par le gang des 4, Liu fût dénoncé comme traître, par les gardes rouges en décembre 1966 sous l’égide de Zhang Chunqiao et Jiang Quing, sa femme arrêtée en Janvier 1967 ne fût relâchée qu’en 1979. Pendant le procès Zhang Chunqiao qui avait refusé tout avocat, ne s’est pas exprimé. Le gang des 4 n’a pas hésité à torturer pour obtenir de fausses accusations, Kang Sheng, associé de Jiang ayant écrit le rapport sur les crimes de Liu Shaoqi, justifiant son enfermement qui a abouti à sa mort le 12 Novembre 1969. Quand Jiang fût accusée de cette persécution elle précisa qu’elle ne suivait que les ordre de Mao et que la majorité du comité central du PCC dénonçait Liu Shaoqi.
Jiang Qing a persécuté les artistes, elle avait été actrice à Shanghaï dans les années 30 (plusieurs mariages dont un avec Tang Na) avant de marier Mao en 1938, et avait mené une vie dissolue, pour cacher cet état de fait, elle fit emprisonner de nombreux artistes de cette époque pour les empêcher de dévoiler son comportement et fouiller leurs biens pour détruire toutes preuves compromettantes
Le procès a conclu que Mao avait beaucoup contribué à la Chine, mais également qu’il était responsable de la situation du people Durant la révolution culturelle. Le 25 janvier 1981
Jiang et Zhang sont condamnés à mort avec un délai de 2 ans, Wang à la perpétuité et Yao à 20 ans sans appel possible. Le 25 Janvier 1983 commuation des peines capitales en perpétuité , Jiang se suicida le 14 Mai 1992, dans un hôpital (elle avait été relachée pour causes médicales), Wang Hongwen est mort en 1992. Yao Wenyuan libéré le 5 Octobre 1996 après sa peine de 20 ans, mort en décembre 2006, Zhang Chunqiao meurt en 2005.
Mao zedong : homme d’État et chef militaire chinois né le 26 décembre 1893 à Shaoshana (province du Hunanb) et mort le 9 septembre 1976 à Pékin. Fondateur de la république populaire de Chine, il a été son principal dirigeant de 1949 à sa mort. Fils de paysans aisés, membre historique du Parti communiste chinois (Shanghai, 1921), parvenant à s’en faire reconnaître comme dirigeant suprême, notamment lors de l’épisode de la Longue Marche entre 1934 et 1935. Après de longues années de guérilla contre les nationalistes du Kuomintang dirigés par Tchang Kaï-chek, ainsi que contre l’envahisseur japonais pendant la guerre sino-japonaise (1937-1945), Mao sortit vainqueur de l’ultime phase de la guerre civile chinoise, avec la victoire de l’Armée populaire de libération (1949). Il proclame la république populaire de Chine, le 1er octobre 1949 à Pékin ; il sera d’ailleurs le premier à occuper la fonction de président de 1954 à 1959. Ses principaux postes, qu’il occupa jusqu’à sa mort en 1976 et qui lui permirent de rester le numéro un du régime, étaient ceux de président du Parti communiste chinois et de président de la Commission militaire centrale, le premier lui garantissant la maîtrise du Parti, et le second celle de l’Armée populaire de libération.
Mao Zedong impose à la population le collectivisme communiste et la dictature du parti unique, en suivant de très près le modèle soviétique dans un premier temps. Au nom de la définition d’une voie chinoise vers le socialisme, il se démarque ensuite progressivement de l’URSS et sera l’inspirateur direct du Grand Bond en avant, responsable de famines de masse et de la mort d’environ 45 millions de personnes. Après avoir été mis à l’écart par ses collaborateurs et laissé la présidence de la république à Liu Shaoqi, il soulève les étudiants chinois contre la direction du Parti pour reprendre le pouvoir, livrant les villes à la violence des gardes rouges au cours de la révolution culturelle, entre 1966 et 1969. Il s’appuie dans un premier temps sur Lin Biao, puis ce dernier est à son tour évincé. Ayant éliminé ses rivaux et rétabli l’ordre à son profit, il fait l’objet d’un culte de la personnalité et rapproche alors le plus la république populaire de Chine d’un État de type totalitaire de 1969 à 1976.
Sa politique internationale des années 1970 marque un rapprochement avec l’Occident, qui permet la réintégration de la Chine dans le concert mondial (entrée à l’ONU, 1971). En 1975, Mao laisse son Premier ministre Zhou Enlai décréter un nouveau programme de réformes, les « Quatre Modernisations ». Celui que l’on surnomme « le Grand Timonier » meurt en 1976 sans avoir désigné de successeur. La Chine réhabilite peu après un certain nombre de ses victimes, tout en continuant l’ouverture à une certaine forme d’économie de marché entamée en 1975.
Dès les années suivant sa mort, alors que ses proches et principaux partisans sont écartés ou arrêtés, le Parti communiste chinois véhicule une vision contrastée du personnage, exaltant le penseur politique et le chef de guerre libérateur tout en déplorant les erreurs du dirigeant, à savoir le Grand Bond en avant et la révolution culturelle. Il reste néanmoins la principale figure du roman national chinois et connaît des hommages récurrents de la part des cadres et dirigeants du parti, bien que la politique actuelle du régime n’ait que peu de rapports avec la vision de son fondateur, en particulier sur le plan économique. Ses écrits théoriques et sa pratique politique ont donné naissance à un courant marxiste-léniniste connu sous le nom de maoïsme.
Mao Zedong est le fils aîné d’une famille de paysans prospères de Shaoshan dans le département de Xiangtan, province de Hunan. Son père Mao Yichang achète des terres avec un capital constitué alors qu’il sert dans l’armée du vice-roi du Hunan et du Heibei. Cultivant du riz, il devient propriétaire terrien. Il achète les récoltes des paysans pauvres pour en assurer la commercialisation à Xiangtan.
En 1910, à 18 ans contre l’avis de son père, il quitte le giron familial. Durant la révolution chinoise de 1911 (ou révolution Xinhai), Mao s’engage dans le régiment local de Changsha dans sa province natale du Hunan et reste dans l’armée jusqu’au printemps 1912. Il y côtoie des hommes du peuple et acquiert le respect des autres soldats en rédigeant des lettres, car ceux-ci sont illettrés, mais refuse d’effectuer les corvées. Le coût du maintien des effectifs considérables des forces révolutionnaires de Sun Yat-sen (12 novembre 1866 – 12 mars 1925) impose une démobilisation générale quand ce dernier se retire en faveur de Yuan Shikai. NB Sun Yat Sen est révolutionnaire et homme d’État chinois, père de la Chine moderne avec influence significative dans le renversement de la dynastie Qing (avec Puyi) et l’émergence de la république de Chine, un des fondateurs du Kuomintang, et premier président de la république de Chine en 1912, entre 1917 et 1925, il dirigea plusieurs gouvernements basés dans le Sud de la Chine, pour réunifier le pays sous la domination des seigneurs de la guerre. Il a développé une philosophie politique connue sous le nom des Trois principes du peuple (nationalisme, démocratie et bien-être du peuple).
Mao Zedong a été influencé par Friedrich Paulsen, dans son System der ethik, avec 3 idées directrices : État fort avec pouvoir centralisé ; importance capitale de la volonté de l’individu ; la relation tantôt conflictuelle, tantôt complémentaire entre les traditions intellectuelles chinoises et occidentales. Durant son séjour à Pékin, Mao lit énormément et se familiarise ainsi avec les théories communistes et marxistes. Il se marie avec sa condisciple Yang Kaihui. Il conserve un goût pour la poésie et la calligraphie, goût qui deviendra célèbre par la suite.
À la différence de certains de ses éminents révolutionnaires contemporains, tel que Zhou Enlai et Deng Xiaoping, Mao ne va pas à l’étranger en France, car faible capacité linguistique Mao Zedong est un des rares responsables du PCC à ignorer le reste du monde. Ce n’est qu’en 1949, qu’il visite l’Union soviétique. Les pays occidentaux restent pour lui une donnée abstraite.
Dans cette première partie de sa vie politique, Mao Zedong est influencé par le mouvement du 4 Mai 1919 : le rejet de la culture classique, de l’impérialisme et l’apport d’idées socialistes. En 1920, il adhère au marxisme.
Le 23 juillet 1921, à 28 ans, Mao participe à la première session du congrès du PCC à Shanghai, en 1923 il est élu 1 des 5 commissaires du 3e bureau central du Parti. Mao reste à Shanghai, où le PCC promeut la révolution. Mais après des difficultés majeures pour organiser les mouvements syndicalistes et ses relations détériorées avec son allié nationaliste, le Kuomintang, Mao retourne à Shaoshan. De retour chez lui, Mao réanime son intérêt dans la révolution après avoir été mis au courant des soulèvements de 1925 à Shanghai et Canton. Il s’en va alors dans le Guangdong, la base du Kuomintang, et prend part à la préparation du deuxième congrès national du parti nationaliste.
Le Kuomintang (KMT) et le PCC collaborent dans la lutte contre les seigneurs de la guerre (Premier front uni chinois depuis 1924). Tchang Kaï-chek, commandant des forces armées du KMT, dirigeant de l’aile droite du parti et anti-communiste, rompt avec le PCC en 1926 à Canton. Puis lors de l’expédition du Nord Tchang Kaï-chek organise le massacre de Shanghai le 12 avril 1927 par des troupes de l’Armée nationale révolutionnaire et des membres des triades, contre des civils et des militants du PCC = rupture définitive entre le KMT et le PCC, et début de la guerre civile chinoise. Par cette attaque contre ses alliés communistes, la faction du KMT deTchang Kaï-chek purge son parti de ses éléments gauchistes et empêche toute prise de pouvoir par les communistes en République de Chine.
Mao est envoyé au Hunan par le Comité central du PCC et lève une armée (armée révolutionnaire des travailleurs et des paysans) et déclenche en septembre 1927 le soulèvement de la récolte d’automne. Ses troupes sont défaites, et quittent le Hunan pour les montagnes du Jinggang Shan dans la province du Jiangxi, où Mao réorganise ses forces épuisées. Il organise dans chaque compagnie une cellule du parti avec un commissaire politique qui donner des instructions politiques. Ceci initie le contrôle absolu du PCC sur ses forces militaires (impact fondamental sur la révolution chinoise). Mao persuade 2 chefs rebelles locaux de se soumettre et est rejoint par l’armée de Zhu De, et crée avec lui l’ armée rouge des travailleurs et des paysans de Chine (Armée rouge chinoise).
Au Jiangxi, la domination militaire de Mao fut défiée par la branche locale du PCC et par des officiers, dont Li Wenlin. Mao les supprima de manière systématique avec des milliers de victimes (plusieurs milliers voire 186 000). De 1931 à 1934, Mao établit la république soviétique chinoise du Jiangxi sur le modèle russe et en est élu président (150 000 km² pour 10 millions d’habitants, avec en 3 ans suite aux purges répétées 700 000 victimes (assassinats, suicides, travaux forcés…). En 1934, Chen Yi est l’exécuteur de la purge de Futian qui permit d’éliminer les opposants à Mao Zedong, qui se remarie (troisième fois) avec une épouse officielle He Zizhen (sa précédente épouse Yang Kaihui ayant été arrêtée et exécutée en 1930). Mao, avec l’aide de Zhu De, crée une armée modeste de 100000 mais efficace, avec des expériences de réforme rurale et de gouvernement, et refuge aux communistes qui fuient les purges droitistes dans les villes. La guérilla ou guerre mobile de Mao repose sur une Armée rouge, mal armée de paysans pauvres, mais avec passions révolutionnaires et foi dans l’utopie communiste.
La multiplication des régions soviétiques agace Tchang Kaï-chek, président du Kuomintang : qui lance 5 campagnes contre les territoires communistes avec plus d’un million de soldats du KMT, quatre d’entre elles sont repoussées par l’Armée rouge de Mao. Mais l’Armée rouge est encerclée dans la cinquième campagne et s’enfuit dans la longue marche (partis à 86 000, l’effectif tombe à 30 000 au plus bas de la Longue Marche d’octobre 1934 à octobre 1935, sur environ 10 000 kilomètres.
À l’issue de la Longue Marche, les troupes communistes rescapées s’installent dans le Shaanxi nord et établissent leur capitale à Yan’an en décembre 1936. Le mouvement de rectification de 1942 (débute en 1941 jusqu’en 1945), élimine toute opposition à la direction du parti (épuration de 40 000 à 80 000 personnes, sur un effectif de 800 000 membres du parti en 1940). Ceci consacre Mao comme théoricien du parti et assoit définitivement son autorité. Écrivains et artistes sont tenus de s’aligner sur les positions idéologiques du parti.
Du 23 avril au 11 juin 1945 VIIe congrès du PCC à Yan’an, avec nouveaux statuts : il y est fait explicitement référence à la pensée de Mao Zedong, porté à la présidence du Comité central, poste créé à l’occasion, à celle du Bureau politique et à celle du secrétariat du PCC, et est ainsi consacré seul et unique chef du parti.
À partir de 1945, le prestige de Mao grandit alors que Tchang Kaï-Chek est critiqué vu ses liens avec les États-Unis et les puissances occidentales. En effet Mao jouit de l’image du combattant de l’impérialisme (japonais comme européen) tandis que les nationalistes sont dénoncés par les communistes comme des valets de l’impérialisme au sein d’une population qui souffre encore de l’humiliation de la guerre de l’opium.
Durant la guerre sino-japonaise, les communistes s’allient aux nationalistes contre les Japonais, dans le cadre du deuxième front uni. Mao ne perd cependant pas de vue la perspective de la reprise du combat contre le Kuomintang : plutôt que des attaques frontales des troupes communistes contre l’armée japonaise, il préconise des actions de guérilla, de plus les Japonais veulent la partie la plus riche de la Chine, celle du Kuomintang et affrontent donc surtout leurs troupes pas celles du PCC, Ceci a permis d’épargner les effectifs et au PCC de consolider ses forces. Peu après la fin du conflit contre les Japonais, et malgré les efforts de médiations des États-Unis, la guerre civile entre communistes et nationalistes reprend.
Le 1er octobre 1949, à Pékin, du balcon de la Cité interdite des anciens empereurs, Mao Zedong proclame l’avènement de la république populaire de Chine. Cette prise de pouvoir met fin à une longue période de guerre civile marquée par l’invasion japonaise et la Longue Marche, le Kuomintang s’étant exilé à Taïwan.
Président du Gouvernement populaire central chinois jusqu’en 1954, Mao voit ensuite son titre changé en président de la république populaire de Chine.
Dans les premiers mois du régime communiste des lois sont promulguées, qui permettent à la Chine de rompre avec son passé. La loi sur le mariage du 30 mai 1950 permet à 800 000 femmes de divorcer après des mariages imposés. Mao se veut magnanime pour les personnalités ralliées au nouveau pouvoir. Ainsi il défend, contre certains cadres du parti, le ralliement de Li Jishen, le bourreau de la commune de Canton en décembre 1927. Mao intervient pour la réforme agraire, pour préserver l’économie il met à l’abri des excès gauchistes les paysans moyens et reporte de quelques années la mise en cause des paysans riches de caractère semi-féodal.
Conférence mondiale des Partis communistes de Moscou en novembre 1957 : Après les difficultés de l’année 1956, dont l’insurrection de Budapest, les dirigeants soviétiques utilisent la conférence de Moscou comme symbole du redressement du camp socialiste. En octobre 1957, la Chine et l’URSS signent un accord secret permettant à Pékin de se doter de la bombe nucléaire. Mao Zedong arrive à Moscou le 2 novembre et évoque la réussite du lancement de Spoutnik 1 puis le 3 novembre de Spoutnik 2 avec supériorité soviétique sur le camp occidental semblant évidente, Nikita Khrouchtchev veut servir pour négocier, sur un pied d’égalité, avec les américains et arriver à un accord. Or Mao Zedong est en conflit avec les États-Unis à propos de Taiwan. Mao se méfie de la coexistence pacifique et de la transition pacifique vers le socialisme. Il apparaît là un désaccord de stratégie entre Mao et Khrouchtchev. Ce désaccord entre les deux partis frères se double d’un ressentiment personnel entre Mao et Khrouchtchev, ce dernier n’appréciant pas l’ampleur des ambitions du Grand Timonier. À l’issue de la conférence, l’URSS augmente son aide financière à des pays neutralistes comme l’Inde et l’Égypte mais le soutien à la Chine stagne. Mao constate alors que, sans les capitaux soviétiques, la Chine doit compter sur elle seule pour se moderniser.
Le Grand Bond en avant nom de la politique économique de Mao Zedong de 1958 à 1960. Campagne, qui mobilise par la propagande et la coercition la population, pour stimuler rapidement la production par la collectivisation de l’agriculture, l’élargissement des infrastructures industrielles et la réalisation de projets de travaux publics de large envergure. La Chine échappe de peu à l’effondrement complet de son économie, avec une grande famine, entre 1958 et 1962 suite à cette politique, cachée par le régime, bien pire que les pénuries alimentaires chroniques de la Chine durant son histoire. Après le recensement de 1982 des démographes français et américains ont accédé aux statistiques de la population (politique d’ouverture de la Chine de 1979) avec excédent de décès de 28 millions pour 1958-1961, et 27 millions pour 1962-1963.
Durant les années 1950, la Chine redistribue les terres et industrialise, avec l’aide technique de l’Union soviétique. À l’intérieur, la bourgeoisie a été dépossédée de ses biens, les opposants éliminés ou emprisonnés. Pour la première fois depuis 50 ans, la Chine a un gouvernement national fort et stable. Les Chinois ont copié le modèle soviétique avec zèle, part du lion au développement industriel. Dans les années 1930, les Soviétiques avaient utilisé l’exportation de produits agricoles pour financer l’acquisition des machines et de la technologie nécessaires pour l’industrie et pour nourrir les forces de travail urbaines en voie d’expansion. Des millions de paysans étaient morts dans les violences de la collectivisation forcée des fermes ou de la famine par volonté de prélever les surplus agricoles pour remplir les objectifs d’industrialisation. Or, le cas chinois différait de l’Union soviétique sur 2 points essentiels : en 1950, la population chinoise est 4 fois supérieure à celle de l’Union soviétique de 1920 et son niveau de vie n’en est que la moitié ; la productivité agricole du paysan chinois en 1958 n’est que la moitié de celle du paysan soviétique de 1928. Alors que les Soviétiques s’interrogeaient sur la manière de contrôler les surplus agricoles, la Chine était confrontée à la question de les créer.
Le débat politique chinois est lié aux mouvements de révolte de l’Europe orientale depuis la mort de Staline en 1953 et la volonté de coexistence pacifique entre l’Est et l’Ouest de Nikita Khrouchtchev. La déstalinisation lors du XXe congrès du Parti communiste de l’Union soviétique et l’insurrection de Budapest de 1956 (après des troubles graves en RDA et en Pologne) alarment Mao avec début du divorce avec l’Union soviétique. La déstalinisation révèle la face cachée d’un modèle dont on a voulu voir que les succès. La relative libéralisation politique de Khrouchtchev et les troubles qui s’ensuivent montrent les dangers d’un relâchement du régime en Chine.
Problèmes économiques et fragilisation du régime du Premier Plan (1953-1957) : Dès 1955, Mao veut s’appuyer sur la paysannerie avec une collectivisation pour contribuer à l’industrialisation du pays. Mao s’appuie sur une faction du Parti, les dirigeants provinciaux et de jeunes responsables pour forcer la main au Comité central, réticent. Face à l’application par les provinces de coopératives dont le succès est vanté par la presse, les dirigeants acceptent de généraliser les coopératives avant 1959 et 1960 (Premier Bond en Avant). Dès fin 1955, 70 millions de foyers paysans sont concernés, 93 millions en février 1956 et 110 millions en juin. À la fin 1956, la quasi-totalité des 120 millions de foyers paysans sont « coopérativisés » avec des coopératives de 100 à 250 familles au lieu d’une trentaine, divisées en équipes de production. Les paysans conservent théoriquement la propriété de leurs terres ainsi qu’un petit terrain à usage privé et sont rémunérés sur la base de leur travail. Il y a peu de révolte, avec des résistances passives, suite à la campagne d’extermination des contre-révolutionnaires « cachés », de 1955. Cette collectivisation a étendu les pouvoirs des cadres du Parti, avec autorité directe et quotidienne sur les paysans, la production et les revenus agricoles grâce à la mobilisation combinant propagande, émulation et contrainte. L’échec est patent, les cadres manquent de formation technique, les incohérences de gestion provoquent la méfiance puis la réticence des paysans. La charge de travail s’intensifie alors que les cadres suppriment les lopins individuels et les marchés privés. La mauvaise gestion, et un climat défavorable, entraîne des pertes l’été 1956 (10 % de la production pourrit dans les greniers). L’élevage régresse. À l’automne 1956, l’économie urbaine subit le contrecoup de la crise agricole. Les pouvoirs publics doivent réduire leurs investissements dans des secteurs clés comme les travaux publics. L’échec du « Premier Bond en Avant » précipite la marche arrière politique. Suit une période de relative libéralisation économique et politique, des mesures d’urgence sont prises, et seules quelques zones éloignées connaissent la famine. Le doute s’installe dans la population sur les méthodes et objectifs du PCC, qui avait bénéficié de la sympathie d’un pays avide de paix et de stabilité, que lui avait apportées le régime pour la première fois depuis un demi-siècle.
Dès avril 1956, le Comité central repousse la poursuite du programme agricole et réclame une meilleure gestion des coopératives et une plus grande qualité de production dans l’industrie. Une directive met en garde contre l’aventurisme et les investissements excessifs, et décide de combattre l’impétuosité et les excès de collectivisme. Cet assouplissement économique et social est complété par une libéralisation politique suite à la crise économique et sociale. Les coopératives > 100 foyers sont divisées et les pouvoirs des équipes de production sont augmentés. Le plan agricole de douze ans de Mao sombre dans l’oubli. En milieu urbain, on veut restaurer la confiance des milieux sociaux frappés par la répression, la bourgeoisie nationale et l’intelligentsia, en révisant certains procès. Dans les prisons, le régime de détention devient plus humain et le pouvoir veut ranimer la foi des intellectuels dans le socialisme. La période de l’été 1956 à l’été 1957 est la meilleure de la presse chinoise jusqu’en 1978. Attention accordée aux conditions de travail et aux relations sociales dans l’entreprise.
L’assouplissement entraîne la détérioration du climat social. Dans les campagnes, entre 1956-1957, les révoltes sont sporadiques et localisées (’assassinats de cadres, turbulences villageoises), avec indiscipline, négligence du travail collectif, irrespect des plans de culture, refus de livrer le grain à l’État, départ des coopératives. Nombre de celles-ci sont des structures vides qui abritent un retour progressif à l’agriculture familiale.
Dans le monde ouvrier, les manifestations violentes sont rares avec moins de révoltes que les autres régimes communistes, grèves avec causes locales dans les entreprises mixtes et couches marginales du monde ouvrier, suite à des conflits salariaux ou l’exaspération contre l’inertie bureaucratique ; sans caractère politique, apaisées par des concessions des autorités. En 1956, le mécontentement se traduit par : absentéisme aux réunions, inscriptions sur les murs, quolibets, non-versement de la cotisation aux syndicats (alors que l’adhésion est obligatoire).
Le mécontentement politique n’est menaçant que dans 2 secteurs : l’intelligentsia et la jeunesse. Pour apaiser le mécontentement entre population et Parti, et pour reprendre l’avantage dans le Parti après en avoir été mis à l’écart après l’échec du Premier Bond en avant, Mao lance le mot d’ordre des Cent Fleurs. Cette campagne de libéralisation est un appel à critiquer le parti. Elle déclenche une explosion de critiques que le Parti va réprimer.
La deuxième moitié du mois de mai et le début du mois de juin 1957 sont dans l’histoire de la Chine communiste le premier moment où la parole s’est libérée. Il faudra attendre 1979 et le Printemps de Pékin pour qu’un tel événement se reproduise. Dans les catégories éduquées de la population, on dénonce l’autoritarisme et l’incompétence des cadres communistes. On dénonce le gaspillage d’argent et de main-d’œuvre, l’imitation absurde de l’Union soviétique, les privilèges dont bénéficient les membres du Parti. Ces critiques sont largement inspirées par les idées de liberté, de démocratie et de progrès. Les intellectuels ne se contentent pas de dénoncer les erreurs du régime ; ils veulent pouvoir réfléchir à leur origine. Mais après la publication du rapport secret de Khrouchtchev et l’insurrection de Budapest, les communistes chinois sentent que le pouvoir est sur le point de leur échapper. Dès septembre, c’est la reprise en main. Brutale. Face à la contestation, le Comité central réprime les contestataires, on expédie entre 400 000 et 700 000 droitiers dans les camps de travail forcé, dont certains membres du Parti, punis pour avoir été influencés par les protestataires. La répression s’abat étrangement sur les cadres communistes affectés à la culture ou aux problèmes ruraux. Elle s’étend aux ingénieurs, et les étudiants diplômés du secondaire sont exhortés à s’installer à la campagne.
Avec la campagne des Cent Fleurs, Mao est surpris par l’ampleur de la contestation. Le mouvement est un échec et pénalise les intellectuels comme droitiers. Mao est convaincu qu’il ne peut s’appuyer sur les experts pour faire sa révolution. De 1957 date la rancune qu’il voue aux intellectuels, mortifié d’avoir cru à tort pouvoir compter sur leurs sympathies rouges. Il se rabat sur la paysannerie chinoise et voit en elle la source de la sagesse et l’espoir du futur. La reprise en main des villes est plus brutale et plus significative que celle des campagnes. Les Cent Fleurs marquent le divorce de Mao avec les intellectuels et sa méfiance vis-à-vis de la ville. On commence à relancer les industries rurales qui avaient souffert de la crise économique. Cette amorce d’une politique de développement nouvelle, plus adaptée aux réalités, sera portée au pinacle pendant le Grand Bond en avant.
Le PCC est politiquement divisé sur son rôle, le rythme et l’ampleur de la socialisation, la définition des acteurs du développement économique. L’écrasement des droitiers de juin 1957 écarte toute menace de subversion mais exacerbe les divergences dans le Comité central et comités provinciaux. L’atmosphère d’anti-intellectualisme et d’accusation ’annonce le Grand Bond en avant. Pour Mao, ses échecs successifs ont aggravé sa rancœur ; son prochain coup de butoir politique va plonger la Chine dans la catastrophe.
Le Grand Bond en avant est le second plan quinquennal de développement socialiste (1958-1962. On veut une utilisation plus efficace des ressources locales pour le développement simultané de l’industrie et de l’agriculture, en intensifiant la mobilisation et l’endoctrinement des zones rurales.
Fin 1958, 750 000 coopératives agricoles sont regroupées en 23 500 communes, avec en moyenne 5 000 familles (22 000 personnes). Chaque commune contrôle tous les moyens de production et opère indépendamment des autres, cherche l’auto-suffisance pour l’agriculture, les petites industries, écoles, administration et sécurité locale (milice). On espère libérer des ressources pour les travaux d’infrastructure, partie prenante du plan de développement.
Dès le début 1959, réticence de la population. Le Parti doit admettre les pénuries de matières premières pour les industries, surproduction de biens de mauvaise qualité, détérioration des usines et des infrastructures à la suite d’une mauvaise gestion, et surtout démoralisation de la population, dont des cadres du parti à tous les niveaux. Des pénuries de nourriture dégénèrent en famine dans plusieurs régions.
À l’été 1959, Peng Dehuai est ministre de la défense et membre du Bureau politique du PCC, un des créateurs de l’Armée populaire de libération de Chine, et un des fondateurs du régime, respectépour son courage et son franc-parler (plusieurs fois conflit avec Mao). Lors d’un voyage dans son Hunan natal il prend conscience de la tragédie du Grand Bond en avant (famine et les mensonges des cadres). Il expose ses critiques dans une lettre ouverte et dans plusieurs interventions lors du comité de travail de Lushan en juillet 1959. Il y critique le fanatisme petit-bourgeois de ses promoteurs dont Mao Zedong, Personne n’avait osé s’adresser ainsi à Mao qui l’interprète comme une attaque personnelle et demande sa démission. Mao brandit le spectre d’une rébellion de l’Armée populaire de libération. Aussitôt connu le point de vue de Mao, les cadres du régime se rallient à lui. Peng est abandonné, mais Li Rui le soutient. Peng Dehuai doit démissionner et présenter son autocritique, il est assigné à résidence. L’armée connaîtra une purge violente dans les mois suivants. La purge de Peng provoque une relance du Grand Bond en avant.
L’été 1960, la récolte est désastreuse. À l’automne 1960, les dirigeants – dont Mao, convaincu par Zhou Enlai – décident de faire face à la situation. Le malaise gagne les villes. En juin 1961, Mao fait une autocritique et rend la retraite officielle. Il reconnaît, que sous un leadership malhonnête un État communiste peut dégénérer en système d’exploitation. Il conclut que le Grand Bond en avant a discrédité la notion de progrès exceptionnel réalisé avec le concours de la masse mais réaffirme que la mobilisation des masses prévient toute dégénérescence bureaucratique de la révolution comme en Union soviétique.
Dès l’hiver 1960 on réduit la taille des communes et restaure les lopins privés. Dans les villes, on étend le rationnement, on diminue les horaires de travail. À l’heure du déjeuner, les lycéens reçoivent des décoctions de feuilles d’arbres et font une sieste. Les autorités diffusent de nombreux ersatz mais la mortalité augmente. À la campagne, la situation est plus grave. La plus grande partie du pays connaît la famine entre 1960 et 1962. Les provinces du Nord sont plus touchées, du fait d’une sécheresse de trois ans. Même dans les régions plus favorisées comme le Guangdong, on manque de bois pour les cercueils.
Aucune rébellion ne prend de l’ampleur. La passivité populaire s’explique par le souci d’échapper à la famine. L’appareil communiste supporte le choc car l’Armée écrase les émeutes, même si elle prend part aussi à la relance de la production (120 000 soldats sont envoyés aux champs de mars à septembre 1960).
La manie des objectifs statistiques nuit à la qualité de la production, une partie de l’acier sorties des hauts fourneaux en 1959 est inutilisable. De nombreuses machines ne pourront jamais être mises en marche. Épuisé par les efforts fournis, l’appareil industriel s’effondre en 1961 et 1962. L’industrie ne retrouvera son niveau de 1960 qu’à partir de 1966. L’économie chinoise a perdu cinq à dix ans ; des dommages ont été irréparables, tels la salinisation des sols ou l’épuisement de terroirs.
1960 est l’année la plus sombre de l’histoire de Chine. La famine règne avec silence inhabituel car il n’y a plus de bœufs (abattus), plus de chiens (mangés). Les poulets et les canards ont été confisqués par les cadres du Parti. Il n’y a plus d’oiseaux, ils ont été pourchassés et tués, plus de feuilles et d’écorce sur les arbres, les rats et les souris sont mangés ou morts de faim. On n’entend plus les cris des bébés, les femmes n’arrivant plus à donner naissance. Les enfants les plus jeunes sont sacrifiés, surtout les jeunes filles, car on donne leurs rations aux aînés. Il n’y a plus de bois aux portes et aux fenêtres, il a été utilisé comme combustible pour les petits hauts fourneaux. Plus d’édredons, mangés ou confisqués. On ne peut pas faire du feu, car on ne peut plus manger à la maison du fait des cantines collectives. Les plaques de cuisine, les poêles et les casseroles sont fondus.
En mars 1961, Liu Shaoqi regrette publiquement que la conférence de Lu Shan n’ait pas rectifié les erreurs du Grand Bond en avant. Il affiche sa conviction : la catastrophe est d’origine humaine et les origines naturelles sont secondaires.
Le Grand Bond en avant se termine sans confrontation contrairement à 1957 et la phase de libéralisation. 1958 à 1965 sont des années de transition majeure dans la révolution chinoise. Jusqu’en 1949, prévaut l’unité de Yan’an, un consensus entre dirigeants du Parti pour mener à bien la transformation de la Chine. À partir de 1949-1957, on voit l’émergence des conflits traités pour préserver l’unité au sein des élites et maintenir l’élan révolutionnaire. Malgré la contestation de nombreux citoyens, le prestige du Parti et du nouveau système reste grand car leurs politiques ont permis de rendre la Chine plus forte et plus riche, un tel résultat nécessitant des sacrifices. C’est précisément ce prestige que le Parti perd entre 1958 et 1965.
Avec le Grand Bond en avant, le régime a compromis le crédit des idées communistes dans la population et surtout chez les paysans, hostiles à toute recollectivisation. Ceci a accéléré le fractionnement politique du PCC. Deux modèles distincts s’opposeront jusqu’à la mort de Mao : un, inspiré de l’URSS et de la critique des échecs maoïstes, combinant autorité politique absolue et souci des réalités objectives ; l’autre, appuyé sur l’utopisme obstiné de Mao. Les seuls dirigeants fidèles à Mao après le Grand Bond en avant sont sa femme, Jiang Qing, Lin Biao qui a remplacé Peng Dehuai, Kang Sheng et Chen Boda. S’ouvre une période d’empêtrement dans des coalitions politiques et des intrigues de succession. Cette lutte entre les deux lignes plongera la Chine dans une nouvelle catastrophe.
La mise en place de l’utopie n’a été possible qu’avec l’instauration de la terreur policière dans la société. Les communes populaires furent une création volontaire, le résultat d’une manipulation politique délibérée facilitée par la servilité de la population et son obéissance à l’autorité.
L’historien chinois Yu Xiguang, avec 20 années de recherches estime 55 millions de morts sur une population de 650 millions, dont des millions battus à mort, bilan comparable à la totalité de la deuxième Guerre mondiale ce qui fait que Mao avec Staline et Hitler, est l’un des plus grands meurtriers de masse du xxe siècle.
La tragédie du Grand Bond en avant, avec mort de 20 à 43 millions de personnes, a été dissimulée au monde pendant 20 ans. La révolution culturelle, avec moins de victimes a frappé plus durement les membres du PCC et est considérée, en Chine et à l’étranger, comme la plus grande catastrophe de l’histoire de la République populaire et la plus grave erreur commise par Mao Zedong. Ce n’est qu’au début des années 1980 que les critiques sur le Grand Bond sont précises. Après la mort de Mao et les réformes économiques chinoises de Deng Xiaoping, le consensus du gouvernement chinois fut que le Grand Bond en avant était un désastre économique majeur causé par le culte de la personnalité sous Mao Zedong, et une de ses plus graves erreurs depuis la fondation de la république populaire de Chine.
À partir de 1958, le PCC évoluera non plus au rythme de ses crises. Mao reconnaît sa responsabilité et se retire à Shanghai et préparer son retour. Mao est en colère de voir son prestige et son autorité très diminués, et ses collègues prendre le contre-pied de sa politique. Il est écarté du pouvoir, cantonné au rôle de figure tutélaire du régime. Son obsession de la dégénérescence de la révolution et la nécessité de la revivifier, par la destruction des structures existantes si besoin est ne va aussi cesser d’augmenter et va aboutir à la révolution culturelle.
Mao Zedong, qui a ignoré le désastre ou rejeté l’échec sur des éléments extérieurs (action de contre-révolutionnaires, catastrophes naturelles) est en minorité au Comité de direction du PCC. La confiance du peuple en l’idéologie de Mao est ébranlée. Il doit quitter son poste de président de la République. Liu Shaoqi lui succède, mais Mao Zedong demeure président du PCC. Liu Shaoqi s’oppose à Mao Zedong, pour régler les graves problèmes économiques du Grand Bond en avant. Avec une majorité des cadres du parti, il refuse de soutenir Mao, lors du Mouvement d’éducation socialiste en 1962-1965 (relancer le mouvement révolutionnaire). Ces oppositions au sein du Parti, décident Mao Zedong à enclencher la révolution culturelle, les deux dirigeants vont alors s’affronter, et ce de façon ouverte dès le début de celle-ci.
La révolution culturelle (1966-1976), durant la période de troubles et de contestations qui suit le catastrophique Grand Bond en avant, lui permet de reprendre le pouvoir et les rênes du pays. Entamée afin de réhabiliter Mao, elle commence à la suite d’une polémique que lance son épouse Jiang Qing. La révolution culturelle incite les jeunes à prendre le pouvoir, à se révolter contre les fonctionnaires corrompus, désormais ennemis du peuple, les gardes rouges (étudiants révolutionnaires) sont créés à cette occasion. Le président de la République Liu Shaoqi est arrêté par les gardes rouges et meurt dans une prison en 1969, tandis que Mao devient le maître incontesté du pays.
Comme lors du mouvement des « Cent Fleurs », ceci échappe au contrôle de Mao avec violente répression armée. Entre 1968 et 1980, près de 17 millions de jeunes urbains sont envoyés à la campagne dont 4 670 600 anciens gardes rouges déportés entre 1967 et 1969. Ainsi les gardes rouges disparaissent du paysage politique chinois. La révolution culturelle réprime toutes les formes de croyance religieuse. Au sortir de cette nouvelle crise, le peuple chinois est définitivement traumatisé, tant par les atrocités physiques que par les incroyables violences morales (thamzing, séances d’autocritiques, humiliations publiques traumatisantes). Le laogai (goulag chinois), est bien plus peuplé que son équivalent russe.
Retour à l’ordre : Mao Zedong dirige les 9e et 10e Politburos du PCC. Au sein du 9e Politburo le successeur de Mao est désigné avec Lin Biao. Ce dernier lors de son intervention reprend les critiques contre les anciens dirigeants déchus et célèbre la victoire de la révolution culturelle. Mais derrière l’unité de façade, deux forces s’opposent. Lin Biao, le dauphin officiel, et son entourage contre l’impératrice rouge Jiang Qing (la femme de Mao) qui dirige le groupe de la révolution culturelle. C’est sur ces deux forces que Mao s’est appuyé pour lancer sa révolution. Mais le seul point commun entre elles étaient la nécessité d’éliminer le président de la République Liu Shaoqi. Zhou Enlai, bien qu’affaibli, est toujours présent et mène la faction des pragmatiques.
Mao Zedong décide de s’appuyer sur Jiang Qing pour éliminer Lin Biao dont la puissance l’inquiète. Le conflit ne porte pas sur un désaccord politique mais sur la question du pouvoir. Il indique clairement à Lin qu’il envisage dorénavant de désigner Zhang Chunqiao (un membre de la bande des Quatre) comme successeur. Lin Biao inquiet, organise sa défense. La politique étrangère et l’ambition de Lin Biao seront à l’origine de sa chute.
En octobre 1969, Lin Biao mobilise les chefs des onze régions militaires pour « renforcer les défenses et se protéger d’un attaque surprise de l’ennemi. » Cet ordre conduit à la mobilisation de 940 000 soldats, de 4 100 avions et de 600 navires. Cet ordre s’est effectué sans l’accord de Mao, ce dernier s’emporte qu’un tel déploiement de force résulte de la seule décision de Lin Biao. Est-ce la répétition générale d’un putsch militaire ? Des négociations sont engagées, à la grande satisfaction de Mao, avec les Américains en décembre 1969 et celles avec les Soviétiques se poursuivent. Le conflit entre Mao et Lin voit le jour dans un débat sur la « théorie du génie ». Lors du plénum de Lushan en août 1970, Lin Biao et ses proches dont Chen Boda vantent les mérites du « chef suprême du pays », ainsi ils proposent en reconnaissance pour le génie de Mao de le désigner président de la République l’ancien poste occupé par Liu Shaoqi. Ils pensent ainsi pouvoir neutraliser Mao, confiné alors dans des activités protocolaires. Lors de réunions de travail Chen Boda met en cause l’autoritarisme de Zhang Chunqiao. La panique s’empare des proches de Mao qui ne voient pas comment s’opposer à Lin Biao qui a l’appui de l’armée. Mao Zedong convoque alors le bureau politique où il critique le plus faible de ses adversaires, Chen Boda. Ce dernier est immédiatement et discrètement arrêté, il disparaît. Le 31 août Mao distribue une lettre intitulée « mon opinion », il y condamne définitivement Chen, au nom du marxisme, et indique que ses analyses sont partagées par Lin, le mettant ainsi à l’abri des critiques. Mao Zedong décide de s’attaquer directement à Lin Biao à la fin de l’année 1970, il met en place un groupe central chargé de la propagande et de l’organisation, ces membres lui sont totalement acquis.
Puis en avril 1971, Zhou Enlai et Henry Kissinger se rencontrent puis ce dernier séjourne en secret à Pékin du 9 au 11 juillet.
Après l’éviction de Lin Biao, le 10e Politburo permet l’installation, à des postes clefs, des membres de la bande des Quatre dont fait partie Jiang Qing. Mao et la bande des Quatre, engagent alors la campagne « Critiquer Lin, critiquer Confucius » qui vise essentiellement le Premier ministre Zhou Enlai. Pourtant Mao et ses protégés perdent du pouvoir au sein du Parti. C’est pourquoi la bande des Quatre et Mao décident d’engager une « campagne pour l’étude de la dictature du prolétariat » qui essaye de relancer la révolution culturelle (nivellement des salaires, interdiction de l’agriculture privée, élimination des éléments bourgeois).
Le 11 mai 1976, Mao Zedong est terrassé par un infarctus du myocarde après une dispute avec sa maîtresse Zhang Yufeng. Jiang Qing et les dirigeants chinois ne le consultent pratiquement plus. Il passe ses journées à visionner des films avec Zhang Yufeng. Le 9 septembre Mao Zedong meurt.
Par la suite, la politique idéologique extrême menée par Mao Zedong a fait l’objet de critiques ouvertes au sein du PCC, qui met fin au culte de la personnalité et à l’idolâtrie qu’il avait lui-même organisée et intensifiée à la fin de sa vie. Le limogeage de la bande des Quatre, dont son épouse, Jiang Qing, qui a eu lieu rapidement après sa mort prouve bien à quel point sa politique était tombée en disgrâce, tant dans les hautes sphères du parti que dans l’esprit populaire. Le bilan humain de la révolution culturelle varie selon les historiens, Song Yongyi donne un chiffre moyen de 2,95 millions de morts. Sans oublier cent millions de personnes qui ont souffert de cette révolution. En 1981, le Comité central du Parti communiste chinois estime que Mao Zedong est le responsable de la révolution culturelle, indiquant dans son rapport Résolution sur l’histoire du Parti.



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