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Egypte


Histoire de l’Égypte
Le découpage traditionnel de l’histoire égyptienne ancienne se fait par périodes et par dynasties. La pertinence de ce découpage qui date, dans ses grandes lignes, des historiens de l’Antiquité (notamment de Manéthon), est actuellement remise en cause par les récentes découvertes archéologiques, mais il présente néanmoins l’avantage d’une relative simplicité. On considère généralement neuf grandes périodes que sont :
La période prédynastique
La période thinite
On appelle période thinite de l’Égypte (ou période archaïque) la période couverte par les deux premières dynasties ; elle est ainsi désignée parce que Manéthon leur assigne Thinis, près d’Abydos en Haute-Égypte, comme lieu d’origine. Cette période s’ouvre aux alentours de -3000 et se termine vers -2700. Nous ne savons presque rien des événements politiques qui traversent le règne des rois de la période, si ce n’est que les successions ne se faisaient pas sans problème. Selon la coutume, le premier roi (humain) à avoir régné sur la totalité de l’Égypte était un nommé Narmer ou Ménès. Il est considéré comme le premier roi de la Ire dynastie et la tradition lui a attribué l’unification des Haute et Basse-Égypte. Archéologiquement, rien ne vient certifier ce fait ; de plus, l’identification de ce Ménès est très problématique. Dans la liste royale du papyrus de Turin ainsi que celle de Manéthon, ce Ménès suit une longue liste de dieux et de demi-dieux.
La première rangée sur la pierre de Palerme contiendrait les noms des rois qui ont régné prétendument sur l’Égypte avant lui. Notre connaissance de cette partie de l’histoire égyptienne pourrait évoluer grâce à de récentes découvertes. Il semble que de puissants gouverneurs résidant en Moyenne et Haute-Égypte aient prolongé leur influence (sinon leur royaume), aux régions de Basse-Égypte. Cette information peut correspondre aux règnes mythiques des dieux rois du papyrus de Turin et aux noms énumérés dans la première rangée de la pierre de Palerme. Il conviendrait alors de mettre une hypothétique dynastie "0" dans cette période, mais il n’est pas certain que ces rois aient appartenu réellement à la même famille régnante et dans quelle mesure ils ont régné.
Une reine, Merneith semble avoir exercé une régence ou un règne. Avec celui de Adjib on assiste à des réajustements politiques. Ce sont probablement ces réajustements qui ont provoqué l’émergence d’une nouvelle dynastie (la IIe dynastie). D’après quelques spécialistes, le changement s’est fait dans la violence puisque les tombes des rois de la Ire dynastie sont pillées. La liste des rois de la IIe dynastie n’est en aucun cas exhaustive, car il n’est pas exclu qu’un souverain ait été enregistré sous deux noms différents. Plus encore, les déchirements ont provoqué la séparation du pays en deux royaumes : il est probable qu’une lignée de rois régnait au sud à Abydos, quand une autre lignée, au nord, avait pour capitale Memphis, qui avait une situation géographique intermédiaire entre le nord et le sud.
Le nom égyptien de Memphis, Ineb Edj, signifie « les murs blancs », mais un pharaon de la VIe dynastie, Pépi Ier, y fera construire une pyramide assortie d’un village que les Égyptiens appelleront Niout-Men-nefer-Pepi, « cité de la beauté stable de Pépi », dont l’abrégé « Men-nefer » donnera à la ville son nom définitif.
Khâsekhemoui, dernier souverain de la IIe dynastie, mettra un point final à ces dissensions en triomphant d’une révolte de la Basse Égypte et en réunifiant l’État. À la fin de cette deuxième dynastie, les systèmes d’administration égyptiens sont désormais en place, dont la religion qui s’épanouira à toutes les époques.

L’Ancien Empire : L’Ancien Empire égyptien est une période de l’histoire de l’Égypte antique qui couvre une large partie du IIIe millénaire, d’environ 2700 à 2200 av. notre ère. Succédant à la période thinite qui a vu l’apparition de l’État en Égypte, elle comprend les IIIe, IVe, Ve et VIe dynasties, puis s’achève par une période de fragmentation politique, la Ire Période intermédiaire.
Dès l’Antiquité, cette période était considérée par les Égyptiens antiques eux-mêmes comme l’âge d’or de leur civilisation. Il s’agit en effet de la plus longue période de stabilité politique que l’Égypte ancienne ait connue, durant laquelle aucune menace extérieure ne venait perturber l’ordre intérieur. La centralisation de l’État amorcée sous les dynasties thinites et la prospérité qui, progressivement, en a découlé, va permettre des développements artistiques et architecturaux considérables, surtout perceptibles dans les sites entourant la capitale de l’époque, Memphis. Ainsi sont posés les grands thèmes de la littérature classique égyptienne, les canons artistiques en matière de peinture et de sculpture, mais aussi le perfectionnement du système administratif qui perdure près de trois millénaires.
Cette période est surtout connue pour être celle qui voit l’apparition et l’apogée des pyramides, dans la région de Memphis : tout d’abord la pyramide à degrés de Saqqarah, sous le règne du roi Djéser, puis plus tard les trois pyramides monumentales du plateau de Gizeh (celles de Khéops, Khéphren et Mykérinos). Elles expriment la puissance des souverains de cette période et la position centrale qu’ils occupaient dans la société, qui est inégalée dans le reste de l’histoire de l’Égypte antique. Elles reflètent aussi le perfectionnement de l’appareil administratif et de sa capacité à mobiliser des ressources matérielles et humaines, ou encore les progrès considérables accomplis dans l’architecture et l’art. Elles reflètent également le rôle central que jouent les croyances et pratiques funéraires dans l’univers mental de cette période.
La IIIe dynastie est dominée par la figure de son fondateur, le roi Djéser, marqué par la construction du vaste complexe funéraire de Saqqarah, comportant la première pyramide à degrés. Cela reflète un progrès dans la maîtrise des techniques de construction et des moyens matériels et humains mobilisables par le pouvoir royal. Les œuvres d’arts de son règne marquent également un saut qualitatif par rapport à la période précédente. Ce roi est souvent associé à celui qui aurait été son architecte et son conseiller, le sage Imhotep. Mais ces personnages historiques se sont largement effacés derrière l’image mythique qu’en a donnée la tradition égyptienne postérieure. Sékhemkhet et Khaba ont également laissé des pyramides à degrés inachevées. La IIIe dynastie voit le pouvoir de l’État se renforcer, notamment en se centralisant autour de la nouvelle capitale Memphis. Les vastes tombes provinciales de la période précédente disparaissent et la nécropole royale accueille les tombes des hauts dignitaires. De petites pyramides sont érigées sans doute vers la fin de la dynastie en plusieurs points du royaume pour marquer l’emprise du pouvoir central sur les provinces. Celles-ci sont en général dirigées par des gouverneurs qui résident la plupart du temps à Memphis et ne s’y déplacent que si le besoin s’en fait ressentir. Cette période semble marquée par une volonté de mise en valeur de nouvelles terres, notamment dans le delta du Nil. Pour les besoins de leurs grandes constructions, les rois de cette dynastie lancent des expéditions pour exploiter des carrières dans des espaces situés aux marges de leur royaume, comme le Ouadi Maghara dans l’ouest du Sinaï.
Djéser (ou Djoser) est un roi de la IIIe dynastie (Ancien Empire). Il succède à Khâsekhemoui ; on a longtemps pensé qu’il avait succédé à Sanakht, mais il s’est avéré que ce dernier est en réalité l’un de ses successeurs. Au début de son règne, il réside près d’Abydos, où il commence la construction d’un tombeau à Beit Khallaf. La reine Nimaâthâpy, appelée « Mère des enfants royaux » sous Khâsekhemoui, fut qualifiée de « Mère du roi » sous Djéser. Le règne de Djéser voit l’apparition du premier vizir connu : Menka.
Djéser, qui signifie « le saint » en égyptien ancien, serait à l’origine d’une grande réforme religieuse dans tout le pays. Roi à l’image de pacifique, il est considéré comme le « bâtisseur » de l’Ancien Empire, non par la grandeur de ses œuvres mais par les innovations qu’il a introduites avec l’aide d’Imhotep. Son règne connut une réelle prospérité économique et culturelle du pays avec des ouvertures sur l’Orient.
Il est le bâtisseur de la pyramide à degrés de Saqqarah. Le génial architecte de cette construction fut Imhotep qui possédait entre autres les fonctions de grand chancelier de la Basse-Égypte, prince royal, grand prêtre d’Héliopolis et médecin royal. Il choisit pour ses monuments d’éternité la pierre, avec des représentations de végétaux3 : colonnes-papyrus, colonnes cannelées et colonnes fasciculées (rappel de colonnes formées de tiges de roseaux ou de palmes réunies en faisceaux).
Une stèle, trouvée dans l’île de Sehel située au Sud d’Assouan, évoque une famine qui a frappé l’Égypte en l’an XVIII du règne de Djéser (vers -2673), famine qui dura sept ans.
Djéser renforce l’administration de l’État et est le premier roi à avoir la maîtrise de la péninsule du Sinaï dont ses ressources minières (cuivre, turquoise) passent sous contrôle de l’Égypte. Il laissa un si prestigieux souvenir que c’est à son nom que fut rédigé un apocryphe à l’époque ptolémaïque.
Sekhemkhet (ou Djéser-Téti) serait le second ou troisième souverain de la IIIe dynastie (Ancien Empire). Il succède à Djéser ou à Sanakht, et il précède Khaba ou Sanakht.
Khâba est le quatrième souverain de la IIIe dynastie (Ancien Empire). Il succède à Sékhemkhet ou Sanakht et précède Sanakht ou Houni. Il règne vers -2605 à -2599.
Sanakht ou Nebka est l’un des premiers rois de la IIIe dynastie (Ancien Empire). On a pendant longtemps pensé que Sanakht et Nebka étaient deux personnes différentes, mais il s’agit en réalité d’une seule et même personne
La IVe dynastie est fondée par Snéfrou, qui est peut-être le fils de Houni. Elle aurait duré environ un siècle, voyant se succéder au moins sept rois, dont quatre longs règnes (entre dix-huit et trente ans) : ceux de Snéfrou, Khéops, Khéphren et Mykérinos.
Cette dynastie est passée à la postérité à la suite de l’érection des plus vastes pyramides construites en Égypte. Son fondateur Snéfrou, passé à la postérité comme l’archétype du roi juste, aurait entrepris des expéditions lointaines (Nubie, Liban), érigé des forteresses pour défendre le pays ; on sait au moins qu’il a construit successivement trois vastes pyramides (à Meïdoum et Dahchour) marquant la transition entre les pyramides à degrés et les pyramides à faces lisses. Son successeur Khéops (Khoufou) choisit le plateau de Gizeh pour y ériger sa pyramide qui est la plus grande qu’ait faite construire un roi égyptien. L’ampleur de cet édifice a laissé de lui l’image d’un souverain mégalomane et tyrannique auprès des auteurs tardifs, à l’inverse de son père, mais il était encore vénéré à la Basse Époque. Il est suivi par deux de ses fils, le mal connu Djédefrê (ou Rêdjédef), puis Khépren (Khafrê), qui commandite l’érection d’une vaste pyramide aux côtés de celle de son père. Le roi suivant, Baka (ou Bikarê), est mal documenté. On connaît mieux son successeur, Mykérinos, bâtisseur de la troisième pyramide de Gizeh. Le dernier roi de la dynastie est Chepseskaf, à qui a peut-être succédé un certain Tamphthis (Djédefptah) évoqué par le Canon de Turin mais inconnu par ailleurs.
La réalisation des grands projets de construction de cette dynastie a manifestement reposé sur une administration plus complexe et plus efficace que celle de la dynastie précédente. L’administration centrale est de plus en plus élaborée, notamment avec la montée en puissance du bureau des Travaux, prenant en charge les constructions monumentales. Il faut alors mobiliser une main d’œuvre importante et la loger près des chantiers, mettre en œuvre les constructions d’édifices vastes et techniquement complexes, assurer l’exploitation de carrières qui peuvent être situées hors de l’espace administré directement (Hatnoub, Fayoum, Ouadi Hammamat, Sinaï) et l’acheminement des matières premières vers la région de Memphis. Le pouvoir est concentré autour du pharaon dont le caractère divin est alors plus affirmé que jamais dans ses projets « pharaoniques ». Les princes occupent les postes parmi les plus haut placés de l’administration. L’administration provinciale est également de plus en plus élaborée avec le développement du réseau des nomes.
Snéfrou, est le premier roi de la IVe dynastie égyptienne. Manéthon l’appelle Sôris et lui donne vingt-neuf ans de règne. Le papyrus de Turin lui en compte vingt-quatre. Il est le fils d’Houni et de Meresânkh Ire. On situe son règne aux alentours de -2575 à -2551/-2550.
Snéfrou envoie une expédition de quarante vaisseaux vers le Liban afin de ramener du bois de charpente (cèdre et sapin). Il fait exploiter si efficacement le Sinaï qu’il y devient une divinité locale. Gizeh devient nécropole royale. Des opérations militaires en Nubie et à la frontière libyenne ramènent la sécurité et un important butin en bétail. À partir de son règne, le dieu Horus devient le dieu dynastique. C’est aussi Snéfrou qui créa la fonction de vizir (tâty en ancien égyptien), chargé d’administrer le pays au nom du roi et de recenser du bétail. Cette charge aurait été créée — bien que cette fonction existât auparavant — pour son fils le prince Néfermaât, qui devait administrer au nom du roi. Durant son règne il fit construire plusieurs pyramides, dont deux à Dahchour, au sud de Saqqarah : celle du Sud, la pyramide rhomboïdale, pyramide à deux pentes subissant un brusque changement à mi-hauteur ; celle du Nord, la pyramide rouge, pyramide régulière dont l’angle de pente est constant, préfigurant les pyramides à faces lisses. Ces deux pyramides constituaient un important complexe cultuel.
Khéops (transcription grecque de l’égyptien Khoufou, « il protège », abréviation de Khnum-Khuf. On situe ses 23 ans de règne aux alentours de -2551/-2549 à -2528/-2526. Seule une statuette en ivoire d’une dizaine de centimètres à son effigie nous est parvenue. Il est le fils du roi Snéfrou et de la reine Hétep-Hérès Ire, et est considéré par certains comme l’un des plus grands de l’histoire de l’Égypte antique. Sa réputation repose surtout sur ses réalisations architecturales, entre autres la Grande pyramide de Gizeh, dont la construction nécessita 20 000 ouvriers, et considérée de nos jours comme la perfection en termes de technique de construction et d’architecture des pyramides égyptiennes. Son complexe funéraire comprend également les pyramides des reines Mérititès Ire (ou Méritit) et Hénoutsen, les tombes de ses fils et un mastaba de sa fille Néfertiabet ; Khéops aménagea aussi une sépulture pour sa mère Hétep-Hérès Ire après que sa tombe originelle eut été pillée. C’est sous ce règne fastueux pour l’architecture et la royauté que les nécropoles se développent de manière significative autour du complexe funéraire royal. Cette tendance déjà amorcée sous les règnes précédents et notamment celui de son père Snéfrou n’avait jamais pris une telle ampleur ce qui démontrerait qu’à l’époque de Khoufou la constitution de l’État est achevée et atteint déjà son apogée. Le privilège de pouvoir se faire inhumer aux côtés de son maître représenta alors la meilleure manière d’afficher sa réussite dans ce qu’était la société égyptienne d’alors. Le roi est au centre de tout et domine de son écrasant monument une vaste nécropole conçue à l’image de la cour. Plus sa sépulture est en vue de la pyramide royale, plus le rang est élevé. De nombreux mastabas livrèrent les statues et les fausses portes de ces courtisans, qui souhaitaient poursuivre dans leur mort leur service au plus proche de leur souverain.
Djédefrê (ou Djidoufrâ) est un pharaon de la IVe dynastie de l’Ancien Empire égyptien. Djedferê est le premier pharaon à porter le qualificatif de fils de Rê dans sa titulature et que le choix du site de sa pyramide rattache un peu plus encore son règne à la théologie héliopolitaine, car située en face de la ville du dieu soleil. Son règne varie selon le estimations en tre 10 et 23 ans, son rôle a été diminué par le fait qu’il se situe entre les 2 grands batisseurs que sont Képhren et Chéops.

Khéphren est le nom grec du pharaon de l’Ancien Empire égyptien (IVe dynastie) Khafrê. Sur le papyrus de Turin, il est appelé Khâef Rê. On situe son règne aux alentours de -2520 ou -2518 à -2494 ou -2493. Kaouâb, le prince héritier, meurt avant son frère et c’est Khéphren, le demi-frère de Djédefrê, qui prend la succession. Il conserve le titre de fils de Rê en développant l’affirmation de l’importance d’Atoum face à Rê, et laissera derrière lui le grand Sphinx de Gizeh non loin du temple bas de son complexe funéraire. Il fit construire la deuxième grande pyramide du plateau de Gizeh. Contrairement à ses prédécesseurs, le complexe pyramidal de Khéphren est mieux conservé, que ce soit la pyramide, son temple haut, sa chaussée montante et le temple bas. C’est de ce dernier, ainsi que du temple du sphinx, que proviennent de nombreux fragments de statues à l’effigie de Khéphren dont une complète en gneiss qui est exposée au musée du Caire. Khéphren est représenté assis sur le trône d’Horus, coiffé du némès et la tête protégée par le dieu faucon.
L’ensemble du temple bas de la pyramide de Khéphren, en partie restauré, présente une construction en blocs de granite rouge. Deux sphinx encadrent les deux portes d’entrée qui s’ouvrent sur une vaste salle en forme de « T ». Seize piliers monolithiques soutiennent le plafond à 4,50 mètres de hauteur. De chaque côté du mur, des cavités accueillent les représentations du roi.
À l’ouest de sa pyramide, une équipe d’archéologues a découvert en septembre 2010 la tombe de Roudj-Ka, un prêtre chargé d’accomplir le culte funéraire de Khéphren.
Mykérinos est le nom grec du souverain Menkaourê de l’Ancien Empire égyptien (IVe dynastie). Il aurait régné approximativement de -2490 à -24731 et aurait succédé à Khéphren2 et précédé Chepseskaf. Son nom est associé à la plus petite des trois grandes pyramides du plateau de Gizeh. Cette pyramide, qui s’élève à l’extrémité sud du plateau de Gizeh, ne représente qu’un dixième du volume de la pyramide de Khéops (hauteur 66 m, côté 108 m).
Chepseskaf est un pharaon de la IVe dynastie, entre -2472 à -2467. Si ce petit-fils de Khéphren est beaucoup moins connu que lui, c’est d’une part à cause de la relative brièveté de son règne et, d’autre part, parce qu’on ne lui connaît pas beaucoup de vestiges archéologiques aussi importants que, par exemple, la pyramide de Mykérinos, son propre père. Le règne de Chepseskaf reste en outre entouré de plusieurs questions troublantes qui font encore débat parmi les égyptologues et historiens faute de découvertes venant confirmer ou infirmer les différentes hypothèses à son sujet. La filiation du roi, la durée de son règne, le choix du site de son tombeau ainsi que la forme définitive du monument, les épouses royales, la descendance et la succession du roi, tous ces points restent dans l’incertitude de l’histoire d’une fin de dynastie où semblent se concurrencer les différentes lignées royales pour le trône d’Horus

La Ve dynastie débute avec Ouserkaf, qui est peut-être un fils de Mykérinos ou de Chepseskaf. Les conditions de son accession au trône sont obscures. Cette dynastie comprend neuf souverains, et aurait duré environ 130 à 150 ans.
Ouserkaf est le premier roi à ériger un temple solaire à Abousir, et pose ainsi un des traits marquants de sa dynastie, l’importance du dieu solaire Rê. Lui succèdent son fils Sahourê puis son petit-fils Néferirkarê, ensuite viennent deux rois qui semblent être les fils de ce dernier Néferefrê et Niouserrê, qui semble avoir eu un règne relativement long (peut-être une trentaine d’années), puis vient après lui Menkaouhor, mal connu. Les deux derniers rois de la dynastie ont eu des règnes plus longs et bien documentés : l’époque de Djedkarê a livré une importante documentation prosopographique et administrative (papyrus d’Abousir), tandis que celle d’Ounas voit la première rédaction des Textes des Pyramides. Ces derniers rois érigent leurs pyramides à Saqqarah. Il y a aussi Chepseskarê, dont on ne connaît rien, on le situe traditionnellement entre Neferirkarê et Néferefrê mais on ne sait pas exactement à qui il a succédé et qui lui a succédé.
Plusieurs tendances importantes s’affirment durant cette dynastie. La figure du dieu-soleil Rê, qui est aussi une divinité créatrice, est particulièrement mise en avant, en lien avec le culte funéraire du roi, qui prend un aspect solaire. Les pyramides des rois sont plus petites, mais les temples solaires deviennent des monuments majeurs, dotés de grands domaines pourvoyant à leur fonctionnement. Le nom de « fils de Rê » se répand également à cette période. À la fin de la dynastie, c’est la figure d’Osiris qui s’affirme dans les Textes des Pyramides (où Rê reste cependant important), et la construction des temples solaires est abandonnée. Du point de vue du fonctionnement de l’administration, la Ve dynastie voit plusieurs évolutions importantes. Le personnel de la haute administration se recrute de plus en plus en dehors de la famille royale, permettant ainsi l’ascension sociale de nouveaux lignages parvenant à occuper les postes les plus importants de l’administration. Les détenteurs des charges du Palais (chanceliers, magiciens-guérisseurs, perruquiers, etc.), servant directement le roi, prennent une place plus en vue et exercent des charges administratives importantes pour l’État. Le roi devient le point de convergence de cette nouvelle élite, et la position des princes semble plus effacée. Concentrant plus de richesses grâce aux largesses royales, les hauts dignitaires se font ériger des tombeaux fastueux, qui ne sont plus aux côtés de ceux des rois. Dans les provinces, l’administration devient également plus professionnalisée, les nomarques prenant l’habitude de résider en permanence et de se faire enterrer dans le nome dont ils ont eu la charge, et qui à leur mort passe sous l’autorité de leur héritier, amorçant la constitution d’une aristocratie provinciale. Les rois de la Ve dynastie ont également lancé de nombreuses expéditions, dans les espaces marginaux comme auparavant (désert oriental, Sinaï), et de plus en plus au-delà des frontières de leur royaume, vers la Nubie, le pays de Pount, Byblos, ou les îles de la mer Égée.
Le premier souverain de la VIe dynastie, qui aurait duré autour de 150 ans, est Téti, dont l’origine exacte est inconnue. Il s’appuie en tout cas sur des administrateurs déjà présents sous les règnes de ses prédécesseurs et épouse deux filles d’Ounas. Selon Manéthon, son règne se serait achevé par son assassinat. Lui aurait ensuite succédé Ouserkarê, personnage très mal connu qui n’aurait régné que deux ou quatre ans, puis Pépi Ier, fils de Téti, qui aurait été au pouvoir une quarantaine d’années voire plus, étant sans doute monté sur le trône très jeune. Il se marie avec deux filles du nomarque d’Abydos, illustrant ainsi la tendance au renforcement de l’aristocratie provinciale, peut-être en réaction à des intrigues qui secouent la cour. Il apparaît en effet que des inscriptions et images des tombes de dignitaires du temps d’Ounas et Téti ont été mutilées, ce qui refléterait une période troublée. Les provinces restent cependant sous le contrôle du pouvoir royal, qui participe à leur mise en valeur. Cela se reflète dans le développement des temples provinciaux qui bénéficient d’exemptions royales (Abydos, Coptos), l’accroissement du nombre de charges de fonctionnaires provinciaux, dont certains supervisant plusieurs groupes de nomes en Haute-Égypte, et le développement des nécropoles provinciales autour des tombes des nomarques, qui abandonnent définitivement les nécropoles de la région de Memphis, affirmant ainsi une tendance à la décentralisation du pouvoir initiée à la période précédente. L’administration centrale ne perd cependant pas le contrôle du pays, les souverains intégrant des personnes venues de provinces aux plus hauts échelons, comme l’illustre par exemple la brillante carrière d’Ouni, venu d’Abydos et conduisant des expéditions en Nubie, et aussi en Palestine.
Mérenrê Ier succède à son père Pépi pour moins d’une dizaine d’années, puis le trône revient ensuite à Pépi II, qui aurait régné au moins 90 ans selon les traditions postérieures, nombre qu’il faudrait plutôt ramener au nombre toujours respectable de 65 ans. Ces règnes voient de nombreuses expéditions être menées hors d’Égypte dans la continuité des règnes précédents, comme celles conduites par Hirkhouf en Nubie et dans le désert occidental. À la mort de Pépi II, le pouvoir royal semble être particulièrement affaibli, même si on n’en connaît pas exactement les raisons. Mérenrê II, son fils, lui succède mais on ne connaît rien de lui. Selon des traditions postérieures le trône serait revenu quelque temps à une personne nommée Nitocris (Neitiqerty ?), dont la réalité du règne est douteuse et dont on a souvent cru qu’elle était l’épouse de Mérenrê II mais d’après une étude récente de l’égyptologue Kim Ryholt, il se pourrait qu’elle soit en réalité un homme nommé Nitocris-Siptah.
La tradition historiographique égyptienne mentionne l’existence d’une VIIIe dynastie régnant à Memphis après la mort de Pépi II, qui est très mal connue faute de sources contemporaines. Elle aurait peut-être duré une cinquantaine d’années voyant se succéder les règnes éphémères de quelques rois, peut-être huit. La « Première Période intermédiaire » qui débute alors est en tout cas une période vue comme obscure, marquée par des troubles, la fragmentation territoriale et une instabilité chronique. Le déclin du pouvoir central profite aux élites provinciales dont on a suivi la lente ascension avec le renforcement de l’appareil de l’État égyptien dans les nomes. Elles sont alors les cadres les plus évidents pour organiser la société égyptienne orpheline des monarques puissants qui l’ont façonnée durant les siècles précédents, et c’est à partir de bases provinciales qu’émergent les pouvoirs qui vont se disputer la domination de la vallée du Nil. Les frontières sont devenues des espaces moins bien contrôlés, et les nomarques de la VIe dynastie qui avaient la charge des régions au contact de la Nubie ou de la Palestine ont dû mener des expéditions face à des groupes hostiles. Les causes de l’affaiblissement du pouvoir royal émanent peut-être aussi du trop long règne de Pépi II, qui aurait facilité l’émergence de rivaux dans les cercles du pouvoir à Memphis
La première période intermédiaire : La Première Période intermédiaire est une séquence historique de l’Égypte antique, à cheval sur les XXIIe siècle et XXIe siècle avant notre ère, qui s’étend sur environ cent-cinquante ans entre la fin de l’Ancien Empire égyptien et le début du Moyen Empire égyptien. Elle est marquée par de nombreuses difficultés socio-politiques et représente une déliquescence du pouvoir pharaonique. Elle comprend les obscures VIIe et VIIIe dynasties, sans doute des descendants du roi Pépi II, les IXe et Xe dynasties dites dynasties Hérakléopolitaines, ainsi qu’une partie de la XIe dynastie originaire de Thèbes. On dispose de très peu de monuments de cette période, surtout du début de cette ère.
La Première Période intermédiaire est un temps où le territoire égyptien se voit partagé en deux zones d’influences. Le Nord en proie à des infiltrations de bédouins originaires du Proche-Orient est plus ou moins bien contrôlé depuis Hérakléopolis, une ville de la Moyenne-Égypte. Au Sud, l’autorité appartient aux nomarques de Thèbes, qui se sont proclamés rois. Ces derniers parviennent à s’imposer militairement aux termes de nombreux combats et échauffourées, entraînant la réunification de l’Égypte sous le pouvoir du thébain Mentouhotep II.
Les causes qui ont provoqué la chute de l’Ancien Empire égyptien sont nombreuses, mais certaines restent encore purement hypothétiques. L’une des raisons souvent évoquée est le très long règne de Pépi II (peut-être 94 années), le dernier grand pharaon de la VIe dynastie. Comme il régna depuis son enfance jusqu’à un âge très avancé, il laissa derrière lui une très nombreuse descendance. Ses héritiers, fils et petits-fils, se disputant entre eux le pouvoir, la succession au trône devint problématique, voire chaotique. Le pouvoir monarchique se serait alors désintégré à cause de la mésentente au sein de la famille royale.
Un autre problème majeur fut la montée en puissance des nomarques provinciaux. À la fin de l’Ancien Empire, la fonction de nomarque devint héréditaire. Le pays se morcela alors en plusieurs zones d’influence de type féodal, chaque dynastie provinciale accroissant localement son pouvoir au détriment du pouvoir pharaonique. Les nomarques se seraient jalousés entre eux, entraînant des conflits entre provinces voisines. La troisième raison de la dissolution de la royauté centralisée tient peut-être aussi à une succession de faibles niveaux d’inondation du Nil, liés à un climat devenu plus sec et plus aride (événement climatique de 4200 BP). La baisse des rendements agricoles aurait abouti à une période de famine endémique, puis à des troubles sociaux. Bien que marquant une chute nette du pouvoir pharaonique au profit de nombreuses puissances locales dominées par Thèbes et Hérakléopolis, la Première Période Intermédiaire n’est pas une période de régression économique[réf. nécessaire]. On observe en effet à cette époque un accroissement des échanges commerciaux et un partage des richesses effectué entre davantage de personnes que lors de l’Ancien Empire. Ainsi l’archéologie rend compte d’un essor continu des villes durant les 150 ans de la période : à Éléphantine, près de la première cataracte, on trouve des signes d’une administration importante tandis que les tombes des dignitaires sont toujours richement décorées ; Edfou en Haute-Égypte a doublé de surface ; enfin Kôm-el-Hisn dans le delta occidental est resté une ville marchande active. Par rapport à l’Ancien Empire on observe ainsi un essor des gouverneurs locaux au détriment du pharaon, qui aboutiront lors du Moyen Empire à des rivalités entre pouvoir royal et pouvoirs locaux. Les VIIe et VIIIe dynasties sont très souvent négligées car les souverains de cette période sont très peu connus. Manéthon, un prêtre et un historien de l’époque ptolémaïque, décrit la VIIe dynastie comme une succession de 70 rois en 70 jours. Il s’agit bien sûr d’une exagération pour décrire la désorganisation de la royauté et la gravité de la situation de ce temps. L’existence de la VIIIe dynastie est plus certaine et compte entre dix-sept et vingt-cinq rois très peu documentés. Il s’agit, peut-être, de descendants de la VIe dynastie. Ils ont la prétention de gouverner tout le pays depuis Memphis mais, dans les faits, leur influence ne doit certainement pas dépasser les murs de leur ville. Peu de choses sont connues sur ces deux dynasties car les preuves textuelles ou architecturales manquent pour décrire cette période. Cependant, quelques objets ont été trouvés, comme des scarabées qui ont été attribués au roi Néferkarê II de la VIIe dynastie. Le roi Ouadjkarê a laissé un décret d’exemption fiscale et le roi Qakarê Ibi de la VIIIe dynastie s’est fait inhumer dans une petite pyramide à Saqqarah. Cette construction, aujourd’hui ravagée, devait à peine dépasser les vingt mètres de haut. La chambre funéraire est aussi la dernière à bénéficier de la magie des Textes des Pyramides.
Après les règnes obscurs des rois des VIIe et VIIIe dynasties, un groupe de dirigeants, issu d’Hérakléopolis en Moyenne-Égypte, parvient à s’imposer dans le nord du pays durant quelque 120 années. Les IXe et Xe dynasties sont regroupées sous l’appellation de « dynasties hérakléopolitaines » car il est souvent difficile d’attribuer avec certitude les rois à une dynastie ou à l’autre. Ces rois sont supposés être les descendants d’envahisseurs libyens venus en Égypte à partir de l’ouest, à travers la région du Fayoum. Ils avaient comme capitale la ville d’Hérakléopolis (ou Héracléopolis), située au sud du Fayoum et métropole du 20e nome de Haute-Égypte. La première lignée a sans doute été fondée par le roi Khéty Ier Méribrê. Manéthon l’appelle Achtoes et en fait un tyran dévoré par un crocodile. Il est possible que cette lignée ait réussi à contrôler tout le pays durant un court laps de temps. Les deux autres rois que l’on peut rattacher à cette dynastie sont Mérikarê Ier et Khéty II. Tous tentent de regrouper sous leur sceptre l’ensemble des provinces du pays. Dans cette tâche difficile, ils sont soutenus par les princes d’Assiout (13e nome de Haute-Égypte) et d’Hermopolis (15e nome de Haute-Égypte). Ils tentent aussi de chasser les nomades venu du Proche-Orient hors du delta du Nil. La Xe dynastie, toujours située à Hérakléopolis, n’est que le prolongement de la précédente. Elle aurait eu comme premier roi Khéty V. Les autres souverains clairement identifiés sont Khéty VI, Khéty VII et Mérikarê II. La réalité du pouvoir de cette ville est cependant difficile à établir, particulièrement avant le règne de Mérikarê : on ne trouve que peu de vestiges archéologiques à Hérakléopolis elle-même attestant d’un pouvoir fort, en même temps que l’on trouve peu de références aux rois héracléopolitains dans les autres villes de Moyenne et Basse-Égypte.
Au moment où est fondée dans le Nord la IXe dynastie, une autre lignée, la XIe dynastie, émerge dans le Sud autour de Thèbes en Haute-Égypte, avec Montouhotep l’Ancien comme ancêtre fondateur. Pendant plus de cent ans, les dynasties hérakléopolitaines s’opposent à celles du Sud, chacune progressant ou régressant selon le jeu des alliances avec les nomarques de Moyenne-Égypte.

Le roi hérakléopolitain Néferkarê VII, pour détruire ses rivaux thébains, tente de les prendre en tenaille. Pour ce faire, il s’allie avec l’un des personnages les plus importants de ce temps, le nomarque Ânkhtyfy de Hiérakonpolis (3e nome de Haute-Égypte). Ânkhtyfy ne s’attaque pas directement à Thèbes mais choisit de porter ses coups contre un de ses alliés, le nomarque Khoui d’Edfou (2e nome de Haute-Égypte). Les opérations ayant réussi, Ânkhtyfy s’attribue le territoire du vaincu. Après cela, Ânkhtyfy s’allie avec le nomarque d’Éléphantine (1er nome de Haute-Égypte) pour attaquer directement les Thébains et leurs alliés de Coptos (5e nome de Haute-Égypte). Ânkhtyfy connait quelques succès, mais son offensive est finalement suspendue, le pays étant paralysé par la famine. Les historiens remettent cependant en question la loyauté d’Ânkhtyfy, et tendent à le considérer comme un chef de guerre local indépendant.
La rivalité entre les deux pouvoirs se manifeste lors de nombreuses échauffourées, surtout au nord de la ville d’Abydos. Trois nomarques thébains autoproclamés rois, tous appelés Antef, entrent en lutte avec les souverains d’Hérakléopolis. Antef Ier Sehertaouy, « le Pacificateur des deux terres », a des prétentions sur tout le pays mais son influence se limite à Thèbes. Son frère, Antef II Ouahânkh, « Fort dans la vie », règne près de cinquante ans. Le nordiste Khéty III lutte contre lui pour s’emparer d’Abydos, la prestigieuse citée du dieu Osiris. Mais après avoir à nouveau perdu cette ville, Khéty III conclut une trêve avec Antef II pour se consacrer à la mise en valeur de ses terres et pour réguler les afflux de nomades dans le delta.
Après la mort du nomarque Ânkhtyfy, Antef II réussit à prendre le contrôle des territoires situés autour de la première cataracte du Nil. Il parvient aussi à repousser sa frontière du nord jusqu’à Antaeopolis après s’être emparé de la ville d’Abydos. Son fils Antef III Nakhtnebtepnéfer, « Champion parfait et fort », ne règne que neuf années mais réussit à repousser sa frontière jusqu’à Assiout. Ces trois Antef se font tous enterrer à Dra Abou el-Naga, sur la rive gauche de Thèbes.
Le règne de Montouhotep II, « Montou est satisfait », est marqué par la guerre, surtout dans sa première partie. On peut se faire une idée de l’armée égyptienne de ce temps grâce au matériel funéraire du général Mésehti. Il se fait enterrer à Assiout avec deux ensembles de soldats de bois en modèle réduit. L’un des groupes représente des lanciers égyptiens, l’autre des archers nubiens. En l’an 14 de son règne, Montouhotep II doit mater une révolte à Abydos. Débute alors une série de combats qui aboutissent en l’an 39 au contrôle de l’Égypte tout entière. Le pays unifié, Montouhotep II change son Nom d’Horus et se proclame « l’Unificateur des deux terres » (vers 2030 avant notre ère). Cette date marque les débuts du Moyen Empire égyptien. La pertinence d’une séparation entre une Période Intermédiaire chaotique et un Moyen-Empire stable est cependant aujourd’hui considéré comme une opération de propagande de Montouhotep II afin de légitimer sa prise de pouvoir sur l’ensemble de l’Égypte.

Photos du temple d’Edfou

Le Moyen Empire : Le Moyen Empire couvre une période allant des environs de -2033 à -1786 et a connu deux dynasties : XIe dynastie (-2106 à -1963), ce n’est que sous Montouhotep II, vers -2033, lorsque le pays est réunifié, qu’on considère que la première période intermédiaire prend fin et que débute le Moyen Empire. XIIe dynastie (-1963 à -1786).
C’est une période prospère. La capitale principale est d’abord située à Thèbes, d’où sont originaires les rois de la XIe dynastie, puis à Itchtaouy au sud de Memphis.
Les dieux impériaux de l’époque sont Montou, le faucon belliqueux adoré à Erment, à Médamoud et à Thèbes, ainsi qu’Amon. La première construction thébaine a lieu sur la côte ouest de Thèbes, avec le temple funéraire de Montouhotep II, bâti dans le cirque rocheux de Deir el-Bahari.
C’est une période ouverte sur le Moyen-Orient, et de nombreuses expéditions y sont envoyées. Les principaux souverains qui la représentèrent sont les Sésostris et les Amenemhat.
À cette époque sont construites les fondations de Karnak, par Sésostris Ier ; les rois du Nouvel Empire les détruiront pour construire le Karnak actuel. Bien que contrôlant le Nil de son embouchure à la première cataracte, la monarchie ne parvient pas à contrôler les importants flux commerciaux entre l’Afrique via la Nubie et le Levant et eut donc des difficultés à en tirer profit. Ceux-ci transitaient en effet soit par la Mer Rouge soit par les oasis du désert occidental dont les gouverneurs locaux parvinrent à se préserver du pouvoir royal. Ainsi on retrouve peu de mentions de l’Égypte sur les sites archéologiques des villes commerçantes du Proche-Orient telles que Ebla ou Mari. Des villes tels que Tell el-Dab’a regardèrent ainsi de plus en plus vers l’étranger et de moins en moins vers le pouvoir central. Le pouvoir pharaonique tenta donc de percevoir des recettes via les impôts perçus au sein du royaume, mais la faiblesse de son administration centrale l’obligea à s’en remettre aux potentats locaux dont le pouvoir augmenta au détriment de celui du pharaon. Malgré une mise en valeur accrue de territoires tels que le Fayoum et une réorganisation de l’agriculture, les revenus tirés des récoltes ne furent pas suffisants pour permettre au régime de se maintenir. Certaines régions d’Égypte, en particulier les oasis et le Delta semblent avoir été relativement à l’écart du pouvoir pharaonique, contrairement à la Haute et à la Moyenne-Égypte. Celles-ci étaient gouvernées par des élites locales dont le soutien, en particulier celui des pouvoirs locaux de Moyenne-Égypte, était indispensable au pharaon. C’est vraisemblablement la raison qui a présidé au choix de déplacer la capitale royale de Thèbes à Itchtaouy, située à proximité des villes dirigées par ces élites. De plus la XIIe dynastie initiée par Amenemhat Ier ne peut se prévaloir d’aucune origine illustre pour asseoir sa légitimité. Pour y remédier, les pharaons adoptent un système de corégence permettant d’éviter les crises de succession, le futur souverain commençant à régner du vivant de son prédécesseur. Va également se développer une cour royale au sein de laquelle les souverains vont tâcher de développer une culture monarchique par le biais de l’éducation des enfants des gouverneurs des diverses villes égyptiennes. Ces mesures permirent de maintenir l’assise du pouvoir royal durant plus de deux siècles, mais l’équilibre des pouvoirs bascula en faveur des potentats locaux au fur et à mesure de l’affaiblissement financier de la royauté. Cette relative stabilité politique a conduit l’égyptologue britannique Stephen Quirke (en) à considérer le Moyen-Empire comme une anomalie historique de la période comprise entre la fin de l’Ancien Empire et le début du Nouvel Empire
XIe dynastie égyptienne : Selon Manéthon, seize rois se sont succédé. Cette dynastie gouverne d’abord sur Thèbes (c’est la première fois que la ville prend de l’importance) et le Sud de l’Égypte. Elle apparaît dans l’anarchie de la Première période intermédiaire et va s’imposer militairement sous l’autorité des rois Antef. Ils chassent la dynastie parallèle héracléopolitaine et les Asiatiques du delta du Nil. Les dynasties tribales indépendantes de Nubie disparaissent et l’Égypte reprend possession de cette région qui conditionne l’accès à la mer Rouge.
À l’origine de la dynastie se trouve un certain Ikou, gouverneur du nome de Thèbes, qui était le contemporain des derniers souverains de la VIIIe dynastie, qui a pour fils Antef le Grand (ou l’Ancien), gouverneur suivant du nome de Thèbes et qui lui, a pour fils Montouhotep Ier.
Les rois de la XIe dynastie réorganisent l’administration, interdisent aux gouverneurs locaux de transmettre leurs fonctions à leurs fils et limitent l’autorité provinciale. On considère que le règne de Montouhotep II marqua le début du Moyen Empire.
Pendant la XIe dynastie, apparaît une véritable propagande idéologique qui cherche à promouvoir une nouvelle image du roi, en tenant compte des réalités issues de la crise de la première période intermédiaire. Dieu incarné sur la terre, il doit se manifester comme un « bon dieu », c’est-à-dire un roi efficace connaissant son métier de souverain et l’art de gouverner. Il est présenté comme réunissant la perfection des qualités humaines, plein de l’audace, du courage, de la vigueur de la jeunesse, mais aussi de la science et de la sagesse de l’homme mur. Art et littérature vont concourir à développer cette image et à obtenir le loyalisme des agents de l’administration.

Montouhotep Ier : Montouhotep Ier, ou Mentouhotep Ier est le premier roi de la XIe dynastie égyptienne. Il est le fils et successeur d’Antef l’Ancien ou Antef le Grand, gouverneur du nome de Thèbes, lui-même fils d’Ikou de Thèbes, lui aussi gouverneur du nome de Thèbes. Le papyrus de Turin a une lacune sur son nom. Il est certain que sa titulature lui a été attribué après sa mort.
On situe son règne aux alentours de -2134 à -21301.
Il épouse Néférou Ire et il a deux enfants Antef Ier et Antef II (qui est peut-être le fils d’Antef Ier) qui sont les rois de Thèbes suivants.
Il est l’ancêtre de la XIe dynastie et était nomarque de la province de Thèbes. Il s’attache à renforcer la puissance de Thèbes en s’alliant avec le nome proche de Coptos. Cette alliance va atteindre son apogée sous son fils Antef Ier qui se proclamera « Pharaon » et qui attribuera le titre rétrospectivement à son père, quoiqu’il n’ait jamais régné comme tel.
Le pouvoir central étant à Thèbes, on nomme cette dynastie « Thébaine ». La XIe dynastie à cette époque doit compter avec celle d’Héracléopolis qui contrôle le delta du Nil et une partie de la Moyenne-Égypte. La région d’Abydos et This, que les deux parties perdent tour à tour, constituant la zone frontière entre les deux royaumes.
Antef Ier : Antef Ier est un roi de la XIe dynastie égyptienne. Il est le fils de Montouhotep Ier. Le papyrus de Turin a une lacune sur son nom. On situe son règne aux alentours de -2134 à -2118. Il semble d’après certains spécialistes que le cumul des règnes de Montouhotep Ier et d’Antef Ier est de seize ans. Roi de Thèbes, il est le premier des potentats thébains à se proclamer « Pharaon », bien que le titre ait été attribué après sa mort à son père. Il affronte victorieusement Ânkhtyfy, gouverneur des trois nomes de l’extrême Sud de la Basse-Égypte, qui est fidèle aux rois d’Hérakléopolis, réunifiant ainsi la Haute-Égypte. Il est enterré face à Karnak, à El-Tarif, à côté de Dra Abou el-Naga. Son frère, Antef II va lui succéder.
Antef II , Antef III
Montouhotep II : Le règne de Montouhotep II, en tant qu’unificateur, marque le véritable début de la période du Moyen Empire, bien que les puissances provinciales des nomarques perdurent encore jusqu’à la XIIe dynastie. La capitale est définitivement basée à Thèbes.
Il réorganise l’administration en nommant des hommes de confiance dans le nord (par exemple Mererteti au treizième nome) et en confirmant à leur poste les nomarques de Moyenne-Égypte ralliés à lui, notamment les princes des provinces du Lièvre et de l’Oryx. Les postes de chanceliers sont rétablis, ainsi que celui de vizir qu’occuperont, durant son règne, les dignitaires Âhanakht, Antef, Henenou et Khety, Bébi, Dagi et Ipi.Sur le plan économique, Montouhotep II relance les expéditions royales vers les mines et comptoirs étrangers, interrompues depuis la fin de la VIe dynastie, et entreprend la remise en culture de terres abandonnées pendant les troubles. Bien que la Nubie demeure en grande partie indépendante, les expéditions lancées jusqu’à la deuxième cataracte (au moins deux, en l’an 29 et en 31) et la fortification de la presqu’île de Konosso sur la Ire cataracte permettent un meilleur contrôle des échanges et sécurisent les voies de communication et de transport caravanier. Des missions militaires sont également menées en Syrie du fait de certaines incursions étrangères jusque dans le Sinaï (les Setjetyou et Mentyou) ainsi qu’en Libye (contre les Tjehenou ou Tjemehou).
Continuateur des traditions de la royauté, c’est un souverain bâtisseur qui poursuit les travaux de restauration commencés par son père à Éléphantine. Il élève des temples en plusieurs endroits de la Haute-Égypte, de même qu’en Moyenne-Égypte, (à Denderah notamment, avec la construction d’une chapelle), fait des rajouts au temple d’Osiris à Abydos, et embellit plusieurs sanctuaires de la région thébaine, dédié au dieu Montou, à Tôd et Erment. On lui connaît aussi la célébration d’une fête-sed.
Montouhotep II meurt après plus d’un demi-siècle de règne, laissant le trône à son second fils, Montouhotep III
Montouhotep III : Montouhotep III, ou Mentouhotep III (-2009 à -1997) est le fils de Montouhotep II et de la reine Tem. Il semble qu’il monte sur le trône à un âge avancé et il va continuer l’œuvre de reconstruction et de rénovation économique débutée par son père. Il poursuit la mise en valeur du pays en de nombreux lieux : El Kab, Ermant, Abydos, Éléphantine, Tôd. Il consacre une chapelle au dieu Thot à Thèbes-ouest. Il fait construire sur les frontières nord-est de l’Égypte une série de forteresses destinées à protéger la vallée des raids des populations asiatiques. Il envoie une expédition pour le pays de Pount en l’an 8 de son règne, et fait reprendre l’extraction de pierres au Ouadi Hammamat. Malgré un règne qui semble prospère, la correspondance d’un prêtre contemporain du nom d’Héqanakht laisse deviner une fin de règne confuse, connaissant des troubles, ainsi qu’un début de famine dans la Thébaïde. Il n’aura pas le temps de terminer sa sépulture située sur le site de Deir el-Bahari.
Montouhotep IV : Montouhotep IV, ou Mentouhotep IV (-1997 à -1991) est le dernier roi de la XIe dynastie. Le papyrus de Turin ne le nomme pas, ni aucune autre liste royale. À sa place le papyrus de Turin indique une vacance de sept ans. De ce fait les historiens ne retiennent pas tous ce roi, il est pourtant mentionné dans des inscriptions du Ouadi Hammamat. Ce qui est sûr, c’est qu’il va régner à une époque troublée, voire de guerre civile. On sait par un graffito que le roi envoya, en l’an 2 de son règne, une importante expédition à l’Ouadi Hammamat, dirigée par le prince et vizir Amenemhat. Forte de 13 000 hommes, elle était dirigée afin de ramener les matériaux pour la sépulture du souverain, et de rechercher des nouveaux puits dans le désert.
Son règne, court et mal connu, se termine semble-t-il par des troubles politiques qui entraînent la prise de pouvoir de son vizir Amenhemat. Avec ce dernier commence la XIIe dynastie.

Les rois de la XIIe dynastie règnent de -1991 à -1786/-1785/-1783. Cette dynastie est originaire de Thèbes, son fondateur étant l’ancien vizir du dernier Montouhotep.
Bien que les débuts de cette prise du pouvoir aient été agités et remis en cause par les partisans de la dynastie précédente, les nouveaux souverains parviennent à asseoir leur autorité sur la totalité du pays, exerçant un contrôle de plus en plus strict des nomarques et pacifiant les frontières en étendant la zone d’influence de l’Égypte aux contrées limitrophes. L’activité et l’énergie avec lesquels ils réforment le gouvernement et l’administration est caractéristique d’un recentrage des pouvoirs autour de la personnalité royale.
Une nouvelle capitale est fondée à la lisière du Fayoum et de nouveaux sites sont choisis à proximité pour édifier les tombes royales à Licht, El-Lahoun, Hawara. Le retour au complexe pyramidal est un témoin de cette volonté de renouer avec les modèles de l’Ancien Empire.
Si les méthodes de construction ont changé, le plan reste proche de celui mis au point sous la Ve dynastie. Si pour leur édification la brique a été largement employée pour ces pyramides, l’utilisation de la pierre taillée, elle, s’impose peu à peu aux temples divins permettant un développement de l’architecture à travers tout le pays. Cette période de presque deux siècles est marquée par le développement du Fayoum, une prospérité économique retrouvée et l’émergence d’un courant artistique qui donnera naissance à une période dite classique.
Cette dynastie marque le retour à une période de puissance et d’équilibre qui va culminer avec les règnes de Sésostris III et d’Amenemhat III. Les campagnes militaires et les expéditions minières à l’extérieur des frontières renforcent l’emprise de l’Égypte sur ses voisins notamment en Nubie dont le royaume de Kerma représente un sérieux concurrent dans le contrôle des voies commerciales et à l’est où des tribus nomades menacent régulièrement les convois à destination du Sinaï ou de Byblos avec laquelle les relations commerciales sont alors florissantes.
Amenemhat Ier règne de -1991 à -1962. Il est le premier roi de la XIIe dynastie égyptienne qui restera l’une des plus prestigieuses de l’histoire égyptienne. Manéthon le place comme dernier roi de la XIe dynastie. Fils du « père divin » Sésostris selon une inscription à Thèbes, premier ministre et vizir de Montouhotep IV, le dernier roi de la XIe dynastie, Amenhemat est connu alors pour avoir mené une expédition de 13 000 hommes au Ouadi Hammamat afin d’en extraire les matériaux d’éternité destinés à la sépulture de son souverain. Afin de consolider son pouvoir et assurer la continuité dynastique, il prend son fils Sésostris Ier comme corégent en l’an XX de son règne. Il inaugure par là une tradition qui sera suivie jusqu’aux derniers temps de la royauté d’Égypte ancienne. Amenemhat Ier est assassiné à la suite d’un complot de harem en l’an XXX, alors que son fils et héritier Sésostris guerroyait en Libye. Il est enterré dans sa pyramide de Licht, au sud de Memphis. Une autre hypothèse propose que cet attentat n’ait pas forcément causé la mort du roi, mais en tout cas, il montre encore une fois que le pouvoir d’Amenemhat a pu être contesté.
Sesostris 1er : Dès la IIIe année de son règne il refonde notamment le temple de Rê-Horakhty à Héliopolis et, pour orner un de ses sanctuaires, érige une paire d’obélisques en granit d’Assouan dont un des monolithes est toujours en place et reste le seul vestige monumental encore visible sur le site dans l’actuelle banlieue du Caire. Un texte recopié sous Thoutmosis III sur un rouleau de cuir conservé au musée de Berlin comprend le discours fondateur du roi qui indique qu’il se fit construire dans l’enceinte du temple solaire, un temple à son nom afin que la postérité se souvienne de son œuvre pieuse. À Thèbes, l’Héliopolis du Sud, à l’occasion de sa XXXe année de règne et de la fête du heb sed qui sanctionnait alors le jubilé royal, Sésostris embellit et agrandit le temple d’Amon-Rê de Karnak en lui adjoignant probablement pour la première fois un axe nord-sud. Il y fait construire un grand kiosque en calcaire fin pour la barque du dieu. Le monument au décor raffiné et comportant une liste exhaustive des régions administratives du pays a été retrouvé entièrement démonté en remploi dans des monuments ultérieurs. Reconstitué il peut être désormais admiré dans le musée en plein air du site.
Sésostris consacra également au dieu de Thèbes un grand naos en granit qui reçut l’image cultuelle divine et était encore utilisé au Nouvel Empire puisqu’il subit les martelages de l’image d’Amon lors de l’épisode amarnien puis fut restauré sous les Ramessides. Ce naos est actuellement conservé au musée égyptien du Caire.
Ces deux exemples symbolisent l’œuvre architecturale du roi et son empreinte durable sur ses descendants et au-delà ses lointains successeurs qui se réclameront de son héritage en veillant soigneusement à la préservation des monuments malgré les réformes religieuse ou encore les remaniements architecturaux de ses principales fondations religieuses.
Il érige comme son père une pyramide à Licht et, répétant sa politique de succession, associe son fils au pouvoir par une nouvelle corégence. C’est de ce site que proviennent une série de statues en calcaire du roi, plus grandes que nature, le représentant les traits jeune, les pupilles encore peinte en noir, assis sur son trône, coiffé du némès orné d’un uræus, conférant au portrait du roi la majesté et la vitalité d’un éternel souverain. Ces statues avaient été enfouies à la suite de l’inhumation du roi ce qui les a préservées des aléas du temps et notamment des chaufourniers. Elles sont exposées au musée égyptien du Caire.
Amenemhat II (-1929 à -1895) est le fils de Sésostris Ier mais on ne connaît pas avec certitude le nom de sa mère, peut-être la reine Néférou III (en), comme semble l’attester une inscription trouvée dans le Sinaï, et le petit-fils d’Amenemhat Ier. Les contacts avec l’Asie ne furent cependant pas tous paisibles. On a la connaissance de raids de Bédouins, probablement dans le Sinaï, qui déclenchèrent contre eux une riposte militaire égyptienne.
Amenemhat II se fait construire sa pyramide à Dahchour, entre Licht et Saqqarah. Ce roi fut également un des précurseurs dans l’idée du développement des marais du Fayoum à des fins agricoles, une tâche que beaucoup de ses successeurs reprendront.
Sésostris II (-1897 / -1878) est le 4e pharaon de la XIIe dynastie. Il est le fils d’Amenemhat II avec qui il est corégent pendant 2/3 ans, mais on ne connait pas le nom de sa mère. Son règne constitue une transition entre les deux parties de la XIIe dynastie. D’une part il continue la politique antérieure, d’autre part il démarre les grandes innovations de la seconde moitié de la dynastie avec : la mise en place d’un système de fortifications en Basse-Nubie dont il va être le pacificateur. Il organisera quatre campagnes militaires jusqu’au pays du Kouch ; la mise en valeur des marais du Fayoum qu’il fait assécher et dote d’un système de drainage et de canaux pour l’irrigation des terres.
Le règne de Sésostris III (-1878 à -1843/-1842), marque l’apogée du Moyen Empire. Il est le cinquième roi de la XIIe dynastie, fils de Sésostris II et, selon Aidan Mark Dodson et Dyan Hilton, de la reine Khénémet-néfer-hedjet l’Ancienne. Il hérite d’un pays que ses prédécesseurs ont bien géré et su faire prospérer durant une longue période de paix. Son père a engagé la mise en valeur de l’oasis du Fayoum par de grands travaux d’aménagement et d’irrigation. L’activité économique et commerciale florissante de l’Égypte attire de nombreux travailleurs asiatiques dans la vallée, et l’influence égyptienne est plus forte que jamais à Byblos, la vieille cité amie de Phénicie.
Amenemhat III (-1843/ -1842 à -1797)1 est un pharaon de la XIIe dynastie.
Amenemhat IV est le dernier roi de la XIIe dynastie de -1797 à –1790
Néférousobek est la première femme connue à avoir régné sur l’Égypte, et la dernière souveraine de la XIIe dynastie. Fille d’Amenemhat III et sœur ou demi-soeur d’Amenemhat IV, Néférousobek monte probablement sur le trône à la mort de ce dernier. On suppose que le fait de cette accession au trône serait du au règne extrêmement long de son père Amenemhat III (régnant 48 ans), ce qui aurait été l’origine d’un épuisement de sa succession. Certains égyptologues évoquent une co-régence avec Amenemhat IV. Or, cela n’est pas du tout avéré, et l’on n’a de plus pas retrouvé de monuments inscrits à leurs deux noms, comme plus tard lors des règnes d’Hatchepsout et Thoutmosis III. De plus, des monuments à son nom seul ont été retrouvés dans toute l’Égypte.
Le règne de Néférousobek est attesté dans les listes royales officielles, comme la chapelle des ancêtres de Thoutmosis III, la table de Saqqarah, ou encore le papyrus de Turin. Ce dernier lui donne trois ans, dix mois et vingt-quatre jours de règne, alors que Manéthon (qui la nomme Skémiophris) lui en donne quatre. On situe le règne de Néférousobek entre 1800 et 1797 av. J.-C. Il s’achève sur une période de troubles connue sous le nom de deuxième période intermédiaire. La fin de son règne marque également la fin de la XIIe dynastie et le début de la XIIIe dynastie
La deuxième période intermédiaire (-1785 à -1580) commence avec la confrontation avec les Hyksôs, peuple mal identifié et à l’origine discutée, qui prend le pouvoir en Basse-Égypte sans jamais s’imposer sur la Haute-Égypte avec laquelle il garde des relations commerciales.
Bien que selon Manéthon il y ait une coupure nette avec le Moyen Empire (invasion de la Basse-Égypte par les Hyksôs), il n’en est rien. Le passage entre les règnes de la reine-pharaon Néférousébek, dernière souveraine de la XIIe dynastie, et Ougaf, premier pharaon de la XIIIe dynastie, semble se faire sans heurt. De plus, jusqu’au roi Sekhemrê Khoutaoui, les pharaons de cette dynastie semblent régner sur l’ensemble du territoire, delta du Nil et Nubie compris. Ce n’est que progressivement, avec l’affaiblissement du pouvoir central, que les pharaons perdront de leur influence
C’est sous le règne de Néferhotep Ier qu’apparaît dans le delta la XIVe dynastie qui prend naissance dans le sixième nome de Basse-Égypte, dont la capitale est Xoïs. Peu de temps après, une autre dynastie prendra naissance à Avaris, à l’est du delta. Cette dynastie, la XVe dynastie, est formée vers -1660 par les Hyksôs, qui signifie « chefs des pays étrangers » ; on ignore leur origine exacte mais ils devaient être, soit un peuple du Moyen-Orient, soit une coalition des peuples qui avaient immigré dans le delta depuis le Moyen Empire. Les pharaons de la XIIIe dynastie gouvernent le reste du pays jusqu’à Dédoumésiou Ier (ou Didoumès). À cette époque, le souverain Hyksôs Salitis s’empare d’une grande partie du pays, grâce à leur avance technologique en matière d’armement : cavalerie, utilisation des chars, des cuirasses et du Khépesh.
Néferhotep 1er : Il règne 11 ans et un mois, fait rare en cette période troublée, réussissant à assoir suffisamment son autorité pour que ses deux frères Sahathor et Sobekhotep IV lui succèdent. Il a comme capitale Ititaoui en Égypte centrale. Il a surtout autorité, le Sud mis à part, sur l’ensemble du delta du Nil à l’exception du 6e nome de Basse-Égypte dont le chef-lieu, Xoïs (Qedem, à proximité de Kafr El-Cheikh) a été la capitale de la XIVe dynastie, parallèle à la XIIIe dynastie et à la XVe dynastie Hyksôs qui va bientôt surgir à Avaris.
On a trouvé des inscriptions sur quelques pierres découvertes près de Byblos, qui lui prête allégeance. Sur d’autres pierres à Assouan des textes documentent tout son règne, ainsi qu’à Bouhen en Nubie, ce qui atteste sa domination sur toute l’Égypte. À Karnak a été découverte, sous deux mètres de sable, une statue de Néferhotep Ier grandeur nature de 1,80 m, entre le portail de pierre d’un temple de Thoutmôsis Ier et un obélisque de la reine Hatchepsout. Une deuxième statue reliée à la main du pharaon, coincée sous le portail, n’a pu être dégagée. L’ensemble à donc été de nouveau ensablé, pour éviter des dégradations au temple.

XIII dynastie : première de la Deuxième Période intermédiaire. Elle couvrirait la période allant de -1801 ou -1786 ou -1766 ou -1759 à v.-1650 ou -1634. Les rois parvenus au pouvoir, souvent par usurpation, n’arrivent que rarement à régner sur tout le pays, leur autorité étant contestée par d’autres usurpateurs locaux. C’est évidemment le principe même de succession qui est en cause. Sous la XIIIe dynastie on distingue deux lignées de rois, qui ont résidé respectivement à Thèbes et à Ithet-Taoui aux environs de Licht, la capitale administrative. Cette dynastie n’entraîne guère de changement dans l’art et le fonctionnement de l’Égypte, c’est pourquoi certains égyptologues ne la comptent pas dans la Deuxième Période intermédiaire. Les rois de la XIIIe dynastie n’ont pas un crédit suffisant, ils peuvent rarement fonder une lignée, leurs règnes durent quelques années, voire quelques mois. Nombre d’entre eux sont des roturiers, des militaires ou des étrangers asiatiques. Le pays est divisé en 3 districts administratifs : le Nord (delta du Nil et région de Memphis), la tête du Sud qui concerne Thèbes et sa région, et le Sud qui va du Fayoum à la Nubie. Les périodes d’équilibres et de stabilités vont alterner dans le pays avec celles de troubles et de guérillas. Paradoxalement alors que le trône est agité de soubresauts incessants, les hauts fonctionnaires restent en place, poursuivant l’administration du royaume. Manéthon et le papyrus de Turin donnent une soixantaine de noms, mais trop d’entre eux sont mal connus voire complètement inconnus.
XIV dynastie : 2 royaumes se formèrent sous Sobekhotep IV (XIIIe dynastie) à la suite d’une révolte dans le delta du Nil. Ces deux monarchies parallèles formèrent ensemble la XIVe dynastie égyptienne contemporaine donc de la XIIIe dynastie.
Le premier de ces royaumes indépendants se créa à Xoïs, dans la partie nord-ouest du delta. On ne sait pratiquement rien de ces souverains qui sont peut-être d’origine cananéenne.
Le deuxième royaume, situé dans la partie nord-est du delta, fut fondé par Néhési, « le Noir, le Nubien », vers -1705 à Avaris (Hout-Ouaret “Le château du terrain en pente”). Cette cité est un port fluvial à forte densité asiatique, voué au commerce avec Byblos.
Cette XIVe dynastie régnant sur le delta oriental va être balayée par les rois Hyksôs (XVe et XVIe dynasties) qui vont étendre leur domination à partir d’Avaris vers -1650 (ou -1633, ou -1630 selon les historiens). Ces derniers avaient commencé à s’implanter en Égypte vers -1730.
XV dynastie : La XVe dynastie de l’Égypte antique fut la première dirigée par les Hyksôs, qui contrôlaient le nord du pays. Selon Manéthon six rois auraient régné. Elle est reportée sur la colonne neuf du papyrus de Turin. Elle couvre la période -1663 à -1550, ou -1650 à -1530, ou encore -1624 à -1514 selon les historiens1.
L’afflux continu de main-d’œuvre asiatique, particulièrement sous Amenemhat III, bouleverse les équilibres démographiques dans le nord du pays. Ce sont des étrangers, les Hyksôs « heqa khâsout, chefs des pays étrangers », population d’origine asiatique implantée dans le delta du Nil depuis plusieurs générations, qui mettent à profit l’arrivée de nouveaux migrants en provenance du Proche-Orient pour étendre leur influence et s’emparer progressivement du nord de l’Égypte. Les souverains Hyksôs au contact de la civilisation égyptienne, beaucoup plus avancé que la leur, adoptent le protocole et les titres de la cour royale.
Dans le gouvernement de l’Égypte, ils conservent l’organisation administrative existante. Pour ce faire, ils utilisent un personnel de fonctionnaires égyptiens. Ces derniers, momentanément soumis aux étrangers gardent quand même intact leur orgueil national et leur profond attachement à leurs dieux.
La domination des Hyksôs s’exerce de diverses manières. Les rois de la XVe dynastie ont un contrôle absolu, depuis Avaris, sur l’est du delta du Nil, ils abandonnent le reste du delta à des chefferies asiatiques vassales. Ils installent des petits royaumes contrôlés par des Égyptiens collaborateurs en Moyenne-Égypte. Tous ces vassaux forment la XVIe dynastie.
Enfin ils imposent leur autorité aux rois de la XVIIe dynastie qui contrôlent plus ou moins la Haute-Égypte (Les huit premiers nomes situés entre Éléphantine et Abydos) en leur installant des garnisons aux endroits stratégiques. Les Hyksôs vont même accentuer leur domination en passant alliance avec des potentats nubiens pour affaiblir les Thébains et unifier le pays à leur profit.
La XVIe dynastie est une dynastie mineure de l’Égypte, sur laquelle nous avons peu d’informations. Cette dynastie s’étend de vers -1650 ou -1620 à -1540. Ce sont des chefferies asiatiques, vassales des rois Hyksôs et qui se partagent des territoires, en dehors de l’Est du delta du Nil contrôlé directement par les rois de la XVe dynastie et aussi les petits royaumes en Moyenne-Égypte que tiennent des Égyptiens collaborateurs des Hyksôs. Cette dynastie est parallèle aux XVe et XVIIe dynasties.
La XVIIe dynastie est une dynastie de la fin de la Deuxième Période intermédiaire égyptienne. Elle ne contrôle que la Haute-Égypte. Elle semble issue d’une branche locale de la XIIIe dynastie. Elle est reportée sur la colonne treize du papyrus de Turin.
Elle couvre la période de vers -1648 ou -1625 à -1569 ou –1549 ou -1539/30.
Ce royaume de Thèbes comprend les huit premiers nomes entre Éléphantine et Abydos et une partie de la Moyenne-Égypte jusqu’à Cusae, par des alliances avec des potentats qui lui vouent allégeance. Le reste du pays appartient aux chefferies asiatiques vassales des Hyksôs et aux petits royaumes dirigés par des Égyptiens collaborateurs (XVIe dynastie) ou aux Hyksôs eux-mêmes (XVe dynastie).
Il y a controverse sur le fondateur de cette dynastie ; on trouve soit Antef V, idée qui rencontre l’approbation de la grande majorité des spécialistes, soit son fils Rahotep.
Les rois ou gouverneurs de cette dynastie doivent verser un tribut aux pharaons Hyksôs et tolérer leurs garnisons installées aux endroits stratégiques. Cependant, du fait de son origine indigène, la XVIIe dynastie va être à la tête de la lutte contre la domination étrangère.
Ses souverains vont affronter les Hyksôs et assurer une nouvelle réunification du pays.
En Nubie, le roi de Kouch Nedjeh prend le pouvoir et installe sa capitale à Bouhen ; il règne d’Éléphantine à la deuxième cataracte. Son alliance avec les Hyksôs a pour but d’encercler les Thébains. Elle va durer jusqu’à ce que le pharaon Kamosé s’empare de Bouhen.
La victoire de Bouhen va donner naissance à l’exploitation d’un sentiment nationaliste par les princes Thébains déchus, qui assimileront la lutte contre les Hyksôs à une guerre de libération. Le successeur de Kamosé, Ahmosis, vers -1540, prendra Avaris, la rasera et poursuivra les Hyksôs jusqu’en Palestine.
La victoire finale sur ces derniers et leur expulsion marquera la fin de la XVIIe dynastie et fonde le Nouvel Empire.
Les pharaons de la XVIIe dynastie prennent résidence à Ballas (Ombos) mais règnent bien sur Thèbes. Ils sont enterrés à Dra Abou el-Naga dans des tombes surmontées de pyramides en briques.
Nous en connaissons quelques-unes, notamment celle de Séqénenrê Taâ qui « meurt atrocement mutilé sur le champ de bataille ». Sa momie a été étudiée de nos jours par des archéologues et des médecins légistes. Ceux-ci ont prouvé qu’il a été « tué par une hache de guerre hyksôs ».
Tous ces territoires sont assujettis à des impôts collectés par des « Directeurs du trésor » portant un titre égyptien. Cependant, de par son origine indigène, la XVIIe dynastie va se mettre à la tête d’une lutte contre cette domination étrangère. Ses rois, sûrement à partir de Séqénenrê Taâ vont affronter les Hyksôs et libérer le pays.
Plus de 70 noms de rois sont recensés, dont certains sont fictifs (le papyrus de Turin mentionne presque soixante noms et Manéthon soixante-seize).

Les dynasties thébaines mènent alors la reconquête du royaume de Koush puis de la Basse-Égypte et du delta du Nil, donnant naissance au Nouvel Empire (-1580 à -1085).
Une nouvelle administration plus élaborée se met en place ainsi qu’une armée puissante. Ces deux forces permettent à l’Égypte de jouer un rôle de puissance régionale, notamment sur la Nubie et la Palestine qui passent sous sa protection. Le fonctionnement de l’économie évolue, avec notamment une forme de privatisation du contrôle de la terre, l’importance sociale accrue de groupes de population comme les militaires et le clergé, mais aussi des revendications sociales. C’est par ailleurs du Nouvel Empire que datent les réalisations les plus remarquables de l’art égyptien comme l’enceinte d’Amon-Rê à Karnak ou les temples d’Abou Simbel.
Nouvel empire qui commence par la fin du règne Hyksôs qui occupait la Basse-Égypte. Vers -1570, le roi Hyksôs ne contrôle plus que le nord de l’Égypte depuis Avaris, sa capitale. Ce sont les révoltes des princes thébains qui mettent fin à l’occupation des Hyksôs en Égypte. D’abord sous Kamosis qui les repousse vers le nord, leur prenant les territoires de Moyenne Égypte. Le roi Hyksôs essaie en vain de s’allier avec des souverains nubiens de Kerma, mais son messager est fait prisonnier sur la route des Oasis.
Ahmôsis, futur roi thébain prend la ville de Memphis lors d’une seconde attaque et place ses troupes devant la ville d’Avaris qu’ils prennent. Après trois ans de siège, la dernière place forte des Hyksôs (Sharouhen, dans le désert du Néguev) est prise par les Égyptiens. C’en est fini des Hyksôs, les territoires anciennement égyptiens sont remis sous contrôle.
C’est par l’expulsion des Hyksôs hors d’Égypte et par l’unification de la Haute et Basse-Égypte par Ahmôsis Ier que commence le Nouvel Empire d’après les égyptologues. Au début du Nouvel Empire, on note surtout de grandes expansions, notamment vers l’Asie Mineure et la Nubie, qui amènent les frontières de l’Égypte du cœur de l’actuel Soudan (près d’Abou Hamed, au nord de la cinquième cataracte) jusqu’à un pays appelé Naharina (près de l’Euphrate, au nord-est du pays). Ainsi, l’Égypte acquiert une sorte de réputation mondiale. Cependant, les territoires au-delà de la vallée du Nil ne sont pas bien contrôlés, notamment les principautés qui, bien que contrôlées par un conseiller égyptien, restent sous la domination des populations autochtones. De nombreux témoignages montrent que l’Égypte souhaite quand même dominer le monde « jusqu’à ses limites », cela restant utopique, surtout quand on sait que l’Égypte n’a jamais su pacifier la région de la Syrie septentrionale et centrale où elle rivalisa d’abord avec les princes du royaume du Mitanni puis avec les Hittites.
Ahmôsis Ier, puis Amenhotep Ier (en grec : Aménophis) imposent l’unification des Deux Terres, indispensable à la prospérité du pays. Pour cela, ils engagent des réformes telles que l’homogénéité de l’administration, de la législation, du calendrier et du culte. Amenhotep Ier est élevé au rang de dieu à sa mort pour ces actes.
À cette époque, on renforce l’importance de la famille royale au sein du culte divin. Par exemple, c’était à une princesse de la famille royale que revient le titre d’Épouse du dieu Amon, à Thèbes. Cette fonction est très importante car elle est susceptible d’apporter beaucoup d’influence politiquement (à cause de l’oracle d’Amon). Cette époque voit aussi Amon, dieu à l’origine seulement local, élevé au rang de dieu dynastique (constructions de temples dans tout le pays).
Amenhotep Ier, « Amon est satisfait » (ou Aménophis selon le nom grec) est le deuxième souverain de la XVIIIe dynastie (Nouvel Empire). Fils cadet d’Ahmôsis Ier et d’Ahmès-Néfertary, il n’est pas destiné au trône. Mais le décès de son frère aîné, Ahmosé-Ânkh, durant les huit dernières années du règne d’Ahmôsis Ier, fait de lui le prince héritier1. Après son accession au trône, il règne pendant environ vingt-et-un ans.
Manéthon, tel que rapporté par Flavius Josèphe, l’appelle Amenophis et lui compte vingt ans et sept mois de règne, ce qui semble effectivement en avoir été la durée. Son règne se situe entre -1525 / -1524 et -1504 / -1503.
Bien que son règne soit mal documenté, il est possible d’en reconstituer l’histoire. Il hérite du royaume formé par les conquêtes militaires de son père et maintient une position dominante sur la Nubie et le delta du Nil, mais n’a probablement pas tenté de garder le pouvoir au Levant. Il continue à reconstruire les temples de la Haute-Égypte et révolutionne la conception du complexe funéraire en séparant la tombe de son temple funéraire, tendance qui se maintiendra tout au long du Nouvel Empire. Après sa mort, il est divinisé comme un dieu protecteur de Deir el-Médineh. Il est probable que c’est sous le règne d’Amenhotep Ier que le village des artisans de Deir el-Médineh est inauguré. Ces artisans étaient responsables de la construction et de la décoration de toutes les tombes de la nécropole de Thèbes destinées aux générations suivantes de pharaons et aux nobles. Bien que le plus ancien tombeau découvert soit celui de Thoutmôsis Ier, Amenhotep était manifestement une figure importante pour les ouvriers de la ville, puisque lui et sa mère étaient tous deux ses divinités protectrices.
Deux pièces importantes de la littérature ont été écrites au cours de cette période : le Livre de l’Amdouat, un des plus importants textes funéraires utilisés au Nouvel Empire, dont les égyptologues pensent qu’il a trouvé sa forme définitive pendant le règne d’Amenhotep, car il apparaît pour la première fois dans la tombe de Thoutmôsis Ier. Le papyrus Ebers, qui est la principale source d’information sur la médecine de l’Égypte ancienne, semble être écrit à cette époque (la mention du lever héliaque de Sothis par lequel les débuts de la chronologie du Nouvel Empire sont généralement fixés a été retrouvée sur le dos de ce document).
Il semble aussi que la première clepsydre a été inventée durant le règne d’Amenhotep Ier. L’astronome Amenemheb de la cour d’Amenhotep s’octroie en effet le mérite de cette invention dans sa biographie inscrite sur son tombeau, bien que la plus ancienne date connue pour cet appareil est situé durant le règne d’Amenhotep III
Thoutmôsis Ier ou Djéhoutymosé 1er est le troisième pharaon de la XVIIIe dynastie. Il succède à Amenhotep Ier, avec qui il ne semble pas avoir de liens familiaux directs. Il
règne 12 ans et 9 mois de -1504 à -1492. Il est déjà père lorsqu’il monte sur le trône. Durant son règne, il fait de grandes campagnes au Levant (jusqu’à l’Euphrate) et en Nubie, repoussant les frontières de l’Égypte plus loin que jamais auparavant. Il construit de nombreux temples en Égypte dont celui de Karnak et fait vraisemblablement creuser, pour lui-même, le premier tombeau de pharaon attesté dans la vallée des rois et établit son temple funéraire à Deir el-Bahari à l’emplacement où sa fille, Hatchepsout, construira le sien. Cette dernière est mariée à son fils et successeur Thoutmôsis II.
Avant son avènement, il avait épousé Ahmès, Selon toute vraisemblance, Ahmès-Néfertary, veuve d’Ahmôsis Ier et mère du roi défunt, joua un rôle déterminant lors de la transmission du pouvoir.Ahmès lui donne deux filles, l’aînée Hatchepsout et la cadette Néféroubity. De son union avec Moutnofret, il a le futur Thoutmôsis II et peut-être trois autres fils qui meurent toutefois avant leur père : Amenmès, qui commandait l’armée, Ouadjmosé (Ouadjmès) et Ramosé.
Lors du couronnement de Thoutmôsis, la Nubie se rebelle contre le régime égyptien. Thoutmôsis voyagea le long du Nil et combattit les Nubiens, tuant lui-même leur roi.
La deuxième année du règne, le pharaon place une stèle à Tombos, sur laquelle il proclame avoir construit une forteresse près de la troisième cataracte, étendant ainsi en permanence la présence militaire égyptienne, préalablement arrêtée à Bouhen sur la deuxième cataracte
La stèle mentionne également la campagne en Syrie du roi, qui peut donc être datée du début de l’an 2 du règne. Cette campagne conduit les forces égyptiennes plus loin au nord que celles de tous les pharaons précédents. Pour marquer son exploit, le roi fait dresser une stèle à l’endroit où il franchit l’Euphrate. Même si celle-ci n’a pas été retrouvée, elle est mentionnée par son petit-fils Thoutmôsis III, lors de ses propres conquêtes au Levant. Au cours de cette campagne, des princes syriens font allégeance à Thoutmôsis. Cependant, après son départ, ils rompent leurs hommages et renforcent leurs défenses contre les campagnes à venir.
Au cours de sa troisième année de règne, Thoutmôsis Ier mène une seconde expédition contre la Nubie, durant laquelle il ordonne de draguer le canal, contournant la première cataracte, initialement construit sous Sésostris III (XIIe dynastie) afin de faciliter les voyages de l’Égypte à la Nubie, améliorant l’intégration de la Nubie dans l’empire égyptien. Thoutmôsis fait face à une nouvelle révolte en Nubie dans sa quatrième année de règne et avance encore la frontière sud de l’Égypte, jusqu’au niveau de Kénissa, en amont de la quatrième cataracte. Cette campagne porte sans doute le coup décisif au royaume de Kerma.
Thoutmôsis Ier lance plusieurs projets qui mettent fin à l’indépendance de la Nubie pour le reste du Nouvel Empire. Il agrandit le temple de Sésostris III et Khnoum à Semna ouest. Il maintient dans sa charge de « vice-roi de Koush, chef des pays du Sud », aussi connu sous le nom de « Fils royal de Koush », un homme du nom de Toure, nommé du temps d’Amenhotep Ier et sans doute fils du vice-roi précédent. Avec un représentant civil du roi établi de façon permanente en Nubie elle-même, le contrôle du pays devient plus facile.
Son programme de construction est vaste, avec de nombreux temples et tombeaux, mais son plus grand projet est le temple de Karnak, sous la supervision de l’architecte Inéni, qu’il agrandit considérablement, construit le cinquième pylône le long de la route principale du temple, fait édifier un mur entourant le sanctuaire et deux mâts flanquant la porte, un 4ème pylône et un autre mur d’enceinte. Entre les quatrième et cinquième pylônes, il bâtit une salle hypostyle avec des colonnes en bois de cèdre (représente un marais de papyrus, symbole de la création). Le long du mur extérieur de cette salle, il construit des statues colossales, chacune portant en alternance la couronne de la Haute-Égypte et celle de Basse-Égypte. Enfin, en dehors du quatrième pylône, il érige quatre autres mâts et deux obélisques.
Thoutmôsis Ier est le premier pharaon enterré dans la vallée des rois. Inéni a été chargé de faire creuser cette tombe, et sans doute construire le temple funéraire. Ce dernier n’a pas été retrouvé (incorporé ou démoli par la construction de celui d’Hatchepsout à Deir el-Bahari).
Thoutmôsis II ou Djéhoutymès II était le quatrième pharaon de la XVIIIe dynastie égyptienne. : de -1492/-1491 à -1479, fils de Thoutmôsis Ier et d’une épouse secondaire, Moutnofret. Il épouse sa demi-sœur Hatchepsout, et monte sur le trône de son père après la mort de ses deux frères Amenmès et Ouadjmès. De son union avec Hatchepsout naît une fille, Néférourê, alors qu’une épouse secondaire, Iset, lui donne le futur Thoutmôsis III.
Il étouffe une rébellion en Haute-Nubie (pays de Koush), cette expédition punitive, à laquelle il ne participait pas, est peut-être la seule qu’il eût menée. À Karnak, il embellit le temple dynastique en y érigeant 2 obélisques. Il construit aussi à Semna et à Kumma, de même qu’à Éléphantine. Il meurt entre 25 et 30 ans, après un règne de 3 ans. C’est le fils d’une épouse secondaire, Thoutmôsis III, qui monte sur le trône à 5 ans. En raison de son jeune âge, la régence revint à sa tante et belle-mère, Hatchepsout, fille de Thoutmôsis Ier et épouse de Thoutmôsis II.
Hatchepsout s’impose au niveau politique. Elle dresse de nombreux obélisques dans le temple de Karnak et construit un magnifique temple funéraire sur la rive Ouest de Thèbes, au lieu-dit Deir el-Bahari. Dans ce temple, on peut voir des scènes de théogamie, où est relatée la naissance divine du pharaon. Hatchepsout devient roi à une date indéterminée entre l’an II et l’an VII, plus probablement à l’an III, le jeune roi qui a reçu l’initiation aux secrets divins lors de son couronnement est totalement occulté lors de ces cérémonies. Toutefois, ce couronnement s’est fait avec l’appui total du clergé d’Amon qui a bénéficié en retour des largesses de la reine. Elle a assumé le rôle de pharaon pendant 22 ans
Cette femme énergique sut se maintenir au pouvoir pendant une vingtaine d’années, grâce à l’appui de dignitaires compétents et dévoués dont le sort était sans doute lié au sien : Pouymrê, deuxième prophète d’Amon et grand architecte ; le chancelier Néhésy, qui prit la tête de l’expédition vers le pays de Pount ; Hapouseneb, son vizir et grand prêtre d’Amon ; Sénènmout (ou Senmout), son favori, qui était aussi le précepteur de la princesse Néférourê.
Sénènmout, fils de Ramose et de Hatnefer, est d’origine modeste, mais son ambition et ses talents lui permettent d’accéder aux faveurs de la reine. Il devient son premier conseiller, peut-être son amant, accumulant richesses et titres : Ami unique, Serviteur de Maât, régisseur des domaines royaux, intendant des « champs et des troupeaux d’Amon », Directeur des Deux Greniers, il est également Directeur de tous les travaux du roi (i. e. de la reine) et, en tant que tel, il supervise la construction du Château des Millions d’années, dont il est également l’architecte. En l’an XV, il dirige l’expédition qui rapporte des carrières de granit d’Assouan la paire d’obélisques que la reine fait dresser à Karnak. Après le décès de Néférourê, il tombe apparemment en disgrâce, car son nom et ses images sont martelés du vivant même d’Hatchepsout. En l’an XXI ou XXII du règne, deux ans après la mort ou la disgrâce de Sénènmout, Thoutmôsis III assume seul le pouvoir et fait marteler les cartouches de la reine mystérieuse, leur substituant ceux de Thoutmôsis Ier et II ou encore les siens.
L’histoire retiendra une Hatchepsout pacifique et un Thoutmôsis III belliqueux et parfois même un peu trop énergique : au cours d’une chasse de 120 éléphants dans une plaine de l’Oronte, le roi avait fait une démonstration personnelle de son audace, mais un officier avait dû intervenir pour le tirer d’une situation périlleuse.
Thoutmôsis III et Hatchepsout sont déjà partis sous les acquis de Thoutmôsis Ier qui avait conquis le Sud de Canaan, et avait imposé l’autorité égyptienne sur la Syrie au roi du Mitanni. Durant le règne d’Hatchepsout, le prince de Qadesh profite de son pacifisme pour réunir des détracteurs au pouvoir égyptien ; de plus, les conflits surtout commerciaux ne cessent de croître. À la mort de la femme pharaon, les troupes de Thoutmôsis III atteignent Gaza. Après un siège de sept mois, la ville de Megiddo se rend, suivi de nombreuses principautés qui reconnaissent la suprématie égyptienne. Les vingtaines d’années suivantes sont occupées par des campagnes visant à asseoir l’emprise égyptienne sur la Syrie centrale. Pour intervenir rapidement contre une rébellion possible à Qadesh, deux bases sont établies, à l’embouchure de l’Oronte, à Gaza et peut être aussi à Damas.
Dès la fin de l’occupation des Hyksôs, on s’empresse de reconquérir les territoires du Sud. Notamment dans la région d’Éléphantine et en Basse Nubie où les princes de quelques cités avaient conclu des accords avec le souverain de Kerma. Thoutmôsis Ier, comme Ahmôsis avant lui, attaque le centre du pouvoir de Kerma ; la ville est assiégée et le royaume ennemi anéanti (vers -1500).
Pour continuer à contrôler ces territoires, la région est mise sous contrôle d’un vice-roi égyptien nommé fils royal de Koush et dont le pouvoir s’étend jusqu’à proximité d’El Kab, dans la région du désert oriental. Tout comme ceux des princes d’Asie du Nord, les fils des princes nubiens sont emmenés à la cour égyptienne, et élevés parmi les jeunes princes égyptiens afin de préserver leur loyauté future. Le tribut reçu du Sud est administré par le temple d’Amon à Thèbes.

On introduit le culte du roi et de ses ancêtres dans les régions du Sud en édifiant de nouveaux temples au sud de Kerma (notamment à Saïs, Soleb et Napata). On voue ainsi des cultes à Amon, Ptah et Horus. Pour protéger les massives arrivées d’or nubien, si précieuses aux yeux de l’Égypte qui en avait besoin pour consolider son prestige, des forteresses sont édifiées à la sortie du Ouadi Allaqi.
Avec les tributs du Nord ajoutés à ceux du Sud, déposés au trésor royal de Thèbes, l’influence économique de l’Égypte est devenue incontestable. Avec la fin du monopole maritime minoen en Crète, et la prise de pouvoir par Mycènes, l’Égypte a l’occasion de pratiquer plus amplement des échanges commerciaux avec les autres royaumes.
Les produits égyptiens, dont l’or était très apprécié des royaumes étrangers, n’ont pas de mal à se répandre dans toute l’Égée. Mais l’Égypte importe aussi beaucoup de produits finis, ainsi que de matières premières et de la main d’œuvre : des artisans syriens, d’Asie Mineure et de Crète viennent travailler sur les chantiers navals royaux du port de Memphis.
Le fer provient du Liban, près de Koumidou et les turquoises, des mines de Sérabit el-Khadem, dans le Sinaï. Cette ouverture sur le monde méditerranéen modifie profondément les modes et les goûts. L’ascendant des conseillers étranger auprès du roi ne cesse de croître et de nombreux mots d’origine sémite sont introduits dans la langue égyptienne.
Amenhotep II, fils de Thoutmôsis III poursuit les campagnes en Syrie et Thoutmôsis IV, son petit-fils impose sa politique avec le soutien de l’armée, car il avait reçu une formation militaire. Le souverain du Mitanni, qui craignait une nouvelle menace d’une grande puissance hittite aspire à des rapprochements avec l’Égypte, et permet à Thoutmôsis IV d’installer son propre dirigeant sur le trône du pays de Noukhassé, au sud d’Alleppo.

Amenhotep III n’a qu’à poursuivre la politique militaire déjà bien installée en Syrie et n’a à faire que quelques campagnes en Nubie. Il se marie avec une fille d’officier influent dans la cour de la région d’Achmim. À dix huit ans, il a une épouse secondaire, Giloukhépa, fille d’un souverain du Mitanni, avec en dot, d’importants territoires syro-palestiniens. D’autres mariages politiques ont ainsi lieu, notamment avec les filles des rois de Babylone, d’Assour et d’Arzawa en Anatolie.
Les campagnes militaires finies, le roi peut se consacrer à son pays, et prend de grandes décisions lors de sa fête-Sed3. D’abord, il construit un immense ensemble palatial à Malqata, sur la rive gauche du Nil, qui disposait de son propre port. Il est alors vénéré quotidiennement à la cour comme l’incarnation du Soleil. Amenhotep fils de Hapou, érige pour le roi un imposant temple funéraire.
Cette époque est aussi celle de la naissance du culte d’Aton, dont le nom est habituellement donné au disque solaire. D’après l’idéologie, le roi et le dieu se mêlent la nuit pour qu’au matin, le roi apparaisse sous l’incarnation d’une divine forme humaine. Aton fait de l’ombre à Amon qui est contesté par la cour, et ainsi naît une dispute entre celle-ci et les grandes familles égyptiennes
Amenhotep IV, fils d’Amenhotep III et de Tiyi, épouse Néfertiti, probablement d’origine étrangère. Il a sans doute baigné depuis sa plus tendre enfance dans les discussions sur le culte dynastique du roi et de son dieu Amon. Ainsi, on peut supposer qu’il a préparé depuis longtemps le remplacement du culte d’Amon par celui du dieu solaire, ce qu’il fait effectivement, six ans après son couronnement : il supprime le culte d’Amon à Karnak, mais, au lieu de supprimer le temple, il l’utilise au profit de son dieu. Sa femme, Néfertiti, et sa fille, Mérytaton, exercent la fonction sacerdotale des anciennes épouses du dieu. Petit à petit, on supprime le nom d’Amon dans les lieux de cultes égyptiens, et la propriété d’Amon change de culte. Vers l’an V du règne d’Amenhotep IV/Akhenaton la reine mère et la cour déménage pour le palais de l’actuelle Amarna, en Moyenne-Égypte. Akhetaton (horizon d’Aton) est le nom de cette ville, destinée à la fonction de capitale. En changeant de capitale, il change son nom pour être plus connu sous le nom d’Akhenaton, probablement par provocation aux règles religieuses précédentes ; il centralise le culte solaire au palais royal avec le temple du palais d’Aton et un temple funéraire, et sa tombe est volontairement édifiée loin de celles des fonctionnaires de la cour dans le désert oriental. Souvent, on représente Akhenaton par des statues relativement laides au niveau de l’expression, ceci étant dû à la modification des canons artistiques, et non forcément à la réalité physique.
En architecture comme en sculpture on note de profondes modifications, notamment au niveau de la coupe des blocs de pierres (probablement des nouveaux modules utilisés pour tailler la pierre). Des expressions populaires font leurs apparitions dans des documents officiels, on parle alors de néo-égyptien. Des représentations du pharaon et de sa famille remplacent aussi les représentations des dieux locaux dans tout le pays.
Ce radicalisme s’adoucit vers l’an XII de son règne, car Akhenaton doit faire face de nouveau aux Hittites qui tentent d’exercer de l’influence sur Qadesh. Cette menace n’est pas prise à la légère par les Égyptiens comme le prouvent les différentes correspondances en écriture cunéiforme retrouvées à ce propos, et les différentes mises en garde données à l’Égypte par le roi de Byblos contre le souverain de Qadesh. Pour pallier ce problème, le pharaon envoie d’abord des troupes nubiennes en Palestine pour assurer la sécurité de l’administration égyptienne, mais il finit par régler la situation par un mariage diplomatique en épousant une fille du roi kassite de Babylone. On suppose que Kiya, reine représentée sur les monuments de l’époque, serait une fille du roi du Mitanni. Lors de sa mort et de celle de Néfertiti, on suppose que c’est Mérytaton, la fille d’Akhenaton, qui aurait pris la place de grande épouse royale.
Akhenaton meurt sans successeur direct ; on abroge rapidement ses réformes et Amon retrouve sa place à Karnak. Le gouvernement revient à Memphis, quittant Akhetaton, et la tombe du successeur d’Akhenaton est construite comme à l’habitude à Thèbes.
La veuve d’Ânkhkhéperourê (ou Semenkhkarê), demande après la mort de son mari - ce qui met fin à son règne bref – au roi hittite un prince destiné à devenir son époux. Après de multiples vérifications pour s’assurer de l’authenticité de la demande, le roi fait envoyer un prince qui est assassiné à la frontière égyptienne, donnant aux Hittites une raison valable de marcher sur la Syrie du Nord.
C’est sous l’influence d’Aÿ que Ânkhésenpaaton, une des filles d’Akhénaton et de Néfertiti, épouse le jeune Toutânkhaton. Le couple abandonne le culte d’Aton, revient à celui du dieu Amon et change leurs noms en Ânkhésenamon et Toutânkhamon. Le règne du jeune roi est bref, mais il reste pourtant un des personnages les plus connus de l’Égypte ancienne, car sa tombe est restée inviolé ou presque ’découverte par Carter et lord Carnavon en 1922.
À sa mort, c’est le vieux Aÿ qui monte sur le trône, mais il meurt très peu de temps après.
Aÿ est le douzième et avant-dernier pharaon de la XVIIIe dynastie (Nouvel Empire), aux alentours de -1327 à -1323. Nombreuses incertitudes sur les événements de cette époque et des circonstances de son accession au trône. Peut-être apparenté à la famille de Tiyi Ire, l’épouse d’Amenhotep III originaire d’Akhmîm, il connaît une carrière ascendante sous le règne de 2 de ses prédécesseurs, est contemporain de la réforme amarnienne, autant que du retour à l’orthodoxie thébaine, avant de monter sur le trône à un âge avancé, grâce à son mariage avec la reine Ânkhésenamon, la veuve de Toutânkhamon. Il ne profitera du pouvoir royal que quatre années, avant que ne lui succède finalement le général Horemheb, considéré comme le roi ayant mis un terme définitif à l’époque amarnienne.
Les origines du « Père Divin » Aÿ sont incertaines. Il pourrait être le fils de Youya (Prophète de Min) et Touya (ou Tyouyou), et donc le frère de Tiyi Ire, l’épouse d’Amenhotep III, appartenant déjà, dans ce cas, à une famille très influente originaire d’Akhmîm.
Il épouse Tiyi II (ou Ti), et a au moins un fils, Nakhtmin qui, sous Toutânkhamon, a le titre de général.
Son épouse, Tiyi II, est citée comme nourrice de Néfertiti, la grande épouse royale d’Akhénaton, et Moutnedjemet, la future épouse d’Horemheb, comme Sœur de la grande épouse royale. Aussi certains spécialistes pensent-ils qu’Aÿ fut le père des deux femmes, bien qu’il n’y ait aucune certitude. Aÿ est déjà un haut fonctionnaire sous le règne d’Akhénaton, où il est mentionné d’abord comme Supérieur de la charrerie.
Il cumule rapidement titres, honneurs et fonctions, parmi lesquels Scribe royal, Intendant de tous les chevaux du roi, chef des Amis du roi, Père Divin et Flabellifère à la droite du roi. Ces deux derniers titres, illustrant de très hautes fonctions, montrent qu’il faisait partie de l’entourage proche du roi réformateur à Akhetaton. Il fut d’ailleurs certainement un des principaux fidèles de la nouvelle doctrine royale. Sa tombe à Tell el-Amarna nous offre la seule version du grand hymne à Aton, dont la composition est souvent attribué au roi Akhénaton lui-même.
Après la mort du « pharaon hérétique » et la succession trouble qui suit, Aÿ reste un proche du nouveau roi et accompagne vraisemblablement Toutânkhamon lors de son retour à Thèbes. Il conserve le rang de « Père Divin », peut-être en tant que tuteur du jeune roi. Il met en œuvre la politique de réconciliation du pouvoir royal avec le clergé thébain d’Amon (s’il n’en est pas lui-même l’initiateur, le roi adolescent n’ayant alors que peu d’expérience). Le général Horemheb, autre grand personnage éminent du règne de Toutânkhamon, tient également un rôle de régent, de bras droit du roi, et d’héritier potentie.
Pourtant, dans la tombe de Toutânkhamon, c’est Aÿ qui est représenté conduisant les funérailles, à la place habituellement occupée par le fils et successeur du roi défunt. Ainsi à la mort du jeune roi, prend-il le pouvoir, à un âge déjà avancé, et épouse peut-être la veuve de Toutânkhamon, Ânkhésenamon, troisième fille d’Akhénaton, afin de légitimer son accession au trône.
On peut s’étonner que le Père Divin Aÿ, fidèle d’Aton et courtisan apprécié d’Akhénaton, ait pu se maintenir au plus près du pouvoir royal après le retour à Thèbes, et se soit même finalement assis sur le trône sans être porteur du sang royal (les hypothèses de sa parenté avec Néfertiti, ou de son remariage avec Ankhésenamon, en donneraient les raisons). Ces interrogations ont incité plusieurs spécialistes à voir en lui un intrigant consommé et un opportuniste politique, et on lui attribue parfois le trépas du roi Toutânkhamon, mort avant 20 ans.

trône de Toutânkhamon

pharaon avec harpon

antichambre

anubis

tombeau de la femme de toutanhkamon gardiens

autel des vases canopes

autel canope autel canope

autel canope récipient en albâtre canopes

4 vases caopes dans le récpient en albâtre bouchon de vase canope

autel canopes

vase à parfums

momie + masque funéraire + sarcophage sarcophage en or

sarcophage en or sarcophage externe dans la tombe

sarcophage externe sarcophage externe pied

Sarcophages interne et externe petit autel

petit autel petit autel

détail de lit à tête de lion

couronne de la momie

antichambre

porte de gauche du petit autel chambre du trésor

portes de l’autel

Le haut commandant Horemheb, chef de l’armée à Memphis, prend le pouvoir après le règne controversé d’Aÿ, et se fait confirmer cette prise de pouvoir par un oracle d’Amon à Thèbes.
Ramsès, son suppléant militaire est désigné comme son successeur, et de son règne commence la seconde moitié du Nouvel Empire, nommée époque ramesside (XIXe et XXe dynasties).
Horemheb, puis Ramsès Ier et son fils Séthi Ier effectuent de multiples réformes à l’intérieur du pays. Séthi réhabilite le nom d’Amon et les anciens sanctuaires et fait déclarer Akhenaton roi hérétique. À l’extérieur il entreprend la consolidation des frontières réduisant les foyers de rebellions en Nubie et aux frontières orientales. Il parvient à reprendre les territoires perdus et rétablit la zone d’influence de l’Égypte jusqu’aux rives de l’Euphrate.
Stratégiquement, la capitale est déplacée à Pi-Ramsès, dans le delta du Nil oriental, proche de l’ancienne capitale Hyksôs, permettant par ses points d’eaux et ses forteresses un point de départ sûr vers la Palestine. La ville a une taille imposante et des activités éclectiques comme des palais, des installations militaires, divers temples destinés aux grands dieux de l’empire, des écuries et des manufactures d’armes. Ces dernières fabriquaient des boucliers hittites pour des troupes auxiliaires grâce au cuivre tiré des mines de Timna dans le Néguev. Pi-Ramsès est aussi un point militaire stratégique, permettant une action rapide des troupes égyptiennes en cas de révoltes en Palestine ou en Syrie par exemple. Il y avait là de nombreuses tribus nomades, comme les Shasous ou les Apirous (que l’on a rapproché de l’actuel nom Hébreux), qui gênaient le commerce par leurs guerres incessantes. Pour finir, une intervention militaire dans le pays d’Amourou (dont le centre est Qadesh) était devenue inévitable depuis qu’ils étaient passés ouvertement du côté hittite.
Ramsès Ier, né vers 1351 avant notre ère et décédé v. 1294 avant notre ère, fondateur de la XIXe dynastie de l’Égypte antique ; il règne brièvement de -1295 à -1294
Il apparaît comme Surintendant des écuries royales. Conducteur de char et chef des archers, puis envoyé royal auprès des pays étrangers, puis commandant de la forteresse de Tjarou et Surintendant des Bouches du Nil (gouverneur militaire du delta). Ami d’Horemheb, dernier pharaon de la XVIIIe dynastie, qui en fait son vizir et Député de tout le pays, consistant à surveiller les travaux entrepris dans le pays. Il fait démonter les temples d’Aton érigés à Karnak et réutilise leur pierres à la construction du IXe pylône du temple d’Amon. Il place au pied de celui-ci deux statues le représentant.
Horemheb n’ayant pas de fils, vers la fin de son règne, il nomme Ramsès comme corégent, et implicitement comme héritier. Il avait des fils, dont Séthi, de sa femme Satrê.
Ramsès Ier étant âgé lors de son couronnement (vers -1295), son fils Séthi devient corégent de son père. Séthi dirige des campagnes militaires, notamment en Syrie tandis que Ramsès se préoccupe plutôt des affaires du pays. Il continue l’édification de la salle hypostyle du temple de Karnak commencé sous Amenhotep III par l’allée centrale, en édifiant le nord de la salle. Il a près d’Avaris un établissement qui sera par la suite agrandi par son fils et son petit-fils en une véritable capitale, Pi-ramsès
Séthi 1er pharaon de la XIXe dynastie, qui règne de -1294 à -1279. Fils de Ramsès 1er,père de Ramsès II. Il épouse Mouttouya, fille de Raia, un officier supérieur de l’armée, lieutenant général de la charrerie. Elle nous est bien connue par sa statue monumentale au musée du Vatican. Séthi 1er commence sa carrière sous Horemheb. Il est : prince régent, vizir et maire de Thèbes, scribe royal, officier de la charrerie, gouverneur de la forteresse de Tjarou. Il est enterré dans la vallée des rois dans la tombe KV17 qui reste la plus grande et la mieux préservée des tombes royales de la vallée. Sa momie fut retrouvée dans la tombe de la cachette (DB 320) en compagnie de celle de son fils et de nombreux autres pharaons. Il doit combattre sur les frontières Est de l’Empire contre la menace sérieuse des Hittites. À son avènement, révolte des pays vassaux de l’Égypte, qui jouent la carte du Hatti, qui oblige Séthi à organiser une tournée militaire jusqu’en Amourrou, avec une victoire totale de Pharaon. Ces combats sont relatés sur le mur sud de la salle hypostyle de Karnak qu’il fait bâtir, dont la fameuse illustration du siège de la citadelle de Dapour. Ses conquêtes sont rapidement remises en cause par les Hittites, qui usent de leur influence et de leur or afin que les roitelets locaux passent de leur côté. Ainsi le prince de Qadesh, la rebelle, à peine Séthi de retour en Égypte, pousse à la révolte ses voisins et cherche alliance avec le Grand du Hatti, Mouwatalli. C’est cette situation que retrouvera à son tour son fils et successeur Ramsès II. Séthi se distingue aussi par ses constructions à Abydos où il édifie un temple cénotaphe, comprenant l’Osiréion, et à Gournah où il fait construire son temple funéraire. Des morceaux de reliefs de ce temple que des voleurs avaient dérobés sont restitués par l’université allemande de Tübingen
C’est ce que fait Ramsès II, fils et successeur de Séthi Ier, en engageant une importante guerre contre les Hittites. Lors de la bataille de Qadesh, les troupes égyptiennes sont attirées dans un piège. L’armée égyptienne a la chance de pouvoir s’enfuir lors d’une embuscade. L’armée hittite était en effet dispersée par des pillages. L’Égypte perd alors le pays d’Amourou, et bien que la bataille de Qadesh ne soit remportée par personne, les murs des temples égyptiens sont couverts des inscriptions attribuant la victoire aux Égyptiens. Cette bataille marque cependant un tournant dans l’histoire des relations entre l’Égypte et le Proche-Orient : le roi hittite, ayant des problèmes de politique interne, de famines et d’épidémies, convient avec le pharaon qu’une victoire totale n’était pas possible et signe un accord de paix. Ce premier traité de paix entre deux États dont on ait une trace tangible sera alors scellé plus tard par le mariage de Ramsès II avec une princesse hittite(Maâthornéferourê ). Non seulement le traité dont on a retrouvé des versions dans les deux camps, définissait une alliance formelle entre les deux royaumes, mais il fixait également les frontières et prévoyait l’extradition des traîtres et condamnés par la justice des deux pays.
Ramsès meurt à 90 ans, après un long règne. Hormis ses victoires militaires et diplomatiques, il fait construire ou reconstruire de nombreux sanctuaires, portant son nom, dans tous les principaux centres d’habitation du pays. Grâce à l’or obtenu par l’exploitation intensive des mines nubiennes il assure un revenu permanent aux caisses de l’État égyptien. Les relations commerciales florissantes depuis que la paix régnait entre les deux grandes puissances de la région favorisent une nouvelle ère prospère.
Parmi sa centaine d‘enfants, Khâemouaset, un de ses fils, a la tâche de rétablir les anciens cultes dont ceux des ancêtres royaux et certaines de ses filles occupent la fonction de Grande Épouse royale. Cependant malgré cet apogée apparent, l’édification des temples, les victoires successives cachent une entrée dans une crise économique profonde pour l’Égypte.
À l’ouest du pays, les Libyens s’allient aux « Peuples de la mer » et sous le règne de Mérenptah, qui succède à Ramsès II, attaquent le delta... En vain, car Mérenptah parvient à les repousser à l’issue d’une victoire totale par terre et par mer. Il doit faire face à une révolte en Nubie, matée rapidement, ces invasions font suite à des bouleversements qui modifient durablement l’équilibre des forces du monde antique. Déjà le Mitanni était tombé sous les coups de la puissance militaire de l’Assyrie, nouvelle puissance de la région qui menaçait les intérêts égypto-hittites. L’empire Hittite allié de l’Égypte depuis le traité de paix conclu sous le règne de Ramsès II, présente des signes de faiblesse, annonçant sa disparition complète de la scène internationale dans quelques générations. Victime d’une terrible famine, Mérenptah en vertu des clauses de ce traité qu’il respecte, lui adresse un soutien alimentaire sous la forme de cargaisons de blé, fait qu’il relate dans les inscriptions proclamant les hauts-faits de son règne. C’est alors qu’interviennent les invasions doriennes, qui par vagues successives provoquent par leur violence un exode de masse de toutes les populations des territoires que ces peuples venus d’Illyrie ravagent. Ce sont ces peuples exilés et en quête de nouvelles terres, appelés par les Égyptiens peuples de la mer, qui par voie de terre et de mer vont s’abattre sur le Moyen-Orient. Ces bouleversements s’étalent sur plusieurs décennies, et les troubles ont peu à peu déstabilisé la région et le commerce qui reliait les grands empires de l’époque que représentaient l’empire de Babylone, l’empire Hittite et celui de l’Égypte qui conserve encore le contrôle du couloir syro-palestinien. Une partie de ces migrations se fixe en Libye et fonde alors sur l’Égypte. Emmenés par un chef du nom de Mériay qu’ils élisent roi selon les textes égyptiens, cette coalition de peuples hétéroclites quitte les régions côtières de la Marmarique et envahit le delta oriental du Nil, menaçant Héliopolis et surtout Memphis. Mérenptah rassemble ses troupes et les lance contre l’ennemi un mois après les débuts de l’invasion. Malgré cette réaction tardive, le combat tourne à l’avantage des Égyptiens (9000 morts et autant de prisonniers chez les envahisseurs. Meriay s’enfuit laissant derrière lui ses femmes, ses enfants et son camp aux mains des troupes égyptiennes. Victorieux, Mérenptah parvient à arrêter un temps la menace et repousse ainsi de quelques dizaines d’années une invasion plus massive qui devait se produire sous le règne de Ramsès III. Mérenptah tire tout le bénéfice de l’héritage de son père tant au niveau militaire que politique. La défaite des coalisés est écrasante, la Nubie est sous contrôle et l’alliance avec les Hittites renforcée, permettant aux 2 empires de conserver leur emprise sur la région. La paix ramenée aux frontières du pays, Mérenptah reprend le cours d’un règne plus tranquille et s’attache à restaurer l’ordre et à réparer les dégâts causés par cette guerre qui a laissé de profondes cicatrices dans la société et l’économie de l’Égypte.
Sethnakht premier pharaon de la XXe dynastie. Il est peut-être le fils d’une des nombreuses épouses de Ramsès II ( mort depuis 25 ans). Déjà âgé lorsqu’il monte sur le trône d’Égypte. Sa durée de règne est incertaine de2 à 3 ans. Il a une épouse attestée, Tiyi-Merinaset Tiyi aimée d’Isis qui lui donne un fils Ramsès III qui lui succède. Du fait de son court règne, la tombe de Sethnakht ne fut pas terminée à temps. Son fils décida de réutiliser et agrandir la tombe KV14 que Taousert s’était fait aménager dans la vallée des rois.
Ramsès III : dernier grand souverain du Nouvel Empire. Pendant son règne, qui dure un peu plus de trente ans de -1186 à -1154, le souverain ne cesse pas de lutter contre la corruption qui gangrène le pays ; il doit également repousser les peuples de la mer, des envahisseurs coalisés. L’Égypte fut souvent menacée au cours de la période du règne de Ramsès III par des forces extérieures. En l’an V de son règne, dans l’ouest du delta, il vainc des tribus libyennes dont il intègre une partie des troupes dans son armée. Il les affronte et les vainc une nouvelle fois, six ans plus tard, en l’an XI de son règne. Les vaincus, marqués au fer rouge sont emmenés, avec femmes et enfants, et sont à l’origine des communautés libyennes installées dans le pays. En l’an VIII, le pharaon arrête les vagues dévastatrices des peuples de la mer auxquelles se sont joints des Philistins. Leur flotte est anéantie dans une bataille navale relatée sur les murs de son temple funéraire de Médinet Habou. Les conflits vont durer pendant presque onze ans, souvent remportés par Ramsès III. Le royaume hittite était tombé sous les coups des Peuples de la mer, dévastant sur leur passage les cités d’Asie Mineure et de Chypre, les villes du pays d’Alalakh, Ougarit et Karkemish. D’après les sources dont notamment les textes relatant les exploits du roi sur son grand temple de Médinet Habou, l’Égypte était assiégée de toutes parts : par des Shardanes (que l’on a rapproché des Sardes), des Lyciens, des Touresh, des Akhiyaouas (que l’on croit être les Achéens), des Péléset (rapprochés eux des Philistins), etc. Malgré une triple attaque par l’ouest, l’est et la mer, menée encore une fois par les Libyens, elle est repoussée par les Égyptiens lors d’une éclatante victoire qui met un terme définitif à la progression de cette première invasion barbare.
Grâce à cette victoire et son butin correspondant, Ramsès III entreprend la construction du temple des millions d’années de Médinet Habou qui est aussi une forteresse car imposantes murailles et portail d’accès en forme de migdol (porte fortifiée renforcée de 2 tours crénelées). Situé à proximité du Ramesséum, le temple funéraire est installé sur un site comportant déjà des temples et pylônes érigés durant la XVIIIe dynastie par Amenhotep Ier, Hatchepsout et Thoutmôsis III. Le temple n’est complètement terminé qu’après le décès du souverain. Il servit à la fois de lieu de culte pour Amon-Rê et pour le pharaon. Là sont enterrés les membres de la cosmogonie hermopolitaine, selon la légende, et ils reçurent un culte jusqu’à l’arrivée des Romains. À Karnak, il fait construire un temple consacré au dieu Khonsou et à la déesse Mout, ainsi qu’un temple-reposoir. D’autres constructions ont été faites durant son règne : dans le temple de Louxor, mais aussi à Pi-Ramsès, Héliopolis, Memphis, Athribis, Hermopolis, Assiout, Thinis, Abydos, ainsi qu’en Nubie et en Syrie, tel que le rapporte le papyrus Harris qui est une chronique du règne de Ramsès III
Les ennemis vaincus sont alors incorporés aux troupes de Pharaon et peuvent s’établir dans des régions du delta. Les Libyens s’intègrent rapidement et peu à peu au cours de la XXe dynastie franchissent les échelons de l’armée gardant notamment les frontières occidentales et orientales du pays. Plus tard il formeront des chefferies qui feront les fondations des futurs dynasties de la IIIe Période intermédiaire.
Cependant cette invasion avait profondément modifié l’environnement géopolitique du Moyen Orient renouvelant les forces en présence et brisant les anciennes alliances de royaumes disparus. Les échanges commerciaux et les tributs cessent peu à peu, et c’est à dater de ce moment que s’installent les Philistins à Gaza et à Ashdod, aux portes de l’Égypte.
Avec la perte des tributs et la demande constante de l’entretien de troupes de mercenaires (et peut-être aussi une baisse du rendement de l’or nubien) l’Égypte s’enfonce dans un déclin économique qui se traduit par une déstabilisation du système sur lequel se fondait l’économie de l’empire. La désorganisation de l’administration et probablement une corruption accrue des élites de la société, le tout associé à des famines occasionnées par des crues insuffisantes, entament durablement les réserves de l’État. Pour couronner le tout, la main-d’œuvre dans la Place de Vérité travaillant aux tombes royales se met en grève faute d’approvisionnement régulier. Le Papyrus de la Grève relate ce premier mouvement ouvrier connu de l’Histoire.
De grands procès sanctionnent des scandales qui éclaboussent Thèbes à la fin de la dynastie. Ils font état de véritables complots y compris contre la personne royale. Ramsès III, à la fin de son règne est victime d’une conspiration du harem qui atteint mortellement le roi et qui sera punie par son fils légitime et successeur Ramsès IV. La reine Tiyi, seconde épouse de Ramsès III, fomente une conspiration afin de mettre son fils Pentaour sur le trône, avec plusieurs femmes du harem, un échanson, un majordome, un général et un commandant des troupes de Koush. Soit 28 personnes connues par les pseudonymes que leur donne le papyrus judiciaire de Turin. Lorsque Ramsès III pénètre dans le harem (seul endroit où ses gardes ne peuvent entrer), une des conjurées l’égorge, comme l’a constaté en 2012 le scanner de la momie royale. À son terme, 17 conspirateurs sont exécutés. Leurs noms sont transformés pour les vouer à la déchéance éternelle. Sept, dont Pentaour, sont incités au suicide, probablement du fait de leur proximité avec la fonction royale. Cinq des juges sont mis en cause par les accusateurs, soit pour collusion, soit pour leur parenté avec les accusés. Si un seul est incité au suicide, trois ont le nez et les oreilles coupés, le dernier faisant l’objet d’une simple réprimande. On ne connaît pas le sort de la reine Tiyi et des proches de la famille royale. Il est possible que leur position dans la hiérarchie ainsi que leurs fonctions sacerdotales les aient mis à l’abri de la peine capitale.
Ayant réglé la succession de son père défunt et légitimé son accession en présidant aux cérémonies funéraires, Ramsès IV peut commencer son propre règne qui dura six années. Il fait plusieurs expéditions pour assurer l’approvisionnement en or, turquoises, cuivre nécessaire pour l’économie du règne et ses principaux chantiers. Avec le doublement des équipes du village des artisans de la tombe, Deir el-Médineh connaît alors sa plus forte croissance. Ce choix coûteux démontre la reprise en main de la situation de l’institution qui à peine une décennie plus tôt vivait une crise qui avait abouti au premier mouvement de grève documenté de l’Histoire

Les successeurs de Ramsès III ne peuvent qu’observer la chute de l’influence de l’Égypte qui, règne après règne, perd ses principales conquêtes et ne sont que les témoins de l’éclatement interne du pays.
Toujours à Thèbes, de véritables associations de malfaiteurs n’hésitent pas à piller les tombes de leurs ancêtres dénotant certes une transgression morale impensable aux dynasties précédentes mais traduisant surtout une réalité économique plus catastrophique que ne le laissent imaginer les grandes œuvres du règne qui se résument parfois à un hypogée royal commandé par des souverains de plus en plus isolés dans leur fonction régalienne et qui n’avaient plus vraiment les moyens de les achever.
Des tribus libyennes profitent du déclin égyptien pour s’infiltrer dans le pays développant l’insécurité des routes commerciales et pillant les temples thébains.
Devant l’anarchie grandissante et l’incapacité des administrateurs locaux à garantir l’intégrité du royaume, Ramsès XI fait appel au vice-roi de Nubie, Panéhésy pour rétablir l’ordre.
Celui-ci entame alors une guerre civile contre Amenhotep, le grand prêtre d’Amon à Thèbes qu’il destitue, fait emprisonner et déporter dans le désert occidental. C’était sans compter avec les ambitions du vizir et général Hérihor, probablement fils ou parent d’Amenhotep, qui reprend le dessus et repousse Panéhésy au-delà de la frontière traditionnelle au sud d’Assouan. Le prix de cette victoire est la perte définitive de l’emprise égyptienne sur la Nubie et le Soudan qui désormais formeront un royaume indépendant.
Un nouvel équilibre semble être recouvré et, plein d’espoir, la fête du Renouvellement des naissances de Ramsès XI, qui a pour but de définir une nouvelle orientation politique et d’instaurer une situation stable, n’a pas de réelles retombées et le pharaon doit assister à l’effondrement de son pouvoir sur Thèbes. En effet, c’est alors qu’Hérihor-Siamon qui avait succédé à Amenhotep dans la charge de grand prêtre d’Amon s’arroge les pouvoirs royaux sur la Thébaïde et instaure une dynastie parallèle fondée sur une théocratie définie par l’oracle d’Amon-Rê. Le clergé d’Amon, devenu une véritable dynastie, prend le pouvoir en Haute-Égypte. C’est la fin du Nouvel Empire.
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La troisième période intermédiaire (-1085 à -663) voit la prise du pouvoir par les prêtres d’Amon en Haute-Égypte. Le pouvoir passe à des dynasties d’origine libyenne puis originaire du sud (dynastie koushite ou éthiopienne).
Commence alors la Basse époque (-663 à -332) qui voit alterner des périodes de gouvernement traditionnel et d’autres où l’Égypte est sous la coupe de ses puissants voisins, notamment les Perses.

Considéré comme le plus puissant et le plus riche des royaumes hellénistiques, il établit une véritable thalassocratie en Méditerranée orientale pour atteindre son apogée sous le règne de Ptolémée III. Son principal adversaire est le royaume séleucide contre lequel il lutte durant les guerres de Syrie. Les Lagides interviennent régulièrement dans les affaires de la Grèce afin de faire face aux ambitions des Antigonides. À partir du iie siècle av. J.-C., le royaume est confronté à des mouvements de sédition qui entament l’autorité royale. La défaite de Cléopâtre VII et de Marc Antoine face à Octave à la bataille d’Actium en 31 av. J.-C. marque la fin de la dynastie ptolémaïque et de l’Égypte pharaonique, mais aussi (pour les historiens modernes) de l’époque hellénistique.
Le fonctionnement interne du royaume, ainsi que ses institutions politiques et économiques, sont les mieux connus de l’époque hellénistique grâce aux nombreuses trouvailles papyrologiques et archéologiques. La dynastie des Ptolémées se place dans la continuité d’Alexandre le Grand, roi de Macédoine, qui se fait proclamer pharaon en 331 av. J.-C. à l’issue de la conquête de l’Égypte aux dépens des Perses. Alexandre s’est par ailleurs rendu dans l’oasis de Siwa où il rencontre l’oracle d’Ammon-Zeus qui le confirme comme descendant du dieu Amon. Cette sentence, conforme aux traditions égyptiennes, est très largement exploitée par la propagande du Conquérant. Il ordonne par ailleurs la construction d’Alexandrie. Ptolémée, l’un des officiers de confiance d’Alexandre, est désigné satrape d’Égypte lors des accords de Babylone qui partagent l’« empire » en 323. Incarnant les « forces centrifuges » désireuses de s’affranchir du pouvoir central, Ptolémée s’oppose immédiatement au chiliarque Perdiccas. Il s’empare de la Cyrénaïque et noue relation avec des roitelets de Chypre. Surtout il fait exécuter Cléomène de Naucratis, l’administrateur grec de Basse-Égypte sous le prétexte d’un enrichissement personnel et prend possession de ses trésors. Enfin vers 322, il est censé avoir « détourné » le convoi funéraire qui doit conduire la dépouille sacrée d’Alexandre de Babylone vraisemblablement jusqu’en Macédoine.
Perdiccas réagit au début 321 en s’avançant avec l’« armée royale » vers l’Égypte. Mais la frontière orientale étant bien défendue, il échoue à faire traverser le Nil à son armée et périt assassiné par ses officiers. Par la suite, Ptolémée, en stratège prudent, prend part aux guerres des diadoques en luttant contre Antigone le Borgne et son fils Démétrios (le futur Poliorcète). Vers 305, Ptolémée se proclame roi (basileus) d’Égypte pour les Grecs et les Égyptiens, après la disparition de son suzerain théorique, Alexandre IV, et la proclamation royale des Antigonides. C’est son fils et successeur, Ptolémée II, qui le premier aurait reçu le titre de pharaon des prêtres égyptiens. Le couronnement pharaonique n’est explicitement attesté qu’à partir de Ptolémée V en 196 grâce à la pierre de Rosette. Pour autant il paraît probable que les Lagides aient reçu déjà avant lui les sacrements pharaoniques, comme le laisse supposer l’instauration du culte royal dans les temples égyptiens dès 260. Comme chez les premiers pharaons, la dynastie est marquée à partir de Ptolémée II par les mariages consanguins (notamment entre frère et sœur), bien qu’ils ne soient pas la règle. Des unions matrimoniales sont parfois conclues avec les Séleucides, comme celle de Bérénice, fille de Ptolémée II, avec Antiochos II, de Cléopâtre Ire Syra, fille d’Antiochos III, avec Ptolémée V, ou de Cléopâtre Théa, fille de Ptolémée VI et de sa sœur-épouse Cléopâtre II, avec trois rois séleucides successifs. Les crimes familiaux sont une sorte de règle successorale. Les rois et reines n’en portent pas moins des épithètes bienveillantes, parfois d’essence divine : « Sauveur », « Bienfaiteur », « Nouveau Dionysos » , etc. ; ou bien des hommages familiaux renvoient à d’autres parents : « Qui aime sa sœur », « Qui aime son père ». Selon la coutume ptolémaïque, une reine ne peut théoriquement régner seule ; elle est nominalement mariée à son frère cadet comme dans le cas de Cléopâtre VII au début de son règne.
Malgré les querelles intestines, la dynastie lagide contribue au rayonnement de l’Égypte durant l’époque hellénistique en initiant une synthèse entre la culture grecque et le monde égyptien traditionnel. En témoignent la naissance du culte syncrétique de Sérapis et le renouveau des divinités égyptiennes.
Les sources contemporaines décrivent un certain nombre de membres de la dynastie lagide comme étant obèses, tandis que les sculptures et les monnaies révèlent des yeux proéminents et des cous gonflés. Compte tenu de la nature familiale de ces pathologies, les membres de la dynastie auraient probablement souffert d’une affection fibrotique multiorganique telle que la maladie de Erdheim-Chester ou une fibrosclérose multifocale familiale où la thyroïdite, l’obésité et l’exophtalmie se déclarent simultanément. Ptolémée Ier et ses successeurs immédiats reprennent à leur compte la politique des pharaons égyptiens qui consiste en former un « glacis protecteur » autour de la vallée du Nil : ils établissent leur domination sur le littoral d’Asie Mineure (Ionie, Carie, Lycie, Pamphylie, etc.), sur la Cyrénaïque, sur la Syrie-Phénicie (future Cœlé-Syrie) et enfin sur Chypre.
Dans la première partie du règne de Ptolémée 1er les Antigonides sont le principal adversaire dans le contexte des guerres des diadoques. En 312 av. J.-C., il remporte la bataille de Gaza contre Démétrios ; mais cette victoire ne suffit pas pour occuper la Syrie. Il faut attendre la bataille d’Ipsos (301), à laquelle Ptolémée n’a pas participé, pour que la Syrie devienne lagide. Chypre, base de la puissance navale des Ptolémées, est l’objet d’une lutte intense avec les Antigonides, ces derniers parvenant à la mettre sous tutelle entre 306 et 294.
La dynastie lutte ensuite contre les Séleucides au travers les six guerres de Syrie (274 à 168) pour la domination de la Syrie-Phénicie (ou Cœlé-Syrie). L’empire lagide connait son apogée sous Ptolémée III, vainqueur des Séleucides à l’issue de la troisième guerre de Syrie (246 à 241). En 217, durant une quatrième guerre, le jeune Ptolémée IV défait Antiochos III à la bataille de Raphia ; mais en 195, Antiochos III parvient à prendre possession de la Cœlé-Syrie. Enfin, Antiochos IV remporte la sixième guerre de Syrie (170-168) ; il s’empare de Péluse et de Chypre et assiège même Alexandrie ; mais son expansion est arrêtée nette à la suite de l’ultimatum des Romains.
À la fin du iiie siècle av. J.-C., le royaume connait de graves troubles intérieursN 3, conséquence notamment d’une hausse de la fiscalité servant à financer l’armée. De plus, le pouvoir royal commence à s’« égyptianiser » : pour la première fois, un souverain de la dynastie lagide reçoit les honneurs égyptiens complets, ce qui devient la norme et est transmis aux autres pharaons. Une stèle commémorant la victoire de Raphia donne en effet à Ptolémée IV la titulature pharaonique complète (et traduite en grec).
Les Lagides s’engagent, dans une moindre mesure, contre les Antigonides de Macédoine afin de limiter leur influence en Grèce et surtout de réduire leur force navale qui se développe avec Antigone II Gonatas. Ptolémée II apporte, en vain, un soutien militaire à Athènes et Sparte durant la guerre chrémonidéenne (268-262). Cet échec pousse désormais les Lagides à privilégier la voie diplomatique : ils apportent une aide financière aux adversaires des Macédoniens, comme la Ligue achéenne, la Ligue étolienne ou Sparte sous le règne de Cléomène III. Les rapports avec Athènes sont étroits, la cité se voyant garantir sa neutralité entre 229 et 200. Les Ptolémées reçoivent ainsi de grands honneurs avec l’instauration d’un culte royal, de la tribu de Ptolémaïs et du dème de Bérénicidai.
Les premiers souverains lagides manifestent l’ambition d’établir une thalassocratie en Méditerranée orientale et en Mer Rouge grâce à une flotte puissante, leurs navires étant alors les plus gros jamais construits. La possession de bases navales en Syrie-Phénicie (future Cœlé-Syrie) et à Chypre leur assurent la maîtrise des mers. L’Égypte étant dépourvue de bois, il est aussi indispensable pour eux de contrôler la Syrie-Phénicie, riches en ressources forestières. Grâce à leurs protectorats sur le littoral méridional d’Asie Mineure et dans les Cyclades, dont la Ligue des Nésiotes (ou confédération des Insulaires) sous leur tutelle jusque vers 250, ils peuvent contrôler les voies maritimes vers la mer Égée et protéger leurs exportations de blé vers la Grèce. Les principales bases navales égéennes sont Itanos en Crète, Théra dans les Cyclades, Méthana dans le Péloponnèse, Maronée et Ainos en Thrace. Les trois premières sont réunies au sein d’une même région militaire ; les bases de Thrace doivent permettre le contrôle des détroits hellespontiques, voire de se rapprocher de l’aire d’influence des Antigonides.
L’occupation des Cyclades s’effectue au début du IIIe siècle av. J.-C. aux dépens de Démétrios Ier Poliorcète lui-même, plus qu’elle ne semble dirigée contre le royaume de Macédoine dont les Lagides auraient cherché à réduire l’influence. Certes, les Cyclades servent de bases pour des interventions en Grèce, comme celle qui vise à libérer Athènes du Poliorcète en 286. Mais il convient de noter que les Lagides n’ont jamais véritablement usé de toutes leurs forces pour lutter contre les Macédoniens, que ce soit durant la guerre chrémonidéenne contre Antigone II Gonatas qui voit la défaite des Lagides à Cos contre la flotte antigonide, ou plus encore durant la guerre cléomènique qui voit l’abandon de Sparte par les Lagides en 223. La réduction de la menace maritime macédonienne reste la priorité des Lagides, davantage que la lutte contre les Antigonides en Grèce continentale. Ptolémée II intervient dans la guerre chrémonidienne (née d’une coalition entre Athènes et Sparte) dès lors qu’Antigone II constitue une flotte assez importante pour mettre en danger la suprématie maritime de l’Égypte. Le dessein des premiers Lagides semble bien avoir été d’empêcher la formation d’un « empire » entre l’Europe et l’Asie. La disparition rapprochée de Démétrios Ier, Lysimaque et Séleucos Ier fait disparaître pour un temps cette menace. Après Ptolémée II, la politique extérieure se tourne vers l’Orient séleucide, marquant une baisse d’intérêt pour les affaires d’Europe, comme le prouve la perte des possessions égéennes, dont Délos, après la guerre chrémonidienne.
Le contrôle des bases navales de Syrie-Phénicie (dont Tripoli, Bérytos, Tyr et Sidon) est l’un des motifs des luttes incessantes contre les Séleucides durant les six guerres de Syrie. Sous Ptolémée III, les Lagides contrôlent même Séleucie de Piérie, le port d’Antioche. À la même époque, ils prennent pieds en Thrace où sont installées des garnisons à Maronée et Ainos. Ils s’allient aussi avec Byzance contre Antiochos III, ce qui leur offre la possibilité d’opérer en mer Noire et d’entrer en relation avec le royaume du Bosphore. Avec la perte de la Cœlé-Syrie au début du iie siècle av. J.-C., Chypre devient la principale base navale lagide en Méditerranée orientale.
Le royaume lagide connait un affaiblissement intérieur à partir du règne de Ptolémée IV (221-204 av. J.-C.), avec pour principales crises : la sédition de la Haute-Égypte (ou Thébaïde) jusque 186 sous les règnes d’Hérouennéfer et d’Ânkhmakis (ou Ânkhouennéfer). Les tensions sociales liées à une hausse de la fiscalité ; la crise monétaire du fait d’un ralentissement des échanges commerciaux ; les usurpations et querelles successorales à partir de Ptolémée V, les rois légitimes étant mineurs ; les conflits dynastiques entre Ptolémée VI et son frère Ptolémée VIII et leurs épouses respectives, Cléopâtre II et Cléopâtre III ; le legs de la Cyrénaïque aux Romains par Ptolémée VIII, la région devenant province romaine en 74.
Par ailleurs, l’empire lagide est confronté à de nombreuses difficultés du fait d’une impossibilité à faire face aux ambitions des autres puissances :
Ptolémée V est vaincu par Antiochos III à l’issue de la cinquième guerre de Syrie (202-195), entrainant la perte de la Cœlé-Syrie et des possessions du littoral d’Asie Mineure ;
Sous Ptolémée V, Philippe V de Macédoine prend possession de la Thrace, les protectorats de la mer Égée étant également perdus ;
Sous Ptolémée VI et son co-régent Ptolémée VIII, le royaume manque d’être occupé par Antiochos IV à l’issue de la sixième guerre de Syrie ; mais les Lagides sont sauvés par l’intervention des Romains qui lancent un ultimatum au souverain séleucide ;
À la fin du règne de Ptolémée VI vers 145, Théra et Itanos (en Crète) sont perdus ;
Sous Ptolémée XII, en 59, Chypre devient province romaine. Ptolémée X lègue le royaume aux Romains à sa mort en 88 ; mais le Sénat refuse ce legs de peur de voir l’État romain déstabilisé dans le contexte de la guerre civile entre Marius et Sylla. Devenu un protectorat romain, le royaume lagide évite l’annexion sous Ptolémée XII quand ce dernier corrompt des hommes politiques romains, dont Jules César, laissant les Romains s’emparer de Chypre. Victime d’une révolte des Alexandrins, il se réfugie à Rome puis est rétabli au pouvoir en 55.
Cléopâtre VII, qui règne de 51 à 30, tente de redresser le royaume en profitant de la guerre civile entre Jules César et Pompée. Elle accède au trône grâce à César aux dépens de son frère-époux Ptolémée XIII ; à son départ César lui laisse trois légions et un fils, Ptolémée XV, dit Césarion. À la suite du partage des possessions romaines, Marc Antoine s’installe en Égypte et s’unit à Cléopâtre ; de cette union naissent trois enfants, bientôt dotés de territoires en Cyrénaïque, en Arménie et Asie Mineure, prélude à une nouvelle forme de domination romaine en Orient. Cette politique entraîne la réaction d’Octave qui est victorieux à la bataille d’Actium au large de la Grèce en 31. Octave entre à Alexandrie en août 30 et prend possession du royaume après le suicide de Cléopâtre et Marc Antoine.
La dynastie lagide (en grec ancien Λαγίδαι / Lagidai) ou ptolémaïque est une dynastie hellénistique issue du général macédonien Ptolémée, fils de Lagos (d’où l’appellation « lagide »), qui règne sur l’Égypte de 323 à 30 av. J.-C. Les souverains lagides portent le titre de basileus (roi) et de pharaon. Si on considère que la dernière dynastie numérotée de l’Égypte ancienne est la dynastie perse achéménide, soit la XXXIe dynastie, vaincue par Alexandre le Grand qui, couronné roi d’Égypte, serait alors l’unique représentant d’une XXXIIe dynastie, la dynastie des Lagides peut être considérée comme la XXXIIIe dynastie égyptienne.
La défaite de Cléopâtre VII et de Marc Antoine face à Octave à la bataille d’Actium en 31 av. J.-C. marque la fin de la dynastie ptolémaïque et de l’Égypte pharaonique, mais aussi pour les historiens modernes de l’époque hellénistique.
La dynastie est typiquement grecque et se réclame comme telle : aucun Ptolémée ne parle l’égyptien, sauf Cléopâtre VII
323-283 : Ptolémée Ier Sôter (le « Sauveur »), satrape puis roi d’Égypte après 305.
283-246 : Ptolémée II Philadelphe (« Qui aime son frère/sa sœur »), pharaon d’Égypte. Fils du précédent.
246-222 : Ptolémée III Évergète Ier (le « Bienfaiteur »), pharaon d’Égypte. Fils du précédent.
222-204 : Ptolémée IV Philopator (« Qui aime son père »), pharaon d’Égypte. Fils du précédent.
204-181 : Ptolémée V Épiphane Eucharistos (« l’Illustre »), pharaon d’Égypte. Fils du précédent. C’est l’un de ses décrets qui est écrit sur la pierre de Rosette, permettant le déchiffrement des hiéroglyphes au XIXe siècle.
181-145 : Ptolémée VI Philométor (« Qui aime sa mère »), pharaon d’Égypte. Fils du précédent.
À partir de Ptolémée VI la nomenclature des divers souverains varie selon que l’on comptabilise ou non Ptolémée VII et Ptolémée Apion ; de plus, autrefois, on donnait souvent le numéro VIII à Ptolémée VII, fils de Ptolémée VI, et le numéro VII à Ptolémée VIII, oncle et assassin du précédent.
145-144 : Ptolémée VII Eupator, (« Né d’un père illustre ») ou Néos Philopator (« [Fils] aimant de son père »). Fils du précédent. Sa mère Cléopâtre II assure la régence.
144-116 : Ptolémée VIII Évergète II Tryphon (le « Magnifique »), pharaon d’Égypte (usurpateur). Oncle du précédent, fils de Ptolémée V.
116-107 : Ptolémée IX Sôter II, pharaon d’Égypte (1er règne). Fils du précédent. Sa mère Cléopâtre III assure la co-régence.
107-88 : Ptolémée X Alexandre Ier Philométor, pharaon d’Égypte. Frère du précédent, fils de Ptolémée VIII.
88-80 : Ptolémée IX Sôter II, pharaon d’Égypte (restauration, 2e règne). Frère du précédent.
en 80 : Ptolémée XI Alexandre II, pharaon d’Égypte. Neveu du précédent, fils de Ptolémée X.
80-58 : Ptolémée XII Aulète (« Le joueur d’aulos ») ou Néos Dionysos (« Nouveau Dionysos »), pharaon d’Égypte (1er règne). Cousin du précédent, fils de Ptolémée IX.
58-55 : Bérénice IV, reine d’Égypte. Fille du précédent.
55-51 : Ptolémée XII Aulète Néos Dionysos, pharaon d’Égypte (restauration, 2e règne). Père de la précédente.
51-30 : Cléopâtre VII Théa Philopator, reine d’Égypte. Fille du précédent. Règne conjointement avec ses frères et époux Ptolémée XIII et Ptolémée XIV, puis avec le général romain Marc Antoine et son fils Ptolémée Césarion.
49-47 : Arsinoé IV, « l’usurpatrice ». Fille du précédent.
51-47 : Ptolémée XIII Dionysos ou Philopator, pharaon d’Égypte. Frère de la précédente. Règne conjointement avec sa sœur et épouse Cléopâtre VII, puis, de 49 à 47 avec son autre sœur, Arsinoé.
47-44 : Ptolémée XIV Philopator II, pharaon d’Égypte. Frère cadet de Ptolémée XIII, de Cléopâtre et d’Arsinoé . Règne conjointement avec sa sœur et épouse Cléopâtre VII.
44-30 : Ptolémée XV Philopator Philometor Caesar, dit Césarion, pharaon d’Égypte. Neveu des précédents, fils supposé de Jules César et de Cléopâtre VII. Règne conjointement avec sa mère.
L’Égypte devient une province romaine au sein de l’Empire romain (27 av. J.-C. à 395 après J.-C.), dont elle est le principal grenier à blé. Cette province est placée sous la domination de l’empereur qui se fait reconnaître comme roi. Il est représenté par un Préfet d’Égypte qui siège à Alexandrie.
Période romaine de l’Égypte. L’Égypte passe sous domination romaine en -30. Elle conserve un statut particulier durant tout l’Empire romain. Le pays reste un des principaux greniers à blé pour Rome, ainsi que la source de matériaux utilisés à Rome, tels que le granite, extrait du Mons Claudianus, et le porphyre, extrait du Mons Porphyrites, qui transitaient via Coptos. La religion égyptienne continue de rayonner dans l’ensemble du bassin méditerranéen. Le pays bénéficie de la Pax Romana pendant plusieurs dizaines d’années.Après la mort de Cléopâtre VII, l’Égypte devient une province de l’Empire romain, gouvernée par un préfet choisi par l’empereur, et non par un gouverneur de l’ordre sénatorial1. L’héritage des Ptolémées n’est cependant pas totalement effacé : le grec reste une langue courante dans l’administration, et il n’y a pas de colonisation massive de l’Égypte par les Romains, qui respectent et même adoptent le panthéon et le culte égyptiens, même si le culte de l’empereur et de Rome est progressivement introduit.
Après la destruction du temple de Jérusalem par les Romains en 70, Alexandrie devient l’un des grands centres d’immigration et d’études juives. Sous Trajan, une révolte des Juifs d’Alexandrie entraîne la suppression de leurs privilèges.

Hadrien visite plusieurs fois l’Égypte et, en mémoire de son jeune amant Antinoüs qui s’était noyé dans le Nil, fonde la ville d’Antinoupolis qu’il relie au port de Bérénice sur la Mer Rouge.
Sous Marc Aurèle, une importante révolte éclate, attribuée aux boukoloi, les bouviers du delta du Nil. Cette révolte trouve sans doute ses causes en partie dans les difficultés que connaît la province. Les crues du Nil ont été faibles, l’épidémie dite de la « peste antonine » touche la province et l’on assiste à la fuite de nombreux paysans face aux exigences fiscales. La révolte éclate vers 169, et semble culminer en 172, elle est suivie de plusieurs répressions de la part des Romains, mais aussi d’une remise d’impôt. On a pu voir dans cette période la fin de la prospérité égyptienne. En 175, Avidius Cassius, qui a dirigé les forces romaines durant la révolte, se déclare lui-même empereur et est reconnu par les armées de Syrie et d’Égypte. L’usurpateur est finalement abattu, et l’empereur rétablit la paix après une visite à Alexandrie. Une autre révolte éclate en 193 lorsque Pescennius Niger est proclamé empereur à la mort de Pertinax. Plus tard, l’empereur Septime Sévère donne une constitution à la ville d’Alexandrie.
L’empereur Caracalla (211 à 217) accorde la citoyenneté romaine aux Égyptiens libres, comme à tous les habitants de l’Empire.
Le IIIe siècle est marqué par une série d’usurpations et de guerres, en Égypte comme dans l’ensemble de l’Empire romain. Entre 270 et 272, la reine de Palmyre, Zénobie domine l’Égypte à la suite d’une invasion rapide2. Deux généraux basés en Égypte, Probus et Domitius Domitianus, mènent des révoltes et deviennent empereurs. L’empereur Dioclétien reprend l’Égypte en main, et réorganise la province à la fin du iiie siècle.
À la chute des Ptolémées, les traditions égyptiennes sont restées en usage et la religion pharaonique est toujours respectée du pharaon Djéser à l’empereur Hadrien.
Si l’Égypte est importante aux yeux des Romains, c’est avant tout parce que le pays est, avec la Tunisie, le grenier à blé de l’empire. L’Égypte appartient personnellement à l’empereur et non au Sénat. L’époque romaine est une période assez honteuse pour les Égyptiens, considérés comme des personnes de basse catégorie[réf. nécessaire], et qui endurent des conditions de vie difficiles.
Des temples sont construits, ou bien les Romains embellissent ou achèvent les temples commencés par les Ptolémées. Ainsi sont construits la ville d’Antinoupolis, par le Romain Hadrien, le kiosque de Trajan à Philæ, le temple de Dendérah embelli par Auguste, plusieurs mammisi, etc. Les portraits du Fayoum sont cependant considérés comme un exemple de syncrétisme culturel dans le monde romain.
Le pharaon est le fils des dieux, sans lequel il n’y a que désordre en Égypte. L’empereur romain va se représenter, comme les Ptolémées, à la mode égyptienne, il doit se soumettre spirituellement au peuple, dont il se moque bien de respecter la tradition, hormis quelques exceptions.
En 215, les massacres d’Alexandrie de Caracalla déciment une part importante de l’élite grecque d’Alexandrie. Après 391, date de fermeture des temples païens, de grands bouleversement religieux apparaissent : le christianisme prend son essor, mais ne séduit vraiment le pays qu’à partir du Ve siècle voire du VIe siècle.
L’Empire romain d’Occident s’effondre en 476, date de l’abdication de Romulus Augustule. Il ne reste alors que celui d’Orient, dont le centre est Byzance, ou Constantinople, civilisation mêlant tradition grecque et romaine, bien qu’une tendance orientale se forme définitivement à partir du VIIe siècle.
L’Égypte est alors dirigée par un préfet envoyé par Byzance, qui gouverne depuis Alexandrie.
Après la fin du culte d’Isis sur Philæ, la civilisation égyptienne meurt, son histoire tombe dans l’oubli. La redécouverte de cette période faste de l’Égypte pharaonique ne se fit qu’après l’expédition d’Égypte de Bonaparte, accompagné de nombreux scientifiques et archéologues en 1798.

panorama philae modèles de chapiteaux philae

kiosque de trajan philae reconstitution

Philae reconstitutiion pylone philae

pylone philae autre vue pylone philae coté temple d’isis

photos du temple de Kom Ombo

Période byzantine de l’Égypte (395 à 639) : elle commence à la mort de Théodose 1er en 395, lorsque la province d’Ægyptus, alors romaine, passe dans le giron de Constantinople. Elle s’achève avec la conquête arabe en 639/645. L’Égypte byzantine connaît une longue période de paix, qui lui permet de connaître une « rare opulence » (Jean-Claude Cheynet). Véritable mégalopole, Alexandrie réunit philosophes et mathématiciens autour du Mouséion et est aussi le siège d’une Église disposant d’une intense vie spirituelle.

En effet, cette période voit de vives querelles entre le monophysisme et le dyophysisme (portant sur la nature du Christ), mais aussi politiques, ce qui provoquent des émeutes. Le monophysisme finit par être vaincu. Par ailleurs, l’empereur Justinien, vers 530, ordonne la fermeture du temple de Philæ, ultime reliquat du paganisme, où se pratiquaient encore les vieux cultes, en particulier celui d’Isis. Cependant, les monophysites d’Égypte se sont regroupés, et une Église indigène et nationale apparaît, l’Église copte orthodoxe.

Sous le règne d’Héraclius, l’Égypte subit deux invasions : la première, en 615, du roi de Perse Khosro II, la seconde, en 639, de `Amr, lieutenant du khalife Omar. Avec la complicité de Mokoukos (ou Makaukas), préfet de la Moyenne-Égypte, il entre dans Memphis, s’empare de la forteresse de Babylone et marche sur Alexandrie, où l’élément melkite (c’est-à-dire les Grecs) oppose la plus opiniâtre résistance. Enfin, après quatorze mois de siège, lasse de n’avoir reçu aucun secours de Byzance, Alexandrie se rend le 22 décembre 640.

Période islamique de l’Égypte.
Mahomet puis son successeur Abou Bakr As-Siddiq, unifient l’Arabie musulmane. Le deuxième calife, Omar ibn al-Khattâb (634-644), se lance dans la conquête des territoires à l’extérieur de l’Arabie, notamment vers l’Ouest. Bénéficiant des divisions entre les Égyptiens monophysites et orthodoxes, le général Amr ibn al-As pénètre en Égypte en 639 s’empare de Péluse puis de Memphis et obtient la reddition d’Alexandrie en 641. Même si les troupes byzantines parviennent à reprendre Alexandrie, celle-ci est réoccupée en 645.
Dans le Sud, les Arabes attaquent en 641 puis en 652 les royaumes chrétiens de Nobatie et de Makurie, mais échouent à prendre la ville de Dongola. Ils concluent alors le bakt, un traité qui prévoit une non agression réciproque, une liberté de circulation entre les territoires chrétiens et musulmans, une liberté respective de culte et des dispositions commerciales. La Makurie se renforce en absorbant la Nobatie sous Mercure de Dongola (règne de 697 à 710) qui rattache son Église au patriarcat d’Alexandrie et fonde la cathédrale de Faras à la frontière avec le Soudan.
En 661, à la suite de dissensions parmi les chefs musulmans, le pouvoir est pris par la dynastie omeyyade qui installe la capitale à Damas. Sous les Omeyyades, l’expansion territoriale est limitée, mais les califes contribuent à améliorer leur administration, à répandre l’usage de l’arabe et à mettre en place une économie plus prospère en améliorant la sécurité des échanges au sein de l’empire
En 750, après leur défaite à la Bataille du Grand Zab, les Omeyyades sont remplacés par les Abbassides dans une grande partie orientale de l’empire, dont l’Égypte. Le transfert de la capitale de Damas à Bagdad en 762 éloigne l’Égypte du pouvoir central, ce qui contribue à l’affaiblissement de l’autorité des califes sur ce territoire.
La conversion à l’islam de la population reste limitée dans les premiers siècles de l’occupation arabe, mais se développe fortement vers le Xe siècle. La cause de cette conversion est mal connue, mais la formalisation du statut, inférieur, de dhimmi pour les Juifs et les chrétiens pourrait en être une raison principale.
En 831, une révolte copte éclate en Haute Égypte. Le roi de Makurie, Zacharie III Israël en profite pour cesser de payer tribut, mais il doit reprendre les versements à la suite d’une intervention armée du pouvoir de Bagdad. De même, en 854, des affrontements ont lieu entre l’Égypte et les nomades Bejas.

À partir de 832, l’Égypte est souvent administrée par des gouverneurs d’origine turque. Ahmad ibn Touloun, installé en 868, s’affranchit du contrôle de Bagdad et fonde la dynastie toulounide. Après la défaite des troupes de Bagdad, il prend la Syrie, la Cyrénaïque et Chypre. Après l’assassinat de Touloun en 896 à Damas, la dynastie peine à résister aux Abbassides qui la reprennent en 905
À la fin du IXe siècle, les Fatimides chiites s’imposent au Maghreb en ralliant les Berbères. Pour résister à leur menées conquérantes qui tendent à renverser les Abbassides, le pouvoir de Bagdad désigne Muhammad ben Tughj comme gouverneur en 935. Comme un siècle plus tôt, ce gouverneur finit par exercer le pouvoir en son nom et par conquérir la Syrie et à fonder la dynastie des Ikhchidides qui règne en Égypte jusqu’en 969. Le 7 juillet 969, Jawhar al-Siqilli s’empare de Fostat pour le compte des Fatimides. En 973, le calife Al-Muizz li-Dîn Allah fonde, à proximité de Fostat, la ville du Caire qui absorbera ultérieurement Fostat et dont il fait la capitale de l’empire.

L’Égypte se retrouve alors non plus en marge, mais au cœur du pouvoir de la principale dynastie musulmane, ce dont elle bénéficie directement sur le plan économique : le port d’Alexandrie supplante en activité les places de Bagdad et de Bassorah. Les Fatimides bénéficient de la prospérité des terres fertiles du Delta ainsi que du commerce de la Méditerranée et de la mer Rouge, richesses qui leur permettent d’entretenir une armée composée de Berbères, de Turcs et de Soudanais. Le pouvoir du calife est affirmé notamment par un cérémonial très précis.
La période fatimide est interrompue par le chef kurde sunnite Saladin qui prend le pouvoir en Égypte en 1169 avec l’accord du calife de Bagdad. Repoussant les croisés, il gagne la Syrie et une partie de la Mésopotamie. Il fonde en Égypte la dynastie ayyoubide qui tient le pouvoir jusqu’en 1250.
Cette année-là, les Mamelouks, une milice d’origine servile, prend le pouvoir en Égypte. Le général Baybars remporte le 3 septembre 1260 la bataille d’Aïn Djalout et contient l’invasion mongole. Il attaque aussi les États latins, puis en 1271-1272 David Ier de Dongola qui tentait de faire diversion. En 1315, An-Nâsir Muhammad ben Qalâ’ûn dépose le dernier roi chrétien de Makurie et installe un souverain musulman, prélude à l’islamisation du Soudan
Période des califes orthodoxes (641-661) : Les califes bien guidés (632-661) désignent les quatre premiers califes, car considérés par les sunnites comme des chefs modèles qui ont suivi scrupuleusement la voie de Mahomet et compagnons très proches du prophète. Leur succession, bien que non héréditaire le deviendra la coutume ensuite. Le concept de califes bien guidés a été créé, par la dynastie abbasside.
L’ancêtre commun de Mahomet et des Omeyyades est Abd Manāf ibn Quṣayy. Son fils Hāšim est à l’origine du clan des Banū Hāšim auquel appartient le Prophète, et son autre fils Abd Šams est à l’origine de la dynastie des Omeyyades via son fils Umayyah, grand-oncle de Mahomet. Les Banū Hāšim et les Banū Umayyah sont rivaux avec paroxysme après la bataille de Badr qui voit la mort de grands chefs des Banū Umayyah. Lors de la conquête de La Mecque par les musulmans en 630, Abū Sufyān ibn Ḥarb, un Banū Umayyah et dirigeant de Qurayš, embrasse l’islam. Avec l’élection de Uṯmān ibn Affān en tant que troisième calife, les Banū ʾUmayyah reprennent les rênes du pouvoir.
Ces Rashidun furent soit élus par une consultation, ou « chûra » en arabe (principe islamique trouvant sa source dans le Coran au chapitre du même nom), ou bien choisis par le prédécesseur, après la mort de Mahomet. Dans l’ordre, les quatre califes :
Abou Bakr As-Siddiq (632-634) ; Peu après la mort du prophète Mahomet, fut nommé successeur pour guider la oumma, donc premier calife de l’histoire. Certaines tribus arabes se révoltèrent à la suite de cette décision et refusèrent de payer la Zakât tout en continuant de faire la prière. Abou Bakr insista sur le fait qu’elles devaient s’acquitter de ces deux obligations sans quoi, elles ne remplissaient pas leurs devoirs religieux. Ce fut le début des guerres d’apostasie.
Il doit aussi faire face à Musaylima, prétendu prophète contre lequel il envoya une armée commandée par Khalid ibn al-Walid, qui finit par gagner, Musaylima se fit tuer. Il contribua à rédiger le Coran en faisant compiler le recueil des révélations sacrées par Zayd ibn Thâbit. Abou Bakr mourut en 634 à Médine après avoir nommé Omar ibn al-Khattâb successeur, après avoir consulté les compagnons qui étaient proches de Mahomet.
Omar ibn al-Khattab (634-644). Omar mit fin aux hostilités avec les Perses sassanides, débutées sous le précédent califat et conquit la Mésopotamie (Irak), l’Égypte, la Palestine, la Syrie, l’Afrique du Nord, l’Arménie et les deux tiers de l’Empire romain d’Orient tout en laissant aux peuples la liberté de culte, sans conversion forcéer à l’islam. Il utilise la tolérance religieuse qui aidait les armées romaines à se faire accepter des peuples conquis. Omar est connu dans la communauté sunnite pour sa simplicité et son mode de vie austère. Plutôt que d’afficher ses richesses comme les dirigeants de l’époque. En 639, quatre ans après avoir été nommé calife, il décréta que les années de l’ère islamique devraient commencer à la première année de l’Hégire, en 622. Omar mourut en 644, après avoir été poignardé par Pirouz Nahavandi, ancien esclave perse capturé durant la bataille d’Al-Qadisiyya, dans la grande mosquée de Médine pendant qu’il présidait la prière.
Sur son lit de mort, il refusa de choisir un successeur. Il réunit un comité de 6 personnes devant choisir parmi eux le troisième calife dans les trois jours suivants, composé en partie de membres que Mahomet avait désignés comme les dix promis au paradis (Al-Ashara Mubashara). Othmân ibn Affân fut choisi.
Othman ibn Affan (644-656) Durant son règne, toute la Perse, la plupart de l’Afrique du Nord, le Caucase, Chypre furent conquises et incorporés dans l’empire islamique. Son règne fut caractérisé par un contrôle plus centralisé des revenus des provinces, aidé par des gouverneurs issus pour la plupart de sa propre famille, le clan des Omeyyades et nomma plusieurs de ses parents comme gouverneurs des nouveaux domaines. Certains d’entre eux furent accusés de corruption et de mauvaise gestion. Il fait compiler le Coran tel qu’il existe aujourd’hui. À l’époque, certains peuples de Syrie et d’Irak se disputaient sur les prononciations de certains mots du Coran, tandis que les nouveaux musulmans des provinces en dehors d’Arabie ne savaient pas bien prononcer l’arabe. Othmân décida d’officialiser une unique prononciation de l’arabe du texte coranique avec une classification des sourates les unes par rapport aux autres en commençant par demander à Hafsa bint Omar, veuve depuis la mort de Mahomet, de lui faire parvenir son exemplaire du manuscrit du Coran. Il confia ensuite à Zayd ibn Thabit et d’autres d’en préparer des copies et de les envoyer dans chaque ville importante du territoire musulman et fit détruire les versions alternatives. Quelques-uns de ces exemplaires existent encore de nos jours. Il décéda à Médine le 17 juin 656 assassiné par un groupe d’insurgés de Koufa, Bassora et d’Égypte et qui contestent sa manière de gérer les finances de l’empire musulman
Ali ibn Abi Talib (656-661) : Après l’assassinat d’Othmân, Médine était en pleine crise politique. Après sa nomination comme calife, Ali renvoya plusieurs gouverneurs de province, dont certains étaient des proches d’Othmân, et les remplaça par des aides de confiance comme Malik al-Achtar. Il déplaça ensuite sa capitale à Koufa, ville musulmane de garnison et qui appartient aujourd’hui à l’Irak. Damas, capitale de la province de Syrie, était gouverné par Muâwiya, lui-même parent d’Othmân se révolte.
Son califat coïncida avec une guerre civile entre musulmans, qui commença avec l’assassinat du troisième calife Othmân et ne s’acheva que lors de l’accession au pouvoir de Muâwiya. Cette guerre civile mit fin à l’unité de la Oumma, la nation islamique, elle créa des divisions permanentes dans la communauté musulmane et sur la légitimité du calife. Lors de la bataille de Ṣiffīn, les 2 camps arrêtent les hostilités et recourent à un arbitrage. Les partisans de Alī opposés à l’arbitrage (Alī est choisi par Dieu pour être calife et ne doit pas lui désobéir), deviennent les kharidjites
Des musulmans qui furent appelés plus tard Kharijites tentèrent d’assassiner Ali, Mu’âwiya et Amr qu’ils considéraient comme les principaux auteurs de la Fitna. Seul l’assassinat d’Ali réussit, le 21 du mois de ramadan dans la ville de Koufa (Irak) en 661.
Pour les sunnites, les Rashiduns sont des modèles d’autorité et de justice alors que pour les chiites, les trois premiers califes sont des usurpateurs. La tradition musulmane acceptée par les sunnites et chiites expose les désaccords entre les quatre premiers califes, les plus notables étant les différends entre `Ali et les autres califes, du point de vue religieux et l’interprétation de versets coraniques.
Période omeyyade (661-750) Les Omeyyades, sont une dynastie arabe de califes qui gouvernent le monde musulman de 661 à 750. Originaires de la tribu de Quraych, qui domine La Mecque au temps de Mahomet. Suite à la guerre civile entre Muʿāwiyah ibn Abī Sufyān, gouverneur de Syrie, et le calife Alī ibn Abī Ṭalib, et après l’assassinat de ce dernier par les Khawarij, Muʿāwiyah marche sur Koufa (capitale de Alī) et convainc ses habitants de le choisir comme calife au lieu d’Al-Ḥasan, fils de Alī, marquant ainsi la naissance du Califat omeyyade, avec Damas comme capitale, faisant de la Syrie la base d’un Califat qui devient, au fil des conquêtes, le plus grand État musulman de l’Histoire.
Le règne de Muāwiyah 1er, qui débute la dynastie des Soufyanides (descendants de Abū Sufyān) est stable politiquement avec rapide expansion territorial, la rébellion de Ḥuǧr ibn Adiyy à Koufa est matée par le gouverneur d’Irak Ziyād ibn Abī Sufyān. Encourageant la coexistence pacifique avec les Gens du Livre, Muʿāwiyah 1er mène une guerre contre l’Empire byzantin et conquiert Rhodes et la Crète, une partie de l’Afrique du Nord, où est fondée la ville de Kairouan, et de l’Asie centrale (Kaboul, Boukhara, Samarcande). À la mort de Muāwiyah 1er en 680, son fils Yazīd 1er lui succède. Cette succession n’est pas acceptée par Abd Allāh ibn Az-Zubayr et Al-Ḥusayn, second fils de Alī. La Deuxième Fitnah éclate. Abd Allāh et Al-Ḥusayn se dirigent de Médine vers La Mecque. Puis Al-Ḥusayn continue vers Koufa pour rallier la population à sa cause, mais il est intercepté à Kerbala par une importante armée omeyyade qui le tue ainsi que sa famille et ses compagnons. Abd Allāh se proclame calife, soulève les deux villes saintes de La Mecque et Médine, et étend l’opposition jusqu’à Bassorah, en Irak. Yazīd 1er arrête la révolte à Médine en 683 et meurt la même année.

Les successeurs de Muʿāwiyah 1er étendent le Califat de l’Indus jusqu’à la péninsule Ibérique, entrant en guerre à plusieurs reprises notamment avec l’Empire byzantin et l’Empire khazar, et faisant disparaître le Royaume wisigoth.

Les Omeyyades vont même au-delà des Pyrénées avant d’être arrêtés par le duché d’Aquitaine à la bataille de Toulouse (721) puis par Charles Martel à la bataille de Poitiers (732). Des guerres intestines les obligent à rebrousser chemin
Cette expansion et l’incorporation de populations non-musulmanes nombreuses, pose des problèmes d’assimilation, de financement. Les non-musulmans (chrétiens, juifs, zoroastriens, etc.) ont une relative liberté de culte et une large autonomie judiciaire, mais sont soumis à l’impôt de la ǧizyah en compensation de leur exemption du service militaire. Vu l’expansion rapide, la plupart des fonctionnaires byzantins sont reconduits après l’incorporation au Califat. Cette tolérance religieuse assure la stabilité en Syrie, majoritairement chrétienne et fief des Omeyyades, mais des provinces connaissent des troubles récurrents obérant les finances de l’État pour pacifier des régions souvent éloignées, avec instabilité politique sur un aussi vaste territoire. Ces troubles sont souvent dus à une inégalité sociale entre les musulmans arabes et les populations conquises, mais également entre tribus arabes rivales.
Vers 746 sort au Khorassan un mouvement hétéroclite, dirigé par les Abbassides, qui fait chuter et remplace le Califat omeyyade après la bataille du Grand Zab, en 750. Après cette bataille, les membres de la dynastie omeyyade sont tués, mais un de leurs survivants s’installe en al-Andalus et fonde un nouvel État à Cordoue, cinq ans plus tard.
Les califes omeyyades, sauf Umar II, ont une mauvaise réputation dans l’historiographie chiite, qui leur reproche d’avoir transformé le califat d’une institution religieuse en une institution dynastique et héréditaire, d’avoir versé le sang de la famille du Prophète. Le nationalisme arabe considère la période omeyyade comme une partie de l’âge d’or arabe, qu’il aspire à restaurer.
Son fils et successeur, Muāwiyah II, ne règne que 40 jours, et après son abdication en 684, Abd Allāh et Marwān ibn Al-Ḥakam, descendant d’une autre branche omeyyade, se disputent le pouvoir. Marwān finit par gagner en 684 et est proclamé calife à Damas, initiant la dynastie marwanide il reprend l’Égypte, mais meurt après neuf mois de règne. Mais Abd Allāh n’est pas définitivement vaincu.
Son fils Abd Al-Malik lui succède en 685. La première partie de son règne est marquée par une révolte organisée par Al-Muḫtār ibn Abī Ubayd à Koufa au nom de Muḥammad ibn Al-Ḥanafiyyah, un des fils de Alī. Al-Muḫtār repousse les Omeyyades en 686, près de Mossoul, mais est vaincu par Abd Allāh un an plus tard. En 691, les Omeyyades reprennent le contrôle de l’Irak, et en 692, Abd Al-Malik obtient sa victoire définitive sur Abd Allāh après avoir envoyé Al-Ḥaǧǧāǧ ibn Yūsuf Aṯ-Ṯaqafiyy à la tête d’une grande armée assiéger La Mecque, en utilisant des engins de siège qui endommagent la Kaaba. Abd Allāh est tué lors de l’assaut, et Abd Al-Malik n’a plus de concurrent, après 12 ans de guerre civile. La même année, la construction du dôme du Rocher à Jérusalem est achevée. Sous le règne de Abd Al-Malik : centralisation de l’administration du Califat, l’arabe est langue officielle, monnaie unique, le dinar, qui remplace les pièces byzantines et iraniennes. Abd Al-Malik reprend l’offensive contre l’Empire byzantin, qu’il vainc à la bataille de Sébastopolis, et reprend le contrôle de l’Arménie et d’une partie du Caucase.
Al-Walīd 1er devient calife à la mort de son père Abd Al-Malik en 705. Sous son règne, la Grande mosquée des Omeyyades à Damas est construite et la mosquée du Prophète à Médine est rénovée. Al-Ḥaǧǧāǧ personnage du règne d’Al-Walīd 1er et de son père ; avec des troupes syriennes, il maintient l’ordre en Irak, réfractaire à l’autorité omeyyade. Le début du VIIIe siècle voit l’expansion territoriale du Califat omeyyade en Afrique du Nord, dans la péninsule Ibérique et jusqu’en Septimanie, avec la conquête du Royaume wisigoth en 711 par le général Ṭāriq ibn Ziyād qui établit une tête de pont en Europe, donnant son nom au rocher, d’où le nom de Gibraltar Djebel Tariq = mont de Tariq
Le règne de Sulaymān, frère et successeur d’Al-Walīd 1er, est marqué par l’échec du siège de Constantinople débuté sous son règne, qui met un terme aux vues omeyyades sur la capitale byzantine ; mais il est aussi marqué par la continuation de l’expansion territoriale, en Asie centrale et en Inde notamment.
Umar II succède à son cousin Sulaymān en 717. C’est un calife reconnu par sa sagesse et sa piété, le seul à être reconnu calife par la tradition ultérieure. Il a lutté contre les problèmes fiscaux de la conversion à l’islam. A cette époque, le Califat omeyyade est surtout peuplé de chrétiens, juifs, zoroastriens. Leur conversion n’est pas forcée, mais ils sont sujets à des taxes plus élevées que les musulmans, même convertis, on leur prélève la capitation (ǧizyah) comme s’ils n’étaient pas encore musulmans. La conversion massive diminue les revenus de l’État, certains gouverneurs découragent donc les conversions à l’islam, mais Umar II insiste sur l’égalité de traitement entre musulmans arabes et non-arabes, enlevant les obstacles à la conversion des non-arabes à l’islam.
Après la mort de Umar II en 720, Yazīd II, un autre fils de Abd Al-Malik, lui succède. Une révolte menée par Yazīd ibn Al-Muhallab, éclate en Irak et est arrêtée par Maslamah ibn Abd Al-Malik, demi-frère du calife. Yazīd II prône une politique iconoclaste en ordonnant la destruction des images chrétiennes à travers le Califat.
Hišām dernier fils de Abd Al-Malik à devenir calife succède à Yazīd II en 724. Son règne marque l’apogée militaire du Califat omeyyade. Après l’échec du siège de Constantinople en 718, Hišām reprend la guerre contre l’Empire byzantin en pénétrant en Anatolie. Après plusieurs victoires, l’avancée des armées omeyyades est freinée à la bataille d’Akroinon. Le règne de Hišām voit les limites de l’expansion en Europe après la défaite omeyyade à la bataille de Poitiers en 732. Des révoltes éclatent, en Afrique du Nord (739), Bactriane et Transoxiane, difficiles à gouverner, à cause des droits des musulmans non-arabes.
En 743, Al-Walīd II (fils de Yazīd II) succède à Hišām. Al-Walīd II plus attiré par les plaisirs que par la religion, s’attire de nombreux ennemis en tuant ceux qui se sont opposés à son accession au pouvoir. Son court règne est marqué par la lutte contre les qadarites, mouvement religieux opposé aux Omeyyades. En 744, Yazīd III, proclamé calife à Damas et fils d’Al-Walīd 1er, attaque Al-Walīd II et le tue. Réputé pieux et sympathisant avec les qadarites, il meurt six mois après son accession au pouvoir, mais désigne comme successeur son frère Ibrāhīm, mais Marwān, petit-fils de Marwān 1er par son père Muḥammad, prend le pouvoir à Ibrāhīm après avoir marché sur Damas en décembre 744 à la tête d’une armée de la frontière nord et se proclame calife. Marwān II déplace la capitale à Harran et une rébellion éclate en Syrie. En représailles, il détruit les murs de Damas et de Homs. Les kharidjites se soulèvent également, notamment en Irak, et choisissent des califes rivaux.
En 747, alors que Marwān II veut rétablir l’ordre en Irak, un mouvement important menace le Califat omeyyade : le mouvement hachimite, du nom de Abū Hāšim, fils de Muḥammad ibn Al-Ḥanafiyyah et petit-fils de Alī ibn Abī Ṭalib. C’est une branche des chiites kaysanites, menée par les Abbassides, du clan des Banū Hāšim, rival des Banū Umayyah. Le mouvement hachimite est actif au Khorassan et mène une campagne de recrutement depuis 719 environ. Les Abbassides rallient à leur cause les anciens partisans de la révolte d’Al-Muḫtār ibn Abī Ubayd, partisans de Muḥammad ibn Al-Ḥanafiyyah vers la fin des années 680. Les Abbassides prennent le contrôle de tout le Khorassan et se dirigent vers l’ouest. Koufa est prise en 749. Marwān II se dirige vers l’est pour arrêter les Abbassides. Bataille du Grand Zab au début de 750 et les Omeyyades sont défaits. La même année, Damas est prise et Marwān II fuit en Égypte, où il est tué. Abū Al-Abbās As-Saffāḥ, chef des Abbassides, est proclamé calife à Koufa. C’est la fin du Califat omeyyade et le début du Califat abbasside.
Leur conversion tardive et leur opposition à Mahomet lors de la naissance de l’État islamique exposèrent les omeyyades à l’opposition, surtout des premiers partisans du Prophète (al-anṣār). En tant que dynastie, on considéra qu’ils avaient dévié des valeurs au cœur de la religion, le train de vie décadent, même impérial, de certains califes (notoirement al-Walīd II) jugé impie et à l’encontre de l’égalitarisme déclaré par le Coran. Les Kharijites étaient une secte qui croyait ardemment que le régime avait invalidé son droit à régner, elle resterait une source tenace de résistance. Selon d’autres cette dynastie se serait injustement emparée du pouvoir de la lignée de Alī, apparentée généalogiquement à Mahomet. Le massacre du petit-fils du Prophète, à la bataille de Karbala, attisa ces tensions même davantage. Les Abbassides purent exploiter cette faille profonde au sein de la communauté islamique et s’alignèrent sur les demandes des premiers chiites en lançant un appel à la défaite des ennemis de la famille du Prophète. Le potentiel de cet aspect se montre dans le soulèvement de Mukhtar (années 680) qui réclama lui aussi le retour du pouvoir aux descendants de Mahomet.
Les Abbassides détruisent les tombeaux omeyyades, n’épargnant que celui de Umar II, traquent tous les membres de la famille qui sont tués, sauf le prince Abd Ar-Raḥmān ibn Muāwiyah, petit-fils de Hišām, qui gagne la péninsule Ibérique et y établit un émirat à Cordoue (Moawiyades). Abd Ar-Raḥmān soutenu par des shémites (syriens) et maghrébins, s’impose à la bataille d’al-Musara et proclame un émirat schismatique, rompant l’unité du monde musulman, en reconnaissant l’autorité religieuse du calife abbasside de Bagdad. Pour pacifier le pays, assurer son pouvoir et son indépendance face aux conspirations de ses ennemis appuyés par les Abbassides, Abd al-Rahman confie les responsabilités politiques à des membres de sa famille et de sa clientèle. II s’appuie sur l’armée, dont il augmente les effectifs, et se constitue une garde de mercenaires, ce qui l’oblige à accroître les impôts pour payer les soldes. L’émir Abd al-Rahmān III prit le titre de calife en 929, affirmant l’indépendance du califat cordouan par rapport à celui des Abbassides. Il suit l’exemple des chiites ismaéliens obeydides déclarés califes au Maghreb avant de prendre l’Égypte.
L’administration du Califat omeyyade s’inspire de l’Empire byzantin avec 3 grandes branches : affaires religieuses, affaires politiques et militaires, affaires fiscales. Chacune avec des bureaux et départements. Avec l’expansion rapide du Califat, le nombre d’Arabes qualifiés pour les différentes tâches administratives devient insuffisant, si bien qu’il est accordé aux employés locaux des différentes provinces conquises de conserver leur poste sous le gouvernement omeyyade. Ainsi, le travail des administrations provinciales est en grande partie enregistré en pehlevi, en copte, ou encore en grec. Ce n’est que sous Abd Al-Malik que l’arabe finit par s’imposer dans les différentes administrations provinciales en tant que langue officielle unique.
Bureaux centraux : Le Califat omeyyade est géré par 6 bureaux centraux : dīwān al-ḫarāǧ (bureau des revenus, impose et collecte les taxes et les impôts), dīwān ar-rasāil (bureau de la correspondance, fait circuler les missives et les communiqués officiels à travers tout le Califat, et vers les officiers centraux et provinciaux. Il coordonne également l’action des autres bureaux), dīwān al-ḫātam (bureau du sceau, lutte contre les contrefaçons de documents officiels, qu’il copie et conserve avant de les sceller et de les envoyer à leur destination, si bien qu’au fil du temps, de véritables archives d’État se développent à Damas), dīwān al-barīd (bureau de la poste, introduit par Muāwiyah Ier, sous Umar II, plusieurs caravansérails le long des routes, des relais de chevaux permettent la liaison entre le calife, ses agents et officiers provinciaux. Les routes principales sont divisées en tronçons de près de 19 km, avec ses montures qui transportent le courrier et assurent la liaison avec le tronçon suivant, ce système profite aux particuliers et à l’armée), dīwān al-quḍāh (bureau de la justice, les juges principaux, à partir de 661, siègent en Égypte. Les grandes villes du Califat ont un juge musulman ou cadi, nommé par le gouverneur de la province, le cadi reçoit les plaideurs chez lui ou, plus souvent, à la mosquée, lors d’audiences publiques) et dīwān al-ǧund (bureau de l’armée). L’armée est divisée en 5 corps : le centre, les 2 ailes, l’avant-garde et l’arrière-garde, en marche ou au champ de bataille. Marwān II abandonne ce système et introduit la cohorte (kurdus), petite formation compacte. L’armée omeyyade se compose de trois divisions : la cavalerie, l’infanterie et l’artillerie. La cavalerie utilise des selles pleines et rondes, l’infanterie est d’inspiration byzantine et l’artillerie est formée de mangonneaux, béliers et balistes. Initialement, des pensions et indemnités de subsistance sont accordées même aux militaires qui ne sont pas en service actif, cependant, Hišām instaure une réforme et seuls les participants aux combats sont payés.
Le Califat omeyyade est divisé en provinces, dont les frontières changent avec le temps, dirigées par un gouverneur nommé par le calife, qui a autorité sur les officiers religieux et militaires, la police et l’administration civile de sa province. Le budget provient des taxes prélevées dans la province, et le surplus est envoyé à Damas. Vers les dernières années du Califat, avec l’effritement du pouvoir central, certains gouverneurs n’envoient pas ce surplus et se constituent une fortune personnelle.
La société omeyyade est constituée de quatre classes principales : les musulmans arabes, les musulmans non-arabes, ou mawālī avec statut fiscal défavorable et classement comme citoyens de deuxième ordre, les non-musulmans libres (chrétiens, juifs, zoroastriens, etc.), les esclaves.
Les musulmans arabes sont au sommet de la société, et une grande partie de cette classe sociale voit le fait de régner sur les territoires conquis comme un devoir. Malgré le fait que l’islam prône l’égalité entre tous les musulmans, quelle que soit leur ethnie, la majorité des musulmans arabes se tient en haute estime par rapport aux musulmans non-arabes, et les mariages inter-ethniques sont rares. Cette inégalité sociale est à l’origine de tensions, les musulmans non-arabes devenant nombreux au sein du Califat, avec les conquêtes. C’est l’une des principales causes de la révolte abbasside.
Les groupes non-musulmans sont principalement constitués de chrétiens, juifs, zoroastriens et Berbères polythéistes. Ils ont un statut qui les protège, en tant que deuxième classe sociale du Califat, du moment qu’ils reconnaissent et acceptent la suprématie politique des musulmans. Ils sont autorisés à avoir leurs propres tribunaux, et sont libres de pratiquer leurs religions respectives. Bien qu’ils ne puissent occuper les plus hautes fonctions de l’État, ils ont de nombreux postes administratifs. Les chrétiens et les juifs continuent à produire de grands théologiens au sein de leurs communautés, mais au fil du temps, la plupart des intellectuels se convertissent à l’islam, ce qui conduit à un manque de grands penseurs dans les communautés non-musulmanes

Période abbaside (750-868) : Fondée par As-Saffah, est issue d’un oncle de Mahomet, Al-Abbâs. Elle arrive au pouvoir à l’issue d’une révolution contre les Omeyyades, apparentés de manière plus éloignée au prophète de l’islam. Ils veulent un État plus musulman, où les Iraniens convertis à l’islam auront une part égale à celle des Arabes. Après 3 ans de guerre, le général abbasside Abû Muslim triomphe des Omeyyades en 750 à la bataille du Grand Zab.
Sous les Abbassides, le centre de gravité de l’islam se déplace de la Syrie vers l’Irak où une nouvelle capitale est fondée en 762 : Bagdad. La civilisation arabo-musulmane est à son apogée, dans un empire qui s’étend de l’Ifriqiya aux rives de l’Indus. La dynastie abbasside donne naissance à d’illustres califes comme Al-Mânsur, Al-Mamūn ou encore le légendaire Harun ar-Rachid qui étendent la religion musulmane, la langue arabe ainsi qu’une conscience universaliste de l’islam qui caractérise tout le monde médiéval musulman.
Commence le lent déclin de la civilisation arabo-musulmane. L’empire gigantesque conquis sous les premiers califes et sous les Omeyyades a arrêté son expansion ; en Espagne puis en Égypte et en Tunisie, des souverains locaux arrachent leur indépendance et réclament le titre et la dignité califales, tandis que les dynasties iraniennes (Bouyides) et les tribus turques fraichement converties à l’islam (Seldjoukides) prennent de plus en plus d’importance au sein de l’empire. Malgré ces difficultés la dynastie abbasside survit jusqu’au XIIIe siècle lorsque les Mongols assènent le coup de grâce en détruisant la grande capitale Bagdad et cela dans l’indifférence du monde musulman.
Les califes Abbassides revendiquent le califat comme descendants d’Al-Abbas Ibn Abd al-Muttalib (566-662), oncle de Mahomet, donc comme héritiers légitimes de Mahomet, par opposition aux Omeyyades, descendants d’Umayya, issu d’un clan distinct de Mahomet dans la tribu Quraychite.
Le premier calife abbasside est Abû al-Abbâs, dit as-Saffah (750-754). les abbassides déplacent le centre de gravité de l’empire de la Syrie (Damas) vers l’actuel Irak, région qui avait connu déjà sous les Omeyyades un grand essor économique et culturel. La première capitale abbasside fondée par Al-Saffah est Hâshimiyya près de Koufa sur la rive orientale de l’Euphrate. Transférée à Al-Anbar elle se fixera finalement sur un nouvel emplacement choisi par Abû Jafar al-Mansur frère de as-Saffah en 762. Non loin de l’ancienne Ctésiphon, symbole de la substitution d’un empire par un autre (ancienne ville parthe, située face à Séleucie du Tigre, sur la rive gauche du Tigre, à 30 km au sud-est de la ville actuelle de Bagdad, en Irak) est entourée de plaines fertiles. Située sur la rive occidentale du Tigre, son climat tempéré au carrefour de nombreuses voies caravanières lui confère un avantage certain pour la fondation d’une grande cité. Initialement nommée Madinât Al-Salâm (ville de la paix) ou la Ville ronde, car plan circulaire ou Bagdad, du nom d’un ancien village autour duquel la nouvelle capitale va se construire.
Le califat Abbasside consolide et centralise le nouvel État, avec transition économique du modèle omeyyade (tribut, butin ou vente d’esclaves) vers une économie basée sur les impôts, le commerce et l’agriculture. Amée originaire du Khorrassan (Iran) très disciplinée, système élaboré de diligences et de distribution de courrier, qui permet aux chefs Abbassides d’augmenter leur emprise sur les gouverneurs de province. Ces derniers, qui du temps des califes omeyyades ne payaient que peu d’impôts sous prétexte de la défense des frontières du califat se devaient à présent de payer les taxes imposées par le souverain. La conversion massive des Perses apporte l’expérience des Sassanides. L’arrivée des nouveaux convertis est le résultat de la promesse des nouveaux califes d’une société plus juste envers les peuples non-arabes qui s’arabisent à leur rythme en adoptant rapidement la langue arabe. De plus l’islamisation des perses augmente la pression envers les autres peuples de religion chrétienne ou juive qui adoptent aussi l’islam afin de ne pas être défavorisés dans leur accession aux postes importants.
Abû Jafar al-Mansur calife de 754 à 775 (meurt en pèlerinage à la Mecque), son fils Muhammad al-Mahdî ben `Abd Allah al-Mansûr ou Al-Mahdî né en 746, lui succède comme calife en 775, il est mort le 4 août 785, Son fils aîné Mûsâ al-Hâdî fut institué premier successeur après son bref règne lui succéda son fils préféré Hârûn ar-Rachîd dut s’opposer à Ja`far le fils de al-Hâdî que celui-ci voulut nommer héritier.
L’âge d’or du califat
En 786, le calife Hârûn ar-Rachîd monte sur le trône. Sous son règne, on voit se développer les villes. On peut parler d’un empire urbain, alors que dans l’État omeyyade dominaient la caste militaire arabe et la propriété rurale. Les premiers califes doivent lutter contre de nombreuses oppositions au sein du vaste empire qu’ils héritent des Omeyyades. Ils perdent très vite l’Occident : dès 756 l’Espagne se donne pour prince un Omeyyade (Abd Al Rahman Ier). Au Maghreb, des États kharidjites (et autres) se constituent. En 800, le califat doit passer un accord avec les Aghlabides, qui régnaient en Algérie, en Tunisie et à la Tripolitaine libyenne : ces derniers reconnaissent l’autorité de Bagdad en échange de leur autonomie.
Sous cette dynastie, l’économie est prospère ; les villes se développent ; l’industrie, les arts et les lettres atteignent leur apogée. Les Arabes contrôlent le trafic international, par mer et par caravanes, de l’occident à l’Inde et la Chine, en passant par l’Égypte, l’Afrique et les pays slaves. Les changeurs et marchands juifs profitent de cet élan, et s’installent d’Irak vers l’Arménie, le Caucase, l’Iran et la Transoxiane, d’Égypte et de Syrie vers l’Arabie, le Yémen, l’Éthiopie et l’Afrique du nord. Puis enfin sur la mer Noire, en Russie, Italie, Espagne et dans les royaumes francs. Le développement des lettres, des sciences et des arts puise son inspiration dans la civilisation persane (Les Mille et Une Nuits) mais aussi dans les œuvres de l’antiquité classique traduites en arabe, aux modèles syriens et aux nouveautés introduites par les commerçants et les géographes.

Mais les révoltes et les troubles ne cessent pas pour autant. Les premiers califes, Abû al-Abbâs (750-754), Abû Ja`far al-Mansûr (754-775), Al-Mahdî (775-785) et Harun ar-Rachid (786-809), doivent lutter contre les soulèvements extrémistes. Ils ne peuvent empêcher le détachement de l’Espagne (756) ni la persistance des troubles en Iran. En 803, Harun ar-Rachid élimine les vizirs de la famille des Barmécides qui avaient habilement résolu les problèmes soulevés par l’agitation chiite. Celle-ci s’accroit sous le règne d’Al-Mamun (813-833) qui, après avoir défait son frère Al-Amin (809-814), favorise les influences iraniennes, adopte le motazilisme et choisit temporairement un Alide comme héritier afin de se rallier le chiisme modéré. Mais cette alliance n’empêche pas la révolte des mercenaires turcs ni les effets d’une profonde crise financière, qui amènent les Abbassides à quitter Bagdad et à s’installer dans la ville nouvelle de Samarra (833-892).

Jafar al-Mutawakkil (847-861) renonce au motazilisme et réagit contre les chiites, les chrétiens et les juifs. L’unité de l’Empire n’en est pas préservée pour autant : les Tahirides (820-872), les Saffarides (867-903), puis les Samanides (874-999) en Iran ; les Toulounides (879-905), puis les Ikhchidides (935-969) en Égypte et en Syrie, deviennent indépendants de fait.

Les institutions
Les Abbassides reprennent les traditions administratives des sassanides. L’administration centrale est formée de bureaux ou offices (diwan) tenus par un corps de secrétaires (kuttab) : le bureau de l’impôt foncier (diwan al kharâdj), le bureau des domaines (diwan al diya), le bureau du Trésor (bayt al Mal), le bureau de la chancellerie (diwan al rasail), le bureau de l’armée (diwan al djaish). La poste (barid) a un rôle très important de communication et de renseignement.

Les provinces sont dirigées par des gouverneurs (Khatib, puis émir et wali). Au début de l’Empire, leur gouvernement est souvent de courte durée car ils sont tentés de s’enrichir très vite et sont dénoncés par les hommes de la poste. Les finances des provinces sont confiées à un directeur des impôts (amil), la justice dépend du cadi. L’administration régionale comprend en outre les chefs de l’armée, le chef de la police, les intendants des domaines califiens et le maître de la poste. Le sahib al nazar fil mazalim est chargé d’enquêter sur les doléances émises contre les fonctionnaires. Un magistrat (muhtasib) est chargé de la police des marchés.

Après la fondation de Bagdad, nouvelle capitale, par al-Mansur en 762, les fonctionnaires syriens qui parlaient grec sont remplacés par des Iraniens arabophones et l’organisation de l’empire est calquée sur le modèle sassanide. L’empire devient de plus en plus administratif. De véritables dynasties iraniennes fournissent les grands commis de l’État, comme les Barmécides. En se rapprochant des provinces orientales, le pouvoir du calife s’appuie sur les populations de l’ex-empire sassanide mais renonce à la Méditerranée et à exercer un contrôle sur les provinces de l’Occident.
Une économie agraire
Le régime des terres dans l’empire abbasside est déterminé par la conquête, qui a fait de la communauté musulmane la propriétaire des terres. Le calife, qui la représente, peut en disposer à son gré. Il existe en fait plusieurs catégories de propriété : les terres privées des populations non musulmanes au moment de la conquête, qui peuvent être conservées contre le paiement du kharâdj et être vendues et léguées ; les terres privées des musulmans, terres libres (mulk), acquises par achat auprès des propriétaires autochtones, sont soumises à la dîme ; les domaines publics, provenant des confiscations qui ont suivi la conquête, sont soit exploités directement par les intendants du calife, soit concédés à des particuliers ou à des groupes (qataï : retranchement) ; les biens wafq sont cédés par des fidèles à des fondations pieuses (mosquées, écoles, hôpitaux…) et sont inaliénables.

Les paysans sont le plus souvent des métayers. L’irrigation, héritée du monde antique (crue du Nil en Égypte, canaux en Mésopotamie, puits à balancier (chadouf), roue mue par des animaux (noria), barrages en Transoxiane, au Khuzistan et au Yémen, galeries souterraines au pied des montagnes en Iran (qanat) ou au Maghreb (rhettaras), repose sur une solide organisation communautaire et l’intervention de l’État. On laboure toujours avec l’araire et la terre reçoit peu d’engrais par suite de la faiblesse de l’élevage.

La production agricole est stimulée par la demande des grandes agglomérations et des milieux aristocratiques. Les produits végétaux dominent : céréales (blé, riz), fruits (abricots, agrumes), légumes, huile d’olive (Syrie et Palestine, réservée aux riches), de sésame (Irak), de rave, de colza, de lin ou de ricin (Égypte), viticulture (Syrie, Palestine, Égypte), dattes, bananes (Égypte), canne à sucre. L’élevage reste important pour la nourriture, pour la fourniture de matières premières (laine, cuir) et pour le transport (chameaux, dromadaires, chevaux turco-mongol ou pur-sang arabes). Le mouton est présent partout mais l’élevage du buffle se développe (marais du bas Irak ou de l’Oronte). Les petits élevages de volailles, de pigeons et d’abeilles correspondent à une demande importante dans les classes aisées. La nourriture du peuple, très frugale, est essentiellement végétarienne (galette de riz, bouillie de blé, légumes et fruits).

Le problème de l’armée
Après la guerre civile entre Al-Amin et son frère Al-Ma’mūn (809-813), les troupes venues du Khorasan remplacent les troupes syriennes pour la défense du Califat. Le calife Al-Mu`tasim (833-842) décide de s’entourer d’une garde choisie parmi les ghulams, esclaves militaires le plus souvent d’origine turque. Ce système prend fin dans les années 860 après les assassinats successifs de quatre califes, et remplacé par une garde mamelouk constituée d’esclaves turcs razziés jeunes en Asie centrale et dans les steppes, élevés soigneusement dans une orthodoxie simple, pour assurer leur loyauté à leurs maitres. Parallèlement, après 840, se développe le système de l’iqtâ : le calife attribue à des officiers le kharâdj (impôt foncier) d’un district, à charge pour eux de payer les soldes de leurs troupes. Les militaires peuvent facilement accroître leurs biens au détriment des petits paysans libres. Avec l’emploi de troupes serviles recrutées hors de l’islam, faciles à acheter et à modeler, l’idéal politique islamique d’une oumma assurant elle-même la défense et l’extension du dâr al-islâm échoue. Le recours au recrutement servile signifie à terme la rupture entre la société civile, les forces militaires et le pouvoir politique. Cette évolution explique l’effondrement du pouvoir califal et le rôle pris, à partir des années 936-945, par le commandant en chef de l’armée. À partir du règne al-Mu’tadid l’épuisement du trésor du calife s’accentue. Les révoltes Qarmates aggravent la situation. Les militaires prennent de plus en plus d’importance. Les répercussions sur le commerce et la vie rurale des révoltes des Zenj et des Qarmates affaiblissent le régime. L’arrière-pays de Bagdad voit son agriculture décliner par suite des difficultés d’entretien des canaux, lors des troubles qui précédent la prise de pouvoir par les Bouyides (945).

Le déclin et la chute : En Irak même, la révolte des esclaves noirs des plantations est réprimée par Al-Muwaffaq, frère du calife Al-Mutamid (870-892).

Les califes al-Mu’tadid (892-902) et Al-Muqtafi (902-908) s’imposent en Irak. Mais la révolte ismaélienne remet l’autorité des Abbassides en cause. En 909, le onzième imam ismaélien Ubayd Allah al-Mahdi fonde la dynastie fatimide et prend le titre de calife au Maghreb arabe.

Les Bouyides, chiites iraniens, fondent une dynastie en Iran (932-1055). Le prince bouyide Muizz ad-Dawla Ahmad prend Bagdad (945) et, sans destituer le calife, il obtient les pleins pouvoirs avec le titre de « Prince des Princes » (Amir al-umara). Aussi, tout en conservant un pouvoir théorique sur l’Islam sunnite, les califes sont-ils démunis de tout pouvoir réel. Les Bouyides sont écartés par les Turcs seldjoukides (1055). Ces derniers combattent vigoureusement en faveur du sunnisme. L’immigration turque vers le Proche-Orient s’accentue.

L’État peut aussi compter sur un autre pilier : l’armée, composée de Khorassaniens fidèles au souverain, mais aussi d’Arabes souvent moins fidèles, notamment ceux des régions proches des frontières.

Au fil des siècles, le pouvoir des califes s’affaiblit peu à peu, victime notamment des affrontements constants entre sunnites et chiites, mais aussi de nombreuses révoltes. Excepté Al-Mustazhir (1094-1118) et An-Nasir (1180-1225), les derniers califes abbassides sont faibles, plus des suzerains que des souverains. Cependant, l’investiture du calife de Bagdad reste une source de légitimité importante pour les dynasties sunnites : Seldjoukides, Almoravides et Ayyoubides. Son prestige se trouve même renforcé avec la disparition des califats rivaux, Omeyyades de Cordoue et Fatimides du Caire.

Le dernier calife, Al-Musta’sim, croit pouvoir intimider les conquérants mongols en se présentant comme le maître de « tout le peuple qui prie Dieu ». Grave erreur d’estimation. En s’emparant de Bagdad le 10 février 1258, les Mongols commandés par Houlagou Khan mettent fin au califat abbasside de Bagdad et l’exécutent.

Les Abbassides en Égypte
Les survivants du massacre sont accueillis en Égypte par les sultans mamelouks, où ils perpétuent symboliquement la dynastie abbasside. Leur présence permet aux sultans mamelouks, gardiens des lieux saints de l’islam, de revendiquer une primauté honorifique dans le monde musulman. En 1517, la conquête ottomane transfère la puissance califale à l’Empire ottoman. Le dernier Abbasside lègue ses pouvoirs au sultan Selim Ier.

Période toulounide (868-935) : première dynastie d’émirs indépendants dans l’Égypte devenue musulmane : ils gouvernèrent de 868 à 905.
Le calife abbasside Al-Mu`tazz nomme Ahmad ben Touloun, alors en garnison à Samarra, au poste de lieutenant du gouverneur de l’Égypte pour veiller à la fidélité de cette province essentielle. Il reçoit du calife la mission strictement limitée de rétablir l’ordre en Égypte. Il arrive à Fustat, le Vieux Caire, le 15 septembre 868 et ne tarde pas à entrer en conflit avec les deux administrateurs venus avant lui, le ministre des finances et le directeur des postes. Il devient monarque autonome. Organisateur et économiste avisé, il parvient, tout en allégeant l’impôt, à lui faire produire cinq fois plus, mais il se contente d’envoyer des oboles au calife. Il dispose ainsi de sommes considérables qui lui permettent d’entreprendre de grands travaux (y compris d’irrigation) et d’organiser, avec des contingents turcs, grecs et soudanais, une armée solide et bien payée. Pour la première fois depuis les Ptolémée, l’Égypte redevient indépendante et peut tenir sa place dans la politique du Proche-Orient. Le calife doit renoncer à châtier son vassal infidèle et doit aussi supporter l’intervention de ce dernier dans les affaires de la Syrie, désormais étroitement liée à l’Égypte, puis l’annexion de la Cilicie et d’une partie de la Mésopotamie.
En 870, il fonde au nord de Fostat et d’Al-Askar sa propre cité, Al-Qatâ’i, dont subsiste encore aujourd’hui la mosquée portant son nom, la mosquée Ibn Touloun, la plus ancienne du Caire encore existante et une des plus grandes en superficie (2,5 ha), son minaret à escalier en spirale imite celui de la grande Mosquée de Samarra (Iraq), son immense cour entourée de portiques aux décorations, avec au milieu un dôme avec quatre entrées en arcades et abritant en son centre une fontaine pour les ablutions. Il entreprend même de faire réparer le phare d’Alexandrie. Vers 877, les Byzantins font des incursions en Anatolie. Tarse et sa forteresse tombent aux mains des Byzantins. Ahmad Ibn Touloun va en Syrie combattre les Byzantins. Ahmad ben Touloun confie les affaires intérieures de l’Égypte à son fils Khumârawayh, reprend Damas et Antioche mais est battu vers Tarse et doit retourner en Syrie où il maintient sa position et continue vers l’est, prenant Harran.
Alors qu’il se dirige vers Mossoul, son fils Khumârawayh a quitté Fostat pour la Cyrénaïque avec le trésor, pour créer son propre royaume à l’Ouest mais est battu par les Aghlabides en Cyrénaïque (881). Khumârawayh est repris par les armées de son père et emmené à Fustât. Il est châtié par le calife ainsi que les personnes qui l’ont laissé faire
Al-Muwaffak menant un combat à mort contre les Zanj, l’ambitieux Ahmad Ibn Touloun offre au faible calife Al-Mu`tamid de s’enfuir en Égypte pour se mettre en sécurité sous la protection de son fidèle vassal contre son trop puissant frère. Al-Muwaffak, apprenant cette manœuvre fait emmener enchaîné le calife Al-Mu`tamid, à Samarra (882) et l’oblige à jeter l’anathème sur Ahmad.
Ibn Touloun meurt en 884. Son fils Khoumarawiya contraint le calife abbasside à lui reconnaître, pour lui et ses descendants et pour 30 ans, le gouvernement de l’Égypte et de la Syrie, contre le paiement d’un tribut annuel. Sous Khumarawayh (884-896) des travaux coûteux et le train de vie luxueux de la cour épuisent les finances du pays. Après le meurtre de Khumārawayh à Damas en 896, le pouvoir sombra dans les intrigues de palais et déclina de manière accélérée : les troupes abbassides reprirent le contrôle de l’Égypte dès 905c avec Abū al-’Asākir (896), Hārūn (896-904), Shaybān (904-905).

Période ikhchidite (935-969)
Période fatimide (969 à 1171)
Période ayyoubide (1171 à 1250)
Période mamelouke (1250 à 1517)

À la bataille de Ridaniya, le 22 janvier 1517, les troupes de l’empereur ottoman Sélim Ier l’emporte sur les Mamelouks et met fin à leur domination. L’Égypte devient pour plusieurs siècle une province ottomane. Jusqu’en 1798, elle est gouvernée par des pachas désignés par le gouvernement de Constantinople, mais l’armée et l’administration sont dominés par les élites locales constituées des mamelouks et des janissaires qui se disputent le pouvoir et influent tour à tour sur les nominations de pachas.
En 1769, le bey El Kébir s’impose comme maître de l’Égypte, cesse de payer le tribut dû au sultan et soumet les janissaires.
Égypte sous domination française et britannique

Afin de couper à la Grande-Bretagne la route des Indes, la France engage en 1798 la campagne d’Égypte sous la direction de Napoléon Bonaparte. Après la prise d’Alexandrie, les troupes françaises remportent la bataille des Pyramides le 21 juillet 1798, mais la flotte britannique remporte le 1er août 1798 la bataille navale d’Aboukir, ce qui empêche les Français d’exploiter pleinement leur victoire. L’Égypte n’en devient pas moins française jusqu’en 1801 sous le contrôle de Bonaparte puis du général Kléber puis du général Jacques-François Menou. Devant les attaques ottomanes de Méhémet Ali et celles de l’armée britannique, la France renonce à sa conquête en 1801 et l’Égypte est brièvement occupée par la Grande-Bretagne jusqu’en 1805, date à laquelle Méhémet Ali installe son pouvoir.
Dynastie de Méhémet Ali (1805 à 1953)

Méhémet Ali, qui règne jusqu’en 1848 est un grand réformateur, il modernise les structures du pays et notamment l’armée, sur un modèle européen de conscription. Le retrait français a laissé la province ottomane sans dirigeant. Le pouvoir des mamelouks affaibli n’ayant pas été anéanti, les Ottomans rétablissent leur contrôle sur la région. Lors de cette période d’anarchie, Méhémet-Ali utilisa ses troupes albanaises sur 2 fronts, pour conquérir le pouvoir et le second pour son prestige personnel. En 1805, le peuple lassé par l’instabilité chronique se révolte, dirigé par les oulémas. Un groupe de notables égyptiens demanda que la démission du wāli (gouverneur), Ahmad Kurshid Pacha, et la prise du pouvoir par Méhémet-Ali. Le sultan ottoman Selim III ne pouvant s’opposer à l’ascension de Méhémet-Ali, consolida la position de ce dernier. Pendant les combats entre les mamelouks et les Ottomans entre 1801 et 1805, Méhémet-Ali veilla à ne jamais perdre le soutien populaire qui l’avait mené là. En se positionnant comme le protecteur du peuple, Méhémet-Ali réussit à contenir l’opposition populaire jusqu’à l’affermissement de son pouvoir. Malgré leurs défaites, les mamelouks, qui avaient contrôlé l’Égypte durant plus de 600 ans, menaçaient le pouvoir de Méhémet-Ali et planifiaient à terme son assassinat. C’est alors qu’en 1811, il invite les dirigeants mamelouks à un festin à la citadelle du Caire en l’honneur de son fils Toussoun Pacha (père d’Abbas Ier Hilmi), qui devait être nommé dans une expédition en Arabie. Lors du repas les mamelouks sont emprisonnés et assassinés, laissant à Méhémet-Ali le gouvernement de l’Égypte.
Il introduisit de vastes réformes en Égypte : armée de conscription qu’il utilisa pour repousser les frontières de l’Égypte. Importants travaux d’infrastructure (routes et canaux en mobilisant plus de 300 000 cultivateurs). Il envisagea la construction d’une voie ferrée du Caire à Suez et le creusement d’un canal reliant la Méditerranée à la mer Rouge, deux projets qui seront menés à terme par ses successeurs. Il fit du pays l’un des principaux producteurs mondiaux de coton. Il se signala aussi par des réformes sociales, et la création d’écoles modernes.
Vassal nominatif du sultan ottoman, il n’hésita pas à mener une politique indépendante. Il réprime pour le compte du sultan ottoman une révolte des wahhabites en Arabie, de 1811 à 1818 (son fils Ibrahim Pacha assure l’intérim du gouvernement en 1813 alors qu’il mène une campagne en Arabie, puis finit la campagne militaire), puis lui vint en aide par l’entremise de son fils Ibrahim Pacha dans la guerre d’indépendance grecque entre 1824 et 1828, en échange de divers territoires ; cette dernière opération provoqua la destruction de sa flotte à la bataille de Navarin. Il obtient peu après que ses fils lui succèdent à son poste.
Entre 1821 et 1823, il s’empare du territoire esclavagiste du Dongola, puis d’une partie du Soudan.
Lors de la première guerre égypto-ottomane de 1831, Ibrahim pacha s’empare de la Syrie en y battant les Turcs, il prend Damas le 27 mai 1832, défait l’armée ottomane à Homs le 8 juillet et à Beilan le 29 juillet, puis il envahit l’Anatolie et défait à Konya le 21 décembre 1832 l’armée ottomane de 100 000 hommes avec une armée de 15 000 hommes. Une intervention diplomatique franco-britannique conduisit à une solution négociée en 1833, la convention de Kütahya laissait le contrôle de la Syrie et de la Palestine à l’Égypte.
L’égypte s’empare d’une partie de l’Arabie (nord et côte de la mer Rouge) en 1832, d’une grande partie du Soudan dont Khartoum en 1835.
En 1839, le sultan Mahmoud II reprit la guerre, mais subit une défaite décisive aux mains d’Ibrahim à Nisibe le 24 juin 1839. Il mourut peu après et les armées égyptiennes se rapprochèrent une nouvelle fois dangereusement de Constantinople. Il fallut une intervention européenne pour les repousser. En 1841, Méhémet-Ali et son fils Ibrahim Pacha durent céder le contrôle de la Syrie par le traité de Londres.
Méhémet-Ali est déposé en juillet 1848 sous prétexte d’incapacité mentale. Il abdique le 1er septembre et meurt en août 1849. Deux de ses fils, Ibrahim et Abbas, lui succèdent mais sont contraints d’accepter la tutelle de l’Empire britannique.
Ibrahim Pacha, né en 1789 et mort en 1848, généralissime et homme d’État égyptien, fils aîné du vice-roi (al-wāli) d’Égypte Méhémet Ali dont il fut le principal bras armé. Ibrahim a gouverné l’Égypte du 2 mars au 10 novembre 1848. Il est le père d’Ismail, qui fut le khédive d’Égypte à partir de 1863 et qui engendra une lignée de dirigeants égyptiens. Avec l’aide du français Joseph Anthelme Sève (Soliman pacha), il introduit la discipline européenne dans l’armée égyptienne. Il mène la campagne contre les Wahhabites de 1816 à 1818 qui fût une victoire laborieuse. Le 11 décembre 1819, il entre triomphalement au Caire. En 1824, le sultan ottoman Mahmoud II, qui souhaitait l’aide de l’armée égyptienne dans la guerre d’indépendance grecque (1821-1832), nomme Mehemet Ali gouverneur de Morée.
Ibrahim est envoyé dans le Péloponnèse avec un escadron et une armée de 17 000 hommes. L’expédition part pour la Grèce le 4 juillet 1824, mais pendant plusieurs mois le détachement est dans l’incapacité d’aller plus loin que la Crète ou l’île de Rhodes, par crainte des brûlots grecs. Le 26 février 1825, après la révolte de marins grecs pour le retard du paiement de leur salaire, Ibrahim débarque à Modon. Il mène alors plusieurs campagnes victorieuses, et conquiert la majeure partie de la péninsule. Il défait facilement les Grecs et parvient le 24 avril 1826 à mettre fin au siège de Missolonghi qui a coûté la vie à de nombreux soldats turcs et égyptiens.Cependant, à mesure que la guérilla s’éternise et devant la résistance des insurgés grecs qui harcèlent son armée, il détruit en partie le pays et envoie des milliers de Grecs en Égypte pour servir d’esclaves. Ces mesures indignent les puissances européennes, la France, le Royaume-Uni et la Russie qui se liguent pour mettre un terme au conflit. Après la bataille de Navarin le 20 octobre 1827, au cours de laquelle sa flotte est détruite par les Européens, l’Expédition de Morée, menée par la France, le force à capituler et il quitte le pays le 1er octobre 1828. Quand son père devient sénile, Ibrahim est nommé régent (mars 1848) puis de facto vice-roi. À sa mort, de phthisie le 10 novembre 1848, il est remplacé par Abbas réputé proche des Britanniques qui s’opposaient à l’idée d’Ibrahim de construire un État moderne égyptien.
Abbas Ier Hilmi : né le 1er juillet 1813 à Djeddah, et mort le 13 juillet 1854, gouverneur (al-wālī) d’Égypte et du Soudan de 1848 à 1854. Fils de Toussoun Pacha, petit-fils de Méhémet Ali. Dans sa jeunesse, il a combattu en Syrie sous les ordres d’Ibrahim Pacha, son oncle (ou supposé oncle). Grâce aux Britanniques, il lui succède en novembre 1848, devenant gouverneur de l’Égypte. Puis à la mort de Méhémet Ali, qui avait été déposé à cause de son état mental, en août 1849, il hérite du titre de pacha. Farouche opposant aux réformes modernes de ses prédécesseurs, il expulse les conseillers européens, supprime les monopoles commerciaux, ferme les usines et les écoles, et ramène l’armée égyptienne à une armée modeste de 9 000 hommes. Il se rapproche de l’Empire ottoman pour redevenir un vassal. Son armée participa, aux côtés des forces ottomanes, à la guerre de Crimée. Il était généralement vu comme un homme sombre, religieux, réactionnaire et taciturne, sortant rarement de son palais. Il fut assassiné en 1854 par deux de ses esclaves, et c’est son oncle, Saïd Pacha qui lui succéda
Saïd Pacha (1822 - 1863) gouverneur d’Égypte et du Soudan de 1854 à 1863, quatrième fils de Méhémet Ali. Sous son règne, série de réformes fiscale et agraire, et modernisation de l’infrastructure égyptienne, grâce à une série de prêts occidentaux. Novembre 1854, il accorde le premier acte de concession du terrain qui servira au percement du canal de Suez à Ferdinand de Lesseps. Mais les Britanniques s’opposent à cet accord et demandent à l’Empire ottoman, de suspendre cette permission durant 2 ans. La construction, démarra en 1859, et fut achevée sous son successeur en 1869 (l’État égyptien se voit allouer près de 180 000 actions de la Compagnie du Canal de Suez). En 1854, il crée la compagnie de navigation La Medjidieh, pour assurer le voyage des pèlerins vers La Mecque mais qui fera faillite, et inaugure la première ligne de chemin de fer du pays, reliant Kafr el-Zayyat à Alexandrie, le long du Nil. Saïd laisse une dette de plus de 250 millions de francs-or, menant à la création de l’Anglo-Egyptian Bank en 1864, obligeant son successeur à émettre une nouvelle série d’emprunts, ce qui conduisit à la création de la Banque franco-égyptienne en 1870, puis à une grave crise financière en 1875.
Le Soudan qui avait été conquis par son père en 1821, servait principalement de réserve d’esclaves pour l’armée égyptienne. Les incursions au Soudan, la razzia annuelle, sont allés bien au-delà, jusqu’en Kordofan et en Éthiopie. Faisant face aux pressions européennes lui demandant de mettre fin aux razzias, Saïd publie un décret interdisant ces incursions. Mais les marchands d’esclaves ignorent ce décret. Durant la Guerre civile américaine, qui entraine une pénurie de coton, l’Égypte devient le principal fournisseur des industries textiles européennes.
À la demande de Napoléon III en 1863, un bataillon de soldats soudanais part se battre au Mexique contre la rébellion des indépendantistes mexicains. Sous le règne de Saïd, l’influence des cheikhs diminue. Saïd est à l’origine de la création du Service de conservation des antiquités de l’Égypte en 1858 (en même temps que du musée de Boulaq, qui est un organe indissociable du Service). Il en confia la direction à Auguste Mariette.
Il meurt en janvier 1863, et son neveu Ismail lui succède. La ville méditerranéenne de Port-Saïd porte son nom.
Ismaïl Pacha né en 1830 et mort en 1895, vice-roi puis khédive d’Égypte et du Soudan du 18 janvier 1863 au 8 août 1879. Fils d’Ibrahim Pacha et petit-fils de Méhémet Ali. Pendant le règne d’Abbas, il est le chef de l’opposition mais il adopte une position modérée sous le règne de son oncle Saïd Pacha qui lui donne le commandement de l’armée du Soudan. Devenu vice-roi d’Égypte (il devient khédive en 1867), il entreprend une politique de conquêtes. Il annexe le Darfour (1867) mais est battu par l’Abyssinie (1874). En 1869, il reçoit l’Impératrice Eugénie pour l’inauguration du canal de Suez. Parmi les festivités mondaines dont la première de l’opéra Aïda au Caire, les nombreux invités européens sont guidés sur les sites archéologiques par Auguste Mariette, directeur du Service de conservation des antiquités de l’Égypte et du musée de Boulaq. Le coût de ses campagnes militaires entraîne la ruine du trésor égyptien et l’insolvabilité du pays : il doit vendre ses parts sur le canal de Suez au Royaume-Uni (1875) et doit accepter que la direction de ses finances passe sous le contrôle d’une commission européenne de financiers et de banquiers. En réaction contre ce contrôle, il tente un coup d’État en 1879 mais il échoue et doit abdiquer en faveur de son fils Tawfiq. Il part dans un fastueux exil en Turquie et meurt près de Constantinople.
Dès 1876, après la défaite en Éthiopie et la cure d’austérité imposée à l’armée, conséquence de la banqueroute égyptienne, le moral des troupes se dégrade, avec des manifestations de soldats d’origine égyptienne en 1879 contre le gouvernement d’Ismaïl Pacha. C’est le début du mouvement connu sous le nom de révolte d’Urabi Pacha, dont Ahmed Urabi deviendra le porte-parole. Ahmed Urabi se joint aux réformateurs pour dénoncer l’influence occidentale dans le pays et faire valoir les revendications des militaires d’origine égyptienne, notamment l’égalité de traitement sans distinction de race ni de religion. Il est alors arrêté, ce qui provoque une mutinerie dans les rangs militaire en février 1881 : le ministère de la guerre est mis à sac et Ahmed Urabi est libéré par les mutins, qui occupent alors la place Abdin (palais du Khédive) jusqu’à la démission du ministre de la guerre, le circassien Uthman Rifqi. Sous la pression des manifestants, le gouvernement nomme alors Ahmed Urabi sous-secrétaire au ministère de la guerre avant de lui accorder le poste de ministre. Il conduit alors une réforme pour instituer une assemblée parlementaire en Égypte et, pendant les derniers mois de la révolte (de juillet à septembre 1882), il obtient le poste de premier ministre.
Ces événements vus comme une révolte nationaliste pouvant porter atteinte aux intérêts européens en Égypte entraînent la réaction des gouvernements français et britannique. Après avoir été nommé commandant en chef des forces armées, bénéficiant de l’appui de l’armée et des oulémas, Urabi parvient à interdire l’accès du port d’Alexandrie aux flottes française et britannique quand s’engage la guerre anglo-égyptienne lors de laquelle l’armée égyptienne est défaite de manière décisive à la bataille de Tel el-Kebir. l’Égypte est conquise par l’Empire britannique après une courte guerre en 1882 tout en restant nominalement ottomane. Lors de la Guerre des Mahdistes entre 1881 et 1899, les troupes anglo-égyptiennes affrontent les Mahdistes esclavagistes qui se sont emparés du Soudan : leur victoire fait naître un Soudan anglo-égyptien dominé de fait par les Britanniques
Protectorat britannique sur l’Égypte. (1882 à 1922)
Muhammad Tawfiq : né en 1852 mort en 1892 Successeur de son père Ismaïl Pacha qui a abdiqué et dont il est le fils aîné, au cours de la crise financière qui frappe l’Égypte, il remplace, début 1879, Nubar Pacha au poste de président du Conseil. Le 15 novembre, il est proclamé khédive grâce au soutien des Britanniques et de la France : dès lors, le pays est en fait gouverné par le contrôleur-général Evelyn Baring relayé par Auckland Colvin, côté anglais, et par le directeur de la Dette égyptienne, Ernest de Blignières, côté français. Il nomme en 1881 Urabi Pacha, chef du mouvement nationaliste, ministre de la Guerre et celui-ci s’empresse de fortifier Alexandrie : en représailles, les Britanniques bombardent les fortifications durant l’été 1882 et Tawfiq, en dépit d’un avertissement des diplomates européens, demeure dans son palais de Qasr el-Raml. S’ensuit la guerre anglo-égyptienne de 1882. Après la défaite d’Urabi à la bataille de Tel el-Kebir, Tawfiq subit un contrôle rigoureux des Britanniques et, sur l’ordre de Evelyn Baring, doit abandonner sa suzeraineté sur le Soudan après la victoire des mahdistes (1884). En juin 1888, il démet de ses fonctions Nubar Pacha et le remplace par Riyad Pacha. Tawfiq passe ensuite, loin des intrigues, une grande partie de son règne dans son palais du Caire, à cultiver ses terres.
Son fils Abbas II Hilmi lui succéda : né le 14 juillet 1874 à Alexandrie et mort le 19 décembre 1944 à Genève, dernier khédive d’Égypte de 1892 à 1914, septième souverain de la dynastie de Muhammad Ali. Il fut destitué par les autorités britanniques en 1914 au début de la Première Guerre mondiale pour avoir soutenu le mouvement nationaliste et suite à l’entrée de l’empire Ottoman dans le conflit du côté des empires centraux. Son successeur est Hussein Kamal.
Hussein Kamal Pacha (1914-1917) : Second fils du khédive Ismaïl Pacha, de la dynastie de Méhémet Ali. Le 5 août 1914, sous pression Britannique, le premier ministre Hussein Rouchdi Pacha rompt toute relation avec les Empires centraux. Le canal de Suez est occupé par l’armée coloniale britannique en violation de la neutralité garantie par les traités internationaux. Le 18 octobre, l’Assemblée législative est suspendue pour 2 mois. Le 20 octobre, un décret interdit aux Égyptiens tout rassemblement de plus de 4 personnes. Le 2 novembre 1914, le général John Maxwell, gouverneur militaire de l’Égypte, proclame la loi martiale. Des milliers d’opposants nationalistes, intellectuels, enseignants, médecins, étudiants, officiers, sont internés dans des camps et des oasis ou envoyés en exil à Malte. Le 19 décembre 1914, Hussein Kamal est proclamé sultan d’Égypte, mettant fin à quatre siècles d’Égypte ottomane. Malgré le mécontentement latent des habitants, l’Égypte sert de base arrière à la Force expéditionnaire britannique pendant la campagne du Sinaï et de la Palestine. Le sultan Hussein Kamal survit à deux tentatives d’assassinat. Après celle de mai 1917, il prépare sa succession et songe à léguer le trône à son seul fils, le prince Kamal el Dine Hussein Mais le haut-commissaire britannique Henry McMahon est plus favorable à la désignation de son cousin Ahmed Fouad. Le 21 septembre 1917, Kamal el Dine renonce formellement à la succession et lorsque Hussein Kamal meurt de mort naturelle le 9 octobre 1917, c’est Ahmad Fouad qui devient sultan sous le nom de Fouad Ier
Les Britanniques sont opposés à l’union de l’Égypte et du Soudan et imposent un statut de condominium anglo-égyptien, territoire sous domination conjointe britannique et égyptien. Ce statut a été constamment contesté par les Égyptiens tant de la part du gouvernement que du grand public qui ont toujours préconisé l’unité de la Vallée du Nil. Cette revendication restera un sujet de controverse entre l’Égypte et la Grande-Bretagne jusqu’à l’indépendance du Soudan en 1956.
Après la Première Guerre mondiale : une délégation égyptienne connue sous le nom Wafd demande à participer à la conférence de paix de Paris de 1919 afin d’exiger l’indépendance de leur pays. Son chef politique, Saad Zaghloul, sera plus tard Premier ministre. La délégation est arrêtée et déportée à l’île de Malte. En réaction, des manifestations de masse ont lieu en Égypte en mars et avril 1919 qui tournent à la Révolution. Étudiants, fonctionnaires, commerçants, paysans, ouvriers, prêtres, chrétiens comme musulmans participent. La répression britannique cause la mort de 800 personnes.
En novembre 1919, la commission Milner se rend en Égypte pour tenter de résoudre la situation. En 1920, Lord Milner présente son rapport à Lord Curzon, secrétaire aux affaires étrangères recommandant que le protectorat soit remplacé par un traité d’alliance. Lord Curzon accepte de recevoir une mission égyptienne dirigée par Zaghloul et Adly Pacha pour discuter de ces propositions. La mission arrive à Londres en juin 1920 et l’accord est conclu en août 1920. En février 1921, le Parlement britannique approuve l’accord et l’Égypte est invitée à envoyer une autre mission à Londres avec les pleins pouvoirs pour conclure un traité définitif. Adly Pacha dirige cette mission, qui arrive en juin 1921.
Cependant, les délégués à la conférence impériale de 1921 réunissant les représentants de l’Empire britannique soulignent l’importance de maintenir un contrôle militaire sur la zone du canal de Suez. Lord Curzon n’arrive pas à convaincre ses collègues du Cabinet de consentir des compensations qu’Adly Pasha seraient en mesure d’accepter. La mission se conclut donc sur un échec.

Royaume d’Égypte (1922 à 1953). La monarchie est établie et reconnue par les Britanniques en 1922 avec Fouad 1er Ils sont en lutte contre le parti Wafd, une organisation nationaliste qui s’oppose fortement à l’influence britannique et à leur mainmise sur le canal de Suez. D’autres forces politiques émergent au cours cette période, dont le parti communiste (1925), et les Frères musulmans (1928), lesquels ont fini par devenir une puissante force politique et religieuse.
Le roi Fouad 1er meurt en 1936 et Farouk hérite du trône à 16 ans. Alarmé de la récente invasion de l’Éthiopie par l’Italie, il accepte de signer le traité anglo-égyptien qui prévoit le retrait des troupes britanniques d’Égypte, à l’exception de la zone du canal de Suez dont l’évacuation est fixée en 1949.
Le royaume est miné par la corruption et la défaite dans la guerre israélo-arabe entraîne la révolution égyptienne de 1952 dirigée par un groupe d’officiers de l’armée le Mouvement des officiers libres. Farouk abdique en faveur de son fils en bas âge Fouad II. Toutefois, en 1953, la monarchie est officiellement abolie et la République d’Égypte est proclamée.

En décembre 1921, les britanniques imposent la loi martiale et expulsent à nouveau Zaghloul, d’où de nouvelles violences en Égypte. Devant la montée du nationalisme et sur la suggestion du Haut-Commissaire Lord Allenby, le Royaume-Uni reconnaît l’indépendance égyptienne en 1922. Le protectorat est aboli et le sultanat est converti en Royaume d’Égypte. Fouad 1er monte sur le trône et nomme Sarwat Pacha 1er ministre.
L’influence britannique continue cependant à dominer la vie politique de l’Égypte et favorise les réformes fiscales, administratives et gouvernementales. La Grande-Bretagne conserve le contrôle de la zone du canal, du Soudan et assure la protection externe de l’Égypte.
Le 19 avril 1923 l’Égypte adopte une nouvelle constitution élaborée par le parti Wafd. Selon cette constitution, le roi est le chef suprême du pays. Il doit être assisté par les ministres dans les tâches du gouvernement. Le pouvoir législatif est dévolu au parlement.
Représentant le parti Wafd, Saad Zaghloul est élu au suffrage universel premier ministre en 1924. Il exige que la Grande-Bretagne reconnaisse la souveraineté égyptienne sur le Soudan et l’union de la vallée du Nil. Le 19 novembre 1924, le gouverneur-général du Soudan, Sir Lee Stack, est assassiné au Caire et des émeutes pro-égyptiennes éclatent au Soudan. Les Britanniques exigent des excuses de la part de l’Égypte et le retrait de ses troupes du Soudan. Zaghloul qui consent à la première demande mais non à la seconde est contraint à la démission le 24 novembre 1924.
Une longue période d’instabilités suit cette démission. En 1928 le parlement est dissous, et une partie de la constitution n’est plus respectée. La même année, Hassan el-Banna fonde l’association des Frères musulmans contre le parti Wafd et l’influence occidentale. L’année suivante, le parti fasciste Misr-al-Fatat est fondé par Ahmad Husayn. Le 4 octobre 1929, le premier ministre Mohammad Mahmoud Pacha démissionne. Durant les deux mois qui suivent, le baronnet Percy Lyham Loraine assure la fonction du gouverneur général d’Égypte, jusqu’à ce que le pays puisse choisir un nouveau premier ministre. En 1931, le parti Wafd boycotte les élections, le gouvernement du pays passe aux mains du parti Al-Sha’ab (parti du peuple). De 1933 à 1936, Fouad 1er dirige lui-même le pays. Durant cette période, grâce à des retours en poste des anciens chefs du gouvernement comme Sarwat Pacha, Adli Pacha ou Mahmûd Khalîl Pasha qui assuraient des mandats supplémentaires, l’Égypte peut développer de bonnes bases qui lui permettent bientôt de retrouver l’indépendance totale.
Fouad 1er décède le 28 avril 1936. Le roi Farouk, son fils, de 16 ans, lui succède. Jusqu’au 29 juillet 1937, il est assisté par le conseil de régence présidé par le prince Mohamed Ali Tewfik.
La constitution est rétablie en 1936. Le parti Wafd revient au pouvoir par suffrage universel. Moustafa el-Nahhas, un compagnon de Saad Zaghloul qui était en exil avec lui aux Seychelles, ancien Premier ministre en 1928 et en 1930, devient Premier ministre pour la troisième fois. Le 26 août 1936, les deux gouvernements signent le traité anglo-égyptien de 1936, qui marque le retrait de l’armée britannique de toute l’Égypte, à l’exception de la région du canal de Suez.
Lors de la Seconde Guerre mondiale, l’Égypte est une base pour des opérations alliées dans la région, puis elles se retirent de la région du canal de Suez en 1947, mais les sentiments nationalistes anti-britanniques croissent après la guerre. Les 22 et 23 juillet 1952, le Mouvement des officiers libres, dirigé par Mohammed Naguib et Gamal Abdel Nasser renverse le roi Farouk, dont l’armée est accusée de la mauvaise performance de l’Égypte dans la guerre de 1948 avec Israël, lançant ainsi la révolution égyptienne de 1952.
La guerre israélo-arabe de 1948-1949 commence le 15 mai 1948, au terme du mandat britannique sur la Palestine et après 6 mois de guerre civile entre les populations juives et arabes du pays. Elle se termine avec les différents cessez-le-feu israélo-arabes, conclus entre février et juillet 1949. Depuis le 30 novembre 1947 et le vote du plan de partage de la Palestine, les forces paramilitaires juives affrontent les irréguliers arabes palestiniens et les volontaires de l’Armée de libération arabe, tandis que les Britanniques, qui sont responsables de l’administration du pays, l’évacuent. Les forces palestiniennes ont été défaites, plusieurs villes mixtes, à l’exception notable de Jérusalem, sont sous le contrôle des forces juives et 350 000 à 400 000 Palestiniens ont déjà pris les routes de l’exode, fuyant les combats ou expulsés de leurs villages par les forces juives3, notamment à partir de la mise en œuvre du plan Daleth fin mars 1948.
Le 14 mai 1948 à minuit, le mandat britannique sur la Palestine s’achève officiellement. L’État d’Israël est proclamé dans la journée sur une partie du territoire. Vu la situation catastrophique des forces arabes, les États arabes voisins décident d’intervenir et plusieurs armées arabes envahissent l’ancienne Palestine mandataire. Du 15 mai au 11 juin, les forces arabes à l’offensive n’obtiennent pas de succès décisif. Les 2 camps subissent de lourdes pertes, surtout autour de Jérusalem, et acceptent la trêve d’un mois demandée par l’ONU. Les forces arabes positionnées autour des zones Israéliennes ne réussissent pas à y pénétrer ni à réaliser le blocus de Jérusalem. La trêve est mise à profit par les 2 camps pour renforcer leur dispositif. Les Israéliens, qui six mois plus tôt ne disposaient que d’une force sous-équipée de 5 000 hommes, y parviennent mieux, mobilisant plus la population civile, faisant entrer plus d’armes dans le pays. Le 10 juillet, ils sont supérieurs en nombre de combattants et en matériel, pour affronter des adversaires politiquement et géographiquement divisés, et dont la préparation militaire est insuffisante. Alors que l’ONU propose d’autres plans de partage, les Israéliens lancent de juillet 1948 à mars 1949 des opérations militaires entrecoupées de cessez-le-feu, prenant le contrôle de toute la Galilée, du sud-ouest de la Samarie, de la majeure partie de la zone côtière, de l’ouest de la Judée jusqu’au secteur de Jérusalem, et du Néguev. Du 15 mai 1948 à la mi-avril 1949, plus de 350 000 Palestiniens (sur les 720 000 de l’ensemble de l’exode palestinien) prennent la route de l’exode, fuyant les combats ou expulsés des zones contrôlées ou conquises par Israël. Simultanément, la situation des Juifs dans plusieurs pays arabes s’aggrave à la suite d’émeutes ou de politique ouvertement antisémite comme en Irak et l’émigration des Juifs hors des pays arabes s’amorce.
En égypte, les attentes populaires en matière de réformes conduisent à des émeutes ouvrières de Kafr Dawar le 12 août 1952.

Histoire de la République arabe d’Égypte. (1953 à nos jours)
L’histoire du pays fut marquée par le second Président de la République, Gamal Abdel Nasser. Le gouvernement de Nasser modernise les infrastructures et dote l’Égypte d’une industrie. Des nationalisations sont effectuées et le secteur public devient prépondérant. De nombreuses politiques sociales sont impulsées (réforme agraire, gratuité de l’enseignement, salaire minimum, réduction du temps de travail des ouvriers, etc).
Lors de la révolution égyptienne de 1952, les officiers libres instaurent un conseil de commandement militaire dans le but d’abolir la monarchie. Le mouvement, galvanisé par un jeune lieutenant-colonel de 34 ans, Nasser, ce héros de la guerre israélo-arabe de 1948 qui avait fondé un comité révolutionnaire secret, était composé de jeunes officiers généralement âgés de moins de 35 ans, qui avaient pour but d’abolir la monarchie et de mettre fin à la présence britannique dans le pays.
Dès la fin de l’année 1949, Nasser forme un comité de coordination, dont il devient le chef en 1950. Après avoir établi patiemment son réseau au sein de l’armée et de la société civile, il enrôle le général Naguib, le général le plus prestigieux et le plus respecté du pays, ce qui devait permettre aux militaires de réussir leur coup d’État. Les 9 hommes du comité du mouvement des officiers libres sont le lieutenant-colonel Gamal Abdel Nasser, le major Abdel Hakim Amer, le lieutenant-colonel Anouar el-Sadate, le major Salah Salem, le major Kamal ad Din Husayn, le commandant Gamal Salem, le chef d’escadron Hassan Ibrahim, le major Khalid Muhi ad Din et le commandant Abd al Latif al Baghdadi. Le major Hussein al-Shafii et le lieutenant-colonel Zakaria Muhi ad-Din ont rejoint le mouvement plus tard. Leur programme tient en 6 points : fin du colonialisme, du féodalisme, de la domination du capital sur le pouvoir politique et l’établissement de la justice sociale, l’instauration d’une vie démocratique stable et la formation d’une armée nationale puissante. Le putsch prévu au début du mois d’août, mais le 22 juillet, en début d’après-midi, les officiers apprennent que le roi et son premier ministre, Naguib el-Hilali, préparaient une série d’arrestations dans l’armée. Le putsch a lieu peu après minuit, et il est réussi sans pratiquement aucun coup de feu. Devant la révolte, le roi Farouk quitte le pays à bord de son yacht personnel, le Mahroussa et abdique le 26 en faveur de son jeune fils Fouad II âgé de seulement six mois.
Au petit matin, un Conseil révolutionnaire est institué de 11 officiers sous l’autorité de Nasser, nommé ministre de l’intérieur, et instigateur du coup d’État. Mohammed Naguib, un de leurs membres exerce l’essentiel du pouvoir en tant que premier ministre. Le 18 juin 1953, la monarchie est abolie. Le premier ministre Mohammed Naguib devient le premier président de la république. Pour respecter la constitution, Naguib et Nasser demandent à l’ancien premier ministre Ali Maher de diriger un nouveau cabinet ministériel. Le sort du roi Farouk est longuement débattu, certains des membres du conseil révolutionnaire voulant envoyer le roi devant un peloton d’exécution, et proclamer la république. Mais Nasser en décide autrement et fait valoir qu’il serait maladroit de provoquer ainsi les britanniques, et qu’une période de transition serait nécessaire pour établir la révolution. Début 1954, Nasser fait arrêter le général Mohammed Naguib en l’accusant de soutenir la confrérie des Frères musulmans. Il devient premier ministre le 25 février 1954.
Cette période est marquée, d’un point de vue économique, par l’application de l’idéologie socialiste : beaucoup d’usines sont nationalisées, notamment les usines textiles. En 1956, le canal de Suez est également nationalisé, ce qui provoque la crise du canal de Suez et la riposte franco-britannico-israélienne.
Nasser centralise l’État égyptien, il fait augmenter les pouvoirs du président de la république, il nationalise l’industrie, procède à une réforme agraire, et met en œuvre de grands projets de travaux publics, comme le barrage d’Assouan.
Le 19 octobre 1954, il conclut un traité avec le gouvernement Churchill prévoyant l’évacuation des 80 000 soldats britanniques de la base de Suez en 20 mois, les Anglais obtenant en contrepartie le maintien de techniciens civils pour entretenir la base et la possibilité de la réutiliser en cas de conflit. Parallèlement, des négociations secrètes sont menées avec les Américains par l’intermédiaire de la CIA mais échouent en novembre, les Égyptiens considérant le montant de l’aide proposée comme insuffisant.

La tendance de Nasser à la manipulation dramatique de la politique fut mise en exergue le 26 octobre 1954 par une mise en scène ? d’une tentative de son assassinat. Pendant un de ses discours, Mahmoud Abd al-Latif, supposé membre des Frères musulmans, tire 8 balles vers lui. Bien qu’à courte distance tous les tirs échouent. Nasser continue de parler en disant : « Laissons-les tuer Nasser. Il n’est qu’un parmi beaucoup. Mes chers concitoyens restez où vous êtes. Je ne suis pas mort. Je suis vivant, et même si je meurs vous êtes tous Gamal Abdel Nasser ». Cet à-propos et l’absence de réaction des gardes du corps font penser à un faux attentat, mais la plupart des études ainsi que l’audition du discours de Nasser après l’attentat laissent peu de doutes sur la réalité de la tentative d’assassinat. Nasser utilisa l’angoisse nationale pour lancer une répression visant à l’éradication des Frères musulmans.
Le régime se radicalise début 1955 sous la double pression du jeu d’alliances régional et du comportement israélien. Destiné à contrer l’URSS au Moyen-Orient, la mise en place le 25 février 1955 du Pacte de Bagdad isole l’Égypte face à son concurrent irakien, ce qui pousse Nasser à développer un discours neutraliste et anti-impérialiste. Simultanément, le raid de représailles israélien du 28 février 1955 débouche sur une humiliation pour l’armée égyptienne et met en évidence son manque d’équipement lourd. Le pouvoir nassérien étant avant tout un pouvoir militaire, la question de la formation d’une alliance avec un pays en mesure de lui fournir des armes devient central
Nasser participe, du 18 au 24 avril 1955, à la conférence de Bandung (point de départ du Mouvement des non-alignés, dont Nasser sera une figure emblématique avec Nehru et Tito). Il met en garde les pays récemment indépendants contre la « colonisation économique » par l’Occident ou par le bloc soviétique. La nationalisation du canal de Suez illustrera cette prise de position.
En s’y rendant, il fait étape en Birmanie ou il rencontre le ministre des Affaires étrangères chinois Zhou Enlai à qui il demande de sonder l’URSS pour savoir si elle serait disposée à lui vendre des armes. Le 19 mai l’ambassadeur soviétique au Caire lui fait part de l’accord de son pays. Fort de ce succès, Nasser se tourne vers les États-Unis en indiquant que s’ils n’acceptent pas de lui vendre des armes il ira voir ailleurs. L’administration Eisenhower donne un accord de principe, mais demeure un problème : l’Égypte n’a pas les devises pour payer alors que les soviétiques acceptent d’être payés en coton. Finalement, le 27 septembre 1955 Nasser annonce publiquement le contrat d’armement avec l’URSS, mais refuse la venue d’instructeurs du bloc de l’est pour en apprendre le maniement. Cette décision est liée à l’histoire de l’armée égyptienne qui fut encadrée jusqu’aux années 1940 par des instructeurs britanniques et en conserve un très mauvais souvenir. Avec le départ de ces derniers de la base de Suez, il n’était pas concevable d’accueillir des instructeurs militaires étrangers. Il découlera de cette décision un problème permanent de formation du personnel militaire qui pèsera lourd dans le cadre de la guerre de 1967.
Le 16 mai 1956, l’Égypte reconnaît la Chine populaire. Il s’agit pour Nasser de disposer potentiellement d’un autre fournisseur d’armes au cas où l’URSS, qui vient de faire savoir qu’elle souhaitait être partie prenante du règlement du conflit du Proche-Orient, déciderait d’interrompre ses livraisons pour se mettre en position de garantir un règlement de paix. C’est aussi une contrepartie au fait que depuis la conférence de Bandung la Chine s’est diplomatiquement alignée sur les positions arabes5.
Le 18 juin 1956, les dernières troupes britanniques quittent l’Égypte mettant fin à 74 ans de présence. Le 23 juin, un double référendum met en place une nouvelle constitution et désigne Nasser, candidat unique, comme Président de la République avec officiellement 99,84 % de votes favorables.
Le 26 juillet 1956, Gamal Abdel Nasser nationalise le canal de Suez. Face à cela, Israël, le Royaume-Uni et la France bombardent le canal de Suez. L’invasion débute le 29 octobre 1956 lorsque Israël envahit la bande de Gaza et le Sinaï comme convenu lors des Protocoles de Sèvres tandis que le lendemain la France et le Royaume-Uni lancent un ultimatum aux deux belligérants pour qu’ils se retirent de la zone du canal. Ce fut un prétexte aux forces européennes pour reprendre le contrôle du canal et pour renverser le régime en place. Dès le refus de l’Égypte de démilitariser le canal de Suez, les forces européennes débutent leurs bombardements. En une journée, plus de 260 avions égyptiens sont détruits au sol. Les bombardements continueront jusqu’au 5 novembre lorsque les forces occidentales débarquent au sud de Port-Saïd, le même jour la zone est sécurisée ce qui établit un point sécurisé afin d’assurer l’arrivée des renforts aériens. Le lendemain l’armée britannique appuyée par la marine française investit les plages de Port-Saïd en causant d’énormes dommages aux batteries de défenses égyptiennes. Alors que les combats continuent dans la ville, le 45e commando progresse mais les combats urbains menés lors de cette opération voient les forces alliées freinées par des tireurs embusqués égyptiens. Finalement après plusieurs jours de combats les habitants égyptiens équipés d’armes automatiques et l’armée égyptienne sont battus et les Français et Anglais prennent le contrôle du canal. Les forces françaises, anglaises et israéliennes débutent à partir de là une offensive vers la capitale égyptiennes dans le but de renverser le régime en place.
Bien que le conflit se termine par une victoire militaire occidentale, grâce au menaces soviétiques, un cessez-le feu est imposé.
Nasser inspire les nationalistes dans tout le monde arabe, et des partis nasséristes voués à l’unité arabe sont rapidement créés. Nasser devient le chef de file du monde arabe. Il suit une politique panarabe, qui a favorisé la confrontation entre les États arabes et les États occidentaux, demandant que les ressources du monde arabe servent les intérêts du peuple arabe et non l’intérêt des Occidentaux.
En 1958, les militaires égyptiens et syriens demandent au président Nasser la fusion entre ces deux pays. Nasser est surpris de cette demande soudaine et accepte la fusion. La Syrie et l’Égypte fusionnent le 22 février 1958 pour former la République arabe unie et essayent d’y inclure le Yémen. L’union est dissoute en 1961 car les bureaucrates et les officiers égyptiens avaient des pratiques autoritaires, et la police secrète a durement réprimé les frères musulmans, et le parti communiste syrien.
Pour tenter d’obtenir le Yémen, des opérations militaires, y compris l’utilisation d’armes chimiques, furent entreprises dans le Nord du Yémen.
En politique internationale affirmation de l’idéologie nationaliste arabe et panarabe, dont l’Égypte se veut le leader. Cette idée selon laquelle les Arabes, du Maroc à l’Irak ne formeraient qu’un seul peuple morcelé par la colonisation et qui doit s’unir, explique l’éphémère union avec la Syrie dans la République arabe unie de 1958 à1961.
Pendant cette période, l’Égypte a une production artistique (littéraire et cinématographique) importante, très liée à la promotion du nationalisme arabe et qui est largement diffusée dans l’ensemble du monde arabe.
L’Égypte prend part à la Guerre des 6 Jours en 1967 et subit une lourde défaite : le Sinaï est occupé par Israël. Cette dernière remet temporairement en cause la confiance que le peuple égyptien à en Nasser. De ce fait, celui-ci décide de démissionner, avant de changer d’avis, à la suite d’un regain de popularité salutaire. Toutefois, à partir de ce moment, l’Égypte perd son rôle de chef de file du monde arabe. Cette date est aussi un point de rupture dans la production cinématographique et littéraire.
Nasser veut le rétablissement des droits du peuple palestinien et remilitarise le Sinaï à l’encontre des accords de 1956, et demande à la Force de secours des nations unies de quitter la péninsule. Nasser concentre des troupes et des chars d’assaut sur la frontière avec Israël.
Le 23 mai 1967, l’Égypte bloque l’accès au détroit de Tiran aux navires israéliens (route du sud essentielle à l’approvisionnement des Israéliens en pétrole et blocus du port d’Eilat), sans précédent depuis les accords internationaux sur les droits de passage dans le détroit, signés en 1957 par 17 puissances maritimes. Israël considère cela comme un casus belli. Israël attaque l’Égypte sans déclaration de guerre et bombarde les aérodromes et les bases militaires égyptiennes. Puis Israël occupe le Sinaï et gagne la guerre.
Le 9 juin, Nasser s’adresse à la population égyptienne : qualifiant la défaite militaire de revers, il rend hommage aux pays arabes qui ont combattu, remercie la France et l’URSS pour leur attitude au Conseil de Sécurité et endosse la responsabilité de la défaite annonçant sa démission de toutes ses fonctions publiques. À l’issue de son discours, des manifestations spontanées de rue se produisent, lui demandant de rester au pouvoir. Le soir, le vice-président, Zakaria Mohieddin, annonce son refus d’assumer la succession. Finalement, le lendemain, Nasser retire sa démission. Mais entretemps, les principaux chefs du régime ont suivi son exemple à l’image du maréchal Abdel Hakim Amer, commandant en chef des armées égyptiennes. Après le retour de Nasser, le maréchal va chercher à reprendre sa place malgré l’opposition de ce dernier. En août, il est mis en résidence surveillée, tout comme cinquante officiers qui lui sont fidèles. La crise se conclut le 14 septembre par le suicide du maréchal Amer
Anouar el-Sadate lui succède et lance la politique de l’Infitah (ouverture) qui vise, en réduisant le rôle de l’État, à attirer les investissements étrangers. Une classe de nouveaux riches se développe rapidement. En 1975, on compte plus de 500 millionnaires en Égypte mais plus de 40 % de la population vit sous le seuil de pauvreté et des bidonvilles se développent autour de la capitale. Par ailleurs, le pays accumule une dette monumentale durant les années de l’Infitah. Pour la restructurer, le FMI demande la suppression de toutes les subventions aux produits de base ce qui provoque des émeutes en janvier 1977. Le gouvernement fait intervenir l’armée, générant un nombre de victimes inconnu. Dans les campagnes, Sadate cherche à obtenir le soutien des élites rurales traditionnelles, dont l’influence avait décliné sous le nassérisme. Des paysans sont expulsés des terres contestées.
En 1973, Sadate, de concert avec la Syrie, mène l’Égypte dans la guerre du Kippour contre Israël pour tenter de reprendre le Sinaï perdu en 1967 lors de la guerre des Six Jours. Il élabore dans ce but une manœuvre militaire afin de masquer ses plans : faisant passer ses mouvements de troupes le long du canal de Suez pour des exercices militaires - fréquents à l’époque dans l’armée égyptienne, il met ainsi l’armée égyptienne dans une position favorable sans éveiller les soupçons israéliens. En parallèle, il s’assure suffisamment de soutien militaire et logistique, sans que ses alliés ne soient au courant du jour où l’armée passerait à l’offensive. Seul Hafez el-Assad, président syrien, est informé afin de mener une offensive coordonnée avec l’assaut égyptien. Le 6 octobre, jour de Yom Kippour (jour du Grand Pardon, le jour le plus saint pour les Juifs), alors que Sadate ordonne le début des hostilités, avec l’opération Badr, l’état-major israélien est surpris et doit se rendre à l’évidence : malgré une nette supériorité militaire de Tsahal, les forces égyptiennes sont décidées à reprendre les territoires perdus en 1967, profitant de la diminution des effectifs du fait de la fête religieuse en Israël. Et même si l’effet escompté par Sadate est réussi, les Égyptiens, tout comme les Syriens, ne peuvent contenir les contre-attaques israéliennes. Finalement, un cessez-le-feu est négocié par les États-Unis et l’URSS, alliés respectifs d’Israël et de l’Égypte, et des pourparlers de désengagement peuvent alors débuter. Sadate sort perdant sur le plan militaire et territorial mais il a montré que Tsahal n’est pas invincible en parvenant à lui faire face quelques jours durant. Les Egyptiens prétendent aujourd’hui encore avoir gagné la guerre de 1973 qui permet à l’Égypte de reprendre le Sinaï..
En novembre 1977, Sadate devient le premier dirigeant arabe à effectuer une visite officielle en Israël. Il y rencontre le premier ministre Menahem Begin, et prend la parole devant la Knesset à Jérusalem. Il effectue cette visite après avoir été invité par Begin et recherche un accord de paix permanent. Beaucoup d’autorités du monde arabe réagissent très défavorablement à cette visite, du fait qu’Israël est alors considéré comme un état « voyou » et un symbole de l’impérialisme.
Le 17 septembre 1978, les accords de Camp David sont signés, pour lesquels Sadate et Begin reçoivent le prix Nobel de la paix. Néanmoins, cet accord est extrêmement impopulaire dans le monde arabe et musulman. L’Égypte est alors la plus puissante des nations arabes et une icône du nationalisme arabe. De nombreux espoirs reposaient en effet dans la capacité de l’Égypte à obtenir des concessions d’Israël pour les réfugiés, principalement palestiniens, dans le monde arabe. En signant les accords, Sadate fait défection aux autres nations arabes qui doivent désormais négocier seules. Ceci est donc considéré comme une trahison du panarabisme de son prédécesseur Nasser, détruisant la vision d’un front arabe uni.
En septembre 1981, Sadate lance une offensive majeure contre les intellectuels et les activistes de tout le spectre idéologique. Sont ainsi emprisonnés des communistes, des nasséristes, des féministes, des islamistes, des professeurs d’université, des journalistes et des membres de groupes d’étudiants. Il fait également assigner le patriarche copte orthodoxe Chénouda III à résidence, dans le monastère Saint-Bishoy et emprisonne aussi un grand nombre de prêtres et évêques de son Église. Au total, près de 1 600 personnes sont arrêtées. Parallèlement, le soutien interne de Sadate disparaît sous la pression d’une crise économique, et en réaction à la violence de la répression des dissidents.
Le 6 octobre, un mois après la vague d’arrestations, Sadate est assassiné durant une parade militaire au Caire par des membres de l’armée qui appartiennent à l’organisation du Jihad islamique égyptien, fondée par d’anciens membres des Frères musulmans. Ils s’opposaient à la négociation entamée par Sadate avec Israël ainsi qu’à son usage de la force durant l’opération de septembre. Une fatwa approuvant l’assassinat avait été émise par Omar Abdel Rahman, un imam qui sera par la suite inculpé par les États-Unis pour son rôle dans l’attaque à la bombe du World Trade Center le 26 février 1993. Des règles de retrait des munitions lors de la parade avaient été mises en place afin de parer à tout risque de révolte, mais les officiers chargés de leur application étaient en pèlerinage à La Mecque.
Au passage des avions de combat Mirage, un camion de transport de troupes, simulant une panne, s’arrête devant la tribune présidentielle, le lieutenant Khalid Islambouli en sort, et se dirige vers le président. Sadate se tient debout pour recevoir son salut, lorsqu’Islambouli jette une grenade fumigène, signal de l’assaut. Les conjurés sortent alors du camion, lancent des grenades et tirent à l’aide de fusils d’assaut. Khalid Islambouli fait feu à plusieurs reprises sur le président égyptien, secondé par d’autres assaillants, au cri de « Mort au Pharaon ». Il sera par la suite jugé coupable de cet acte et exécuté en avril 1982. Durant l’assaut de nombreux dignitaires présents sont blessés, parmi lesquels James Tully, alors ministre irlandais de la Défense.
Dans la fusillade qui s’ensuit, sept personnes sont tuées, dont l’ambassadeur de Cuba et un évêque copte orthodoxe, et vingt-huit blessées. Sadate est conduit à l’hôpital, mais il est déclaré mort dans les heures qui suivent. Le vice-président Hosni Moubarak, qui a été blessé à la main durant l’attaque, lui succède. Un nombre record de dignitaires du monde entier se rendent aux funérailles de Sadate, incluant notamment trois anciens présidents américains Gerald Ford, Jimmy Carter et Richard Nixon, mais en l’absence du président en exercice Ronald Reagan pour des raisons de sécurité. A contrario aucun dirigeant arabe ni musulman n’assiste aux obsèques. Contrairement à ce qui s’était produit pour Nasser, en 1970, la cérémonie, très sobre, n’est pas perturbée par un débordement de foule : les autorités ont pris pour mesure radicale de tenir le peuple à l’écart en bouclant les rues proches du monument au soldat inconnu. C’est aux côtés de la dépouille de ce dernier qu’est inhumé Anouar el-Sadate.
Après l’assassinat de Sadate (1981), Hosni Mubarak fut président de la République jusqu’au 11 février 2011, date de sa démission contrainte à la suite de la révolution égyptienne de 2011. Hosni Moubarak poursuivit la politique de libéralisation de l’économie, notamment par la réduction des subventions à l’agriculture et à la consommation, et par la libéralisation des prix. En 1992, il fait annuler les dispositions régissant la location des terres. Généralement appelée « loi pour chasser les paysans de leurs terres », cette loi, combinée aux autres mesures de désengagement de l’État dans l’économie, accroît le mécontentement des populations rurales pauvres en particulier en Haute-Égypte. Hosni Moubarak devient un pilier de la stratégie régionale des États-Unis et la Constitution qu’il met en place reconnait les « principes de la charia » comme source principale de la législation.
À partir du 25 janvier 2011, une série de manifestations, qui se transformeront rapidement en révolution, se déroulent à travers le pays. Tout comme la révolution tunisienne, elles sont déclenchées en réponse aux abus des forces de polices égyptiennes, à la corruption, mais aussi à l’état d’urgence permanent et à ses procédures expéditives. Le chômage, le manque de logements, l’augmentation des prix des biens de première nécessité et le manque de liberté d’expression sont également des causes importantes des manifestations. L’objectif principal des manifestants est d’obtenir la démission du président égyptien Hosni Moubarak, au pouvoir depuis le 14 octobre 198110.
Réunissant des manifestants de divers milieux socio-économiques, c’est la plus grande protestation populaire qu’ait connu l’Égypte depuis 1977.
Le 11 février 2011, le président Moubarak démissionne.
En juin 2012, Mohamed Morsi remporte l’élection présidentielle et devient ainsi le premier président du pays élu au suffrage universel dans une élection libre. Un an après son arrivée au pouvoir, le président Morsi est massivement contesté par l’opposition qui regroupe diverses factions entre laïcs de gauche, anciens partisans du régime de Moubarak et différents groupes révolutionnaires, dont Tamarod (Rebellion). Une grande partie de la population reproche au nouveau président une dérive dictatoriale et une politique menée dans le seul intérêt de son organisation, les Frères musulmans. Après des rassemblements massifs dans tout le pays, l’armée, dirigée par le général Abdel Fattah al-Sisi, lance un dernier ultimatum le 1er juillet 2013. Celui-ci est rejeté le lendemain par Mohamed Morsi qui défend sa légitimité en soulignant qu’il a été élu démocratiquement, avec 52 % des voix.
Il est remplacé par le président de la Haute Cour constitutionnelle, Adli Mansour, qui prête serment comme président par intérim. Le 4 juillet 2013, on apprend que Mohamed Morsi est détenu par l’armée et que des mandats d’arrêt sont émis à l’encontre des dirigeants des Frères musulmans. Le 5 juillet 2013, le Parlement est dissous. Le 26 juillet 2013, l’armée déclare que Mohamed Morsi est en prison dans l’attente de son procès pour collusion avec le mouvement palestinien du Hamas.
L’organisation d’élections législatives est initialement prévue entre février et mars 2014, ainsi qu’une élection présidentielle au début de l’été de la même année, le pouvoir intérimaire exerçant ses prérogatives jusque-là. Fin 2013, le nouveau pouvoir militaire est à son tour la cible de contestations, notamment à cause de la répression de manifestations et de l’arrestation d’activistes démocrates



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